Chante pour moi

Chapitre 21 : Réalisation

Par VendettaPrimus

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Chapitre 21 - Réalisation

Bowser était assis sur son grand trône de pierre, au fond de cette immense salle désertée par les Koopas soldats à sa demande personnelle. Il n’avait envie de voir personne. Laissé seul, affalé sur son siège, il jouait pensivement avec la montre à gousset que Solfège lui avait donnée juste avant de disparaître sous ses yeux. Sans laisser de trace. En à peine quelques secondes, elle s’était évaporée, avant même qu’il ne puisse ne serait-ce que l’effleurer. Si seulement il avait pu la toucher… Si seulement il avait pu lui dire ce qu’il ressentait pour elle.

Il rejouait cette scène en boucle dans son esprit, mais ne comprenait toujours pas comment une telle chose avait pu se produire. Passant son doigt sur la surface lisse de la montre, désormais à l’arrêt, il posa sa joue contre son poing tout en la regardant tristement. Elle paraissait minuscule dans sa grande main, la chaîne dorée pendant entre ses doigts tandis qu’il l’observait, pensant à Solfège et à ce qu’il était advenu d’elle. Pourquoi lui avoir confié cette montre ? Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi avait-elle l’air aussi bouleversée ? Il aurait donné n’importe quoi pour pouvoir lui poser toutes ces questions et entendre sa réponse.

Tout un tas de questions qui ne trouvaient aucune réponse, et cela agaçait sérieusement le grand roi, déprimé depuis lors. Il revoyait sans cesse les yeux verts de la jeune femme, leur éclat, leur douceur infinie… Son regard le hantait… Chaque instant. Chaque seconde. Son sourire resplendissant et la délicatesse de son visage s’imposaient à lui même lorsqu’il fermait les yeux, comme une image gravée dans son esprit. Elle était toujours accompagnée d’une pression douloureuse dans sa poitrine qui revenait à chaque souvenir de cette fin. À chaque fois qu’il se replongeait dans ces moments passés à ses côtés, pendant ces nombreux entraînements pour séduire Peach, qui n’avaient plus la moindre importance à ses yeux.

Tout ce qui lui paraissait autrefois essentiel avait soudainement perdu sa valeur. À quoi bon chercher à impressionner une autre femme lorsqu’une seule occupait désormais toutes ses pensées ? Cette peine de cœur était accablante, écrasante, et même étouffante. Elle l’empêchait de penser à autre chose que ce visage triste, figé dans sa mémoire quelques instants avant sa disparition. Cette expression… Il ne pouvait pas l’oublier. Il ne voulait pas l’oublier. Tout en fixant l’objet métallique dans sa main, Bowser entendit soudainement l’écho de la voix de Solfège à l’arrière de son esprit.

«Vous n’êtes pas un monstre. Les monstres n’éprouvent pas de sentiments.»

Elle avait raison.

Refermant lentement ses doigts autour de la montre à gousset qu’il ne quittait plus, le grand Koopa démoralisé se mit à marcher machinalement dans les longs couloirs de son château. Traînant les pieds, le regard vide, sans vraiment savoir où il allait. Ses pas résonnaient faiblement contre la pierre chaude, brisant à peine le silence pesant qui s’était installé. Même les tableaux et les statues qui décoraient habituellement les couloirs semblaient étrangement ternes sous cette ambiance morose. Il passa à côté des grandes fenêtres qui offraient un aperçu des nuages sombres et grondants à l’extérieur, zébrés par de lointains éclairs… Mais il n’y jeta même pas un coup d’œil. Le monde autour de lui avait disparu. Son monde, avait disparu.

Il ne remarquait plus rien de ce qui l’entourait, avançant uniquement parce que ses jambes continuaient de le porter. Kamek avait essayé de lui remonter le moral plus d’une fois depuis leur retour au château, multipliant les paroles rassurantes et les tentatives maladroites pour lui redonner un peu d’énergie… mais c’était hélas peine perdue. D’habitude, lorsqu’il essuyait une défaite face à Peach, Bowser retrouvait rapidement sa combativité. Prêt à élaborer un nouveau plan d’action. Cependant, cette fois-ci, rien ne fonctionnait. Car rien ne pouvait l’apaiser… Rien ne pouvait alléger cette peine qui pesait lourdement sur lui.

