Chante pour moi

Chapitre 9 : Complicité

Par VendettaPrimus

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Chapitre 9 - Complicité

Deux gardes Koopas la traînaient au sol le long de la passerelle, leurs prises fermes ne lui laissant aucune échappatoire, jusqu’à ce qu’elle se retrouve aux pieds de Bowser en personne. Des larmes coulaient le long de ses joues, traçant des sillons tremblants sur sa peau. Solfège n’osait pas lever les yeux vers lui, mais elle pouvait sentir sa présence écrasante l’envelopper tout entière. L’ombre imposante du Koopa s’étendait sur elle, accentuant encore la sensation de vulnérabilité qui lui nouait le ventre. Désormais à genoux devant le roi, l’humaine fut brusquement tirée en arrière par les gardes. Ils lui forcèrent à relever la tête, faisant se crisper ses muscles. Son regard plongea alors dans celui du Koopa géant.

Elle laissa échapper un petit cri de surprise lorsqu’elle se retrouva prisonnière de ses yeux calculateurs, tandis qu’un lent sourire étirait les coins de son museau. Cette expression malveillante lui glaça le sang. Elle se retrouva figée, incapable de bouger, clouée sur place sous l’intensité de ce regard qui semblait la transpercer. Les sourcils rouges froncés, Bowser l’observait en silence, comme s’il cherchait à lire en elle. Le temps lui-même paraissait suspendu. Puis, sans prévenir, il leva une griffe et la plaça sous le menton de Solfège, la forçant à maintenir cette position soumise. Sa voix grave et menaçante résonna alors, vibrant jusque dans chacun de ses membres.

«Tu pensais vraiment pouvoir m’échapper ?» Déclara-t-il d’un calme alarmant, tout en pressant légèrement sa griffe sous la gorge de la jeune femme. Terrifiée, Solfège resta pourtant parfaitement immobile, soutenant son regard sans ciller. Il devait bien l’admettre qu’elle avait du cran. Un rire sourd vibra dans sa poitrine. Il inclina lentement la tête, pensif, avant de relever les yeux vers elle. Son regard, dur et perçant, la maintenait sous une pression silencieuse.

«Tu ne quitteras jamais cet endroit…» Un ricanement lui échappa accompagné d’un léger haussement de sourcils, avant que toute trace d’amusement ne disparaisse de son visage. Son expression se durcit en un instant, rendant le changement d’autant plus effrayant. Il se pencha vers elle. Le souffle chaud de ses narines souleva ses cheveux rouges puis, d’une voix basse et grondante, il lâcha.

«Solfège.»

Et d’un rugissement assourdissant, il leva son autre main griffue en l’air pour ensuite l’abattre sur l’humaine qui ferma hermétiquement les yeux en attendant le coup venir…

«Tu t’es encore perdue dans tes pensées.»

Solfège cligna rapidement des yeux, subitement ramenée au présent par la petite voix ennuyée du jeune Koopa, qui venait de la tirer de sa rêverie. Elle était assise en tailleur derrière Junior, face au miroir posé au sol, le peigne suspendu à mi-chemin dans sa petite houppette rouge. Son regard resta quelques secondes accroché au reflet de ses propres yeux, encore absent et perdu dans les souvenirs. Pendant un instant, elle demeura immobile, fixant son reflet avec incrédulité, avant de se rappeler peu à peu où elle se trouvait et ce qu’elle était en train de faire.

Ce matin-là, elle avait proposé à Bowser Jr. de le recoiffer après qu’il se fut complètement emmêlé les cheveux avec des crayons de couleur. Quelques mèches rebelles étaient encore dressées dans tous les sens, témoins de la séance de coiffure improvisée qui avait précédé. Elle avait pris soin de placer un coussin entre sa carapace épineuse et son propre ventre afin d’éviter de se blesser sur l’un de ses pics. Mais le rêve de la nuit précédente continuait de la hanter... Encore et encore. Chaque fois qu’elle pensait enfin réussir à chasser ces images de son esprit, elles revenaient avec une précision troublante. Elle ne cessait de le rejouer dans sa tête, au point d’en perdre le fil de la réalité. Ce qui n’avait évidemment pas échappé au petit Koopa, déjà grognon.

«Tu as fait un mauvais rêve ? C’est ça ? Je t’ai entendu crier hier soir.» Révéla-t-il tout en observant le visage tracassé de Solfège à travers le grand miroir.

