Les fragments d'une voix

Chapitre 10 : L'Ombre

7688 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 02/07/2026 19:16

J’ai énormément travaillé sur ce chapitre… Alors j’espère sincèrement qu’il sera à la hauteur de vos attentes ! Personnellement, j’ai adoré l’écrire ! Je me suis beaucoup amusée avec les descriptions.

Alors accrochez vos ceintures, ça va secouer !

 Chapitre 10 – L’Ombre

Quelque part dans les profondeurs du château volant de Bowser, loin des couloirs animés, se cachait une vieille pièce reculée dont l’existence s’était perdue au fil des années. Au centre de la salle reposait un immense miroir recouvert d’un voile blanc. Tout autour de lui s’entassaient des meubles délaissés, des objets remisés et d’anciennes décorations reléguées ici avec le temps, comme si cette pièce servait de refuge à tout ce que le château ne souhaitait plus exposer. Une épaisse couche de poussière recouvrait chaque surface tandis que des draps jaunis enveloppaient le mobilier, pareils à des silhouettes fantomatiques figées dans l’obscurité. Les toiles d’araignées s’étendaient jusqu’aux recoins du plafond, témoignant du fait que plus personne ne s’aventurait dans cet endroit depuis bien longtemps. Même l’air semblait y être plus lourd, imprégné de l’odeur du bois ancien et des années écoulées. Dans un angle de la pièce reposaient plusieurs horloges comtoises mises au rebut, appuyées les unes contre les autres dans une immobilité presque solennelle.

Aux yeux du roi, ces objets étaient devenus de véritables démons, de douloureux rappels d’un passé qu’il préférait ne plus voir ni entendre. Condamnés à être oubliés, ils étaient destinés à passer le reste de l’éternité dans cette prison de poussière et d’obscurité. Et pourtant… aux yeux d’un véritable collectionneur, cette pièce aurait représenté un trésor inestimable. Mais ce soir-là, quelque chose vint troubler l’inquiétante quiétude des lieux. Au centre du grand miroir recouvert de son voile, une étrange lueur rose violacée se mit à pulser derrière le tissu opaque. Peu à peu, un tourbillon magique prit forme à la surface de la glace, tournoyant lentement avant de gagner progressivement en intensité. L’énergie soulevait délicatement le voile dans un léger bruissement, donnant l’impression que quelque chose cherchait à s’en extraire. Puis, sans le moindre bruit, une silhouette sombre traversa le miroir avant de glisser sur le sol avec fluidité, semblable à une ombre se faufilant discrètement dans la pénombre. La mystérieuse intruse reproduisait ce même rituel depuis plusieurs jours déjà.

À force d’observer les lieux et d’arpenter les interminables couloirs du château, la silhouette connaissait désormais chaque détour, chaque passage secret et chaque angle mort de la forteresse. Grâce à cela, elle pouvait s’y déplacer discrètement sans éveiller le moindre soupçon. Se glissant sans difficulté sous une porte verrouillée à double tour, l’ombre poursuivit sa progression furtive le long des murs de pierre encore tièdes. Elle rampait ensuite avec une agilité surprenante sur les parois et les plafonds afin d’éviter les gardes qui patrouillaient inlassablement dans les corridors. Finalement, la silhouette silencieuse s’immobilisa près d’une haute fenêtre étroite pour observer l’extérieur. Au loin, les éclairs déchiraient sans relâche le ciel obscur alors que les grondements du tonnerre faisaient vibrer les vitres. D’épais nuages noirs s’amoncelaient toujours davantage à l’horizon… Une tempête encore plus violente qu’à l’accoutumée était en train de se préparer. Après quelques instants, l’ombre détourna finalement son attention avant de reprendre sa route jusqu’à l’étage inférieur, attirée par une voix grave qui résonnait dans les profondeurs du château.

Une chanson. La mélodie s'élevait entre les murs de pierre avec une étonnante douceur, contrastant avec l’atmosphère intimidante de la forteresse volante.

Et cette voix appartenait à nul autre que Bowser lui-même.

Solfi…

Ma douce reine…

Quand la tempête frappe aux fenêtres

Et que le tonnerre gronde dehors,

Y a que ta voix pour faire taire

Le vacarme qui brûle encore

Interpellée, l’ombre se glissa discrètement jusqu’à la salle du piano, située au centre de la plateforme flottante surplombant la lave en fusion. Le roi des Koopas s’y trouvait, assis devant son imposant piano noir. Ses doigts glissaient lentement sur les touches d’ivoire tandis que sa voix grave accompagnait la mélodie.

Solfi, reste près de moi

Ton regard calme même le roi

Tes cheveux rouges comme la lave

Dansent comme un feu dans la nuit

Et tes grands yeux verts pleins de tendresse

Rendent ce vieux château moins gris

L’immense pièce baignait dans les reflets rougeoyants du magma qui ondulait sous les passerelles métalliques du château. Les flammes projetaient des ombres mouvantes sur les murs de pierre noire, donnant l’impression que toute la salle respirait au rythme de la musique. Dissimulée dans un recoin plongé dans l’obscurité, la mystérieuse silhouette observa longuement le grand Koopa, entièrement absorbé par sa chanson.

Solfi… ma reine adorée

Je pourrais tout abandonner

Tu écoutes même mes colères,

Mes plans, mes guerres et mes envies

Et quand tu prends ma main dans la tienne,

J’ai l’impression d’avoir gagné la vie

Après encore quelques instants passés à observer la scène, la silhouette quitta silencieusement la salle avant de se faufiler une nouvelle fois dans les couloirs, à la recherche d’une cible bien précise. Derrière elle, la chanson d’amour de Bowser continuait de résonner à travers le château…

Oh Solfi…

Mon cœur est à toi

Pour toujours, ma reine…

Je t’aime plus fort que mille royaumes à la fois

Cette fois-ci, l’intruse prit la direction des sous-sols.

