Chante pour moi

Chapitre 5 : Gratitude

Par VendettaPrimus

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Chapitre 5 - Gratitude

Elle avait passé la moitié de la nuit à pleurer.

Les mains serrées autour des barreaux comme dans un étau, Solfège s’apitoyait sur son sort, de grosses larmes dévalant ses joues puis son menton avant de tomber dans la lave en contrebas. Chaque goutte qui s’en échappait faisait crépiter le feu, donnant l’impression que même le monde en dessous réagissait à sa détresse, avalant ses larmes sans jamais lui offrir le moindre réconfort. Elle était pour ainsi dire désespérée. Sa montre à gousset perdue à jamais, elle n’avait plus aucune idée du temps qui lui restait... Était-ce le matin ? Le soir ? Elle n’en savait plus rien. Et maintenant, elle était prisonnière de ces lieux avec une menace qui planait constamment au-dessus de sa tête. Au moindre faux pas, au moindre mot de travers, l’épée de Damoclès finirait par s’abattre sur elle sans la moindre hésitation. Elle n’avait pourtant rien fait de mal… Du moins, c’est ce qu’elle croyait. Elle avait simplement agi selon ce qui lui semblait juste dans ce monde de noirceur et de désolation. Elle avait voulu apporter un peu de réconfort à un enfant en manque d’affection, veiller à ce qu’il ne se sente pas seul, alors qu’elle-même était en proie à cette même solitude depuis aussi loin que remontaient ses souvenirs.

Solfège ne parvenait pas à effacer de son esprit tourmenté l’image de Bowser la tenant au-dessus du vide. Cette sensation de chute imminente, ce vertige glacé qui lui nouait encore l’estomac… Ce regard ténébreux, cette haine contenue dans ses yeux… Cette force alimentée par une colère si intense qu’elle semblait jaillir directement du cœur, comme un feu incontrôlable prêt à tout consumer sur son passage. Avait-il seulement un cœur ? C’était une question qu’elle aurait pu légitimement se poser. Pourtant, Solfège savait reconnaître un monstre d’une âme en peine. Il était féroce, odieux et impitoyable, mais malgré cette facette de roi malveillant qu’il affichait en public, elle ne pouvait se résoudre à croire qu’il n’y avait rien d’autre que cette brutalité apparente. Car elle l’avait aperçue, cette petite lueur au fond de ses yeux rouges enragés. Un éclat fugace, presque imperceptible quand il avait entendu la voix anxieuse de son fils, celle qui l’avait ramené à la raison juste à temps avant de commettre l’irréparable.

Ce qui fit basculer son destin, la condamnant à devenir la servante de quelqu’un.

Dévastée par la situation compliquée, Solfège ne dit rien lorsque Bowser Junior la chercha au fond de sa cage pour l’emmener avec lui comme à son habitude. À la seule différence que cette fois-ci, son père était informé de ses allées et venues dans les couloirs, en raison de son nouveau rôle de nounou. Le visage vidé de toute expression, la jeune femme se leva lentement pour suivre machinalement la petite tortue, déjà lancée dans ses babillages incessants. Elle n’écoutait rien de ce qu’il lui racontait, ayant désormais que peu d’intérêt pour ses histoires inventées. Derrière elle, les trois prisonniers arrivés au cours de la nuit se plaignaient de la voix criarde de l’enfant qui les avait tirés de leur sommeil. Deux pingouins et une abeille, ils avaient tenté d’engager la conversation avec l’humaine aux cheveux de feu, mais celle-ci ne s’était montrée que très peu coopérative. Elle n’était tout simplement pas d’humeur à parler. Et pour cause. Comment le pourrait-elle ? Sa bonne humeur s’était envolée, tandis que son cœur se serrait à l’idée qu’elle ne reverrait sans doute plus jamais l’extérieur.

