Chante pour moi

Chapitre 3 : Faire connaissance

4334 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 18/04/2023 22:18

Bonjour, voici un nouveau chapitre.

Chapitre 3 – Faire connaissance

Solfège fut tirée de son sommeil lorsqu’elle entendit quelque chose rebondir contre les barreaux de sa cage. Le bruit métallique résonna dans la prison, sec et inattendu, brisant le silence étouffant qui l’avait bercée jusque-là. Somnolente et d’une humeur quelque peu maussade, elle gémit doucement avant de se frotter les yeux du revers des poings, puis retomba presque aussitôt dans les bras de Morphée. Quelques secondes s’écoulèrent… Avant qu’un second impact, bien plus violent, ne fasse vaciller la cage suspendue à son crochet. Le choc se répercuta dans toute la structure métallique. Cette fois, elle fut instantanément réveillée. Elle glapit de surprise et se redressa d’un bond, agrippant instinctivement les barreaux alors que la cage oscillait dangereusement au-dessus de la lave en contrebas. Le vide sous ses pieds semblait soudain plus proche. Trop proche. Après quelques basculements sans conséquence, elle sentit enfin la tension retomber. C’était moins une… Encore un peu et c’était la chute assurée. Libérant un soupir fébrile, elle s’assit lentement, une main posée sur sa poitrine pour calmer les battements affolés de son cœur qui tambourinait sous ses doigts.

Elle était encore complètement déboussolée par son sommeil agité, écrasée par cette chaleur étouffante… Elle avait l’impression de fondre. Littéralement. Mais alors qu’elle reprenait lentement ses esprits après ce moment de stress intense, un crochet apparut au-dessus d’elle pour s’accrocher aux barreaux de la cage. Avant même qu’elle ne puisse crier, la cage fut brusquement tirée vers le rebord où une petite tortue familière l’attendait. Sautillant de bonheur pendant qu’il déverrouillait la porte de la cage dorée d’un geste de griffe enthousiaste, Bowser Jr s’éloigna pour permettre à l’humaine confuse de sortir. Ce qu’elle ne fit pas. À son plus grand désarroi. Était-elle en colère contre lui ? Avait-il fait quelque chose de mal ? Pourtant, il ne l’avait pas abîmée ! D’un sourcil rouge arqué, il joua distraitement avec la dernière pierre qu’il n’avait pas lancée pour la réveiller, tout en observant Solfège toujours assise dans sa cage. Recroquevillée, les bras serrés autour de ses genoux, elle semblait craintive…

«Bah alors, tu viens ? On va jouer !» Pressa Junior avec impatience, ne comprenant pas son soudain manque d’entrain.

«Je ne peux pas…» Chuchota Solfège d’une secousse désolée de sa tête, ses yeux verts remplis de tristesse rivés sur l’enfant qui ne comprenait tout simplement pas ce qui la retenait de le suivre. Si elle sortait, elle s’exposait au risque de se faire attraper… Et donc de recevoir une punition. Elle n’avait pas envie de contrarier davantage la tortue colérique.

«Pourquoi ? Moi je veux jouer ! En plus tu ne risques rien, papa est parti ! Il ne reviendra pas tout de suite.» Assura ce dernier tout en hochant vivement la tête d’un sourire.

Bon après tout, peut-être qu’une petite promenade ne lui ferait pas de mal… Si elle était courte, elle pourrait vite revenir dans sa cage sans que personne ne la remarque. Elle saura se faire discrète ! Confortée dans cette idée et désireuse de découvrir cet endroit, Solfège étendit une jambe puis l’autre pour sortir sur le rebord à côté du petit Koopa surexcité qui serra les poings de victoire d’un petit cri de joie. Elle eut à peine le temps de se lever que Junior se précipita dans les escaliers en colimaçon sans faire attention si elle le suivait ou non. Tombant presque à la renverse tant il allait vite, il dévala les marches en atteignant le fameux hall aux statuettes en un rien de temps, l’humaine courant sur ses traces pour ne pas le perdre de vue. Durant tout le trajet, Solfège n’avait de cesse de jeter des regards inquiets derrière elle, dans la crainte de voir apparaître Bowser ou l’un de ses sbires au détour d’un couloir. Chaque ombre lui semblait suspecte. Chaque bruit, une menace. Elle n’avait aucune envie de se retrouver à nouveau face à sa colère…

Colère qui pourrait s’avérer dangereuse, en plus de son imprévisibilité.

