Chante pour moi

Chapitre 18 : La décision

Par VendettaPrimus

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Je trépigne d’impatience de voir vos réactions ! J’ai hâte de connaître vos retours sur ce chapitre. Surtout, n’hésitez pas ! Faites comme chez vous, installez vous et profitez.

Car ce chapitre est très spécial…

Chapitre 18 – La décision

Solfège ne savait pas exactement où elle allait. Elle laissait ses pas la guider. Se promenant dans les vastes couloirs du château, elle tuait le temps, cherchant de quoi s’occuper depuis qu’elle s’était retrouvée toute seule. La veille, Bowser avait ordonné à son armée de se préparer à une confrontation avec la princesse Peach, quelque part sur la route menant au Royaume de Végésia. Le château s’était ensuite mis en mouvement, volant vers le Nord durant une grande partie de la nuit pour arriver à temps. Ce matin, elle avait senti le sol trembler sous ses pieds lorsque la forteresse avait entamé sa descente. L’atterrissage n’avait duré qu’une dizaine de minutes à peine… Un laps de temps bien trop court à son goût pour une discussion en tête à tête. À la suite de quoi, le château avait repris de l’altitude, et elle n’avait plus rien entendu de toute la journée concernant Bowser. Elle espérait simplement qu’il avait scrupuleusement suivi ses conseils, ou sa colère risquait de faire de sérieux dégâts…

Le cœur serré, la jeune femme déglutit. Elle n’osait pas se l’imaginer, pas plus qu’elle ne voulait être témoin de son abattement après un énième refus. Rien que cette pensée suffisait à faire naître un malaise au creux de sa poitrine. Maintenant, elle errait sans vraiment savoir où elle se dirigeait… Complètement seule dans ces couloirs immenses. Quelque part au-dessus d’elle, sans doute sur la plateforme centrale, elle pouvait entendre de la musique. Elle se souvenait avoir déjà entendu ce genre de musique par le passé, notamment lorsqu’elle était arrivée dans ce château pour la toute première fois, quand Bowser lui avait ordonné de chanter devant tout le monde. De la musique festive… Fêtaient-ils quelque chose là-haut ? Se demanda-t-elle tandis que ses doigts effleurant distraitement la pierre froide des murs, une expression songeuse sur le visage. C’était étrange de voir à quel point les couloirs étaient désertés, alors que d’habitude on y croisait des Goombas, des Koopas gardes, ou encore quelques Hériss passant par là. Apparemment, ils étaient tous réunis sur la plateforme pour célébrer quelque chose en particulier.

Jetant un coup d’œil à l’une des fenêtres sur sa gauche, Solfège remarqua que le soleil se couchait lentement à l’horizon, baignant le ciel de teintes orangées et rosées qui contrastaient avec la froideur des murs du château. Étrangement, les nuages noirs et orageux en lévitation autour de la forteresse semblaient s’être dissipés, laissant une ouverture rare sur le monde d’en bas. Comme une brèche dans cet univers habituellement fermé. Ce qu’elle aperçut lui coupa presque le souffle. C’était incroyablement grand ! D’une ampleur vertigineuse. D’immenses tours s’élevaient dans le lointain, leurs silhouettes élancées disparaissant peu à peu dans une épaisse brume blanche qui masquait entièrement le sol. Lui donnant l’impression qu’elles flottaient elles aussi dans le vide. Était-ce à cela que le Royaume de Végésia ressemblait ? Solfège n’avait pratiquement rien vu de ces mondes, alors elle ne pouvait qu’imaginer à quoi ils pouvaient bien ressembler.

Pendant quelques minutes, elle admira le paysage qui défilait devant elle à vitesse de croisière. Les derniers rayons du soleil l’éblouissaient, réchauffant son regard autant que son visage. Cela faisait si longtemps qu’elle ne l’avait pas vu… Qu’elle en avait presque oublié cette sensation. La chaleur douce des rayons glissait sur sa peau, l’enveloppant lentement, instaurant un sentiment de béatitude fragile dans son cœur devenu instable ces derniers temps. Mais ce calme ne suffisait pas à apaiser ce qui grondait en elle. Elle se rendait compte que quelque chose clochait avec elle, avec ses sentiments, toutefois elle ne comprenait pas de quoi il s’agissait. Ce qui n’allait pas, plus exactement. Sans parvenir à mettre des mots dessus, elle sentait ce déséquilibre grandir et s’installer. Était-elle en train de déprimer ? D’une certaine façon, c’était le cas. Elle était d’une humeur maussade depuis quelques jours, et cette morosité s’accentuait lorsqu’elle se retrouvait seule avec ses pensées. Son esprit était toujours occupé par un certain Koopa géant au tempérament colérique… Mais qui cachait aussi une étonnante douceur au fond de lui.

