Chante pour moi

Chapitre 19 : Amis

5344 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/05/2023 20:52

Je vous souhaite à tous une agréable lecture !

Chapitre 19 – Amis

Ils avaient roulé une bonne partie de la nuit pour arriver au Royaume Champignon dès les premières lueurs du matin. La princesse, sur sa moto rose avec Solfège sur le siège arrière, était escortée par deux singes de la garde personnelle de Cranky Kong, envoyés sur la demande expresse de Papy Champi. Tout un stratagème avait été mis en place pour secourir la princesse. Il n’y avait eu que trois heures entre le moment de sa capture et celui de son sauvetage, un temps record ! Roulant à toute vitesse, usant des pneus rotatifs lévitanionnels pour passer au-dessus des lacs, les quatre voyageurs atteignirent le splendide château blanc et rose niché au milieu de vertes collines. Pile au moment où le soleil apparaissait à l’horizon. Peach était inquiète que Bowser soit déjà sur leurs traces, mais elle n’aperçut jamais le château volant dans ses rétroviseurs.

Une fois arrivée sur la place encore déserte à cette heure matinale, la princesse ralentit enfin l’allure avant de s’arrêter complètement, le bruit du moteur s’éteignant dans le calme ambiant. Elle remercia gracieusement les deux gardes en quads, qui avaient dû quitter la fête de la banane plus tôt que prévu pour venir la secourir, consciente de l’effort que cela représentait. Elle leur enverra un cadeau en guise de remerciement plus tard. Ces derniers se contentèrent de lui adresser un signe de tête respectueux avant de repartir vers leur propre royaume. Dès qu’elle posa le pied à terre, Peach se sentit instantanément soulagée. C’était toujours une expérience éprouvante pour elle… De devoir supporter ces enlèvements à répétition et les caprices imprévisibles du roi des Koopas. Quel grossier personnage ! Plus elle était loin de lui, et mieux elle se sentait. Prenant une profonde inspiration, elle retira son casque et libéra sa chevelure blonde d’une légère secousse de la tête, laissant ses mèches retomber naturellement sur ses épaules. Puis, en relevant les yeux vers le château, elle aperçut deux silhouettes familières se ruer dans leur direction.

L’un portait une casquette rouge, l’autre verte.

«Princesse ! Nous avons fait aussi vite que possible dès que nous avons entendu la terrible nouvelle.» Déclara Mario une fois arrivé à la hauteur de Peach pour la regarder avec inquiétude.

«Ouais, je ne sens plus mes genoux… Je crois que je n’ai jamais couru autant de toute ma vie !» S’essouffla Luigi derrière son frère, grimaçant en étirant son dos douloureux dans un craquement. Il redressa sa caisse à outils pleine sur son épaule avant d’examiner l’apparence de la princesse, à la recherche d’éventuelles blessures. Ils avaient traversé tout Brooklyn dès la réception du message annonçant son enlèvement par Bowser, abandonnant derrière eux une importante réparation pour revenir ici à la vitesse de l’éclair. Depuis qu’ils se connaissaient, c’était la toute première fois qu’ils faisaient face à un kidnapping. Jusqu’à présent, ils n’en avaient entendu parler qu’à travers d’effroyables témoignages. Cependant, la jeune femme devant eux les rassura rapidement.

«Les garçons, tout va bien ! Je vais parfaitement bien. Je sais prendre soin de moi et je sais aussi me défendre toute seule comme une grande. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter !» Peach se mit à rire avec légèreté face aux expressions horrifiées des deux frères. Puis elle posa son regard affectueux sur Mario lorsqu’il lui prit la main dans les siennes gantées.

«Alors j’espère que c’était la dernière fois.» Dit-il très sincèrement, resserrant ses doigts pour appuyer ses mots tandis qu’il se perdait dans les jolis yeux bleus de la princesse. Son expression s’était adoucie. Mais cet instant fut brisé par l’intervention de son frère dans son dos.

«Et qui est cette personne ?» Interrogea Luigi en désignant l’inconnue qui se tenait maladroitement à côté de la moto, une main posée sur son bras. Elle semblait perdue… Son regard restant rivé au sol. Il arqua un sourcil, intrigué par son attitude autant que par son apparence, détaillant sans s’en cacher la couleur inhabituelle de ses longs cheveux ondulés qui retombaient sur ses épaules. Elle était jolie. Et apparemment très timide.