Elle progressait d’ombre en ombre, épousant parfaitement l’obscurité des couloirs comme si elle en faisait partie. Son talent pour le camouflage était tel qu’aucun garde, aucun serviteur, ni même aucun Koopa n’était capable de remarquer sa présence. Sa progression était d'une furtivité absolue. Après plusieurs détours à travers les profondeurs du château, elle atteignit finalement l’immense hangar où trônait Megaleg, le robot géant du fils du roi. Même inachevée, la machine dominait toute la pièce de sa silhouette colossale. Depuis plusieurs jours, la mystérieuse intruse suivait discrètement l’avancement de sa construction, analysant le moindre détail, chaque modification ainsi que les conversations échangées par les ouvriers. Grâce à sa patience, elle avait fini par comprendre à quoi cette gigantesque arme était réellement destinée. Une information particulièrement intéressante... Comme presque chaque soir, les Koopalings s’affairaient encore autour de la machine pour en achever les dernières finitions aux côtés du Toad surnommé Terry… Et c’était précisément lui qui éveillait le plus sa méfiance. Quelque chose dans son attitude lui donnait l’impression qu’il était bien plus observateur qu’il ne voulait le laisser paraître.

Glissant discrètement jusqu’à un petit atelier aménagé sur le côté droit du hangar, l’ombre finit par apercevoir Bowser Jr assis seul à son établi. Le Pistoréducteur du jeune prince reposait devant lui, au milieu d’une table encombrée de vis, de plans griffonnés et de composants mécaniques partiellement démontés. Penché sur son ouvrage avec un sérieux remarquable, Bowser Junior manipulait délicatement un tournevis entre ses griffes tout en ajustant l’un des mécanismes internes de son arme. Lentement, l’ombre s’étira dans son dos avant de ramper le long du dossier de sa chaise jusqu’à venir observer chacune de ses manipulations par-dessus son épaule. Cependant, Bowser Junior était loin d’être naïf pour son âge. Depuis plusieurs jours déjà, il avait l’étrange sensation qu’une présence rôdait dans le château. Une entité invisible. Une présence qui semblait épier chacun des habitants de la forteresse depuis les ténèbres. Et leur première rencontre avait été particulièrement satisfaisante... L’intruse avait volontairement cherché à le déstabiliser ce soir-là, apparaissant juste assez longtemps pour éveiller sa méfiance avant de disparaître aussitôt dans la noirceur.

Elle avait voulu qu’il en parle à son père. Qu’il commence à douter. À regarder derrière lui. À craindre l’obscurité des couloirs. Car l’ombre aimait profondément la peur qu’elle semait chez les autres… Elle s’en nourrissait.

Remontant les escaliers menant aux chambres du château, l’ombre calcula une nouvelle fois le nombre de gardes effectuant leur ronde nocturne. Depuis tout ce temps, elle observait leurs déplacements, mémorisant leurs habitudes, leurs horaires ainsi que les rares instants où leur vigilance faiblissait. En réalité, cela faisait un bon moment qu’elle étudiait le terrain, analysant les comportements de chacun afin d’être parfaitement préparée lorsque l’heure serait venue. Prête à passer à l’action. Prête à frapper là où cela ferait le plus mal. Rapidement. Furtivement. Avec une précision presque chirurgicale. Le temps de l’observation touchait désormais à sa fin. Il était temps d’y mettre un terme... Cette nuit, quelque chose allait se produire. Se glissant derrière les immenses chandeliers en fer forgé qui bordaient les couloirs, la silhouette sombre souffla chaque bougie sur son passage. Les ténèbres étaient son refuge, son domaine. Plus elles envahissaient les lieux, plus ses déplacements devenaient fluides, silencieux… invisibles. Une à une, les flammes vacillèrent avant de s’éteindre dans de fins filets de fumée blanche. Bientôt, seuls les grondements lointains de l’orage venaient encore troubler le silence pesant qui régnait dans les corridors.

Plus loin, deux gardes postés devant une salle aux trésors tressaillirent lorsque qu’un courant d’air glacial balaya soudain l’allée, éteignant leurs chandelles d’un seul souffle.

«Tu as senti ça ?» Questionna l’un d’eux, un mauvais pressentiment lui nouant l’estomac.

Interloqués, les deux gardes balayèrent nerveusement le couloir du regard, cherchant l’origine de ce brusque changement d’atmosphère. L’air leur paraissait anormalement froid… Comme si une présence inquiétante rôdait dans les entrailles du château. Désormais plongés dans une pénombre quasi totale, les deux Koopas avancèrent maladroitement à tâtons, leurs griffes se resserrant instinctivement autour de leurs lances. Le moindre craquement des vieilles pierres suffisait à les faire sursauter. Pendant ce temps, l’ombre poursuivait inlassablement sa progression. Se glissant sous les portes les unes après les autres comme une traînée de fumée vivante, elle finit par atteindre une vaste salle débordant d’ouvrages consacrés à la magie. Des centaines de livres anciens s’entassaient jusqu’au plafond sur d’immenses étagères en bois noir. Des fioles lumineuses, des parchemins et d’étranges artefacts recouvraient les tables encombrées du laboratoire. Au centre de la pièce, Kamek se tenait sur un marchepied devant son chaudron magique bouillonnant où de petites bulles colorées en sortaient.

