Les fragments d'une voix

Chapitre 17 : Destination

Par VendettaPrimus

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On change de cap !

Chapitre 17 – Destination

Ils voyagèrent à travers l'espace grâce à la propulsion de l'étoile. Sur le chemin, plusieurs de ces étoiles de lancement apparaissaient pour les catapulter toujours plus loin. Tout autour d'eux, des planètes de toutes tailles et de toutes les couleurs défilaient à une vitesse vertigineuse, chacune dévoilant ses propres paysages et ses merveilles uniques. Certaines étaient recouvertes d'immenses océans scintillants reflétant la lumière des étoiles, d'autres étaient entièrement constituées de roches en fusion ou de déserts dorés s'étendant à perte de vue. Il y avait également des mondes enneigés enveloppés de brume, des planètes couvertes d'une végétation luxuriante, ainsi que d'étranges astres dont la surface chatoyait de mille couleurs.

Solfège était émerveillée par ce spectacle d'une beauté à couper le souffle. Jamais elle n'aurait imaginé que la galaxie puisse abriter une telle diversité, ni que tant de richesses puissent exister au-delà de son propre ciel. Son regard brillait d'admiration tandis qu'elle contemplait ces paysages défiler sous ses yeux, comme dans un rêve. Elle avait envie de s'arrêter sur chacune de ces planètes, d'en parcourir les terres inconnues, de découvrir leurs coutumes et de rencontrer les peuples qui y vivaient. Il y avait tant de possibilités... Tant d'histoires à entendre, tant de mystères à percer et tant de merveilles à contempler.

Un univers tout entier s'ouvrait devant elle. Des contrées lointaines dont elle n'avait jusqu'alors fait que lire les récits dans les livres ou entendre parler à travers les histoires des voyageurs qui faisaient parfois halte au château. Pourtant, ces mondes existaient bel et bien. Ils étaient là, juste sous ses yeux. Réels. Immenses. Vivants. Pour la première fois de sa vie, Solfège avait réellement l'impression que les étoiles n'étaient plus hors de portée. Toutes ces années passées à lever les yeux vers le ciel lui semblaient soudain bien lointaines. Elle ne contemplait plus simplement les étoiles depuis le balcon de sa chambre ; elle voyageait désormais parmi elles, libre de découvrir cet univers si vaste. Une douce chaleur envahit sa poitrine à cette pensée.

Resserrant doucement sa main autour de celle de Junior, elle lui jeta un petit coup d'œil avant de croiser le regard amusé de Bowser, toujours agrippé à ses cheveux sur son épaule. Le roi des Koopas riait aux éclats, réclamant déjà qu'ils accélèrent encore. Grand amateur de sensations fortes, il semblait vivre l'un des meilleurs moments de sa journée. Derrière eux, Toad partageait apparemment le même tempérament fougueux que son époux. Les bras tendus dans le vide, comme s'il dévalait un immense toboggan, il poussait de petits cris enthousiastes alors que son visage rayonnait d'une joie pure et communicative. Lui qui rêvait de partir à l'aventure... le voilà plus que comblé !

Quant à Luigi, il était recroquevillé sur lui-même, agrippé au cou de Yoshi avec une telle force que ce dernier poussait de petits gémissements étouffés. Les yeux fermés, le plombier marmonnait des prières entre deux cris de panique, bien loin de partager l'excitation de ses compagnons. Amusé, Bowser Jr se moquait ouvertement de lui en le pointant du doigt, pendant que Mario, en tête du groupe, se laissait porter par la trajectoire imposée par l'étoile. Ils traversèrent bientôt une région de l'espace où plusieurs petites planètes gravitaient les unes autour des autres. L'une d'elles n'était qu'un immense amas rocheux parcouru de rivières de lave en fusion dont les reflets rougeoyants illuminaient le vide alentour.

Une autre abritait une petite maison solitaire entourée de champs, perdue au milieu du cosmos, comme si quelqu'un avait choisi d'y vivre loin de tout. Puis, enfin, une planète plus imposante apparut devant eux. À première vue, elle ressemblait à une île tropicale baignée par les rayons d'un soleil chaleureux. De vastes plages de sable blanc bordaient une mer d'un bleu cristallin, où les vagues venaient mourir paisiblement sur le rivage dans une fine écume. À mesure qu'ils se rapprochaient, ils distinguèrent les toits colorés d'une petite ville, plusieurs palmiers se balançant doucement au gré du vent et quelques mouettes qui planaient au-dessus du littoral.

