Chante pour moi

Chapitre 4 : Condamnation

Par VendettaPrimus

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Chapitre 4 - Condamnation

Une routine s’installa entre Bowser Jr et Solfège. Tous deux se retrouvaient quotidiennement pour jouer, parler de tout et de rien, dans la plus grande discrétion afin d’éviter d’être surpris par qui que ce soit. Le château avait des yeux et des oreilles partout. Aucun des deux ne voulait risquer une punition qui signerait la fin de leur amitié naissante, une perspective qu’ils refusaient l’un comme l’autre. Chaque jour, Solfège avait droit à quelque chose à manger dans la cuisine grâce à Junior, qui ne voulait pas que sa partenaire de jeu s’évanouisse à tout moment. Si elle ne pouvait plus se concentrer, comment pourraient-ils jouer et imaginer des scénarios de guerre avec ses jouets préférés ? Il ne manquerait plus qu’elle fasse un malaise en pleine partie. Faisant preuve d’une extrême prudence, tant dans ses paroles que dans ses gestes, Solfège veillait à ne pas contrarier son jeune ravisseur, de peur d’être renvoyée dans sa prison exiguë.

Tout, sauf cet endroit isolé… Elle ne supportait plus d’être enfermée entre ces murs de pierre désuets. Bien que le château manque de verdure et de soleil, cela restait préférable à sa cage suspendue au-dessus de cette rivière de lave. Là où la chaleur était invivable. L’air y était lourd, brûlant, saturé d’une odeur âcre de soufre qui lui irritait la gorge à chaque respiration, laissant un goût métallique désagréable sur sa langue. Par moments, elle avait même l’impression que ses poumons peinaient à se remplir correctement, comme si l’air lui-même refusait de la laisser respirer. Bowser Jr ne lui avait jamais laissé l’occasion de quitter ces remparts pour revoir la lumière du jour, sous prétexte que c’était bien trop dangereux. Car le vaisseau flottait en permanence dans le vide selon ses dires. Sauf dans de rares cas où il regagnait la terre ferme, notamment lors des abordages ou des pourparlers, qui se faisaient de plus en plus rares ces derniers temps. Qui plus est, des Koopas bâtisseurs s’affairaient à restaurer l’avant du château sévèrement endommagé lors de la bataille de Brooklyn.

Pour ne pas dire pulvérisée par Bowser lui-même…

Ne faisant que des allers et retours entre la cuisine, sa chambre et la prison, les deux se fréquentaient dès que la voie était libre. Autrement dit, tous les jours depuis leur rencontre. Ayant entendu des rumeurs circuler selon lesquelles Bowser tentait de récupérer une zone qui lui aurait été dérobée après sa défaite face à Peach et aux autres, Junior avait d’abord mené sa petite enquête auprès des soldats. Avant de confirmer l’absence prolongée de son père. En seulement deux semaines, le territoire de Bowser avait été réduit de moitié. Une situation qui l’irritait profondément, lui dont les nerfs étaient déjà à fleur de peau… Alors si en plus on venait le provoquer ! Bowser Jr n’osait imaginer les répercussions sur ses soldats. C’étaient eux qui se trouvaient en première ligne puis qui subissaient les représailles. Même lui avait peur de croiser son père, pour dire ! Il n’avait pas vraiment envie de se prendre un raz-de-marée de reproches pour ceci ou pour cela juste parce que son père était mal luné et malheureusement, ça arrivait beaucoup trop souvent depuis peu.

