Les fragments d'une voix

Chapitre 10 : L'Ombre

Par VendettaPrimus

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J’ai énormément travaillé sur ce chapitre… Alors j’espère sincèrement qu’il sera à la hauteur de vos attentes ! Personnellement, j’ai adoré l’écrire ! Je me suis beaucoup amusée avec les descriptions.

Alors accrochez vos ceintures, ça va secouer !

Aussi, je vous invite à suivre l'Instagram de Solfège, pour des dessins inédits sur l'histoire ! -> oc_cinder_vp

 Chapitre 10 – L’Ombre

Quelque part dans les profondeurs du château volant de Bowser, loin des couloirs animés, se cachait une vieille pièce reculée dont l’existence s’était perdue au fil des années. Au centre de la salle se dressait un immense miroir recouvert d’un voile blanc. Tout autour de lui s’entassaient des meubles délaissés, des objets remisés et d’anciennes décorations reléguées ici avec le temps, comme si cette pièce servait de refuge à tout ce que le château ne souhaitait plus exposer. Une épaisse couche de poussière recouvrait chaque surface tandis que des draps jaunis enveloppaient le mobilier, pareils à des silhouettes fantomatiques figées dans l’obscurité.

Les toiles d’araignée s’étendaient jusqu’aux recoins du plafond, témoignant du fait que plus personne ne s’aventurait dans cet endroit depuis bien longtemps. Même l’air paraissait plus lourd, imprégné de l’odeur du bois ancien et des années écoulées. Dans un angle de la pièce reposaient plusieurs horloges comtoises mises au rebut, appuyées les unes contre les autres dans une immobilité presque solennelle. Aucune de leurs aiguilles ne bougeait plus depuis longtemps.

Aux yeux du roi, ces objets étaient devenus de véritables démons. De douloureux rappels d’un passé qu’il préférait ne plus voir ni entendre. Condamnés à être oubliés, ils étaient destinés à passer le reste de l’éternité dans cette prison de poussière et d’obscurité. Pour un véritable collectionneur, en revanche, cette pièce aurait représenté un trésor inestimable. Chaque objet renfermait un fragment de l’histoire du royaume, abandonné aux oubliettes avec les souvenirs qu’il portait. Mais ce soir-là, quelque chose vint troubler l’inquiétante quiétude des lieux. Au centre de la pièce, une étrange lueur rose violacée se mit soudain à pulser derrière le voile recouvrant le grand miroir.

Peu à peu, un tourbillon magique prit forme à la surface de la glace. Il tournoya lentement, gagnant progressivement en intensité. L’énergie soulevait délicatement le tissu dans un léger bruissement, donnant l’impression que quelque chose cherchait à s’en extraire. L’air lui-même semblait vibrer autour du miroir, chargé d’une magie ancienne et inquiétante. Puis, sans le moindre bruit, une silhouette sombre traversa la glace avant de glisser sur le sol avec fluidité, semblable à une ombre se faufilant dans la pénombre. Pas une seule empreinte ne marquait son passage. La mystérieuse intruse reproduisait ce même rituel depuis plusieurs jours déjà.

À force d’observer les lieux et d’arpenter les interminables couloirs du château, la silhouette connaissait désormais chaque détour, chaque passage secret et chaque angle mort de la forteresse. Grâce à cela, elle pouvait s’y déplacer sans éveiller le moindre soupçon. Se glissant sans difficulté sous une porte verrouillée à double tour, l’ombre poursuivit sa progression le long des murs de pierre encore tièdes. Elle se hissa ensuite avec une agilité déconcertante le long des parois, puis jusqu’au plafond, afin d’éviter les gardes qui patrouillaient inlassablement dans les corridors.

Finalement, la silhouette silencieuse s’immobilisa près d’une haute fenêtre étroite pour observer l’extérieur. Au loin, les éclairs déchiraient sans relâche le ciel obscur tandis que les grondements du tonnerre faisaient vibrer les vitres. D’épais nuages noirs continuaient de s’amonceler à l’horizon. Une tempête encore plus violente qu’à l’accoutumée était en train de se préparer. La lueur des éclairs faisait brièvement scintiller son unique œil rouge avant de le replonger dans l’obscurité. Après quelques instants, l’ombre détourna finalement son attention et reprit sa route vers l’étage inférieur. Attirée par une voix grave qui résonnait dans les profondeurs du château.

Une chanson. La mélodie s'élevait entre les murs de pierre avec une étonnante douceur, contrastant avec l’atmosphère intimidante de la forteresse volante.

Et cette voix appartenait à nul autre que Bowser lui-même.

Solfi…

Ma douce reine…

Quand la tempête frappe aux fenêtres

Et que le tonnerre gronde dehors,

Y a que ta voix pour faire taire

Le vacarme qui brûle encore

Interpellée, l’ombre se glissa discrètement jusqu’à la salle du piano, située au centre de la plateforme flottante surplombant la lave en fusion. Le roi des Koopas s’y trouvait, assis devant son imposant piano noir. Ses doigts glissaient lentement sur les touches d’ivoire alors que sa voix grave accompagnait la mélodie.

Solfi, reste près de moi

Ton regard calme même le roi

Tes cheveux rouges comme la lave

Dansent comme un feu dans la nuit

Et tes grands yeux verts pleins de tendresse

Rendent ce vieux château moins gris

L’immense pièce baignait dans les reflets rougeoyants du magma qui ondulait sous les passerelles métalliques du château. Les flammes projetaient des ombres mouvantes sur les murs de pierre noire, donnant l’impression que toute la salle respirait au rythme de la musique. Dissimulée dans un recoin plongé dans l’obscurité, la mystérieuse silhouette observa longuement le grand Koopa, entièrement absorbé par sa chanson.