Un vieux grimoire ouvert dans une main, le Magikoopa faisait lentement tournoyer sa baguette de l’autre tout en récitant son invocation avec une profonde concentration. Les lueurs vertes et bleutées du sort illuminaient faiblement ses lunettes tandis qu’une fumée mystique s’élevait du chaudron. Bien trop absorbé par sa magie, le vieux sorcier ne remarqua ni la mystérieuse silhouette qui venait de pénétrer dans la pièce… ni le froid inhabituel qui s’installait peu à peu dans le château. À en juger par les nombreux ouvrages ouverts autour de lui, Kamek semblait s’exercer à de nouveaux sorts particulièrement complexes. Constatant avec satisfaction qu’il resterait occupé encore un bon moment, l’ombre rebroussa chemin pour rejoindre sa destination, située au bout du corridor : la chambre royale. Accélérant sa progression, elle parvint rapidement devant l’imposante porte verrouillée avant de s’infiltrer à travers l’étroit interstice de la serrure, telle une fumée vivante.

Une fois à l’intérieur, elle glissa sous l’immense lit à baldaquin, façonné dans un bois sombre rehaussé de riches dorures que la lueur des chandelles faisait délicatement scintiller. Depuis les profondeurs de sa cachette, l’ombre observait en silence l’humaine assise devant sa coiffeuse, le dos tourné. La jeune femme brossait lentement ses longs cheveux rouges, semblables à de la lave, tout en fredonnant une douce mélodie dans le calme apaisant de la chambre. Complètement inconsciente du danger qui se trouvait pourtant à seulement quelques mètres d’elle. L’intruse attendait cet instant avec une infinie patience. Chaque distraction, chaque garde éloigné, chaque habitant occupé ailleurs dans le château avait fait partie de son plan. Elle voulait Solfège seule. Vulnérable… Sans personne pour intervenir. Tapie dans l’obscurité, elle continuait d’étudier sa cible avec une attention presque obsessionnelle avant de se faufiler entre les meubles et les objets décoratifs de la pièce. Elle progressait avec une telle précaution que rien ne pouvait trahir sa présence… jusqu’à ce qu’un léger faux mouvement fasse délicatement tinter un petit objet en cristal. Le son résonna dans toute la chambre. Assise devant sa coiffeuse, Solfège se figea avant de tourner vivement la tête en direction du bruit.

«Qui est là ?» Lança-t-elle en fronçant les sourcils, ses yeux verts balayant la pièce du regard. Son cœur venait de manquer un douloureux battement.

Dans sa cachette, l’ombre demeura parfaitement immobile avant de se reculer lentement hors du halo des chandelles pour ne pas être démasquée. Dissimulée entre les bibelots et les précieux ornements de la chambre, elle observait attentivement Solfège, qui venait de se redresser. Elle était dorénavant sur ses gardes. Les yeux de la reine continuaient de parcourir la pièce avec méfiance, cherchant désespérément l’origine de ce léger tintement. Elle n’était pas naïve. Depuis plusieurs jours déjà, l’humaine soupçonnait la présence d’un intrus dans le château. Quelqu’un qui l’observait depuis les ombres. Et à plusieurs reprises, cette inconnue avait effectivement commis quelques erreurs d’inattention. De petits détails en apparence insignifiants… mais largement suffisants pour éveiller sa méfiance. Les sourcils légèrement froncés, Solfège inspectait le moindre recoin susceptible d’abriter une créature, tandis que le silence oppressant de la chambre semblait bourdonner dans ses oreilles. Finalement, après quelques instants supplémentaires, elle finit par se retourner vers son miroir.

Et son sang se glaça immédiatement.

À l’intérieur du miroir se tenait une silhouette sombre aux contours déformés, immobile, un unique œil rouge braqué sur elle depuis les profondeurs de la glace. Les yeux de la reine s’écarquillèrent de terreur alors qu’un violent sursaut parcourait tout son corps. L’instant suivant, tout s'accéléra. L’ombre se pencha soudainement hors du miroir comme si la surface n’était qu’un simple voile liquide. Deux immenses mains bleues translucides jaillirent aussitôt dans sa direction pour tenter de l’agripper. Paralysée une fraction de seconde par l’effroi, l’humaine parvint malgré tout à réagir par pur réflexe. Elle se jeta sur le côté à la dernière seconde, juste avant que les mains spectrales ne se referment à l’endroit précis où elle se trouvait un instant plus tôt. Sa chaise bascula dans un fracas assourdissant tandis que Solfège s’écrasait lourdement sur le sol de pierre d’un gémissement de douleur. Sa couronne roula sur plusieurs mètres avant de disparaître sous un meuble.

Elle n’eut cependant pas le temps de reprendre son souffle que la silhouette noire fondit de nouveau vers elle. Les immenses mains translucides s’abattirent avec violence, mais Solfège parvint à reculer précipitamment jusqu’au lit avant qu’elles ne puissent l’atteindre. Plaquée contre le bois du baldaquin, la reine fixait avec horreur l’entité qui la dominait. Elle n’avait jamais vu une créature pareille ! Son corps était entièrement composé d’ombres ; seul cet unique œil rouge, brillant dans l’obscurité, demeurait parfaitement visible. Un cri de surprise lui échappa lorsque les mains repartirent rapidement à l’assaut. Par réflexe, l’humaine grimpa sur le lit avant d’en ressortir de l’autre côté pour esquiver l'attaque à la dernière seconde. Les énormes mains spectrales s’écrasèrent alors violemment contre le mobilier dans un fracas assourdissant, projetant bibelots, livres et autres objets aux quatre coins de la chambre. L’entité cherchait manifestement à s’emparer d’elle. Et à en juger par la façon dont son œil rouge se rétrécissait sous l’effet de la frustration, la créature commençait déjà à perdre patience face à la résistance inattendue de sa cible.