À chaque fin de journée, juste avant que Bowser ne rentre au bercail, Solfège retournait dans sa cage pour attendre avec impatience le jour suivant. Elle reprenait sa place comme si elle ne l’avait jamais quittée, veillant à ne laisser aucune trace de ses escapades. Elle n’avait qu’une hâte, c’était de pouvoir ressortir et se promener avec Junior dans le château. Même si la plupart des pièces lui étaient inaccessibles, au moins elle découvrait de nouvelles choses. Elle adorait l’exploration ! Ce château gigantesque semblait ne connaître aucune limite. Couloirs interminables, escaliers en spirale, salles immenses aux plafonds vertigineux… La petite tortue ne pouvait contenir son excitation à l’idée de la retrouver aux aurores pour de nouvelles aventures, tout ça dans le plus grand des secrets. C’était palpitant ! Il n’avait jamais fait quelque chose de la sorte auparavant, pas même avec Peach, car cette dernière n’était jamais réellement considérée comme une prisonnière. Elle avait une chambre à sa disposition, et les pièces du château ne lui étaient pas interdites d’accès. Son père lui avait toujours accordé un traitement de faveur particulier, là où les autres prisonniers ne pouvaient espérer aucune forme de compassion.

Le matin suivant, Solfège tournait nerveusement au centre de sa cage avec les bras croisés dans son dos, ses longs cheveux rebondissant sur ses épaules. Elle ressemblait à un lion en cage… Impatiente de retrouver sa liberté. Elle attendait Bowser Junior qui n’était pas vraiment matinal. L’enfant aimait bien faire de longues grasses matinées… Se réveillant parfois aux alentours de midi quand son estomac criant famine lui dictait de se lever. Un vrai paresseux ! Mais ce n’était pas évident pour Solfège qui devait dépendre de sa bonne volonté pour pouvoir sortir et se dégourdir les jambes. Le temps passait, et il n’y avait toujours personne en vue sur le rebord. Aucun bruit de pas précipités dans le couloir en colimaçon, ni d’éclats de rire annonçant l’arrivée imminente de Bowser Jr. Le silence s’éternisait tandis qu’elle continuait de tourner en rond dans sa cage, s’attardant un instant sur sa magnifique robe de princesse qu’elle n’avait toujours pas eu l’occasion de changer.

Elle était si douce au toucher… Si divinement belle ! Et par chance, elle ne l’avait pas une seule fois souillée en plusieurs jours de cavale dans le château ! Pas une tâche, rien du tout. De quoi la rendre fière de cet exploit. Le tissu soyeux était intact malgré ses diverses activités, ce qui relevait parfois du véritable défi avec Junior, surtout quand ce dernier se décidait à peindre. Quelques éclaboussures avaient bien failli l’atteindre à plusieurs reprises, mais elle avait toujours réussi à les éviter de justesse. La robe semblait presque trop belle pour un tel endroit. Ses doigts se mêlant pensivement aux plis du tissu rose, la jeune femme se rassit au centre de la cage pour contempler le mur face à elle. Encore une fois Il y avait des chandeliers accrochés un peu partout dans cette prison circulaire. Leurs flammes vacillaient doucement, projetant des ombres mouvantes sur les parois de pierre, donnant presque vie à cet espace figé. Elle aimait regarder ces lumières danser au gré des courants d’air. Ce mouvement lui rappelait l’herbe emportée par les bourrasques… Et, pendant un instant, elle oubliait presque où elle se trouvait.

Le temps passa, et le petit prince n’avait toujours pas pointé le bout de son museau. Décidemment, il devait faire un sacré somme le petit bonhomme ! Avait-elle réussi à l’épuiser hier en faisant une partie de cache-cache improvisée dans sa chambre bordélique ? Une activité plutôt facile, étant donné la quantité astronomique de jouets qui offraient de bonnes cachettes. Néanmoins, elle commençait sérieusement à s’inquiéter. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Dos au rebord, elle se mit à chantonner doucement sous son souffle en attendant l’arrivée de son jeune ami au caractère bien trempé. Elle passa plusieurs heures ainsi, à fixer le mur avec ennui, jusqu’à ce qu’elle entende enfin des bruits de pas en provenance des escaliers. Soulagée mais également très heureuse de revoir Junior, quelle fut sa surprise quand elle se retourna pour se rendre compte qu’il ne s’agissait pas du tout de la petite tortue, mais de son modèle adulte effrayant à la grosse voix. Son sourire disparut aussitôt de son visage, remplacé par l’effroi.

