Chante pour moi

Chapitre 3 : Faire connaissance

Par VendettaPrimus

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Chapitre 3 – Faire connaissance

Solfège fut tirée de son sommeil lorsqu’elle entendit quelque chose rebondir contre les barreaux de sa cage. Le bruit métallique résonna dans la prison, sec et inattendu, brisant le silence étouffant qui l’avait bercée jusque-là. Somnolente et d’une humeur quelque peu maussade, elle gémit doucement avant de se frotter les yeux du revers des poings, puis retomba presque aussitôt dans les bras de Morphée. Quelques secondes s’écoulèrent... Avant qu’un second impact, bien plus violent, ne fasse vaciller la cage suspendue à son crochet. Le choc se répercuta dans toute la structure métallique.

Cette fois, elle fut instantanément réveillée. Elle glapit de surprise et se redressa d’un bond, agrippant instinctivement les barreaux tandis que la cage oscillait dangereusement au-dessus de la lave en contrebas. Le vide sous ses pieds lui parut soudain plus proche. Beaucoup trop proche. Après quelques balancements sans conséquence, elle sentit enfin la tension retomber. C’était moins une... Encore un peu et c’était la chute assurée ! Libérant un soupir fébrile, elle se rassit lentement, une main posée sur sa poitrine pour tenter de calmer les battements affolés de son cœur qui tambourinait sous ses doigts. Même une fois le danger écarté, ses mains continuaient de trembler légèrement sous l’effet de la peur.

Elle était encore complètement déboussolée par son sommeil agité, écrasée par cette chaleur étouffante... Elle avait l’impression de fondre. Littéralement. Mais alors qu’elle reprenait lentement ses esprits après ce réveil mouvementé, un crochet apparut au-dessus d’elle pour venir s’accrocher aux barreaux de la cage. Avant même qu’elle ne puisse pousser un cri, celle-ci fut brusquement tirée jusqu’au rebord où une petite tortue familière l’attendait. Sautillant de bonheur pendant qu’il déverrouillait la porte de la cage dorée d’un coup de griffe enthousiaste, Bowser Jr. s’écarta ensuite pour permettre à l’humaine confuse de sortir.

Ce qu’elle ne fit pas. À son plus grand désarroi. Le jeune Koopa cligna plusieurs fois des yeux, déconcerté par cette réaction inattendue. Était-elle en colère contre lui ? Avait-il fait quelque chose de mal ? Pourtant, il ne l’avait pas abîmée ! Il lui offrait même une excellente occasion de quitter cet endroit sinistre. Un sourcil rouge arqué, il joua distraitement avec la dernière pierre qu’il n’avait pas utilisée pour la réveiller tout en observant Solfège, toujours assise au fond de sa cage. Recroquevillée sur elle-même, les bras serrés autour de ses genoux, elle paraissait craintive... On aurait dit un petit animal effarouché refusant de sortir de sa cachette malgré l’absence de danger immédiat.

«Bah alors, tu viens ? On va jouer !» Pressa Junior avec impatience, ne comprenant pas son soudain manque d’entrain.

«Je ne peux pas…» Chuchota Solfège en secouant la tête d’un air désolé, ses yeux remplis de tristesse rivés sur l’enfant qui ne comprenait tout simplement pas ce qui la retenait de le suivre. Si elle sortait, elle s’exposait au risque de se faire attraper… Et donc de recevoir une punition. Elle n’avait pas envie de contrarier davantage la tortue colérique.

«Pourquoi ? Moi, je veux jouer ! En plus, tu ne risques rien, papa est parti ! Il ne reviendra pas tout de suite.» Assura ce dernier en hochant vivement la tête, un large sourire espiègle et les mains fermement plantées sur les hanches.