Après un dernier virage serré, leur trajectoire les entraîna droit vers une grande place pavée située au cœur de la cité. Mario fut le premier à toucher le sol, atterrissant au centre dans une petite roulade avant de se redresser aussitôt, un large sourire aux lèvres. Cette petite expérience était vraiment euphorisante ! Il recommencerait sans la moindre hésitation. Se frottant les mains pour retirer la poussière, il s'avança de quelques pas afin de laisser les autres atterrir derrière lui. À peine les pieds de Solfège eurent-ils touché le sol qu'une petite silhouette dorée tomba du ciel. Surprise, la jeune femme tendit rapidement les bras et rattrapa de justesse la petite Luma, qui s'écrasa mollement contre sa poitrine.

La pauvre étoile tremblait de fatigue... Ce long voyage à travers l'espace lui avait coûté énormément d'énergie. Sa douce lumière vacillait légèrement. Poussant un faible couinement, elle se blottit contre la robe de Solfège, les yeux à moitié fermés. Inquiète, la reine la berça doucement contre sa poitrine avant de relever les yeux vers les drôles d'habitants de cette planète. Autour d'elle, la place bourdonnait déjà d'activité, animée par les allées et venues des habitants qui les observaient avec une grande curiosité.

Des Piantas de toutes les couleurs circulaient un peu partout, leurs visages reflétant la surprise à la vue de ces visiteurs inattendus. Au centre de la place trônait une immense fontaine de pierre surmontée d'une statue représentant un Pianta dansant joyeusement sous les jets d'eau. Autour d'elle, de charmantes habitations aux murs de pierre blanche et aux toits colorés s'élevaient sur plusieurs étages, décorées de fleurs tropicales et de petits balcons ombragés. De grands palmiers se balançaient paisiblement sous la brise marine, leurs feuilles produisant un doux bruissement qui se mêlait au chant des oiseaux et au clapotis régulier de l'eau.

Plus loin, le roulement des vagues accompagnait les conversations animées des habitants et les rires des enfants courant dans les ruelles pavées. Une délicieuse odeur de fruits exotiques, de poissons grillés et d'air salin flottait dans l'atmosphère, invitant au dépaysement total. Cet endroit sentait les vacances… Au-dessus de leurs têtes, de petits fanions multicolores virevoltaient au gré du vent, apportant une touche de gaieté à la place déjà baignée de lumière. Sous ce ciel d'un bleu éclatant, la cité dégageait une douceur de vivre si apaisante qu'elle ressemblait à un véritable petit coin de paradis.

Mario se retourna vers le reste du groupe pour constater que ses compagnons étaient tout aussi fascinés par la beauté des lieux. Luigi relâcha enfin le cou de Yoshi avant de poser un regard hésitant sur les Piantas qui les entouraient. Ces drôles d'habitants aux corps trapus et aux couleurs vives portaient d'immenses feuilles sur la tête, leur donnant l'apparence de palmiers vivants. Certains avaient même interrompu leurs activités pour observer les nouveaux arrivants, notamment les marchands ambulants qui délaissaient leurs étals et les pêcheurs revenant du port, leurs paniers encore remplis de poissons.

Tous chuchotaient entre eux sans jamais quitter les voyageurs des yeux. Leurs murmures étaient trop faibles pour être distingués, mais leurs expressions trahissaient autant de curiosité que d'inquiétude. Quelque chose n'allait-il pas ? Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit du groupe, tandis que quelques bribes de conversation commençaient enfin à leur parvenir.

«Des étrangers ?»

«Tu crois qu’ils sont au courant ?»

«Ils ont l’air gentils !»

«Chut ! Ils vont nous entendre !»

«Peut-être qu’ils pourront nous aider ?»

«Je l’espère...»

«Bienvenue !» S’exclama soudain une voix joviale appartenant à un Pianta bleu qui s’avança vers eux. Les chuchotements cessèrent immédiatement. À l'image des autres habitants, il possédait un corps robuste, une couronne de larges feuilles au sommet de la tête ainsi qu'une ample jupe confectionnée à partir de longues feuilles tropicales. Seul un détail le distinguait des autres : celles-ci arboraient un jaune éclatant à la place du vert habituel, lui donnant une allure presque solaire.

«Bienvenue, chers visiteurs !» Les accueillit chaleureusement le Pianta en joignant ses grandes mains. Tournant son gros nez vers Mario, celui qui semblait être le chef des habitants lui adressa une légère révérence avant de relever la tête vers le reste du groupe. Son large sourire respirait une sincérité désarmante.

«Nous sommes désolés de débarquer comme ça à l'improviste sur votre planète, mais-» Mario n'eut cependant pas le temps d'achever sa phrase que son interlocuteur se mit à rire.

«Oh, voyons, il n'y a vraiment pas besoin de vous excuser ! Peu importe combien de temps vous souhaitez rester, considérez cet endroit comme votre maison !» S'exclama ce dernier en désignant d'un large geste la ville derrière lui. Aussitôt, plusieurs habitants leur adressèrent de grands signes de la main accompagnés de sourires chaleureux, alors que d'autres reprenaient déjà leurs occupations, visiblement rassurés par l'accueil de leur chef.

