Chante pour moi
Je tiens à remercier tous ceux qui prennent le temps de partager leur avis sur cette histoire, ainsi que pour tous ces retours très positifs ^^ Je ne m’y attendais pas… Merci du fond du cœur.
Chapitre 9 - Complicité
Deux gardes Koopas la traînaient au sol le long de la passerelle, leurs prises fermes ne lui laissant aucune échappatoire, jusqu’à ce qu’elle se retrouve aux pieds de Bowser en personne. Des larmes coulaient le long de ses joues, traçant des sillons tremblants sur sa peau. Solfège n’osait pas lever les yeux vers lui, mais elle pouvait sentir sa présence écrasante l’envelopper tout entière. Désormais à genoux devant le roi, l’humaine fut brusquement tirée en arrière par les gardes qui la forcèrent à relever la tête, ses muscles se crispant. Pour ensuite plonger son regard dans celui du Koopa géant. Elle laissa échapper un petit cri de surprise lorsqu’elle se retrouva prisonnière de ses yeux calculateurs, tandis qu’un lent sourire étirait les coins de son museau. Cette expression malveillante lui glaça le sang. Elle se retrouva figée, incapable de bouger, clouée sur place sous l’intensité de ce regard qui semblait la transpercer. Les sourcils rouges froncés, Bowser l’observait en silence comme s’il cherchait à lire en elle. Le temps lui-même paraissait suspendu. Puis, sans prévenir, il leva une griffe et la plaça sous le menton de Solfège, la forçant à maintenir cette position soumise. Sa voix grave et menaçante résonna alors, vibrant jusque dans chacun de ses membres.
«Tu pensais vraiment pouvoir m’échapper ?» Déclara-t-il d’un calme alarmant, tout en pressant légèrement sa griffe sous la gorge de la jeune femme. Terrifiée, Solfège resta pourtant parfaitement immobile, soutenant son regard sans ciller. Il devait bien l’admettre qu’elle avait du cran. Un rire sourd résonna dans sa poitrine alors qu’il inclinait lentement la tête dans un bref moment de réflexion, avant de relever les yeux vers elle. Son regard, dur et perçant, la maintenait sous une pression silencieuse.
«Tu ne quitteras jamais cet endroit…» Un ricanement lui échappa accompagné d’un léger haussement de sourcils, avant que toute trace d’amusement ne disparaisse brusquement de son visage. Son expression se durcit en un instant, rendant le changement d’autant plus effrayant. Il se pencha vers elle. Le souffle chaud de ses narines souleva ses cheveux rouges puis, d’une voix basse et grondante, il lâcha.
«Solfège.»
Et d’un rugissement assourdissant, il leva son autre main griffue en l’air pour ensuite l’abattre sur l’humaine qui ferma hermétiquement les yeux en attendant le coup venir…
«Tu t’es encore perdue dans tes pensées.»
Solfège cligna rapidement des yeux, subitement ramenée au présent par la petite voix ennuyée du jeune Koopa qui la tira de sa rêverie. Elle était assise en tailleur derrière Junior, face au miroir posé au sol, le peigne suspendu à mi-chemin dans sa petite houppette rouge. Pendant quelques secondes, elle resta figée, se fixant avec incrédulité dans le reflet de la glace avant de se souvenir peu à peu de l’endroit où elle se trouvait et de ce qu’elle était en train de faire. Ce matin-là, elle avait proposé à Bowser Jr de le recoiffer après qu’il se soit complètement emmêlé les cheveux avec des crayons de couleur. Elle avait pris soin de placer un coussin entre sa carapace épineuse et son propre ventre afin d’éviter de se blesser sur l’un de ses pics. Mais le rêve de la nuit précédente continuait de la hanter… Encore et encore. Elle ne cessait de le rejouer dans son esprit, au point d’en perdre le fil de la réalité, ce qui n’avait évidemment pas échappé au petit Koopa déjà grognon.