Derrière cette fameuse carapace.

Son sourire s’estompa peu à peu, tandis qu’un léger froncement de sourcils creusa ses traits. Cette pression dans sa poitrine était bien réelle, presque accablante… Son cœur lui criait la vérité à chaque battement. Elle avait développé des sentiments pour le roi Koopa qui n’étaient même pas réciproques, et cette réalité était très douloureuse à accepter. Elle ne l’avait réellement compris que lorsqu’ils s’étaient entraînés tous les deux dans le sous-sol, après que Bowser avait déclaré sa flamme en pensant à Peach. La tendresse contenue dans sa voix grave, la sincérité de ses mots, son regard de braise et son sourire à faire fondre les cœurs… À cet instant précis, elle en avait pris conscience. Elle était tombée amoureuse de lui. Du grand et maléfique roi des Koopas. L’un des êtres les plus craints de l’univers… Qui était, en réalité, quelqu’un de profondément touchant. Quelqu’un capable d’aimer. Simplement incompris. Mais malheureusement, le cœur de la tortue cracheuse de feu appartenait déjà à une autre… Qui ne l’aimait même pas en retour.

Junior avait raison de dire que le monde était vraiment cruel parfois. Et puis, jamais elle ne pourrait rivaliser avec une princesse… Elle savait qu’elle n’avait aucune chance. Une désillusion qui amplifia ce sentiment de désespoir qu’elle ressentait chaque fois qu’elle y pensait. Peinée, Solfège s’éloigna de la fenêtre dans un soupir, puis recommença à déambuler dans le couloir vide en jouant pensivement avec le bas de sa robe de servante. Fredonnant une mélodie aux notes mélancoliques, elle se perdit rapidement dans ses pensées, le chagrin gravé sur son joli visage. Elle continua d’errer ainsi durant de longues minutes. Écoutant le son étouffé filtré par l’épaisseur des murs de la musique rock’n’roll jouée par les Koopas musiciens. Quelqu’un chantait. Elle distinguait une voix masculine au moment où elle approchait d’un croisement, non loin de la chambre de Bowser. La jeune femme tourna lentement sur elle-même, se laissant porter par ses propres notes mêlées à la musique en sourdine. Puis, soudainement, elle rouvrit les yeux. Et s’arrêta net.

Ses yeux verts s’écarquillèrent de surprise en découvrant la personne qui se tenait juste devant elle. C’était comme si le monde venait brusquement de s’arrêter, comme si le temps avait cessé de s’écouler. Totalement figées sur place, les deux jeunes femmes se dévisagèrent avec incrédulité, tentant de comprendre ce qui se passait. Le visage de Solfège se vida de toute expression en reconnaissant la femme en robe rose qui lui faisait face. Elle n’en croyait pas ses yeux. Était-ce la réalité ? Des cheveux blonds parfaitement coiffés, une frange en forme de cœur, des lèvres pulpeuses rosées, de grands yeux bleus… Il n’y avait aucun doute possible sur son identité. La bouche entrouverte de stupéfaction, Solfège restait incapable de prononcer le moindre mot. Elle fixait longuement celle qu’elle venait de croiser au détour du couloir, à la sortie d’une chambre sur sa droite. Son front se plissa à peine avant qu’elle ne se racle la gorge, sortant peu à peu de sa stupeur.

«Princesse Peach ?» Réussit-elle à articuler dans un souffle, complètement sous le choc. Face à elle, Peach s’illumina aussitôt d’un large sourire, ses yeux bleus pétillant d’enthousiasme.

«Un autre humain ! Je n’arrive pas à y croire !» La jeune femme blonde leva les mains en l’air avant de tourner autour de Solfège pour l’observer de haut en bas, effleurant le tissu de sa robe de sa main gantée au passage. Elle était surexcitée, mais se calma rapidement pour se reprendre ; «Enfin, je veux dire… Une humaine. Car tu es une fille, tout comme moi. Mais oui, tu es une humaine !»