«Un horrible cauchemar.» Affirma la jeune femme avec une légère grimace pendant qu’elle repassait le peigne dans la petite tignasse de Bowser miniature. Ses sourcils se froncèrent, toujours oppressée par cette sensation dans sa poitrine qui refusait de disparaître. L’image du méchant roi Koopa dans son cauchemar restait gravée dans son esprit, telle une marque indélébile…

«Horrible à quel point ? Moi, je fais souvent le même cauchemar. Je rêve que des Toads me courent après pour me forcer à manger leurs champignons dégueux… Parfois, ils m’attrapent et me jettent dans une marmite remplie de champignons ! Ils se mettent tous à rire en me mettant du sel et du poivre sur la tête… Et ensuite, je me transforme en poireau ! J’arrive à m’enfuir la plupart du temps, mais après papa ne me reconnaît plus et me chasse du royaume parce que je suis un vilain poireau…» Expliqua-t-il d’un ton soudainement triste avec le menton tombant, visiblement traumatisé par cette histoire de champignons.

«C’est vraiment affreux… Je ne sais pas ce que sont des Toads, mais ils ont l’air très, très méchants. Mais je suis sûre que même si tu te transformais en poireau, ton papa ne te repousserait pas. Tu comptes beaucoup trop à ses yeux.» Tenta de le rassurer Solfège avec un petit sourire adressé à Junior dans le miroir, interrompant un instant son brossage lorsque le Koopa la regarda avec étonnement.

«Pwah ! Tu ne sais pas ce qu’est un Toad ? Ils sont tous colorés, tout mignons et tout joyeux, tout le temps. Ça me donne envie de vomir !» Gémit-il en tirant la langue de dégoût, ce qui fit rire l’humaine dans son dos. Toutefois il reprit rapidement, terminant sa phrase dans un grommellement ; «Et papa déteste les poireaux.»

«Oh…» Solfège pinça les lèvres pour retenir un nouveau rire et reprit aussitôt son coiffage, de peur de vexer le jeune prince par inadvertance. Il ne fallait surtout pas rire ! Pour lui, ce n’était pas drôle du tout. Un cauchemar restait un cauchemar pour celui qui le vivait, peu importe à quel point il pouvait paraître absurde. Il n’y avait aucun jugement à avoir.

Même si, malgré elle, cette conversation lui arrachait quelques pensées amusées. Bowser Jr. n’aimait pas les champignons… Et son père détestait les poireaux. Qui l’eût cru ?

Mais son sourire s’affaiblit subtilement lorsque des images de son cauchemar lui revinrent en mémoire, s’imposant à elle avec une netteté troublante et la tourmentant sans relâche depuis son réveil. Des fragments confus... Des sensations persistantes... Des éclats d’images qui refusaient de s’estomper. Ce qui l’effrayait n’était pas tant la nature de ce rêve que la possibilité qu’il se réalise. Cette idée la glaçait. Elle avait beau se répéter qu’il ne s’agissait que d’un mauvais rêve, une petite voix au fond d’elle refusait de l'écouter. Mais puisqu’elle n’avait, pour le moment, ni tenté de s’évader ni même songé à le faire, Solfège pouvait se rassurer et espérer ne plus jamais avoir à affronter la colère de Bowser. L’espace d’un instant, elle se remémora ce qu’elle avait osé faire quelques nuits plus tôt...

Apporter son aide au grand et terrifiant roi des Koopas. Ce qui relevait presque de l’inimaginable ! Elle qui, quelques jours auparavant, aurait préféré rester à bonne distance de lui, s’était retrouvée à le soigner de ses propres mains. Nul doute que cette petite aventure l’avait suffisamment marquée pour que son esprit recrée une situation de danger dans laquelle elle pouvait facilement se retrouver. Elle se sentait désolée d’avoir réveillé Bowser Junior avec son stupide cauchemar, la culpabilité lui étreignant légèrement le cœur. Elle jeta un bref regard au petit Koopa, partagé entre la gêne et la reconnaissance de le voir malgré tout à ses côtés. Elle était pour le moins surprise qu’il ne lui ait fait aucun reproche.

«Alors, c’était quoi ton terrible cauchemar à toi ?» Demanda subitement Junior quand il remarqua le froncement de sourcils préoccupé de Solfège. Il était curieux de savoir ce qui l’avait mise dans cet état.

