Chante pour moi

Chapitre 17 : Mélancolie

4736 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 19/05/2023 21:53

Chapitre 17 - Mélancolie

Assis sur son trône de pierre de lave, Bowser ruminait. Il avait passé une partie de la nuit à réfléchir à ce qu’avait dit Kamek, à ce qu’il avait insinué sans aucune honte. Lui, amoureux de Solfège ? N’importe quoi ! Il n’aimait que Peach. Son cœur ne battait que pour elle… Ou pour le pouvoir qu’elle pourrait lui offrir ? Le roi grogna à cette réflexion, puis posa sa joue contre son poing, le regard agacé fixé sur un point invisible. Il ne s’était encore jamais vraiment interrogé sur l’origine de ses sentiments pour la princesse. D’ailleurs, il ne se souvenait même pas du moment où ils étaient apparus… Ni de leur véritable nature. Il avait toujours gardé en tête qu’il lui fallait une épouse à ses côtés lorsqu’il dominerait le monde et ferait de la galaxie son empire. Grâce à la réunification de son royaume avec celui de Peach, il deviendrait, de fait, le roi le plus puissant des huit mondes ! Son plus grand rêve d’enfance, entretenu par les Magikoopas. Mais maintenant plus il y réfléchissait, et plus les doutes s’installaient.

«Nionnnnnnnnnnnnnnnnnnn !»

Le visage de Bowser se crispa d’exaspération à son fils qui n’arrêtait pas de tourner autour de son trône avec un avion en papier dans les mains. Le petit Koopa imitait avec enthousiasme le bruit de l’engin, courant en cercle autour du trône de pierre en faisant virevolter son avion dans les airs comme s’il affrontait des ennemis invisibles. Il lui faisait effectuer des pirouettes, des loopings maladroits, inventant au passage toute une histoire dont lui seul connaissait les règles. Bowser Jr ricanait à chaque fois que les ailes de son avion se pliaient, lui rappelant les battements d’ailes d’un oiseau. Ne prêtant même plus attention à son père, assis au centre de sa ronde, le jeune prince cornu poursuivit son jeu en éclatant de rire à plusieurs reprises. Solfège n’était pas là pour canaliser cette énergie débordante. Occupée à aider le Koopa cuistot en cuisine, elle avait laissé le petit sous la responsabilité de son père. Un très mauvais timing… Car Bowser n’était clairement pas d’humeur à jouer les pères patients ce matin-là.

«Nionnnn ! Oh non ! Un oiseau !» Couina ce dernier en faisant semblant d’esquiver un oiseau imaginaire.

«Junior, tu me donnes le tournis…» Grommela Bowser en se frottant le front, irrité, lorsque son fils recommença à tourner autour de son trône. Impossible de réfléchir dans ces conditions. Il avait beaucoup de mal à cacher son agacement depuis qu’il était constamment tourmenté par la scène de la veille, qui ne voulait plus quitter son esprit. Elle se rejouait encore et encore… Comme une boucle dont il ne parvenait pas à s’échapper. Se moquant de lui et de son état de confusion, de plus en plus frustrant. Heureusement, grâce à sa faculté de guérison hors du commun, il n’avait plus aucune trace de sa blessure.

«Ça suffit.» Poursuivit-il lassement, mais son fils ne l’entendait pas de la même oreille.

«C’est Solfège qui me l’a fait ! Je le trouve trop génial, et en plus il vole pour de vrai ! Regarde !» S’émerveilla Bowser Jr qui lança le petit avion en papier blanc en bas des marches pour montrer à son papa comme il volait bien. Grâce à la courbure de ses ailes, il plana jusqu’au milieu de la salle vide.

«Yay !» Cria-t-il, victorieux, après avoir dévalé les marches pour aller récupérer son précieux avion.