L’absence de son père signifiait qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient sans craindre de se faire interrompre ! Il ne voyait aucune raison valable de rester enfermée dans cette cage alors qu’une journée entière de jeux les attendait. Bon... après tout, peut-être qu’une petite promenade ne lui ferait pas de mal. Si elle était courte, elle pourrait regagner sa cage avant que quiconque ne remarque son absence. Personne n’avait besoin de savoir qu’elle était sortie. Elle saurait se faire discrète ! Rassurée par cette idée et désireuse de découvrir davantage cet étrange château, Solfège tendit une jambe puis l’autre pour rejoindre le rebord aux côtés du petit Koopa surexcité, qui serra aussitôt les poings en poussant un cri victorieux.

Elle eut à peine le temps de se relever que Junior se précipita déjà dans l’escalier en colimaçon sans même vérifier qu’elle le suivait. Manquant presque de trébucher tant il allait vite, il dévala les marches et atteignit le grand hall aux statuettes en un temps record. L’humaine se hâta de lui emboîter le pas pour ne pas le perdre de vue. Tout au long du trajet, Solfège ne cessa de jeter des regards inquiets derrière elle, craignant de voir surgir Bowser ou l’un de ses sbires au détour d’un couloir. Chaque ombre lui paraissait suspecte. Chaque bruit, une menace. Elle n’avait aucune envie de se retrouver une nouvelle fois face à sa colère…

Colère qui pourrait s’avérer dangereuse, en plus de son imprévisibilité.

Contrairement à la première fois, Bowser Jr. était beaucoup plus bavard. Plus ouvert. La petite tortue racontait toutes sortes d’histoires passionnantes sur son père et lui lorsqu’il était encore plus petit. Un tout mignon bébé, à peine plus grand que la paume de Bowser. Des aventures qu’ils avaient partagées avant cette grande obsession pour le Royaume Champignon... Avant que le Koopa géant ne jette son dévolu sur la princesse Peach. Solfège l’écoutait attentivement. Derrière l’enthousiasme avec lequel il racontait ses souvenirs perçait une certaine mélancolie, teintée de nostalgie. Chaque anecdote semblait ramener Junior à une époque qu’il regrettait profondément.

Il voulait à tout prix retrouver ces moments de complicité perdus avec son père. C’était touchant de voir tout l’amour et l’admiration qu’il lui portait. Cependant, cette tristesse discrète qui se glissait parfois dans sa voix enfantine toucha profondément Solfège, qui ne put réprimer un sourire attendri. Plus il parlait, plus elle comprenait ce qui se cachait derrière son agitation constante. Cet enfant manquait cruellement d’affection, c’était une évidence. Sinon, pourquoi chercherait-il de la compagnie parmi les prisonniers ? Simplement parce qu’il avait besoin d’un peu d’attention, comme n’importe quel enfant de son âge. Sous ses airs turbulents et son caractère capricieux se cachait surtout un jeune enfant qui ne voulait pas être seul.

«Hey, tête de citron !»

«Face de kiwi !»

Interloqués, Bowser Jr. et Solfège s’arrêtèrent dans le couloir au son de voix appartenant à de jeunes Koopas qui venaient d’apparaître à un croisement. Lemmy, Ludwig, Morton, Wendy, Iggy, Roy et Larry. Les sept Koopalings, parmi les plus jeunes sbires de Bowser. Tous faisaient tournoyer leurs baguettes magiques dans les airs tout en se moquant allègrement de Junior. Colorés et affichant une arrogance à peine dissimulée, ils éclatèrent de rire lorsque le plus jeune Koopa se mit à grogner d’agacement, serrant les poings au point que son visage vira au rouge vif. À voir leurs airs amusés et la réaction immédiate de Junior, Solfège comprit qu’il s’agissait d’une habitude entre eux. Il semblait d’ailleurs être leur cible favorite. Les relations entre eux étaient loin d’être cordiales.

«Arrêtez de vous moquer de moi où je vais le dire à papa !» Menaça vigoureusement le jeune prince d’une griffe pointée dans leur direction.

«Bouhouhou, j’ai peur !» Roy fit mine de pleurer en massant ses yeux derrière ses lunettes roses.

«Il est même pas là… Et le seul qui risque de se faire gronder ici c’est toi, parce que tu te promènes encore avec l’humaine !» Railla Ludwig tout en positionnant ses poings sur ses hanches d’un froncement de sourcils, sa petite quenotte proéminente le faisant zozoter.