«Voici Solfège. Elle était aussi retenue prisonnière par Bowser…» Dévoila Peach après avoir levé la main dans sa direction pour les présentations. D’un sourire peiné, la princesse se décala instinctivement lorsque Mario s’approcha de Solfège, Luigi s’épouvantant derrière lui.

«Oh non !» Chuchota-t-il en portant ses mains à ses joues.

«Je suis Mario, et voici mon frère, Luigi. Ne vous en faites pas, vous êtes en sécurité avec nous. Vous n’avez plus rien à craindre. Il ne pourra plus vous faire de mal, je vous le promets…» Assura Mario d’un hochement de tête ferme. Son expression déterminée faiblit quelque peu au moment où Solfège leva enfin les yeux vers lui. Elle avait l’air si triste… Et pourtant, malgré cela ses yeux vert pomme dégageaient une douceur étonnante.

«Tant que nous sommes ensemble…» Commença Luigi en brandissant fièrement son poing en l’air.

«Il ne peut rien nous arriver.» Termina Mario en frappant son poing contre le sien avec un sourire.

«Je dois impérativement parler au général Toad ! Il faut que je rassure la population que je vais bien et que je suis de retour dans mes fonctions.» Enchaîna Peach avec sérieux, déjà tournée vers le château. Sans attendre, elle releva sa robe rose pour faciliter sa marche et se mit en route d’un pas décidé en direction des grandes portes, retrouvant aussitôt son rôle de princesse. Derrière elle, Solfège et les deux frères lui emboîtèrent le pas, encore marqués par les événements mais soulagés de la savoir saine et sauve.

Le Royaume Champignon était incroyablement vaste et coloré ! Jamais elle n’aurait imaginé que quelque chose d’aussi beau, d’aussi vivant, puisse exister. Le palais de la princesse se dressait fièrement au sommet d’une grande colline, surplombant les habitations en forme de champignons qui s’étendaient à perte de vue. Des tuyaux rouges, bleus et verts serpentaient entre les différentes zones, reliant les lieux entre eux et permettant d’accéder aux étages supérieurs inaccessibles depuis le sol. Tout comme ces plateformes jaunes flottantes, ou encore ces blocs de pierre suspendus dans les airs, qui semblaient défier toute logique en facilitant les déplacements. Peu à peu, de petits personnages, aussi colorés que le décor qui les entourait, commencèrent à sortir de leurs habitations. Attirés par l’agitation, avant d’éclater en cris de joie et en applaudissements en reconnaissant leur monarque. La nouvelle s’était déjà répandue. Peach était de retour. Et tandis que l’enthousiasme grandissait autour d’elle, la princesse avançait d’un pas assuré en ligne droite vers son château perché en hauteur, retrouvant progressivement sa place au cœur de son royaume.

Solfège était subjuguée par la beauté de cet endroit. Tournant sur elle-même pour ne manquer aucun détail, elle se rendit compte que cette cité remplie de Toads était une ville très animée. En quelques minutes à peine, les rues débordaient de ces petits bonhommes champignons vêtus d’une veste de la même couleur que leur grosse tête, pendant qu’ils acclamaient joyeusement Peach et les deux frères. Ils étaient si heureux de la revoir, si réjouis que leur princesse avait triomphé de Bowser. Encore une fois. Éberluée, mais également nerveuse, la jeune femme aux cheveux de feu fermait la marche. Elle prenait garde de ne pas se perdre dans cette foule de plus en plus dense alors qu’ils se dirigeaient vers les élévateurs automatiques pour atteindre la plateforme au-dessus. Il y avait toutes sortes de boutiques et autres bâtiments qui peuplaient les rues, mais aussi des machines à pièces ou encore de petits restaurants d’où se dégageait une délicieuse odeur de nourriture…

Les quatre personnages grimpèrent jusqu’à la grande cour royale, étonnamment vide, ce qui surprit Solfège après avoir traversé un raz-de-marée de Toads surexcités. Il n’y avait que deux gardes postés devant les grandes portes. Censées empêcher toute intrusion, ces derniers étant assis en train de s’amuser avec un jeu de cartes. Mais dès qu’ils posèrent les yeux sur la princesse Peach, ils jetèrent subitement leurs cartes pour porter leur main à leur front en signe de respect. Ils la saluèrent alors qu’elle gravissait les quelques marches avec ses amis. Souriant exagérément, les deux Toads plissèrent ensuite les yeux avec suspicion en remarquant la présence d’une étrangère. Qui était-ce ? Perplexes, ils échangèrent des regards incertains tandis que le groupe pénétrait à l’intérieur du château, où ils croisèrent un autre petit bonhomme champignon sur leur route.