Solfège peinait de plus en plus à repousser les offensives de l’ombre, celle-ci paraissant animée d’une obsession grandissante à son égard. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? L’humaine n’eut toutefois pas le temps de chercher une réponse que la créature passa de nouveau à l’attaque sans aucune hésitation. Ses longs doigts fantomatiques frôlèrent ses cheveux rouges au passage, manquant de peu de refermer leur étreinte glaciale sur elle. À chaque tentative, l’entité se montrait plus agressive… plus rapide, comme si sa patience s’effritait dangereusement. Ce petit jeu ne pouvait pas durer éternellement… Le souffle court, Solfège commençait déjà à fatiguer. Et le pire dans tout ça, c’était que son unique porte de sortie se trouvait juste derrière la créature. Cette dernière s’était volontairement positionnée devant l’issue de la chambre, la piégeant telle une proie acculée. Mais cette chose n’était pas vraiment solide… pas vrai ? Une idée traversa alors l’esprit de la reine. Attendant que l’entité se penche une nouvelle fois vers elle pour tenter de la saisir, Solfège serra les dents avant de prendre son élan.

Puis, dans un mouvement désespéré, elle fonça droit à travers le corps de l’ombre qui se dressait entre elle et sa liberté. Un froid surnaturel l’enveloppa aussitôt, lui arrachant un violent frisson jusque dans la poitrine. À sa grande surprise, Solfège traversa entièrement la créature avant de réapparaître de l’autre côté, manquant de peu de perdre l’équilibre dans sa course. Pendant un très bref instant, l’intruse resta figée de surprise. Son unique œil rouge vacilla légèrement tandis que ses mouvements devenaient plus saccadés et désordonnés. Manifestement, elle ne s’attendait pas à voir sa cible lui échapper de cette manière… Elle avait mal anticipé sa réaction. Cette courte hésitation suffit pourtant à Solfège pour reprendre l’avantage. Le cœur battant à tout rompre, la jeune femme ne perdit pas une seconde. Elle pivota vivement avant de se précipiter vers l’issue de la chambre. Dans un geste fébrile, elle agrippa la poignée, ouvrit violemment la porte puis s’élança dans le couloir du château sans même prendre le temps de reprendre son souffle. Ses jambes tremblaient encore sous l’effet de l’adrénaline, mais une seule pensée occupait désormais son esprit : mettre le plus de distance possible entre cette créature… et elle.

Le vacarme provoqué dans la chambre avait déjà alerté plusieurs gardes Koopas. Quatre d’entre eux arrivaient justement dans le corridor, attirés par les bruits de lutte et le fracas du mobilier renversé, visiblement prêts à intervenir.

«Un intrus !» Parvint difficilement à crier Solfège entre deux respirations haletantes, tout en courant aussi vite que ses jambes le lui permettaient pour mettre le plus de distance possible entre elle et la chose. À peine les gardes eurent-ils compris la situation que leurs visages se fermèrent.

«La reine est en danger ! Lancez immédiatement l’alerte générale !» Ordonna l’un des Koopas d’une voix ferme en dégainant sa lance. En quelques secondes, les soldats se déployèrent dans le couloir. Certains partirent prévenir le reste du château pendant que les autres vinrent instinctivement se placer devant Solfège, formant un rempart destiné à la protéger.

Dans la chambre laissée grande ouverte, l’intruse abandonna sa forme agressive pour redevenir une simple ombre mouvante, capable de circuler discrètement à travers le château. Maintenant que l’alerte générale avait été déclenchée, poursuivre son attaque de front serait bien trop risqué. Elle devait changer de stratégie. Son plan entrait dans sa phase décisive. Et surtout… il était temps d’en finir avant que tout le château ne se réveille. Déterminée à mener son plan jusqu’au bout, l’ombre regagna les étages supérieurs avant d’atteindre un long corridor plongé dans une pénombre presque totale. Les deux gardes Koopas de tout à l’heure montaient toujours la garde devant la mystérieuse salle secrète qu’ils protégeaient jour et nuit. Entre-temps, ils avaient rallumé les chandelles fixées aux grands candélabres afin d’y voir un peu plus clair. Mais leur source de lumière ne dura pas longtemps. Une présence glaciale balaya tout à coup la grande allée. Une à une, les flammes vacillèrent avant de s’éteindre, laissant derrière elles de fins filets de fumée blanche exactement comme un peu plus tôt. Au grand désespoir des gardes.

«Sérieusement ?! Encore ces fichus courants d’air…» Râla l’un des Koopas à la carapace rouge en plissant les yeux dans l’obscurité, cherchant à distinguer ce qui se passait. Cela ne pouvait pas être une coïncidence, il en était persuadé.

Et il avait raison.

