Je vous souhaite à tous une bonne lecture !
Chapitre 11 – La demande
Les bougies des chandeliers vacillèrent au-dessus de Solfège et de Kamek lorsqu’ils descendirent au sous-sol, où une brise ardente soufflait. Des ombres déformées dansaient sur les murs au rythme des flammes instables. L’air à ce niveau-là semblait chargé d’une odeur âcre, mêlée de pierre chauffée et de cendre. L’humaine, marchant derrière le Magikoopa, resserra instinctivement ses bras autour d’elle tandis qu’ils s’enfonçaient toujours plus bas dans cette partie du château devenue plus sinistre. Elle avait l’impression d’entrer dans les entrailles d’un volcan, de s’enfoncer dans un four. La pierre était plus foncée par ici, et la décoration se faisait rare, quasiment inexistante. Où l’emmenait-il ? Un malaise diffus s’installait en elle, difficile à ignorer. Anxieusement, Solfège regarda autour d’elle, craignant de se retrouver à nouveau prisonnière dans sa cage au fin fond de cette prison coupée du monde. Elle n’avait pas envie d’y retourner… Elle n’avait pas envie de revivre cette pesante solitude, délaissée et oubliée, à attendre que sa dernière heure ne sonne. Ses doigts tremblaient légèrement, trahissant la peur qu’elle tentait de contenir.
Dans ce long et interminable couloir, les deux finirent par croiser un autre Koopa à carapace rouge venant en sens inverse. Celui-ci portait un cache sur l’œil droit et plusieurs cicatrices visibles, remarqua Solfège, alors qu’il marchait tranquillement sans prononcer un mot. Il n’avait clairement pas l’air commode. Son visage était fermé, lisse de toute expression. Au moment où il arriva à leur hauteur, le général tourna légèrement la tête vers elle pour la fixer avec froideur, la dévisageant longuement de son seul œil pendant qu’elle suivait Kamek. Ce simple contact visuel lui donna des frissons, car elle eut l’impression qu’il la haïssait alors même qu’ils ne se connaissaient pas… Ou serait-ce plutôt de la méfiance à son égard ? Elle l’ignorait. Cependant une chose était sûre, elle n’avait aucune envie de rester à proximité de ce Koopa qui dégageait une aura particulièrement antipathique.
«Ne traine pas.» Pressa Kamek devant elle sans jeter un regard en arrière.
Solfège déglutit mais s’exécuta, pressant le pas pour le rattraper dans le long couloir menant à une seule et unique porte en fer forgé. Elle n’était jamais venue ici auparavant. Cet endroit ne lui disait absolument rien. Kamek poussa les grandes portes, révélant la pièce qui se trouvait derrière. Un puissant appel d’air s’engouffra dans le couloir, aspirant les cheveux rougeoyants de Solfège pendant que ses yeux verts, soudain emplis de crainte, découvraient les lieux. Une salle titanesque, remplie d’armes en tout genre soigneusement rangées sur des râteliers le long des murs latéraux, dépourvus de la moindre fenêtre. Tout au fond, une immense cascade de lave coulait en continu, alimentant des crevasses béantes où bouillonnait un mélange incandescent de rouge et d’or. Un malaise grandissait en elle à chaque seconde passée dans cet endroit aux allures de purgatoire. À chacun de ses pas, son instinct lui criait de faire demi-tour. Mais ce qui glaça véritablement Solfège n’était pas cette décoration hostile… C’était ce qui se trouvait en son centre.
Actuellement dos à eux, le roi des Koopas attendait leur venue.
«La voici, votre Altesse. Comme vous me l’aviez demandé !» Kamek fit connaître leur présence avec cette simple phrase alors qu’il refermait bruyamment la porte derrière lui d’un claquement de doigt.
«Le petit oiseau chanteur… Ça faisait longtemps.» Déclara Bowser de sa voix grave et traînante avant de regarder derrière son épaule d’un sourire malicieux. Au moment où il posa enfin les yeux sur l’humaine, restée maladroitement aux côtés du Magikoopa, il se retourna lentement vers eux.
