Les fragments d'une voix

Chapitre 23 : Troisième gardien

Par VendettaPrimus

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Un chapitre bien rempli, avec pas mal de choses à découvrir ! Un rebondissement inattendu vous attend, alors soyez prêts… Et plongez avec moi dans la suite de cette aventure !

Chapitre 23 – Troisième gardien

«Hé oh ! Par ici, le gros tas de cailloux ! C’est moi que tu veux !» Interpella Mario en courant aussi vite que possible vers le cube doré qui flottait au-dessus des pavés, cherchant à attirer Polta loin de ses camarades.

La créature entièrement recouverte de matière noire pivota brutalement vers lui. Ses immenses dents crissèrent les unes contre les autres tandis que ses yeux jaunes se verrouillaient sur l’humain. Désormais entièrement focalisé sur cette nouvelle cible, le colosse rocheux se mit à flotter dans sa direction pour engager le combat. Autour de lui, plusieurs Boos émergèrent des pavés humides afin de lui prêter main-forte. Leurs ricanements résonnaient dans toute la cour alors que Mario s’arrêtait juste sous la boîte mystère pour y asséner un puissant coup de poing. Un objet en jaillit. Il s’agissait d’un Champignon Foreuse, un pouvoir qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion d’utiliser.

Mario s’empara du petit champignon coiffé d’une foreuse avant de l’engloutir d’une seule bouchée, sans même prêter attention à son goût exécrable. À force de s’entraîner avec Peach et de venir en aide au Royaume Champignon, il avait fini par s’habituer à ce goût et à avaler toutes sortes de pouvoirs plus étranges les uns que les autres. Aussitôt, le bruit si caractéristique des transformations retentit. Une énergie lumineuse parcourut son corps avant de se concentrer au sommet de sa tête. Sa casquette se métamorphosa en une gigantesque foreuse étincelante, parfaitement conçue pour creuser la roche… et, avec un peu de chance, venir à bout de Polta.

«C’est moi, ton adversaire !» Défia Mario en frappant son poing dans sa paume, le regard empli de détermination. Cette fois, il était prêt. Plus que jamais, il comptait repartir avec cette note de musique en guise de récompense.

En réponse à cette provocation, Polta poussa un rugissement si puissant qu’il fit vibrer les flaques d’eau aux pieds de Mario et trembler toutes les vitres du manoir. Du coin de l’œil, le plombier remarqua que les Boos se dispersaient à travers la cour à la recherche des autres intrus plutôt que de concentrer leur attention sur lui. Cette vision l’inquiéta, mais il était bien trop accaparé par le gardien pour pouvoir leur porter secours. Ils allaient devoir se débrouiller seuls face aux fantômes… Du moins jusqu’à ce qu’il en ait terminé avec Polta. Il serra les dents, partagé entre l’envie de leur venir en aide et la nécessité de garder le colosse focalisé sur lui.

Prenant appui sur sa jambe arrière, Mario s’élança à toute vitesse à la rencontre du colosse avant que celui-ci ne puisse l’atteindre. Les bras rejetés en arrière, il slaloma entre les immenses mains qui s’abattaient sur son passage, puis bondit dans les airs pour activer son nouveau pouvoir. Immédiatement, son corps se mit à tournoyer à une vitesse folle, transformant la foreuse qui coiffait sa tête en véritable vrille. Il s’enfonça dans les pavés juste devant Polta, traversa le sol à toute allure, puis jaillit dans son dos. Sans lui laisser le temps de réagir, Mario enfonça sa foreuse dans la roche avec l’espoir de percer une ouverture… et d’atteindre enfin le spectre dissimulé sous cette épaisse carapace minérale.

Surpris, le gardien poussa un couinement de douleur avant de trébucher vers l’avant et de s’écraser de tout son poids sur la fontaine centrale, la pulvérisant. L’impact fit trembler toute la cour dans un grondement sourd, projetant des éclats de pierre et de mousse dans toutes les directions. Mario vacilla sous la secousse, peinant à retrouver son équilibre sur les pavés fissurés. Mais Polta ne comptait pas se laisser faire aussi facilement. Dans un grondement de colère, le colosse prit appui sur ses grandes mains pour se redresser, faisant craquer la pierre sous son propre poids.

Il projeta son énorme poing vers le plombier dans l’espoir de lui arracher son Champignon Foreuse. Mario bondit avec agilité et la masse rocheuse s’écrasa à l’endroit où il se trouvait une fraction de seconde plus tôt. Les pavés explosèrent sous l’impact dans un nuage de poussière tandis que plusieurs blocs étaient projetés en l’air. Mario atterrit lourdement après avoir esquivé le coup, roulant sur lui-même avant de se redresser rapidement. À peine eut-il retrouvé son équilibre qu’il releva la tête… Pour voir que Polta était déjà sur lui. Son second poing fendit l’air dans un sifflement inquiétant, rasant le sol avant de balayer toute la cour comme un gigantesque bélier.

Il était devenu inarrêtable…

Mario plongea sur le côté pour l’éviter de justesse, sentit le souffle de l’attaque lui fouetter le visage, puis roula sur plusieurs mètres avant de reprendre appui sur un genou. Le gardien ne lui laissa aucun répit. Ses deux poings s’abattaient tour à tour avec une violence effroyable, fracassant statues, colonnes et pavés à chacun de leurs impacts. Chaque coup soulevait des nuages de poussière qui obscurcissaient momentanément la vue. À force de frapper, il arrachait toujours plus de pierre, transformant peu à peu la cour en un véritable champ de ruines. L’endroit était bientôt méconnaissable… Profitant de sa petite taille et de sa vitesse, le plombier slalomait entre les attaques avec une agilité remarquable.

Il se faufilait dans les espaces laissés libres par les énormes bras du gardien, passant parfois à quelques centimètres de l’impact. Esquive après esquive, il gagnait progressivement du terrain tout en cherchant une occasion de contre-attaquer. D’un mouvement rapide, il replongea sous les pavés avant de disparaître entièrement sous terre. Les yeux jaunes du gardien balayèrent la cour, le silence retombant autour de lui. Polta tourna lentement la tête dans toutes les directions, ses deux énormes mains flottant autour de lui dans l’attente d’un nouveau mouvement. Mario réapparut finalement derrière lui et enfonça sa foreuse dans son dos avec toute la puissance que lui conférait le Champignon Foreuse.