Derrière eux, une masse obscure s’éleva calmement des ténèbres. Ses immenses mains translucides émergèrent en silence avant de fondre sur les deux gardes Koopas. D’un geste sec, elles agrippèrent leurs casques puis projetèrent brutalement leurs têtes l’une contre l’autre pour les assommer. Le bruit sourd de l’impact résonna dans le corridor avant que les deux gardes ne s’effondrent lourdement au sol, inconscients. La voie était libre. Retrouvant aussitôt sa forme d’ombre mouvante, l’intruse se glissa sous la porte de la salle la mieux protégée du château. Et à juste titre. Derrière cette porte étaient entreposées les plus dangereuses reliques de Bowser : des armes anciennes, des objets maudits et d’étranges artefacts accumulés au fil des années par le roi des Koopas. La pièce était relativement petite, mais les secrets qu’elle renfermait valaient probablement davantage que n’importe quel trésor du château. Alors, pourquoi seulement deux gardes à l’entrée ? Une erreur stratégique monumentale... ou, en l'occurrence, une confiance excessive. Au fond de la salle sombre, une seule fenêtre donnait sur l’extérieur du château volant. Dehors, la nuit noire engloutissait entièrement l’horizon tandis que les éclairs de l’orage illuminaient parfois les lieux d’une lueur blafarde, révélant pendant une fraction de seconde les silhouettes inquiétantes des meubles et des reliques entassés dans l’obscurité.

Néanmoins, l’intruse savait parfaitement ce qu’elle était venue chercher dans cette pièce. Un artefact capable de répandre le chaos. Suffisamment dangereux pour provoquer de véritables catastrophes s’il tombait entre de mauvaises mains… ce qui était précisément en train d’arriver. Se glissant entre les étagères et les reliques couvertes de poussière, l’ombre inspecta chaque objet avec une attention méticuleuse jusqu’à trouver enfin ce qu’elle recherchait depuis le début. Le pinceau magique. Relativement imposant, l’artefact paraissait pourtant tout à fait ordinaire au premier regard. Son apparence simple et inoffensive ne laissait absolument pas deviner l’immense pouvoir qu’il renfermait… ni les ravages qu’il était capable de provoquer entre les mains de quelqu’un sachant en exploiter tout le potentiel. Soudain, un violent éclair déchira le ciel noir à l’extérieur du château, inondant brièvement la salle d’une lumière spectrale. Pendant cette fraction de seconde, le pinceau apparut nettement entre les mains de l’intruse, qui le brandissait au-dessus d’elle avec une satisfaction malsaine. Déjà, une sombre énergie magique se propageait autour de ses doigts translucides, serpentant le long du manche telle une créature vivante.

L’artefact sembla réagir instinctivement à son contact, à la manière d’une chose qui s’éveillait enfin après un très long sommeil.

«Réveille-toi… et révèle-moi ton véritable pouvoir.» Déclara une voix monotone en abaissant les poils du pinceau contre le sol afin d’y tracer une forme ovale. Au passage du pinceau, une peinture violette surgit du néant pour donner vie au dessin.

«Oui… Je le sens. Cette magie ne demandait qu’à être libérée.» Poursuivit la voix, lente et déformée, pareille à une multitude de murmures qui se superposaient, comme s’ils émanaient directement des ténèbres.

«Que la fête commence.»

Partout dans le château de Bowser, d’étranges créatures violettes commencèrent à émerger des ombres et des flaques de peinture magique qui se répandaient dans les couloirs. Nées de la matière noire du pinceau magique, ces monstruosités prenaient l’apparence des nombreuses espèces vivant habituellement dans le royaume. Des Hériss aux piquants dégoulinants d’une peinture obscure, des Bob-omb aux yeux brillant d’une inquiétante lueur, des Koopas entièrement recouverts d’une curieuse substance violette en perpétuel mouvement, ou encore des Plantes Piranha aux mâchoires déformées… Tout ce qui pouvait attaquer, mordre ou détruire semblait désormais répondre à la volonté de l’ombre. L'esclandre qui s'ensuivit plongea le château dans la confusion. Des cris de panique éclataient de toutes parts alors que les soldats Koopas tentaient désespérément de repousser les assauts de ces créatures. Les Koopas ailés survolaient les affrontements en décochant une pluie de flèches au-dessus des gardes en armure, qui formaient tant bien que mal une ligne de défense avec leurs lances. Mais les monstres étaient beaucoup trop nombreux… À chaque créature détruite, d’autres surgissaient déjà plus loin, comme si le château lui-même les engendrait sans fin.

Comprenant que les défenses ne tiendraient plus très longtemps, plusieurs soldats commencèrent à évacuer les habitants vers l’extérieur du château pour éviter un véritable massacre. Les couloirs furent bientôt envahis par une foule affolée que les gardes s’efforçaient de canaliser malgré une panique grandissante. Au cœur de cette agitation, le général Koopa borgne dirigeait les troupes avec autorité, aboyant ses ordres de toutes parts comme il l’avait fait durant toute sa carrière militaire. Pourtant… même lui paraissait ébranlé. En toutes ces années passées au service du royaume, il n’avait encore jamais été confronté à une magie aussi étrange… et surtout aussi dangereuse. Quelque chose de grave était en train de se produire dans le château. Quelque chose qui semblait provenir directement de son cœur. Le général Koopa para de justesse l’attaque d’un Frère Marto violet avant de riposter d’un puissant coup de lance, repoussant la créature dans un mouvement sec. Malgré toute son expérience militaire, ces monstres de peinture se montraient imprévisibles et particulièrement agressifs.

Au milieu des cris et des affrontements qui secouaient les couloirs, le vieux soldat comprit une chose : la famille royale devait quitter le château immédiatement.

«Allez chercher la reine et Bowser Jr ! Maintenant !» Rugit-il en repoussant une nouvelle attaque. Ils devaient être évacués sur-le-champ.