Solfi… ma reine adorée

Je pourrais tout abandonner

Tu écoutes même mes colères,

Mes plans, mes guerres et mes envies

Et quand tu prends ma main dans la tienne,

J’ai l’impression d’avoir gagné la vie

Après encore quelques instants passés à observer la scène, la silhouette quitta silencieusement la salle avant de se faufiler une nouvelle fois dans les couloirs, à la recherche d’une cible bien précise. Derrière elle, la chanson d’amour de Bowser continuait de résonner à travers le château…

Oh Solfi…

Mon cœur est à toi

Pour toujours, ma reine…

Je t’aime plus fort que mille royaumes à la fois

Cette fois-ci, l’intruse prit la direction des sous-sols.

Elle progressait d’ombre en ombre, se fondant parfaitement dans l’obscurité des couloirs comme si elle en faisait elle-même partie. Son talent pour le camouflage était tel qu’aucun garde, aucun serviteur, ni même aucun Koopa n’était capable de remarquer sa présence. À plusieurs reprises, des soldats passèrent à quelques centimètres d’elle sans jamais soupçonner qu’une étrange créature les observait en silence. Sa progression était d’une discrétion absolue. Après plusieurs détours à travers les profondeurs du château, elle atteignit finalement l’immense hangar où trônait Megaleg, le robot géant du fils du roi. Même inachevée, la machine dominait toute la pièce de sa silhouette colossale.

Depuis plusieurs jours, la mystérieuse intruse suivait discrètement l’avancement de sa construction, analysant le moindre détail, chaque modification ainsi que les conversations échangées par les ouvriers. Grâce à sa patience, elle avait fini par comprendre à quoi cette gigantesque machine était réellement destinée. Une information particulièrement intéressante… Elle semblait d'ailleurs porter une attention toute particulière aux inventions de Bowser Junior. Comme presque chaque soir, les Koopalings s’affairaient encore autour du robot pour en achever les dernières finitions aux côtés du Toad surnommé Terry… Et c’était précisément lui qui éveillait le plus sa méfiance. Quelque chose dans son attitude lui donnait l’impression qu’il était bien plus observateur qu’il ne voulait le laisser paraître.

Glissant discrètement jusqu’à un petit atelier aménagé sur le côté droit du hangar, l’ombre finit par apercevoir Bowser Jr. assis seul à son établi. Le Pistoréducteur du jeune prince reposait devant lui, au milieu d’une table encombrée de vis, de plans griffonnés et de composants mécaniques partiellement démontés. Penché sur son ouvrage avec sérieux, Bowser Junior manipulait délicatement un tournevis entre ses griffes tout en ajustant l’un des mécanismes internes de son arme. Sa langue dépassait légèrement de sa bouche, signe qu’il était entièrement absorbé par son travail.

Lentement, l’ombre s’étira dans son dos avant de ramper le long du dossier de sa chaise jusqu’à venir observer chacune de ses manipulations par-dessus son épaule. Cependant, Bowser Junior était loin d’être naïf pour son âge. Depuis plusieurs jours déjà, il avait l’étrange sensation qu’une présence rôdait dans le château. Une entité invisible. Une présence qui semblait épier chacun des habitants de la forteresse depuis les ténèbres. Et leur première rencontre avait été particulièrement satisfaisante… L’intruse avait volontairement cherché à le déstabiliser ce soir-là, apparaissant juste assez longtemps pour éveiller sa méfiance avant de disparaître aussitôt dans la noirceur.

Elle avait voulu qu’il en parle à son père. Qu’il commence à douter. À regarder derrière lui. À craindre l’obscurité des couloirs. Car l’ombre aimait profondément la peur qu’elle semait chez les autres… Elle s’en nourrissait.

Remontant les escaliers menant aux chambres du château, l’ombre calcula une nouvelle fois le nombre de gardes effectuant leur ronde nocturne. Depuis tout ce temps, elle observait leurs déplacements, mémorisant leurs habitudes, leurs horaires ainsi que les rares instants où leur vigilance faiblissait. En réalité, cela faisait déjà un bon moment qu’elle étudiait le terrain. Elle analysait le comportement de chacun afin d’être parfaitement préparée lorsque l’heure serait venue. Prête à passer à l’action. Prête à frapper là où cela ferait le plus mal. Rapidement. Furtivement. Avec une précision chirurgicale. La phase d’observation touchait à sa fin. Il était temps de passer à l’action…

Cette nuit, quelque chose allait se produire. Se glissant derrière les immenses chandeliers en fer forgé qui bordaient les couloirs, la silhouette souffla une à une les bougies sur son passage. Les ténèbres étaient son refuge, son domaine. Plus elles envahissaient les lieux, plus ses déplacements devenaient fluides, silencieux… invisibles. Les flammes vacillèrent les unes après les autres avant de s’éteindre dans de fins filets de fumée blanche. Bientôt, seuls les grondements lointains de l’orage venaient encore troubler le silence pesant qui régnait dans les corridors.

Plus loin, deux gardes postés devant une salle aux trésors tressaillirent lorsque qu’un courant d’air glacial balaya soudain l’allée, éteignant leurs chandelles d’un seul souffle.

«Tu as senti ça ?» Questionna l’un d’eux, un mauvais pressentiment lui nouant l’estomac.

Interloqués, les deux gardes balayèrent nerveusement le couloir du regard, cherchant l’origine de ce brusque changement d’atmosphère. L’air leur paraissait anormalement froid, au point que l’un d’eux laissa échapper un léger frisson. Comme si une présence inquiétante rôdait dans les entrailles du château. Désormais plongés dans une pénombre presque totale, les deux Koopas avancèrent prudemment à tâtons, leurs griffes se resserrant instinctivement autour de leurs lances. Le plus petit bruit de pierre suffisait à les faire sursauter. Pendant ce temps, l’ombre poursuivait inlassablement sa progression.

Se glissant sous les portes les unes après les autres comme une traînée de fumée vivante, elle finit par atteindre une vaste salle débordant d’ouvrages consacrés à la magie. Des centaines de livres anciens s’entassaient jusqu’au plafond sur d’immenses étagères en bois noir. Des fioles lumineuses, des parchemins et d’étranges artefacts encombraient les grandes tables du laboratoire. Au centre de la pièce, Kamek se tenait debout sur un marchepied. Il était penché au-dessus de son chaudron magique en pleine ébullition, d’où s’échappaient de petites bulles colorées.