Solfège positionna instinctivement Junior derrière elle lorsque ces grands gaillards s'approchèrent avec des colliers de fleurs qu'ils leur passèrent autour du cou en guise de cadeau de bienvenue. Ils avaient même prévu un minuscule collier pour Bowser ! Ils étaient prévoyants. La tortue en question le contempla entre ses griffes d'un air perplexe avant de hausser les épaules avec désinvolture. Pourquoi pas, après tout... Les Piantas riaient autour d'eux tout en les accueillant avec la même chaleur que leur chef un peu plus tôt, manifestement ravis de recevoir des visiteurs sur leur planète. Quelques enfants se faufilaient même entre les adultes pour observer discrètement les nouveaux venus, leurs grands yeux débordant de curiosité.

Il était difficile de ne pas se sentir immédiatement à l'aise parmi eux, malgré les regards inquiets de tout à l'heure. Même Luigi finit par se détendre au milieu de la foule, de plus en plus nombreuse, qui se rassemblait au centre de la place. Il échangea quelques mots et de timides signes de la main avec ces habitants débordant d'hospitalité. Néanmoins, Bowser Jr demeurait sur ses gardes. Il leva ses petits yeux noirs vers sa mama et son papa, recherchant instinctivement leur présence rassurante au milieu de tous ces étranges bonshommes à l'allure de palmiers vivants.

Ils n'avaient vraiment rien de rassurant.

«Haha ! Enfin des habitants qui savent recevoir un roi comme il se doit ! Ouais, ça me plaît ! Je reviendrai ici en vacances, ça, c'est sûr !» Déclara Bowser avec satisfaction en bombant légèrement le torse, ravi d'être traité avec autant d'égards malgré sa petite taille. Il avait déjà hâte d'emmener sa famille sur cette île une fois que tout serait rentré dans l'ordre, s'imaginant allongé au soleil pendant que Solfège et Junior joueraient au ballon sur la plage. À ses yeux, cet endroit avait tout d'un petit paradis.

«Laissez-moi vous faire visiter les lieux ! Vous vous trouvez actuellement sur la place Delfino, l'un des endroits les plus populaires et emblématiques de notre île !» Annonça le chef des Piantas avant d'entraîner le petit groupe de l'autre côté de la fontaine. Les habitants s'écartaient volontiers sur leur passage, toujours aussi souriants.

«C'est très charmant !» Acquiesça Luigi, déjà séduit.

«Ici, nous avons l'office de tourisme. Et juste à côté, notre marché ! Vous y trouverez les meilleurs ananas et durians de toute l'île ! Plus loin, vous pourrez admirer le port et ses bateaux de pêche. Sans oublier notre phare, l'un des symboles de la place Delfino !» Expliqua fièrement le chef Pianta en poursuivant la visite à travers les rues animées de la cité. Tout autour d'eux, les étals débordaient de fruits exotiques aux couleurs éclatantes, tandis que les commerçants interpellaient les passants dans une ambiance joyeuse.

Ce dernier, particulièrement bavard, poursuivit ses longues explications sur l'île et son histoire à l'intention de ses nouveaux visiteurs. Très fier du patrimoine de la place Delfino, il passa près de dix minutes à leur raconter l'origine de la grande fontaine, les traditions des habitants, les meilleurs restaurants de la ville ainsi que les nombreuses festivités organisées tout au long de l'année. À mesure qu'il parlait, ses grands bras accompagnaient chacun de ses récits avec enthousiasme. Le Pianta était extrêmement sympathique, mais également terriblement soporifique… Yoshi et Toad dissimulèrent un long bâillement derrière leur main, leurs paupières commençant sérieusement à s'alourdir. Pendant ce temps, Bowser Jr s'était complètement désintéressé des explications.

Assis sur le rebord de la fontaine, il se contentait d'observer un petit papillon rouge virevolter autour des fleurs, n'ayant pratiquement rien écouté de ce que racontait leur guide improvisé. Le bruissement des feuilles et le vol du petit insecte retenaient bien davantage son attention que tous ces récits historiques. Il n'en avait que faire de l'histoire ! Tout cela ne l'intéressait absolument pas, sauf s'il était question d'explosions, de monstres ou de grandes batailles. Tout le reste ne méritait même pas son attention. Ennuyé, le jeune Koopa leva les yeux au ciel avant de croiser les bras sur son plastron. En tournant la tête, il remarqua que son père affichait exactement la même mine agacée.

Ils n'étaient pas là pour suivre une visite guidée ! Solfège avait besoin de retrouver sa voix !