«Une autre humaine ? Ici, au château ?» S’étonna la seule fille du groupe, Wendy. Redressant son joli nœud rose à points blanc sur sa tête quand Iggy la bouscula par mégarde, elle leva le menton d’une petite moue agacée.

«Ce n’est même pas une princesse ! Elle ne porte pas de couronne. Pourquoi le boss la garde alors si elle n’a aucune utilité ? À quoi elle peut servir ?» Perplexe, Iggy se tourna vers ses camarades pour ensuite lever les mains de consternation. Habituellement, les prisonniers sans intérêt ne faisaient jamais long feu… Sans mauvais jeu de mot.

«Pourquoi elle porte la robe de Peach ?» S’interrogea ensuite Morton tout en se grattant le haut du crâne chauve de confusion.

«Laissez-la tranquille ! C’est ma prisonnière.» S’interposa Bowser Junior d’un pouce contre son torse tout en insistant bien sur le «ma prisonnière», ce qui fit rire les autres.

«Que dalle ! Tu n’es même pas capable de te débrouiller tout seul alors t’occuper d’une prisonnière… Même pas en rêve !» Ridiculisa Larry qui tira la langue lorsque le plus petit Koopa tapa son pied sur le sol de colère, sur le point de piquer une crise. Il continua de le défier du regard jusqu’à ce qu’il ne cède d’un soupir d’abattement, les épaules tombantes de défaite. Il n’avait aucune chance de tenir tête face à sept rivaux plus âgés que lui mais surtout plus costauds !

«On s’en va...» Maugréa Junior tout en attrapant le bras de Solfège pour l’emmener avec lui.

«Ouin ouin, gros bébé !»

«Nananère !»

«Ne te retourne pas. Ils sentent ta peur !» Prévint le petit Koopa au moment où il vit la jeune femme regarder derrière son épaule aux Koopalings qui leur faisaient tous des grimaces pour se moquer d’eux.

«Pourquoi sont-ils méchants avec toi ?» Demanda-t-elle une fois suffisamment éloignée, surprise par leur attitude envers un enfant plus jeune qu’eux et surtout fils du roi Koopa. Ne devrait-il pas bénéficier d’un certain respect, au moins en raison de son statut ? Elle n’avait pas du tout apprécié ce triste spectacle, d’autant plus qu’il lui semblait relever d’une pure méchanceté gratuite.

«Ils sont jaloux de mon intellect hors du commun ! Parce que je suis plus brave et plus fort qu’eux et que papa me préfère.» Répondit fièrement Bowser Jr. qui avait retrouvé son adorable sourire plein de confiance. Mais évidemment, il mentait.

«Tu n’as pas d’autres amis ici au château ?» Solfège le regarda avec peine lorsqu’il secoua tristement la tête en réponse, le menton tombant bien bas. Il s’arrêta de marcher pour laisser traîner son pied sur le tapis rouge alors qu’il haussait les épaules avec embarras, fuyant son regard insistant avant de renifler avec une moue de dédain.

«Et puis d’abord, je n’ai pas besoin d’amis ! Je me débrouille très bien tout seul…» Grommela-t-il après avoir croisé les bras puis levé son petit museau rond en l’air d’un petit rictus contrarié. L’assurance de ses paroles contrastait étrangement avec la tristesse qui venait de traverser son visage.

Même lui ne semblait pas vraiment croire à ce qu’il racontait…

L’humaine l’observa un instant, attentive au moindre détail de son attitude. Elle comprenait que le simple fait d’admettre qu’il n’avait pas d’amis lui demandait bien plus d’efforts qu’il ne voulait le laisser paraître. Derrière son air prétentieux, sans doute façonné par une éducation quelque peu douteuse, le jeune Koopa cherchait surtout à dissimuler quelque chose de plus fragile... Une solitude qu’il n’assumait pas encore. Cet incident avec les sept autres Koopas ne faisait que confirmer ce qu’elle avait déjà pressenti la veille. Il y avait quelque chose qui clochait. Quelque chose de plus profond que de simples chamailleries d’enfants.