Il ne le savait pas, mais le simple fait de prononcer le nom de sa servante provoqua une vive émotion chez Bowser, qu’il ne parvenait plus à cacher. Son agacement bascula. Excédé, le roi des Koopas s’enfonça davantage dans son siège puis soupira lorsque le jeune Koopa revint, tout sautillant, pour reprendre ses bruits d’avion agaçants… Ses doigts tapotèrent son accoudoir de plus en plus vite. Ne se rendant pas compte de la tension qui montait, Junior continua à jouer innocemment autour du trône. Son sourire étirait joyeusement les coins de son museau rond. Il voulait aller encore plus vite ! Il s’imaginait être aux commandes de son avion dans une mission impossible. Traverser le cosmos pour récupérer un puissant artefact pour alimenter son canon géant en énergie ! Cependant, sa joie s’évanouit rapidement lorsque son père se leva brusquement et arracha son avion en papier de ses mains, pile au moment où il passait devant lui. Il protesta d’un petit «hey !» mais Bowser Jr recula de deux pas au moment où il croisa le regard furieux de son père.

«Je t’ai dit que ça suffisait ! Tes bruits m’agacent plus qu’autre chose, et tu me donnes le tournis à force de tourner comme ça autour de moi ! Je n’en ai rien à faire de ton avion en papier ridicule !» Fulmina Bowser. Suite à ses mots, il roula l’avion en boule dans ses mains avant de le jeter dans la lave.

«Papa, non ! Mon avion…» S’horrifia Bowser Junior, les yeux écarquillés en voyant son avion réduit en boule disparaître dans le feu.

«Je ne veux plus entendre parler de cet avion ! Trouve-toi une autre activité plus calme.» Imposa Bowser entre ses dents, son regard colérique fusillant la petite tortue à la mine abattue. La tête baissée, les poings serrés, Junior se mit à trembler. Bowser ne s’attendait pas à une telle réaction de son fils. À sa grande surprise, celui-ci releva soudainement le museau pour le défier.

«Pourquoi t’as fait ça ! C’était un cadeau de Solfège ! Elle l’avait fait pour moi !» S’écria-t-il avec colère, dévoilant sa petite dent en grognant.

C’était injuste. Méchant. Il avait cassé son nouveau jouet sans raison ! La tête enfoncée entre les épaules, le petit Koopa soutint le regard féroce de son père, refusant de se laisser intimider. Pas même lorsqu’il sentit la piqûre familière des larmes. Bouleversé, il poursuivit sur le même ton accusateur en pointant une petite griffe vers lui.

«Pourquoi est-ce que tu es toujours en colère contre tout le monde ! Tout ça à cause d’une princesse qui s’en fiche de toi ! Quand est-ce que tu vas comprendre que Peach ne nous aime pas… Et ne nous aimera jamais !» S’égosilla-t-il, la voix brisée par la colère. Ses yeux se remplirent de larmes. Une douleur sourde se forma dans sa poitrine, comme si ses propres mots venaient de le blesser autant qu’ils visaient son père.

«Va dans ta chambre et que je ne te revoie plus avant le dîner ! Tu es puni !» Aboya aussitôt Bowser en serrant les poings face à son fils effronté. Ce dernier se retourna pour fuir la salle du trône, enchaînant les reniflements. Mais juste avant de refermer la porte derrière lui, il déclara quelque chose d’assez surprenant.

«Tu es tellement aveugle !» Hurla Junior de toutes ses forces, avant de claquer violemment la porte et de s’engouffrer dans le couloir en direction de sa chambre.

Tout le long du chemin, il ne cessa de pleurer. Son petit corps était secoué par des sanglots incontrôlables, sa respiration hachée se brisant à chaque pas. Manquant de peu de trébucher sur le tapis de l’escalier dans sa course effrénée, il vacilla, puis se dépêcha de rejoindre la sécurité de sa chambre en claquant rapidement les portes derrière lui. Il était partagé entre la colère et le désespoir. Gémissant, la petite tortue frotta ses yeux humides. Cette douleur dans son cœur refusait de le laisser tranquille. Pourquoi son papa était-il aussi méchant avec lui tout à coup ? Qu’avait-il fait de mal ? Il était pourtant sage ces temps-ci ! Frappant ses pieds contre ses jouets pour libérer sa frustration, le petit Koopa se précipita vers son lit pour se réfugier sous les couvertures. Pendant de longues minutes, il fut ravagé par sa tristesse et son incompréhension, incapable de se calmer tant son chagrin lui semblait insurmontable. Il en voulait à son père. Il en voulait au monde entier d’être aussi cruel avec lui…