Dans un grognement d'exaspération, Bowser adopta la même posture que son fils sur l'épaule de la jeune femme, affichant une mine boudeuse. Il était à deux doigts de cracher une petite boule de feu au visage du bonhomme bleu à la voix traînante histoire de rendre les choses un peu plus intéressantes... La patience n'avait jamais été son fort. Son petit pied se mit à battre nerveusement la mesure dans le vide. S'il avait eu une montre-bracelet, il aurait probablement déjà regardé l'heure toutes les trente secondes pour passer le temps. Heureusement qu'il n'avait pas retrouvé sa taille normale, sinon il aurait déjà semé la panique dans toute la ville.

Son regard blasé glissa ensuite sur quelques Piantas qui dansaient, puis sur ceux qui jouaient du ukulélé sous les applaudissements des passants. Cette ambiance détendue et insouciante lui tapait de plus en plus sur les nerfs. Quelque chose clochait ici... mais il n'arrivait pas encore à mettre la griffe dessus. Son instinct refusait de se laisser endormir par cette tranquillité presque trop parfaite. Peut-être n'avait-il tout simplement pas l'habitude de se retrouver dans un endroit aussi paisible et accueillant. Ou peut-être sentait-il que, derrière tous ces sourires, ces rires et cette bonne humeur, se cachait quelque chose de bien moins réjouissant.

«Han non... Pas le soleil !» Se plaignit Junior à côté de Solfège en rejetant la tête en arrière d'un air désespéré lorsqu'ils quittèrent les zones ombragées. Ils cuisaient sur place sous ce soleil de plomb ! Même les pavés semblaient renvoyer la chaleur sous leurs pieds.

«Ah, et ne manquez surtout pas les glaces de chez Gelato Pianta ! Elles sont délicieuses !» Conseilla vivement le chef Pianta en désignant le petit stand installé au bout d'une ruelle, à deux pas de la plage et du port.

«Chouette ! Des glaces !» Ragaillardi par cette annonce, Bowser Jr se précipita sur ses petites jambes jusqu'au glacier à la peau rose, coiffé d'une casquette bleue et blanche derrière son comptoir.

«Attendez ! J'ai des pièces ! La princesse m'en a donné pour le voyage !» Cria Toad en courant derrière Junior, Yoshi et Luigi tout en fouillant fébrilement dans son sac à la recherche des grandes pièces dorées que lui avait confiées Peach. Sa princesse pensait toujours à tout !

«Vous avez intérêt à m'en laisser ou ça va barder !» Grommela Bowser qui dévala l'épaule de sa femme à toute vitesse pour tenter de rattraper le groupe.

Amusée par la vision du Koopa se dandinant jusqu'au glacier sur ses petites pattes, Solfège baissa les yeux vers la Luma blottie contre elle et constata avec soulagement que la petite étoile avait terminé sa sieste contre sa poitrine. Se frottant les yeux de ses petits bras, celle-ci demanda timidement si elle aussi pouvait avoir une glace au parfum fraise et chocolat. Ce que la jeune femme accepta bien volontiers, heureuse de la voir retrouver peu à peu son énergie. Son éclat paraissait déjà un peu plus vif qu'à leur arrivée. La voilà rassurée... Mario marcha aux côtés de Solfège en direction du glacier pour offrir une friandise à la jeune Luma.

Après toutes les épreuves qu'ils avaient surmontées ces derniers temps, ils pouvaient bien s'accorder quelques minutes de répit avant de reprendre leur voyage. Pour une fois, personne ne pensait aux dangers qui les attendaient. Une fois reposés, ils reprendraient leur quête des fragments de voix. Le chef Pianta les accompagna, profitant lui aussi de l'occasion pour s'offrir une boule au caramel, tandis que Luigi commanda pour Solfège une glace aux saveurs de fruit de la passion et de durian, connaissant son faible pour les fruits exotiques. Le plombier lui adressa ensuite un sourire timide en lui tendant sa gourmandise, heureux de pouvoir lui faire plaisir à sa manière.

Sourire qui disparut instantanément lorsqu'il croisa le regard jaloux de Bowser.

Après avoir englouti leur petit dessert, qui, comme l'avait annoncé le chef, était délicieux, ils reprirent la visite des lieux pour ne pas se montrer impolis. Hors de question de froisser leurs hôtes ! Après tout, ils avaient eu la gentillesse de les accueillir sur leur île... Même si Mario brûlait d'envie de leur demander s'ils avaient des informations concernant un fragment, il préférait attendre que la Luma se sente mieux. Il ne voulait pas la brusquer. Ils arrivèrent bientôt au niveau des plages de sable blanc, où des parasols et des transats inoccupés faisaient face à l'immensité de la mer d'un bleu éclatant. L'eau, d'une limpidité remarquable, laissait entrevoir les fonds marins où nageaient de petits poissons multicolores.