Les moqueries n’étaient peut-être que la partie visible d’un problème bien plus ancien. Elle se demanda brièvement quel genre de relation il entretenait désormais avec son père, mais n’osa pas poser la question. Certains sujets paraissaient encore trop sensibles pour être abordés. Bowser Junior reprit alors la marche en direction des escaliers menant à l’étage supérieur du château, là où se trouvait sa chambre gigantesque débordante de jouets en tout genre. Son fameux repaire solitaire. Esquissant un faible sourire, la jeune femme souleva légèrement sa robe rose pour le rattraper dans le couloir avant qu’il n’entame son ascension. La petite tortue reprit la parole à ce moment-là d’un ton beaucoup plus enjoué.

«Je t’aime bien. C’est vrai quoi, tu ne t’es pas moquée de moi, et tu n’as pas essayé de t’enfuir… Tu es plutôt docile comme prisonnière. Je ne suis pas obligé de te courir après comme avec les autres ! Même si j’aime bien jouer à cache-cache des fois. J’adore jouer à ce jeu avec papa ! Parce que je gagne la plupart du temps. Je suis imbattable ! Personne ne me trouve jamais… Ou presque ! Enfin… Sauf papa quand il veut. Mais lui il compte pas. Et toi, tu sais jouer à cache-cache ? Je pourrais t’apprendre… Mais je suis sûr que je gagnerais quand même.» Junior resta à côté de Solfège au lieu de foncer comme une furie jusqu’aux sommets des marches, partageant ses pensées à haute voix dans un flot de paroles ininterrompu. Puis il insista après avoir senti le regard de l’humaine sur lui.

«Papa dit que les meilleurs stratèges jouent toujours seuls de toute façon. Alors moi je fais pareil. Mais ces derniers temps, papa n’a plus le temps de jouer avec moi… Il est tout le temps occupé avec des trucs d’adulte. C’est ce qu’il me dit à chaque fois… Mais je ne suis pas stupide. Je sais qu’il essaye de conquérir le monde pour nous offrir un plus grand terrain de jeu ! Comme ça, on pourra faire des cache-cache encore plus grands ! Tu joueras avec nous ? Hein ? Dis oui !» Supplia le petit Koopa qui joignit ses mains devant lui d’un regard de chien battu, cette demande prenant Solfège de court qui répondit la première chose qui lui vint à l’esprit.

«Cela semble amusant.» Acquiesça-t-elle avec un sourire maladroit.

«Yay ! J’ai hâte de le dire à papa !» S’exclama Bowser Junior en sautillant de joie avant de se précipiter dans les escaliers beaucoup trop grands pour lui.

Le sourire de Solfège s’effaça instantanément à cette réponse tandis qu’un frisson lui parcourait l’échine. Elle n’était pas certaine que son père partage son enthousiasme à cette annonce... Grimaçant à l’idée de se faire rôtir par le roi Koopa au tempérament hargneux, elle secoua la tête avant de rattraper l’enfant qui semblait avoir une énergie inépuisable. Il ne s’arrêtait jamais de courir ! Tout le contraire d’elle, qui sentait ses forces l’abandonner un peu plus chaque jour depuis qu’elle n’avait rien avalé de solide. À part de l’eau, son estomac était vide, et cela commençait à se répercuter sur ses muscles et son endurance.

Son souffle se faisait plus court au fil de la montée. Alors qu’elle atteignait le sommet des marches avec difficulté, sa tête se mit à tourner de plus en plus vite. La jeune femme posa une main gantée sur son front moite, haletante, le cœur battant la chamade. Elle avait l’impression que le monde tanguait autour d’elle, de petites étoiles dansant devant ses yeux mi-clos. La chaleur ambiante du château n’arrangeait rien à sa condition déjà préoccupante. Bowser Jr. ralentit aussitôt, surpris de la voir si faible. Pour la première fois depuis leur départ, son excitation céda la place à l’inquiétude.