«Comment…» Perplexe, Solfège se tourna vers la princesse qui ne la laissa pas finir sa phrase tant elle était émoustillée.

«Attends une petite minute. Qu’est-ce qu’une autre humaine fait ici ? Je ne t’ai jamais vue au château ! D’où viens-tu ? De quel royaume ? Est-ce que le terrible Bowser t’a kidnappée, toi aussi ? Tu es une princesse ? Non, tu ne portes pas de couronne… Alors pourquoi est-ce qu’il te garde ici ?» Interrogea Peach, enchaînant les questions sans lui laisser le temps de répondre. Elle penchait la tête pour l’observer sous tous les angles, comme si elle cherchait à percer un mystère. Puis ses sourcils se froncèrent quand une idée germa dans son esprit. La bouche s’ouvrant de saisissement, elle se retourna vers Solfège pour la saisir par les épaules.

«Ça y est, j’ai compris ! Il veut t’utiliser en sacrifice ! C’est évident ! Il a un truc avec les sacrifices… Il est vraiment diabolique.» Résuma-t-elle dans un chuchotement horrifié, les mains dans ses cheveux, tandis qu’une grimace d’effroi déformait son visage très expressif. Cependant, Solfège n’écoutait qu’un mot sur deux de ce qu’elle racontait. Elle n’en revenait toujours pas de la voir ici.

Pourquoi était-elle dans le château ? Pourquoi parlait-elle d’enlèvement ? Elle n’y comprenait plus rien !

«Princesse, mais que faites-vous ici ?!» Demanda-t-elle finalement tout en se penchant vers elle avec de grands yeux. Peach lui fit rapidement signe de se taire.

«Chut ! Les murs ont des oreilles par ici. Suis-moi.» Murmura-t-elle précipitamment en lui faisant signe de la main de la suivre. Elle l’entraîna à l’intérieur de sa chambre et, après s’être assurée que personne ne les observait, referma discrètement la porte derrière elles.

La première chose qui frappa Solfège, ce fut la couleur pétante. C’était très… Rose. Vraiment très, très rose. Pratiquement tout était de la même teinte que la robe que portait Peach. Des rideaux aux tapis, en passant par les meubles et les poignées, jusqu’à la pierre elle-même teintée d’un rose plus pâle. Solfège était partagée entre l’admiration et un certain rejet alors qu’elle avançait prudemment dans cette chambre jusque-là toujours fermée à double tour. Sans doute en attendant la prochaine venue de la princesse qui, apparemment, affectionnait particulièrement cette couleur tape-à-l’œil. Du moins… C’est ce qu’elle pensait. Car elle l’entendit marmonner qu’elle haïssait cette pièce. Peach se dirigea vers son grand lit blanc et rose pour récupérer quelque chose qu’elle avait dissimulé sous son oreiller, jetant un rapide coup d’œil prudent à l’autre humaine avant de brandir une épingle. Celle-ci avait été tordue de façon à pouvoir s’insérer dans la serrure de la porte.

«À force, on apprend quelques astuces…» Dévoila-t-elle avec un sourire espiègle en secouant son outil de fortune. Posant son autre main sur sa hanche, elle ne put s’empêcher de contempler l’autre humaine, et plus particulièrement sa chevelure atypique.

«Tes cheveux sont d’une beauté à couper le souffle ! On dirait une rivière de lave… Oh, laisse-moi deviner ! C’est pour ça qu’il te retient captive ? Pour t’admirer à longueur de journée ?» Peach s’approcha de Solfège en gardant les mains jointes, comme pour résister à l’envie de toucher ses cheveux. Elle les adorait ! D’un sourire à pleines dents, la jeune femme en robe rose cligna des yeux, attendant une réponse.

«Je lui apporte mon aide. Mais c’est sans importance… Dites-moi plutôt pourquoi vous êtes là ? Je veux dire, pourquoi vous a-t-on enfermée ici ?» Se corrigea Solfège en désignant la chambre d’un geste du bras. Elle n’avait pas envie de lui révéler qu’elle était la conseillère en séduction personnelle de Bowser… Elle voulait préserver l’image du roi. D’autres questions lui brûlaient les lèvres, notamment celle de savoir si la demande avait été faite ou s’il lui avait déclaré sa flamme. Toutefois, elle se retint lorsque la princesse leva les yeux au plafond.