Un vieux grimoire ouvert dans une main, le Magikoopa faisait lentement tournoyer sa baguette de l’autre tout en récitant son invocation avec une profonde concentration. Les lueurs vertes et bleutées de son sort illuminaient faiblement ses immenses lunettes tandis qu’une fumée mystique s’élevait paresseusement du chaudron. Chaque nouvelle formule faisait jaillir une pluie d’étincelles qui disparaissait presque aussitôt dans les volutes de fumée. Bien trop absorbé par son expérience, le vieux sorcier ne remarqua ni la mystérieuse silhouette qui venait de pénétrer dans la pièce… ni le froid inhabituel qui s’installait peu à peu dans le château.

À en juger par les nombreux ouvrages ouverts autour de lui, Kamek s’exerçait à de nouveaux sorts particulièrement complexes. Constatant avec satisfaction qu’il resterait occupé encore un bon moment, l’ombre rebroussa chemin pour rejoindre sa véritable destination. Celle située au bout du corridor : la chambre royale. Pas une seule fois elle ne tourna la tête vers le Magikoopa. Il ne faisait manifestement pas partie de ses priorités. Accélérant sa progression, elle parvint rapidement devant l’imposante porte verrouillée avant de s’infiltrer à travers l’étroit interstice de la serrure, telle une fumée vivante.

Une fois à l’intérieur, elle glissa sous l’immense lit à baldaquin, façonné dans un bois sombre rehaussé de riches dorures que la lueur des chandelles faisait délicatement scintiller. Depuis les profondeurs de sa cachette, l’ombre observait en silence l’humaine assise devant sa coiffeuse, le dos tourné. La jeune femme brossait lentement ses longs cheveux rouges, semblables à de la lave, tout en fredonnant une douce mélodie dans le calme apaisant de la chambre. Complètement inconsciente du danger qui se trouvait à seulement quelques mètres d’elle. L’intruse attendait cet instant avec une infinie patience. Chaque distraction, chaque garde éloigné, chaque habitant occupé ailleurs dans le château avait été soigneusement anticipé.

Elle voulait Solfège seule. Vulnérable… Sans personne pour intervenir. Elle ne la quittait pas de son unique œil rouge, immobile, comme un prédateur observant sa proie avant de bondir. Tapie dans l’obscurité, l’ombre continua d’étudier sa cible avec une attention presque obsessionnelle avant de se faufiler entre les meubles et les objets décoratifs de la pièce. Elle progressait avec une telle précaution que rien ne semblait pouvoir trahir sa présence… jusqu’à ce qu’un léger faux mouvement fasse tinter un petit objet en cristal. Le son résonna dans toute la chambre. Assise devant sa coiffeuse, Solfège se figea avant de tourner vivement la tête en direction du bruit.

«Qui est là ?» Lança-t-elle en fronçant les sourcils, ses yeux verts balayant la pièce du regard. Son cœur venait de manquer un douloureux battement.

Dans sa cachette, l’ombre demeura parfaitement immobile avant de reculer lentement hors du halo des chandelles pour ne pas être démasquée. Dissimulée entre les bibelots et les précieux ornements de la chambre, elle observait attentivement Solfège, qui venait de se redresser. Elle était dorénavant sur ses gardes. Les yeux de la reine continuaient de parcourir la pièce avec méfiance, cherchant désespérément l’origine de ce tintement. Elle n’était pas naïve. Depuis plusieurs jours déjà, l’humaine soupçonnait la présence d’un intrus dans le château.

Quelqu’un qui l’observait depuis les ombres. À plusieurs reprises, cette mystérieuse inconnue avait effectivement commis quelques erreurs d’inattention. De petits détails, en apparence insignifiants… mais largement suffisants pour éveiller sa méfiance. Les sourcils légèrement froncés, Solfège inspectait le moindre recoin susceptible d’abriter une créature tandis que le silence oppressant de la chambre semblait résonner jusque dans ses oreilles. Finalement, après plusieurs longues secondes, elle détourna le regard avant de se tourner de nouveau vers son miroir.

Et son sang se glaça immédiatement.

À l’intérieur du miroir se tenait une silhouette sombre aux contours déformés, parfaitement immobile, un unique œil rouge braqué sur elle depuis les profondeurs de la glace. Les yeux de la reine s’écarquillèrent de terreur alors qu’un violent sursaut parcourait tout son corps. Pendant un bref instant, elle fut incapable de détourner le regard de cette apparition. L’instant suivant, tout s’accéléra. L’ombre se pencha soudainement hors du miroir, comme si sa surface n’était qu’un simple voile liquide. Deux immenses mains bleues translucides jaillirent aussitôt dans sa direction pour tenter de l’agripper. Leurs longs doigts spectrales se refermèrent dans un sifflement glacial qui fit frissonner l’air de la chambre.

Paralysée une fraction de seconde par l’effroi, l’humaine parvint malgré tout à réagir par pur réflexe. Elle se jeta sur le côté à la dernière seconde, juste avant que les mains fantomatiques ne se referment à l’endroit précis où elle se trouvait un instant plus tôt. Sa chaise bascula dans un fracas assourdissant tandis que Solfège s’écrasait lourdement sur le sol de pierre en laissant échapper un gémissement de douleur. Sa couronne roula sur plusieurs mètres avant de disparaître sous un meuble. Lorsqu’elle releva précipitamment la tête, sa respiration était déjà devenue courte et saccadée.

Elle n’eut cependant pas le temps de retrouver sa lucidité que la silhouette noire fondit de nouveau sur elle. Les immenses mains translucides s’abattirent avec violence, mais Solfège parvint à reculer précipitamment jusqu’au lit avant qu’elles ne puissent l’atteindre. Plaquée contre le bois du baldaquin, la reine fixait avec horreur l’entité qui la dominait. Elle n’avait jamais vu une créature pareille ! Son corps semblait entièrement composé d’ombres ; seul son unique œil rouge, brillant dans l’obscurité, était parfaitement visible. Un cri de surprise échappa à Solfège quand les mains repartirent à l’assaut.