«Tu as fait un mauvais rêve ? C’est ça ? Je t’ai entendu crier hier soir.» Révéla-t-il tout en observant le visage tracassé de Solfège à travers le grand miroir.
«Un horrible cauchemar.» Affirma la jeune femme avec une légère grimace pendant qu’elle repassait le peigne dans la petite tignasse de Bowser miniature. Ses sourcils se froncèrent, toujours oppressée par cette sensation dans sa poitrine qui refusait de disparaître. L’image du méchant roi Koopa dans son cauchemar restait gravée dans son esprit, telle une marque indélébile…
«Horrible à quel point ? Moi, je fais souvent le même cauchemar. Je rêve que des Toads me courent après pour me forcer à manger leurs champignons dégueux… Parfois, ils m’attrapent et me jettent dans une marmite remplie de champignons ! Ils se mettent tous à rire en me mettant du sel et du poivre sur la tête… Et ensuite, je me transforme en poireau ! J’arrive à m’enfuir la plupart du temps, mais après papa ne me reconnaît plus et me chasse du royaume parce que je suis un vilain poireau…» Expliqua-t-il d’un ton soudainement triste avec le menton tombant, visiblement traumatisé par cette histoire de champignons.
«C’est vraiment affreux… Je ne sais pas ce que sont des Toads, mais ils ont l’air très, très méchants. Mais je suis sûre que même si tu te transformais en poireau, ton papa ne te repousserait pas. Tu comptes beaucoup trop à ses yeux.» Tenta de le rassurer Solfège avec un petit sourire adressé à Junior dans le miroir, interrompant un instant son brossage lorsque le Koopa la regarda avec étonnement. Elle avait hésité à répondre, car le contraste entre la douceur de sa voix et l’absurdité de son cauchemar la désarmait complètement.
«Pwah ! Tu ne sais pas ce qu’est un Toad ? Ils sont tous colorés, tout mignons et tout joyeux, tout le temps. Ça me donne envie de vomir !» Gémit-il en tirant la langue de dégoût, ce qui fit rire l’humaine dans son dos. Toutefois il reprit rapidement, terminant sa phrase dans un grommellement ; «Et papa déteste les poireaux.»
«Oh…» Solfège pinça les lèvres pour retenir un nouveau rire et reprit aussitôt son coiffage, de peur de vexer le jeune prince par inadvertance. Il ne fallait surtout pas rire ! Pour lui, ce n’était pas drôle du tout. Un cauchemar restait un cauchemar pour celui qui le vivait, peu importe à quel point il pouvait paraître absurde. Il n’y avait aucun jugement à avoir.
Même si, malgré elle, cette conversation lui arrachait quelques pensées amusées. Bowser Jr n’aimait pas les champignons… Et son père détestait les poireaux. Qui l’eût cru ?
Cependant, son sourire s’affaiblit subtilement lorsque des images de son cauchemar lui revinrent en mémoire, s’imposant à elle avec une netteté troublante, la tourmentant sans relâche depuis son réveil. Des fragments confus… Des sensations persistantes… Des éclats d’images qui refusaient de s’estomper. Ce qui l’effrayait n’était pas tant la nature de ce rêve, mais plutôt la probabilité qu’il se réalise. Cette idée la glaçait. Mais n’ayant, pour le moment, ni tenté de s’évader ni même songé à le faire, Solfège pouvait se rassurer et espérer ne plus jamais faire face à la colère de Bowser. L’espace d’un instant, elle se remémora ce qu’elle avait osé faire quelques nuits plus tôt… Apporter son aide au grand et terrifiant roi des Koopas. Ce qui relevait presque de l’inimaginable ! Nul doute que cette petite aventure l’avait suffisamment marquée pour que son esprit recrée une situation de danger dans laquelle elle pouvait facilement se retrouver. Elle se sentait désolée d’avoir réveillé Bowser Junior avec son stupide cauchemar, la culpabilité lui étreignant légèrement le cœur. Elle était pour le moins surprise qu’il ne lui ait fait aucun reproche.