De son côté, Bowser était complètement submergé. Il ne s’était absolument pas attendu à l’apparition de ces créatures nées de la magie noire. Elles avaient surgi de nulle part, jaillissant directement des flaques de peinture violette qui se propageaient peu à peu dans le château. Dans le fracas des armes, une succession d’explosions faisait vibrer les murs de la forteresse où Bowser combattait férocement aux côtés de ses soldats. Son puissant souffle enflammé réduisait en cendres les monstres qui tentaient de l’encercler, et ses énormes poings pulvérisaient ceux qui avaient l’imprudence de s’approcher trop près de lui. Chaque rugissement devenait l'exutoire de sa peur de perdre ceux qu'il aimait. Mais malgré sa force colossale, les assauts se faisaient toujours plus nombreux… À chaque créature détruite, d’autres surgissaient déjà des flaques de peinture magique qui continuaient de s’étendre dans les corridors de la grande forteresse volante. Peu importait le nombre d’invocations qu’ils éliminaient, cette armée noire ne cessait de grandir.

Plus loin dans le château assailli de toutes parts, Solfège ne pouvait qu’assister avec horreur à la destruction progressive du royaume. Partout autour d’elle résonnaient des cris, des explosions et le fracas des armes, alors que les combats faisaient rage dans tous les couloirs. Plusieurs gardes Koopas l’avaient rapidement entourée afin de l’évacuer vers un endroit sûr, mais l’humaine refusait catégoriquement de quitter le château sans Bowser Jr. Impossible. Elle ne partirait jamais sans lui ! Le cœur noué par l’angoisse, Solfège se dégagea brusquement de l’emprise des soldats avant de s’élancer à travers les couloirs. Son esprit imaginait déjà le pire. Le petit Koopa était peut-être caché quelque part, complètement terrifié… ou suffisamment téméraire pour tenter d’affronter ces créatures malgré le danger, convaincu que son entraînement lui permettrait de s’en sortir. Mais l’idée de le savoir seul face à ces monstres lui était insupportable. Une Plante Piranha surgit soudain d’une flaque de peinture violette pour tenter de la mordre. Solfège esquiva l’attaque de justesse avant de reprendre rapidement sa course à travers la forteresse dévastée.

«Junior !» Cria-t-elle sans relâche en traversant les corridors envahis par les Koopas qui livraient un combat acharné contre les créatures de magie noire. Des vaisseaux Clowns filaient à toute allure au-dessus de sa tête, leurs hélices brassant l’air brûlant du château, tandis que les Koopalings participaient eux aussi aux affrontements.

Les tirs d’énergie de Ludwig illuminaient par instants les galeries, Roy pulvérisait les monstres de peinture à coups de poing, et Lemmy rebondissait dans tous les sens pour esquiver les attaques de ces créatures violettes. Même Terry traversait les couloirs à toute vitesse au volant de sa petite voiture rose, renversant les sbires sur son passage dans un rire dément. Puis, au détour d'un couloir, quelque chose s'anima brusquement dans l'angle mort de Solfège. Avant même qu’elle ne puisse réagir, deux immenses mains translucides jaillirent des ténèbres et se refermèrent avec violence autour d’elle, l’emprisonnant dans un véritable étau. Une froideur surnaturelle traversa aussitôt tout son corps alors que ses pieds quittaient le sol sous la puissance de l’étreinte. L’ombre l’avait attendue. C’était une embuscade parfaitement préparée. Un gémissement étranglé échappa à Solfège pendant qu’elle se débattait désespérément contre cette poigne monstrueuse qui comprimait douloureusement sa poitrine, l’empêchant presque de respirer. Les battements affolés de son cœur résonnaient jusque dans ses oreilles lorsqu’elle releva enfin les yeux vers la créature qui la retenait captive. Et son souffle se bloqua dans sa gorge.

L’ombre avait changé, elle n’était plus dématérialisée.

Bien plus grande que Solfège, la créature flottait au-dessus du sol tel un spectre venu d’un autre monde. Son corps, anormalement long et élancé, était recouvert d’une étrange matière rose violacée scintillante qui évoquait un ciel nocturne constellé d’étoiles. En son centre brillait une unique étoile, incrustée dans sa poitrine. Pourtant, malgré cette apparence fascinante, quelque chose chez elle inspirait un profond malaise. Elle ne possédait aucun véritable visage. À la place, une sorte de capuche organique enveloppait entièrement sa tête, marquée d’une inquiétante spirale noire au cœur de laquelle brillait un œil rouge perçant les ténèbres. Cet œil, rivé sur Solfège, ne clignait jamais, semblable à celui d’un prédateur contemplant calmement sa victime. Autour de son immense silhouette violette ondulaient plusieurs longues bandes rappelant les tentacules d’une pieuvre, flottant dans les airs avec une grâce irréelle. Horrifiée face à cette créature, la reine tenta une nouvelle fois de se libérer mais celle-ci resserra davantage son immense main autour de son corps, lui arrachant un gémissement de douleur. Malgré tous ses efforts, cette poigne gigantesque la maintenait prisonnière.

«Lâchez-moi !» S’étouffa Solfège entre ses dents serrées.

«Ta voix ne devrait pas apaiser… Elle devrait régner.» Déclara la créature d’un ton froid et dénué de la moindre émotion, presque mécanique.