Même les plats préférés du roi étaient restés intacts sur la table, chose qui avait suffisamment inquiété Kamek pour qu’il cesse de lui proposer quoi que ce soit. Il n’avait plus aucune détermination, plus aucune envie de se battre, ni même de faire quoi que ce soit. Solfège avait disparu pour de bon… Et en disparaissant, elle avait emporté avec elle une part de lui-même. Il n’était plus qu’une coquille vide, l’ombre de ce qu’il avait été… Son cœur se serra douloureusement au moment où il entra dans la pièce qu’il lui avait offerte, le jour où il avait fait d’elle sa conseillère attitrée. Poussant la porte, Bowser jeta un regard à la pièce. Tout était impeccablement rangé. Trop ordonné… Comme si personne n’y avait jamais vécu.

Sur le lit reposaient sa robe de servante, soigneusement pliée, ainsi que la boucle argentée ornée de son célèbre blason. Elle était posée juste à côté. Avachi, Bowser marcha dans la pièce. À sa droite, sur la coiffeuse, reposait un bouquet de muguets fané dans un délicat vase vert pâle. De fines fissures parcouraient sa surface, soulignées par des filets dorés. Les pétales, autrefois éclatants, étaient devenus ternes et bruns. Délicatement, il effleura les fleurs du bout d’une griffe, puis alla s’asseoir sur le bord du lit dans un long soupir abattu. Ses épaules s’affaissèrent aussitôt qu’il toucha le matelas mou, tout son poids et toute sa fatigue le rattrapant d’un seul coup.

Le temps sembla s’étirer. Il resta là, immobile, le regard perdu dans le vide, incapable de penser à autre chose qu’à elle. Puis soudain, un Koopa garde passa timidement la tête dans l’encadrement de la porte. Son regard se posa sur son roi, sur cette expression vide et malheureuse, les mains posées sur ses genoux. Hésitante, la tortue qui se présentait comme l’un des amis de Solfège s’approcha de Bowser avant de venir s’asseoir à côté de lui, adoptant la même posture. Il ne savait pas vraiment quoi lui dire, mais rester seul lui paraissait encore plus cruel. C’était lui qui avait offert le petit bouquet de fleurs à l’humaine… Et maintenant, il ne ressemblait plus à rien. Il avait fané.

Comme la bonne humeur de ce château…

La plupart des Koopas regrettaient Solfège, mais plus particulièrement Junior et Bowser, qui étaient les plus impactés dans cette histoire. Ils n’avaient jamais vu leur roi aussi dépité… Aussi silencieux et calme depuis la terrible nouvelle de sa disparition. C’en était presque effrayant. Le Koopa cuistot ainsi que les deux gardes qui avaient pour habitude de côtoyer l’humaine faisaient aussi partie de ceux qui avaient été les plus touchés, ayant développé une amitié solide avec celle-ci. Elle avait apporté tant de bonheur dans ce château… Tant de joie et d’espoir, ses sourires et ses rires ayant été une grande source d’inspiration pour tout le monde.

Depuis son départ, les couloirs avaient perdu leurs éclats de rire et les grandes salles étaient devenues étrangement silencieuses. Certains s’étaient même surpris à chercher sa silhouette au détour d’une porte avant de se rappeler qu’elle ne reviendrait plus. Ils ressentaient tous un énorme vide à présent. Reniflant tristement, le garde Koopa à la carapace bleue posa doucement sa main sur le genou de son supérieur pour lui apporter son soutien, lorsqu’il crut voir une petite larme au coin de son œil. Bowser ne réagit pas à ce contact réconfortant, il se contenta de regarder la montre à gousset dans sa grande main. Le visage fermé.

À seulement quelques portes de là, Junior se terrait sous ses couvertures. Inconsolable depuis la disparition de Solfège. Dès qu’il fermait les yeux, il revoyait la jeune femme se fondre dans le néant, juste… Se volatiliser en un clin d’œil, sans aucune raison. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi était-elle partie ? Bowser Jr. se posait ces questions au fil de ses larmes qui ne voulaient plus s’arrêter, trouvant la situation terriblement injuste. Il n’avait même pas pu lui dire au revoir… En boule sous sa couverture rouge, il écoutait les sons de la pièce dans l’espoir d’entendre la chanson de Solfège, comme lorsqu’elle l’avait rassuré après s’être fait gronder par son père.