«Oh, princesse, vous n’avez rien ! Ouf, je suis soulagé. J’étais sur le point de partir pour voler à votre rescousse ! Mais je savais que Bowser n’avait aucune chance face à vous. Vous êtes la plus forte !» S’enchanta-t-il en effectuant un petit rebond, le mouvement brusque faisant s’entrechoquer les ustensiles qu’il portait dans son paquetage presque aussi grand que lui.

«Que veux-tu ! Il ne peut rien contre moi.» Railla Peach avec un clin d’œil espiègle, affichant une confiance retrouvée avant de tourner à l’angle pour entrer dans la salle du trône. D’un coup de bras, elle ouvrit bruyamment les portes pour découvrir que tous ses conseillers étaient d’ores et déjà rassemblés autour de la table interactive centrale. Immédiatement, des murmures commencèrent à s’élever dans la pièce à propos de la jeune femme qui suivait à distance les deux frères jusqu’aux escaliers menant au siège royal rose. Là où Peach fit rapidement taire les chuchotements en prenant la parole.

«Mes chers Toads, Bowser a encore essayé de me prendre de force, mais il n’a pas gagné ! Je continuerai de me battre pour protéger notre royaume, aussi longtemps qu’il le faudra. Je ne le laisserai jamais poser la main sur nos terres. Et surtout… Je l’empêcherai de s’en prendre à vous.» Promit-elle avec assurance, les poings serrés. Toutefois, son regard déterminé s’effaça lorsque l’un de ses conseillers posa une question.

«Et c’est qui, elle ?» Demanda-t-il, blasé, en pointant grossièrement du doigt la jeune femme se tenant entre Mario et Luigi à droite des escaliers.

«Une autre humaine !» S’enchanta aussitôt le Toad avec son sac à dos. Il ne l’avait même pas remarquée tout à l’heure, tellement elle se faisait discrète.

Mal à l’aise, Solfège se décala légèrement sur ses pieds alors que tous les regards, sans exception, se tournaient dans sa direction. Il y avait des Toads absolument partout ! Et toute cette soudaine attention l’intimidait beaucoup… Elle avait l’impression de revivre son premier jour de captivité chez Bowser. La première fois qu’il lui avait ordonné de chanter. Déglutissant, elle noua ses mains sur sa robe rouge avant de lever timidement les yeux pour observer les nombreux Toads dispersés dans la pièce lumineuse. Certains chuchotaient, d’autres la dévisageaient, mais la plupart semblaient avoir peur d’elle. Son regard s’arrêta brièvement sur un Toad en particulier, près de la porte de sortie, à côté des gardes. Celui-ci avait une grosse cicatrice sur sa tête disproportionnée et portait un petit veston noir. Son attention se reporta vite sur la princesse lorsqu’elle répondit enfin à la question.

«J’ai sauvé Solfège des griffes du terrible Bowser ! Elle est désormais sous notre protection. C’est notre invitée. Je compte sur vous pour être adorables avec elle ! Accueillez-la comme il se doit, d’accord ? Elle a traversé des choses difficiles… Alors faisons en sorte qu’elle se sente bien ici et en sécurité, parmi nous.» Peach frappa dans ses mains avec un grand sourire.

Les yeux de Solfège se posèrent sur la princesse, qui surplombait toute l’assemblée en haut des marches, le grand vitrail coloré derrière elle accentuant encore davantage son allure imposante. Étrangement, elle ne partageait pas ses paroles, ressentant un besoin soudain presque irrépressible de protester. Elle ne la connaissait même pas ! Alors pourquoi avançait-elle de telles affirmations ? Solfège n’avait pas vécu cette expérience comme quelque chose d’horrible… Du moins, plus maintenant. Pas après tout ce qu’elle avait vu. Pas après tout ce qu’elle avait compris. Les applaudissements des Toads, déclenchés par cette annonce, la déstabilisèrent. La laissant quelque peu perdue au milieu de cette approbation générale. À ses côtés, Mario se pencha vers elle pour lui demander si tout allait bien, son regard trahissant une inquiétude sincère en voyant la crainte dans ses yeux. Elle le rassura rapidement d’un petit hochement de tête avant de lui esquisser un sourire fébrile, même si toute cette situation l’embarrassait. Cependant, les acclamations cessèrent brusquement au moment où un Toad portant des lunettes et un nœud papillon bleu s’approcha de la table centrale.