Bowser Junior n’entendit pas le grincement de la porte de sa chambre, trop emmitouflé dans ses couvertures. À l’abri de la lumière, à l’abri des regards. Il ne remarqua même pas l’affaissement de son matelas au moment où la personne qui venait d’entrer prit place à côté de lui, sur les couvertures rouges. Toutefois, il se raidit quand il sentit quelque chose lui toucher la carapace, cessant immédiatement ses pleurs déchirants. Mais cette présence ne lui donnait aucune envie de sortir la tête de sa cachette, du moins pas tout de suite. Il voulait être seul… Qu’on le laisse tranquille dans son coin, pour libérer toute sa tristesse. Dans un gémissement, le Koopa se recroquevilla davantage sous les couvertures, dans l’espoir de disparaître et que l’inconnu finisse par se lasser. Malgré tout, la main restait posée sur son dos, ne le quittant pas tandis qu’un son mélodieux commençait à atteindre ses oreilles.

Dors, petit cœur, ne pleure plus

Je suis là, tout près de toi, tu n’es pas perdu

Même quand tout semble trop lourd

Je serai là, nuit et jour

Solfège chantait doucement à Bowser Jr. Il ne connaissait pas la chanson, mais elle était très belle et apaisait ses pleurs qui se transformèrent bientôt en de petits reniflements.

Ferme les yeux, laisse aller

Les peurs qui viennent te troubler

Dans mes bras, rien ne peut t’atteindre

Je suis là pour te défendre

Désormais à l’écoute, Junior sortit lentement la tête de sous la couverture pour regarder l’humaine assise au bord du lit. Elle souriait, ses yeux verts attendrissants cherchant les siens, encore humides, tandis que la mélodie de sa voix emplissait la chambre.

Même si le monde fait mal parfois

Tu n’es jamais seul, crois-moi

Il y a une lumière en toi

Que rien n’éteindra

Sa voix avait un incroyable effet apaisant sur lui… Jusqu’à chasser complètement sa peine. C’était comme si elle n’avait jamais existé, comme s’il n’avait jamais ressenti cette douleur au fond de son cœur. Absorbé par la jolie voix de Solfège, le petit Koopa se redressa dans son lit pour la regarder attentivement, à l’écoute de cette chanson qui le consolait. C’était beau, c’était touchant… Il ne se lassait pas d’entendre cette mélodie au pouvoir si étrange, et il espérait qu’elle ne s’arrêterait jamais.

Alors repose ton petit cœur

Laisse s’enfuir toutes tes peurs

Je veille sur toi, quoi qu’il arrive

Et jamais je ne dérive

Les jambes croisées en tailleur, Bowser Junior renifla une dernière fois alors que la chanson s’achevait sur une note douce. Il passa son bras sous son museau humide, puis leva les yeux vers Solfège lorsqu’elle se pencha pour essuyer ses larmes du bout des doigts, laissant ensuite ses pouces glisser sur ses joues rondes. Son sourire était rempli de tendresse pendant qu’elle caressait affectueusement son visage. Bowser Jr ne parvenait pas à détourner son regard émerveillé de Solfège, qui continuait de le consoler même après sa chanson, le berçant entre ses mains chaleureuses. La chaleur naturelle de ses doigts imprégnait sa peau. Ses cheveux rouges tombaient sur ses bras, et son parfum délicat emplissait ses narines à chaque inspiration. Il était charmé par elle, captivé par sa douceur. Jamais aucun humain n’avait été aussi gentil avec lui… Aussi tendre, ce qui le fascinait profondément. Après quelques instants passés dans cette position, la jeune femme finit par s’éloigner, le mouvement faisant glisser ses longs cheveux dans son dos.

