Les fragments d'une voix
Dans ce nouveau chapitre, nous allons radicalement changer d’ambiance… 😉
Chapitre 21 - Frayeur
«Vous avez tout ce qu’il vous faut ?» Demanda Fox McCloud au groupe qui s’apprêtait à repartir de l’Île Delfino.
«Je crois qu’on est tout bon.» Mario haussa les épaules après avoir jeté un coup d’œil aux autres pour s’assurer que tout le monde était prêt. Toad rangeait les dernières victuailles dans son sac à dos : quelques fruits exotiques fraîchement cueillis, plusieurs gourdes remplies d’eau, du pain encore tiède ainsi que plusieurs spécialités locales soigneusement emballées dans de grandes feuilles de palmier. Les Piantas avaient tenu à leur offrir de quoi tenir plusieurs jours de voyage, refusant catégoriquement de les laisser repartir les mains vides.
«Vous êtes sûrs de ne pas vouloir rester encore un peu ? Un ou deux jours de plus ne vous feraient pas de mal. Vous avez bien mérité quelques vacances. Et puis, entre nous, ça nous changerait de courir après des problèmes à longueur de journée.» Proposa ensuite le renard, qui appréciait sincèrement leur compagnie. Depuis leur arrivée sur l’île, ils avaient tissé de véritables liens, et les épreuves qu’ils avaient traversées ensemble n’avaient fait que les renforcer.
«J'admets que la proposition est plutôt tentante...» Charmé un court instant par cette idée, Mario jeta un coup d'œil à son frère, qui acquiesça. Puis son regard s'attarda sur Solfège, occupée à s'assurer que la Luma et les deux tortues avaient tout ce qu'il leur fallait. Il finit par soupirer, une main passant dans ses cheveux.
«C’est vraiment gentil. Ça nous aurait bien plu de rester un peu plus longtemps, mais il faut qu’on reprenne la route. On a encore une mission à terminer. Mais promis, on se reverra !» Concéda Mario avec un sourire entendu, teinté d'une pointe de regret, tandis que son frère aidait Toad à ranger les dernières affaires. Son ton léger dissimulait mal l’urgence qui pesait encore sur leur voyage.
Yoshi, quant à lui, s’amusait à pourchasser un papillon jaune près d’un massif de fleurs, alors que Bowser Junior réclamait une énième glace artisanale. Au bord de la crise de colère, le jeune Koopa frappait le sol de ses petits pieds, les bras croisés et la mine résolument boudeuse. Solfège tentait tant bien que mal de le raisonner par des gestes, pendant que Bowser, installé sur son épaule, lui ordonnait d’arrêter son cinéma. La scène contrastait tellement avec la gravité de leur mission que Luigi peinait à retenir un sourire en les observant. Cette scène de famille amusait énormément la petite Luma, qui laissait échapper de joyeux éclats de rire.
L’étoile faisait d’incessants va-et-vient entre Toad et Luigi, Yoshi et la famille Koopa, tournoyant joyeusement dans les airs à chacun de ses passages. Le chef des Piantas ne tarda pas à venir à leur rencontre pour leur faire ses adieux. Accompagné de deux autres insulaires, il se dirigea naturellement vers Mario avant de lui donner une franche tape amicale dans le dos, toujours profondément reconnaissant envers lui d’avoir apaisé le gardien de l’île. Son large sourire témoignait d’une sincère affection pour le groupe, les deux Piantas derrière lui hochant chaleureusement la tête en guise de salut. Sans leur intervention, les habitants n’auraient jamais retrouvé la tranquillité ni la sécurité qui faisaient autrefois le charme de leur petit coin de paradis.
«Revenez quand vous voulez ! Vous serez toujours les bienvenus sur l’Île Delfino !» Chantonna le chef Pianta, les deux autres se mettant à exécuter une petite danse en leur honneur.
«Merci, ce sera avec grand plaisir ! La prochaine fois, j’emmènerai la princesse Peach pour qu’elle découvre cet endroit merveilleux.» Annonça Mario en désignant le magnifique paysage qui les entourait. Un grand sourire éclairait son visage alors qu’il s’imaginait déjà partager quelques jours de repos avec elle dans ce décor de rêve. Mais les ricanements de Luigi et de Yoshi eurent tôt fait de le ramener à la réalité. Tous deux se moquaient ouvertement de lui en joignant leurs mains pour imiter un couple d’amoureux avant de mimer de grands baisers. Le sourire de Mario disparut aussitôt, remplacé par un froncement de sourcils. Les mains sur les hanches, il se tourna vers les deux plaisantins ; «Comme deux bons amis qui partent simplement en vacances pour se changer les idées !»
