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Chapitre 2 : Les ruines du refuge
3242 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 31/08/2026 23:51
CHAPITRE 2
Les ruines du refuge
Seule la lueur de la lune éclairait leur chemin. Chaque craquement de branche faisait sursauter Cynthia. Son instinct de protection était en alerte permanente. Perdue dans sa fuite comme dans ses pensées, elle aurait été incapable de dire combien de kilomètres elles avaient parcourus à travers la forêt.
— Cynthia...
Aucune réponse.
— Cynthia !
Elle se retourna brusquement.
— Quoi ?
Une colère encore brûlante animait son regard. Mais Karrie n'y prêta pas attention. Les larmes aux yeux, elle murmura :
— Je suis fatiguée... J'ai faim... Ça fait des heures qu'on marche dans cette forêt... Et tu me serres tellement le bras que j'ai mal...
Les mots frappèrent Cynthia de plein fouet. Son expression changea aussitôt. Elle regarda sa petite sœur, épuisée, les jambes tremblantes, les yeux rougis par la fatigue. Comme si elle revenait soudainement à la réalité.
— Je...
Sa voix s'étrangla.
— Je suis désolée...
Elle baissa les yeux vers la main qui retenait fermement le bras de Karrie. Ses doigts tremblaient. Elle la relâcha immédiatement. Autour d'elles, la forêt était silencieuse.
Ce n'est qu'à cet instant que Cynthia prit réellement conscience de son environnement. Toute la tension qui la maintenait debout depuis leur fuite retomba d'un seul coup. La fatigue s'abattit sur elle comme une chape de plomb.
— Viens... On va s'arrêter ici pour manger.
Le visage de Karrie s'illumina.
— D'accord !
Cynthia ouvrit son inventaire. Elle en sortit quelques morceaux de pain et de viande séchée. Ce n'était pas un repas digne de ce nom, mais c'était infiniment meilleur que les maigres rations auxquelles elles avaient eu droit durant leur captivité au village. Quelques instants plus tard, un petit feu crépitait entre elles.
Elles mangèrent en silence. Le hululement des chouettes et le bruissement des feuilles accompagnaient leur repas. Au bout d'un moment, Karrie rompit le silence.
— Dis...
Cynthia leva légèrement les yeux.
— Hum ?
— Qu'est-ce qui va nous arriver maintenant ?
La question resta suspendue quelques secondes. Cynthia attira doucement sa sœur contre elle. Karrie se blottit aussitôt dans ses bras.
— Ce que j'ai fait cette nuit...
Elle marqua une longue pause.
— Aura des conséquences.
Sa voix se fit plus douce.
— Je voulais te protéger de tout mon cœur...
Elle baissa les yeux.
— Et si tu as vécu tout ça... c'est parce que...
Les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Sa voix se brisa. Karrie se retourna alors pour lui faire face. Sans hésiter, elle passa ses bras autour de sa grande sœur.
— Tu sais...
Elle serra un peu plus fort son étreinte.
— Ce n'est pas de ta faute.
Elle leva les yeux vers le ciel où brillait encore la lune.
— Si on est coincées dans ce jeu...
...c'est la faute du monsieur tout habillé en rouge. Puis elle esquissa un petit sourire.
— Mais je suis heureuse qu'on soit ensemble.
Les larmes coulèrent abondamment sur les joues de Cynthia. Elle rendit son étreinte à Karrie.
— Oui...
Sa voix tremblait encore.
— Tu as raison, ma chérie...
⁂
Elles finirent par s'endormir, blotties l'une contre l'autre. Le sommeil de Cynthia ne lui apporta aucun répit. Les souvenirs revinrent aussitôt. Carlos...
Son regard rassurant. Ses paroles pleines de bienveillance. Lui et ses compagnons leur avaient proposé de les suivre jusqu'à leur village. À cette époque, la ville de départ était plongée dans le chaos.
Les joueurs couraient dans tous les sens, certains pleuraient, d'autres criaient de colère après l'annonce de Kayaba.
Même elle, pourtant bêta-testeuse, s'était retrouvée complètement désemparée. Le village leur avait alors semblé être un refuge. Un endroit sûr. Le piège s'était refermé dès l'instant où elles avaient franchi ses portes.