Plusieurs blocs rocheux se détachèrent du colosse avant de s’écraser lourdement sur les pavés. Pourtant, malgré cette nouvelle attaque, l’épaisse couche de pierre protégeant son véritable corps demeurait pratiquement intacte. Il allait falloir creuser davantage. Mario serra les dents en constatant le peu de dégâts infligés. Il devait atteindre ce qui se cachait à l’intérieur avant que Polta ne finisse par l’épuiser. Furieux, le gardien pivota brutalement sur lui-même pour tenter d’écraser l’humain de son poing.

Mario retira sa foreuse juste à temps avant de replonger sous terre, échappant de peu à une attaque qui ouvrit un profond cratère derrière lui. L’onde de choc le fit vaciller sous terre, alors que des fragments de pavés s’engouffraient dans le tunnel qu’il venait de creuser. Comprenant que son adversaire utilisait le sol pour anticiper chacun de ses déplacements, Mario n’eut d’autre choix que de battre en retraite de quelques pas. Le temps jouait contre lui. Ses amis avaient besoin de lui ! Profitant d’un bref instant d’accalmie, il risqua un regard en direction des arbres où les Boos poursuivaient toujours leurs recherches. Mais cette simple distraction lui coûta cher.

Polta fondit sur lui, son poing s’abattant avec une violence telle que Mario dut replonger sous terre dans la précipitation pour échapper au coup.

De leur côté, Solfège, Toad, Yoshi, la Luma, Luigi, Bowser et Junior continuaient de s’enfoncer dans la forêt, cherchant à mettre le plus de distance possible entre eux et Polta pendant que le fracas du combat résonnait toujours dans la cour du manoir. Chaque grondement leur arrachait un regard inquiet en direction de Mario, sans qu’aucun d’eux n’ose ralentir. Tous s’efforçaient de rester les plus discrets possible lorsqu’un craquement sec retentit sous le pied de Bowser Junior. Le bruit, pourtant insignifiant, lui parut assourdissant dans le silence relatif qui venait de s’installer. Le jeune Koopa se figea aussitôt, les épaules crispées, avant de tourner lentement la tête vers Solfège…

Son sang ne fit qu’un tour lorsqu’il découvrit un Boo flottant juste derrière eux. Les crocs découverts, le fantôme affichait toujours cet inquiétant sourire qui ne quittait jamais son visage. Le petit cri de surprise de Junior alerta les autres. Luigi recula d’un pas en serrant instinctivement la Luma contre lui tandis que Toad balayait nerveusement les alentours du regard à la recherche d’un ennemi. Ce n’est qu’à cet instant qu’ils réalisèrent qu’ils n’étaient plus seuls. Entre les troncs noircis des arbres, d’autres silhouettes blanchâtres apparaissaient lentement, glissant silencieusement dans leur direction comme si elles avaient attendu le moment idéal pour leur barrer la route.

L’espace entre elles se réduisait peu à peu, les obligeant à resserrer instinctivement les rangs. Leurs ricanements se propagèrent tout autour du groupe, donnant l’impression que la forêt elle-même se refermait sur eux. Solfège chercha une issue, mais où qu’elle pose les yeux, elle ne voyait que des arbres morts, une épaisse brume et toujours davantage de Boos qui continuaient de sortir de l’obscurité. Sa respiration se fit plus courte, alors qu’une désagréable sensation d’étau lui comprimait la poitrine.

Leur seule faiblesse était la lumière… Malheureusement, personne ne possédait de quoi en produire. Du moins, c’est ce que Solfège crut dans un premier temps. Son regard glissa alors vers Bowser, toujours assis dans les mains de Yoshi, puis une idée germa dans son esprit. Se penchant vers le roi des Koopas, elle désigna sa gorge à plusieurs reprises avant de mimer une gerbe de flammes en direction des Boos, espérant lui faire comprendre qu’il devait utiliser son souffle de feu pour les repousser.

«Bonne idée !» Approuva Bowser en se redressant jusqu’au bout des doigts de Yoshi. Prenant une profonde inspiration, il gonfla la poitrine autant qu’il le pouvait avant d’ouvrir la gueule pour cracher un jet de flammes en direction des Boos. Hélas, son souffle n’avait plus rien de celui d’autrefois. Les flammes parcoururent à peine quelques mètres avant de s’éteindre, bien loin des fantômes qui continuaient d’avancer… Bowser resta quelques secondes la gueule entrouverte, observant avec incrédulité la minuscule traînée de fumée qui s’élevait devant lui.

«Wow… Ça cassait pas trois pattes à un canard.» Reconnut-il, dubitatif. Solfège posa alors doucement une main sur l’épaule de Bowser Jr. avant de lui adresser un regard encourageant. Puis, d’un simple mouvement de tête, elle lui désigna son père dont les flammes s’étaient déjà éteintes. Le jeune Koopa comprit très vite ce qu’elle attendait de lui.

«Laisse-moi faire ! Je gère !» S’avança-t-il en retirant son précieux bandana de son museau, les sourcils froncés par la concentration.

Pendant ce temps, les Boos continuaient d’approcher avec une lenteur exagérée… Ils glissaient entre les arbres morts avec une tranquillité dérangeante, leurs sourires figés ne quittant jamais leurs visages blancs. C’était comme s’ils savouraient la terreur qu’ils inspiraient à leurs proies, certains que celles-ci ne pourraient bientôt plus leur échapper. Bowser Junior savait de quoi il était capable. Il s’était préparé à ce jour pendant de longs mois ! Lui et son père avaient passé des heures entières dans les sous-sols du château à s’entraîner sans relâche afin qu’il soit prêt le moment venu, qu’il fasse honneur à la famille Koopa.