«Princesse, Bowser a complètement disparu de nos radars. Il nous est impossible de le localiser. Il s’est comme volatilisé.» Annonça-t-il d’une voix grave et inquiétante en pointant du doigt le Pays-Noir sur la carte, où le célèbre château volant n’apparaissait plus. L’absence était flagrante. Peach se dépêcha de descendre les escaliers pour se pencher sur la carte interactive, désormais marquée par une réelle préoccupation.

«Il a réussi à nous prendre par surprise. Ce phénomène étrange se répète. Personne n’était en mesure de prédire qu’il allait essayer de m’enlever…» Constata la princesse, un doigt recourbé sous son menton, ses yeux bleus parcourant pensivement la grande carte des mondes. Effectivement, personne n’avait détecté que le château maléfique se trouvait dans les parages lorsque Bowser l’avait enlevée.

Ce qui était, pour le moins, surprenant et annonciateur de mauvais présages.

«Il n’y a pour le moment aucune explication logique. Toutefois, je suis porteur d’un message qui devrait vous rassurer, vous ainsi que la population. L’armée de Cranky Kong est en chemin, elle devrait arriver dès demain matin pour renforcer nos défenses. Nous ne savons pas ce qu’il manigance en ce moment, donc une protection supplémentaire n’est pas négligeable.» Indiqua le général Toad avec un hochement de tête ferme, le pli entre ses sourcils se creusant face à l’expression préoccupée de sa princesse.

«Il ne pourra rien faire. Avec l’armée Kong, jamais il n’osera s’approcher du royaume.» Affirma Peach tandis que son sourire s’agrandissait avec confiance, le poing serré de détermination.

Les sourcils de Solfège se froncèrent pendant que le général et Peach discutaient des défenses avec Mario et Luigi autour de la table interactive. Leurs voix se mêlant dans une conversation stratégique qu’elle suivait à peine. Comment avait-il pu se volatiliser sans laisser de traces ? Pourtant, son vaisseau château était imposant ! Il ne passait pas inaperçu, surtout avec ses gros nuages noirs et ses orages qui annonçaient toujours sa présence. La discrétion n’était manifestement pas son fort. Leur disparition inquiétante fit naître un sentiment de crainte en elle. Agitée, la jeune femme suivit la princesse et les deux frères quand ils l’appelèrent pour lui faire visiter les lieux. Le château était immense, et aussi très rose. D’une propreté impeccable, la décoration intérieure restait très épurée, se limitant à quelques cadres représentant les paysages environnants accrochés avec soin le long des murs. D’immenses fenêtres teintées offraient une vue imprenable sur le Royaume Champignon. De grands tapis moelleux rouges venaient casser la monotonie du rose et du blanc, apportant une touche de chaleur à l’ensemble. Tout comme le plafond, parfois teinté d’un beau bleu marine qui contrastait agréablement avec les tons plus clairs du reste du décor.

Toute la journée, les frères et la princesse lui firent visiter une partie du royaume, car ce dernier était si vaste qu’il lui faudrait sans doute plusieurs jours pour en découvrir chaque recoin. Ils lui racontèrent l’histoire du château et de sa construction, ainsi que quelques anecdotes sur la jeunesse fragmentée de Peach. Ce qui ne manqua pas de captiver l’attention de Solfège, émerveillée par la beauté de ces lieux qui semblaient renfermer bien des secrets. Chaque endroit avait quelque chose d’unique. Elle s’y sentait à l’aise plus vite qu’elle ne l’aurait cru, alors qu’elle faisait connaissance avec les trois personnages iconiques qui s’étaient montrés bienveillants et chaleureux avec elle dès le début. Bien loin de l’image que Bowser lui avait donnée d’eux. Plus particulièrement Mario. C’était surprenant de se dire qu’un si petit bonhomme, animé d’une volonté sans faille et d’un courage indéniable, avait réussi à tenir tête au puissant roi des Koopas… À plusieurs reprises, en plus.