«Apparemment, c’est le grand amour entre vous deux…» Taquina Fox qui passa un bras autour des épaules de Mario, qui affichait une mine dépitée sous sa casquette de travers.
«Tu n’imagines même pas !» Rigola Luigi en venant se presser contre le flanc de son frère avant de tirer malicieusement sur sa moustache dans l’espoir de le faire craquer. Mario tenta de récupérer sa moustache d'un geste agacé, mais son frère s'empressa de la relâcher avec un rire moqueur. Il n’avait qu’une hâte : le voir enfin avouer ce qu’il ressentait pour la princesse. Des émotions que Mario s’obstinait à dissimuler, pour une raison qui échappait encore à Luigi...
Et pourtant, il était persuadé que Peach éprouvait exactement la même chose. Ces deux-là étaient tellement complices ! Il ne manquait plus qu'un peu de courage à son frère pour que cette évidence cesse enfin d'être un secret.
Après être enfin parvenue à calmer le caprice de Bowser Jr., Solfège revint auprès des autres, déjà prêts à partir, avant de laisser échapper un discret soupir. Batailler de si bon matin n'était décidément pas sa tasse de thé... Par moments, Junior pouvait être un véritable petit démon ! Elle passa brièvement une main sur son front, encore un peu essoufflée par cette petite altercation matinale. Ses yeux verts se posèrent sur Toad, qui peinait à enfiler son énorme sac à dos. Il tanguait d'un côté puis de l'autre, s'efforçant d'en répartir le poids pour éviter de tomber à la renverse. Le petit Champignon avait insisté pour porter les affaires, voulant à tout prix se rendre utile, selon ses propres mots...
Son visage se crispait sous l'effort, mais il était bien trop fier de sa mission pour songer à abandonner. Solfège ne put s'empêcher de sourire avec tendresse. Contrairement à ce qu'il pouvait penser, Toad était un membre essentiel de leur groupe. Sans lui, ils ne seraient jamais arrivés jusque-là. Sa présence représentait bien plus qu'une simple aide logistique. Il avait souvent été le premier à redonner courage aux autres lorsque les difficultés devenaient insurmontables. S'approchant de lui, elle lui tapota affectueusement le chapeau. En retour, Toad leva fièrement ses deux pouces en l'air pour lui faire comprendre que tout allait bien et qu'il avait hâte de repartir à la recherche des fragments de voix. Après l'excellente nuit qu'il avait passée dans les cabanons, il débordait d'énergie.
«Bonne chance pour la suite de votre mission.» Fox McCloud serra la main de Mario avant de hocher fermement la tête en signe de gratitude. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas autant amusé en compagnie d'inconnus. Il avait presque oublié à quel point une aventure pouvait être agréable lorsqu'elle n'était pas dictée par une mission ou une urgence. Cette parenthèse inattendue lui avait redonné le goût de l'aventure, l'envie de reprendre les commandes de l'Arwing pour repartir explorer les confins de la galaxie. Rien que d'y penser, une pointe d'impatience brillait déjà dans son regard.
«Si tu passes un jour dans le Royaume Champignon, n'hésite pas à venir nous dire bonjour !» Rétorqua le plombier vêtu de rouge en soulevant légèrement sa casquette dans un geste amical. À ces mots, le renard esquissa un sourire avant de tourner son regard vers Solfège.
«Je te souhaite bien du courage, ma jolie. Tu es vraiment bien entourée. Des amis comme eux, ça vaut de l'or. Ne l'oublie jamais.» Lui dit-il en secouant son index, ignorant délibérément les petits grognements indignés de la tortue au mauvais caractère, qui pestait déjà contre ce «ma jolie».
En réponse, Solfège se contenta d'hocher doucement la tête, un sourire radieux aux lèvres. Elle savait déjà à quel point elle avait de la chance. Elle était reconnaissante de pouvoir compter sur des amis aussi formidables... et sur une famille comme la sienne. Chaque matin, elle remerciait le ciel de l'avoir autant comblée. Elle tapota affectueusement la tête de Bowser, perché sur son épaule droite, afin de l'inciter à se calmer avant de se tourner vers Mario, Luigi, Yoshi, la Luma et Toad. Tous lui adressèrent un dernier regard chargé de détermination, conscients que leur prochaine destination les rapprocherait un peu plus de leur objectif. Puis la petite étoile vint se placer au centre de la place pour entamer son impressionnante métamorphose en étoile de propulsion.
Comme la fois précédente, un intense flash de lumière jaillit autour d'elle avant que son corps ne s'étire et ne se transforme en une immense étoile tourbillonnante pointée vers le ciel, prête à propulser ses amis à travers la galaxie. Une douce vibration parcourut alors l'air, faisant frémir les feuilles des palmiers et soulevant quelques grains de sable autour d'elle. Les Piantas se mirent à applaudir tandis que l'expression de Fox se changea en stupéfaction. De toute sa vie, il n'avait jamais rien vu de tel ! Ses oreilles se dressèrent sous l'effet de la surprise, et son regard resta rivé sur l'étrange phénomène avec une fascination presque enfantine.