Instinctivement, elle grimpa sur le lit avant de se laisser glisser de l’autre côté pour esquiver l’attaque à la dernière seconde. Les mains fantomatiques s’écrasèrent violemment contre le baldaquin dans un fracas assourdissant, projetant bibelots, livres et autres objets aux quatre coins de la chambre. Le bois massif craqua sous la violence du choc, laissant apparaître de profondes fissures dans les montants du lit. L’entité cherchait manifestement à s’emparer d’elle. À en juger par la façon dont son œil rouge se rétrécissait sous l’effet de la frustration, elle commençait déjà à perdre patience face à la résistance inattendue de sa cible.

Solfège peinait de plus en plus à repousser les offensives de l’ombre, dont l’acharnement à son égard ne cessait de croître. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? L’humaine n’eut toutefois pas le temps de chercher une réponse car la créature passa de nouveau à l’attaque, sans la moindre hésitation. Ses longs doigts fantomatiques frôlèrent ses cheveux rouges au passage, manquant de peu de refermer leur étreinte glaciale sur elle. Quelques mèches s’élevèrent dans leur sillage, soulevées par le souffle glacé qui accompagnait leurs mouvements. À chaque assaut, l’entité se montrait plus agressive… plus rapide, gagnée par l’irritation.

Ce petit jeu ne pouvait pas durer éternellement. Le souffle court, Solfège sentait déjà ses forces l’abandonner. Ses jambes devenaient de plus en plus lourdes, et chacune de ses esquives lui demandait un effort considérable. Le pire, c’était que son unique porte de sortie se trouvait juste derrière la créature. Celle-ci s’était délibérément placée devant l’issue de la chambre, l’acculant comme une proie prise au piège. Mais cette chose n’était pas vraiment solide… pas vrai ? Une idée traversa soudain l’esprit de la reine. Attendant que l’entité se penche une nouvelle fois vers elle pour tenter de la saisir, Solfège serra les dents avant de prendre son élan. Tout allait se jouer sur cette tentative.

Puis, dans un mouvement désespéré, elle fonça droit à travers le corps de l’ombre qui se dressait entre elle et sa liberté. Un froid surnaturel l’enveloppa aussitôt, lui arrachant un violent frisson jusque dans la poitrine. À sa grande surprise, Solfège traversa entièrement la créature avant de réapparaître de l’autre côté, manquant de peu de perdre l’équilibre dans son élan. Pendant un bref instant, l’intruse demeura figée. Son œil rouge vacilla légèrement tandis que ses mouvements devenaient plus saccadés et désordonnés. Elle ne s’attendait pas à voir sa cible lui échapper de cette manière. Elle avait sous-estimé sa réaction. Cette courte hésitation suffit pourtant à Solfège pour reprendre l’avantage.

Le cœur battant à tout rompre, la jeune femme ne perdit pas une seconde. Elle pivota vivement, se précipita vers l’issue de la chambre et agrippa fébrilement la poignée. La porte s’ouvrit à la volée. Un souffle d’air froid venu du couloir balaya son visage. Sans ralentir, elle s’élança hors de la chambre. Ses pas résonnèrent bruyamment dans le couloir alors qu’elle s’éloignait à toute vitesse. Ses jambes tremblaient encore sous l’effet de l’adrénaline, mais une seule pensée occupait désormais son esprit : mettre le plus de distance possible entre cette créature… et elle. Le vacarme provoqué dans la chambre avait déjà alerté plusieurs gardes Koopas. Quatre d’entre eux arrivaient justement dans le corridor, attirés par les bruits de lutte et le fracas du mobilier renversé, prêts à intervenir.

«Un intrus !» Parvint difficilement à crier Solfège entre deux respirations haletantes, lancée dans une course effrénée. À peine les gardes eurent-ils compris la situation que leurs visages se fermèrent.

«La reine est en danger ! Lancez immédiatement l’alerte générale !» Ordonna l’un des Koopas d’une voix autoritaire après avoir dégainé sa lance. En quelques secondes, les soldats se déployèrent dans le couloir. Certains partirent prévenir le reste du château pendant que les autres vinrent instinctivement se placer devant Solfège, formant un rempart destiné à la protéger.

Dans la chambre laissée grande ouverte, l’intruse abandonna sa forme agressive pour redevenir une simple ombre mouvante, capable de se déplacer discrètement à travers le château. Maintenant que l’alerte générale avait été déclenchée, poursuivre son attaque de front serait beaucoup trop risqué. Elle devait changer de stratégie. Son plan entrait dans sa phase décisive. Et surtout… il était temps d’en finir avant que tout le château ne s’éveille. Chaque minute qui passait jouait désormais contre elle. Déterminée à mener sa mission jusqu’au bout, l’ombre regagna les étages supérieurs avant d’atteindre un long corridor plongé dans une pénombre presque totale.

Les deux gardes Koopas de tout à l’heure montaient toujours la garde devant la mystérieuse salle secrète qu’ils protégeaient jour et nuit. Entre-temps, ils avaient rallumé les chandelles fixées aux grands candélabres afin d’y voir plus clair. Mais ce fragile répit fut de courte durée. Une présence glaciale balaya soudain le corridor. Les deux soldats échangèrent un regard inquiet avant de resserrer instinctivement leur prise sur leurs lances. Les flammes vacillèrent les unes après les autres avant de s’éteindre, laissant derrière elles de fins filets de fumée blanche, exactement comme un peu plus tôt. Au grand désespoir des gardes.

«Sérieusement ?! Encore ces fichus courants d’air…» Râla l’un des Koopas à la carapace rouge en plissant les yeux dans l’obscurité, cherchant à distinguer ce qui se passait. Cela ne pouvait pas être une coïncidence, il en était persuadé.

Et il avait raison.