Au large, quelques bateaux de pêche dérivaient lentement au gré des vagues. De petits cabanons de paille construits sur pilotis s'élevaient au-dessus de l'eau cristalline, reliés entre eux par des pontons en bois. Plus loin, des Piantas profitaient du soleil en jouant au ballon, alors que d'autres faisaient griller du poisson sur de grands barbecues, bercés par le bruit des vagues et le chant des mouettes. Quelques enfants construisaient des châteaux de sable près du rivage pendant que des Piantas plus âgés se reposaient tranquillement dans des hamacs suspendus entre les palmiers. L'atmosphère paisible donnait l'impression que le temps s'était arrêté.

Tout indiquait qu'il s'agissait d'une destination très prisée des vacanciers. Pourtant, un détail troublait les voyageurs : où étaient donc passés les touristes ?

«C'est plutôt calme par ici... pour un lieu touristique.» Souligna Mario à côté de son frère, les sourcils froncés, une main posée sur la hanche tandis qu'il observait les quelques rares pingouins allongés sur la plage, bronzant tranquillement à l'aide de petits miroirs. Luigi se racla la gorge.

«Euh... Il n'est pas censé y avoir plus de monde ? Je veux dire... depuis tout à l'heure, vous nous dites que cette île est très populaire... alors je m'attendais à voir beaucoup plus de touristes. Surtout sur les plages ! C’est un peu bizarre. Où sont les gens ?» Demanda-t-il au chef Pianta, se grattant la tête avec embarras. À cette question, ce dernier se figea. Ses grandes mains se mirent à se tordre nerveusement l'une contre l'autre et son large sourire vacilla un bref instant. Son regard chercha instinctivement celui des autres Piantas, comme s'il espérait y trouver de l'aide. Finalement, il baissa les yeux vers le sable, incapable de soutenir celui de l'humain qui avait mis le doigt sur le problème. Même les habitants qui les accompagnaient paraissaient beaucoup moins bavards tout à coup.

«Yoshi ?» S'interrogea le dinosaure en penchant légèrement la tête sur le côté, intrigué par ce silence soudain.

«Ça pue l'arnaque !» Renchérit Bowser depuis les mains de son fils, les yeux plissés de méfiance en direction du chef Pianta, peu convaincu qu'il leur disait toute la vérité.

«Peut-être qu'on est hors saison ?» Suggéra Toad avec un haussement d'épaules incertain, son regard passant de Solfège à Luigi, puis à Mario, qui semblait tout aussi perplexe.

«Qu'est-ce qui se passe, ici ?» Demanda finalement Mario en croisant les bras. Son regard se fit plus dur, analysant la moindre réaction du chef Pianta. Son ton demeurait calme, cependant ses yeux trahissaient toute sa méfiance. Il était clair qu'il ne se laisserait pas convaincre par une réponse évasive.

«Rien du tout ! Vous êtes les bienvenus ! Nous allons prendre grand soin de vous ! Il n'y a absolument rien d'anormal sur notre île !» S'empressa de répondre le chef Pianta en agitant fébrilement ses grandes mains. Autour de lui, les autres Piantas acquiescèrent avec un enthousiasme un peu trop appuyé, multipliant les grands signes de tête et les sourires crispés. L'un d'eux se mit même à siffloter nerveusement en détournant le regard, tandis qu'un autre essuyait la sueur perlant sur son front d'un revers de la main.

«Rien d'anormal du tout !» Renchérit un Pianta vert d'une voix étrangement aiguë.

«Absolument rien !» Ajouta un autre avec un sourire beaucoup trop forcé.

«Nous adorons les touristes !» Insista le chef tout en se grattant maladroitement l'arrière de la tête, cherchant par tous les moyens à rassurer ses visiteurs. Néanmoins, face aux regards de plus en plus sceptiques du groupe, son sourire finit par vaciller. Ses épaules s'affaissèrent légèrement et ses mains retombèrent le long de son corps. Les autres Piantas échangèrent des regards gênés, comprenant qu'ils ne pourraient pas leur cacher la vérité beaucoup plus longtemps.

«Bon, d'accord... Je vais tout vous dire.» Soupira le chef Pianta d'un air vaincu. Son large sourire avait complètement disparu et même les feuilles qui couronnaient sa tête s’étaient affaissées... Lorsqu'il reprit la parole, sa voix avait perdu tout son entrain, laissant transparaître une profonde inquiétude.

«Depuis quelque temps, Poulpoboss n'est plus vraiment le même... Il menace toute l'île et nos visiteurs ! Il est devenu incontrôlable. À cause de lui, nous subissons une forte baisse de fréquentation...» Avoua difficilement le chef, la voix chargée d'amertume.