«J’ai entendu dire que tu entraînais Junior à faire ses premières boules de feu ?» Lança-t-il avec un calme déconcertant. Son sourire ne quitta pas son visage tandis qu’il s’avançait vers Kamek et Solfège, ses pas lourds faisant vibrer le sol.
Toutefois, l’humaine était bien trop effrayée pour répondre quoi que ce soit. Il était au courant… Il savait ce qu’elle avait fait pour aider Bowser Junior à découvrir son potentiel. Allait-elle mourir ici ? Était-ce la fin de son aventure ? Avait-elle franchi une limite qu’elle n’aurait jamais dû dépasser ? Même son cauchemar récent sembla choisir ce moment précis pour refaire surface et la tourmenter, comme s’il se moquait de sa situation. Les images s’imposaient à son esprit sans qu’elle puisse les repousser. Elle avait l’impression que son cœur allait jaillir de sa poitrine tant il battait fort, résonnant jusque dans ses oreilles, couvrant presque tous les autres sons autour d’elle. N’osant pas lever les yeux vers le Koopa géant et menaçant, elle déglutit lorsqu’il passa à côté d’elle pour effleurer ses cheveux d’une griffe. Ce simple contact lui arracha un frisson. Il était si proche… Beaucoup trop proche pour qu’elle puisse se sentir en sécurité. Elle pouvait presque sentir son souffle chaud dans son dos quand il reprit la parole, de ce même ton grave et intimidant qu’il utilisait habituellement pour instiller la peur dans les cœurs les plus braves.
«Il y a quelque chose en toi qui me fascine. Quelque chose que je ne retrouve pas chez les autres humains. Quand je t’ai arrachée à ta petite planète à la dérive, tu n’avais pour moi qu’un seul intérêt. Ton chant. Ce fabuleux chant capable de calmer les esprits les plus brisés… De faire taire les pensées les plus sombres… Rien que par la force de tes notes. Et puis, tu as refusé de chanter pour moi. À deux reprises.» Bowser leva deux griffes, l’air perdu dans ses souvenirs.
«À deux reprises précisément !» Répéta Kamek d’un hochement de tête ferme avant de redresser ses lunettes sur son bec.
«Alors Junior a décidé que ta vie avait plus de valeur que ta chanson ridicule… Ce qui est plutôt surprenant venant de mon fils.» Résuma le roi Koopa après un haussement d’épaules dédaigneux.
«Oui, plutôt surprenant !» Confirma Kamek, répétant les paroles de son maître avec un sérieux appliqué.
«J’ai donc fait preuve de clémence en te trouvant une nouvelle utilité. Je t’ai laissée en vie et je t’ai confié à Junior pour qu’il ait de la compagnie. Ce dont il avait désespérément besoin. Mais tu l’as adouci. Tu as transformé mon fils en un prince presque irréprochable en à peine quelques jours… Tu en as fait un enfant doux et exemplaire.» Poursuivit la grande tortue d’une manière évasive, levant les yeux vers le haut plafond avant de revenir à la jeune femme, lui lançant un regard redoutable à en faire pâlir plus d’un. Évidemment qu’il embellissait la situation. Bowser Junior était loin d’être devenu parfait, mais tout de même… Le changement était indéniable. L’humaine devant lui était terrorisée, c’était une évidence. Ses yeux refusaient de croiser les siens, fuyant le moindre contact comme si cela pouvait la mettre en danger. Elle ressemblait à un petit oiseau prêt à déployer ses ailes pour s’envoler à la première fenêtre ouverte.
Et puis… Un souvenir lui revint. Celui de ses mains froides sur sa peau brûlante. Cette douceur inattendue avec laquelle elle lui avait porté secours ce soir-là, après sa frustrante défaite, lui restait en mémoire. Cependant, il fut surpris lorsqu’elle redressa enfin la tête pour établir le premier contact visuel depuis son arrivée.