«Alors, c’était quoi ton terrible cauchemar à toi ?» Demanda subitement Junior quand il remarqua le froncement de sourcils préoccupé de Solfège. Il était curieux de savoir ce qui l’avait mise dans cet état !
«Si je te le disais, tu ferais encore plus de cauchemars ! Et ils seraient bien pires que cette histoire de Toads démoniaques et de poireau parlant.» Taquina la jeune femme derrière lui, avant d’enfoncer doucement ses doigts dans les côtes du jeune Koopa pour le faire glousser. Il piaffa puis fit un bond, protestant lorsqu’elle tira un petit peu sur le nœud de son bandana qu’il ne quittait plus depuis qu’elle le lui avait fait. De jour comme de nuit. Évidemment, ce n’était qu’une diversion. Elle n’avait pas envie de lui dire que son cauchemar concernait Bowser… Elle préférait qu’il ne le sache pas.
«Les cauchemars, ça me fait pas peur ! Mais parfois, ils me rendent triste aussi…» Admit-il ensuite tandis que Solfège finissait de le coiffer en lui remettant son élastique noir pour reformer sa traditionnelle houppette. Satisfaite, elle posa ses mains sur ses genoux repliés avant de se pencher légèrement sur le côté pour observer la petite mine attristée de son jeune ami, étonnamment calme ce matin-là, contrairement à son habitude.
«Moi aussi, ils me rendent triste parfois.» Avoua-t-elle à son tour, ses yeux verts se perdant sur le grand tapis rouge sous eux. Réfléchissant quelques secondes, elle eut soudain une idée pour leur remonter le moral.
«Et que dirais-tu de t’entraîner à faire des boules de feu ? On pourrait aller sur cette grande plateforme à l’extérieur, comme ça, on ne risque de blesser personne ni de causer de dégâts. Ce serait une bonne idée, non ?» Proposa gentiment Solfège avec un sourire encourageant. Toutefois, le petit Koopa haussa les épaules, sans montrer beaucoup d’enthousiasme.
«Euh, c’est-à-dire que… Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. Papa pourrait se fâcher contre moi si je monte sur la plateforme sans lui. Il me dit toujours que c’est dangereux, parce qu’il y a du vide et que je pourrais tomber et me faire mal.» Déclara Junior dans un soupir découragé. Le fait que son père ne lui fasse pas entièrement confiance lui faisait de la peine, même s’il avait raison de s’inquiéter pour sa sécurité, surtout dans un château volant en permanence.
«Est-ce qu’il y aurait un autre endroit où on pourrait aller ? Peut-être une salle d’entraînement ou une pièce inutilisée ?» Questionna alors l’humaine dans son dos, se penchant à nouveau sur le côté pour le regarder, ses boucles rouges frôlant ses épaules. Les yeux de Bowser Junior s’écarquillèrent d’intérêt, une étincelle d’enthousiasme renaissant instantanément dans son regard, et son museau s’étira en un large sourire. Il claqua des doigts.
«J’ai peut-être une idée ! Suis-moi !» Désormais excité à l’idée de s’entraîner, le jeune Koopa à épines se releva d’un bond, incapable de contenir son énergie débordante. Il se rua vers la porte de sa chambre pour l’ouvrir avec fracas, le bois claquant violemment contre le mur, manquant de peu de renverser les deux gardes postés à l’entrée qui sursautèrent sur son passage.
Sans même laisser à Solfège le temps d’enfiler ses chaussures rouges, il dévala les grands escaliers à une vitesse fulgurante, ses pas martelant la pierre dans une cadence effrénée. Il traversa les longues passerelles suspendues menant à l’extérieur, l’air chargé d’une légère brume sombre qui enveloppait la forteresse volante. Riant à pleins poumons lorsqu’il entendit les pas précipités de la jeune femme derrière lui, il se retourna pour s’assurer qu’elle suivait toujours avant de s’engouffrer dans une grille qu’il ouvrit d’un geste impatient. Derrière, un étroit escalier en colimaçon s’enfonçait dans l’une des tours de garde latérales, située à l’est du château. Sans ralentir, il grimpa les marches quatre à quatre, ses petites pattes claquant contre la pierre chaude, tandis qu’il agitait énergiquement les bras pour presser Solfège de le rejoindre. L’humaine peinait à maintenir le rythme, son souffle se faisant plus court à chaque palier, mais elle s’efforçait de ne pas se laisser distancer par l’enthousiasme débordant du jeune prince. Quelques instants plus tard, Bowser Jr atteignit le sommet de la tour.