Lui qui ne connaissait que très peu de choses sur les Lumas, il était loin de s'attendre à un spectacle pareil. Mario fut le premier à pénétrer dans l'étoile, qui se mit à tournoyer de plus en plus vite avant de s'étirer pour propulser le plombier dans les airs à une vitesse vertigineuse, accompagné de sa petite mélodie familière. Très vite, les autres lui emboîtèrent le pas sous les signes d'au revoir des Piantas, qui célébraient joyeusement le départ des héros de l'île. Leurs voix résonnèrent sur la place, se mêlant aux applaudissements et aux exclamations enthousiastes qui les accompagnèrent jusqu'à leur disparition dans le ciel. Un chemin invisible semblait déjà tout tracé à travers la galaxie, menant droit au prochain fragment que la Luma avait repéré grâce à son ouïe hors du commun.
Les bras écartés, Mario se laissa porter par cette mystérieuse force, filant entre les planètes, les champs d'astéroïdes et les petits corps célestes dérivant paisiblement dans l'immensité silencieuse de l'espace. Accroché au cou de Yoshi, Luigi s'efforçait de ne pas céder à la panique chaque fois qu'ils passaient un peu trop près d'un trou noir. Il fermait parfois les yeux très fort, préférant ne pas savoir à quelle distance se trouvait réellement le gouffre cosmique qui déformait la lumière autour de lui. Derrière eux, Toad, lesté de son sac à dos presque plus grand que lui, riait aux éclats en criant que c'était ça, la vraie aventure et qu'il s'amusait comme un fou. En queue de cortège venaient Solfège, Bowser Jr. et Bowser.
La jeune femme tenait fermement la main du petit Koopa pour éviter qu'il ne s'éloigne ou ne se perde, tandis que ses yeux se posaient avec émerveillement sur chacun des mondes qu'ils traversaient. Elle ne se lassait ni de ce spectacle grandiose ni de cette merveilleuse sensation de flotter, trouvant le pouvoir de la Luma tout simplement fabuleux. Un sourire jusqu'aux oreilles, celui-ci s'effaça peu à peu lorsqu'elle aperçut, droit devant eux, un étrange amas de poussière d'étoiles dérivant dans l'espace. Des particules violettes, bleues et vertes tourbillonnaient les unes autour des autres, comme attirées par une force invisible.
Plus ils s'en approchaient, plus ce nuage gagnait en ampleur. Les minuscules éclats lumineux se mirent à graviter de plus en plus rapidement, jusqu'à former une immense spirale aux couleurs chatoyantes qui semblait déchirer le vide de la galaxie. L'instant d'après, une violente bourrasque cosmique jaillit de son centre. Le courant les happa de plein fouet, faisant violemment tanguer leurs corps dans toutes les directions. Les trajectoires jusque-là parfaitement maîtrisées devinrent soudainement chaotiques. Chacun tenta désespérément de résister à cette force incontrôlable, mais elle était bien trop puissante… Les mains se lâchèrent les unes après les autres sous la violence des secousses.
«Solfège !» Cria Mario en tendant le bras vers elle.
Mais il était déjà trop tard.
Le groupe fut dispersé, chacun étant emporté dans une direction différente avant de chuter à toute vitesse vers une mystérieuse planète qui se dessinait peu à peu sous leurs yeux. Heureusement, le pouvoir de la Luma continuait de les envelopper d'une douce lumière protectrice, ralentissant progressivement leur descente jusqu'à leur permettre d'atterrir sans la moindre blessure sur le sol noirci de cet astre mystérieux. La lumière qui les entourait s'estompa peu à peu après leur atterrissage, laissant derrière elle quelques étincelles qui se dissipèrent dans l'air. Le silence retomba très vite.
Autour d'eux, il n'y avait plus que d'immenses étendues rocheuses baignées d'une étrange pénombre, où quelques cristaux aux reflets violacés émergeaient çà et là du sol fissuré. De grands arbres morts dressaient leurs branches décharnées vers le ciel, alors que des ossements à moitié enfouis affleuraient sous cette terre stérile, tels les vestiges d'un monde oublié. Pas un bruit. Pas un souffle de vent. Seulement cette inquiétante sensation d'être observé. Ce ne fut qu'en reprenant leurs esprits que chacun réalisa avec effroi que les turbulences les avaient complètement séparés. Désormais seuls, ils se retrouvaient livrés à eux-mêmes sur cette planète inconnue, sans aucun repère, ignorant ce qui les attendait... et surtout où retrouver les autres.