«Bah, qu’est-ce que tu as ? On dirait que tu as vu un Boo ! Tu es blanche comme un linge.» Ricana-t-il, mais au grognement provenant de l’estomac de Solfège, il s’arrêta net pour la regarder avec étonnement. Il cligna des yeux, le temps que l’information fasse son chemin dans son esprit, puis se redressa d’un claquement de doigts ; «Oh, tu as faim ! Allons à la cuisine ! Je suis sûr qu’on trouvera quelque chose à manger. Je connais des endroits où papa cache des gâteaux…»

Et c’était reparti pour refaire le chemin en sens inverse car, évidemment, la cuisine se trouvait au rez-de-chaussée. Ce n’était pas comme s’ils passaient leur temps à courir d’un bout à l’autre du château... Retenant un soupir de découragement à la vue de toutes ces marches qu’elle allait devoir redescendre, Solfège fit de son mieux pour suivre mini Bowser, qui ne manquait jamais d’énergie. Bien sûr, ce dernier voulait jouer ! Comme elle n’était pas assez rapide à son goût, il finit par lui attraper la main pour l’entraîner dans un autre couloir désert, menant tout droit aux cuisines royales. Une cuisine qui, à l’image du reste du château, avait été conçue pour la stature imposante de Bowser.

Les plans de travail étaient gigantesques, tout comme la vaisselle soigneusement rangée dans les placards. Depuis le sol, Solfège ne distingua qu’un panier de fruits et quelques pots de confiture posés sur un comptoir. Même les ustensiles de cuisine étaient plus grands que ce qu’elle avait l’habitude de voir. Impressionnée, elle leva les yeux vers les hautes chaises disposées autour de la table. Comment allait-elle grimper là-haut pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent ? À ses yeux, la cuisine ressemblait davantage à la salle d’un géant qu’à un endroit où préparer un repas. Non loin de là, le petit Koopa était en mission : débusquer des gâteaux.

«Mince, papa a encore tout mangé !» Constata Bowser Jr. après avoir collé son museau dans l’un des placards à sa hauteur, fouillant un intérieur sombre complètement vide. Il resta figé quelques secondes, l’air d’avoir découvert une véritable trahison personnelle. Ou alors avait-il changé de cachette sans rien lui dire, le privant volontairement de ce précieux trésor ?

«Pourtant il ne les cache pas aussi bien d’habitude…» Marmonna-t-il, vexé. Au moment où il se retourna, il remarqua la jeune femme silencieuse au pied du comptoir.

«Admire le pro !» Junior leva son doigt quand il vit l’inquiétude dans les yeux de Solfège. Il avait réussi à déchiffrer son regard pour savoir exactement à quoi elle pensait ! Gonflant le torse, le petit Koopa prit de l’élan avant de se rétracter dans sa carapace verte tournoyante et de rebondir contre le plan de travail. Le choc le propulsa en arrière vers l’une des chaises, qu’il utilisa ensuite comme appui pour sauter entre les casseroles suspendues jusqu’au panier de fruits, trois mètres plus haut.

Devant cet enchaînement de cascades, Solfège se mit à applaudir joyeusement, les yeux brillants d’admiration lorsqu’il atterrit avec agilité près du panier garni pour brandir fièrement une délicieuse pomme rouge dans les airs. Tel un trophée durement gagné. La peau de la pomme captait la lumière, luisante et parfaite... Elle lui donnait l’eau à la bouche. En revanche, il semblait déjà avoir une autre idée en tête, à en juger par le sourire espiègle qui étirait son museau et faisait pétiller son regard. Disparaissant un instant de son champ de vision, Bowser Junior revint quelques instants plus tard avec une cuillère en bois à la main. Un ustensile presque aussi grand que lui qu’il traînait avec détermination.

L’humaine en contrebas arrêta d’applaudir lorsqu’il installa la pomme dans la cuillère qu’il équilibra sur le rebord du comptoir pour exécuter un nouveau numéro destiné à l’impressionner. Sans se soucier le moins du monde du danger. Junior recula de quelques pas puis sauta sur le manche de la cuillère, projetant le fruit dans les airs. La pomme décrivit une belle trajectoire au-dessus de la cuisine. Il retomba au sol dans une roulade maîtrisée avant de se redresser aussitôt et de rattraper le fruit avec une précision remarquable. Une fois sa réception réussie, il tendit fièrement la pomme à Solfège, bouche bée devant une telle démonstration d’agilité.