«Où est-ce que tu as appris à chanter comme ça ?» Demanda Bowser Junior d’une voix légèrement éraillée, marquée par ses longs sanglots. En réponse, l’humaine se contenta de hausser les épaules. Décidément, elle avait vraiment la mémoire courte ! Il reprit.

«Ta voix me plaît, elle est jolie.» Ajouta la petite tortue qui avait retrouvé son adorable sourire.

«Pas aussi jolie que la tienne.» Taquina Solfège en enfonçant doucement ses doigts dans les côtes du Koopa pour le faire rire, un franc succès. Ses éclats de rire avaient le même effet que sa chanson, ils l’apaisaient… C’était comme une douce mélodie à ses oreilles.

Plus tard, après que Junior fut littéralement tombé de sommeil, Solfège, qui avait veillé sur lui jusqu’au bout retourna dans sa chambre en attendant de recevoir de nouveaux ordres. N’étant pas certaine de ce qu’elle était censée faire avant le souper, elle se contenta de rester sur son lit à attendre que le temps passe. À attendre que quelqu’un vienne frapper à sa porte pour lui dire quoi faire. Comme à l’accoutumée. Allongée sur le dos, face à son plafond de pierres grises, elle avait croisé les mains sur son ventre. Sa montre à gousset reposait au centre de sa poitrine, ses cheveux rougeoyants formant un halo autour de sa tête. Elle n’arrêtait pas de penser à Junior et à sa crise de larmes. Elle se demandait ce qui avait bien pu bouleverser à ce point son jeune ami, lui qui affirmait ne jamais pleurer pour quoi que ce soit… Qu’était-il arrivé durant son absence ? Elle était inquiète pour lui, car elle avait distinctement entendu ses pleurs depuis l’autre bout du couloir !

Tandis qu’elle était perdue dans ses pensées, quatre petits coups discrets contre la porte la firent aussitôt revenir à la réalité. Solfège se redressa sur son lit pour regarder la porte en bois, s’attendant à ce qu’un petit mot soit glissé sous celle-ci. Mais cette fois, la personne attendait sagement qu’on lui ouvre. Tiens, c’était curieux. Qui était-ce ? Jetant un coup d’œil méfiant, elle finit par se lever pour rejoindre la porte qu’elle ouvrit doucement, découvrant un Koopa soldat à la carapace bleue muni d’ailes. Elle le reconnut assez facilement. C’était le même garde qui lui avait rendu sa montre l’autre fois ! Il se tenait maladroitement devant elle, regardant de gauche à droite comme s’il s’attendait à voir apparaître quelqu’un.

«Oui ? Que puis-je faire pour vous ?» S’enquit poliment Solfège, intriguée, en remarquant qu’il cachait quelque chose derrière lui.

«C-c’est pour vous !» Balbutia-t-il nerveusement en lui tendant un petit bouquet de fleurs.

«Pour moi ?» Hébétée, elle prit délicatement le bouquet entre ses mains avant de le porter à son nez. Les petites fleurs blanches en forme de clochettes dégageaient un parfum doux et enivrant ! Ravie de recevoir un tel cadeau, elle releva les yeux vers le garde qui évitait soigneusement son regard, laissant échapper de petites toux gênées derrière son poing.

«C’est adorable, je vous remercie ! Il sent très bon.» Sourit l’humaine en déposant un rapide baiser sur son museau jaune en guise de remerciement. Elle lui en était d’autant plus reconnaissante qu’elle adorait les fleurs.

«D-de rien !» Bafouilla le garde, ses joues prenant une teinte beaucoup plus foncée.