Massant l'arrière de sa tête avec une grimace, Bowser se redressa sur ses pattes avant de jeter un regard confus autour de lui, peu rassuré par ce silence oppressant. Où était-il ? Où se trouvaient les autres ? Son fils ? Sa femme ? Une pointe d'inquiétude lui noua l'estomac à cette pensée, mais il s'empressa de la chasser, refusant de céder à la panique. Maudissant tout bas, la tortue à épines leva lentement les yeux vers les arbres morts qui dominaient les lieux. Un frisson lui parcourut la carapace. Avec sa taille réduite, cet endroit paraissait encore plus menaçant... et terriblement dangereux. L'atmosphère qui régnait sur cette planète avait quelque chose de profondément dérangeant, comme si les ombres elles-mêmes n'attendaient qu'un instant d'inattention pour bondir et l'engloutir.
Bowser n'était pas du genre à se laisser gagner par la peur, mais il devait bien admettre que cet endroit lui donnait la chair de poule... Balayant nerveusement les environs du regard, il se frotta les mains l'une contre l'autre dans une vaine tentative de calmer les légers tremblements qui les agitaient. Cette inquiétante quiétude ne le rassurait pas le moins du monde. Au-dessus de sa tête, l'amoncellement de poussière d'étoiles continuait de grossir, embrasant le ciel de spectaculaires nuances violettes, bleutées et verdoyantes. Ses couleurs surnaturelles éclairaient par intermittence le paysage désolé, révélant des silhouettes inquiétantes entre les arbres morts.
«Eh oh ? Les gars ? Vous êtes où ?» Appela-t-il d’une voix incertaine.
Ce fut à ce moment-là que son regard s'arrêta sur une vieille bâtisse abandonnée, dressée au bout d'un long sentier serpentant en contrebas. Malgré la distance, il distinguait déjà ses planches de bois usées par le temps, son toit envahi par la mousse ainsi que ses fenêtres obscures, dont les vitres brisées donnaient l'impression que la vieille demeure l'observait silencieusement au milieu de cette nature morte. Une étrange brume rampait autour de ses fondations, s'enroulant entre les pierres comme si elle cherchait à dissimuler ce qui se trouvait à l'intérieur. Si les autres étaient dans les parages, alors ils finiraient forcément par s'y rendre, pas vrai ?
Après tout, c'était le seul bâtiment visible à des kilomètres à la ronde. Il essayait de se convaincre que Mario, Luigi, Solfège, Junior et les autres auraient exactement la même idée que lui, cette pensée étant la seule capable d'apaiser un tant soit peu l'inquiétude qui ne cessait de grandir au fond de lui. Prenant une profonde inspiration, Bowser s'engagea sur l'étroit sentier de pierres, recouvert par endroits d'une épaisse couche de mousse humide. Il avançait avec prudence alors que les arbres morts se refermaient progressivement autour de lui. Leurs longues branches noueuses s'entremêlaient au-dessus de sa tête, projetant d'étranges formes sur le sol noirci, lesquelles semblaient s'animer au gré des faibles lueurs violacées provenant des cristaux disséminés un peu partout.
Il se crispa lorsqu'un long hululement de chouette retentit au loin, aussitôt suivi par le cri strident de plusieurs chauves-souris qui surgirent brusquement du tronc creux d'un arbre mort avant de tournoyer au-dessus de lui. Bowser rentra instinctivement la tête dans les épaules en les voyant passer si près. Il détestait ces créatures... Déjà lorsqu'il avait sa taille normale, il ne supportait pas qu'elles viennent lui frôler les cheveux ou, pire encore, qu'elles s'y emmêlent. Rien que d'y repenser lui donnait des frissons, si bien qu'il accéléra inconsciemment le pas, bien décidé à atteindre cette vieille demeure le plus vite possible. Inutile de traîner dans les parages plus longtemps que nécessaire... Non pas qu'il ait peur, loin de là ! Il s'efforça de reprendre une démarche digne, comme si rien ne s'était passé, malgré ses petites pattes qui s'activaient à toute vitesse.
Cependant, il poussa un violent sursaut lorsque plusieurs grosses araignées violettes descendirent brusquement des branches avant de projeter leurs toiles dans sa direction, l'ayant manifestement pris pour un misérable insecte. Sans demander son reste, Bowser détala aussi vite que ses pattes le lui permettaient en criant à tue-tête que personne ne pouvait rattraper le vent et qu'il était une vraie fusée lancée à pleine vitesse. Évidemment, c'était très loin d'être la réalité. Ses minuscules griffes glissaient parfois sur les pierres humides, manquant de le faire trébucher à plusieurs reprises. Perplexes, les araignées s'échangèrent un regard tandis que la minuscule tortue dévalait la pente en soufflant comme un bœuf, s'efforçant tant bien que mal de rejoindre la bâtisse délabrée.