«Parce que ce fou furieux croit qu’en me kidnappant et en me séquestrant dans son château, ça va me faire changer d’avis sur sa proposition. Il est persuadé que je lui porte un quelconque intérêt !» Gloussa Peach sur le ton de l’évidence. D’un haussement d’épaules nonchalant, la jeune femme alla ensuite à la fenêtre pour regarder dehors d’un air impatient.

«Oh non…» Gémit Solfège en se massant le front. Il n’avait strictement rien retenu de toutes ses leçons… Pas une seule. Malgré tout, même si cela ressemblait à un échec total, au moins elle avait obtenu une réponse.

«Mais s’il croit que je vais me laisser faire, alors il se met le doigt dans l’œil ! J’ai un plan. Viens avec moi !» Lâcha Peach après avoir jeté un rapide regard en direction de l’horloge murale à côté de sa coiffeuse. Sans laisser à Solfège le temps de répondre, encore une fois, elle lui attrapa la main puis l’entraîna à sa suite dans le couloir.

Plus haut, au même moment, Kamek s’éloignait de la plateforme où se déroulait la fête pour rejoindre la salle du trône, laissant derrière lui les éclats de rire et la musique entraînante. Quand il arriva à destination, il retrouva la salle vide… Ou presque. Il leva les yeux vers l’imposante silhouette qui se tenait près du trône, dos à lui, face au mur de lave. La tortue à épines ne se retourna pas en entendant les pas approcher. Non pas parce qu’il ne les avait pas perçus… Mais parce qu’il n’avait tout simplement pas envie de faire l’effort. Il ne voulait pas discuter. Il ne souhaitait voir personne. Il voulait être seul. La mine abattue, le roi Koopa resta immobile, espérant que celui qui venait de le rejoindre le laisserait à ses pensées. Le Magikoopa s’arrêta à quelques mètres de son monarque à l’allure déprimée, jouant nerveusement avec ses mains tandis qu’il cherchait ses mots. Il avait remarqué que quelque chose n’allait pas. D’ordinaire, Bowser appréciait ce genre de fête. Surtout celle-ci, organisée pour célébrer son futur mariage avec Peach. Toussotant dans son poing, le magicien prit prudemment la parole.

«Sire ?» Appela-t-il, cependant il n’obtint aucune réaction.

«Vous manquez à la fête. Tout le monde s’amuse là-dehors ! Vous ne souhaitez pas célébrer cette victoire avec nous ?» Kamek tenta de le motiver, mais le grand Koopa ne montra pas davantage d’entrain.

«Je serai là dans une minute.» Se contenta-t-il de répondre, abandonnant son timbre de voix agressif pour quelque chose de plus triste, plus mélancolique… Il n’avait tout simplement pas la tête à fêter quoi que ce soit. Derrière lui, le Magikoopa s’étonna.

«Mais nous avons enfin la princesse en notre possession ! Et avec ce que vous avez appris, elle ne pourra que tomber sous votre charme irrésistible ! N’est-ce pas merveilleux ?» Kamek sourit d’excitation sauf qu’une fois encore, son maître ne montra aucune émotion positive.

«À quoi bon ! Tout ça est voué à l’échec de toute façon…» Soupira-t-il, les épaules tombantes, sa voix manquant de conviction. À vrai dire, il ne pensait même pas à Peach à ce moment-là. Son esprit était ailleurs, et Kamek semblait s’en apercevoir, car ce qu’il dit par la suite le surprit énormément.

«Vous pensez encore à Solfège, n’est-ce pas ?» Ce n’était même pas une question, mais une affirmation. À la simple prononciation de son prénom, Bowser se crispa. Il avait donc sa réponse. Redressant ses lunettes opaques sur son museau, le Magikoopa croisa pensivement les bras derrière son dos avant de poursuivre d’un ton qui ne laissait transparaître aucune amertume.

«Dans la vie, il faut parfois faire des choix. Je reconnais que j’ai commis des erreurs par le passé… Et qu’il est impossible de tout obtenir. Aussi regrettable que cela soit.» Admit Kamek avec un léger soupir de contrariété. Il ne supportait pas de voir son roi aussi malheureux. Aussi abattu… C’était d’ailleurs ce qui l’avait poussé à lui dire tout cela, car c’était pour son bien. Il jeta un regard vers Bowser, toujours immobile, puis face à son silence il poursuivit.