Aujourd’hui, il avait enfin l’occasion de prouver tout ce qu’il avait appris. De montrer que les flammes qui sommeillaient en lui étaient dignes de celles de son père. Courbant le dos pour prendre une profonde inspiration, le petit Koopa serra les poings contre son plastron pendant que ses joues se gonflaient. Déjà, cette chaleur familière remontait de son ventre jusqu’au fond de sa gorge. Il lui suffisait de se concentrer. D’imaginer les vieilles cibles en bois que Bowser plaçait au bout du terrain d’entraînement, puis de laisser son instinct faire le reste. Autour de lui, le temps semblait s’être figé. Solfège, Luigi, Yoshi, Toad, la Luma et même Bowser retenaient leur souffle, les yeux rivés sur le jeune prince.

Bowser Jr. ferma alors un instant les yeux pour faire abstraction de tout ce qui l’entourait. Les ricanements des Boos, l’inquiétude de ses amis, le vacarme du combat que Mario livrait un peu plus loin… Tout s’effaça progressivement. Il ne restait plus que lui, son souffle… et les flammes qu’il s’apprêtait à libérer. Pour la première fois, ce n’était ni son père ni Kamek qui allaient les sauver. Tous comptaient sur lui. Déterminé, Junior rouvrit brusquement la bouche et expulsa un immense jet de flammes qui traversa la forêt dans un rugissement incandescent.

Les arbres morts s’illuminèrent d’une lueur orangée tandis que la chaleur envahissait les alentours. Pris de court, les Boos poussèrent de petits cris affolés en se couvrant le visage de leurs bras. La lumière leur était tout simplement insupportable… Incapables de lui résister, ils se dissipèrent les uns après les autres dans de petits nuages de fumée blanche, abandonnant leur traque pour disparaître dans les profondeurs de la forêt. En quelques secondes, la menace qui les encerclait avait complètement disparu, laissant derrière elle quelques volutes pâles qui se perdaient entre les arbres.

Lorsque le jeune Koopa interrompit enfin son souffle de feu, un profond silence s’installa quelques instants avant que tous n’éclatent spontanément en applaudissements. Tout le groupe le félicita avec un grand enthousiasme, infiniment reconnaissant de les avoir tirés de cette situation. Junior resta d’abord immobile, comme s’il avait besoin de quelques secondes pour comprendre que tous ces applaudissements lui étaient réellement destinés.

C’était la première fois de sa vie qu’il était acclamé comme un véritable héros… Cette pensée lui réchauffa le cœur. C’était ce dont il avait toujours rêvé ! Les petits yeux noirs brillants de reconnaissance, il se mit à sautiller sur place avant de lever triomphalement le poing vers le ciel, laissant éclater toute sa joie. Il venait de réussir quelque chose tout seul, et rien ne pouvait lui faire plus plaisir.

«C’est mon fiston, ça !» S’exclama Bowser avec une fierté non dissimulée en ouvrant grand les bras. Junior ne se fit pas prier et vint délicatement enlacer son tout petit père sous son menton. Leurs queues frétillaient de bonheur alors qu’ils riaient tous les deux, oubliant l’espace d’un instant les dangers qui les entouraient.

«Tu es impressionnée ?» Demandèrent les deux Koopas à l’unisson en tournant vers la reine du Pays-Noir un regard plein d’espoir.

Émue par cette tendre scène, Solfège joignit ses mains contre son cœur avant d’hocher furieusement la tête. Oui, elle était si fière de lui… Si fière de ce qu’était devenu Bowser Junior. Il ne s’en rendait probablement pas compte, mais à ses yeux, il avait toujours été un petit héros. Depuis leur première rencontre, elle avait toujours cru en lui, même lorsqu’il doutait de lui-même ou cherchait désespérément à prouver sa valeur. Elle se souvenait de toutes ces fois où il avait voulu paraître plus grand, plus fort et plus courageux qu’il ne l’était vraiment, sans jamais perdre cette énergie qui le rendait si attachant. Le voir enfin recevoir les félicitations qu’il méritait lui réchauffait profondément le cœur. Avec un sourire rempli de tendresse, elle vint caresser la houppe rouge au sommet de son crâne.

Junior releva la tête vers elle, le regard pétillant d’un bonheur qu’aucun mot n’aurait su décrire. Il lui adressa un sourire radieux avant de se blottir contre sa main, savourant cette marque d’affection. Cependant, cet instant de bonheur fut de courte durée lorsqu’un énorme fracas retentit soudain à travers la forêt, suivi d’un cri qui fit disparaître tous les sourires. C’était Mario. Le plombier avait des ennuis. Luigi sentit immédiatement son estomac se tordre tandis que Yoshi échangeait avec lui un regard significatif. Aucun des deux n’eut besoin de prononcer le moindre mot, ils se comprenaient parfaitement. Il était hors de question de laisser Mario affronter ce monstre seul plus longtemps ! S’il fallait retourner au combat pour lui prêter main-forte, ils le feraient sans aucune hésitation.

Les sourcils froncés par la détermination, les deux compagnons se tournèrent vers le reste du groupe pour partager ce qu’ils avaient l’intention de faire.

Mario continuait d’esquiver les assauts de Polta, mais ceux-ci devenaient toujours plus violents et imprévisibles au fil des minutes. À force de s’enfoncer sous terre puis d’en ressortir sans le moindre répit, sa respiration se faisait plus lourde et ses mouvements perdaient de leur précision. La foreuse lui demandait une énergie considérable… Chaque nouvelle attaque lui arrachait un effort supplémentaire, alors que le colosse, lui, semblait inépuisable. Le temps jouait sérieusement contre lui. Et combien de temps pourrait-il encore soutenir un tel rythme ? Plus le combat s’éternisait, plus ses chances de victoire s’amenuisaient.

Profitant d’une brève ouverture, Mario enfonça une nouvelle fois sa foreuse dans le flanc du gardien, arrachant plusieurs blocs de pierre qui s’écrasèrent lourdement sur les pavés. Il sentit la résistance de la roche sous sa foreuse et dut redoubler d’efforts pour parvenir à en détacher quelques morceaux. Il voulut replonger sous terre pour éviter la contre-attaque, cependant Polta avait fini par comprendre sa stratégie. Son immense poing balaya brutalement la cour avant même que le plombier n’ait le temps de disparaître. Percuté de plein fouet, Mario fut projeté contre les vestiges de la fontaine dans un violent fracas. Son dos heurta la pierre avec une telle force que le souffle lui manqua pendant plusieurs secondes.