Perdue dans ses pensées, Solfège ne fit même pas attention à l’endroit où Junior la conduisait, jusqu’à ce que le petit Koopa pousse la porte de sa gigantesque chambre en désordre dans un grincement sourd. Ils étaient déjà arrivés ? Elle ne s’en était même pas rendue compte. Après tout, cela n’avait plus aucune importance, peu importe où il l’emmenait ou ce qu’il comptait faire d’elle… Le visage assombri par le chagrin, l’humaine toujours vêtue de sa robe rose tenta de passer entre les deux Koopas à la carapace rouge qui gardaient jalousement l’entrée de la chambre. Cependant ces derniers l’arrêtèrent net, croisant leurs lances métalliques devant elle dans un cliquetis sec qui la fit sursauter. Voilà une nouveauté. Junior n’avait jamais eu de gardes à sa porte depuis qu’elle était captive dans le château. Une pointe d’inquiétude traversa son regard. Quelque chose avait changé. La dévisageant de haut en bas avec un air supérieur, les gardes s’apprêtaient à la repousser sans ménagement, leurs regards lourds de méfiance et de jugement. Mais avant qu’ils ne puissent agir, le fils de leur roi bien-aimé s’interposa rapidement entre eux trois, surgissant avec une énergie soudaine.

«Wow tout doux, elle ne risque rien avec moi. Je suis son garde du corps personnel maintenant !» Déclara-t-il fièrement tout en frappant son poing contre son torse bombé. Les deux Koopas échangèrent un regard désemparé face à cette affirmation.

«Hein ? Ce n’est pas de toi qu’on se méfie, mais de cette humaine ! On ne connaît pas ses réelles intentions. Et on ne sait pas de quoi elle est capable. Elle pourrait être dangereuse !» Rappela le garde de gauche tout en plissant suspicieusement les yeux à Solfège qui restait maladroitement figée dans le couloir.

«Nous avons reçu pour mission de garder un œil sur vous deux !» Expliqua brièvement le plus âgé des deux Koopas au jeune enfant habitué à contester les ordres.

«Je n’ai pas besoin de nounous supplémentaires ! Je peux la surveiller tout seul, comme un grand ! Votre présence n’est donc pas justifiée !» Répliqua aussitôt Bowser Jr avec un sourire effronté, les bras croisés sur la poitrine et une arcade relevée.

«Mais, votre Altesse, et si la prisonnière tente quelque chose ? Ou si elle s’enfuit ? Souvenez-vous de la princesse Peach-» Voulut raisonner l’autre Koopa, toutefois il n’eut pas le temps de finir car le plus jeune s’échauffa d’un petit bond.

«C’est ma prisonnière et ma servante à partir de maintenant ! À moi ! À moi, à moi, à moi ! Donc je fais ce que je veux quand j’en ai envie ! C’est moi qui donne les ordres ! Sinon, je vais le dire à papa que vous ne m’obéissez pas et que vous êtes méchants avec moi ! Maintenant du balai !» Menaça le jeune prince qui venait de perdre patience face aux deux gardes qui, certes, ne faisaient que leur travail, mais dont la présence lui était insupportable. Il haïssait être surveillé par qui que ce soit, car il avait l’impression que son père ne lui faisait pas suffisamment confiance pour prendre soin de lui-même.

Pourtant il avait pris l’habitude d’être tout seul.

«Oui, votre Altesse !» Balbutièrent les deux Koopas en se redressant précipitamment de chaque côté de la porte, laissant passer l’enfant et l’humaine dans la chambre qu’ils gardaient. Oh non… Ils n’avaient aucune envie de vérifier la véracité de ses paroles. Pas question de risquer de passer un sale quart d’heure sous prétexte d’insubordination.

«Humpf eh bien, c’est pas trop tôt. Allez, tu viens ?» D’une vague de sa main en direction de Solfège, Bowser Jr sautilla jusqu’à son lit à baldaquin pour bondir sur les draps qui venaient tout juste d’être changés. Il enchaîna quelques figures désordonnées, bondissant toujours plus haut dans l’espoir d’atteindre le plafond, jusqu’à ce qu’il remarque la jeune femme restée immobile au milieu du tapis central.