«Serais-tu déçue de me voir ? Tu attendais quelqu’un d’autre, peut-être ?» Ricana Bowser d’un grognement tandis que le bruit de ses pas lourds résonnait dans toute la prison. À côté de lui, Kamek apparut dans ce petit pop sonore familier.

«Il semblerait qu’elle soit plus effrayée que déçue, Sire…» Souligna ce dernier qui leva le doigt, avant de se recroqueviller lorsque son maître se tourna brusquement vers lui pour exprimer son mécontentement.

«J’espère bien qu’elle l’est ! Car à présent, je vais m’occuper de son cas et voir ce qu’elle sait faire.» Déclara sombrement Bowser, un sourire en coin étirant lentement ses lèvres. Puis ses yeux se plissèrent en direction de la jeune femme enfermée dans sa cage.

«Ce n’est pas comme si on t’avait oubliée. Pas du tout !» Le Magikoopa haussa les épaules, ne se rendant même pas compte qu’il avait dit une autre bêtise jusqu’au moment où la tortue maléfique frappa son pied massif sur le sol d’un rictus irrité. Il sursauta violemment, laissant échapper un cri de peur et manquant de peu de lâcher sa baguette.

«Je n’oublie jamais rien ! Mais toi tu vas finir par perdre la mémoire si tu continues à m’énerver ! Ramène-là par ici !» Ordonna furieusement le roi des Koopas au visage du pauvre Kamek qui s’exécuta dans la panique avant qu’il ne se prenne un coup de griffe pour son manque de réactivité. Il préférait éviter les sévices physiques !

La cage fut aussitôt enveloppée d’une aura bleuâtre puis se mit à flotter comme par magie jusqu’au sol devant les deux tortues. D’un rapide coup de baguette magique, le verrou se déverrouilla et la porte s’ouvrit pour permettre à l’humaine effrayée de sortir de sa prison. Ce qu’elle ne fit pas, pour des raisons évidentes. Ses membres refusaient catégoriquement de bouger… Elle était tétanisée par la peur. Enfoncée au fond de sa cage, Solfège regardait avec crainte entre Kamek et Bowser jusqu’à ce que le roi ne claque des doigts pour que le Magikoopa fasse apparaître une perruque blonde dans les airs. Encore dans ce pop magique caractéristique. Un sourire machiavélique se dessina alors sur le visage de Bowser avant qu’il ne force la jeune femme à sortir, pour lui enfoncer la perruque sur la tête. Elle émit un glapissement indigné sous la brutalité du geste, qui manqua de lui faire faire un coup du lapin. Il ne contrôlait vraiment pas sa force ! Perplexe, elle retira prudemment les quelques mèches blondes de son visage tandis que le magicien reprenait la parole après l’avoir examinée quelques instants.

«C’est parfait, votre Altesse ! Maintenant elle ressemble à votre princesse adorée...» Approuva Kamek sur le côté d’un vif hochement de tête, un sourire satisfait étirant ses traits. Il passa sa langue sur son bec, manifestement ravi du résultat.

«Oui, elle pourrait presque lui arriver à la cheville… Mais il lui manque ce tempérament fougueux, son petit côté têtu parfois agaçant.» Constata le roi des Koopas avec nonchalance, les bras croisés sur son plastron jaune rebondi. Il fit lentement le tour de Solfège pour l’examiner, confirmant qu’elle ressemblait effectivement à Peach à l’exception de ses yeux verts qui trahissaient immédiatement l’imposture.

«Une question d’ajustements. Il suffit juste de la recoiffer un petit peu et elle sera bien plus présentable ! Un petit coup de rose sur ses joues, et hop, le tour est joué !» Tout en parlant, Kamek agita sa baguette pour faire apparaître une palette de maquillage, prêt à mettre ses paroles en pratique.