«Si je te le disais, tu ferais encore plus de cauchemars ! Et ils seraient bien pires que cette histoire de Toads démoniaques et de poireau parlant.» Taquina la jeune femme derrière lui, avant d’enfoncer doucement ses doigts dans les côtes du jeune Koopa pour le faire glousser. Il piaffa puis fit un bond, protestant lorsqu’elle tira un petit peu sur le nœud de son bandana qu’il ne quittait plus depuis qu’elle le lui avait fait. De jour comme de nuit. Évidemment, ce n’était qu’une diversion. Elle n’avait pas envie de lui dire que son cauchemar concernait Bowser…

Elle préférait qu’il ne le sache pas.

«Les cauchemars, ça me fait pas peur ! Mais parfois, ils me rendent triste aussi…» Admit-il ensuite tandis que Solfège finissait de le coiffer en lui remettant son élastique noir pour reformer sa traditionnelle houppette. Satisfaite, elle posa ses mains sur ses genoux repliés avant de se pencher légèrement sur le côté pour observer la petite mine attristée de son jeune ami, étonnamment calme ce matin-là, contrairement à son habitude.

«Moi aussi, ils me rendent triste parfois.» Avoua-t-elle à son tour, ses yeux verts se perdant sur le grand tapis bleu sous eux. Réfléchissant quelques secondes, elle eut soudain une idée pour leur remonter le moral.

«Et que dirais-tu de t’entraîner à faire des boules de feu ? On pourrait aller sur cette grande plateforme à l’extérieur, comme ça, on ne risque de blesser personne ni de causer de dégâts. Ce serait une bonne idée, non ?» Proposa gentiment Solfège avec un sourire encourageant. En réponse, le petit Koopa haussa les épaules, sans montrer beaucoup d’enthousiasme.

«Euh, c’est-à-dire que… Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. Papa pourrait se fâcher contre moi si je monte sur la plateforme sans lui. Il me dit toujours que c’est dangereux, parce qu’il y a du vide et que je pourrais tomber et me faire mal.» Confia Junior dans un soupir découragé. Le fait que son père ne lui fasse pas entièrement confiance lui faisait de la peine, même s’il avait raison de s’inquiéter pour sa sécurité, surtout dans un château volant en permanence.

«Est-ce qu’il y aurait un autre endroit où on pourrait aller ? Peut-être une salle d’entraînement ou une pièce inutilisée ?» Questionna alors l’humaine dans son dos, se penchant à nouveau sur le côté pour le regarder, ses boucles rouges frôlant ses épaules. Les yeux de Bowser Junior s’écarquillèrent d’intérêt, une étincelle d’enthousiasme renaissant instantanément dans son regard, et son museau s’étira en un large sourire. Il claqua des doigts.

«J’ai peut-être une idée ! Suis-moi !» Désormais excité à l’idée de s’entraîner, le jeune Koopa se releva d’un bond, incapable de contenir son énergie débordante. Il se rua vers la porte de sa chambre et l’ouvrit avec fracas.

Le battant claqua violemment contre le mur, faisant sursauter les deux gardes postés à l’entrée. Ces derniers manquèrent de peu d’être renversés par le prince qui passa devant eux à toute vitesse. Solfège n’eut même pas le temps d’enfiler ses chaussures rouges. Il dévala les grands escaliers à une vitesse fulgurante, ses pas martelant la pierre dans une cadence effrénée. Il traversa les longues passerelles suspendues menant à l’extérieur, où une légère brume sombre enveloppait la forteresse volante. Riant à pleins poumons en entendant les pas précipités de la jeune femme derrière lui, il se retourna pour vérifier qu’elle suivait toujours, puis s’engouffra dans une grille qu’il ouvrit d’un geste impatient.

Derrière celle-ci, un étroit escalier en colimaçon s’enfonçait dans l’une des tours de garde latérales, située à l’est du château. Sans ralentir, il grimpa les marches quatre à quatre, ses petites pattes claquant contre la pierre chaude, ses bras s’agitant frénétiquement pour encourager Solfège à accélérer. L’humaine peinait à maintenir le rythme. Son souffle se faisait plus court à chaque palier, mais elle s’efforçait de ne pas se laisser distancer par l’enthousiasme du jeune Koopa. Elle commençait sérieusement à se demander où il puisait autant d’énergie dès le matin... Il était vraiment infatigable. Quelques instants plus tard, Bowser Jr. atteignit le sommet de la tour.