Mais il n’y avait rien. Pas un bruit, pas un son, juste ses reniflements peinés résonnant dans la pièce vide. Il tendait parfois l’oreille au moindre craquement, espérant naïvement qu’il s’agissait de ses pas dans le couloir. Il aurait voulu pouvoir remonter le temps, juste assez pour courir vers elle et la serrer une dernière fois dans ses bras. Il faisait très sombre dans sa chambre, car il ne s’était même pas donné la peine d’ouvrir les rideaux, n’ayant pas envie de voir l’extérieur ni même la lumière du jour. Il préférait rester caché dans cette obscurité, loin de tout ce qui pouvait lui rappeler son absence. Pour lui, le monde avait perdu toute sa couleur depuis qu’elle n’était plus là.

«Junior ? Est-ce que ça va ?» Questionna une voix derrière la porte après trois petits coups hésitants contre le bois.

«Laissez-moi tranquille. J’ai envie de voir personne. Fichez le camp.» Grommela Junior d’une voix étouffée en réponse à Larry, sans même prendre la peine de sortir la tête de sous la couverture. Puis des chuchotements s’élevèrent de l’autre côté de la porte, les voix des Koopalings mêlées dans une inquiétude discrète.

«Laissons-le, il a besoin de temps et d’espace.» Finit par dire Wendy dans un soupir, sa voix se faisant plus douce et compréhensive. La jeune Koopa au nœud rose à pois fit alors signe aux autres de la suivre pour laisser le prince seul.

Junior n’avait envie de voir personne, et encore moins cette bande qui se moquait de lui dès qu’une occasion se présentait. Cependant, il devait admettre que cette petite attention le touchait tout de même, car elle lui rappelait la fois où Solfège avait essayé de mettre fin à ce conflit en proposant un jeu collectif. Ce jour-là, malgré les moqueries de Ludwig et ses coups bas, ils s’étaient bien amusés ensemble. Partageant un moment simple qu’il n’avait pas oublié. Peut-être qu’au final, elle avait réussi à leur faire faire la paix… Du moins, d’une certaine manière, puisqu’ils se montraient désormais soucieux de son bien-être. Ce qui apaisa légèrement la peine de cœur de la petite tortue en émoi, laissant une faible chaleur se frayer un chemin au milieu de sa tristesse.

Tic-tac, tic-tac

Bowser Junior se crispa dans sa cachette lorsqu’il entendit à nouveau le tic-tac familier de son horloge comtoise. Ce bruit… Il ne l’avait plus entendu depuis qu’elle s’était arrêtée sans explication quelque temps auparavant, et maintenant qu’il résonnait à nouveau dans la pièce, ce maudit son répétitif lui donnait des frissons dans la carapace… Pourquoi s’était-elle remise en marche ? Grognon, le petit Koopa poussa un soupir agacé tout en écoutant le bruit de l’horloge qui faisait tellement peur à Solfège. Il se souvint de son regard horrifié, la première fois qu’elle avait mis les pieds dans sa chambre… De cette expression remplie de terreur alors qu’elle la regardait fixement sans un geste.

Elle avait un truc avec les horloges. Junior s’était toujours demandé ce qui l’effrayait autant avec celle-ci en particulier, et finit même par croire que c’était de sa faute si aujourd’hui elle n’était plus là. Peut-être qu’elle avait essayé de lui faire comprendre quelque chose, mais il n’avait jamais vraiment cherché à savoir quoi. Trop absorbé par ses jeux et ses constructions, il n’avait jamais pris le temps de s’intéresser à son bien-être. Aujourd’hui, il le regrettait. Gonflant ses joues sous l’effet de cette colère qui montait au rythme des tic-tac, le jeune Koopa rejeta brusquement ses couvertures pour sortir la tête, cherchant à évacuer cette rage qui lui nouait la poitrine.

«J’te déteste !» Hurla-t-il à l’horloge faisant face à son lit.

Toutefois, son corps se figea, comme paralysé, puis ses petits yeux noirs s’écarquillèrent de surprise face à l’étrange luminosité qui émanait du cadran. Il avait l’impression qu’il brillait d’une couleur jaunâtre, presque irréelle, cette lueur inhabituelle ressortant encore davantage dans la pénombre de la pièce. Les aiguilles continuaient de tourner normalement, tandis que le pendule se balançait lentement de gauche à droite, imperturbable… Mais quelque chose n’allait pas. Le son changeait. Il devenait étrange. Dérangeant. Il eut la chair de poule. Junior cessa même de respirer pendant quelques secondes, les yeux rivés sur le cadran sans comprendre ce qui était en train de se produire.