Une vive douleur traversa tout son corps, lui arrachant un petit cri. Il vacilla sous l’effet du choc tandis que sa tenue se mettait à clignoter frénétiquement. Quelques instants plus tard, la foreuse à sa tête disparut, laissant réapparaître sa casquette rouge familière. Redevenu parfaitement vulnérable, il posa une main contre les débris de pierre pour tenter de se relever, mais ses jambes tremblaient sous l’effort et il retomba en arrière. Il serra les dents, essayant de rassembler les dernières forces qu’il lui restait. Chaque respiration lui brûlait la poitrine. Lorsqu’il releva enfin la tête, l’immense silhouette de Polta dominait entièrement la cour. Le gardien le recouvrait de son ombre comme une montagne prête à s’effondrer sur lui.

Mario leva les yeux vers cette masse gigantesque, conscient qu’il n’aurait probablement pas la force d’éviter un nouvel assaut. Au-dessus d’eux, les nuages noirs recommencèrent à gronder, annonçant une nouvelle averse qui ne ferait qu’alourdir l’atmosphère déjà pesante. Ses grandes dents serrées, le gardien de pierres leva lentement son énorme poing en lévitation dans un long grognement. Cette fois, il n’avait manifestement plus l’intention de jouer avec lui. Mario comprit immédiatement ce qui allait suivre. Il était trop tard pour esquiver. Par pur réflexe, il croisa les bras devant son visage en attendant le choc. Pourtant… Le coup ne vint jamais. À sa place, un impact retentit dans un immense grondement, aussitôt suivi d’une pluie de petits cailloux qui ricochèrent tout autour de lui.

Rouvrant difficilement les yeux, Mario remarqua deux figures sur le côté qui ramassaient des cailloux pour les lancer sur le monstre. L’un d’eux balançait aussi des œufs. Il reconnut la silhouette de Yoshi, dont la présence lui arracha un sourire malgré la douleur. Yoshi attrapait ses œufs dans sa bouche avant de les recracher de toutes ses forces sur le gardien afin de détourner son attention. Les projectiles rebondissaient contre son épaisse carapace de pierre dans de petits éclats rocheux, sans toutefois lui infliger de véritables blessures. Leur efficacité était limitée, mais ils avaient au moins réussi à interrompre l’attaque qui aurait pu lui être fatale.

À quelques mètres de là, Luigi se tenait debout au sommet d’un amas de gravats, un caillou jonglant machinalement d’une main à l’autre alors que son regard ne quittait plus le colosse. Lui aussi avait changé d’apparence depuis qu’il avait frappé la dernière boîte mystère de l’arène. Son corps était désormais recouvert d’un costume de pingouin dont le duvet bleu contrastait avec les ténèbres qui enveloppaient les lieux maudits. Contrairement à son frère, ce pouvoir ne lui était pas inconnu. Il l’avait déjà utilisé une fois au Royaume Champignon et, de ce fait, en maîtrisait parfaitement les capacités. Une chance pour lui ! Un sourire soulagé étira le visage tuméfié de Mario. Ils étaient revenus.

Ragaillardi par cette arrivée inespérée, le plombier prit appui sur les débris de la fontaine pour se remettre péniblement debout, bien décidé à reprendre le combat à leurs côtés. Malheureusement, les attaques de Polta évoluèrent. Au lieu d’utiliser ses poings, le spectre se mit à marmonner une étrange incantation tout en écartant lentement ses immenses mains de chaque côté de son corps, les paumes tournées vers le ciel. Sa voix grave vibrait jusque dans les fondations du manoir, donnant à cette étrange invocation une dimension surnaturelle. Il releva ensuite les mains avec une lenteur presque cérémonieuse, comme s’il soulevait un poids invisible. Immédiatement, le sol se mit à trembler sous leurs pieds.

Des rochers s’arrachèrent progressivement aux pavés avant de s’élever dans les airs, gravitant autour du gardien au rythme des mouvements de ses mains. Lorsque tous furent en lévitation, Polta ramena brusquement les bras devant lui et les blocs de pierre furent projetés à toute vitesse en direction de Yoshi et Luigi, ses deux nouvelles cibles. Pris de court, les deux s’écartèrent dans des directions opposées pour éviter la pluie de projectiles qui s’abattait sans interruption sur le champ de bataille. Leurs trajectoires étaient impossibles à prévoir, certains changeant légèrement de direction en plein vol sous l’influence de la magie du gardien. Les énormes rochers fracassaient les pavés, soulevant d’épais nuages de poussière qui réduisaient dangereusement leur visibilité.

Luigi n’eut d’autre choix que de mettre son pouvoir à profit. Prenant son élan, il glissa avec agilité sur les pavés détrempés, ses nageoires lui permettant de gagner suffisamment de vitesse pour se faufiler entre les impacts. Il zigzaguait d’un obstacle à l’autre, bondissant parfois au dernier instant lorsqu’un bloc de pierre venait lui barrer la route. À plusieurs reprises, des rochers s’écrasèrent si près de lui que leur souffle le déséquilibra, manquant de le faire chuter. Il devait aussi éviter les flaques de peinture qui jonchaient le sol. Les gouttes de sueur perlaient sur son front tandis que son cœur battait à tout rompre.

Une seule erreur suffirait à lui faire perdre son pouvoir et à le rendre de nouveau vulnérable… Grinçant des dents, mais déterminé à offrir un peu de répit à son frère, Luigi continua d’attirer Polta à l’autre bout de la cour. Chaque seconde gagnée permettait à Mario de reprendre son souffle… et à Yoshi de rassembler suffisamment de rochers et d’œufs pour préparer leur prochaine offensive. Son regard balaya rapidement les alentours jusqu’à s’arrêter sur un pan de mur effondré qui formait une longue rampe de gravats. Une idée germa dans son esprit pile à ce moment-là. Si Polta continuait de le poursuivre, il pourrait peut-être profiter de sa vitesse pour lui tourner autour et le désorienter assez longtemps afin d’ouvrir une brèche.

Sans hésiter, Luigi donna un puissant coup de palmes et effectua un long dérapage contrôlé qui le projeta en direction de la rampe. La vitesse l’emporta presque trop loin, et il dut incliner brusquement son corps pour conserver sa trajectoire. Il remonta la pente en glissant presque à la verticale avant de redescendre de l’autre côté dans un nuage de poussière, passant à quelques mètres seulement des grands yeux jaunes du gardien.