Là-haut, l’air était plus frais, presque mordant. Cette fraîcheur contrastait fortement avec la lave en fusion visible à perte de vue et cette chaleur permanente qui imprégnait les murs. Le panorama à cette hauteur était spectaculaire. Le château maléfique se déployait à perte de vue, dressé au-dessus des nuages comme une forteresse oubliée, suspendue entre ciel et ténèbres, défiant les lois mêmes du monde. Les immenses murailles se perdaient dans la brume, tandis que les différentes tours semblaient surgir de la roche comme les crocs d'une gigantesque créature. Arrivé le premier, le petit Koopa croisa les bras avec un sourire fier, bombant légèrement le torse dans une posture triomphante. Il adorait les jeux de course ! La vitesse, la compétition, la victoire... C'était son terrain de prédilection.

Il était beaucoup trop fort à ce jeu. C'était d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles personne ne voulait jouer avec lui... Ils avaient juste peur de perdre. Junior n'était jamais contre une petite victoire pour rappeler aux autres qui était le meilleur. Surexcité, vibrant encore de l'effort et de l'adrénaline, il fixait l'entrée de la tour avec une impatience à peine dissimulée. Lorsqu'enfin Solfège apparut, essoufflée mais toujours debout, il ne put retenir ce petit air satisfait qui étirait ses traits. Il la regarda reprendre son souffle avec une pointe de malice, très fier de l'avoir semée dans les escaliers. Il oscillait entre fierté et impatience, déjà prêt à commencer leur entraînement.

«Où est-ce qu’on est ?» S’interrogea l’humaine, mais sa voix se perdit aussitôt quand elle fut happée par la beauté du paysage.

Lentement et avec quelques hésitations, elle se redressa pour observer tout autour d’elle la vue fabuleuse qu’offrait cette tour, presque aussi haute que la plateforme centrale du château. La hauteur lui donnait une sensation de vertige, mais elle ne parvenait pas à détourner les yeux de ce spectacle. De là, le grondement sourd des coulées de lave parvenait jusqu’à eux. Le vent soufflait par petites bourrasques irrégulières, éparpillant ses cheveux rougeoyants dans son dos alors qu’elle s’imprégnait de chaque détail de ce monde fascinant qui l’entourait. Ils étaient très haut, c’était l’une des premières choses qui la frappa. Des chaînes massives reliaient certaines plateformes entre elles.

Les nuages sombres et les éclairs dissimulaient tout ce qui se trouvait au-delà des limites du château, comme une immense barrière naturelle coupant la forteresse du reste du monde. Avec prudence, Solfège s’approcha du bord de la tour, puis posa ses mains sur le rebord de pierre sombre. Elle se pencha légèrement pour regarder en contrebas et sentit aussitôt son souffle se bloquer. Le sol paraissait terriblement lointain depuis cette hauteur… disparaissant derrière les volutes de fumée et les lueurs rougeoyantes. Elle était à court de mots. Jamais elle n’avait contemplé un paysage aussi hostile, aussi éloigné de tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors.

De la lave et du feu à perte de vue... De profonds cratères sillonnaient les terres. D’immenses pierres pointues s’élevaient du sol, comme pour protéger le château des intrus. Sur sa droite, elle distinguait un unique passage menant au pont-levis en métal. Des geysers de lave jaillissaient par intermittence au milieu de cascades incandescentes, leurs gerbes brûlantes renforçant encore l’aspect infernal des lieux. La chaleur qui montait des profondeurs lui picotait le visage, alors qu’une odeur âcre de soufre imprégnait l’air. Une structure colossale ! Elle était partagée entre l’émerveillement et l’effroi à mesure qu’elle prenait conscience de son environnement, si loin des prairies verdoyantes et des champs fleuris...

Plus haut, au-dessus de l’entrée principale, une effrayante tête de pierre à l’effigie de Bowser surplombait le passage menant aux portes. De la lave s’échappait de sa gueule, se déversant directement sur le chemin. Même figée dans la roche, l’expression féroce du visage était suffisamment menaçante pour dissuader quiconque de s’approcher. Solfège retint son souffle lorsqu’une rafale brûlante venue des profondeurs souffla sur son visage, faisant voler ses cheveux dans les airs. Ce mouvement inattendu fit rire son jeune compagnon derrière elle.

«Alors, mortel non ? C’est le plus beau château du monde ! Il est grand, monstrueux, intimidant et trop cool, à l’image de papa et moi ! Personne ne peut rivaliser !» Ricana Junior tout en arquant un sourcil lorsque l’humaine se retourna vers lui avec de grands yeux choqués.

«Pour être mortel, il l’est… Comment vous faites pour ne pas tomber dans la lave ?» S’étonna-t-elle en passant ses doigts dans sa chevelure, encore parcourue par des frissons d’adrénaline.