«C'est une catastrophe !» S'écria un Pianta jaune en portant ses mains à sa tête ; «Les touristes ne viennent presque plus ! Ils fuient notre magnifique île et tout son archipel !»

«J’le savais !» Jubila Bowser en serrant triomphalement les poings, un large sourire étirant son museau. Encore une fois, son instinct ne l'avait pas trompé. Il y avait bien anguille sous roche ! De toute façon, il avait toujours raison.

«Nous adorons les touristes...» Répéta un autre Pianta d'une voix attristée.

«Oh non...» Compatit Toad, les yeux brillants d’émotions. À côté de lui, Luigi porta une main à sa bouche.

«C'est terrible... Les pauvres…» Souffla-t-il, bouleversé, même s'il ignorait encore qui était ce fameux Poulpoboss. Voir tous ces habitants aussi désemparés lui serrait le cœur.

«D'accord... Alors, ce Poulpoboss, qu'est-ce que c'est exactement ? Un monstre ? Un poulpe géant ? Vous pouvez nous en dire un peu plus ?» Interrogea Mario en croisant les bras, bien décidé à comprendre à quoi ils allaient avoir affaire.

«Mon frère peut vous aider ! Il est super fort pour régler ce genre de problèmes, pas vrai, Mario ?» S'empressa d'ajouter Luigi en se penchant sur l'épaule de son frère pour la secouer légèrement, un sourire confiant illuminant son visage. Toad, Solfège et Yoshi acquiescèrent aussitôt. Ils avaient déjà vu Mario accomplir l'impossible à maintes reprises.

«Yoshi !» Approuva Yoshi d'un énergique signe de tête.

«Tu parles... Comme si ce plombier pathétique était capable de résoudre quoi que ce soit...» Grommela Bowser en claquant de la langue depuis les mains de Junior avant de détourner le regard d'un air boudeur quand il remarqua l’admiration dans les yeux de sa femme. Pourtant, malgré son ton méprisant, le roi des Koopas devait bien reconnaître une chose : son éternel ennemi avait cette agaçante habitude de se sortir des situations les plus improbables. Une qualité particulièrement irritante... surtout lorsqu'elle fonctionnait. Mais hors de question de l'admettre à voix haute.

«Une petite minute ! On ne sait même pas de quoi il s'agit ! Laissez-moi au moins entendre toute l'histoire avant de me nommer sauveur officiel de l'île !» Se défendit rapidement Mario, hébété, levant les mains devant ses compagnons qui semblaient déjà lui accorder une confiance aveugle.

«Poulpoboss vit au sommet du volcan de notre île. Il était autrefois notre grand protecteur... jusqu'au jour où une étrange substance est tombée du ciel et l'a empoisonné. Depuis, il est devenu méconnaissable et s'en prend à tous ceux qui croisent son chemin !» Révéla le chef Pianta d'une voix lourde de remords, son regard parcourant tour à tour les visages des voyageurs. Il baissa un instant la tête avant de reprendre d'un ton profondément peiné ; «Plus personne n'ose s'arrêter ici pour admirer la place Delfino... ou simplement profiter de quelques vacances au bord de la mer.»

«De quel volcan vous parlez ?» S'enquit Toad, perplexe.

«Celui-là !» Répondirent plusieurs Piantas en pointant du doigt l'immense montagne qui dominait l'île. À travers les palmiers, les voyageurs aperçurent un gigantesque volcan dont le sommet crachait une épaisse fumée noire qui s'élevait lentement dans le ciel. Par moments, un grondement sourd résonnait jusque sur la plage, rappelant que le volcan était toujours en activité.

«Il y a un volcan actif sur cette île ?! Et vous ne l'avez mentionné que maintenant ?!» Couina Luigi en portant vivement les mains à sa casquette, les yeux écarquillés par un mélange de surprise et de terreur. Comment avaient-ils fait pour ne pas s'en rendre compte plus tôt ?!

«Ben quoi ? C'est le pied de vivre dans un volcan ! Il fait chaud toute l'année, y a de la lave partout et personne ne vient vous chercher des noises. C’est un vrai repère de méchant ! Ce Poulpoboss a du goût, je l'aime déjà !» Lança Bowser avec un hochement de tête approbateur en pointant ses deux index vers le sommet fumant. Il aimait l’ambiance apocalyptique qui s’en dégageait, il ne manquait plus que la musique métalleuse et une grande fête… Un enthousiasme que son épouse ne partageait visiblement pas, à en juger par le petit rictus qui étira ses lèvres.

«Trop cool ! Il doit être super fort !» S'enthousiasma Bowser Jr avant de taper joyeusement dans la petite main tendue de son père.