Contrairement à la première fois, Bowser Jr était beaucoup plus bavard. Plus ouvert. La petite tortue racontait tout un tas d’histoires palpitantes sur son père et lui, quand il était encore plus petit que ça. Des aventures qu’ils avaient partagées, avant cette grande obsession pour le Royaume Champignon… Avant que le Koopa géant ne jette son dévolu sur la princesse Peach. Solfège écoutait attentivement ses histoires qu’il racontait avec une certaine mélancolie, mélangée à une note de nostalgie, voulant à tout prix retrouver ces moments de complicité perdus avec son père. C’était touchant l’amour et l’admiration qu’il lui portait. Cependant, cette tristesse contenue dans sa voix enfantine toucha profondément Solfège qui ne put réprimer un sourire affecté. Cet enfant manquait cruellement d’affection, c’était une évidence. Sinon, pourquoi chercherait-il de la compagnie parmi les prisonniers ? Simplement parce qu’il avait besoin d’un peu d’attention, comme tout enfant de son jeune âge.

«Hey, tête de citron !»

«Face de kiwi !»

Interloqués, Bowser Jr et Solfège s’arrêtèrent dans le couloir au son de voix appartenant à des enfants Koopas presque adolescents qui venaient d’apparaître à un croisement. Lemmy, Ludwig, Morton, Wendy, Iggy, Roy et Larry, les sept Koopalings et les plus jeunes sbires de Bowser, se moquaient allègrement de Junior tout en faisant tournoyer leurs baguettes magiques dans les airs. Colorés et affichant une arrogance non dissimulée, ils éclatèrent de rire lorsque le plus jeune Koopa se mit à grogner d’agacement, serrant les poings au point que son visage vira au rouge vif. Visiblement, les relations entre eux étaient loin d’être cordiales.

«Arrêtez de vous moquer de moi où je vais le dire à papa !» Menaça vigoureusement le jeune prince d’une griffe pointée dans leur direction.

«Bouhouhou, j’ai peur !» Roy fit mine de pleurer en massant ses yeux derrière ses lunettes roses.

«Il est même pas là… Et le seul qui risque de se faire gronder ici c’est toi, parce que tu te promènes encore avec l’humaine !» Railla Ludwig tout en positionnant ses poings sur ses hanches d’un froncement de sourcils, sa petite quenotte proéminente le faisant zozoter.

«Une autre humaine ? Ici, au château ?» S’étonna la seule fille du groupe, Wendy. Redressant son joli nœud rose à points blanc sur sa tête quand Iggy la bouscula par mégarde, elle leva le menton d’une petite moue agacée.

«Ce n’est même pas une princesse ! Elle ne porte pas de couronne. Pourquoi le boss la garde alors si elle n’a aucune utilité ? À quoi elle peut servir ?» Perplexe, Iggy se tourna vers ses camarades pour ensuite lever les mains de consternation. Habituellement, les prisonniers sans intérêt ne faisaient jamais long feu… Sans mauvais jeu de mot.

«Pourquoi elle porte la robe de Peach ?» S’interrogea ensuite Morton tout en se grattant le haut du crâne chauve de confusion.

«Laissez-la tranquille ! C’est ma prisonnière.» S’interposa Bowser Junior d’un pouce contre son torse tout en insistant bien sur le «ma prisonnière», ce qui fit rire les autres.

«Que dalle ! Tu n’es même pas capable de te débrouiller tout seul alors t’occuper d’une prisonnière… Même pas en rêve !» Ridiculisa Larry qui tira la langue lorsque le plus petit Koopa tapa son pied sur le sol de colère, sur le point de piquer une crise. Il continua de le défier du regard jusqu’à ce qu’il ne cède d’un soupir d’abattement, les épaules tombantes de défaite. Il n’avait aucune chance de tenir tête face à sept rivaux plus âgés que lui mais surtout plus costauds !