«Je suis peut-être vieux, mais je ne suis ni sénile, ni aveugle ! Vous semblez plus heureux, plus épanoui depuis que cette fille est entrée dans nos vies. Vous êtes différent… Vous avez changé. Je pensais au début qu’elle représentait une menace pour nous, et pour vous. Mais je me suis trompé. Elle nous a apporté quelque chose de plus. Surtout à vous, votre Altesse. Quelque chose qui, d’une certaine manière, nous rend meilleurs. Au départ, je refusais de le voir, parce que notre unique objectif était de nous emparer de la couronne pour régner sur le Royaume Champignon. Affirmer notre puissance. Assurer l’avenir de notre espèce. Nous en rêvions depuis si longtemps…» Il s’interrompit en laissant ses pensées dériver un instant, ses yeux se perdant dans le vide avant de revenir sur son roi qui n’avait toujours pas bougé. En temps normal, il lui aurait déjà sauté dessus en proférant toutes sortes de menaces pour avoir osé lui dire cela, ce qui ne faisait que confirmer ses soupçons. Alors il reprit avec sincérité.

«Mais maintenant, je crois que le plus important est votre bonheur. Les conquêtes peuvent attendre ! C’est peut-être le moment pour vous de choisir ce que vous voulez vraiment…» Il laissa volontairement sa phrase en suspens pour observer la réaction du Koopa.

Il était devenu si émotif en l’espace de quelques jours. Si perdu… Kidnappant machinalement la princesse Peach sans réellement en ressentir le besoin, ni même l’envie. C’était stupéfiant. Jamais le roi n’avait été aussi désemparé face à ses propres émotions. À croire qu’il découvrait le véritable amour pour la première fois. Le Magikoopa esquissa un petit sourire tandis que son maître bien-aimé demeurait silencieux.

«Il y a des signes qui ne trompent pas, alors foncez. Allez lui dire ce que vous ressentez pour elle. Dites-lui ce que vous avez sur le cœur ! Déclarez votre flamme ! Laissez-vous emporter par vos sentiments. Suivez votre instinct !» L’encouragea-t-il vivement en serrant les poings contre sa poitrine. À cette déclaration, Bowser se retourna enfin pour le regarder, l’air ahuri. Cependant, il hésita encore à bouger, son regard indécis passant de la porte à Kamek et inversement. Mais ce dernier se contenta de hausser les épaules, désormais convaincu qu’il s’agissait de la bonne décision à prendre.

«Enfin, si j’étais vous, c’est ce que je ferais. Mais comme je ne suis pas vous, je vais me contenter d’aller m’amuser à cette fête ! Il y a ces délicieuses boissons à base de fraises et de noix de coco… Je vais aller m’en prendre une, tiens !» Ajouta-t-il avec un petit reniflement amusé en se détournant de Bowser pour rejoindre l’extérieur. Traînant volontairement les pieds, son sourire espiègle s’élargit lorsqu’il entendit de lourds bruits de pas se diriger vers la porte menant à l’intérieur du château.

Bingo !

À cet instant précis, de l’autre côté du vaisseau, les deux jeunes femmes s’enfonçaient dans les couloirs vides, veillant à ne surtout croiser personne sur leur route. Enfin… Peach faisait attention. Car Solfège avait été embarquée malgré elle dans ses plans. Sur le qui-vive, la princesse se déplaçait avec une discrétion remarquable, digne d’un véritable ninja, une compétence que ne pouvait qu’admirer Solfège. Cela en devenait presque une formalité après toutes ces tentatives de séquestration… Elle connaissait le château par cœur. C’était impressionnant. Elle savait exactement où aller pour ne pas se faire repérer, quels passages emprunter pour éviter les regards… Une stratégie qui porta ses fruits, puisqu’elles atteignirent bientôt la plateforme arrière sans avoir été aperçues une seule fois.

«C’est quoi ton nom ?» Questionna subitement la princesse Peach en laissant retomber le bas de sa robe après leur course, alors qu’elles continuaient de se diriger vers le toit d’un pas pressé.

«Solfège.» Répondit l’autre humaine d’une voix plus basse, gardant timidement la tête inclinée. Elle se sentait intimidée par elle, n’ayant encore jamais adressé la parole à une princesse auparavant. Elle était si jolie ! Et tellement charismatique. Avec son magnifique diadème doré incrusté de pierres, dressé sur sa superbe chevelure blonde. Elle sortit rapidement de son examen minutieux dans un léger sursaut lorsque la princesse se pencha vers elle avec un sourire ravi.