Les images s'enchaînèrent. Les visites nocturnes. Les hommes qui entraient dans sa chambre. Les humiliations.
Les violences qu'elle avait accepté de subir pour qu'ils épargnent Karrie. Puis... Une autre image. Le chef du village posant ses mains sur le corps de sa petite sœur.
— Non !
Cynthia se réveilla en sursaut. Son souffle était court. Son corps ruisselait de sueur. Elle regarda aussitôt autour d'elle.
À sa droite... Personne. Son cœur s'emballa. Le soleil était déjà haut dans le ciel.
— Karrie !
Aucune réponse.
— Karrie !
— Je suis là !
La fillette surgit entre les arbres en trottinant. Un large sourire illuminait son visage. Elle tenait un petit panier rempli de baies sauvages.
— Regarde !
Elle leva fièrement son trésor.
— Comme tu dormais profondément, je suis allée en chercher toute seule. J'en ai trouvé plein !
Son enthousiasme arracha un léger sourire à Cynthia.
— Tu m'as fait peur...
Karrie baissa un peu la tête.
— Désolée...
Cynthia lui caressa doucement les cheveux.
— La prochaine fois, réveille-moi avant de partir.
— Promis !
Elles s'assirent près du feu désormais éteint.
Cynthia prit une poignée de baies.
— Elles ont l'air délicieuses.
Karrie bomba le torse de fierté. Pendant quelques instants, elles mangèrent en silence. Puis Cynthia reprit la parole.
— Je me rends compte que je n'ai pas vraiment répondu à ta question hier soir.
Karrie tourna immédiatement la tête vers elle.
— Tu vois mon curseur ?
La fillette leva les yeux vers le cristal flottant au-dessus de sa sœur. Sa couleur rouge semblait encore plus vive à la lumière du jour.
— Cette couleur est la preuve, aux yeux de tous les joueurs, que j'ai ôté la vie à quelqu'un.
Elle baissa les yeux.
— Cette marque ne disparaîtra jamais.
Sa voix était calme. Presque résignée.
— À partir d'aujourd'hui, beaucoup me considéreront comme un monstre avant même de connaître mon nom.
Elle inspira profondément.
— Si tu restes à mes côtés...
J'ai peur que tu sois rejetée avec moi. Karrie fronça aussitôt les sourcils.
— Tu l'as fait pour nous protéger !
— Oui...
Cynthia esquissa un sourire triste.
— Mais combien d'autres joueurs rouges ont tué simplement parce qu'ils en avaient envie ?
Elle marqua une pause.
— Les autres joueurs ne feront pas la différence.
Elle regarda l'horizon.
— Il existe des guildes entières spécialisées dans la traque des joueurs rouges.
Puis son regard s'assombrit.
— Sans compter que les survivants du village raconteront que nous avons détruit leur foyer.
Karrie resta silencieuse. Cynthia reprit d'une voix plus basse.
— Quand je t'ai cherchée...
J'en ai profité pour libérer les autres femmes qui étaient retenues prisonnières comme nous. La fillette la regarda avec étonnement.
— Tu sais ce qu'elles m'ont répondu ?
Karrie secoua lentement la tête. Cynthia ferma les yeux. Comme si leurs paroles résonnaient encore dans son esprit.
— Elles m'ont insultée.
Elle avala difficilement sa salive.
— Elles m'ont traitée d'égoïste...
De folle...
Sa voix trembla.
— Elles criaient...
« Comment as-tu pu faire ça ? » « Tu aurais dû accepter ce qu'ils nous faisaient ! » « Tu aurais dû laisser ta sœur devenir une femme pour que nous puissions survivre ! » Le silence retomba.
Même le chant des oiseaux semblait s'être arrêté. Karrie serra doucement la main de sa grande sœur. Sans dire un mot.
⁂
Cynthia demeura silencieuse. Les paroles des captives résonnaient encore dans son esprit. Elle était partie profondément choquée. Jamais elle n'aurait imaginé entendre de telles paroles de la bouche de femmes qui avaient subi les mêmes souffrances qu'elle.