«On s’en va...» Maugréa Junior tout en attrapant le bras de Solfège pour l’emmener avec lui.

«Ouin ouin, gros bébé !»

«Nananère !»

«Ne te retourne pas. Ils sentent ta peur !» Prévint le jeune Koopa à épines au moment où il vit la jeune femme regarder derrière son épaule aux Koopalings qui leur faisaient tous des grimaces pour se moquer d’eux.

«Pourquoi sont-ils méchants avec toi ?» Demanda-t-elle une fois suffisamment éloignée, surprise par leur attitude envers un enfant plus jeune qu’eux et surtout fils du roi Koopa. Ne devrait-il pas bénéficier d’un certain respect, au moins en raison de son statut ? Elle n’avait pas du tout apprécié ce triste spectacle, d’autant plus qu’il lui semblait être de la pure méchanceté gratuite.

«Ils sont jaloux de mon intellect hors du commun ! Parce que je suis plus brave et plus fort qu’eux et que papa me préfère.» Répondit fièrement Bowser Jr qui avait retrouvé son adorable sourire plein de confiance. Mais évidemment, il mentait.

«Tu n’as pas d’autres amis ici au château ?» Solfège le regarda avec peine lorsqu’il secoua tristement la tête en réponse, le menton tombant bien bas. Il s’arrêta de marcher pour laisser traîner son pied sur le tapis rouge alors qu’il haussait les épaules avec embarras, fuyant son regard insistant avant de renifler avec une moue de dédain.

«Et puis d’abord, je n’ai pas besoin d’amis ! Je me débrouille très bien tout seul…» Grommela-t-il après avoir croisé les bras puis levé son petit museau rond en l’air d’un petit rictus contrarié.

L’humaine l’observa un instant, attentive au moindre détail de son attitude. Elle comprenait que le simple fait d’admettre qu’il n’avait pas d’amis lui demandait bien plus d’effort qu’il ne voulait le laisser paraître. Derrière son air prétentieux, sans doute façonné par une éducation quelque peu douteuse, le jeune enfant cherchait surtout à dissimuler quelque chose de plus fragile… Une solitude qu’il n’assumait pas encore. Cet incident avec les sept autres Koopas ne faisait que confirmer ce qu’elle avait déjà pressenti la veille. Il y avait quelque chose qui clochait. Quelque chose de plus profond que de banales chamailleries d’enfants. Elle se demanda brièvement quel genre de relation il entretenait désormais avec son père, mais n’osa pas poser la question. Bowser Jr reprit alors la marche vers les escaliers menant à l’étage supérieur du château, là où se trouvait sa chambre gigantesque débordante de jouets en tout genre. Son fameux repaire solitaire. Esquissant un faible sourire, la jeune femme souleva légèrement sa robe rose pour le rattraper dans le couloir avant qu’il n’entame son ascension. La petite tortue reprit la parole à ce moment-là d’un ton plus enjoué.

«Je t’aime bien. C’est vrai, tu ne t’es pas moquée de moi, et tu n’as pas essayé de t’enfuir… Tu es plutôt docile comme prisonnière. Je ne suis pas obligé de te courir après comme avec les autres ! Même si j’aime bien jouer à cache-cache des fois. J’adore jouer à ce jeu avec papa ! Parce que je gagne la plupart du temps. Je suis imbattable ! Personne ne me trouve jamais… Ou presque ! Enfin… Sauf papa quand il veut. Mais lui il compte pas. Et toi, tu sais jouer à cache-cache ? Je pourrais t’apprendre… Mais je suis sûr que je gagnerais quand même.» Junior resta à côté de Solfège au lieu de foncer comme une furie jusqu’aux sommets des marches, partageant ses pensées à haute voix avec enthousiasme. Puis il insista après avoir senti le regard de l’humaine sur lui.