Derrière eux, une masse obscure s’éleva lentement des ténèbres. Ses immenses mains translucides émergèrent en silence avant de fondre sur les deux gardes Koopas. D’un geste sec, elles agrippèrent leurs casques puis projetèrent brutalement leurs têtes l’une contre l’autre. Le bruit sourd de l’impact résonna dans le corridor avant que les deux soldats ne s’effondrent lourdement au sol, inconscients. La voie était libre. Retrouvant aussitôt sa forme d’ombre mouvante, l’intruse se glissa sous la porte de la salle la plus précieuse du château. Et à juste titre. Derrière celle-ci étaient entreposées les plus dangereuses reliques de Bowser. Des armes anciennes, des objets maudits et d’étranges artefacts accumulés au fil des années par le roi Koopa.

La pièce était relativement exiguë, mais les secrets qu’elle renfermait valaient probablement davantage que n’importe quel trésor du château. Alors, pourquoi seulement deux gardes à l’entrée ? Une erreur stratégique monumentale… ou, plus simplement, un excès de confiance. L’intruse, elle, n’avait besoin que d’une seule faille pour atteindre son objectif. Au fond de la salle, une unique fenêtre donnait sur l’extérieur du château volant. Dehors, la nuit engloutissait entièrement l’horizon tandis que les éclairs de l’orage illuminaient parfois la pièce d’une lueur blafarde, révélant, le temps d'un éclair, les silhouettes inquiétantes des meubles et des reliques entassés dans la pénombre.

Néanmoins, l’intruse savait parfaitement ce qu’elle était venue chercher dans cette pièce. Un artefact capable de répandre le chaos. Suffisamment dangereux pour provoquer de véritables catastrophes s’il tombait entre de mauvaises mains… ce qui était précisément en train d’arriver. Se glissant entre les étagères et les reliques couvertes de poussière, l’ombre inspecta chaque objet avec une attention méticuleuse jusqu’à trouver enfin ce qu’elle recherchait depuis le début. Le pinceau magique. Relativement imposant, l’artefact semblait pourtant tout à fait ordinaire au premier abord.

Son apparence simple et inoffensive ne laissait absolument pas deviner l’immense pouvoir qu’il renfermait… ni les ravages qu’il pouvait provoquer entre les mains de quelqu’un sachant en exploiter tout le potentiel. Soudain, un violent éclair déchira le ciel à l’extérieur du château, inondant brièvement la salle d’une lueur spectrale. Durant cette fraction de seconde, le pinceau se dessina nettement entre les mains de l’intruse, qui le brandissait au-dessus d’elle avec une satisfaction malsaine. Déjà, une sombre énergie magique se propageait autour de ses doigts translucides. Elle serpentait lentement le long du manche telle une créature vivante.

L’artefact sembla réagir à son contact, comme s’il s’éveillait enfin après un très long sommeil.

«Réveille-toi… et révèle-moi ton véritable pouvoir.» Déclara une voix monotone en abaissant les poils du pinceau contre le sol afin d’y tracer une forme ovale. Au passage du pinceau, une peinture violette surgit du néant pour donner vie au dessin.

«Oui… Je le sens. Cette magie ne demandait qu’à être libérée.» Poursuivit la voix, lente et déformée, pareille à une multitude de murmures qui se superposaient, nés des profondeurs des ténèbres.

«Que la fête commence.»

Partout dans le château de Bowser, d’étranges créatures violacées commencèrent à émerger des ombres et des flaques de peinture magique qui se répandaient dans les couloirs. Nées de la matière noire du pinceau magique, ces abominations prenaient l’apparence des nombreuses espèces vivant habituellement dans le royaume. Des Hériss aux piquants dégoulinants d’une peinture obscure, des Bob-omb dont les yeux brillaient d’une inquiétante lueur, des Koopas entièrement recouverts d’une substance violette en perpétuel mouvement ou encore des Plantes Piranha aux mâchoires déformées… Tout ce qui pouvait attaquer, mordre ou détruire semblait désormais répondre à la volonté de l’ombre.

L’esclandre qui s’ensuivit plongea la forteresse dans une confusion totale. Des cris de panique éclataient de toutes parts tandis que les soldats Koopas tentaient désespérément de repousser l’assaut de ces monstres. Les Koopas ailés survolaient les combats en décochant une pluie de flèches au-dessus de leurs compagnons, qui formaient tant bien que mal une ligne de défense avec leurs lances. Les ordres des officiers se mêlaient aux explosions des Bob-omb et aux rugissements des créatures, transformant les couloirs en un véritable champ de bataille. Mais leurs ennemis étaient beaucoup trop nombreux… À chaque monstre abattu, d’autres émergeaient déjà un peu plus loin, comme si le château lui-même les engendrait sans fin.

Comprenant que les défenses ne tiendraient plus très longtemps, plusieurs soldats commencèrent à évacuer les habitants vers l’extérieur du château afin d’éviter un véritable massacre. Les couloirs furent bientôt envahis par une foule affolée que les gardes s’efforçaient de canaliser malgré une agitation grandissante. Au cœur de cette cohue, le général Koopa borgne dirigeait les troupes avec autorité, aboyant ses ordres de toutes parts comme il l’avait fait durant toute sa carrière militaire. Pourtant… même lui était profondément ébranlé. En toutes ces années passées au service du royaume, il n’avait encore jamais été confronté à une magie aussi étrange… ni à une menace d’une telle ampleur. Son instinct de vétéran lui soufflait que cette attaque n’avait rien d’un simple assaut ennemi.

Une force inconnue s’était infiltrée au cœur même du château. Le général Koopa para de justesse l’attaque d’un Frère Marto violacé avant de riposter d’un puissant coup de lance qui repoussa la créature dans un mouvement sec. Malgré toute son expérience militaire, ces monstres de peinture se montraient imprévisibles et particulièrement agressifs. Rien dans leurs mouvements n'obéissait à une logique naturelle. Ils ne ressentaient ni la peur ni la douleur. Au milieu des cris et des affrontements qui secouaient les couloirs, le vieux soldat comprit une chose : la famille royale devait quitter le château immédiatement.

«Allez chercher la reine et Bowser Jr. ! Maintenant !» Rugit-il en repoussant une nouvelle attaque. Ils devaient être évacués sur-le-champ.