L’atmosphère de la pièce avait changé. Le bruit répétitif de l’horloge vibrait dans l’air, accentuant la sensation oppressante qui lui nouait le ventre. Assis sur son lit en tailleur, Bowser Junior fronça ses sourcils rouges en fixant cette horloge qui semblait exercer sur lui une curieuse fascination, s’intensifiant au rythme de ses tics et tacs qui résonnaient un peu trop fort dans le silence. Plus il l’écoutait, plus il avait l’impression que le bruit ne venait pas seulement de l’horloge, mais de partout autour de lui. Il y avait définitivement quelque chose qui clochait avec elle.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac, tic-tac

Le son était différent, presque… Distendu, comme étiré dans le temps, alors qu’il continuait de la regarder avec étonnement après qu’elle s’était remise en marche toute seule pour briser le silence de la pièce. Sur le point de descendre du lit pour aller l’inspecter de plus près, Bowser Jr. s’immobilisa net lorsqu’il crut apercevoir quelque chose à l’intérieur du cadran. Il cligna des yeux, déconcerté. Mais il n’y avait rien. Pourtant, il était certain d’avoir vu quelque chose bouger à l’intérieur ! Il se glissa lentement jusqu’à l’avant du lit, s’agrippant au rebord du bout des doigts pour se pencher davantage, cherchant à percer ce mystère. L’horloge lui paraissait différente maintenant.

Plus sombre. Plus inquiétante. Un frisson lui parcourut la carapace, le faisant grelotter malgré lui. L’air s’était refroidi autour de lui, contrastant avec la chaleur naturelle du château. Il commençait à en avoir peur. Il avait cette étrange impression… Qu’elle le fixait. Qu’elle répondait à son regard. Que quelque chose, derrière ce cadran, le regardait en silence. Junior déglutit difficilement, partagé entre l’envie de détourner les yeux et celle de découvrir ce qui se cachait derrière cette vitre. La lumière jaunâtre éclairait faiblement son petit visage rond, accentuant ses traits tendus tandis qu’il penchait légèrement la tête sur le côté, partagé entre incompréhension et malaise. Et puis, tout à coup… Quelque chose attira son attention dans le coin droit du cadran.

Une petite silhouette.

«AH !» S’écria-t-il de surprise en tombant à la renverse sur sa carapace, le cœur battant à toute vitesse. Non, il ne rêvait pas ! Il y avait bien une silhouette derrière le cadran de l’horloge ! Sous le choc, le petit Koopa se redressa précipitamment sur ses genoux, ne détournant pas les yeux de cette ombre qui lui rappelait étrangement celle de Solfège… Son souffle se coupa. Ses yeux s’écarquillèrent plus largement lorsqu’il entendit une mélodie étouffée, comme portée de très loin…

Une voix. Une voix qu’il aurait reconnue entre mille.

«Solfège ?!» Junior bondit immédiatement sur ses pieds pour dévisager l’horloge qui retenait apparemment son amie prisonnière. C’était quoi cette sorcellerie ?!

«Junior ?» S’exclama la petite silhouette, cessant de chanter tristement après avoir entendu son prénom. Sa tête se tourna en direction du son. Elle posa ses mains sur le cadran alors que l’expression apeurée de Bowser Junior se transformait en stupéfaction, la mâchoire tombante. Puis, quelque chose d’étrange se produisit.

Dong ! Dong ! Dong ! Dong !

Au contact des mains de la silhouette, l’horloge sonna. Quatre coups. Quatre sons lourds, retentissant dans la pièce avec une intensité effrayante. Les aiguilles, qui jusque-là tournaient dans le sens horaire, s’inversèrent brusquement avant de s’emballer. Elles tournaient à une vitesse anormale, alors qu’un point lumineux apparut au centre du cadran. Il grossissait à vue d’œil devant le jeune Koopa, abasourdi par ce qu’il voyait, un vent soudain venu de nulle part le poussant vers l’horloge. Il sentit ses pieds glisser sur les draps, son petit corps étant lentement attiré vers cette lumière qui semblait l’appeler.