«J'ai peur...» Marmonna la Luma avant d'enfouir son visage contre la robe de Solfège. Cette dernière lui caressa doucement la tête du bout des doigts, cherchant à la rassurer du mieux qu'elle le pouvait. Pourtant, au fond d'elle, l'inquiétude grandissait elle aussi. Même si elle s'efforçait de sourire, la jeune femme n'était guère plus rassurée que la petite étoile. La vue de ce volcan menaçant et le récit des Piantas faisaient naître en elle une angoisse qu'elle peinait à dissimuler.

Ses amis allaient encore risquer leur vie pour elle... Cette pensée lui serra douloureusement le cœur.

«Ce gros débile va se faire cuire les fesses... Ça va être drôle ! Niark niark, j’ai hâte de voir ça !» Ricana sournoisement Bowser Jr avec son paternel, les yeux pétillants à l'idée d'assister à un nouveau combat. Lui qui raffolait de ce genre de spectacle, il allait être servi.

«J'ai entendu !» Protesta Mario en adressant un regard réprobateur au jeune Koopa et à son père, qui arboraient exactement le même sourire malicieux. Il n’avait même pas encore rendu sa décision qu’il se faisait déjà insulter… C’était le monde à l’envers !

«Arrête d'écouter aux portes !» Rouspéta Bowser Jr en grinçant des dents, fusillant l'humain du regard.

«Qu’est-ce que tu racontes, il n'y a même pas de porte...» Fit remarquer Mario en clignant plusieurs fois des yeux, vraiment déconcerté.

«C'était une métaphore !» S'indigna Junior d'une voix aiguë, les joues gonflées de frustration. Il tapa même du pied, outré que le plombier ose le reprendre.

«C'est bien, fiston ! Te laisse pas faire ! Mord-lui l'œil ! Ou vise la moustache, c'est son point faible !» Approuva Bowser en serrant les poings devant son museau, donnant quelques petits coups dans le vide comme un boxeur encourageant son champion.

«Est-ce qu'on peut revenir au sujet principal, s'il vous plaît ? Je crois qu’il y a bien plus urgent que vos petites querelles ridicules !» Intervint Toad, à bout de patience face à leur chamaillerie. Ce n'était vraiment pas le moment de se disputer... Afin de rappeler à tout le monde l'urgence de la situation, il écarta brusquement les bras avant de désigner du doigt l'immense volcan fumant qui dominait l'île derrière les palmiers.

«Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il y a une montagne en colère qui menace toute l'île et nous avec !» Rappela vivement le bonhomme champignon, au bord de la crise de panique. Un silence gêné suivit sa remarque. Le chef Pianta se racla nerveusement la gorge derrière son poing, son regard passant d'un membre du groupe à l'autre. Entre les insultes, les prises de bec et les regards noirs échangés depuis leur arrivée, ces visiteurs ne lui donnaient pas vraiment l'impression de former une bande d'amis très soudée.

«Et si on prenait un verre de l'amitié pour enterrer la hache de guerre ?» Proposa-t-il avec un sourire conciliant en ouvrant les bras dans un geste accueillant. Les Piantas détestaient les disputes. Pour eux, rien ne valait un bon repas, une boisson fraîche ou une chanson pour ramener le sourire.

«NON !» Répondirent catégoriquement Mario, Bowser Jr et Bowser d'une seule voix.

«Oh, misère...» Soupira Luigi en se couvrant les yeux d'une main, la tête se balançant lentement de gauche à droite. Décidément, ce n'était pas gagné... Il avait beau espérer voir leurs relations s'améliorer un jour, ces trois-là semblaient prendre un malin plaisir à se détester. Solfège échangea un regard désabusé avec lui avant de porter à son tour une main à son visage. Elle dissimula ses yeux derrière ses doigts dans un profond soupir. Pas besoin de mots. Ils partageaient exactement la même pensée.

«Est-ce que tu es sûre que le fragment de voix se trouve sur cette île ?» Questionna ensuite Mario en se penchant vers la petite Luma blottie contre la jeune femme aux cheveux rouges.

«Mm-hm...» Se contenta de marmonner l'étoile en hochant timidement la tête.

«Alors, je crois qu'on n'a pas vraiment le choix... Si ce Poulpoboss est recouvert de matière noire, il y a de fortes chances que le fragment de voix soit là-haut, avec lui.» Conclut Mario tout en repliant un doigt sous son menton. Son regard se perdit un instant vers le sommet du volcan qui dominait l'île, comme s'il évaluait déjà la difficulté de l'ascension.

«Et qu'il va falloir le vaincre...» Ajouta Luigi dans un soupir peu enthousiaste.

«Ça voudrait dire que c'est le deuxième gardien ?» S'interrogea Toad en levant les yeux vers les deux frères moustachus, la voix légèrement tremblante. Son regard anxieux passa de Luigi à Mario, attendant que ce dernier confirme son hypothèse.