Son œil rouge se rétrécit dangereusement tandis que son autre main fantomatique s’éleva avec une lenteur calculée devant Solfège. Prisonnière de l’étau qui comprimait toujours sa poitrine, la reine n’eut même pas la possibilité de reculer. Puis les longs doigts traversèrent sa gorge. Une étrange sensation de picotement se répandit dans tout son cou, mordante et profondément désagréable, comme si l’on lui arrachait une partie d’elle-même. Les yeux écarquillés de stupeur, Solfège vit alors une petite sphère de lumière blanche émerger lentement de sa gorge entre les doigts translucides de l’entité encapuchonnée. Cette lueur douce vacillait faiblement alors que la créature extirpait son précieux don avec une précision glaçante. Peu à peu, une sensation de vide commença à envahir tout le corps de la jeune femme, laissant derrière elle un malaise profond qu’elle n’avait encore jamais éprouvé.

«fréquence capturée.»

Puis, aussi brutalement qu’elle l’avait saisie, l’ombre relâcha Solfège qui s’écrasa lourdement sur le sol telle une vulgaire poupée de chiffon. Le souffle coupé par l’impact, la reine demeura étendue de longues secondes sur les dalles de pierre, incapable du moindre mouvement. La tête baissée, ses longs cheveux rouges retombaient devant son visage, dissimulant des traits marqués autant par la douleur que par l’incompréhension. Face à elle, la créature ne s’attarda pas plus longtemps. Maintenant qu’elle avait obtenu ce qu’elle convoitait, sa silhouette violacée se dissipa à travers le miroir accroché au mur, comme absorbée par sa surface miroitante. Aucun bruit n’accompagna sa disparition. Aucune trace. Aucun signe de son passage. On aurait pu croire que cette entité n’avait jamais existé ailleurs que dans un cauchemar. Avec difficulté, Solfège parvint finalement à se redresser sur ses bras tremblants avant de porter une main fébrile à sa gorge. Une grimace lui échappa lorsqu’elle effleura l’endroit précis où les doigts fantomatiques de l’entité avaient traversé sa peau pour lui arracher quelque chose… Mais quoi, exactement ?

«Mama !» S’écria soudain une voix à l’autre bout du couloir, appartenant à nul autre que Bowser Junior.

«Faut pas rester là ! Vite, dépêche-toi !» S’empressa d’ajouter le petit Koopa, une masse à piques fermement serrée entre ses mains pour se défendre contre les créatures. Cette dernière était aussi grande que lui… En quelques enjambées, il la rejoignit, l’aida à se remettre debout avant de l’entraîner avec lui dans sa course effrénée. Solfège le suivit presque malgré elle, trébuchant à plusieurs reprises tant ses jambes peinaient à lui obéir.

Elle était toujours sous le choc.

Les deux se ruèrent dans les interminables corridors du château, zigzaguant entre les armes abandonnées et les larges flaques de peinture violette qui continuaient de s’étendre à une vitesse effrayante. Peu à peu, cette matière envahissait le sol sous leurs pieds, réduisant inexorablement l’espace où ils pouvaient encore circuler. Dans un geste paniqué, Bowser Jr lança sa masse à piques sur l’un des sbires qui surgissait devant eux avant d’attraper la main de Solfège pour l’entraîner à travers le chaos. Avec lui, elle ne risquait rien. C’était du moins ce qu’il se répétait pour se donner du courage tandis qu’ils progressaient tant bien que mal jusqu’au hall principal. Là, d’autres créatures émergèrent des flaques répandues sur le sol, se propageant telles une infection. Sans hésiter, Bowser Jr repoussa sa mama derrière lui avant de brandir sa masse à deux mains pour frapper le premier monstre qui tenta de les atteindre. Ils étaient rapides… et terriblement rusés. Les suivants esquivèrent sans difficulté les coups maladroits du jeune Koopa. L’arme qu’il maniait était bien trop imposante pour son petit corps, bien trop lourde pour lui permettre de réagir avec suffisamment de vitesse. Chacun de ses mouvements devenait plus lent, plus laborieux.

Animée par un instinct maternel, Solfège tenta de s’interposer entre lui et la créature… mais une silhouette surgit sur le côté pour les protéger tous les deux.

«Fuyez ! Ne vous retournez pas !» Aboya Bowser en écartant les bras pour protéger sa reine et son fils de son propre corps. En tournant brièvement la tête vers eux, il croisa leurs regards emplis de peur et d’inquiétude.

«Maintenant !» Insista-t-il tout en projetant un ennemi contre le mur d’un violent coup de bras. Cette fois, ils se résignèrent enfin à bouger après quelques secondes d’hésitation. Ils ne voulaient pas laisser Bowser derrière eux…

Mais la priorité de Solfège était de mettre le prince Koopa à l’abri, quoi qu’il arrive. Hochant la tête avec détermination, la jeune femme se remit sur ses jambes avant de saisir la main de Junior pour l’entraîner loin des affrontements. Malgré les protestations de la jeune tortue, malgré sa voix tremblante qui suppliait de ne pas abandonner son père, elle continua de courir sans ralentir. À mesure qu’ils s’éloignaient du hall principal, son cœur se serrait davantage en entendant les rugissements de son époux résonner derrière elle. Elle reviendrait le chercher, elle s’en faisait la promesse. Derrière eux, Bowser continuait de repousser les créatures avec une rage nouvelle. Tous ses coups, tous ses rugissements, toutes ses attaques n’étaient plus guidés que par une seule volonté : protéger ceux qu’il aimait et empêcher son château de tomber entre les mains de ces monstres. Alors qu’il luttait contre les sbires qui l’encerclaient, le roi des Koopas aperçut tout à coup l’un d’eux brandir une arme inconnue. Son regard se fixa aussitôt sur l’étrange canon métallique orange qu’il n’avait encore jamais vu. Pris de court, il leva les mains au moment où l’arme se mit à rougeoyer dangereusement.