Les rideaux se mirent à s’agiter violemment en direction du portail qui s’ouvrait sous ses yeux écarquillés, l’aspiration gagnant en puissance à chaque seconde, au point qu’il dut s’agripper à la colonne de son lit à baldaquin pour ne pas être emporté. Il allait se faire aspirer ! Terrifié, Bowser Jr. s’accrocha désespérément au bois du lit, ses griffes s’y enfonçant pendant que le portail aux teintes vertes et violettes s’élargissait dans un tourbillon grandissant. Plus imposant. Plus menaçant encore. Une lueur verdâtre dansait sur les murs, projetant des ombres déformées qui se tordaient elles aussi vers le centre du portail. Celui-ci tournoyait devant lui, vibrant d’une énergie étrange en produisant un bruit mêlant celui des tuyaux de téléportation à un grondement sourd, évoquant un orage sur le point d’éclater.

«PAPA !» S’égosilla-t-il en se jetant contre la porte, l’ouvrant dans la précipitation avant de se ruer dans le couloir à la recherche de son père. Il manqua de peu de se faire happer par l’horloge dans son élan. Complètement paniqué, ses yeux noirs balayaient frénétiquement les environs jusqu’à se poser sur l’imposante silhouette de son père qui se tenait justement dans le couloir, face à sa chambre. Il l’avait entendu. Ses hurlements répétés n’étaient pas passés inaperçus, comme en témoignait son expression alerte.

«Junior ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu cries comme ça !» Demanda Bowser en voyant le visage horrifié de son fils, apparemment sur le point de se faire dessus de peur. Cependant, il n’eut pas le temps de poursuivre, car Junior attrapa rapidement sa main.

«Solfège est dans l’horloge ! Solfège est dans l’horloge ! Vite ! Dépêche-toi !» Répéta-t-il impatiemment tout en tirant sur son bras pour le faire avancer jusqu’à sa chambre.

Enroulant ses mains autour des doigts de son père encore confus pour l’obliger à le suivre, il se dépêcha de retourner dans la pièce, le cœur battant la chamade. Pourtant, à peine eurent-ils franchi le seuil que Junior s’arrêta net. Il n’y avait plus rien d’anormal. Tout était parfaitement en place dans sa chambre, comme si rien ne s’était produit… Alors qu’un instant plus tôt, ses jouets étaient sur le point de se faire engloutir par le portail. Le silence était aussi revenu. Laissant lentement ses bras retomber à ses côtés sous le choc, le petit Koopa fixa le cadran de l’horloge. La lueur jaunâtre avait disparu, ne laissant qu’un reflet terne sur le verre.

Les aiguilles tournaient calmement, avec une régularité parfaite. Telle une simple horloge comtoise. Derrière lui, Bowser poussa un soupir découragé, accompagné d’un léger mouvement de tête. Il s’apprêtait justement à rendre visite à son fils pour voir comment il allait lorsqu’il avait entendu ses cris paniqués, ce qui l’avait immédiatement alarmé. Il s’était précipité sans réfléchir, prêt à réduire en cendres quiconque oserait faire du mal à son enfant. Même s’il ne voyait aucune trace d’un éventuel intrus, son instinct paternel refusait de baisser sa garde. Par précaution, son regard balayait encore la pièce à la recherche d’une menace invisible. Mais plus il observait les lieux, plus une seule conclusion s’imposait : il n’y avait absolument rien à combattre.

«Elle était là… Je te jure que c’est vrai…» Perdu, Bowser Junior chercha désespérément du regard des indices pour prouver qu’il ne mentait pas. Mais sa chambre était intacte. Il se tourna ensuite vers son père pour insister ; «Papa, je l’ai vue ! Il y avait même un portail magique, et il était sur le point de m’aspirer à l’intérieur ! C’était juste là !»

«Junior…» Bowser secoua la tête, n’ayant pas les mots. Il était profondément attristé de le voir dans cet état, aussi dévasté, car il souffrait autant que lui de cette disparition. Et il ne savait même pas comment le consoler. Qu’était-il censé lui dire ? Ce n’était qu’un enfant… Ses yeux étaient brillants de larmes lorsqu’il se pencha vers lui, cherchant instinctivement à l’envelopper dans ses grands bras dans une étreinte douce et protectrice. Sauf que le jeune Koopa s’écarta rapidement, le regard irrité.