«Allez ! Attrape-moi si tu peux !» Le provoqua-t-il en lui adressant un geste de la nageoire avant de reprendre sa course. Polta mordit immédiatement à l’hameçon. Le colosse pivota dans sa direction et tendit sa main pour l’intercepter, sauf que Luigi avait anticipé cette réaction. En revanche… Il n’avait absolument pas prévu que le gardien allongerait soudainement son bras de plusieurs mètres. Ses yeux s’écarquillèrent de stupeur, mais il était déjà trop tard.

«Lu !» Affolé, Mario tendit désespérément sa main en direction de son frère prisonnier dans la main de Polta. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur, son cœur manqua un douloureux battement. Sans son pouvoir, il ne pouvait strictement rien faire… Sans compter qu’il tenait à peine debout. Ses jambes tremblaient encore sous les coups qu’il venait d’encaisser.

Comment allait-il sauver Luigi dans cet état ? Malgré tout, il força son corps à avancer vers son frère, quitte à s’effondrer avant de l’atteindre. Chaque pas lui arrachait une grimace, mais il continuait d’avancer sans même songer à abandonner. Mais quelqu’un le devança. Relevant les pans de sa robe pour courir plus vite, Solfège fonça droit vers le gardien. Sans hésitation, elle ramassa le premier caillou qui se trouvait à ses pieds et le lança de toutes ses forces contre le visage de Polta. Puis un deuxième. Un troisième. Tout ce qui lui tombait sous la main devenait un projectile. Peu lui importait que cela soit inefficace ; elle refusait de rester les bras croisés pendant que Luigi risquait sa vie.

D’un vif coup de langue, Yoshi attrapa plusieurs morceaux de pierre et les recracha les uns après les autres sur le colosse, espérant détourner son attention assez longtemps pour que Luigi puisse se libérer. À eux deux, ils tentèrent de multiplier les attaques pour attirer son regard ailleurs, sans jamais relâcher leurs efforts. Enfermé dans cette gigantesque main de pierre, Luigi se débattait de toutes ses forces. Il agitait frénétiquement ses nageoires, cherchant par tous les moyens à desserrer l’étreinte qui l’écrasait un peu plus à chaque seconde. Son souffle se coupa lorsqu’une pression plus forte comprima sa poitrine, et ses mouvements commencèrent à perdre de leur vigueur.

«Luigi !» Répéta Mario, la panique déformant sa voix tandis que ses mains se crispaient sur sa casquette. Impuissant, il regardait son frère se débattre sans pouvoir lui venir en aide.

«Laisse-moi faire.» Cette petite voix surprit le plombier. Il tourna la tête vers Bowser, qui gardait les yeux rivés sur Polta, les poings serrés et un léger filet de fumée s’échappant de ses narines. Depuis quand était-il là, au juste ?

«À ton tour de me faire confiance.» Lui dit-il. Sans attendre de réponse, le roi Koopa s’élança à toute vitesse en direction du gardien dans un grand hurlement de guerre. Malgré sa taille minuscule, chacun de ses pas respirait une détermination farouche.

Il n’abandonnerait personne au combat.

D’autres silhouettes surgirent bientôt d’entre les arbres pour prêter main-forte à Solfège. Toad, Bowser Junior et la Luma ramassèrent eux aussi tout ce qui leur tombait sous la main avant de bombarder Polta de cailloux dans l’espoir de lui faire lâcher Luigi. Les pierres ricochaient contre son épaisse carapace rocheuse dans une succession de petits impacts. Même si leurs attaques n’occasionnaient aucun dégât visible, leur acharnement finissait par perturber le gardien, l’obligeant à détourner son attention de sa proie. Polta tourna lentement la tête dans leur direction. Agacé par cette pluie incessante de pierres, il leva sa main libre et recommença à marmonner son étrange incantation.

Le sol se remit à trembler avant que plusieurs blocs de pierre ne s’arrachent brutalement aux pavés pour s’élever autour de lui. D’un simple mouvement du bras, il les projeta en direction du petit groupe. Bowser Junior détala à quatre pattes d’un petit couinement. Il bondissait d’un côté puis de l’autre avec agilité, évitant de justesse les énormes rochers qui s’écrasaient autour de lui dans un vacarme assourdissant. À plusieurs reprises, l’un d’eux vint se planter si près de sa queue qu’il sentit le souffle de l’impact lui parcourir la carapace. Heureusement, les interminables séances d’entraînement avec son père lui avaient appris à réagir sans hésitation face au danger.

Plus légère et bien plus difficile à atteindre, la petite Luma filait dans les airs en dessinant de rapides zigzags entre les énormes projectiles. Profitant que Bowser monopolise désormais son attention, Yoshi ramassa de nouveaux rochers avant de les expédier les uns après les autres contre le visage du gardien. Quant à Toad, il se jeta derrière un amas de gravats pour se protéger de la pluie de pierres qui continuait de s’abattre autour de lui. Solfège suivit un instant Bowser Junior du regard, le cœur serré en le voyant disparaître entre les débris. Lorsqu’elle s’assura qu’il avait réussi à échapper aux rochers, elle contourna Polta en courant pour détourner une nouvelle fois son attention.

C’est à cet instant que Bowser arriva enfin à sa hauteur. Plantant fermement ses petites pattes dans les pavés, le roi des Koopas prit une profonde inspiration avant de souffler un puissant jet de flammes sur la roche qui recouvrait le gardien, espérant de toutes ses forces le contraindre à relâcher enfin Luigi. Les flammes dansèrent sur la surface minérale, se reflétant dans les yeux jaunes de Polta. Sans jamais reprendre son souffle, Bowser promena méthodiquement ses flammes d’un bout à l’autre du corps de pierre du gardien, refusant de céder malgré sa taille minuscule.