«Papa dit que les meilleurs stratèges jouent toujours seuls de toute façon. Alors moi je fais pareil. Mais ces derniers temps, papa n’a plus le temps de jouer avec moi… Il est tout le temps occupé avec des trucs d’adulte. C’est ce qu’il me dit à chaque fois… Mais je ne suis pas stupide. Je sais qu’il essaye de conquérir le monde pour nous offrir un plus grand terrain de jeu ! Comme ça, on pourra faire des cache-cache encore plus grands ! Tu joueras avec nous ? Hein ? Dis oui !» Supplia le petit Koopa qui joignit ses mains devant lui d’un regard de chien battu, cette demande prenant Solfège de court qui répondit la première chose qui lui vint à l’esprit.

«Cela semble amusant.» Acquiesça-t-elle d’un sourire maladroit.

«Yay ! J’ai hâte de le dire à papa.» S’exclama Bowser Junior d’un sautillement de joie avant de courir dans les escaliers beaucoup trop grands.

Le sourire de Solfège s’effaça instantanément à cette réponse tandis qu’un frisson lui parcourait l’échine. Elle n’était pas certaine que son père ait la même réaction enthousiaste que lui à cette annonce… Grimaçant à l’idée de se faire rôtir par le roi Koopa au tempérament hargneux, elle secoua la tête avant de rattraper l’enfant qui avait trop d’énergie à revendre, semblerait-il. Il ne s’arrêtait jamais de courir ! Tout le contraire d’elle qui sentait que ses forces commençaient cruellement à lui manquer depuis qu’elle n’avait rien avalé de solide en plusieurs jours de captivité. À part de l’eau, son estomac était vide, et cela commençait à se répercuter sur ses muscles et son endurance. Alors qu’elle atteignait le sommet des marches avec difficulté, sa tête se mit à tourner de plus en plus vite. La jeune femme posa une main gantée sur son front, haletante. Elle avait l’impression que le monde tanguait autour d’elle, de petites étoiles dansant devant ses yeux mi-clos. Bowser Jr ralentit aussitôt, surpris par son état.

«Bah, qu’est-ce que tu as ? On dirait que tu as vu un Boo ! Tu es blanche comme un linge.» Ricana-t-il mais au grognement provenant de l’estomac de Solfège, il s’arrêta net pour la regarder avec étonnement. Il cligna des yeux, comme pour assimiler l’évidence, puis finit par se redresser d’un claquement de doigts ; «Oh, tu as faim ! Allons à la cuisine ! Je suis sûr qu’on trouvera quelque chose à manger. Je connais des endroits où papa cache des gâteaux…»

Et c’était reparti pour faire le chemin en sens inverse car évidemment, la cuisine se trouvait au rez-de-chaussée. Ce n’était pas comme s’ils passaient leur temps à courir dans le château… Retenant un soupir de découragement à toutes ces marches qu’elle devait réemprunter, Solfège fit de son mieux pour suivre mini Bowser qui n’avait a priori pas de temps à perdre. Bien sûr, ce dernier voulait jouer ! N’étant pas assez rapide pour lui, il attrapa vite sa main pour l’entraîner avec lui dans un autre couloir déserté qui menait tout droit à la cuisine royale. Une cuisine qui, comme toutes les autres pièces de ce château, était adaptée à la taille imposante de Bowser. Les comptoirs de travail étaient immensément grands tout comme la vaisselle soigneusement rangée dans les meubles, un panier de fruits et des confitures étant la seule nourriture qu’elle avait repérée depuis le sol. Solfège était impressionnée par la taille des chaises… Comment allait-elle grimper là-haut pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent ?

«Mince, papa a encore tout mangé !» Constata Bowser Jr après avoir collé son museau dans l’un des placards à sa hauteur, fouillant un intérieur sombre complètement vide. Il resta figé quelques secondes, l’air d’avoir découvert une véritable trahison personnelle. Ou alors avait-il changé de cachette sans rien lui dire, le privant volontairement de ce précieux trésor ?

«Pourtant il ne les cache pas aussi bien d’habitude…» Marmonna-t-il, vexé. Au moment où il se retourna, il remarqua la jeune femme silencieuse au pied du comptoir.