Il avait hâte de voir un visage familier.
Enfoncé la tête dans la terre, Toad décolla lentement son visage du sol en laissant échapper un petit gémissement avant de lever les yeux vers l'immense demeure qui le dominait. Sa chute avait été plutôt... mouvementée, pour ne pas dire catastrophique. Se massant le crâne d'une main, il réajusta son énorme sac à dos sur ses épaules, puis entreprit de gravir les marches de pierre menant à l'entrée béante du bâtiment. Sa bouche formait un petit «O» de surprise. Il ne s'était absolument pas attendu à atterrir sur une planète aussi lugubre. Le manoir qui se dressait devant lui était gigantesque. Ses murs de pierre grise, rongés par le temps, et ses fenêtres brisées lui donnaient l'allure d'une véritable maison hantée.
Certaines fenêtres étaient si sombres qu'il était impossible de deviner ce qui pouvait se cacher derrière leurs vitres brisées. Sentant l'angoisse lui serrer peu à peu la gorge, le petit Champignon prit une profonde inspiration pour se donner du courage avant de pousser timidement la vieille porte. Celle-ci s'ouvrit dans un long grincement inquiétant, alors que la faible clarté provenant de l'extérieur peinait à éclairer le vaste hall d'entrée. Une odeur de poussière et de bois humide flottait dans l'air, et une fine couche de saleté recouvrait le sol abandonné. Toad passa prudemment la tête par l'entrebâillement, appelant ses amis d'une voix hésitante.
Mais aucune réponse ne lui parvint.
«Est-ce qu'il y a quelqu'un ?» Insista Toad, dans l'espoir d'entendre une voix familière. En revanche, il ne s'était pas attendu à ce que le vent s'engouffre dans les combles, faisant grincer la vieille charpente dans un long gémissement qui résonna à travers toute la demeure. Toad sursauta si violemment que son sac à dos faillit lui glisser des épaules.
«Bon, allez, Toad. Tu peux le faire ! Tu as déjà affronté bien pire !» S'encouragea-t-il en prenant une grande inspiration, les poings serrés devant lui. Il n'était pas une mauviette ! Non, il n'était pas une mauviette...
Si… ?
Le vaste hall d'entrée était pavé d'un élégant damier noir et blanc, dont les carreaux ternis avaient perdu leur éclat au fil des années. Sur la gauche trônait une immense cheminée de pierre grise, froide depuis bien longtemps, tandis que de hauts chandeliers rongés par le temps projetaient une faible lueur vacillante sur les murs. À droite, une lourde porte en bois sombre côtoyait plusieurs statues de pierre, dont certaines disparaissaient sous d'épais draps blanchis par la poussière, leur donnant l'apparence de fantômes immobiles. Face à Toad s'élevait un majestueux escalier à double volée, recouvert d'un long tapis rouge défraîchi qui serpentait jusqu'à l'étage supérieur. D'immenses portraits aux cadres dorés ornaient les murs, leurs personnages semblant suivre chaque visiteur du regard.
Au-dessus de sa tête était suspendu un imposant lustre doré, dont les bougies diffusaient une lumière tamisée, révélant les grandes toiles d'araignée nichées dans les moindres recoins. Certaines étaient si épaisses qu'elles formaient de véritables voiles grisâtres entre les moulures et les chandeliers. Pour une maison censée être abandonnée, tout paraissait étonnamment vivant... Un silence oppressant régnait dans toute la demeure, seulement troublé par le craquement occasionnel du vieux bois et le sifflement du vent qui s'infiltrait entre les fenêtres. Toad déglutit bruyamment avant de poser un pied après l'autre, le plus discrètement possible, chaque pas aussi prudent que s'il marchait sur des œufs.
Derrière lui, la lourde porte se referma dans un fracas qui lui arracha un petit couinement aigu. Il était légèrement sous tension... Bon, carrément terrorisé ! Il détestait les maisons hantées. Son cœur tambourinait contre sa poitrine à un rythme effréné, et ses petites mains tremblaient malgré tous ses efforts pour garder contenance. S'avançant prudemment dans le hall silencieux, il lui sembla percevoir des craquements provenant de l'étage supérieur. Il avait l'impression que quelqu'un... ou quelque chose s'y déplaçait. Un faible courant d'air glissa le long de sa nuque, lui arrachant un violent frisson. Sans pouvoir s'en empêcher, il releva les yeux vers l'étage plongé dans l'obscurité, persuadé qu'une silhouette allait surgir derrière la rambarde.