Solfège regarda la tortue ailée s’éloigner dans le couloir, retenant difficilement un petit rire lorsqu’il faillit trébucher à ses pieds, se rattrapant de justesse dans un battement d’ailes maladroit. Elle l’avait beaucoup déstabilisé, apparemment. C’était mignon. Mais où avait-il donc trouvé ces magnifiques fleurs ? Certainement pas dans les parages… Rien ne poussait ici. Elle n’en revenait pas ! Cela faisait une éternité qu’elle n’en avait plus vu. Rentrant à nouveau dans sa chambre pour les poser dans le vase violet vide sur la coiffeuse, elle s’assit pour les admirer quelques minutes de plus, ce sourire reconnaissant ne quittant plus son visage. Ses joues commençaient même à lui tirer tant elle souriait ! Mais c’était une si délicate attention. Le cœur rempli de joie, elle les sentit une dernière fois avant de sortir de sa chambre pour se promener un peu dans les couloirs. Déambulant sans vraiment savoir où elle se dirigeait, la jeune femme admira les peintures sur les murs ainsi que les grandes statuettes mettant en valeur Bowser. Malgré cette austérité, elle aimait vraiment ce château, elle s’y sentait presque chez elle… Il manquait juste un petit peu de verdure, un souffle de nature pour adoucir toute cette pierre, si on lui demandait son avis.

À mesure qu’elle avançait, Solfège crut entendre quelque chose, quelque part au fin fond du château étrangement désert à cette heure. Décroisant les bras de derrière son dos, elle tendit l’oreille à ce son… Ou plutôt à cette mélodie jouée par un instrument de musique, semblait-il. Le son était étouffé, donnant l’impression de provenir de l’étage inférieur ou du sous-sol. Intriguée, elle s’approcha à pas feutrés vers l’origine de cette douce mélodie, qui était effectivement jouée au piano. Il y avait un piano, ici ? Elle l’ignorait, comme beaucoup de choses. Avançant plus loin dans le couloir après avoir emprunté un escalier, Solfège arriva dans l’aile est du château où la mélodie gagnait en intensité. Elle s’en imprégnait sans le vouloir. Cette mélodie lui donnait envie de pleurer. Les notes étaient mélancoliques, presque bouleversantes, tandis qu’elle longeait le mur pour passer sous une alcôve menant à une pièce ouverte.

Discrètement, elle entra dans ce sanctuaire de lave où une plateforme centrale flottait. Des marches en lévitation menaient directement à ladite plateforme, sur laquelle se trouvaient Bowser et un piano noir classique. C’était donc lui qui était derrière ces notes… Elle en resta un instant surprise. Elle ignorait qu’il possédait un tel talent. Quelque peu intimidée par le lieu autant que par la scène, Solfège déglutit puis s’avança lentement dans l’immense salle, ses pas résonnant à peine contre la pierre noire. Son regard restait accroché à la silhouette massive du Koopa qui lui tournait le dos, absorbé, ou du moins tentant de l’être par son instrument. Ses doigts appuyaient sur les touches noires et blanches, mais la mélodie manquait de continuité. Le rythme était brisé, hésitant… Il s’interrompait sans cesse après quelques notes à peine. Par moments, ses griffes restaient suspendues au-dessus du clavier, immobiles, comme s’il avait oublié ce qu’il voulait jouer. Quelque chose le perturbait profondément. Il n’arrivait pas à rester concentré sur sa musique.

Le cœur se serrant dans sa poitrine, Solfège resta dans un coin de la pièce pour écouter.

Peach, écoute-moi,

Tes cheveux sont comme du velours…

J’ai l’impression d’être dans un four !

Bowser commença à chanter toutefois il s’arrêta rapidement, car il n’était pas du tout satisfait de sa performance. Aucune de ses phrases ne lui plaisait ! Il avait l’impression qu’elles sonnaient faux, d’une certaine manière. C’était particulièrement frustrant pour quelqu’un qui aimait l’improvisation. D’un froncement de sourcils, il laissa traîner ses doigts sur les touches pendant qu’il cherchait d’autres paroles pour la princesse. Il était chamboulé par tout un tas d’émotions en même temps, notamment de la tristesse et du désespoir. Mais ce n’était pas le même désespoir qu’il ressentait lorsqu’il pensait à Peach et à son royaume, non. Celui-ci était bien différent. Cette mélancolie ne voulait plus le quitter, alors qu’il exprimait sa souffrance silencieuse à travers quelques notes, dans l’espoir d’apaiser son âme. Ou plutôt… Son cœur, malmené par un seul et unique sentiment : l’amour.