Solfège sursauta lorsqu’un petit pinceau vint virevolter devant ses grands yeux verts avant de commencer à la maquiller exactement comme la princesse Peach. Du gloss sur les lèvres, du mascara sur les cils, du blush sur les joues… Chaque détail était appliqué avec une minutie troublante, transformant peu à peu son visage sans qu’elle n’ait vraiment le temps de réagir. Un peigne tournoya ensuite autour de sa tête, ses cheveux désormais blonds glissant entre ses dents invisibles, chaque mèche lissée, replacée, arrangée pour reproduire à l’identique la coiffure emblématique de la princesse. Bientôt, Bowser n’avait plus devant lui la jeune femme timide qu’il avait enlevée, mais une réplique presque parfaite de la princesse Peach. Sa douce et merveilleuse princesse. Son expression colérique s’adoucit progressivement tandis qu’il observait le travail de transformation de Kamek. Après avoir vu Solfège dans cette robe, il avait eu l’idée de la déguiser pour célébrer sa récente victoire… Et peut-être aussi pour apaiser un peu son âme en peine. Il n’en était pas encore certain lui-même.

«Parfait.» Répéta Bowser d’une voix bien moins agressive.

Ce simple «parfait» pinça le cœur de Solfège. Bowser ne la regardait plus comme une prisonnière, mais comme une idée. Elle ne voyait plus de la haine dans son regard aigri mais une sorte d’admiration, peut-être même de la considération qui glissait lentement vers la tristesse. Ce changement était frappant. Elle était devenue une autre personne pour lui, et cette personne semblait beaucoup compter aux yeux du roi. Il ne dit rien de plus alors qu’il se retournait pour rejoindre les escaliers, sans un dernier regard. Immobilisée sur le rebord, une corde apparut soudainement devant Solfège puis ses poignets furent liés étroitement dans un nœud serré. Elle grimaça d’inconfort à ce manque de délicatesse. Son cœur manqua un battement douloureux lorsque Kamek la tira avec lui pour rejoindre son maître en haut des marches, évitant soigneusement de tester sa patience déjà entamée. La jeune femme déguisée lui obéit sans résistance tandis qu’ils la conduisaient vers une autre partie du château. Une musique commença bientôt à parvenir à ses oreilles.

Ils célébraient quelque chose ?

Le plus grand des Koopas poussa les lourdes portes menant à une immense plateforme flottante au milieu de la lave, où de nombreuses tortues faisaient la fête. On y voyait également des créatures brunes sans bras, des petites bombes, ainsi que des êtres vêtus de rouge portant un masque blanc effrayant… Au centre, une troupe de musiciens se déchaînait sur leurs instruments, martelant une musique métal assourdissante destinée à enflammer la foule en liesse. Les flammes alentours pulsaient au rythme des basses, projetant des reflets rougeoyants sur les carapaces brillantes. La fête battait son plein. Des Koopas à la carapace verte, rouge et bleue trinquaient alors que leur impressionnant roi se dirigeait vers son trône se trouvant en haut des marches flottantes. Une statue menaçante de Bowser y était représentée à l’arrière. Le Magikoopa tira légèrement sur la corde pour faire avancer la prisonnière parmi les invités qui se mirent rapidement à chuchoter à propos de son apparence trompeuse. Certains pensaient qu’il s’agissait de la véritable Peach, d’autres percevaient la supercherie grâce à ses yeux verts.

«Avance !» S’agaça Kamek lorsque Solfège s’arrêta pour regarder autour d’elle à tout ce monde qui la jugeait. Elle grimaça de douleur au mouvement brusque mais ne chercha pas à se défendre pour plutôt admirer les statuettes impressionnantes qui décoraient cette vaste plateforme. Décidément, ce Bowser était un vrai narcissique… Se retrouvant au centre des musiciens qui avaient brutalement cessé de jouer pour la regarder avec perplexité, elle se figea au moment où leur chef s’exprima.