Là-haut, l’air était plus frais, presque mordant. Ce qui contrastait fortement avec la lave en fusion visible à perte de vue et cette chaleur permanente qui imprégnait les murs. Le panorama à cette hauteur était spectaculaire. Le château maléfique se déployait à perte de vue, dressé au-dessus des nuages comme une forteresse oubliée, suspendue entre ciel et ténèbres, défiant les lois mêmes du monde. Arrivé le premier, le petit Koopa croisa les bras avec un sourire fier, bombant légèrement le torse dans une posture triomphante. Il adorait le jeu de la course ! La vitesse, la compétition, la victoire… C’était son terrain de prédilection. Il était beaucoup trop fort à ce jeu, c’était d’ailleurs l’une des raisons pourquoi personne ne voulait jouer avec lui… Ils avaient juste peur de perdre. Surexcité, vibrant encore de l’effort et de l’adrénaline, il fixait l’entrée de la tour avec une impatience à peine dissimulée. Lorsqu’enfin Solfège apparut, essoufflée mais toujours debout, il ne put retenir ce petit air satisfait qui étirait ses traits. Il oscillait entre fierté et impatience, déjà prêt à commencer leur entraînement.
«Où est-ce qu’on est ?» S’interrogea-t-elle, mais sa voix se perdit aussitôt quand elle fut happée par la beauté du paysage.
Lentement et avec quelques hésitations, elle se redressa pour observer tout autour d’elle la vue fabuleuse qu’offrait cette tour presque aussi haute que la plateforme centrale du château. Le vent soufflait par petites bourrasques irrégulières, éparpillant ses cheveux rougeoyants dans son dos tandis qu’elle enregistrait chaque détail de ce monde fascinant qui l’entourait. Ils étaient très haut, c’était l’une des premières choses qui la frappa. Des chaînes massives reliaient certaines plateformes entre elles. Les nuages sombres et les éclairs dissimulaient tout ce qui se trouvait au-delà des limites du château, comme si le monde extérieur n’existait plus. Avec prudence, Solfège s’approcha du bord de la tour puis posa ses mains sur le rebord de pierre sombre. Elle se pencha légèrement pour regarder en contrebas, son souffle se bloquant face à la hauteur vertigineuse. Elle était à court de mots.
De la lave et du feu à perte de vue… De profonds cratères sillonnaient les terres et creusaient ce paysage infernal, où d’immenses pierres pointues s’élevaient du sol comme pour protéger le château des intrus. Sur sa droite, elle distinguait un unique passage menant au pont-levis en métal. Des geysers de lave jaillissaient par intermittence au milieu de cascades incandescentes, rendant ce décor chaotique et dangereux, destinés à repousser quiconque oserait s’approcher du château volant. Une structure colossale ! Elle était partagée entre l’émerveillement et l’effroi à mesure qu’elle prenait conscience de son environnement, si loin des prairies verdoyantes et des champs fleuris... Plus haut, au-dessus de l’entrée principale, une effrayante tête de pierre représentant Bowser crachait de la lave directement par la gueule sur le passage menant aux portes. Solfège retint son souffle lorsqu’une rafale brûlante venue des profondeurs souffla sur son visage, faisant voler ses cheveux dans les airs. Ce mouvement inattendu fit rire son jeune compagnon derrière elle.