Grimaçant, le petit Champignon téméraire s'approcha d'un immense portrait ancien représentant un Boo tout noir. Les Boo blancs, il connaissait... mais il ignorait qu'il en existait d'autres variétés, et cette découverte n'avait franchement rien de rassurant. Alors qu'il contemplait le tableau depuis quelques instants, la porte derrière lui s'ouvrit lentement dans un long grincement inquiétant. Les épaules de Toad se raidirent aussitôt. Le souffle retenu, il pivota avec lenteur vers l'origine du grincement, avant d'apercevoir deux yeux jaunes perçant la pénombre... Ils étaient immobiles, brillants dans l'obscurité, fixés droit sur lui sans le moindre clignement.
Son hurlement de terreur résonna dans tout le manoir.
Luigi s'était réfugié derrière une porte, à l'intérieur de la première pièce qu'il avait croisée. Le cœur martelant sa poitrine sous l'effet de la panique, il sursauta en entendant cet effroyable cri retentir à l'étage inférieur. On aurait dit le hurlement d'un animal à l'agonie... Adossé à la porte, il se laissa doucement glisser jusqu'au sol, ses jambes tremblantes refusant de le soutenir davantage après la frayeur qu'il venait de vivre. Sa casquette manqua de peu de glisser de ses cheveux en bataille. Il avait tellement couru pour sauver sa peau qu'il avait cru y rester ! Il était persuadé que quelqu'un l'avait poursuivi durant tout le temps où il avait arpenté le manoir à la recherche de son frère et des autres. À chaque tournant, il avait cru voir une silhouette surgir derrière lui, ce qui l'avait poussé à accélérer sans même regarder où il mettait les pieds.
Après s'être assuré que la poignée ronde ne tournait pas, il s'écarta prudemment de la porte avant d'observer la pièce dans laquelle il venait de se réfugier. Elle ressemblait à une immense bibliothèque. Le plafond se perdait dans l'obscurité, alors que d'interminables étagères croulaient sous une multitude d'ouvrages oubliés depuis des décennies. Comme partout ailleurs dans la demeure, un épais voile blanc recouvrait le mobilier. Une fine couche de poussière s'était déposée sur chaque surface, plongeant les lieux dans une atmosphère hors du temps. Certaines toiles d'araignée pendaient entre les rayonnages, frémissant à chaque courant d'air. Luigi déglutit difficilement. Il avait l'impression de se retrouver au beau milieu d'un véritable film d'horreur...
«M-Mario ?» Appela-t-il fébrilement, les poings serrés devant lui, le corps tremblant. Il savait que les chances de trouver son frère ici étaient infimes, mais il tenta quand même sa chance. À sa plus grande surprise, une voix lui répondit.
«Je suis juste derrière toi...» Chuchota-t-elle au creux de sa nuque, dressant les poils de sa moustache et lui arrachant un regard épouvanté.
Une bouffée d'air glacé lui parcourut l'échine au moment où il sentit le souffle de la voix contre sa peau. Immobile, mort de trouille, Luigi entendait les battements erratiques de son cœur résonner jusque dans ses oreilles, tandis qu'une goutte de sueur glissait lentement le long de sa tempe. Les secondes lui paraissaient durer une éternité. Lorsque son instinct de survie reprit enfin le dessus, un petit glapissement de terreur lui échappa. Il agita les bras dans tous les sens en reculant précipitamment, avant de s'emmêler les pieds dans le tapis noir. Son équilibre lui échappa complètement. Il bascula à la renverse et percuta violemment une table basse. Sa tête heurta le bois dans un bruit sourd, faisant chavirer le vase rempli de fleurs séchées, qui vint s'écraser au sol dans un fracas assourdissant.
Les yeux plissés par la douleur, Luigi se frotta l'arrière du crâne avant d'oser lever les yeux vers la chose qui venait de lui murmurer à l'oreille... pour découvrir qu'elle était complètement hilare. Se tenant le ventre avec ses petits bras, la Luma riait aux éclats, ravie d'avoir réussi à terrifier le plombier. Ce moment avait été magique. Inoubliable, même. Elle avait hâte de le raconter au reste de la fratrie ! Elle imaginait déjà les réactions de ses frères et sœurs en racontant comment elle avait réussi à faire sursauter le grand Luigi. Elle essuya une petite larme au coin de son œil pendant que le plus peureux des deux frères moustachus la fusillait du regard depuis le sol.
«C'est pas drôle du tout ! J'ai cru que mon cœur allait exploser !» Se plaignit-il en plaquant une main contre sa poitrine, incapable de calmer les battements affolés qui l'agitaient depuis qu'il avait mis les pieds dans ce maudit manoir. Il n'avait qu'une hâte : repartir illico presto.
«Tu aurais dû voir ta tête ! On aurait dit que tu venais de voir un fantôme !» Le taquina la Luma en exécutant une petite pirouette dans les airs.