Peu à peu, la roche se mit à rougir sous l’effet de la chaleur, tandis que de fines fissures commençaient à apparaître à sa surface. Pour la première fois depuis le début du combat, le colosse violet laissa échapper un véritable grognement de douleur. A priori, les flammes de Bowser avaient fini par atteindre le spectre dissimulé sous cette épaisse armure de pierre… En voyant son père à l’œuvre, Bowser Junior sentit son courage redoubler. Il réapparut au sommet d’un petit monticule de gravats, prit une profonde inspiration puis cracha à son tour une succession de boules de feu.

Les projectiles enflammés vinrent frapper la roche déjà fragilisée, arrachant de nouveaux éclats de pierre à chacun de leurs impacts. Chaque détonation agrandissait un peu plus les fissures, faisant voler des fragments incandescents autour du gardien. Polta chancela à plusieurs reprises, peinant de plus en plus à conserver son équilibre sous cette pluie d’assauts. Dans un grondement de colère, il finit par trébucher en avant. Sa gigantesque main s’ouvrit sous l’effet du choc, libérant enfin Luigi qui s’écrasa lourdement sur les pavés. Son costume de pingouin clignota quelques instants avant de disparaître, le laissant étendu sur le dos, les bras en croix, alors que de petites étoiles tournaient autour de sa tête.

Mais la chute de Polta provoqua un nouvel éboulement. Déjà fragilisée par les flammes, l’une de ses oreilles rocheuses se détacha avant de s’abattre sur le bout de la queue de Bowser.

«Aïe !» Sursauta ce dernier en tirant instinctivement sur sa queue, mais le bloc de pierre était bien trop lourd. Coincé sous les décombres, il dut interrompre son souffle de feu pour tenter de se dégager. Hélas, malgré tous ses efforts, sa petite force de Koopa rapetissé ne suffisait pas à déplacer un tel morceau de roche.

«Je suis coincé !» Pesta Bowser entre ses dents, agacé par son impuissance.

Yoshi arriva précisément à cet instant.

Bondissant par-dessus les débris, il rejoignit Bowser en quelques enjambées avant de pousser le bloc de pierre, qui se révéla finalement moins lourd qu’il n’en avait l’air, sur le côté. Sans perdre une seconde, le dinosaure récupéra la minuscule tortue dans ses bras… Juste à temps. L’immense main de Polta s’abattit à l’endroit où ils se trouvaient. L’impact fit trembler toute la cour, soulevant une violente rafale qui balaya les débris dans toutes les directions. Pris dans le souffle, Yoshi perdit brutalement l’équilibre et fut projeté contre le tronc desséché d’un arbre dans un craquement inquiétant. Solfège sentit son cœur manquer un battement. Son regard passa frénétiquement de Yoshi à Bowser, puis de Bowser Junior au gardien qui continuait de s’acharner sur eux.

Il y avait une fine coupure sur son front, sa respiration était de plus en plus laborieuse et tous ses muscles lui rappelait l’épuisement qui gagnait progressivement son corps. Ce monstre était un véritable cauchemar… Contrairement aux deux autres gardiens qu’ils avaient affrontés, Polta ne montrait aucun signe de faiblesse. Sa force paraissait intarissable, sa colère ne faisait que grandir et chacune de leurs attaques peinaient à ralentir son avancée. Au loin, Solfège aperçut Mario qui se traînait péniblement dans leur direction. Un bras plaqué contre son ventre meurtri, il avançait malgré la douleur, les dents serrées, refusant d’abandonner ses compagnons. Sa démarche était devenue hésitante, mais il continuait d’avancer avec cette obstination qui le caractérisait.

Elle comprit très vite ce qu’il s’apprêtait à faire. Même à bout de forces… Il comptait retourner au combat. Une boule d’angoisse se forma dans sa poitrine.

Et s'ils n'y arrivaient pas ?

Tout le monde était à court d’idées et à bout de forces… Sans power-up, ils partaient de toute façon avec un énorme désavantage. Comment venir à bout d’un tel colosse ? Cette question revenait sans cesse dans l’esprit de Solfège tandis qu’elle se mettait à couvert après une nouvelle pluie de rochers. Elle avait beau chercher une solution, aucune ne lui venait à l’esprit. La cour était devenue méconnaissable. Les statues n’étaient plus que des tas de gravats, la fontaine avait disparu sous les décombres et les pavés étaient éventrés de toutes parts, laissant apparaître une terre noircie par les flammes et les impacts. Chaque regard posé autour d’elle lui rappelait à quel point ce combat les dépassait.

Au-dessus de leurs têtes, de nouveaux nuages noirs s’amoncelaient alors que le grondement de l’orage gagnait à nouveau en intensité. Une pluie glaciale ne tarderait plus à s’abattre sur eux, comme si le ciel lui-même s’était ligué contre eux. Accroupie derrière un amas de pierres, Solfège se faufila discrètement jusqu’à Luigi, toujours étendu sur les pavés. Son ami avait perdu connaissance. Elle s’agenouilla près de lui et lui donna quelques légères tapes sur les joues. Le plombier sursauta dans une grande inspiration, les yeux écarquillés, complètement désorienté. Il ouvrit la bouche pour crier, mais Solfège posa rapidement un doigt devant ses lèvres avant de lui faire signe de rester silencieux.

Sans perdre une seconde, elle l’aida à rejoindre leur cachette de fortune. Tous deux eurent à peine le temps de s’aplatir derrière les débris qu’un cri aigu déchira soudain toute la cour, couvrant même les grondements de l’orage. Le cœur de Solfège manqua encore un battement. Elle releva brusquement la tête, le souffle coupé. C’était la Luma. Polta venait de la balayer d’un violent revers de la main. Son petit corps lumineux traversa les airs avant de s’écraser lourdement sur les pavés dans un nuage de poussière. Elle rebondit une première fois, puis une seconde, roulant encore sur plusieurs mètres avant de s’immobiliser.

Pendant un bref instant, plus personne n’osa bouger. La Luma resta prostrée au sol, les yeux fermés, peinant à reprendre ses esprits. Ses bras tremblaient de peur alors qu’elle se recroquevillait sur elle-même. Lorsqu’elle comprit enfin que Polta avançait de nouveau dans sa direction, une panique irrépressible envahit son regard. Elle tenta de reculer en prenant appui sur ses petits bras, mais ses mouvements étaient trop faibles pour lui permettre de s’éloigner rapidement. Alors elle plaqua ses bras contre son visage, cherchant désespérément à se protéger de ce monstre terrifiant.