«Qu’essayez-vous de me dire ?» Même si elle avait peur, la voix de Solfège ne tremblait pas. Elle restait calme et aimable, malgré une situation qui promettait d’être désastreuse. Avait-elle accepté son sort, au point de trouver le courage de lever les yeux vers lui ? Le roi se le demanda tandis qu’il se penchait légèrement vers elle en affichant ce même petit sourire calculateur.
«Ton pouvoir m’intéresse.» Révéla-t-il en agitant une griffe dans sa direction.
«Je ne chanterai pas pour vous.» Refusa catégoriquement Solfège qui croisa les bras d’un froncement de sourcils. Oui, elle était effrayée par lui, mais elle n’allait certainement pas lui donner ce qu’il voulait simplement parce qu’il l’exigeait. Néanmoins, sa réaction la déstabilisa quand il se mit à rire, l’écho de sa voix profonde rebondissant sur les murs.
«Oh non, je ne veux pas entendre cette horrible voix qui me casse les oreilles ! Pitié non, pas ça !» Il se moqua tout en agitant ses grandes mains, sans chercher cette fois à obtenir une chanson. Étrangement. Il reprit après un autre ricanement moqueur ; «Je suis bien plus doué que toi de toute façon.»
«C’est un chanteur d’exception !» Assura Kamek en donnant un petit coup de coude à Solfège, souriant à pleines dents tout en hochant furieusement la tête.
«Je ne comprends pas…» Cette dernière secoua la tête, perdue. Que voulait-il d’elle, dans ce cas ? Les bras toujours serrés autour d’elle comme pour se protéger, elle recula doucement lorsque le museau de Bowser s’abaissa vers elle, puis qu’il plissa les yeux. Elle se sentait aspirée par ce regard de braise, happée par sa férocité naturelle. La chaleur qui se dégageait de son corps massif l’enveloppait alors que la tortue à épines esquissait de nouveau son sourire diabolique.
«C’est simple, je veux dominer le monde ! Mais pour le dominer, il me faut la couronne. Et pour avoir cette couronne, il me faut la princesse Peach. Pas seulement sa coopération, non… Il me faut un statut. Une légitimité.» Expliqua-t-il en comptant sur ses doigts les étapes à franchir, avant de se tourner pleinement vers Solfège pour serrer le poing avec conviction.
«L’union royale est la clé ! Une alliance officielle qui mettra tout le monde d’accord. Un pouvoir reconnu par tous les royaumes ! Et une fois que j’aurais tout ça, plus personne ne pourra m’arrêter.» Il prononça ces mots avec une expression rêveuse, son regard se perdant un instant dans le scénario parfait qu’il s’imaginait pour accomplir sa destinée. Puis il revint brusquement à Solfège, toute trace de distraction disparaissant de son visage pendant qu’il ajoutait avec la même détermination.
«C’est là que toi, tu entres en scène.» Bowser enfonça sa griffe dans la poitrine de l’humaine incrédule. Il reprit aussitôt.
«Tu vas m’apprendre à séduire les membres de ton espèce ! Je veux tout savoir, tout ! Leurs réactions, leurs faiblesses, ce qui fait chavirer le cœur des princesses ! Tu vas me dire comment les atteindre. Comment les manipuler… Pour qu’elle comprenne enfin ce que je veux obtenir. Je dois atteindre Peach directement en plein cœur, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus d’autre choix que d’obéir à ma volonté !» Tonitrua-t-il en frappant ensuite son poing sur son plastron, le bruit sourd résonnant tout autour d’eux. Cette déclaration épouvanta la jeune femme qui secoua rapidement la tête avec de grands yeux choqués.