De son côté, Bowser était complètement submergé. Il ne s’était absolument pas attendu à l’apparition de ces créatures nées de la magie noire. Ils avaient tous été pris par surprise. Plus la peinture gagnait du terrain, plus de nouvelles créatures prenaient forme sous leurs yeux. Dans le fracas des armes, une succession d’explosions faisait vibrer les murs de la forteresse tandis que Bowser combattait férocement aux côtés de ses vaillants soldats. Son puissant souffle enflammé réduisait en cendres les monstres qui tentaient de l’encercler, alors que ses énormes poings pulvérisaient ceux qui avaient l’imprudence de s’approcher trop près de lui.

Chaque coup faisait trembler le sol sous son immense carrure. Chaque rugissement devenait l’exutoire de sa peur de perdre ceux qu’il aimait. Mais malgré sa force colossale, les assauts se faisaient toujours plus nombreux… À chaque créature anéantie, d’autres émergeaient déjà des flaques magiques qui continuaient de s’étendre dans les corridors. Les soldats se battaient avec acharnement, mais leurs efforts semblaient dérisoires face à cette marée d’ennemis. Peu importait le nombre d’invocations qu’ils éliminaient, cette armée d’ombres ne cessait de grandir. Pour la première fois depuis longtemps, Bowser avait la désagréable impression que la bataille lui échappait.

Plus loin dans la forteresse assaillie de toutes parts, Solfège ne pouvait qu’assister avec horreur à la destruction progressive du château emblématique. Partout autour d’elle résonnaient des cris, des explosions et le fracas des armes, les combats faisant rage à chaque étage. Plusieurs gardes Koopas l’avaient aussitôt entourée afin de l’évacuer vers un endroit sûr, mais l’humaine refusait catégoriquement de partir sans Bowser Jr. Impossible. Elle ne l’abandonnerait jamais ! Son regard balayait frénétiquement les alentours, espérant apercevoir la moindre trace du jeune prince.

Le cœur serré par l’angoisse, Solfège se dégagea brusquement de l’emprise des soldats avant de s’élancer dans les corridors. Son esprit imaginait déjà le pire. Le petit Koopa était peut-être caché quelque part, complètement terrifié… ou, au contraire, suffisamment téméraire pour tenter d’affronter ces créatures, persuadé que son entraînement lui permettrait de s’en sortir. Mais l’idée de le savoir seul face à ces monstres lui était insupportable. Elle accéléra encore, ignorant les appels des gardes qui lui ordonnaient de revenir. Une Plante Piranha surgit soudain d’une flaque de peinture violette pour tenter de la mordre. Solfège esquiva l’attaque de justesse avant de reprendre sa course à travers la forteresse dévastée.

«Junior !» Cria-t-elle sans relâche en traversant les couloirs envahis par le monde. Des vaisseaux Clowns filaient à toute allure au-dessus de sa tête, leurs hélices brassant l’air brûlant du château, alors que les Koopalings participaient eux aussi aux affrontements.

Les tirs d’énergie de Ludwig illuminaient par instants les galeries. Roy pulvérisait les monstres de peinture à coups de poing, et Lemmy rebondissait dans tous les sens pour esquiver les attaques de ces créatures violacées. Même Terry traversait la forteresse à toute vitesse au volant de sa petite voiture rose, renversant les sbires sur son passage dans un rire dément. Puis, au détour d’un corridor, quelque chose s’anima brusquement dans l’angle mort de Solfège. Avant même qu’elle ne puisse réagir, deux immenses mains translucides jaillirent des ténèbres et se refermèrent violemment autour d’elle, l’emprisonnant dans un véritable étau.

Une froideur surnaturelle traversa son corps tandis que ses pieds quittaient le sol sous la puissance de l’étreinte. L’ombre l’avait attendue. C’était une embuscade minutieusement préparée. Elle s’était servie du chaos pour attirer sa proie exactement là où elle le voulait. Un gémissement étranglé échappa à Solfège. Elle se débattait désespérément contre cette poigne monstrueuse qui comprimait douloureusement sa poitrine, l’empêchant presque de respirer. Les battements affolés de son cœur résonnaient jusque dans ses oreilles lorsqu’elle releva enfin les yeux vers la créature qui la retenait captive. Cette fois, elle était face à elle. Plus rien ne les séparait. Et son souffle se bloqua dans sa gorge.

L’ombre avait changé. Elle n’était plus dématérialisée.

Bien plus grande que Solfège, l’entité flottait au-dessus du sol telle une apparition venue d’un autre monde. Son corps, anormalement long et élancé, était recouvert d’une matière rose violacée scintillante évoquant un ciel nocturne constellé d’étoiles. En son centre brillait une étoile, incrustée dans sa poitrine. Pourtant, malgré cette beauté presque hypnotique, sa simple présence inspirait un profond malaise. Elle ne possédait aucun véritable visage. À la place, une sorte de capuche organique enveloppait entièrement sa tête, marquée d’une inquiétante spirale noire au cœur de laquelle brillait un unique œil rouge perçant les ténèbres.

Cet œil, rivé sur Solfège, ne clignait jamais. Il restait parfaitement immobile, dénué de la moindre émotion. Autour de son immense corps ondulaient plusieurs longues bandes rappelant les tentacules d’une pieuvre, flottant dans les airs avec une grâce irréelle. Aucun souffle ne les agitait ; elles se mouvaient de leur propre volonté. Horrifiée, la reine tenta une nouvelle fois de se libérer, mais l’entité resserra davantage son immense main autour de son corps, lui arrachant un gémissement de douleur. Malgré tous ses efforts, cette poigne gigantesque la maintenait prisonnière.

«Lâchez-moi !» S’étouffa Solfège entre ses dents serrées.

«Ta voix ne devrait pas apaiser… Elle devrait régner.» Déclara la créature d’une voix monocorde, presque mécanique.