«Alors, mortel non ? C’est le plus beau château du monde ! Il est grand, monstrueux, intimidant et trop cool, à l’image de papa et moi ! Personne ne peut rivaliser !» Ricana Junior tout en arquant un sourcil lorsque l’humaine se retourna vers lui avec de grands yeux choqués.
«Pour être mortel, il l’est… Comment vous faites pour ne pas tomber dans la lave ?» S’étonna-t-elle en passant ses doigts dans sa chevelure, encore parcourue par des frissons d’adrénaline.
«Oh, c’est simple. On regarde où on met les pieds.» Répondit tout naturellement le petit Koopa avec un haussement d’épaules paresseux. Une évidence, en somme… Il suffisait donc de faire attention, rien de plus.
«Évidemment.» Soupira Solfège qui leva les yeux au ciel.
«Bon, par quoi on commence ? Allez, je veux m’entraîner ! Dis-moi ce que je dois faire ! Dis, dis ! Est-ce qu’il faut que je rugisse comme papa ? Est-ce que le feu vient seulement avec la colère ? Je veux faire des boules de feu géantes ! Les plus grosses et les plus puissantes !» S’impatienta Bowser Jr en trépignant, pressé d’impressionner son père avec cette nouvelle capacité. Et peut-être même qu’il l’emmènerait avec lui la prochaine fois qu’il partirait au combat ? Rien qu’à cette idée il se frotta les mains, l’excitation montant en lui.
«Je ne sais pas exactement comment ça fonctionne, mais je pense qu’il faut ressentir une émotion pour éveiller ton feu intérieur. Ça doit venir des tripes, il faut que tu le sentes dans ton ventre.» Expliqua Solfège en tapotant son propre ventre pour illustrer ses propos. Face au regard sceptique de l’enfant, elle poursuivit.
«As-tu déjà vu ton papa faire ? Vous vous êtes déjà entraînés ensemble ? Est-ce qu’il… Ressentait de la colère ?» Elle hésita en se penchant légèrement vers lui, posant une main sur son épaule pour l’inciter à lever son museau vers elle. Il soupira.
«Juste une fois. Mais il n’a jamais le temps de toute façon. Il est toujours occupé à chercher un moyen de faire changer d’avis mama Peach pour qu’elle l’épouse. Je trouve ça ridicule ! C’est mieux de faire la guerre que de courir après les princesses !» S’agaça Bowser Jr en frappant du pied, frustré. Solfège grimaça puis leva une main pour calmer la petite tortue avant qu’il ne fasse une crise de colère.
«Je vois… Eh bien ce n’est pas grave, nous allons apprendre ensemble. Ensuite, tu lui montreras tes progrès ! Ça lui fera sans doute très plaisir, qu’en penses-tu ?» Proposa-t-elle en forçant un sourire à ses lèvres, soudain un peu inquiète à l’idée de contrarier le roi. Elle n’y avait pas pensé… Et s’il voulait lui-même lui apprendre ?
«Je suis prêt !»
Forcément, c’était trop tard pour faire machine arrière.
«Prends une profonde inspiration. Tu gonfles le torse, tu recules les épaules, puis tu libères ton feu intérieur dans un grand rugissement !» Solfège appliqua ses propres conseils en même temps qu’elle les énonçait, prenant une grande inspiration en bombant le torse avant d’imiter un rugissement peu convaincant. La scène était plutôt comique, puisqu’elle ne savait clairement pas comment s’y prendre. Cela fit beaucoup rire Bowser Junior, qui s’empressa de l’imiter à son tour après avoir retiré son bandana denté pour le jeter dans son dos. Il ne voulait surtout pas risquer de l’abîmer, voyons !
«Comme ça ?» S’enquit-il en reproduisant ses gestes à l’identique. Il inspira profondément avec les épaules en arrière, ouvrit la bouche avant de rugir de toutes ses forces. Mais malheureusement, aucune flamme ne jaillit.