«Oh ! C’est un très joli nom ! Il est vraiment spécial… Avec un nom pareil, tu dois forcément savoir chanter. Mais je crois que les présentations sont inutiles… Tu dois déjà savoir qui je suis. Tout le monde me connaît ici.» Soupira-t-elle tristement, perdant son sourire au moment où elles arrivèrent au milieu de la plateforme. Elle attrapa à nouveau la main de Solfège pour l’entraîner jusqu’au rebord, afin de constater que le château n’était pas si haut que ça… Et qu’il se trouvait suffisamment proche d’une colline. Murmurant un rapide «parfait» sous son souffle, Peach se retourna vers l’autre captive de Bowser, les mains posées sur ses hanches.

«Écoute-les, ils sont tous occupés à célébrer mon enlèvement. Je ne sais pas pourquoi, mais ils sont persuadés d’avoir gagné… Et que je vais accepter la demande en mariage de Bowser. Tu imagines ?» Se moqua la princesse avec un sourire désabusé. Mais face au manque de réaction de Solfège, elle reprit aussitôt son sérieux.

«Bowser n’aura jamais le dernier mot. Il n’a toujours pas compris à qui il se frottait. Qu’il se fasse une raison ! Je ferai tout en mon pouvoir pour protéger mon royaume de cette tortue maléfique. On va lui montrer que nous ne sommes pas des princesses en détresse !» Encouragea-t-elle en levant le poing avec conviction dans l’espoir de remotiver l’autre jeune femme, qui ne montrait pas plus d’enthousiasme. Était-elle effrayée par quelque chose ?

«Je ne suis pas une princesse ? Pas plus qu’en détresse.» Rétorqua Solfège d’un ton calme, presque détaché. Elle accompagna ses mots d’un petit haussement d’épaules, gardant les bras croisés contre elle, comme pour se protéger… Ou affirmer sa position. En face d’elle, la princesse la fixait avec une incompréhension évidente, ses traits trahissant sa surprise à une réponse qu’elle n’avait manifestement pas anticipée.

«Quoi ? Mais tu es dans le château de Bowser ! Il n’hésitera pas une seconde à te tuer… Ou à te manger au petit déjeuner ! Peut-être même qu’il te réservera pour le dîner, comme tu es un peu plus grande que moi. Il est capable du pire… Il n’y a pas plus terrible que lui dans tout l’univers !» S’étonna Peach.

«Détrompez-vous, il y a pire.» Répondit sombrement Solfège en levant les yeux vers la princesse consternée. Son regard ahuri faiblit légèrement à cette réponse, tandis qu’elle suivait calmement la jeune femme aux cheveux rouges vers le rebord, entre les canons à Bill Ball à l’arrêt. Le ton qu’elle avait employé lui avait donné un frisson… Néanmoins, Peach n’avait pas l’intention de se laisser abattre.

«Je refuse de rester ici une minute de plus. Aux côtés de ce… Type !» Grogna-t-elle soudainement en levant le bras en direction du château menaçant. Ses yeux bleus, agacés, fixaient Solfège qui se contentait de regarder en bas, ses longs cheveux soufflés par le vent se balançant derrière elle. Pourquoi se montrait-elle aussi passive ?! Elle ne comprenait pas sa réaction, son manque de combativité. Mais lorsque Solfège redressa son regard peiné vers elle, elle insista.

«Je ne lui laisserai pas avoir accès à la couronne. Jamais. Ça signerait la fin de tout ce que nous connaissons ! Et je ne laisserai personne détruire tout ça.» Peach désigna le paysage nocturne devant elles, alors que la musique festive résonnait en arrière-plan. Déterminée à la faire changer d’avis, elle se retourna vers Solfège ; «Il n’y a rien de bon en lui, tu peux me croire. Il a toujours été cet être impitoyable et détestable !»

«Vous savez, on ne naît pas vraiment méchant, on le devient avec le temps. Je crois en la rédemption.» Acquiesça Solfège avec un faible sourire. Les arcades légèrement froncées, elle eut un pincement au cœur à la réaction de la princesse, visiblement perplexe.