«Admire le pro !» Bowser Jr leva son doigt quand il vit l’inquiétude dans les yeux verts de Solfège. Il avait réussi à déchiffrer son regard pour savoir exactement à quoi elle pensait ! Gonflant le torse, le petit Koopa prit de l’élan avant de se rétracter dans sa carapace verte tournoyante et de rebondir contre le plan de travail. Le choc le propulsa en arrière vers l’une des chaises, qu’il utilisa ensuite comme appui pour sauter entre les casseroles suspendues jusqu’au panier de fruits, trois mètres plus haut.

Devant cet enchaînement de cascades, Solfège se mit à applaudir joyeusement, les yeux brillants d’admiration lorsqu’il atterrit avec agilité près du panier garni pour brandir fièrement une délicieuse pomme rouge dans les airs. Tel un trophée durement gagné. La peau du fruit captait la lumière, luisante et parfaite… Elle lui donnait l’eau à la bouche. En revanche, il semblait déjà avoir une autre idée en tête, à en juger par son petit sourire espiègle qui étirait son museau et faisait pétiller son regard. Disparaissant un instant de son champ de vision, Bowser Junior revint quelques instants plus tard avec une cuillère en bois en main, un ustensile presque aussi grand que lui qu’il traînait avec détermination. L’humaine en contrebas arrêta aussitôt d’applaudir lorsqu’il installa la pomme dans la cuillère, qu’il équilibra sur le rebord du comptoir pour exécuter un numéro destiné à l’impressionner. Sans se soucier du danger. Junior recula de quelques pas puis sauta sur le manche de la cuillère, projetant le fruit dans les airs. Il retomba au sol en une roulade maîtrisée, assez rapidement pour rattraper la pomme qu’il tendit ensuite à Solfège, bouche bée devant une telle démonstration d’agilité.

«C’était très dangereux ! Tu aurais pu te faire mal !» S’offusqua-t-elle, les yeux grands ouverts, encore marquée par la scène qu’elle venait d’assister. Mais lorsque Bowser Jr perdit son sourire fier, son regard glissant vers le sol avec une déception difficile à dissimuler, elle sentit sa réaction se tempérer. Sa voix s’adoucit, son expression se fit plus chaleureuse ; «Mais je dois dire que tu es incroyablement agile et doué pour les sauts. Tu m’as beaucoup impressionnée !»

«C’est vrai ?» Heureux d’entendre ces louanges, son sourire resplendissant réapparut alors que Solfège croquait dans la pomme juteuse d’un petit gémissement de bonheur.

«Oui, c’était très impressionnant.» Répéta-t-elle la bouche pleine. Elle manquait de politesse mais tant pis, sa faim passait avant tout. Elle avait presque oublié à quel point le goût d’une pomme pouvait être merveilleux… Un fruit si simple et pourtant si délicieux ! Elle se mit à rire lorsque Junior commença à rougir sous les compliments, au point de ressembler presque à la pomme qu’elle dégustait. Grattant l’arrière de sa tête avec embarras, le petit Koopa sentit son cœur se gonfler à ce rire cristallin. C’était une belle mélodie. Il aimait son rire, tout autant que sa douce voix.

Après ce petit moment de complicité dans la cuisine, Solfège et Junior repartirent dans le couloir en direction de la chambre, alias la salle de jeu. Maintenant qu’elle était repue, il lui était bien plus facile de suivre l’enfant hyperactif aux bavardages incessants, mais surtout de parcourir toute cette distance entre les différentes pièces du château. Car elle en faisait, des kilomètres ! Chaque couloir semblait s’étirer à l’infini, chaque détour révélant un nouvel espace encore plus vaste que le précédent. Les bras croisés dans son dos, la jeune femme aux cheveux rougeoyants riait aux éclats avec le petit Koopa, qui lui contait toutes sortes d’aventures toutes plus folles les unes que les autres, ponctuées de gestes exagérés et d’imitations approximatives. La plupart étaient sans doute inventées de toutes pièces pour se rendre intéressant, mais cela ne les rendait pas moins divertissantes. Il était attachant, oui, un vrai petit casse-cou débordant d’énergie, avec déjà un certain ego pour son âge. Avait-il hérité ça de son père, Bowser ? Très certainement.