«Aujourd’hui, nous célébrons notre nouvelle victoire ! Nous avons réussi à repousser les forces ennemies pour reprendre ce qui nous appartenait de droit ! Une fois que j’aurai récupéré le plateau Stella, notre royaume s’étendra au-delà de ses limites et plus personne ne pourra m’empêcher d’étendre mon territoire jusqu’au Royaume Champignon !» Hurla Bowser à la foule, sa voix résonnant avec puissance, couverte par les acclamations tonitruantes de ses soldats galvanisés par ce nouvel exploit.

«Et elle, c’est qui ?» Interrogea soudainement un Koopa rouge avec lassitude tout en levant sa main vers l’humaine attachée.

«Pourquoi elle est déguisée ?» Demanda un autre avec exaspération.

«Ça n’a aucune importance ! Elle est là pour nous divertir et nous offrir une chanson digne de ce nom en récompense de notre triomphe. Qu’elle nous montre ses capacités si elle veut vivre.» Bowser s’assit lourdement sur son trône d’un sourire maléfique qui envoya des frissons le long de l’échine de Solfège.

«Ouais vas-y, chante !» Cria un Koopa tout en brandissant son poing en l’air, des Goombas sautillants d’impatience pendant que l’humaine, incertaine, regardait confusément autour d’elle à tout ce monde agglutiné. Son cœur s’emballait dans sa poitrine, cognant si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait éclater alors que ses yeux verts, écarquillés de terreur, cherchaient frénétiquement une échappatoire.

Elle avait envie de fuir. Tous ces encouragements, toutes ces voix qui lui ordonnaient de chanter lui donnaient le tournis… Un bourdonnement oppressant qui envahissait son esprit, brouillant ses pensées. En plus de raviver des souvenirs douloureux. Qu’était-elle censée faire, maintenant ? Elle n’aimait pas recevoir autant d’attention, encore moins dans cet accoutrement ridicule qui ne lui appartenait pas. Non, ce n’était pas elle… Ce n’était pas son identité. Elle ne pouvait pas chanter ainsi. Pas sous leurs yeux. Pas comme ça. Affolée, la jeune femme tourna sur elle-même en cherchant un espace entre les soldats où s’échapper, essayant désespérément de défaire les liens qui la retenaient. Le nœud était si serré qu’il lui cisaillait les poignets, arrachant de brèves grimaces à chaque tentative. Les Koopas autour d’elle cessèrent leurs acclamations pour se mettre à la huer lorsqu’ils comprirent qu’elle ne leur offrirait pas ce pour quoi elle avait été amenée, la considérant désormais comme une simple trouble-fête.

«Chante !» Exigea rudement Bowser tout en frappant son poing sur l’accoudoir de son trône, les dents serrées. Cependant, l’humaine recula de plusieurs pas sous l’effet de la peur, ses grands yeux verts rivés sur lui brisant son dernier brin de patience.

D’un effroyable rugissement capable de faire trembler la terre, la tortue cracheuse de feu bondit de son siège pour sauter jusqu’à la plateforme, manquant de peu d’écraser un Goomba. Le sol vibra sous l’impact, faisant taire une partie de la foule et les musiciens en une fraction de seconde. Ses yeux rouges fixaient sauvagement l’humaine qui s’était une fois de plus montrée désobéissante. Bowser s’approcha rapidement d’elle, l’attrapa de sa grande main puis l’approcha de son visage furieux. Faisant tomber sa perruque blonde dans le mouvement. De la fumée brûlante s’échappa des narines du roi tandis qu’il resserrait graduellement son emprise sur elle, ses doigts comme un étau. La chaleur de son souffle frappait son visage à intervalles irréguliers. Il la serrait jusqu’à lui arracher un petit cri de douleur, ses yeux rouges rétrécit ne la quittant jamais. Il était tout simplement hors de lui. En à peine quelques secondes, cette humaine avait réussi à le faire sortir de ses gonds ! Autour de lui, ses Koopas prirent la fuite pendant que d’autres se réfugiaient dans leur carapace, cherchant à se protéger de la menace imminente.