«Attendez une minute, je-je ne suis pas une princesse ! Je ne connais rien de leurs désirs, j’ignore comment tout cela fonctionne ! Ce monde m’est inconnu… Je n’ai aucune idée de qui est la princesse Peach, alors comment voulez-vous que je vous aide ?» Prise de panique face à la demande inattendue du roi, Solfège balbutia tout en reculant peu à peu vers la sortie. Les mains levées et les yeux écarquillés, elle sentit soudain une force invisible immobiliser ses membres, puis ses pieds quittèrent le sol.
«Je ne crois pas t’avoir laissé le choix.» Bowser croisa les bras tandis que Kamek ramenait l’humaine au centre de la pièce dans son nuage de lévitation. D’un claquement de doigts, la force invisible se dissipa et Solfège retomba lourdement sur la pierre froide, aux pieds de son ravisseur. Elle laissa échapper un gémissement d’agacement.
«Et pourquoi je ferais ça ?» Souffla-t-elle d’un bras drapé autour de son ventre, un œil plissé vers le Koopa qui la surplombait. Elle tira nerveusement sur les bords de sa robe rouge et noire de servante quand ce dernier, souriant, inspecta ses griffes.
«Je pense que la réponse est assez évidente.» Rétorqua-t-il en fronçant les sourcils rouges touffus. Mais sentant que cette réplique ne suffisait pas à la convaincre, il décida de sortir une arme bien plus efficace... Celle de jouer sur les sentiments ; «Tu ne voudrais quand même pas rendre Junior malheureux ? Mon adorable fils serait tellement déçu d’apprendre que tu refuses d’aider son père à accomplir son plus grand rêve…»
«Vous êtes un manipulateur !» S’horrifia Solfège, la bouche grande ouverte.
«Oui, on me le dit souvent.» Répondit Bowser avec un sourire narquois, prenant cette remarque pour un compliment.
«Le plus sournois de tous les sournois ! Il excelle dans cet art !» Acquiesça Kamek derrière l’humaine toujours à même le sol. Toutefois, face au regard exaspéré de son supérieur, il se mit à rire d’embarras avant de fermer son bec.
«Mais il y a sans doute meilleur choix que moi… Même si je suis une humaine, ça ne veut pas dire que je serais une bonne conseillère pour ce genre de choses ! Je n’ai aucune compétence dans ce domaine…» Solfège se dénigra, complètement déboussolée, ses grands yeux vert pomme passant d’un Koopa à l’autre avec inquiétude. Elle grimaça lorsque le roi lui hurla dessus, évitant de justesse un postillon.
«Parce que tu as l’impression qu’il y a d’autres petits humains qui se promènent dans mon château ?! Ou que j’ai d’autres options ? Crois-moi, ça me fait mal de l’admettre. Mais il me faut une perspective humaine pour apprendre à conquérir le cœur de Peach, c’est le seul moyen pour atteindre mon but ! Toutes les filles sont pareilles de toute façon. Elles veulent toutes les mêmes choses. Alors tu vas m’aider. Et il n’y a pas d’autre discussion !» S’impatienta Bowser qui frappa le sol du pied avec force, assez pour faire trembler la pièce et couper court à toute tentative de protestation.
«Très bien ! Très bien... Je ferai de mon mieux. Alors, que voulez-vous savoir ?» Irritée mais désormais contrainte de coopérer, Solfège se releva enfin du sol et épousseta sa robe ainsi que ses mains. Elle redressa ensuite le regard vers la grande tortue colérique qui continua ses explications comme si de rien était.
Elle s’attendait absolument à tout, sauf à ça.
«Je veux que Peach accepte enfin d’écouter ce que j’ai à lui dire ! Qu’elle m’ouvre son cœur, comme je lui ai ouvert le mien. Qu’elle arrête de repousser mes avances sous prétexte que je suis un monstre maléfique ! Qu’elle voie tout ce que je suis prêt à lui offrir en échange de la couronne !» Il serra légèrement les poings, la voix vibrante d’émotion contenue.