Les deux frères moustachus étaient adorables avec elle. Il n’y avait aucune trace de méchanceté, pas la moindre lueur de malice dans leur regard, seulement cette gentillesse sincère et naturelle qui les rendait si attachants. Ils étaient inséparables, toujours l’un à côté de l’autre. Cette complicité réchauffait le cœur de Solfège. Bowser les haïssait vraiment pour avoir une si basse opinion d’eux… Bien loin de la réalité, finalement. La princesse, elle aussi, se montrait d’une grande générosité. Elle lui offrit une splendide robe blanche aux délicates bordures roses, ainsi qu’une chambre rien que pour elle au sein même du château, nichée dans l’une des tours latérales. Un endroit calme et lumineux. N’ayant pas d’autres couleurs dans sa garde-robe, Peach s’était excusée en espérant que cela lui conviendrait malgré tout. Comment aurait-elle pu refuser un si joli cadeau de sa Majesté ? Même si une part d’elle aurait préféré conserver sa robe rouge de conseillère, par respect, elle s’adapta au souhait de la princesse.

Ce que Solfège préférait le plus ici, c’étaient les tuyaux ! Surtout les transparents. À chaque fois qu’ils les empruntaient, elle était prise d’un fou rire, car la plupart du temps Mario se cognait contre les parois. Et les grimaces qu’il faisait à ces moments-là étaient absolument hilarantes. Ce n’était pas très gentil de se moquer, elle en avait bien conscience, mais c’était plus fort qu’elle… C’était si drôle ! D’autant plus qu’il riait toujours avec elle de ces petits moments gênants, ce qui rendait la situation encore plus légère et agréable. Au cours de la journée, Peach l’emmena également avec elle pour lui présenter son fameux animal de compagnie. Celle que l’un des espions de Bowser avait aperçue, cette créature mystérieuse qui n’avait pas encore d’identité et qui faisait déjà parler d’elle. Il s’agissait en réalité d’une petite tortue terrestre verte, originaire du monde de la surface. Que la princesse gardait précieusement dans un terrarium parfaitement adapté à sa taille. Posé sur un meuble dans sa chambre, face à son grand lit. Une tortue qu’elle avait affectueusement appelée Bidule.

Le soleil descendait lentement entre les collines arrondies lorsqu’ils terminèrent enfin leur longue promenade, baignant le paysage d’une lumière douce et chaleureuse. Tout le monde ici était très gentil. La plupart des Toads, d’abord méfiants vis-à-vis d’elle, avaient fini par lui accorder leur confiance au point de lui offrir de petits cadeaux de bienvenue. Des pièces, des fruits, des objets divers et variés, des fleurs… Et même une casserole de la part de Toad l’explorateur, au cas où l’envie de cuisiner la prenait avait-il dit. Ce dernier l’avait même invitée à partager un repas en tête à tête dans les jardins, au coucher du soleil. N’était-ce pas excitant ? Solfège était euphorique à l’idée de se faire de nouveaux amis ici, de découvrir cet univers si différent du sien, si vivant, si accueillant. Un univers totalement nouveau. Cependant… Son esprit était ailleurs. Il vagabondait bien au-delà des frontières du royaume. Elle ne cessait de penser à la tortue cracheuse de feu, ainsi qu’à son adorable fils, se demandant s’ils allaient bien… Et si elle allait les revoir. Avant de devoir partir.

Mais maintenant qu’elle était au Royaume Champignon, Solfège en doutait sérieusement.

Quelque peu maussade à cause de ses pensées, elle se dirigea calmement vers les jardins pour rejoindre Toad. Il était installé sous un grand pommier perché un peu en hauteur, offrant une sublime vue sur la citadelle désormais plongée dans l’obscurité. L’air y était plus frais, plus calme, presque apaisant. Le petit bonhomme champignon était assis près d’un grill, une poêle en main en faisant sauter de petits légumes dans de l’huile chaude avec une aisance surprenante. Il releva la tête pour la saluer chaleureusement lorsqu’elle fit son apparition, son enthousiasme toujours aussi sincère. Il avait été le premier à lui adresser la parole lorsque tous les autres se méfiaient encore d’elle, s’approchant avec ce grand sourire pour se présenter comme étant le garde du corps personnel de Peach. Solfège l’avait immédiatement apprécié. Tous ces petits bonhommes champignons étaient tellement adorables, avec leur gros chapeau et leurs petits yeux noirs pétillant de douceur... Frôlant parfois la naïveté. Leur présence était aussi sympathique que rassurante. Encore une fois, bien loin de l’image que Bowser et Junior avaient d’eux.