Peach…

Recommença-t-il d’une voix affectée par son état émotionnel, mais comme un instant plus tôt, il n’arrivait tout simplement plus à finir sa chanson. Pourtant elle était simple, et il la connaissait par cœur ! Il l’avait répétée un millier de fois au moins. Ennuyé, il continua de jouer quelques notes au hasard dans l’espoir d’être inspiré. Il se heurtait à un mur qu’il avait lui-même construit. Alors que son menton s’abaissait et que son regard malheureux se perdait sur le piano, les notes moururent sous ses doigts. Emportant avec elles les fragments d’une mélodie qu’il n’arrivait plus à comprendre. Intérieurement, il criait. Il luttait contre ses doutes et ses insécurités pour tenter de retrouver son masque de roi maléfique au cœur de pierre, celui qui détruisait tout sur son passage sans la moindre pitié. Celui qui agissait uniquement par intérêt, sans jamais se soucier des autres ni des conséquences de ses actes. La vile et odieuse créature qui instaurait la peur dans tous les cœurs. Encore une fois, il tenta de chanter sa chanson pour Peach, mais son esprit continuait de vagabonder… Jusqu’à ce qu’il entende une autre voix se mêler à la sienne.

Quand je te vois,

Mon cœur s’anime d’une intense joie

Solfège décida enfin de faire connaître sa présence tandis qu’elle montait les marches pour rejoindre Bowser sur la plateforme. Ayant été spectatrice de son désarroi, elle ne put s’empêcher de l’accompagner pour l’aider dans sa chanson. Pour… Lui. Offrant un sourire timide à ce dernier abasourdi, il reprit aussitôt ses notes pour encourager l’humaine à poursuivre.

Peach, regarde-moi,

Ne vois-tu pas tout ce que je ferai pour toi ?

Tu sais, l’amour, le vrai,

N’est pas vraiment parfait

Mais dans mes bras tu comprendras

Que je t’aimerai jusqu’à l’au-delà 

Arrivée en haut des marches, elle leva les bras vers lui pour qu’il chante avec elle.

Non, ne me rejette pas !

Deviens ma reine et je serai ton roi

Bowser finit par l’accompagner, reprenant des morceaux de sa propre chanson pour se joindre à celle de Solfège. Emporté par la magie de l’instant, il la souleva délicatement pour la déposer sur le rebord du piano, se plaçant face à elle alors que leurs voix s’unissaient en un duo parfaitement accordé.

Au fond de tes yeux, je le vois

C’est merveilleux,

Cette petite étincelle qui nous rendra

Tous les deux très heureux

Sa voix mélodieuse s’entrelaçait avec celle, plus grave, de Bowser. Créant ainsi une harmonie aussi inattendue que sincère. Chaque note, chaque mot, semblait naître de leur cœur, les rapprochant un peu plus à chaque instant. La main posée contre sa poitrine, Solfège le regardait avec une douceur passionnée, pendant que lui continuait de jouer sans même y penser. Comme si la musique elle-même guidait ses gestes… Et ses sentiments.

Non, ne me laisse pas

Je suis fou d’amour rien que pour toi !

Ohhhh, ne me laisse pas !

L’amour, le vrai, n’est pas parfait

Soit à mes côtés et je te comblerai !

Comme ensorcelés par les notes, les deux ne faisaient plus attention au monde qui les entourait. Ils étaient simplement plongés dans les yeux l’un de l’autre, laissant libre cours à leurs émotions à travers cette incroyable mélodie. C’était fort, touchant et vibrant tout à la fois. De plus en plus proches, Solfège et Bowser se frôlaient presque. Plus rien d’autre ne comptait. Plus rien n’existait… Il n’y avait plus qu’eux et cette chanson qui, à l’origine, était consacrée à Peach. Mais au fur et à mesure qu’ils avançaient dans les paroles, Bowser ne pensait plus à la princesse.