«En la rédemption ?! Tu es tombée sur la tête, ou quoi ? Que t’ont-ils fait subir comme atrocités ? Tu n’as plus les idées claires !» Ricana Peach avec maladresse, tentant d’alléger l’atmosphère même si elle pensait sérieusement que Solfège était devenue folle à force d’être enfermée entre ces murs maléfiques en compagnie de Bowser. Après tout, personne de sain d’esprit ne penserait ainsi ! Mais devant son regard indifférent, elle abandonna toute légèreté pour reprendre plus sérieusement.

«Les méchants restent des méchants toute leur vie ! Il ne changera jamais !» Peach perdit subitement son sourire et dévisagea Solfège avec stupeur, ses cheveux blonds fouettant ses joues rosées. Comment pouvait-elle prendre la défense d’une créature aussi vile ? Elle n’arrivait pas à la comprendre. C’était absurde !

«Par amour, on peut changer.» Récita doucement Solfège pendant qu’un sourire absent étirait ses lèvres. Ce changement, elle l’avait constaté. D’un mouvement brusque de la tête, la princesse attrapa soudain ses épaules pour qu’elle la regarde droit dans ses yeux bleus, épouvantés.

«Il ne mérite aucune forme de compassion. Il a fait des choses atroces… Impardonnables. Il n’a aucun sentiment ! Il ne sait même pas ce qu’est l’amour !» Insista-t-elle avec précipitation après avoir jeté un regard par-dessus son épaule, vers le vide. Elle semblait nerveuse, agitée…

«Pourtant, il vous aime… Bien plus que vous ne pouvez l’imaginer.» S’hébéta Solfège avec une pointe de douleur, son froncement de sourcils s’approfondissant lorsque la princesse se mit à rire à gorge déployée. Toutefois, son hilarité fut de très courte durée, car elle reprit vite son sérieux pour détruire une bonne fois pour toutes ce mythe.

«C’est tout, sauf de l’amour. C’est de l’obsession ! On n’enferme pas les êtres que l’on aime. On ne les menace pas de détruire tout ce à quoi ils tiennent ! On ne fait pas de chantage sous prétexte qu’on a des sentiments pour quelqu’un. Il ne sait pas ce qu’est le consentement ! Tout ce qui l’intéresse, c’est le pouvoir, et rien d’autre !» Répliqua-t-elle avec véhémence. Ses gestes soutenaient chacun de ses mots, sa main s’agitant dans l’air pour appuyer son désaccord, comme si elle cherchait à rendre cette vérité indiscutable. Mais en voyant le visage de Solfège s’assombrir, elle poursuivit, cette fois avec beaucoup moins de sympathie.

«J’ai été un peu plus claire avec lui. Jamais je ne l’épouserai ! Jamais je ne confierai mes Toads à un monstre odieux, cruel et égocentrique tel que lui ! Tout ce qu’il sait faire, c’est semer la terreur et prendre ce qui lui plaît par la force, même si cela signifie tout détruire sur son passage. Il ne recule devant rien !» Rappela-t-elle presque avec désespoir, tandis qu’elle se détournait de l’autre humaine pour chercher quelque chose du regard, de plus en plus nerveuse au fil des minutes.

Solfège était sidérée par ses propos, prise au dépourvu par la virulence des réactions de la princesse qui semblait avoir un avis bien arrêté sur Bowser. Sans la moindre nuance. Évidemment qu’elle réagirait ainsi… C’était logique. Comment pourrait-elle voir au-delà de cette image si tout ce que le roi lui montrait n’était que cette facette dure et tyrannique ? Passant son temps à l’enfermer pour la contraindre à l’épouser, sans jamais réellement se soucier de ce qu’elle pouvait penser ou ressentir. Peach n’était pas intéressée, c’était une évidence. Elle ne l’aimait pas, et ne l’aimerait sans doute jamais. Mais cette haine farouche lui serra le cœur. Car Solfège, elle, avait vu autre chose. Après avoir appris à le connaître, après avoir été à ses côtés, suffisamment longtemps pour observer ses efforts et ses maladresses, elle savait qu’il n’était pas seulement ce monstre que la princesse décrivait. Elle avait vu ses failles, ses hésitations… Et cette part de douceur qu’il ne montrait à personne d’autre. Alors face à toutes ces accusations, aussi dures que catégoriques, elle ne pouvait pas être d’accord.

Ce n’était pas qu’un être cruel, odieux et égocentrique.