«Oh, c’est simple. On regarde où on met les pieds.» Répondit tout naturellement le petit Koopa avec un haussement d’épaules paresseux. Une évidence, en somme… Il suffisait donc de faire attention, rien de plus.

«Évidemment.» Soupira Solfège qui leva les yeux au ciel.

«Bon, par quoi on commence ? Allez, je veux m’entraîner ! Dis-moi ce que je dois faire ! Dis, dis ! Est-ce qu’il faut que je rugisse comme papa ? Est-ce que le feu vient seulement avec la colère ? Je veux faire des boules de feu géantes ! Les plus grosses et les plus puissantes !» S’impatienta Bowser Jr. en trépignant, pressé d’impressionner son père avec cette nouvelle capacité. Et peut-être même qu’il l’emmènerait avec lui la prochaine fois qu’il partirait au combat ? Rien qu’à cette idée il se frotta les mains, l’excitation montant en lui.

«Je ne sais pas exactement comment ça fonctionne, mais je pense qu’il faut ressentir une émotion pour éveiller ton feu intérieur. Ça doit venir des tripes, il faut que tu le sentes dans ton ventre.» Expliqua Solfège en tapotant son propre ventre pour illustrer ses propos. Face au regard sceptique de l’enfant, elle poursuivit.

«As-tu déjà vu ton papa faire ? Vous vous êtes déjà entraînés ensemble ? Est-ce qu’il… ressentait de la colère ?» Elle hésita en se penchant légèrement vers lui, posant une main sur son épaule pour l’inciter à lever son museau vers elle. Il soupira.

«Juste une fois. Mais il n’a jamais le temps de toute façon. Il est toujours occupé à chercher un moyen de faire changer d’avis Mama Peach pour qu’elle l’épouse. Je trouve ça ridicule ! C’est mieux de faire la guerre que de courir après les princesses !» S’agaça Bowser Jr. en frappant du pied, frustré. Solfège grimaça puis leva une main pour calmer la petite tortue avant qu’il ne fasse une crise de colère.

«Je vois… Eh bien ce n’est pas grave, nous allons apprendre ensemble. Ensuite, tu lui montreras tes progrès ! Ça lui fera sans doute très plaisir, qu’en penses-tu ?» Proposa-t-elle en forçant un sourire à ses lèvres, soudain un peu inquiète à l’idée de contrarier le roi. Elle n’y avait pas pensé… Et s’il voulait lui-même lui apprendre ?

«Je suis prêt !»

Forcément, c’était trop tard pour faire machine arrière.

«Prends une profonde inspiration. Tu gonfles le torse, tu recules les épaules, puis tu libères ton feu intérieur dans un grand rugissement !» Solfège appliqua ses propres conseils en même temps qu’elle les énonçait, prenant une grande inspiration en bombant le torse avant d’imiter un rugissement peu convaincant. La scène était plutôt comique, puisqu’elle ne savait clairement pas comment s’y prendre. Cela fit beaucoup rire Bowser Junior, qui s’empressa de l’imiter à son tour après avoir retiré son bandana denté pour le jeter dans son dos. Il ne voulait surtout pas risquer de l’abîmer, voyons !

«Comme ça ?» S’enquit-il en reproduisant ses gestes à l’identique. Il inspira profondément avec les épaules en arrière, ouvrit la bouche avant de rugir de toutes ses forces. Mais malheureusement, aucune flamme ne jaillit.

«Ce n’est pas grave. Ça viendra avec le temps ! Je te le promets. Il suffit juste de persévérer et de croire en toi ! Les pouvoirs se débloquent avec de la pratique. Chaque essai te rapproche de la réussite, ne l’oublie jamais.» Rassura aussitôt Solfège avec un sourire, accompagnant ses mots d’une petite tape amicale sur la touffe rouge de sa tête. Elle fut toutefois surprise lorsque le petit Koopa recommença sans hésiter, déterminé à prouver qu’il en était capable.

Le torse bombé et les bras courbés, Bowser Jr. arrondit les joues tandis qu’il se concentrait sur son fameux feu intérieur, espérant le réveiller enfin. Il voulait absolument impressionner Solfège, lui montrer qu’il ne se dégonflait pas si facilement et qu’il pouvait faire des boules de feu aussi grandes que celles de son père ! Il fronça davantage les sourcils, prenant une expression extrêmement sérieuse qui aurait presque pu faire croire qu’il était en pleine préparation d’un combat décisif. De petites gouttes de sueur perlèrent sur son front alors qu’il plissait furieusement les yeux. Il était très concentré... Tellement concentré que ses oreilles se mirent à siffler. Son visage devint rouge tomate.