«C’était très dangereux ! Tu aurais pu te faire mal !» S’offusqua-t-elle, les yeux grands ouverts, encore marquée par la scène qu’elle venait d’assister. Mais lorsque Bowser Jr. perdit son sourire fier, son regard glissant vers le sol avec une déception difficile à dissimuler, elle sentit sa réaction se tempérer. Sa voix s’adoucit, son expression se fit plus chaleureuse ; «Mais je dois dire que tu es incroyablement agile et doué pour les sauts. Tu m’as impressionnée !»

«C’est vrai ? Je t’ai impressionné ?» Heureux d’entendre ces louanges, son sourire resplendissant réapparut alors que Solfège croquait dans la pomme juteuse d’un petit gémissement de bonheur.

«Oui, tu as beaucoup de talent.» Répéta-t-elle avec la bouche pleine. Elle manquait de politesse mais tant pis, sa faim passait avant tout. Elle avait presque oublié à quel point le goût d’une pomme pouvait être merveilleux… Un fruit si simple et pourtant si délicieux ! Elle se mit à rire lorsque Junior commença à rougir sous les compliments, au point de ressembler presque à la pomme qu’elle dégustait. Grattant l’arrière de sa tête avec embarras, le petit Koopa sentit son cœur se gonfler à ce rire cristallin. C’était une belle mélodie.

Il aimait son rire, tout autant que sa douce voix.

Après ce petit moment de complicité dans la cuisine, Solfège et Junior reprirent leur route vers la chambre. Maintenant qu’elle avait enfin quelque chose dans l’estomac, il lui était beaucoup plus facile de suivre l’enfant hyperactif et ses bavardages incessants, mais surtout de parcourir les interminables couloirs du château. Car elle en faisait, des kilomètres ! Chaque corridor n’en finissait plus, tandis que chaque détour dévoilait un nouvel espace encore plus vaste que le précédent. Les bras croisés dans son dos, la jeune femme aux cheveux rouges riait de bon cœur aux récits du petit Koopa. Celui-ci lui racontait toutes sortes d’aventures plus extravagantes les unes que les autres, ponctuant ses histoires de gestes théâtraux et d’imitations parfois approximatives.

À l’entendre, il avait déjà affronté des monstres terrifiants, survécu à des catastrophes improbables et accompli des exploits dignes des plus grands héros. La plupart de ces histoires étaient probablement embellies, voire complètement inventées, mais cela ne les rendait pas moins divertissantes. Junior les racontait avec une telle conviction qu’il était difficile de ne pas se laisser entraîner par son enthousiasme. Il était attachant, oui. Un véritable petit casse-cou débordant d’énergie, doté d’un ego déjà bien développé pour son jeune âge. Il adorait être au centre de l’attention et ne manquait jamais une occasion de se mettre en valeur.

Avait-il hérité cela de son père, Bowser ? Très certainement.

Solfège sourit malgré elle quand il lui parla de Kamek et de la relation qu’il entretenait avec lui. Elle se souvenait du magicien à la robe bleue, affublé de grosses lunettes et d’une voix lente et traînante, qui suivait Bowser partout ou presque. Une véritable ombre. Elle ne l’avait vu qu’une seule fois, mais à en croire Junior, il l’appréciait même s’il le critiquait d’être trop collant. Il adorait passer du temps avec lui pour écouter des histoires sur son père ou jouer à saute-dada. Un jeu qui avait l’air particulièrement éprouvant pour le dos, si on lui demandait son avis. Cette simple idée lui arracha un léger sourire.