«En tout cas, c'est ce que tout semble indiquer.» Confirma Mario en observant les Piantas, dont les visages reflétaient leur inquiétude à l'idée de la confrontation à venir. Il reprit d'un ton plus réfléchi ; «Maintenant, reste à savoir comment on accède au sommet... et surtout comment on est censés le battre. Parce que quelque chose me dit que ça ne va pas être une partie de plaisir.»

«Génial ! De la baston !» S’extasia Bowser en serrant les poings d'impatience, tandis que Solfège esquissait un petit sourire devant l'excitation presque enfantine du Koopa. Même face à un volcan menaçant et à un monstre gigantesque, son époux trouvait toujours le moyen de se réjouir à l'idée d'un bon combat.

«Il y a peut-être quelqu'un qui pourrait vous aider à apaiser notre pauvre Poulpoboss...» Reprit le chef Pianta en joignant les mains sur sa poitrine, comme si une idée venait soudain de lui traverser l'esprit. À l'évocation de leur protecteur, son sourire habituel s'effaça peu à peu.

Il était douloureux pour tous les habitants de voir celui qui les avait si longtemps protégés sombrer dans la folie sous l'effet de cette étrange substance violette. Toutefois, il n'en avait pas toujours été ainsi. Autrefois, les Piantas et Poulpoboss avaient longtemps vécu dans la méfiance. Les habitants redoutaient l'immense créature qui résidait au sommet du volcan, alors que celle-ci supportait difficilement leur présence sur son île. Mais, au fil des années, les deux camps avaient fini par apprendre à se connaître. Après tout, Poulpoboss ne demandait qu'une seule chose : pouvoir se prélasser paisiblement dans la lave sans que personne ne vienne troubler sa tranquillité.

En échange de l'hospitalité des Piantas et de leur promesse de le laisser vivre en paix, le gigantesque poulpe leur avait juré de protéger leur magnifique île contre les pillards et les envahisseurs attirés par ses richesses et sa situation privilégiée. Cet accord convenait parfaitement à tout le monde. Les Piantas pouvaient continuer à accueillir les touristes et à faire prospérer leurs commerces, pendant que Poulpoboss profitait de son volcan, à la seule condition de ne jamais provoquer d'éruption. Sans quoi, toute l'île serait condamnée.

Puis vint cette fameuse tempête aux couleurs spectaculaires... Une tempête céleste d'une violence exceptionnelle qui s'abattit sur l'île quelques jours plus tôt. Personne ne comprit ce qui était réellement en train de se produire. Lorsque le calme revint enfin, leur protecteur n'était plus le même. Quelque chose l'avait empoisonné. Quelque chose avait corrompu son esprit. Celui qu'ils considéraient presque comme une divinité était devenu leur plus grande menace. Depuis lors, les touristes se faisaient rares. Les quelques visiteurs qui osaient encore s'arrêter sur l'île appartenaient généralement à deux catégories.

Les inconscients qui ignoraient tout du danger, ou les amateurs de sensations fortes venus admirer ce qu'ils surnommaient déjà «la plus grande attraction de l'archipel», quitte à jouer avec leur vie. Une situation qui brisait le cœur des Piantas, eux qui rêvaient simplement de partager leur petit coin de paradis avec le reste de la galaxie. Le chef Pianta conduisit alors le groupe jusqu'à la plage ensoleillée. Ils avancèrent entre les rangées de transats déserts et les quelques parasols qui se balançaient doucement sous la brise marine. Plus loin, trois pingouins allongés sur leurs serviettes bronzaient avec tant d'ardeur que leur ventre avait pris une inquiétante teinte écarlate.

Finalement, le Pianta s'arrêta à quelques mètres d'un petit cabanon de bois aux couleurs vives, d'où s'échappaient les senteurs sucrées des fruits et le tintement des glaçons s'entrechoquant dans les verres. Une silhouette solitaire se dessinait au comptoir, assise sur un haut tabouret, le dos tourné vers eux. Les voyageurs échangèrent un regard intrigué. Solfège fronça légèrement les sourcils. L'inconnu ne se retourna pas à leur approche. Il semblait beaucoup trop absorbé par le verre à moitié vide qu'il faisait lentement tourner entre ses doigts.

«C'est lui qui peut nous aider ?» Chuchota Luigi, dubitatif. Le chef Pianta se contenta de répondre par un discret signe de tête. Comme s'il avait entendu leur conversation, l'inconnu immobilisa sa main. Il reposa calmement son verre sur le comptoir, dont le léger claquement résonna dans le silence.

Un sourire presque imperceptible étira alors les commissures de ses lèvres.

«Vous en avez mis du temps...»

À suivre…

VP




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