Retenant sa respiration durant de longues secondes, au point d’inquiéter l’humaine à ses côtés, il relâcha soudainement toute la tension accumulée dans son ventre. Penché en avant, la langue sortie, Junior laissa échapper un énorme rot sonore qui résonna tout autour d’eux, se répercutant jusque dans l’escalier en colimaçon avant de se perdre dans les profondeurs du château. Le bruit fut si puissant que Solfège en resta bouche bée, ne sachant plus si elle devait s’inquiéter ou éclater de rire. Immobilisés, les yeux écarquillés, ils restèrent un instant plongés dans un silence stupéfait avant de sombrer tous les deux dans une crise de fou rire. Junior se tenait le ventre, riant à s’en faire mal, pendant que Solfège riait à ses côtés, oubliant complètement son échec.

«Ha ha ha ! T’as entendu ? J’ai fait trembler les murs ! C’était trop drôle !» Rit le jeune prince en pointant une griffe vers les escaliers, son petit rire de chafouin entraînant celui de Solfège.

«Voilà qui était très grossier, Votre Altesse ! Comment un tel son peut-il sortir d’un si petit Koopa ? Cela étant dit, j’ai bien cru que la tour allait s’effondrer sous nos pieds !» Railla-t-elle, bien que son sourire la trahisse. Junior s’arrêta brusquement de rire pour croiser les bras sur son torse, affichant une petite moue contrariée.

«Je ne suis pas petit !» Grinça-t-il.

«Petit, mais puissant.» Corrigea-t-elle avec un clin d’œil espiègle, ce qui motiva Bowser Jr. à se remettre au travail pour lui prouver, justement, qu’il n’était pas petit.

De longues heures durant, Solfège entraîna le mini-Bowser à devenir plus fort. En haut de cette haute tour surplombant un territoire dévasté par les flammes, elle l’encourageait à prendre confiance en lui et à se surpasser, sans se laisser décourager par l’échec. Elle répétait inlassablement les mêmes encouragements, heureuse de voir le petit Koopa se relever après chaque tentative ratée. Car des échecs, il en connaîtrait encore bien d’autres au cours de sa vie... Et elle ne voulait pas qu’il abandonne en si bon chemin sous prétexte qu’il ne serait pas assez fort. À ses yeux, apprendre à tomber et à recommencer faisait partie du chemin qui le mènerait un jour à devenir le Koopa dont il rêvait.

Elle voulait donner tort aux Koopalings, qui passaient le plus clair de leur temps à le rabaisser, à le traiter de bébé incapable comptant uniquement sur son père pour le défendre. C’était faux. Bowser Jr. avait toutes les capacités pour devenir comme son paternel, pour qui il vouait un profond respect et dont il cherchait constamment à obtenir l’admiration. Quelles que soient les situations, un simple compliment de son père suffisait à illuminer son visage et à lui donner envie de redoubler d’efforts. Du moment qu’il recevait des éloges, Bowser Junior ne pouvait être que le plus heureux.

Il y avait là quelque chose de sincèrement beau.

«Nous pouvons faire une pause si tu veux. Ce n’est pas grave si on n’y arrive pas aujourd’hui. Que dirais-tu d’aller te chercher une collation ? Après, on pourra aller jouer. Qu’est-ce que tu en dit ?» Suggéra gentiment Solfège en espérant qu’il accepte alors qu’elle remarquait qu’il s’épuisait littéralement à la tâche. Soucieuse, elle s’approcha de Bowser Jr. lorsqu’il se laissa tomber à genoux dans un petit gémissement d’épuisement. Prenant de rapides respirations, il écarta la main tendue de la jeune femme pour se redresser sur ses jambes. Il serra les poings avec conviction, prêt à réessayer. Il ne lâcherait pas l’affaire !

«Tu peux le faire… Je sais que tu peux.» Chuchota Solfège en joignant les mains devant elle au moment où il reprit une profonde inspiration, ses petites joues se gonflant d’air.

Junior mit absolument toute sa force et tout son cœur dans cet énième essai. Il devait réussir. Il le fallait. Il était déterminé. Ses petits poings se serrèrent alors qu’il rassemblait toute sa concentration, refusant de laisser le moindre doute s’immiscer dans son esprit. Penchant tout son corps en avant dans un petit cri de guerre, il sentit une chaleur étrange naître au creux de sa gorge, d’abord timide, puis de plus en plus vive. Une légère sensation de picotement le surprit, remontant lentement jusqu’à ses mâchoires entrouvertes. Avant même qu’il ne comprenne ce qui se passait, une minuscule boule de feu rebondit devant lui sur le sol de pierre dans un léger crépitement.