«Je veux vivre un vrai conte de fées… je veux moi aussi connaître la définition du mot bonheur ! Avec cette princesse à mes côtés, nous serons invincibles. Nous régnerons sur ces mondes et répandrons la désolation, main dans la main, à la tête d’une seule et unique armée… Jusqu’à la fin des temps.» Bowser posa lentement ses deux mains sur son plastron, son expression se radoucissant un instant, perdue entre ambition et fantasme. Il continua d’un grognement.
«Je veux savoir ce qu’elle trouve à ce minable de Mario… Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? Je suis séduisant, beau, intelligent, fort, charismatique, un excellent roi, une figure d’autorité-» À chaque qualité énoncée, il comptait sur ses doigts griffus. Mais très vite, il n’eut presque plus assez de doigts pour suivre la liste tant elle semblait s’allonger.
Décidément, il en voulait un paquet de choses ! En réalité, ce Bowser était un grand romantique… En dépit de son ego surdimensionné et de ses idées bien arrêtées. Il était vrai que ses discours, pour le moins outrageux, avaient de quoi surprendre… Et il ne s’en rendait même pas compte ! Il était persuadé de détenir la clé du bonheur, le vrai. Sauf qu’il se berçait d’illusions. Mais peut-être était-ce la faute de Kamek et de son éducation d’enfant roi ? Ou peut-être n’avait-il jamais rien connu d’autre dans sa vie… Ce qui expliquerait sans doute sa colère refoulée. Toutefois, Solfège n’était pas certaine de savoir comment l’aider avec si peu d’expérience. Comment était-elle censée le guider si elle n’avait aucune idée de là où elle mettait les pieds ? Ça sentait mauvais. Elle ne connaissait même pas la princesse, ni ses goûts, ni ses préférences… Alors comment pourrait-elle lui être d’une quelconque utilité ? À mesure que le roi parlait, elle prenait de plus en plus conscience de la situation compliquée dans laquelle elle s’était engagée. Les yeux ronds de stupeur, elle resta immobile, tandis que Kamek en rajoutait une couche après que le Koopa à épines eut terminé de se vanter.
«Et vous êtes tellement modeste !» Accorda Kamek en hochant vivement la tête, parfaitement d’accord avec ce que son supérieur s’attribuait. Ignorant ce commentaire, Bowser marqua un temps de pause avant de reprendre d’un ton plus dramatique.
«Comment puis-je lui faire comprendre que derrière cette carapace se trouve en réalité une âme sensible, prête à donner son amour et à lui offrir un petit coin de paradis ? Je lui avais pourtant promis l’étoile pour le pouvoir, un symbole de notre passion… Mais elle n’accepte jamais aucun de mes cadeaux, rien ! Elle n’apprécie ni les sacrifices, ni les bouquets de plantes piranhas, ni les bagues de diamant, ni les sérénades… Mon charme naturel ne lui plaît pas ? Je la dégoûte ? Ne suis-je qu’un monstre repoussant à ses yeux ?» Il s’agaça lui-même, les poings violemment serrés alors que la colère montait en lui. Lourde et brûlante. Son souffle se fit plus court. Ses doigts se crispèrent davantage. Avant que ses yeux ne virent au rouge sous l’effet de la fureur, Solfège s’approcha de quelques pas, décidée à faire entendre son désaccord.
«Vous avez du charme, c’est certain. Mais je vous rassure, les monstres n’éprouvent pas de sentiments. C’est juste que…» N’osant pas terminer sa phrase, la jeune femme baissa les yeux, jusqu’à ce que l’ombre du roi la recouvre entièrement.
«Juste quoi ?!» Gronda-t-il entre ses dents pointues, la voix tendue.
«Que vous passez votre temps à crier… Vous êtes impulsif, et vous intimidez les autres en permanence. Je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de gagner les faveurs de quelqu’un. La peur et l’amour ne sont pas vraiment compatibles, vous savez...» Solfège haussa les épaules avec une nonchalance prudente quand le visage de Bowser se lissa, feignant l’étonnement. Elle revint rapidement au sujet principal.