Puis elle poussa un hurlement déchirant.

«MAMAN !»

Le cri se répercuta dans toute la cour… Instaurant un silence glaçant.

Tous les regards se rivèrent sur la Luma en détresse et sur le gardien qui la surplombait, ses immenses mains levées au-dessus de sa tête, prêtes à s’abattre sans la moindre pitié sur la petite créature sans défense. Avec une lenteur insoutenable, Polta écarta les doigts. Un frisson parcourut Solfège lorsqu’elle comprit que personne ne serait assez rapide pour intervenir. Leur gigantesque ombre engloutit peu à peu l’étoile toujours recroquevillée au sol. Le temps sembla ralentir. Personne ne bougeait. Tous étaient paralysés par l’effroi, incapables de faire obéir leur corps à temps pour empêcher l’inévitable. Même Bowser, pourtant prêt à se jeter dans la mêlée quelques instants plus tôt, resta figé devant cette scène. Mais alors que le gardien s’apprêtait à écraser la Luma…

Deux immenses étoiles lumineuses surgirent de nulle part et vinrent encercler ses poignets. Elles tournoyèrent de plus en plus vite, laissant derrière elles de longues traînées dorées qui illuminèrent toute la cour. Puis, dans une formidable explosion de lumière, elles pulvérisèrent la roche qui emprisonnait les mains de Polta. L’éclat força plusieurs membres du groupe à détourner momentanément les yeux. Le gardien chancela lourdement en arrière dans un grondement de surprise, son immense carcasse rocheuse vacillant quelques instants dans les airs. Cependant, il n’eut pas le temps de retrouver sa stabilité qu’une vaste onde de choc bleutée parcourut soudain tout son corps.

Une multitude de particules lumineuses se mirent à danser autour de lui tandis que l’énergie crépitait à la surface de sa roche violette, le figeant complètement durant plusieurs secondes. Puis, sans que personne ne parvienne à distinguer l’origine de cette mystérieuse magie, une pluie d’impacts jaillit de toutes les directions à une vitesse si fulgurante qu’il devenait impossible d’en suivre les trajectoires. Chaque frappe illuminait brièvement les ruines du château, les arbres calcinés et les nuages d’orage avant de venir s’écraser contre le gardien dans une succession d’explosions éclatantes.

Bouche bée face à cette démonstration de force, le groupe balaya frénétiquement les environs du regard dans l’espoir d’apercevoir l’auteur de cette incroyable magie. Assailli de toutes parts, Polta n’eut d’autre choix que de reformer précipitamment ses mains afin de protéger son visage. Mais ce simple geste semblait avoir été anticipé. Une nouvelle étoile d’énergie se matérialisa rapidement autour de sa taille. Bien plus imposante que les précédentes, elle commença à tourner lentement autour de lui, puis accéléra progressivement jusqu’à former un immense anneau de lumière dont l’éclat devint presque aveuglant.

Solfège et les autres durent instinctivement lever un bras devant leur visage tant cette mystérieuse énergie rayonnait avec une intensité extraordinaire. Personne n’avait jamais assisté à une telle démonstration de magie… Le gardien, corrompu par la magie noire, ne pouvait plus rien faire. Il se retrouvait entièrement à la merci de celui ou celle qui maîtrisait ces sorts. Les projectiles s’abattaient les uns après les autres, arrachant de gros morceaux de pierre à chaque impact et dévoilant un peu plus le spectre dissimulé en son cœur. L’inconnu achevait le travail que Mario avait commencé quelques instants plus tôt. Les fissures déjà présentes s’élargissaient à vue d’œil, laissant entrevoir par endroits la silhouette prisonnière de cette enveloppe rocheuse.

De plus en plus affaibli, Polta poussa un ultime hurlement assourdissant avant de s’effondrer lourdement contre le sol éventré dans un grand nuage de poussière. Vaincu. La substance violette se résorba, libérant progressivement le gardien de son emprise maléfique. La roche qui constituait son enveloppe glissa doucement autour de lui, dévoilant enfin le spectre noir, désormais vulnérable. En son centre brillait une note de musique d’un jaune éclatant, celle que Solfège et ses compagnons étaient venus récupérer sur cette planète hostile. Sans un bruit, le maître des lieux leva une dernière fois les yeux vers eux avant que son corps spectral ne se dissolve lentement dans les airs, abandonnant la précieuse note au milieu des débris.

Autour de Mario, Luigi, Yoshi, Bowser, Bowser Junior, Toad et Solfège, les Boos réapparurent dans de petits éclats de rire, célébrant avec enthousiasme la victoire de leurs sauveurs. Ils leur étaient infiniment reconnaissants d’avoir délivré leur protecteur, devenu fou après avoir été corrompu par cette magie noire apportée par une pluie de météorites. Depuis ce terrible jour, Polta n’était plus que l’ombre de lui-même, incontrôlable et d’une agressivité sans précédent. Maintenant libérés de cette menace, les Boos allaient enfin pouvoir retrouver leur quotidien sans craindre leur propre gardien… et reprendre leurs activités favorites consistant à terroriser les malheureux voyageurs assez téméraires pour s’aventurer sur leur planète hantée.

Leurs petits ricanements avaient quelque chose de presque joyeux, bien différents des cris inquiétants qui avaient accompagné leur traque quelques minutes auparavant. Toujours étendue sur le sol, la petite Luma gémit en se frottant les yeux avant de se redresser péniblement. Son regard se posa aussitôt sur une silhouette qui commençait à se dessiner derrière l’épais nuage de poussière. Intriguée, elle pencha légèrement la tête, persuadée de reconnaître cette présence pourtant encore dissimulée. Sa petite bouche s’entrouvrit avec étonnement lorsque cette silhouette avança d’un pas, révélant progressivement ses contours familiers.