«J’ai déjà parcouru des centaines de kilomètres pour trouver le plat ultime. Le plat qui conviendrait à tout le monde ! Celui qui marquerait les esprits et me rendrait célèbre dans tout le pays !» Expliqua Toad avec énergie, tout en faisant revenir des rondelles de carottes dans sa poêle. Ils discutaient de cuisine, partageant des recettes autour du petit feu de camp. Assise de l’autre côté, Solfège devait reconnaître que c’était un cuisinier d’exception ! Il avait le coup de main. Il devrait faire équipe avec Koopa cuistot pour élaborer ce fameux plat ultime dont il rêvait tant.

«Il faut bien faire attention de ne pas cramer les oignons, sinon le plat est fichu ! Le goût de brûlé masque tous les autres arômes.» Poursuivit-il très sérieusement après avoir fait sauter ses légumes. Plissant un instant les yeux, comme s’il était sur le point de partager un grand secret, Toad se pencha vers Solfège pour lui chuchoter ; «Et ma touche secrète, c’est d’ajouter un peu de romarin. C’est la note finale de mon plat ! Mais ne le répète à personne.»

«Ça sent divinement bon.» Reconnut l’humaine d’un hochement de tête. Son sourire rêveur s’élargissait à l’odeur de sa poêlée qui emplissait l’air, la légère brise emportant la fumée blanche avec elle.

«J’ai visité des tas d’endroits. Je suis déjà allé à Sarasaland, au Royaume de Végésia et même aux collines désertiques ! Le désert est immense ! Il y a des pyramides inversées et même des cactus qui parlent ! Les Pokey sont des gars sympas, mais ne t’en approche pas trop si tu ne veux pas avoir des aiguilles dans le derrière. Je devrais t’y emmener un jour. On ferait une super équipe de chercheurs de saveurs !» S’emballa Toad. Surexcité, il frappa dans ses mains puis versa une partie de la nourriture dans une assiette qu’il tendit ensuite à l’humaine, captivée par le récit de ses aventures. Elle le remercia gentiment.

«J’adorerais ! J’aimerais voir à quoi ressemble le reste du monde… Découvrir tous ces endroits qui ont l’air merveilleux.» Dit-elle rêveusement alors qu’elle prenait une bouchée de son repas. C’était une explosion de saveurs ! Les yeux écarquillés, elle savoura ce délicieux plat préparé avec amour, riant de temps à autre avec le Toad qui était de très bonne compagnie. Toutefois, au fur et à mesure de leur discussion, son visage s’assombrit. Ses pensées dérivaient peu à peu ailleurs, par-delà les nuages. La fourchette à mi-chemin vers sa bouche, elle revint soudainement au présent lorsque Toad soupira.

«Ne pense plus à ce gros vilain pas beau. Il n’a que ce qu’il mérite ! Tu es avec nous maintenant.» Lâcha-t-il avec beaucoup de gentillesse, esquissant un sourire à la jeune femme de l’autre côté du feu quand il remarqua son moment d’absence.

Mais Solfège se contenta de regarder le paysage nocturne sans un mot.

Une fois de retour dans sa chambre au château de la princesse Peach, après avoir partagé un moment de complicité qu’elle garderait précieusement en mémoire, elle alla s’asseoir devant la fenêtre ouverte. Pensive. Désormais seule, Solfège contempla le ciel sombre et nuageux avec une pointe de nostalgie. Les bras croisés sur le rebord avec le menton posé dessus, elle se laissa doucement emporter par ses pensées, se remémorant des souvenirs passés en compagnie de Junior. Mais aussi ceux partagés avec Bowser. Ils habitaient son esprit. Ils revenaient sans cesse. Malgré ce nouveau cadre, si différent et idyllique, elle n’arrivait pas à les oublier. Ils lui manquaient terriblement… Pensaient-ils à elle, comme elle pensait à eux ? Solfège se le demandait, tandis que ses yeux verts parcouraient lentement le ciel étoilé parsemé de nuages blancs baignés par la lumière de la pleine lune. Même le ciel semblait plus beau vu d’ici.