Son œil rouge se rétrécit dangereusement tandis que son autre main fantomatique s’élevait avec une lenteur calculée devant Solfège. Prisonnière de l’étau qui comprimait toujours sa poitrine, la reine n’eut même pas la possibilité de reculer. Puis, les longs doigts traversèrent sa gorge. Une douleur étrange irradia aussitôt dans son cou, mordante et profondément désagréable. Les yeux écarquillés de stupeur, Solfège vit alors une petite sphère de lumière blanche émerger de sa gorge entre les doigts translucides de l’entité encapuchonnée. Cette douce lueur vacillait faiblement pendant que la créature lui arrachait son précieux don avec une précision glaçante. Un vide indescriptible commença à envahir son corps, laissant derrière lui un malaise profond qu’elle n’avait encore jamais ressenti. Elle avait l’impression qu’une partie essentielle de son être disparaissait sous ses yeux, sans pouvoir l’en empêcher.

«fréquence capturée.»

Aussi brutalement qu’elle l’avait saisie, l’ombre relâcha Solfège, qui s’écrasa lourdement sur le sol telle une vulgaire poupée de chiffon. Le souffle coupé par l’impact, la reine demeura étendue de longues secondes sur les dalles de pierre, incapable du moindre mouvement. Sa poitrine se soulevait au rythme de respirations courtes et douloureuses. La tête baissée, ses longs cheveux rouges retombaient devant son visage, dissimulant des traits marqués autant par la douleur que par l’incompréhension. Face à elle, la créature ne s’attarda pas plus longtemps.

Maintenant qu’elle avait obtenu ce qu’elle convoitait, sa silhouette violacée se dissipa à travers le miroir accroché au mur, comme absorbée par sa surface miroitante. Aucun bruit n’accompagna sa disparition. Aucune trace. Aucun signe de son passage. Le miroir retrouva son immobilité, comme si rien ne s’y était jamais produit. On aurait pu croire que cette entité n’avait jamais existé ailleurs que dans un cauchemar. Avec difficulté, Solfège parvint finalement à se redresser sur ses bras tremblants avant de porter une main fébrile à sa gorge. Une grimace lui échappa lorsqu’elle effleura l’endroit précis où les doigts fantomatiques de l’entité avaient traversé sa peau pour lui arracher quelque chose… Mais quoi, exactement ?

«Mama !» S’écria soudainement une voix à l’autre bout du couloir, appartenant à nul autre que Bowser Junior.

«Faut pas rester là ! Vite, dépêche-toi !» S’empressa d’ajouter le petit Koopa, une masse à piques fermement serrée entre ses mains pour se défendre contre les créatures. Cette dernière était aussi grande que lui… En quelques enjambées, il la rejoignit, l’aida à se remettre debout avant de l’entraîner avec lui dans sa course effrénée. Solfège le suivit presque malgré elle, trébuchant à plusieurs reprises tant ses jambes peinaient à lui obéir.

Elle était toujours sous le choc.

Les deux s’élancèrent à travers les interminables corridors du château, zigzaguant entre les armes abandonnées et les larges flaques de peinture violette qui continuaient de s’étendre à une vitesse effrayante. Peu à peu, cette matière engloutissait le sol sous leurs pieds, réduisant inexorablement l’espace où ils pouvaient encore circuler. Dans un geste désespéré, Bowser Jr. lança sa masse à piques sur l’un des sbires qui surgissait devant eux avant d’attraper la main de Solfège pour l’entraîner à travers le chaos. Il serrait ses doigts avec force, de peur qu’elle ne lui échappe. Avec lui, elle ne risquait rien. C’était du moins ce qu’il se répétait pour trouver le courage d’avancer alors qu’ils progressaient tant bien que mal jusqu’au hall principal.

Là, d’autres monstres émergèrent des flaques de peinture, se propageant comme une infection. Sans hésiter, Bowser Jr. repoussa sa mama derrière lui avant de brandir sa masse à deux mains pour frapper le premier qui tenta de les atteindre. Ils étaient rapides… et terriblement rusés. Les suivants esquivèrent sans difficulté les coups maladroits du jeune Koopa. L’arme qu’il maniait était bien trop imposante pour son petit corps, bien trop lourde pour lui permettre de réagir avec suffisamment de vitesse. Chacun de ses mouvements devenait plus lent, plus laborieux.

Animée par un instinct maternel, Solfège tenta de s’interposer entre lui et la créature… mais une silhouette surgit sur le côté pour les protéger tous les deux.

«Fuyez ! Ne vous retournez pas !» Aboya Bowser en écartant les bras pour protéger sa reine et son fils de son propre corps. En tournant brièvement la tête vers eux, il croisa leurs regards emplis de peur et d’inquiétude.

«Maintenant !» Insista-t-il tout en projetant un ennemi contre le mur d’un violent coup de bras. Cette fois, ils se résignèrent enfin à bouger après quelques secondes d’hésitation. Ils ne voulaient pas laisser Bowser derrière eux…

Mais la priorité de Solfège était de mettre le prince Koopa à l’abri, quoi qu’il arrive. Hochant la tête avec détermination, la jeune femme se remit sur ses jambes avant de saisir la main de Junior pour l’entraîner loin des affrontements. Malgré ses protestations, malgré sa voix tremblante qui suppliait de ne pas abandonner son père, elle continua de courir sans ralentir. À mesure qu’ils s’éloignaient du hall principal, son cœur se serait toujours plus en entendant les rugissements de son époux résonner au loin. Chaque pas lui donnait l’impression de l’abandonner un peu plus. Elle reviendrait le chercher. Elle s’en faisait la promesse. Resté seul face aux assaillants, Bowser continuait de repousser les créatures avec une rage nouvelle.

Tous ses coups, tous ses rugissements, toutes ses attaques n’étaient plus guidés que par une seule volonté : protéger sa famille et empêcher son château de tomber entre les mains de ces monstres. Plus personne ne passerait derrière lui. Alors qu’il luttait contre les sbires qui l’encerclaient, le roi des Koopas aperçut tout à coup l’un d’eux brandir une arme inconnue. Son attention se fixa aussitôt sur l’étrange canon métallique orange qu’il n’avait encore jamais vu. Pris de court, il leva instinctivement les mains au moment où l’arme se mit à rougeoyer dangereusement.

La détonation éclata dans les couloirs, puis le rugissement de Bowser retentit à travers tout le château.