Solfège sourit sciemment lorsqu’il lui parla de Kamek et de sa relation avec ce dernier. Elle se souvenait du magicien en robe bleue avec de grosses lunettes ainsi qu’un petit zozotement assez prononcé qui suivait Bowser un peu partout. Un peu comme son ombre d’ailleurs. Elle ne l’avait vu qu’une seule fois, mais apparemment Bowser Jr l’appréciait car il disait aimer passer du temps avec lui pour entendre des histoires sur son père ou jouer à saute-dada. Un jeu qui avait l’air plutôt douloureux pour le dos, si on lui demandait son avis. C’était assez adorable, la façon dont Junior parlait de son père et de son entourage. Elle pouvait facilement percevoir l’amour et la fierté dans son ton exalté, tandis qu’il faisait de grands gestes pour illustrer ses propos. Elle avait l’impression qu’il cherchait à lui montrer un autre aspect de Bowser, bien différent de celui qu’elle avait observé jusqu’ici. Loin de cette figure terrifiante de tyran sans scrupules, uniquement avide de gloire et de pouvoir.

S’appropriant tout ce qu’il trouvait sur son passage…

Le cœur se serrant douloureusement dans sa poitrine, le sourire de Solfège se résorba lentement alors qu’elle entrait dans la chambre du petit Koopa. Celui-ci avait déjà préparé une multitude de jouets sur le tapis central, minutieusement disposés comme s’il avait anticipé ce moment depuis un certain temps. De petites figurines, des blocs empilés en tours maladroites, un château miniature entouré de soldats en bois… Prêt à raconter mille histoires palpitantes. Ils s’installèrent tous les deux sur le tapis, leurs mains se frôlant parfois au milieu de ce joyeux désordre, et très vite, le jeu prit le dessus sur tout le reste. Solfège se laissa entraîner dans ses scénarios, répondant à son imagination débordante en oubliant les murs de sa prison. Jusqu’à ce que l’horloge derrière elle ne sonne le retour de Bowser. Le carillon répétitif la figea. Mieux valait éviter de le croiser dans les couloirs… Ou la sanction pourrait être terrible, pour tous les deux. Le jeune prince n’avait aucune envie de perdre sa nouvelle amie parce qu’il avait encore désobéi, surtout depuis qu’il était régulièrement de mauvaise humeur… À cause de Peach et du Royaume Champignon. Précipitamment, il attrapa la main de Solfège pour la guider hors de sa chambre en direction des escaliers, puis du couloir menant à la prison.

Pendant le trajet en sens inverse, la jeune tortue lui expliqua qu’il reviendrait le lendemain, lorsque son père sera reparti avec Kamek et son armée pour récupérer une partie de son territoire. Faisant bien attention de ne croiser personne sur leur route, les deux se cachèrent derrière les statuettes quand ils entendirent des voix dans le couloir. Après quelques secondes dissimulés, ils s’empressèrent de descendre le grand escalier en colimaçon pour atteindre le souterrain où toutes les cages vides attendaient d’être remplies. Il poussa doucement Solfège à l’intérieur de la sienne puis verrouilla la porte avant de la remettre en place au-dessus de la lave, comme si de rien n’était. Tout devait être impeccable, rien ne devait éveiller les soupçons. Il s’assura que personne n’était dans les parages en jetant quelques regards en arrière pendant que l’humaine lissait sa robe et ses cheveux pour pouvoir s’assoir au centre de sa cage dorée, faisant mine d’être malheureuse derrière les barreaux afin de ne rien trahir.

«Je reviendrai te chercher demain ! À plus !» S’écria Junior qui disparaissait d’ores et déjà en haut des escaliers.

«Je t’attendrai.» Murmura doucement Solfège avec un sourire qu’elle ne put retenir, impatiente de pouvoir découvrir de nouvelles choses aux côtés de son jeune ami. Les mains jointes contre sa poitrine, elle ferma les yeux tandis qu’elle se remémorait tous ces bons souvenirs. Infiniment reconnaissante d’avoir eu ce privilège.

Le silence retomba vite dans la prison. Demain allait être très long à attendre…

Très, très, très long.

À suivre…

Merci beaucoup pour la lecture !


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