Elle scintilla une fraction de seconde dans l’air, projetant une petite lueur dans leurs yeux écarquillés. Elle effectua trois petits bonds irréguliers avant de s’évaporer dans les airs, ne laissant derrière elle qu’un souffle chaud et fugace, sous les regards médusés du Koopa et de l’humaine. Pendant plusieurs secondes, le silence s’installa. Les deux témoins de cette prouesse fixaient le sol sans comprendre, où ne subsistait qu’une petite marque noire. Le vestige de la toute première boule de feu de Bowser Jr. Il n’en revenait pas. Il avait réussi... Il avait réussi à lancer sa toute première boule de feu ! Dans un hurlement de joie perçant, la petite tortue bondit dans les airs, submergée par l’excitation. Junior se jeta ensuite dans les bras de Solfège, qui riait avec lui.

«Je savais que tu en étais capable ! Je n’en ai jamais douté.» Le félicita-t-elle, se laissant tomber au sol pour le serrer dans ses bras, le Koopa encore tout exalté par son exploit.

«C’est moi le plus fort ! C’est moi le plus fort ! J’ai tellement hâte de le dire à papa et de lui montrer que je sais faire des boules de feu énormes ! Tu as vu comme elle était grande ? Hein, tu as vu ?» S’émerveilla Junior contre la poitrine de l’humaine, resserrant tendrement ses bras autour d’elle. Son visage rayonnait de fierté.

«Oui, je l’ai vue. C’était impossible de la rater ! Tu as été formidable…» Solfège laissa échapper un rire attendri avant de lui sourire avec affection. Elle passa doucement une main sur sa tête tandis qu’il continuait de parler sans s’arrêter, déjà porté par mille idées de ce qu’il pourrait faire maintenant qu’il venait de découvrir sa nouvelle capacité.

Cette scène des plus attendrissantes était retransmise en direct dans un nuage de fumée rose, façonné par la magie de Kamek à l’intention de Bowser. Le Magikoopa faisait lentement tournoyer sa baguette, contrôlant avec précision les volutes rosées pour offrir au roi une vision claire de ce que faisaient la servante et son fils. Ses grandes lunettes reflétaient les teintes rosées de la magie alors qu’il se tenait légèrement penché en avant, attentif à la moindre réaction de son maître. En face de lui, le féroce Koopa restait immobile et silencieux, les bras croisés, le regard rivé sur la scène qui se déroulait en haut de la tour. Son visage fermé ne laissait presque rien transparaître, mais ses yeux trahissaient l'attention avec laquelle il suivait chaque geste de son fils.

D’abord, une colère brûlante avait grondé en lui en voyant avec quelle facilité cette humaine partageait un moment avec son fils. Puis, une pointe de tristesse lui avait serré la poitrine en réalisant qu’il n’avait pas assisté à la première boule de feu de Junior... C’était un moment qu’il aurait voulu partager avec lui, un instant qu’il imaginait depuis longtemps sans jamais avoir pu en être témoin. Il aurait aimé voir son visage au moment où les flammes avaient jailli pour la première fois, entendre son cri de joie et être celui qui le féliciterait. Mais le bonheur sur le visage de Junior, cette fierté pure et éclatante, n’avait pas de prix.

Au fond de lui, Bowser comprit que cette joie valait bien plus que le petit pincement qu’il ressentait de ne pas avoir été présent. Il balaya en un instant toutes ses émotions négatives, comme si la simple joie de son fils dissolvait toute sa colère. Son regard s’attarda un peu plus longtemps sur le visage radieux de Junior, comme s’il cherchait à graver cette expression dans sa mémoire. Un imperceptible sourire vint même adoucir ses traits, avant qu’il ne reprenne aussitôt son habituelle expression sévère. Son sourire inestimable, ses petits yeux rieurs... Il devait bien l’admettre, son fiston semblait profondément attaché à elle. Cette constatation aurait probablement dû l’agacer davantage, mais il ne parvenait pas à ressentir la moindre colère en voyant son fils aussi heureux.