Ce soir-là, dans le château maléfique, la princesse avait agi en pensant faire le bien. Sans la moindre arrière-pensée, persuadée de lui porter secours. Convaincue de la libérer. Solfège ne pouvait pas lui en vouloir car après tout, elle avait effectivement été retenue prisonnière, et les gardes l’auraient sans doute enfermée en la traitant de traîtresse. Rien que d’y penser lui étreignait douloureusement le cœur. Sauf qu’elle ne voyait plus cet endroit comme une prison, pas plus comme un lieu maléfique. Avec le temps, et tout ce qu’elle y avait traversé, cet endroit représentait bien plus que cela. Après avoir vécu toutes ces aventures à leurs côtés, après s’être attachée aux Koopas, à leur présence, à leurs habitudes… Et à leur roi. C’était devenue sa maison en quelque sorte. Un lieu qu’elle n’aurait jamais pensé pouvoir considérer ainsi au début. Posant sa joue contre son bras, Solfège sentit son cœur se serrer un peu plus dans sa poitrine, son regard parcourant lentement les nuages à la recherche de la silhouette du château de Bowser. Avec un espoir presque candide. Comme s’il pouvait apparaître à tout moment... Mais il n’y avait rien.

Rien d’autre que le grand vide nocturne.

Paresseusement, elle se détourna de la fenêtre puis retourna à son lit après plusieurs longues minutes passées à méditer au bord de la fenêtre, où une légère brise fraîche venait caresser son visage et faire doucement frissonner les rideaux. Elle se laissa tomber sur le matelas moelleux dans un léger rebond, fixant le plafond blanc au-dessus d’elle comme pour y perdre ses pensées. Le cœur encore douloureux, elle laissa échapper un soupir discret, relâchant ses muscles un à un, sentant les tensions quitter progressivement son corps. La fatigue de la journée revenait la gagner, insidieuse, pesant sur ses paupières et alourdissant ses membres. Tout comme dans le château de Bowser, les lits étaient des lits à baldaquin élégants, imposants sans être étouffants. La pièce, plus modeste en taille, n’en restait pas moins accueillante. Elle était chaleureuse à sa manière avec une grande armoire blanche ornée de roses délicatement peintes, des meubles roses rehaussés de dorures fines, un tapis bleu rond disposé devant le lit, et un grand miroir sur pied installé dans le coin gauche. Elle pouvait s’y voir dans le reflet. Les rideaux rose foncé ondulaient calmement sous l’effet de la brise du soir, laissant entrer un air frais et apaisant qui contrastait avec le tumulte de ses pensées.

Sortant sa précieuse montre à gousset pour regarder l’heure affichée, Solfège poussa un autre soupir puis croisa les mains sur sa poitrine. Son regard traîna sur le plafond bleu qui lui rappelait le lac qu’elle avait visité aujourd’hui. Ses doigts s’enroulant autour du métal froid de la montre, elle se souvint soudainement de la chanson qu’elle avait chantée avec Bowser au piano. Elle lui restait en tête, se répétait inlassablement tandis que son cœur se serrait de plus en plus sous ses doigts. Sa voix était si belle, si incroyablement vibrante quand il chantait son amour pour Peach… Plus elle y pensait, plus elle avait l’impression qu’il s’adressait directement à elle à travers ses paroles. Se pourrait-il ? Elle n’osait l’espérer alors qu’elle fermait les yeux pour se remémorer ce moment d’authenticité et de complicité avec le roi des Koopas. Des larmes se formaient aux coins de ses yeux, tandis que la douleur gagnait en intensité jusqu’à devenir insupportable. Cette chanson l’ensorcelait, résonnant en elle comme un écho lointain…

Bowser ne quitta jamais son esprit ce soir-là.

À suivre…

Nous entrons dans une toute nouvelle ambiance. Solfège découvre un univers bien différent de celui de Bowser et compagnie. Tout le monde est bienveillant et gentil, et lui prouve qu’il existe autre chose que la servitude… Mais cela va-t-il durer, selon vous ?

Vous le découvrirez dans le prochain chapitre ! En attendant, je vous remercie pour tous vos retours 😊 c’est adorable !

VP

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