«Je te dis que je l’ai vue ! Pourquoi tu ne me crois pas ?! Elle était dans l’horloge ! Elle m’a répondu, et elle avait l’air seule et effrayée ! Quelque chose n’allait pas du tout !» S’exaspéra Bowser Jr., la voix tremblante de colère et d’émotion en pointant une griffe accusatrice vers le cadran. Son pied s’enfonçait dans le sol sous l’intensité de sa frustration.

«Junior, c’est impossible. Tu as dû faire un rêve. Ça arrive les mauvais rêves… Il faut que tu te fasses une raison, elle n’est plus là.» Bowser fronça les sourcils quand son fils secoua vivement la tête.

«Mais pourquoi tu veux pas me croire ! Elle est dans l’horloge, j’te dis ! Solfège est là ! Et toi, tu fais rien ! Tu restes là à dire qu’elle a disparu alors que c’est faux ! Elle est en vie ! Elle a besoin de nous, papa !» S’énerva-t-il après avoir frappé son pied dans une peluche qui vola contre le mur derrière son père. Bowser tendit la main vers lui pour tenter de le calmer après ce geste brusque, affecté par ses paroles qui venaient heurter de plein fouet ses propres émotions. Toutefois, il ne pouvait s’y résoudre à y croire… Alors il s’agenouilla doucement devant lui, les yeux humides de larmes, cherchant malgré tout à rester calme face à cette tempête.

«Fiston… Écoute-moi-» Essaya-t-il encore, mais il fut à nouveau coupé par un Junior révolté.

«Non, je refuse ! Tu crois jamais ce que je dis ! Tu m’écoutes même pas ! Tu penses qu’à toi et à ton bonheur, jamais à moi ! Tu préfères courir après le pouvoir plutôt que de rester avec moi. On est une famille ! La famille, ça se serre les coudes. Et après tu comprends pas pourquoi on est toujours seuls ! Tu comprends rien ! Solfège, elle nous aimait, elle ! Et toi, t’as même pas vu parce que tu préférais courir après cette stupide princesse qui nous déteste !» Accusa férocement ce dernier. Il tremblait de rage, les poings serrés à ses côtés tout en soutenant son regard accusateur dans celui, choqué, de son père. Il n’avait pas peur de lui. Il n’avait pas peur de se prendre une violente remontrance pour son culot. Il s’en fichait de toute façon, ça n’avait plus d’importance.

Car il était à nouveau seul et abandonné.

Bowser était littéralement sans voix après cette explosion qu’il ne s’attendait pas à voir chez sa progéniture, d’ordinaire plus respectueuse à son égard. C’était bien la première fois qu’il lui tenait tête de cette manière ! Il resta quelques secondes sans savoir quoi lui répondre, déstabilisé par cette détermination qu’il ne lui connaissait pas. Troublé, même. Le front sillonné, le roi des Koopas resta figé sur place. Il observa les larmes de fureur qui s’accumulaient aux coins des yeux de Junior, qui ne pouvait les retenir plus longtemps. Il ne l’avait jamais vu agir ainsi, avec autant de détresse… Refusant même son étreinte de consolation. Encore une première.

Chaque mot, chaque accusation résonnait douloureusement en lui. Puis tout à coup, une colère sourde commença à monter, se diffusant lentement jusque dans sa carapace. Ses cheveux se hérissèrent sous la tension. Serrant les dents à cette soudaine vague de fureur, de la fumée s’échappa de ses narines, révélant l’émotion qui grondait en lui tandis que Bowser Junior continuait d’exprimer son désarroi à travers de grands gestes désordonnés. Il ne supportait plus de voir son fils souffrir, mais il ne savait pas comment mettre fin à cette douleur qui les dévorait tous les deux.

«Elle était toujours là pour moi… Et maintenant elle a besoin de nous, mais tu refuses de faire quelque chose ! Tu préfères te dire qu’elle est partie et qu’elle ne reviendra pas. Si tu ne fais rien, alors moi je le ferai ! J’irai moi-même la chercher !» Se motiva le jeune Koopa en serrant les poings avec conviction. En revanche, il s’écarta rapidement lorsque son père se leva brusquement pour arracher le cadran de l’horloge d’un simple coup de main. Derrière, il n’y avait que le mécanisme… Des rouages. Des engrenages. Rien d’autre. Aucune trace. Aucun signe indiquant que Solfège s’y trouvait réellement.