«Vous pourriez peut-être trouver un autre moyen de l’impressionner ?» Proposa-t-elle ensuite avec un sourire forcé. Le grand Koopa se redressa puis se frotta le menton, plongé dans la réflexion. À sa gauche, Kamek s’exprima.
«Oh oui, c’est exactement ce que j’allais proposer ! Un autre moyen d’impressionner la princesse-» Il débuta sa phrase, cependant son maître lui coupa rapidement la parole d’un geste brusque du bras.
«Tais-toi ! Tes conseils ne m’ont servi à rien jusqu’ici. C’est un fiasco ! Tout ce que j’ai réussi à obtenir, c’est encore plus de rejet de la part de la princesse ! Alors maintenant, laisse l’humaine parler intelligemment. Ça me changera pour une fois !» Il tourna rapidement la tête vers Solfège pour lui lancer un regard impérial, l’invitant à poursuivre. Kamek, lui, resta bouche bée, cloué sur place par la réprimande.
«Dites-moi plutôt ce qui vous plaît tant chez cette princesse. Qu’a-t-elle de si spécial à vos yeux ? Qu’est-ce qui fait chavirer votre cœur pour elle ?» Solfège se racla la gorge puis leva les yeux vers Bowser, qui s’était arrêté de marcher pour réfléchir à sa question. Elle pouvait carrément sentir le regard brûlant du Magikoopa dans son dos, ce qui la rendit vite mal à l’aise.
«Elle est si belle ! Ses cheveux sont comme des filons d’or, ses yeux ressemblent à de merveilleux saphirs, ses lèvres ont l’air si douces… Et son flamboyant diadème brille de mille feux ! Elle a aussi ce petit caractère de guerrière, ce côté aventureux qui me plaît.» Bowser hocha la tête en posant ses mains sur ses joues, perdu dans l’image qu’il se faisait de Peach. Sa voix n’avait plus rien d’effrayant, et son expression s’était adoucie tandis qu’il parlait de sa princesse. Cette image encouragea Solfège à poursuivre dans cette direction… Sauf que Bowser n’avait pas encore terminé de l’idolâtrer, et la suite risquait d’être bien moins romantique.
«Me marier avec elle serait la plus grande des victoires… Car j’obtiendrais enfin ce qui me revient de droit. Avec elle à mes côtés, plus personne ne pourra s’opposer à nous ! J’étais prêt à utiliser cette étoile pour elle… Pour lui prouver que mes intentions sont sérieuses. Ensemble, nous pourrions régner sur tous les royaumes. Et écraser quiconque oserait se dresser contre nous !» Déclara-t-il avec passion. Faisant un dernier geste théâtral dramatique, le roi ferma les yeux dans un petit gémissement, ce qui lui valut des applaudissements du Magikoopa impressionné par sa performance.
C’était encore loin d’être gagné.
«Bon. Changeons de tactique.» Murmura Solfège en se dirigeant vers le grand Koopa pour se placer juste devant lui, coupant ainsi court aux applaudissements inutiles de Kamek. Attendant que le roi baisse les yeux vers elle, elle croisa les bras.
«Faites comme si c’était la princesse en face de vous… Et dites-lui quelque chose de gentil.» Dit-elle, consciente qu’elle venait de le mettre au défi. Elle cherchait à tester sa capacité à réagir face à une situation imprévisible.
Aussitôt, son air confiant se fissura, laissant place à une légère incertitude. La voilà, la brèche dans la carapace du tristement célèbre Bowser le Maléfique. Celle qu’elle espérait voir un jour, celle qu’elle attendait… Car elle l’avait toujours su, au fond d’elle, qu’il n’y avait pas que cette image de brute qu’il renvoyait. Il y avait quelque chose d’autre enfoui au fond de lui. Le don de clairvoyance était un bien étrange talent. En une fraction de seconde à peine, le Koopa face à elle n’était plus la tortue brutale et virulente qu’elle avait appris à connaître à ses dépens, mais une personne traversée d’insécurités. Il avait laissé tomber son masque, sans doute par inadvertance, lorsqu’elle l’avait sorti de sa zone de confort avec cet exercice demandant un minimum de répartie. Et apparemment, Bowser s’était toujours fié à son conseiller pour tout… Qui n’était peut-être pas la meilleure référence en matière de séduction. Sinon, Peach serait sans doute déjà tombée sous son charme, qui sait ?