C’était attendrissant, la façon dont Junior parlait de son père et de son entourage. Elle percevait sans peine l’affection et la fierté qui transparaissaient dans sa voix alors qu’il accompagnait chacun de ses récits de grands gestes. Il ne se contentait pas de raconter des souvenirs. Il les revivait. Peu à peu, Solfège eut l’impression qu’il cherchait à lui montrer une facette de Bowser bien différente de celle qu’elle connaissait. Un Bowser qui riait, jouait et passait du temps avec son fils. Loin de l’image du tyran redoutable qu’elle avait rencontrée jusqu’ici, avide de gloire et de pouvoir. S’appropriant tout ce qu’il trouvait sur son passage…

Le cœur douloureusement serré dans sa poitrine, le sourire de Solfège s’effaça lorsqu’elle entra dans la chambre du petit Koopa. Celui-ci avait déjà préparé une multitude de jouets sur le tapis central, soigneusement disposés comme s’il attendait ce moment depuis longtemps. De petites figurines, des blocs empilés en tours maladroites, un château miniature entouré de soldats en bois... Tout était prêt pour donner vie à mille aventures. Ils s’installèrent côte à côte sur le tapis. Leurs mains se frôlaient parfois au milieu de ce joyeux désordre tandis que Junior enchaînait les histoires et les rebondissements. Très vite, le jeu prit le dessus sur tout le reste.

Solfège se laissa entraîner dans son imagination, oubliant peu à peu les murs de sa prison, la chaleur étouffante du château et même la peur qui l’accompagnait depuis son arrivée. Jusqu’à ce que l’horloge derrière elle sonne le retour de Bowser. Le carillon résonna dans toute la pièce. Chaque coup lui donna l’impression d’un compte à rebours touchant à sa fin. Elle se figea aussitôt. Mieux valait éviter de croiser le roi Koopa dans les couloirs... Ou la sanction risquait d’être terrible. Pour tous les deux. Le jeune prince n’avait aucune envie de perdre sa nouvelle amie parce qu’il avait encore désobéi, surtout depuis que son père était régulièrement de mauvaise humeur à cause de Peach et du Royaume Champignon.

Sans perdre une seconde, il attrapa la main de Solfège pour l’entraîner hors de sa chambre, puis à travers les couloirs menant aux escaliers et enfin à la prison. Pendant le trajet du retour, Junior lui expliqua qu’il reviendrait le lendemain. D’ici là, son père serait reparti avec Kamek et une partie de son armée pour récupérer des territoires perdus. C’était le seul moment où ils pouvaient se voir sans craindre une interruption brutale. Veillant à ne croiser personne sur leur route, les deux complices se dissimulèrent derrière les statues lorsqu’ils entendirent des voix résonner dans un couloir voisin. Le cœur battant, ils attendirent quelques secondes dans un silence tendu avant de reprendre leur chemin.

Ils s’empressèrent alors de descendre le grand escalier en colimaçon jusqu’aux souterrains, où les nombreuses cages vides attendaient d’être remplies. Une fois arrivés, Junior poussa délicatement Solfège à l’intérieur de la sienne avant de verrouiller la porte. Il ramena ensuite la cage au-dessus de la lave, exactement à sa place, comme si rien ne s’était passé. Chaque détail devait être parfait. Il s’assura que personne ne rôdait dans les environs en jetant plusieurs regards nerveux derrière lui. Pendant ce temps, Solfège lissa sa robe ainsi que ses cheveux avant de s’asseoir au centre de sa cage dorée. Elle adopta même une expression triste et résignée.

Faisant mine d’être une prisonnière malheureuse derrière ses barreaux, elle s’efforça de ne rien laisser paraître de cette journée passée en liberté.

«Je reviendrai te chercher demain ! À plus !» S’écria Junior qui disparaissait d’ores et déjà en haut des escaliers.

«Je t’attendrai.» Murmura doucement Solfège avec un sourire qu’elle ne put retenir, impatiente de pouvoir découvrir de nouvelles choses aux côtés de son jeune ami. Les mains jointes contre sa poitrine, elle ferma les yeux alors qu’elle se remémorait tous ces bons souvenirs. Infiniment reconnaissante d’avoir eu ce privilège.

Le silence retomba vite dans la prison. Demain allait être très long à attendre…

Très, très, très long.

À suivre…

Merci beaucoup pour la lecture !





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