«N'importe qui aurait eu peur à ma place ! Ce manoir est terrifiant !» Se défendit vainement Luigi après s'être redressé pour épousseter sa salopette bleue. Il se sentait honteux d'avoir crié comme il l'avait fait pour une simple blague… Mais c'était plus fort que lui. Il ne parvenait tout simplement pas à contrôler ses réactions lorsqu'il se retrouvait dans une situation aussi stressante.
«D'ailleurs, comment tu fais pour être aussi sereine ?!» S'étonna ensuite Luigi, les poings sur les hanches, une arcade sourcilière relevée en direction de la petite étoile insouciante. Pour lui, c'était un véritable mystère.
«J'aime bien cet endroit ! On peut faire plein de jeux, comme jouer à cache-cache ! Ou s'amuser à faire peur !» S’exclama-t-elle avec un large sourire en écartant ses petits bras pour désigner les murs du manoir. Depuis qu'elle avait atterri sur cette planète, elle s'amusait à explorer le moindre recoin sans se laisser impressionner par l'atmosphère lugubre qui régnait dans la demeure. Sa maman ne lui racontait jamais d'histoires qui faisaient peur, sous prétexte qu'elles empêchaient les petites Lumas de dormir.
«Cette maison me fout la chair de poule…» Gémit Luigi, loin d'être rassuré.
La douce lumière dorée de la Luma baignait faiblement les meubles alentour, repoussant timidement l'obscurité qui envahissait la bibliothèque. Ses petits éclats lumineux se reflétaient sur les reliures poussiéreuses, faisant scintiller par endroits les tranches des vieux ouvrages. Au moins, ils disposaient d'une petite source de lumière. C'était toujours mieux que rien... Cette simple présence suffisait à apaiser un peu l’humain, qui balaya une dernière fois la pièce du regard avant de se décider à rejoindre le couloir dans l'espoir de retrouver le reste de l'équipe. Ils ne devaient pas être bien loin... Ce manoir ne pouvait tout de même pas être aussi immense, si ?
Toujours aussi anxieux, il tendit la main vers la poignée lorsqu'un petit rire s’éleva derrière eux. Luigi et la Luma se figèrent aussitôt, les yeux écarquillés de stupeur. Cette fois, la petite étoile n'y était pour rien. L'expression de surprise qui venait de figer son visage en témoignait. Ce rire provenait des profondeurs obscures de la bibliothèque, là où la douce lumière qu'elle diffusait ne parvenait plus à chasser les ténèbres. Les deux compagnons échangèrent un regard inquiet avant de pivoter lentement vers cette masse d'obscurité, s'efforçant d'en percer les secrets. Cependant, ils n'eurent pas le temps d'apercevoir quoi que ce soit, car un souffle glacé effleura leur nuque. Puis quelque chose leur lécha le dos...
Deux hurlements perçants retentirent dans tout le manoir.
Bowser Junior essayait tant bien que mal de ne pas céder à la panique. Après avoir entendu plusieurs hurlements effroyables résonner à travers la vieille demeure, il s'était réfugié dans un ancien coffre en bois dont il avait soigneusement rabattu le couvercle afin de ne pas attirer l'attention. Au moins, personne ne pouvait le voir... Il avait horreur de montrer sa faiblesse en public. Blotti dans l'obscurité du coffre, il serrait les poings contre ses genoux pour empêcher ses petites mains de trembler. Il tenait un peu cela de son père. Lui aussi voulait toujours jouer au gros dur, même lorsque la peur lui nouait le ventre. Tendant l'oreille dans le silence pesant de la maison pour tenter de savoir si le danger s'était enfin éloigné, il finit par soulever très légèrement le couvercle du coffre pour jeter un regard méfiant aux alentours.
Le bandana remonté sur son museau, ses petits yeux noirs inspectaient minutieusement la pièce, s'attardant sur chaque meuble abandonné, chaque recoin plongé dans la pénombre et chaque ombre que les flammes vacillantes des bougies projetaient contre les murs. Il retenait son souffle, redoutant qu'un simple bruit ne révèle sa cachette. Le moindre mouvement lui paraissait désormais suspect. Il en était certain, il avait croisé la route d'un Boo. Depuis plusieurs minutes, le fantôme le suivait à travers les interminables couloirs du manoir, disparaissant chaque fois que Junior se retournait avant de réapparaître un peu plus loin dans un petit rire moqueur.