Solfège ne savait pas vraiment quoi faire, ni où se mettre. Elle était complètement désemparée. Plantée sous le magnifique lustre bariolé, ses yeux verts fixaient tristement le sol tandis qu’elle serrait maladroitement son bras, gênée par sa propre présence. Elle jeta un regard oblique vers la grande fenêtre malheureusement trop haute pour être atteinte. À l’extérieur, la pluie et les éclairs se déchaînaient dans un décor chaotique fait de lave et de poussière. Depuis qu’elle était ici, jamais elle n’avait envisagé de s’échapper… Pas une seule fois cette idée ne lui avait traversé l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait aucune idée de l’endroit où aller, ni de ce qui l’attendait dehors. Et surtout, elle savait qu’un tel geste désespéré entraînerait des conséquences irrémédiables. Des gardes patrouillaient sans doute sans relâche, et le vaisseau se trouvait à des centaines de mètres au-dessus du sol. Et pourtant à cet instant précis, elle se demanda si elle pourrait atteindre cette fenêtre en empilant des jouets les uns sur les autres… Juste au cas où.

Même la joie habituellement contagieuse de Junior ne lui faisait plus aucun effet. Elle n’était tout simplement plus en mesure de sourire. Ses beaux cheveux encadraient son visage pâle alors qu’elle tentait de dissimuler ses larmes naissantes derrière ses mèches rouges sauvages. Elle ne voulait pas pleurer devant le petit Koopa pour ne pas l’alerter, mais la pression derrière ses yeux devenait bientôt trop forte à supporter. Elle ne parvenait plus à lutter contre cette morosité qui s’accrochait à elle depuis la perte de sa précieuse montre à gousset. Se laissant finalement tomber sur le tapis rouge et noir, la jeune femme enfouit son visage entre ses mains quand son corps tout entier se retrouva secoué par le chagrin.

«Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi tu pleures ? C’est les bébés qui pleurent ! Moi, je ne pleure jamais. Même quand je suis triste !» Junior se laissa glisser le long de sa couverture pour atterrir aux côtés de sa nouvelle servante pleurant à chaudes larmes. Intrigué par son état soudain, il se pencha vers elle jusqu’à ce qu’elle lève les yeux, la vision brouillée par les larmes, pour croiser le regard du jeune Koopa.

«Tu as raison… Je suis ridicule...» Accorda Solfège après quelques reniflements malheureux quand Bowser Jr, qui avait les poings à ses hanches, esquissa un petit sourire espiègle. Un enfant qui lui faisait la morale ? Eh bien pourquoi pas après tout, si ce dernier avait raison.

«Oui tu l’es. Il y a pire dans la vie !» Acquiesça fermement Junior, sa petite houppette rouge sur sa tête se balançant au rythme de son mouvement.

Pire que d’être prise au piège ?

«C’est vrai, il y a bien pire que d’être enfermée entre quatre murs sous les ordres d’un enfant.» Solfège esquissa un faible sourire à Bowser Jr tandis que celui-ci haussait les épaules avec désinvolture, n’ayant manifestement pas saisi la subtilité de sa remarque.

«Papa pourrait te brûler vive… Ou tu pourrais aussi te faire mâchouiller par un Goomba.» Proposa-t-il ensuite avec légèreté pour lui montrer qu’effectivement, il y avait bien pire !

«Tu marques un point.» Admit Solfège. Elle devait reconnaître qu’il n’avait pas tort, même si ces éventualités ou plutôt ces fatalités, lui donnaient des frissons. Comment faisait la princesse lorsqu’elle était ici, sous la menace constante de Bowser ? Certes, sa situation devait être bien différente de la sienne puisque le roi semblait avoir un faible pour elle… Mais tout de même ! C’était un mystère pour elle.

«Oh attend, j’ai peut-être quelque chose qui pourrait te remonter le moral. Regarde ! J’ai fait ça spécialement pour toi !» Révéla tout à coup Bowser Jr après lui avoir fait signe de le suivre à gauche de son lit trois fois plus grand que lui. Solfège se retrouva face à un panier en osier garni d’un coussin bleu moelleux en son centre, ainsi qu’une robe simple de couleur rouge à l’ourlet noir délicatement pliée sur le côté. Sa bouche s’entrouvrit sous le choc.