Non, il ne voyait plus qu’elle…

Solfège, avec ses magnifiques cheveux encadrant son visage souriant… Ce sourire qu’elle lui dédiait, de la même façon qu’elle lui offrait sa voix. Enfin, elle chantait pour lui… Toutes ses peurs, ses doutes et sa tristesse avaient disparu dès l’instant où elle avait commencé à chanter. Comme par enchantement, ne lui laissant que ce sentiment de sérénité qu’il n’avait plus ressenti depuis qu’il l’avait croisée sur sa planète. C’était intense, puissant, et surtout terriblement libérateur. Il ne voulait pas que ça s’arrête. Plus jamais. Baigné dans cette chaleur qui ne cessait de s’intensifier, le regard posé sur Solfège, le roi Koopa abaissa sa voix d’une octave pour terminer sa chanson sur des notes plus graves. Ils se rapprochaient toujours plus, captivés par le regard de l’autre, leur sourire en miroir. Oh oui, il pourrait tuer pour ce sourire… Le cœur battant à tout rompre, Bowser se laissait guider par ses émotions, qui lui criaient de l’embrasser… De lui dire ce qu’il ressentait pour elle.

«Hum, excusez-moi…» Et bien sûr, Kamek apparut pile à ce moment-là pour briser cet instant. Pourquoi changer !

«Mais tu le fais exprès ou quoi ?!» Fulmina Bowser, ses doigts s’écrasant brusquement sur le clavier dans un accord dissonant, son regard noir fusillant le Magikoopa qui venait d’interrompre leur chanson. Sur le piano, Solfège ramena timidement ses mains sur sa robe, encore troublée par l’intensité de l’instant qu’ils venaient de partager. Elle était pourtant certaine qu’il allait lui dire quelque chose… Elle était presque déçue.

«Navré de vous interrompre, mais j’ai de nouvelles informations concernant la princesse Peach.» Annonça Kamek en levant un doigt, alors que l’expression irritée du roi se transforma en véritable agacement. Il ne se priva pas de jeter un regard dédaigneux en direction de l’humaine.

«Ça ne pouvait pas attendre ?» Grogna Bowser, frustré.

«Eh bien non, je pensais que vous aimeriez les entendre dès qu’elles me sont parvenues. Enfin, passons. La princesse est partie rejoindre le Royaume de Végésia sans aucune protection ! Les frères ne sont pas là, et l’armée de Cranky Kong a été rappelée pour la fête annuelle de la banane. Ce qui nous laisse un champ d’action non négligeable.» Indiqua le conseiller en redressant ses lunettes sur son museau, soulagé lorsque Bowser s’écria dans un rire démoniaque. Au moins, il n’avait pas perdu son intérêt pour Peach et la couronne ! Il avait eu peur, un court instant.

«Ha ha ! Il est temps de passer à l’action ! Kamek, prépare les soldats ! On part à la chasse à la princesse.» S’exclama-t-il, revigoré par cette nouvelle. Il se leva rapidement de son siège pour suivre le Magikoopa dans les escaliers, abandonnant l’humaine derrière lui sans un regard en arrière.

Solfège regarda les deux tortues disparaître avec inquiétude, ayant l’horrible sensation que quelque chose de grave allait arriver.

À suivre…

Je trouve cette situation terrible… Vraiment. C’est le genre de moment qui peut briser le cœur. Mais l’histoire est loin d’être terminée ! De nombreux rebondissements sont encore à venir, et le prochain s’annonce particulièrement intéressant 😉

La chanson berceuse est ma petite création, et les nouvelles paroles de «Peach» en grande partie.

Sur ces quelques mots, je vous dis à très bientôt !

VP

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