«Allez-y.» Insista Solfège devant son absence de réaction.
«Quoi là, tout de suite ?» Nerveux, Bowser entrelaça ses griffes sans que son expression ne change vraiment. Face au regard toujours impassible de la jeune femme, il la dévisagea avec perplexité. Ce qui la poussa à agir.
«Lancez-vous. N’ayez pas peur, je ne ferai pas de mal à une mouche.» Le rassura-t-elle avec un grand sourire qu’elle espérait encourageant, la voix pleine de bonnes intentions. Le Koopa géant voulut lui rétorquer qu’il n’avait jamais peur… Mais il était en réalité mort de trouille. Finalement, il se racla la gorge et posa une main sur son torse pour se lancer.
«Ahem… Princesse Peach, vos deux yeux d’un bleu profond sont comme deux gouttes d’eau dans un champ de paille…» Il sourit maladroitement quand celui de Solfège s’effaça d’un coup.
Non, ce n’était définitivement pas gagné.
«Quoi ?» S’inquiéta Bowser d’une touche d’agacement, son sourcil droit se relevant à l’humaine qui cherchait ses mots.
«C’était brillant, votre Altesse ! Vous êtes un poète dans l’âme.» Félicita Kamek tandis qu’il pressait ses petites mains contre lui. Il était si fier de lui et de ses talents de séducteur improvisé !
«Qu’est-ce que j’ai dit ?!» Bowser leva les mains devant Solfège, qui le regardait d’une façon bien étrange… Il n’arrivait pas à déchiffrer son regard, et cela commençait sérieusement à l’inquiéter. Était-il vraiment aussi mauvais que ça ? Il la fixa avec espoir, haussant légèrement les sourcils lorsqu’elle reprit enfin la parole néanmoins avec hésitation.
«C’est… Un bon début ! Mais réfléchissez avec votre cœur plutôt qu’avec votre tête. Écoutez vos émotions, laissez-vous guider par elles !» Encouragea Solfège, ce qui lui valut un violent retour en manquant de peu de recevoir un deuxième postillon en plein visage.
«C’est exactement ce que je fais !» Se vexa-t-il.
«Et si je me déguisais en princesse Peach, cela vous aiderait-il ?» Elle avait voulu ajouter pour détendre l’atmosphère, sans pour autant avoir envie de se prendre un jet de flammes pour son audace. Déjà qu’elle était constamment en danger, et que chacune de ses phrases pouvait déboucher sur un malentendu… Toutefois, ce ne fut pas la réaction de Bowser qui l’étonna mais celle du magicien.
«Pas question ! C’est MON rôle à MOI de jouer la princesse ! Je suis le meilleur imitateur, et je ferai une bien meilleure princesse que vous pour le roi ! Il mérite la crème de la crème pour s’entraîner.» Rouspéta Kamek tout en levant sa baguette magique dans les airs après avoir poussé l’humaine sur le côté pour se placer fièrement devant Bowser.
Solfège soupira discrètement puis se frotta les yeux, lasse, pendant que les deux Koopas repartaient dans un long débat sur la manière dont ils allaient procéder à partir de maintenant. Cette journée hors du commun s’annonçait difficile et interminable.
Une très, très longue journée…
À suivre…
Franchement, j’ai adoré écrire ces passages, c’était très drôle. Et, comme vient de le dire Solfège, ça s’annonce compliqué pour elle. Qu’en pensez-vous ? Réussira-t-elle à survivre à ce nouveau rôle ? L’avenir nous le dira 😉
VP