«Tout ça est à toi maintenant ! Avant ce lit appartenait à mon Chomb, mais papa ne voulait pas que je le garde parce qu’il devenait soi-disant trop grand et dangereux...» Grommela Bowser Junior d’une petite moue agacée, les bras croisés sous son menton au mauvais souvenir de ce jour fatidique où il avait dû se séparer de son précieux Chomb. À contrecœur, évidemment, mais son père n’avait rien voulu entendre. Face au silence de sa servante attitrée, l’enfant Koopa se pencha vers elle, l’impatience montant dans sa voix ; «Ça te plaît ? Dis que tu aimes ! Dis, dis !»

«Si je l’aime ? Je l’adore ! Un vrai lit… Je n’arrive pas à y croire.» S’émerveilla Solfège avec un large sourire conquis, se mettant à genoux pour passer sa main sur le coussin tout doux. Cette sensation était incroyable. Moelleux et duveteux à la fois… Une vraie merveille.

«Vraiment ?» Bowser Jr se redressa d’un bond, se retenant de justesse de crier de joie.

«Oui ! C’est vraiment très gentil à toi, merci. Et cette robe… Elle est sublime !» Encore sous le choc devant tant de générosité, elle attrapa doucement la robe rouge et noire pour l’ouvrir et l’admirer. De la dentelle noire ornait les extrémités, lui donnant une élégance simple mais raffinée. Pas de gants et aucune manche, ce qui lui laissait une grande liberté de mouvement. Alors qu’elle observait sa nouvelle tenue avec des yeux brillants d’admiration, Solfège laissa tomber un petit nœud noir sur le côté du panier servant de futur lit. Un nœud papillon destiné à se porter autour du cou, semblable à ceux des autres serviteurs qu’elle avait déjà aperçus dans le château.

«Comme ça, on ne te confondra plus avec mama Peach !» S’enthousiasma Junior tout en se balançant d’avant en arrière sur ses pieds pendant que l’humaine s’extasiait sur sa nouvelle robe de servante. Levant les yeux vers lui, Solfège se redressa soudainement et, dans un élan spontané, déposa un baiser sur le front de la petite tortue surprise par ce geste.

«Merci, votre Altesse.» Dit-elle en s’inclinant légèrement.

«Euh… Bah euh de rien… Je veux juste que ma servante soit présentable. C’est tout.» Balbutia Bowser Jr avec un rougissement prononcé à ses joues au contact des lèvres de l’humaine sur sa peau écailleuse. C’était chaud et agréable ! Il aimait beaucoup la sensation.

«C’est parfait !» S’enchanta-t-elle encore, son sourire ravi s’agrandissant davantage alors qu’elle tournait la robe entre ses mains pour observer le ruban noir qui ceinturait la taille et se nouait à l’arrière.

Trop excitée, Solfège se hâta de disparaître derrière le paravent en bois pour se changer dans sa toute nouvelle tenue de domestique. Ce n’était peut-être pas grand-chose, mais pour elle, cela signifiait énormément. Glissant ses gants blancs en soie sur le sol, elle enfila rapidement la robe rouge et noire puis ajusta le nœud autour de son cou avant de serrer celui dans son dos afin d’être parfaitement présentable, comme Bowser Jr le désirait ardemment. C’était la toute première fois que quelqu’un lui offrait quelque chose d’aussi beau. S’admirant un instant dans le miroir posé au sol, elle tourna sur elle-même à plusieurs reprises, laissant un rire joyeux lui échapper tandis que le bas de sa robe se gonflait légèrement. Elle se sentait réellement à l’aise dans cette tenue, bien plus que dans celle de la princesse Peach. Au moins avec celle-ci, elle n’avait plus besoin de soulever le tissu pour courir… Ce qui serait nettement plus pratique pour suivre Bowser Jr dans le château !

«Woah, tu es vraiment jolie !» Fasciné par la nouvelle apparence de Solfège, la petite tortue à épines forma un Ô avec sa bouche dès qu’il posa le regard sur elle. Les yeux écarquillés, il ne put s’empêcher de se demander ce que penserait son père en la voyant… Car elle était très jolie avec ses longs cheveux bouclés rouges descendant en cascade sur ses bras nus.