«Ce n’est pas grave. Ça viendra avec le temps ! Je te le promets. Il suffit juste de persévérer et de croire en toi ! Les pouvoirs se débloquent avec de la pratique. Chaque essai te rapproche de la réussite, ne l’oublie jamais.» Rassura aussitôt Solfège avec un sourire, accompagnant ses mots d’une petite tape amicale sur la touffe rouge de sa tête. Elle fut toutefois surprise lorsque le petit Koopa recommença sans hésiter, déterminé à prouver qu’il en était capable.
Le torse bombé et les bras courbés, Bowser Jr arrondit les joues tandis qu’il se concentrait sur son fameux feu intérieur, espérant le réveiller enfin. Il voulait impérativement réussir à impressionner Solfège, lui montrer qu’il ne se dégonflait pas si facilement et qu’il pouvait faire des boules de feu aussi grandes que celles de son père ! De petites gouttes de sueur perlèrent sur son front alors qu’il plissait furieusement les yeux. Il était très concentré… Tellement concentré que ses oreilles se mirent à siffler. Son visage devint rouge tomate. Retenant sa respiration de longues secondes, au point d’inquiéter l’humaine à ses côtés, il relâcha soudainement toute la tension accumulée dans son ventre. Penché en avant avec la langue sortie, Junior laissa échapper un énorme rot sonore qui résonna tout autour d’eux, rebondissant même dans l’escalier en colimaçon et se répercutant en échos à l’intérieur du château. Immobilisés et les yeux écarquillés, ils restèrent un instant dans un silence stupéfait avant de sombrer tous les deux dans une crise de fou rire.
«Ha ha ha ! Tu as entendu ? J’ai fait trembler les murs ! C’était trop drôle !» Rit le jeune prince en pointant une griffe vers les escaliers, son petit rire de chafouin entraînant celui de Solfège.
«Voilà qui était très grossier, Votre Altesse ! Comment un tel son peut-il sortir d’un si petit Koopa ? Cela étant dit, j’ai bien cru que la tour allait s’effondrer sous nos pieds !» Railla-t-elle, bien que son sourire la trahisse. Junior s’arrêta brusquement de rire pour croiser les bras sur son torse, affichant une petite moue contrariée.
«Je ne suis pas petit !» Grinça-t-il.
«Petit, mais puissant.» Corrigea-t-elle avec un clin d’œil espiègle, ce qui motiva Bowser Jr à se remettre au travail pour lui prouver, justement, qu’il n’était pas petit.
De longues heures durant, Solfège entraîna le mini Bowser à devenir plus fort. En haut de cette vertigineuse tour surplombant un territoire dévasté par les flammes, elle l’encourageait à prendre confiance en lui et à se surpasser, sans se laisser arrêter par l’échec. Car des échecs, il en connaîtrait encore bien d’autres au cours de sa vie… Et elle ne voulait pas qu’il abandonne en si bon chemin sous prétexte qu’il ne serait pas assez fort. Elle voulait donner tort aux Koopalings, qui passaient le plus clair de leur temps à le rabaisser, à le traiter de bébé incapable ne comptant que sur son père pour le défendre. C’était faux. Bowser Jr avait toutes les capacités pour devenir comme son paternel, pour qui il vouait un profond respect, toujours en quête de son admiration. Quelles que soient les situations. Du moment qu’il recevait des éloges, Bowser Junior ne pouvait être que le plus heureux.
Il y avait là quelque chose de sincèrement beau.
«Nous pouvons faire une pause si tu veux. Ce n’est pas grave si on n’y arrive pas aujourd’hui. Que dirais-tu d’aller te chercher une collation ? Après, on pourra aller jouer. Qu’est-ce que tu en dit ?» Suggéra gentiment Solfège en espérant qu’il accepte alors qu’elle remarquait qu’il s’épuisait littéralement à la tâche. Soucieuse, elle s’approcha de Bowser Jr lorsqu’il se laissa tomber à genoux dans un petit gémissement d’épuisement. Prenant de rapides respirations, il écarta la main rendue de la jeune femme pour se redresser sur ses jambes. Il serra les poings avec conviction, prêt à réessayer. Il ne lâcherait pas l’affaire !