Désemparée, elle cligna rapidement des yeux lorsque, tout à coup, un grappin surgit de nulle part pour venir s’accrocher avec force au rebord de la plateforme, juste devant les pieds de la princesse.

«Pile à l’heure !» S’enchanta Peach en claquant des doigts, un sourire rayonnant illuminant aussitôt son visage. Mais à peine eut-elle le temps de se réjouir que des voix éclatèrent quelque part au fin fond du château.

«La princesse s’est échappée ! Vite, retrouvez-la !»

Zut ! Elle avait été repérée. La musique s’interrompit soudainement, laissant place à une agitation croissante alors que les bruits de pas et les ordres des gardes commençaient déjà à résonner dans les couloirs.

«Pas de temps à perdre ! Il faut partir. C’est le moment ou jamais !» Peach s’assura que le crochet était bien enfoncé avant de se tourner vers Solfège pour lui tendre la main.

«Viens avec moi !» Pressa-t-elle, ses doigts gantés tendus en direction de la jeune femme en robe rouge. Cette dernière hésita longuement, passant son regard incertain de la main à la porte menant à l’intérieur du château. Voyant son hésitation, la princesse fronça les arcades.

«Il n’y a rien pour nous ici ! Une fois que tu ne lui seras plus d’aucune utilité, il se débarrassera de toi. Parce qu’il n’y a rien de bon en lui. Ce gars-là est complètement dingo !» Peach tapota sa tempe avec son autre main pour illustrer ses propos, de plus en plus nerveuse à mesure que les secondes s’écoulaient. Elles perdaient un temps précieux. Elle ne resterait pas une minute de plus dans ce château sinistre !

«Ta place est parmi nous.» Assura la princesse d’un sourire rassurant.

Solfège fixa les yeux bleus bienveillants de princesse Peach, tandis que les cris des gardes gagnaient en intensité, leurs voix se rapprochant et résonnant de plus en plus distinctement dans les couloirs du château. Figée, des images flashèrent dans son esprit alors qu’une vague d’émotions se bousculait en elle. Faire le grand saut, ou rester ici ? Telle était la question. Son regard vacilla légèrement avant que ses pensées ne dérivent vers tout ce qu’elle avait vécu depuis son arrivée dans ce château aux côtés des Koopas. Tous ces moments passés avec Bowser Junior… Sa joie, ses rires, sa spontanéité. Puis tous ceux passés avec Bowser… Ses efforts, ses maladresses, son évolution au fil des jours, ses sentiments qu’il ne savait pas toujours exprimer, et cet attachement grandissant qu’elle ne pouvait plus ignorer. Finalement, elle n’avait qu’un seul point en commun avec la princesse, et c’était son enlèvement. Rien d’autre. Toutes les deux étaient différentes à bien des égards, opposées même dans leur manière de voir les choses. Le cœur tiraillé entre deux options, incapable de faire taire ce qu’elle ressentait, elle finit par faire trois pas en arrière d’une petite secousse de la tête.

Elle refusait de prendre sa liberté car cet endroit était devenu sa maison.

«Je ne peux pas.» Chuchota Solfège à voix basse, ce qui transforma l’expression de la princesse en surprise. 

«Solfège !» S’affola Peach, les yeux écarquillés, lorsque la jeune femme aux cheveux rouges se détourna d’elle. Était-elle folle ?! Elle allait se faire lyncher ! Peut-être même pire. Paniquée, elle écouta les bruits de pas frénétiques qui continuaient de se rapprocher dangereusement du toit. Ce qui l’obligea à prendre une décision.

Tout se passa extrêmement vite.

Au moment où les gardes Koopas atteignirent la plateforme, Peach attrapa rapidement la main de Solfège pour la tirer avec elle vers la corde du grappin, sans lui laisser le temps de réagir. Dans un geste maîtrisé, elle utilisa l’écharpe qu’elle avait préalablement dissimulée sous sa robe pour s’en servir d’appui, avant de se laisser glisser le long de la corde en entraînant Solfège avec elle. Le vent siffla autour d’elles. Les nuages noirs vinrent engloutir le château dans leur sillage, dissimulant leur fuite pendant qu’elles disparaissaient peu à peu dans l’obscurité.

À suivre…

Alors, qui s’y attendait ? Sympa comme twist, non ? :p Mwahahaha !

VP




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