«Petit flatteur.» Plaisanta Solfège d’un sourire timide.

«Et puis d’abord, je ne le fais pas exprès. Je n’y peux rien si la robe est jolie… Mais maintenant je veux jouer ! J’en ai assez d’attendre ! Arrête de te regarder dans le miroir et viens jouer avec moi !» S’agaça son jeune ami, irrité, tout en frappant son pied sur le sol avec insistance pour exprimer son mécontentement quand l’humaine continua d’admirer la robe dans le reflet. À ses yeux, c’était comme s’il n’existait plus, relégué au second plan face à ce simple morceau de tissu.

«D’accord, d’accord, je viens.» Rit Solfège qui suivit son jeune ami jusqu’à sa montagne de jouets, la tristesse ayant cédé sa place à une intense joie. Grâce à lui. Les deux jouèrent ensemble à faire des piles de cubes jusqu’à ce que trois petits coups ne résonnent sur le bois de la porte. Dérangé dans son jeu de construction, Bowser Jr bondit sur ses pieds et fila vers l’entrée en fulminant. Il ouvrit la porte d’un geste brusque pour découvrir les deux Koopas gardes de tout à l’heure.

«Oui c’est pour quoi ?» Demanda Junior tout en plissant les yeux, n’ouvrant la porte qu’à peine assez pour laisser passer son museau. Il n’aimait clairement pas ces deux-là.

«Il est l’heure. La prisonnière doit regagner sa cage.» Dicta le plus jeune.

«Quoi ?!» S’épouvanta le prince dans un sursaut, les yeux ronds.

«Ordre de Bowser.» Ajouta le second garde plus âgé d’un petit rictus sceptique à la jeune femme qui était restée sur le sol en arrière-plan. Cependant son attention se reporta sur le fils indiscipliné de son supérieur au moment où ce dernier rechigna, sans surprise.

«Eh bien moi je vous ordonne de la laisser ici. C’est ma chambre, ma servante, c’est moi qui décide ! Si ça ne vous plaît pas, allez vous plaindre à l’accueil.» Bowser Junior fit un geste las de la main vers la fin du couloir, les congédiant sans ménagement, avant de leur tirer la langue avec insolence puis de claquer la porte à leur nez d’un coup sec.

Un silence suivit.

«Mais… On n’a pas d’accueil ?» S’hébéta le jeune garde, se tournant vers l’ancien avec perplexité.

De retour à l’intérieur de la pièce, Bowser Jr se mit à rire à gorge déployée avec l’humaine qui n’en revenait pas de son insolence. Encore heureux qu’il ne soit pas grossier… À se demander s’il avait déjà été puni pour son comportement effronté par le passé. Pendant plus d’une heure, les deux s’amusèrent à construire des tours avec les cubes colorés, les empilant, les renversant, puis recommençant avec encore plus d’enthousiasme. Jusqu’à ériger un immense château maléfique sur lequel flottait un petit drapeau noir à l’effigie de Bowser. Junior adorait inventer des scénarios de guerre où son père détruisait tout sur son passage pour lui offrir une grande planète rien que pour lui. Une histoire que son paternel lui racontait souvent, apparemment. Mais le jeune enfant hyperactif finit par somnoler. Lorsque Solfège lui proposa d’aller se coucher, il ne fit étonnamment pas de scène, ne protesta pas, et ne piqua pas de crise comme elle s’y attendait. Ce calme la sidéra davantage encore, connaissant pourtant son tempérament parfois à la limite du raisonnable… Mais elle n’allait pas s’en plaindre.

«Fais de beaux rêves...» Murmura-t-elle à son oreille alors qu’il était bien au chaud sous ses draps rouges. Mais la petite tortue était déjà profondément endormie, une petite bulle apparaissant à sa narine au rythme de ses respirations courtes et régulières. Assise au bord du lit, Solfège passa doucement une main dans ses cheveux lorsqu’elle se souvint de quelque chose d’important.