«Tu peux le faire… Je sais que tu peux.» Chuchota Solfège en joignant les mains devant elle au moment où il reprit une profonde inspiration, ses petites joues se gonflant d’air.
Junior mit absolument toute sa force et tout son cœur dans cet énième essai. Il devait réussir. Il le fallait. Il était déterminé. Penchant tout son corps en avant dans un petit cri de guerre, il sentit une chaleur étrange naître au creux de sa gorge, d’abord timide, puis de plus en plus vive. Une légère sensation de picotement le surprit, remontant lentement jusqu’à ses mâchoires entrouvertes. Avant même qu’il ne comprenne ce qui se passait, une minuscule boule de feu rebondit devant lui sur le sol de pierre dans un léger crépitement. Elle effectua trois petits bonds irréguliers avant de s’évaporer dans les airs, ne laissant derrière elle qu’un souffle chaud et fugace, sous les regards médusés du Koopa et de l’humaine. Pendant plusieurs secondes, le silence s’installa. Les deux témoins de cette prouesse fixaient le sol sans comprendre, où ne subsistait qu’une petite marque noire. Le vestige de la toute première boule de feu de Bowser Jr. Il n’en revenait pas. Il avait réussi… Il avait réussi à lancer sa toute première boule de feu ! Dans un hurlement de joie perçant, la petite tortue bondit dans les airs, submergé par l’excitation avant de se jeter dans les bras de Solfège qui riait, emportée par le même élan de bonheur.
«Je savais que tu en étais capable ! Je n’en ai jamais douté.» Le félicita-t-elle, se laissant tomber au sol pour le serrer dans ses bras, le jeune prince encore tout exalté par son exploit.
«C’est moi le plus fort ! C’est moi le plus fort ! J’ai tellement hâte de le dire à papa et de lui montrer que je sais faire des boules de feu énormes ! Tu as vu comme elle était grande ? Hein, tu as vu ?» S’émerveilla Junior contre la poitrine de l’humaine, resserrant tendrement ses bras autour d’elle, le visage rayonnant de fierté.
«Oui, je l’ai vue. C’était impossible de la rater ! Tu as été formidable…» Solfège laissa échapper un rire attendri avant de lui sourire avec affection. Elle passa doucement une main sur sa tête tandis qu’il continuait de parler sans s’arrêter, déjà porté par mille idées de ce qu’il pourrait faire maintenant qu’il venait de découvrir sa nouvelle capacité.
Cette scène des plus attendrissantes était retransmise en direct dans un nuage de fumée rose, façonné par la magie de Kamek à l’intention de Bowser. Le Magikoopa faisait lentement tournoyer sa baguette, contrôlant avec précision les volutes rosées pour offrir au roi une vision claire de ce que faisaient la servante rousse et son fils. Ses grandes lunettes reflétaient les teintes rosées de la magie alors qu’il se tenait légèrement penché en avant, attentif à la moindre réaction de son maître. En face de lui, le féroce Koopa demeurait immobile et silencieux avec les bras croisés, le regard rivé sur la scène qui se déroulait en haut de la tour. D’abord, une colère brûlante avait grondé en lui en voyant avec quelle facilité cette humaine partageait un moment avec son fils. Puis, une pointe de tristesse lui avait serré la poitrine, privé d’assister à la première boule de feu de son fils… C’était un moment qu’il aurait voulu partager avec lui, un instant qu’il imaginait depuis longtemps sans jamais en être témoin. Mais le bonheur sur le visage de Junior, cette fierté pure et éclatante, n’avait pas de prix. Et il balaya en un instant toutes ses émotions négatives, comme si la simple joie de son fils dissolvait toute sa colère.