Cette créature espiègle prenait plaisir à faire durer la chasse, savourant chaque instant de peur qu'elle parvenait à lui inspirer. Junior avait beau savoir qu'il s'agissait probablement d'une farce, la perspective de voir le fantôme surgir brusquement devant lui lui glaçait le sang. Pourtant, les Boo faisaient partie des fidèles du royaume depuis bien longtemps, et Bowser Junior avait grandi à leurs côtés. Il connaissait parfaitement leur caractère farceur... mais aussi leur passe-temps favori : terroriser tous ceux qui avaient le malheur de s'aventurer sur leur territoire. Même en sachant cela, il continuait d'avoir les pétoches. Avalant difficilement sa salive, le petit Koopa se glissa hors du coffre avant de rajuster son bandana sur son museau.
Il voulait paraître menaçant en dépit de la peur qui lui tordait le ventre. Sans cet accessoire, il se sentait étrangement vulnérable. N'osant appeler ni sa mama ni son père, il avançait dans un silence prudent, de crainte que les Boo ne débarquent en bande pour s'amuser à lui flanquer une bonne frousse. Le moindre craquement du vieux plancher, le moindre souffle de vent dans les couloirs ou une simple ombre vacillante suffisaient désormais à le faire sursauter. À plusieurs reprises, il se retourna brusquement, persuadé qu'une silhouette blanche flottait derrière lui, avant de constater qu'il n'y avait absolument personne.
«J'suis pas une poule mouillée !» Se motiva-t-il en fronçant les sourcils, tandis qu'il réempruntait le long couloir dans l'espoir d'atteindre l'autre aile du manoir.
Il avait beau se répéter qu'il n'était pas une poule mouillée, une désagréable impression ne le quittait plus. Les personnages enfermés dans les immenses tableaux semblaient suivre chacun de ses déplacements du regard. Leurs yeux paraissaient glisser sur lui à mesure qu'il avançait, scrutant silencieusement tous ses gestes. Lorsqu'il leur lançait un regard noir, ils reprenaient vite leur posture figée sur la toile, parfaitement immobiles. Ce petit jeu ne l'amusait pas du tout. Il détestait être la souris... Il préférait largement jouer le rôle du chat. De chaque côté du corridor, d'immenses fenêtres aux vitres poussiéreuses dévoilaient l'obscurité de la forêt qui entourait le manoir.
Les branches noueuses des arbres se balançaient sous la violence des rafales, venant parfois griffer les carreaux dans un crissement lugubre. La pluie martelait inlassablement les vitres, alors que les éclairs illuminaient fugitivement les lieux, révélant les silhouettes inquiétantes des statues, des armures et des portraits qui bordaient les murs. Quelques secondes plus tard, le grondement profond du tonnerre faisait vibrer la vieille charpente, arrachant de longs gémissements au bois fatigué par les années. Junior se recroquevillait instinctivement à chaque coup de tonnerre, avant de se forcer à reprendre une attitude bravache.
À cet instant, il eut l'impression de se retrouver dans l'une de ces histoires effrayantes que son père lui racontait autrefois... Celles qu'il réclamait chaque soir avant de s'endormir. Il regrettait presque de les avoir autant aimées. À l'époque, il trouvait ces récits passionnants, bien confortablement installé auprès de son père, sans jamais imaginer qu'il pourrait un jour se retrouver au beau milieu de l'un d'eux. Sur le point d'ouvrir une nouvelle porte sur sa gauche, le jeune prince s'immobilisa. Dans le grand miroir accroché au mur, un Boo venait d'apparaître derrière lui. Son immense sourire et sa longue langue pendante contrastaient étrangement avec le lieu sinistre, sans pour autant le rendre moins terrifiant.
Le reflet du fantôme flottait à quelques centimètres seulement de lui, son regard fixé droit sur le petit Koopa. Poussant un cri de surprise, Junior prit vite ses jambes à son cou et se rua dans le couloir à la recherche d'une échappatoire, le bruit précipité de ses petites pattes se répercutant autour de lui. Il hurlait à tue-tête, terrifié à l'idée d'être une nouvelle fois la cible de ces Boos facétieux. Pourquoi s'acharnaient-ils toujours sur lui ?! Il en avait assez d'être leur souffre-douleur ! Ce petit jeu ne l'amusait plus du tout. Cependant, après avoir négocié un virage serré, il s'arrêta net. Un grondement sourd venait de s'élever à l'extérieur du manoir. Quelque chose de gigantesque... d'immense... était en train de se déplacer.
«Même pas peur...» Marmonna Junior, sans parvenir à donner à sa voix l'assurance qu'il aurait souhaitée.
Sur le point de regarder par la fenêtre, deux bras surgirent de nulle part pour l’agripper.
Son hurlement déchira le silence oppressant du manoir.
À suivre…
Encore un chapitre que j’ai adoré écrire ! Il était vraiment amusant.
N’hésitez pas à me faire un retour sur ce que vous en avez pensé, ça me ferait très plaisir !
VP