Et cette tendre image lui enserra le cœur, car cela faisait longtemps qu’il n’avait plus vu son fils aussi épanoui. Que ce soit avec lui ou avec quelqu’un d’autre. Le voir ainsi rire avec cette humaine du nom de Solfège, qui lui offrait à la fois amour, patience et encouragements, fit naître en lui un sentiment nouveau. Difficile à nommer, mais étonnamment apaisant. Au lieu de la colère ou de la jalousie, Bowser ressentait surtout une paix inattendue en observant cette scène dans le nuage rose, conscient de voir à quel point Junior était comblé à ses côtés. Et malgré lui, il se surprit à ne pas vouloir interrompre ce moment.

Pour une fois, il n'avait aucune envie de reprendre le contrôle de la situation ou de rappeler son fils à ses côtés. Il avait envie d’en profiter encore un peu, de savourer cette scène si particulière, même si c’était à distance.

«Je les observe depuis un moment. Elle demeure constamment à ses côtés. Elle veille avec rigueur à ce qu’il s’alimente correctement, qu’il ne se couche pas à des heures indues et qu’il s’adonne à diverses activités… Plus constructives.» Expliqua Kamek tout en effectuant un geste de la main pour modifier la scène dans le nuage de fumée. L’image se brouilla un instant avant de remonter quelques jours en arrière, révélant un autre moment de leur quotidien.

Bowser arqua un sourcil rouge lorsque le décor changea pour finalement se retrouver dans la cuisine royale. L’odeur imaginaire d’un petit-déjeuner fraîchement préparé parvenait presque jusqu’à eux à travers la magie de Kamek. Le Koopa cuistot y servait un verre de jus à Junior et à Solfège, avec son calme habituel et une attention appliquée. Tous deux étaient assis côte à côte, savourant un petit-déjeuner copieux composé de gaufres encore tièdes, de pommes juteuses, d’avoine, de tranches de bacon frit, ainsi que d’un petit carré de chocolat soigneusement déposé devant son fils. Du chocolat ? Habituellement, le Koopa cuistot n’appréciait guère la présence de Junior dans sa cuisine.

Le jeune prince avait une fâcheuse tendance à semer le chaos, renversant les plats ou réclamant bruyamment ce qu’il désirait, quitte à lui faire vivre un véritable enfer culinaire. Il n’était donc pas rare que le pauvre cuisinier pousse un long soupir dès qu’il apercevait la petite silhouette de Junior franchir le seuil de la cuisine. Alors, le voir aujourd’hui lui offrir du chocolat avec autant de calme... Bowser avait du mal à y croire. Partagé entre la sidération et l’incompréhension, il croisa les bras tandis que son regard suspicieux se posait sur Solfège, qui venait de recevoir une part de gaufre des mains de son fils. Junior avait même l’air particulièrement fier de lui faire partager son petit-déjeuner. Ce dernier lui offrait sans hésiter une partie de son repas.

«Il apprend à partager et à faire des efforts de comportement. C’est tout à fait admirable.» Commenta Kamek en redressant ses lunettes sur son bec, toujours absorbé par la scène projetée dans son nuage magique. Il ajouta, avec une prudence mesurée ; «Si je puis me permettre… Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu aussi heureux.»

«Elle est en train de le ramollir !» Rouspéta Bowser en soufflant d’exaspération.

«Je serais plutôt enclin à dire qu’elle le canalise. Grâce à elle, nous pouvons être certains qu’il ne commet pas d’escapades inutiles, qu’il n’importune pas les gardes et qu’il ne se met pas lui-même en danger. Mais rassurez-vous, Votre Altesse… Il demeure bel et bien le fils de Sa Méchanceté. Arrogant, malicieux, fourbe et d’un entêtement remarquable. Le même Koopa que nous connaissons tous. Tout comme vous ! Vous pouvez être fier de lui.» Observa Kamek d’un grand hochement de tête accompagné d’un sourire, espérant que son maître ne se sentirait pas vexé de voir son fils ainsi évoluer.

Cependant, les yeux de Bowser restaient figés sur l’humaine représentée dans le nuage aux côtés de son fils. Elle riait aux éclats, ses yeux vert pomme et son sourire éveillant en lui quelque chose qu’il tenta aussitôt d’étouffer par un raclement de gorge. Ce bonheur contagieux était-il en train de l’atteindre, lui aussi ? Poussant un grommellement offusqué, le roi Koopa balaya le nuage d’un geste de la main avant de se détourner sans un mot pour rejoindre l’escalier, pensif.

À suivre…

Merci à tous pour la lecture, j’espère que vous avez apprécié ce chapitre !

VP




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