Ses grands yeux noirs s’illuminèrent de bonheur. N’y tenant plus, elle se leva d’un bond avant de se précipiter dans les bras grands ouverts de cette mystérieuse personne. La jeune femme l’accueillit contre elle avec une tendresse évidente, la serrant contre son cœur. Toutes deux éclatèrent de rire, leurs voix cristallines résonnant dans toute l’ancienne arène jusqu’aux oreilles du petit groupe encore dispersé aux quatre coins de la cour. Mario épousseta sa salopette avant de s’avancer en direction des deux voix, suivi de Toad. Solfège lui emboîta le pas aux côtés de Luigi et Bowser Junior, tandis que Yoshi et Bowser contournaient les décombres par l’autre côté de la cour.

Tous affichaient la même expression de stupéfaction. À qui pouvait bien appartenir cette voix ? Plissant les yeux, Solfège balaya la poussière qui flottait devant son visage lorsqu’une jeune femme lévitant au-dessus du sol attira son regard, la petite Luma blottie contre sa poitrine. Ses longs cheveux blond clair ondulaient délicatement dans les airs, comme animés par une brise invisible. Une somptueuse robe bleu ciel enveloppait sa silhouette alors qu’une baguette magique en forme d’étoile reposait entre ses doigts. Solfège ne l’avait encore jamais rencontrée. Pourtant… au plus profond d’elle-même, elle sut qu’il ne pouvait s’agir que de la mère des étoiles.

Harmonie.

«Je t’ai enfin retrouvée !» Se réjouit Harmonie tout en serrant affectueusement son enfant dans ses bras, un sourire ému et les larmes aux coins des yeux.

Cette tendre scène fit naître un sourire sur les visages de Mario et de Luigi. Tous deux remirent leur casquette en place avant de lisser machinalement leur moustache du bout des doigts. Ému par ces retrouvailles, Toad sautillait sur place, les affaires entassées dans son sac à dos s’entrechoquant dans un joyeux raffut. Bowser, toujours installé dans les mains de Yoshi, croisa les bras d’un air faussement détaché tandis que le dinosaure reniflait l’air en agitant la queue. À côté d’eux, Bowser Junior imita la posture de son père en poussant un petit reniflement de dédain. Lui n’était absolument pas sensible à ces retrouvailles pleines d’émotion !

Enfin… c’était du moins ce qu’il essayait de se faire croire. D’un geste discret, il vérifia que son bandana dissimulait toujours correctement son visage. Juste au cas où. Préférant leur laisser cet instant de bonheur, Solfège s’éloigna pour récupérer le fragment de sa voix au milieu des rochers. Comme à chaque fois, elle s’accroupit devant la note de musique avant de tendre délicatement la main vers elle. Une douce chaleur irradia aussitôt sous ses doigts, se propageant lentement le long de son bras dans une sensation aussi réconfortante qu’apaisante. À cet instant précis, son souffle se coupa sous la puissance de l’émotion qui l’envahit…

L’amour. Le plus fort et le plus pur de tous les sentiments.

Alors que la note se démultipliait en une multitude de couleurs autour d’elle, Solfège fut baignée par une vague d’amour qui réchauffa son cœur. Dans son esprit défilèrent les instants où elle avait ressenti ce sentiment si précieux… Elle revit ses amis, sa nouvelle vie au château aux côtés des Koopas, les fous rires partagés avec Junior, les soirées paisibles passées en famille, les regards complices échangés avec Bowser, leur mariage, les moments de tendresse qu’ils avaient appris à construire ensemble malgré leurs différences… Tous ces souvenirs s’entremêlaient dans une douce lumière, lui rappelant à quel point sa vie avait changé depuis son arrivée dans le Royaume Koopa.

Elle revoyait des visages, entendait des rires et retrouvait la chaleur de ces instants avec une précision presque troublante. Et lorsqu’elle rouvrit lentement les yeux, une larme glissait déjà le long de sa joue. Tous ces souvenirs se succédaient comme les pages d’un livre qu’elle n’aurait jamais voulu refermer. Chacun d’eux lui rappelait que l’amour ne se résumait pas à une seule personne, mais à tous ceux qui avaient trouvé une place dans son cœur. Les mains jointes au-dessus de son cœur, Solfège remerciait le ciel d’avoir autant été gâtée par la vie. Les notes de musique libérèrent une chanson qu’elle avait une fois chantée à Bowser lors d’un soir où il n’avait pas eu le moral…

Mon cœur a trouvé son chemin,

Là où le tien m'attendait

Même lorsque tout semble loin,

Notre amour ne peut s'effacer

Si la nuit éteint les étoiles,

Je serai leur douce lueur

Et lorsque le monde s'emballe,

Je chanterai pour ton cœur

Une douce mélodie se libéra dans les airs, accompagnée de petits éclats scintillants qui retombèrent autour de Solfège alors que la note regagnait sa poitrine.

Là où était sa véritable place. La dernière vibration s’éteignit doucement contre elle, laissant derrière elle une chaleur persistante au creux de son cœur. Se sentant plus complète, la reine poussa un faible soupir, une main posée contre son cœur après avoir éprouvé autant d’amour. Elle débordait de ce sentiment… Un sentiment qu’elle avait toujours rêvé de partager avec le monde qui l’entourait. Même envers son ancien ennemi et unique mentor, Tic-Tac. Elle trouvait la force de pardonner. Elle trouvait la force de sourire. Car, selon elle, l’amour ne résidait pas seulement dans les liens que l’on tissait, mais aussi dans la capacité de tendre la main, même à ceux qui nous avaient autrefois blessés.

Pardonner ne signifiait pas oublier les blessures du passé, mais choisir de ne plus leur permettre de dicter l’avenir. C’était cette conviction qui avait guidé chacun de ses pas… et qui continuerait toujours d’éclairer son chemin. L’amour était cette lumière discrète capable de s’infiltrer dans les cœurs les plus sombres, d’apaiser les blessures les plus profondes et de faire naître l’espoir là où il semblait avoir disparu. Tant qu’il continuerait de brûler en elle, Solfège était convaincue qu’aucune obscurité ne pourrait jamais triompher définitivement.

Elle ferma les yeux quelques secondes, savourant cette paix intérieure qui lui avait tant manqué, avant de laisser échapper un sourire.

«Mama ?» La petite voix de Bowser Junior retentit dans son dos. Il jouait nerveusement avec ses griffes, mais lorsqu’il croisa le regard de Solfège, son cœur manqua un battement. Elle entrouvrit lentement les lèvres…

«Junior ?»

À Suivre…




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