Quand Bowser était fou furieux, absolument personne ne voulait s’y frotter !

«Aie, vous me faites mal !» Se lamenta Solfège coincée entre les griffes de la tortue géante. Elle ne pouvait ni se débattre, ni tenter de se libérer… Sa force l’en empêchait totalement.

«Tu crois que je ne savais pas ce qui se passait dans mon dos depuis tout ce temps ?! Que j’ignorais qu’un de mes prisonniers se promenait librement dans mon château ? Me prends-tu à ce point pour un idiot ? Tu as peut-être réussi à amadouer mon fils, mais ton petit jeu ne marchera pas avec moi !» Tonitrua Bowser, sa voix grave résonnant comme un coup de tonnerre. Il leva son autre main, dévoilant ses griffes acérées dans un grognement menaçant… Puis s’arrêta net. Quelque chose venait de se briser dans son élan. Dans son emprise, Solfège lui rappelait soudain Peach. Cette fragilité… Ces grands yeux terrifiés, cette expression figée de peur. L’espace d’un instant, ce n’était plus une prisonnière qu’il tenait, mais l’image de la princesse qu’il n’avait jamais réussi à oublier. Il eut la sensation que c’était elle qui le dévisageait… Et cette pensée le frappa de plein fouet. C’en était de trop pour lui.

«Si tu ne chantes pas pour moi, alors dans ce cas, tu ne chanteras plus jamais pour personne !» Assura le grand Koopa avec fermeté tout en se rapprochant du bord de la plateforme avec l’humaine en main. La laissant glisser jusqu’à n’être retenue que par la corde, il tendit ensuite son bras au-dessus de la lave.

Terrassée à l’idée de mourir de cette façon, Solfège tenta d’attraper la main de Bowser qui tenait la corde, laissant échapper un hurlement de terreur lorsqu’elle aperçut les bulles en fusion sous elle, éclatant dans des gerbes brûlantes prêtes à l’engloutir. Son estomac se tordit violemment quand elle croisa ensuite le regard enragé du souverain diabolique qui esquissa un sourire mauvais. C’était donc ainsi que tout se terminait… Après tout ce qu’elle avait traversé ? Le vertige la saisit. Le temps sembla ralentir autour d’elle, comme suspendu à cet instant fatidique. Inévitablement, dans une situation aussi dramatique, des larmes emplirent ses yeux tandis qu’elle se préparait à accueillir la douce délivrance de la mort. Au moins, elle n’aurait pas à retourner d’où elle venait… D’une certaine façon, ce Bowser la libérait. Une pensée aussi absurde qu’apaisante. Ses doigts se crispèrent dans le vide, incapables d’atteindre la main qui détenait pourtant son destin. Toutefois, elle ne parvint pas à détacher son regard apeuré de celui haineux de la créature, jusqu’à ce qu’une petite voix familière ne s’élève parmi les Koopas spectateurs de cet acte de cruauté.

«Papa, non !» Bowser Junior se faufila entre les soldats pour atteindre son père et Solfège au bord du précipice. Angoissé à l’idée de voir mourir sa seule amie, la jeune tortue joignit les mains pour supplier son paternel de faire une exception.

«S’il te plaît, ne fais pas ça…» Plaida ce dernier en alternant son regard entre Bowser et la captive suspendue au-dessus du vide. La tension était à son comble. Plus personne ne parlait dans les rangs, tous figés dans un silence stupéfait, entièrement accaparés par la scène. Mais finalement après un court moment de réflexion, le roi ferma les yeux d’un profond grognement… Avant de se détourner du vide pour se mettre à rire.

«On dirait que c’est ton jour de chance, petit oiseau. Tu as un bon ange gardien. Mais ne crois pas que ça te sauvera à chaque fois. Mon fils ne sera pas toujours là pour te tirer d’affaire…» Avertit-il avec beaucoup moins d’agressivité cette fois-ci, une griffe tendue vers elle et un sourcil arqué pendant qu’il la toisait sévèrement. Il relâcha alors sa prise sur la corde, laissant Solfège retomber comme une poupée de chiffon sur le sol dur. Il reprit d’un ton menaçant.