Solfège et Junior entendirent le cri déchirant retentir derrière eux, mais ni l’un ni l’autre n’osa se retourner. Ils n’avaient pas d’autre choix que d’avancer. Pourtant, leur fuite s’interrompit brutalement quand ils se retrouvèrent encerclés par les monstres de magie noire. Les créatures leur barraient complètement le passage… et leur nombre ne cessait de croître. Tout autour d’eux, les flaques de peinture violette envahissaient progressivement le sol tandis que de nouvelles silhouettes difformes en émergeaient, leurs regards rivés sur leurs proies. Forcer le passage était devenu impossible.

Dans un réflexe protecteur, Solfège repoussa Junior derrière elle avant de reculer de quelques pas, s’éloignant de la porte principale désormais inaccessible. Son esprit cherchait désespérément une solution. Les toits… Oui, les toits représentaient sans doute leur meilleure chance ! Des gardes devaient encore patrouiller à bord de leurs vaisseaux Clowns autour de la forteresse. Si elle parvenait seulement à les atteindre, ils avaient peut-être encore une chance de s’en sortir. Sans perdre une seconde, tous deux repartirent en direction des étages supérieurs. Derrière eux, les créatures se lancèrent à leur poursuite.

Le chaos atteignit alors son paroxysme. Une énorme explosion retentit, ébranlant toute la forteresse jusque dans ses fondations. L’une des turbines venait d’exploser dans un grondement assourdissant, provoquant une dangereuse inclinaison du château volant qui se mit à tanguer dans les airs. Privé d’une partie de sa puissance. Pris au dépourvu, les Koopas sentirent la gravité les plaquer contre les murs. Plusieurs soldats furent projetés sur le côté, interrompant instantanément les combats qui faisaient encore rage dans les couloirs. Des armures, des armes et des débris glissèrent dans tous les sens, emportés par l’inclinaison.

Plus loin, les Koopalings perdirent eux aussi l’équilibre et dégringolèrent dans des cris de surprise, tentant maladroitement de retrouver leurs appuis alors que le château continuait de pencher. Les tableaux glissèrent des murs avant de se briser les uns après les autres dans un vacarme incessant. Les statues basculèrent de leurs socles sous la force des secousses. Même les immenses lustres oscillaient dangereusement au-dessus des combattants. Au sommet du grand escalier, l’immense portrait de la famille royale finit lui aussi par céder. Le tableau dévala les marches avant d’exploser contre les dalles dans un craquement sinistre, séparant brutalement Solfège du reste de la famille représentée à ses côtés.

Dans les geôles brûlantes situées sous le château, la lave commença lentement à grimper vers les cages suspendues au-dessus de l’abîme incandescent. À l’intérieur de l’une d’elles, un pantin particulièrement agité se débattait nerveusement contre les barreaux, complètement perdu face au chaos qui secouait la forteresse.

«Qu’est-ce qui se passe ?! Sortez-moi de là !» Hurla-t-il désespérément, espérant que quelqu’un vienne enfin le sauver.

Solfège et Junior étaient finalement parvenus jusqu’aux toits lorsque le château perdit l’une de ses turbines. L’explosion fut si violente qu’ils furent tous les deux projetés au sol. À peine eurent-ils le temps de reprendre leurs esprits qu’ils durent se relever précipitamment pour s’agripper au rebord des tours, empêchant de justesse leurs corps de glisser dans le précipice. Le château continuait de pencher. Progressivement, la lave contenue dans les profondeurs de la forteresse se déversa dans le ciel nocturne, traçant de longues cascades flamboyantes qui embrasaient les ténèbres d’une inquiétante lueur orangée. Des blocs de pierre se détachaient des remparts et disparaissaient dans le vide les uns après les autres.

En découvrant l’immensité du gouffre sous leurs pieds, Bowser Jr. poussa un cri de panique. Ses petits yeux noirs s’écarquillèrent de terreur tandis que ses griffes se crispaient désespérément contre la pierre froide. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que le château volant ne s’écrase quelque part dans le Pays-Noir. Soudain, Solfège perdit appui. Ses pieds glissèrent et son corps bascula dangereusement par-dessus le rebord. Junior attrapa sa main au tout dernier instant, retenant de toutes ses forces la reine suspendue au-dessus du vide. Ses bras tremblaient sous l’effort, mais il refusait obstinément de la lâcher.

À présent, l’inclinaison de la forteresse était telle que tout le royaume semblait inexorablement basculer vers sa perte. Autour d’eux, des débris, des pierres et des torrents de lave continuaient de s’abîmer dans le vide. Dominant le chaos, l’immense tête sculptée de Bowser paraissait presque les observer avec moquerie, tandis que la lave s’écoulait de ses narines et de ses yeux comme d’immenses larmes de feu. Le grondement de la forteresse agonisante couvrait presque le souffle du vent.

Suspendue au-dessus du précipice, Solfège releva les yeux vers Junior, qui peinait à la retenir, le bras tremblant et les dents serrées par la tension. Elle voyait bien que ses griffes perdaient peu à peu leur prise sur la pierre… Elle était beaucoup trop lourde pour un si petit Koopa. Sa décision fut prise. Ses traits s’adoucirent soudain, comme si toute peur l’avait quittée. Esquissant un sourire empreint de tristesse, elle contempla son fils adoptif pendant quelques instants, désireuse de graver une dernière fois son petit visage dans sa mémoire. Avec tendresse, elle vint envelopper sa petite main de la sienne, ses longs cheveux rouges dansant autour d’elle sous la violence des bourrasques.

Le temps sembla s’arrêter.

Puis, délicatement, elle força ses doigts à lâcher son bras.

«Mama !» Hurla Bowser Junior d’une voix brisée par l’horreur.

Sous ses yeux impuissants, Solfège bascula dans le vide avant de disparaître peu à peu dans l’épaisse mer de nuages noirs entourant la forteresse.

Le ciel se déchira.

À suivre…

Dites-moi ce que vous en avez pensé 😉 Un cliffhanger en bonne et due forme, pas vrai ?

VP




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