«Je te remercie de m’avoir sauvée la vie.» Lui dit-elle avec reconnaissance, même si elle savait qu’il ne l’entendait déjà plus.  Après quelques minutes à veiller sur lui, Solfège se laissa glisser le long de la couverture, ses doigts relâchant peu à peu le tissu, avant de retomber au sol dans un léger rebond à côté de son panier en osier.

Bowser Jr lui avait laissé une petite couverture pour qu’elle n’ait pas froid durant la nuit, juste à côté d’une gamelle d’eau. Sérieusement ? Solfège haussa un sourcil incrédule devant cette attention inattendue. La considérait-il comme sa servante, ou comme un nouvel animal de compagnie ? La question persistait dans son esprit tandis qu’elle ajustait son coussin, prenant le temps de le rendre un peu plus confortable pour espérer passer une bonne nuit de sommeil. Sans doute la meilleure depuis qu’elle était retenue prisonnière ici. La meilleure nuit de sa vie, tout court. Fini la cage inconfortable, terminé la chaleur étouffante… Place au confort, presque luxueux. Ravie malgré elle, elle s’installa dans le panier à peine assez grand pour s’y lover, tirant la couverture blanche épaisse jusqu’à ne laisser apparaître que son visage souriant. Au moins sous cet angle, elle ne pouvait pas voir l’horloge comtoise face au lit… De quoi la rassurer et lui permettre de se détendre enfin. Épuisée par sa journée, elle s’endormit relativement vite, son esprit s’apaisant dans la quiétude de la chambre.

«Psst.»

Solfège rouvrit les yeux puis se redressa brusquement dans son panier pour regarder la porte entrouverte qui laissait passer une fine ligne de lumière dans la pièce plongée dans l’obscurité. Confuse, elle fronça les sourcils. Non… Elle n’avait pas rêvé. Il y avait bel et bien quelqu’un qui attendait derrière la porte. D’un rapide coup d’œil vers la grande fenêtre, elle constata que la lune était haute dans le ciel, dominant les nuages noirs et les éclairs qui grondaient sans cesse à l’extérieur. Puis en se tournant vers Bowser Junior, elle remarqua avec soulagement que ce dernier dormait profondément en laissant échapper de légers ronflements. Hésitante, elle finit néanmoins par se lever de son lit pour aller voir ce qui se passait à l’extérieur, et surtout savoir pourquoi on la dérangeait à cette heure tardive de la nuit. Frottant un œil pendant qu’elle se traînait jusqu’à la porte, elle y passa sa tête et vit qu’il s’agissait d’un Koopa à la carapace bleue avec des ailes blanches. Mais ce n’était pas n’importe lequel, c’était celui qui l’avait raccompagnée à sa cage la première fois il y avait de cela plusieurs jours en arrière.

Le garde face à elle jeta d’abord plusieurs coups d’œil rapides aux alentours pour s’assurer qu’ils étaient bien seuls, avant de tendre un objet à Solfège.

«Ma montre !» S’exclama-t-elle aussitôt de surprise, mais le Koopa devant elle lui fit rapidement signe de se taire tout en plaçant avec empressement la montre à gousset dans la paume de sa main.

«Comment as-tu su ? Cet objet est si précieux à mes yeux… Je t’en suis infiniment reconnaissante, merci.» Solfège serra affectueusement la main de la tortue d’un sourire plein de gratitudes. Ce dernier, abasourdi, cligna des yeux en découvrant ce sourire radieux. Il n’avait pas l’habitude de voir ça par ici. Il était authentique, chaleureux… Capable de percer les carapaces les plus endurcies.

Toujours sous le choc face à une telle reconnaissance pour si peu, il resta figé tandis que l’humaine serrait la montre contre sa poitrine. Elle referma doucement la porte en lui adressant un discret «bonne nuit» poli. Le laissant seul dans le couloir, bouche entrouverte, se demandant si c’était ça… Le visage de la gentillesse.

À suivre…

J’espère que vous avez apprécié ce nouveau chapitre ! Qu’en pensez-vous ?

VP

 




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