«Ne t’avise plus de tester ma patience si tu espères rester en vie.» Agenouillé à côté d’elle, il eut soudainement une idée en regardant Junior qui n’osait pas bouger entre les deux Koopas armés.

«Mais puisque tu tiens tant à jouer les nounous, à partir de maintenant tu seras la servante de Junior. Tu lui devras obéissance, tu exauceras tous ses souhaits. Tu feras en sorte qu’il ne manque jamais de rien ! Et si par malheur j’apprenais que tu n’es pas à la hauteur de ses attentes, alors je te ferai faire le plongeon de la mort !» Déclara-t-il en pointant sa griffe vers le bord de la plateforme pour lui faire comprendre qu’il ne plaisantait pas. Il se redressa ensuite, certain d’avoir instillé la peur dans le cœur de l’humaine toujours pétrifiée sur place.

«À présent disparais de ma vue avant que je ne change d’avis ! Et qu’on lui donne d’autres vêtements ! j’en ai assez de la voir dans cet accoutrement ridicule !» Réclama le roi des Koopas d’un balayage de sa main pour activer ses troupes. Kamek réapparut aussitôt à côté de Solfège.

D’un tour de baguette, il ôta la corde ainsi que tout le maquillage susceptible de rappeler de mauvais souvenirs à son maître. Même si, à l’origine, c’était lui qui avait eu l’idée de la déguiser en Princess Peach… Était-ce simplement parce qu’elle portait sa robe, ou espérait-il secrètement qu’elle adopte un comportement différent ? Une question qui n’aurait sans doute jamais de réponse, étant donné que cette tentative s’était soldée par un échec. Le Magikoopa ordonna ensuite à des gardes de reconduire l’humaine aux cachots en attendant de nouvelles directives. Un Koopa à la carapace rouge s’approcha de Solfège et la poussa rudement avec sa lance lorsqu’elle ne réagit pas immédiatement, la faisant chuter une nouvelle fois sur le sol, la pierre froide heurtant durement son corps déjà éprouvé. Un souffle tremblant lui échappa alors qu’elle restait immobile, incapable de réagir tout de suite. Sa vilaine chute fit glisser sa montre à gousset hors de sa poche. Elle roula sur la pierre dans un léger tintement métallique, s’éloignant lentement jusqu’à s’immobiliser à deux mètres de là, hors de portée.

«Non, attendez, s’il vous plaît !» Supplia Solfège au moment où un autre garde l’attrapa par les bras pour l’entraîner avec lui.

Elle tendit désespérément la main vers sa précieuse montre à gousset, mais le Koopa ne lui laissa aucune chance de s’en approcher. Il n’en avait que faire, il ne la laissa pas s’éloigner. Bowser, lui, ne prêta aucune attention aux supplications de l’humaine. Son regard était entièrement rivé sur son fils, qu’il fusillait du regard pour avoir osé intervenir dans sa condamnation devant toute son armée. Les mains sur les hanches, il observa comment Junior s’enfonçait toujours plus loin dans sa carapace avec un petit rire nerveux. Quel petit garnement… Mais comment pouvait-il rester fâché contre lui ? Junior était la prunelle de ses yeux. Jamais il ne pourrait lui faire volontairement du mal, c’était pour cette unique raison qu’il n’avait pas condamné l’humaine ingrate. Oui, uniquement pour ça. Son regard n’avait absolument rien à voir avec sa décision. Car si cela ne tenait qu’à lui, il s’en serait débarrassé sans la moindre hésitation, juste pour rappeler à tous qui commandait ici. Personne ne lui tenait tête. Rien ni personne. Pas même les jeunes filles sans défense.

«Que ça ne se reproduise plus.» Menaça calmement Bowser après s’être détourné de son fils pour rejoindre la tranquillité de ses quartiers privatifs.

À suivre…

VP





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