La détonation éclata dans les couloirs, puis le rugissement de Bowser retentit à travers tout le château.

Solfège et Junior entendirent le cri déchirant résonner derrière eux, mais ni l’un ni l’autre n’osa se retourner. Ils n’avaient pas d’autre choix que d’avancer. Pourtant, leur fuite s’interrompit brutalement lorsqu’ils se retrouvèrent encerclés par les monstres de magie noire. Les créatures leur barraient complètement le passage… et leur nombre ne cessait d’augmenter. Tout autour d’eux, les flaques de peinture violette continuaient de s’étendre sur le sol tandis que de nouvelles silhouettes difformes en émergeaient lentement, leurs regards rivés sur eux. Forcer le passage était devenu impossible. Dans un réflexe protecteur, Solfège repoussa Junior derrière elle avant de reculer de quelques pas, s’éloignant de la porte principale désormais inaccessible. Son esprit cherchait désespérément une solution. Les toits… Oui, les toits représentaient sans doute leur meilleure chance ! Des gardes devaient encore patrouiller à bord de leurs vaisseaux Clowns autour de la forteresse. Avec un peu de chance, ils pourraient s’enfuir grâce à eux. Sans attendre davantage, les deux reprirent leur course en direction des étages supérieurs.

Le chaos atteignit alors son paroxysme. Une énorme explosion retentit, ébranlant toute la forteresse jusque dans ses fondations. L’une des turbines venait d’exploser dans un grondement assourdissant, provoquant une dangereuse inclinaison du château volant qui se mit à tanguer dans les airs, privé d’une partie de sa puissance. Pris au dépourvu, les Koopas sentirent la gravité les plaquer contre les murs. Plusieurs soldats furent projetés sur le côté, interrompant instantanément les combats acharnés qui faisaient encore rage dans les couloirs. Plus loin, les Koopalings perdirent eux aussi l’équilibre et dégringolèrent dans des cris de surprise, tentant maladroitement de retrouver leurs appuis alors que le château continuait de pencher. Les tableaux glissèrent des murs avant de se briser les uns après les autres dans un fracas continu. Les statues basculèrent de leurs socles sous la violence des secousses. Puis, au sommet du grand escalier, l’immense portrait de la famille royale finit lui aussi par céder. Le tableau dévala les marches avant d’exploser contre les dalles dans un craquement sinistre, séparant brutalement Solfège du reste de la famille représentée à ses côtés.

Dans les geôles brûlantes situées sous le château, la lave commença lentement à grimper vers les cages suspendues au-dessus de l’abîme incandescent. À l’intérieur de l’une d’elles, un pantin particulièrement agité se débattait nerveusement contre les barreaux, complètement perdu face au chaos qui secouait la forteresse.

«Qu’est-ce qui se passe ?! Sortez-moi de là !» Hurla-t-il désespérément, espérant que quelqu’un vienne enfin le sauver.

Solfège et Junior étaient finalement parvenus jusqu’aux toits lorsque le château perdit l’une de ses turbines. L’explosion fut si violente qu’ils furent tous les deux projetés au sol. À peine eurent-ils le temps de reprendre leurs esprits qu’ils durent se relever précipitamment pour s’agripper au rebord des tours, empêchant de justesse leurs corps de glisser dans le précipice. Le château continuait de pencher. Progressivement, la lave contenue dans les profondeurs de la forteresse commença à se déverser dans le ciel nocturne, traçant de longues cascades flamboyantes qui embrasaient les ténèbres d'une inquiétante lueur orangée. En découvrant l'immensité du gouffre sous leurs pieds, Bowser Jr poussa un cri de panique. Ses petits yeux noirs s'écarquillèrent de terreur tandis que ses griffes se crispaient désespérément contre la pierre froide. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que le château volant ne s'écrase quelque part dans le Pays-Noir. Soudain, Solfège perdit appui. Ses pieds glissèrent et son corps bascula dangereusement par-dessus le rebord. Junior attrapa sa main au tout dernier instant, retenant de toutes ses forces la reine suspendue au-dessus du vide.

À présent, l’inclinaison de la forteresse était telle que tout le royaume semblait inexorablement glisser vers sa perte. Autour d’eux, des débris, des blocs de pierre et des torrents de lave continuaient de s’abîmer dans le vide. Dominant le chaos, l’immense tête sculptée de Bowser paraissait presque les observer avec moquerie, alors que la lave s’écoulait de ses narines et de ses yeux comme d’immenses larmes de feu. Suspendue au-dessus du précipice, Solfège releva les yeux vers Junior qui peinait à la maintenir, le bras tremblant et les dents serrées sous l’effort. Elle voyait bien que ses griffes glissaient peu à peu sur la pierre… Elle était beaucoup trop lourde pour un si petit Koopa. Sa décision fut prise. Esquissant un sourire empreint de tristesse, elle contempla son fils adoptif quelques instants, comme pour graver une dernière fois son petit visage dans sa mémoire. Avec une infinie tendresse, elle vint envelopper sa petite main de la sienne, ses longs cheveux rouges dansant autour d’elle sous la violence des bourrasques.

Le temps sembla s’arrêter.

Puis, délicatement, elle força ses doigts à lâcher son bras.

«Mama !» Hurla Bowser Junior d’une voix brisée par l’horreur.

Sous ses yeux impuissants, Solfège bascula dans le vide avant de disparaître peu à peu dans l’épaisse mer de nuages noirs entourant la forteresse.

Le ciel se déchira.

À suivre…

Dites-moi ce que vous en avez pensé 😉 Un cliffhanger en bonne et due forme, pas vrai ?

VP


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