Son sourire inestimable, ses petits yeux rieurs… Il devait bien l’admettre, son fiston semblait profondément attaché à elle. Et cette tendre image lui enserra le cœur, car cela faisait longtemps qu’il n’avait plus vu son fils aussi épanoui, que ce soit avec lui ou avec quelqu’un d’autre. Le voir ainsi rire avec cette humaine du nom de Solfège, qui semblait lui offrir à la fois amour, patience et encouragements, fit naître en lui un sentiment nouveau. Difficile à nommer, mais étonnamment apaisant. Au lieu de la colère ou de la jalousie, Bowser ressentait surtout une paix inattendue en observant cette scène dans le nuage rose, conscient de voir à quel point Junior était comblé à ses côtés. Et malgré lui, il se surprit à ne pas vouloir interrompre ce moment. Il avait envie d’en profiter encore un peu, de savourer cette scène si particulière même si c’était à distance.
«Je les observe depuis un moment. Elle demeure constamment à ses côtés. Elle veille avec rigueur à ce qu’il s’alimente correctement, qu’il ne se couche pas à des heures indues et qu’il s’adonne à diverses activités… Plus constructives.» Expliqua Kamek tout en effectuant un geste de la main pour modifier la scène dans le nuage de fumée rose. L’image se brouilla un instant avant de remonter quelques jours en arrière, révélant un autre moment de leur quotidien.
Bowser arqua un sourcil rouge lorsque le décor changea pour finalement se retrouver dans la cuisine royale. Le Koopa cuistot y servait un verre de jus à Junior et à Solfège, avec son calme habituel et une attention appliquée. Tous deux étaient assis côte à côte, savourant un petit-déjeuner copieux composé de gaufres encore tièdes, de pommes juteuses, d’avoine, de tranches de bacon frit, ainsi que d’un petit carreau de chocolat soigneusement déposé devant son fils. Du chocolat ? Habituellement, le Koopa cuistot n’appréciait pas la présence de Junior dans sa cuisine. Le jeune prince avait une fâcheuse tendance à semer le chaos, renversant les plats ou réclamant bruyamment ce qu’il désirait, quitte à lui faire vivre un véritable enfer culinaire. Alors le voir, aujourd’hui, lui offrir du chocolat avec autant de calme… Bowser avait du mal à y croire. Partagé entre la sidération et l’incompréhension, il croisa les bras tandis que son regard suspicieux se posait sur Solfège, qui venait de recevoir une part de gaufre des mains de son fils. Ce dernier partageait sans hésiter son petit-déjeuner avec elle.
«Il apprend à partager et à faire des efforts de comportement. C’est tout à fait admirable.» Commenta Kamek en redressant ses lunettes sur son bec, toujours absorbé par la scène projetée dans son nuage magique. Il ajouta, avec une prudence mesurée ; «Si je puis me permettre… Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu aussi heureux.»
«Elle est en train de le ramollir !» Rouspéta Bowser en soufflant d’exaspération.
«Je serais plutôt enclin à dire qu’elle le canalise. Grâce à elle, nous pouvons être certains qu’il ne commet pas d’escapades inutiles, qu’il n’importune pas les gardes et qu’il ne se met pas lui-même en danger. Mais rassurez-vous, Votre Altesse… Il demeure bel et bien le fils de Sa Méchanceté. Arrogant, malicieux, fourbe et d’un entêtement remarquable. Le même Koopa que nous connaissons tous. Tout comme vous ! Vous pouvez être fier de lui.» Observa Kamek d’un grand hochement de tête accompagné d’un sourire, espérant que son maître ne se sentirait pas vexé de voir son fils ainsi évoluer.
Cependant, les yeux de Bowser restaient figés sur l’humaine représentée dans le nuage aux côtés de son fils. Elle riait aux éclats, ses yeux vert pomme et son sourire éveillant en lui quelque chose qu’il tenta aussitôt d’étouffer par un raclement de gorge. Ce bonheur contagieux était-il en train de l’atteindre, lui aussi ? Poussant un grommellement offusqué, le roi Koopa balaya le nuage d’un geste de la main avant de se détourner sans un mot pour rejoindre l’escalier, pensif.
À suivre…
Merci à tous pour la lecture, j’espère que vous avez apprécié ce chapitre !
VP