«Tu vois ? Tu as simplement rêvé qu’elle était là. Je t’ai dit qu’il n’y avait rien ! C’est vide ! Alors quand est-ce que tu vas enfin comprendre que c’est fini ? Terminé ! On passe à autre chose !» Rugit Bowser en désignant l’intérieur de l’horloge à présent cassée pour de bon. Il regretta aussitôt ses mots durs, mais il voulait qu’il comprenne et qu’il arrête de s’enfermer dans son imagination pour combler le vide. C’était pour son bien ! Les épaules se soulevant au rythme de sa colère, la grande tortue intimidante cessa subitement de fusiller Junior du regard pour poser les yeux sur le cadran qu’il tenait dans sa main droite.

À l’intérieur était écrit le message suivant, en grandes courbes élégantes :

Un cadeau pour sa Majesté le roi Bowser de la part de l’Horloger, ami du Temps

Intrigué par ces curieuses inscriptions, il passa pensivement son doigt sur le relief en suivant les courbes gravées, alors que son regard se perdait sur le grand tapis rouge. L’Horloger, ami du Temps… Mhm, ce nom lui disait quelque chose. Une impression vague. Lointaine. Cette horloge lui avait été offerte des années auparavant, mais il était incapable de se souvenir de la date exacte ni des circonstances. Les souvenirs lui échappaient, flous, comme effacés. Il savait seulement que c’était un cadeau qu’il n’avait pas spécialement apprécié à l’époque, n’ayant jamais eu le moindre intérêt pour les horloges.

C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il l’avait reléguée dans la chambre de son fils, afin qu’elle serve à quelque chose plutôt que de finir abandonnée dans une pièce de stockage avec d’autres présents qu’il jugeait sans valeur. Pourtant, maintenant qu’il y réfléchissait, quelque chose dans cette histoire lui paraissait étrangement familier. Puis, en une fraction de seconde… Son visage s’illumina. Ses sourcils épais se hissèrent sur son front tandis qu’il fixait le mur face à lui avec une expression hébétée qui interpella immédiatement son fils. Un souvenir venait de refaire surface. Un souvenir qu’il avait complètement oublié jusqu’à cet instant.

«Papa ?» Appela prudemment Junior tout en nouant ses mains entre elles, inquiet après avoir été témoin de son accès de rage.

«Qu’est-ce qu’il y a ?» Poursuivit-il d’une petite voix désolée lorsqu’il n’obtint aucune réponse. Son père avait l’air complètement absorbé par le mur, comme s’il n’était plus vraiment là… Immobile et figé, perdu dans ses pensées. Il réfléchissait profondément depuis qu’il avait regardé derrière le cadran de cette horloge. Qu’y avait-il de caché ? Il s’apprêta à le rappeler pour le sortir de son train de pensée, mais soudain, Bowser s’écria d’un ton qui ne présageait rien de bon.

«Kamek !» Cria-t-il.

Le Magikoopa en question apparut en un instant dans la chambre dans un éclair de magie, prêt à s’exprimer. Mais son maître ne lui en laissa pas le temps, reprenant rapidement la parole d’un ton tranchant.

«Prépare les soldats, je veux que les turbines tournent à plein régime. Nous faisons cap sur le Royaume Champignon !» Somma-t-il fermement après avoir écrasé le cadran dans son poing, les débris craquant sous la pression de sa main.

«Votre Méchanceté ?!» S’étonna Kamek, les sourcils levés d’incompréhension.

«Il n’y a pas une minute à perdre ! Je veux que tout le monde soit à son poste. Nous partons sur-le-champ !» Aboya Bowser au Koopa à capuche, le regard brûlant d’une détermination féroce, avant de jeter les restes de l’horloge au sol. Sans attendre, il quitta la pièce d’un pas rapide pour mettre tout le monde au pas de course.

Cap sur le Royaume Champignon.

À suivre…

À votre avis, qu’a prévu de faire Bowser ? Ou plutôt, qu’est-ce qu’il a compris selon vous ? En tout cas, c’est étrange. Tout ceci devient de plus en plus curieux…

Plus d’informations à venir dans le prochain chapitre ! En attendant, je vous remercie du fond du cœur pour votre soutien et votre fidélité !

VP




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