Karrie s'approcha doucement. Sans dire un mot, elle passa ses bras autour de sa grande sœur. Cynthia lui rendit son étreinte. Après quelques instants, Karrie leva les yeux vers elle.
Un sourire malicieux éclairait son visage.
— Tu verras...
Elle serra un peu plus fort Cynthia.
— Un jour, ce ne sera plus toi qui me protégeras...
Elle sourit de toutes ses dents.
— Ce sera moi qui te protégerai.
Un léger rire échappa à Cynthia. Le premier depuis bien longtemps. Elle ébouriffa affectueusement les cheveux de sa petite sœur.
— Il va d'abord falloir monter tes niveaux, ma grande.
Karrie gonfla les joues.
— Hé !
Le sourire de Cynthia s'effaça peu à peu, laissant place à une détermination nouvelle. Elle leva les yeux vers l'horizon.
— D'abord...
Elle désigna la direction du téléporteur.
— Nous quittons cet étage.
Sa voix était calme. Assurée.
— Ensuite, nous trouverons un endroit où nous installer quelque temps.
Elle posa une main sur l'épaule de Karrie.
— Et nous mettrons en place une routine pour gagner de l'expérience toutes les deux.
Karrie acquiesça avec enthousiasme.
— Oui !
Les deux sœurs ramassèrent leurs maigres affaires. Après avoir éteint les dernières braises du feu, elles reprirent leur route à travers la forêt. Au loin, la silhouette imposante du téléporteur se découpait déjà entre les arbres. Sans se retourner une seule fois vers le village qu'elles laissaient derrière elles...
Elles marchèrent vers l'étage suivant. Leur cavale ne faisait que commencer.
Carlos pénétra dans le donjon caché de l'étage. Son visage était fermé. Ses pas résonnaient contre les murs de pierre tandis qu'il s'enfonçait dans les profondeurs du repaire de la guilde. Soudain...
Deux éclats d'acier jaillirent de l'obscurité. Les dagues filèrent droit vers son visage. Dans un mouvement d'une précision presque mécanique, Carlos leva son arme. Clang !
Les deux lames furent déviées avant de retomber lourdement sur le sol. Un léger sifflement retentit. La pierre commença aussitôt à fumer, puis à se liquéfier lentement sous l'effet de l'acide qui recouvrait les dagues. Un rire amusé résonna dans les ténèbres.
— Tes réflexes sont toujours aussi affûtés... Je pensais vraiment t'avoir cette fois-ci.
Carlos esquissa un léger sourire.
— Tant que je sentirai cette soif de sang qui t'anime, tu auras bien du mal à me surprendre, mon ami.
Une silhouette encapuchonnée sortit lentement de l'ombre. Son curseur rouge brillait au-dessus de sa tête. Sans un mot, les deux hommes se saisirent mutuellement de l'avant-bras en guise de salut. Un geste empreint de respect.
L'assassin inclina légèrement la tête.
— Je suppose que la petite troupe postée à l'entrée du donjon annonce une mauvaise nouvelle à rapporter au chef ?
Carlos poussa un discret soupir.
— Tu ne crois pas si bien dire...
Il marqua une pause.
— Où est-il ?
L'homme haussa les épaules.
— Comme d'habitude... lorsqu'il n'est pas en mission.
Carlos reprit sa marche. Les couloirs du repaire semblaient interminables. À mesure qu'il avançait, une odeur métallique de sang se mêlait à celle, plus âcre, du soufre. Des gémissements étouffés résonnaient derrière plusieurs portes.
Certains prisonniers suppliaient qu'on mette fin à leurs souffrances. Carlos ne ralentit pas. Il avait depuis longtemps appris à ignorer ces cris. Il poussa finalement une lourde porte de bois renforcée de métal.
Au fond de la pièce se tenait PoH. Le chef de la guilde. Vêtu de son long manteau noir, il manipulait avec une minutie presque fascinante plusieurs fioles remplies de liquides colorés. Face à lui, un homme était suspendu à un mur par de lourdes chaînes.
Son corps entier était parcouru de spasmes. Son visage déformé par la douleur ne parvenait même plus à produire le moindre cri. PoH observa calmement la réaction du poison.
Il prit quelques notes. Changea de fiole. Puis administra un nouveau mélange. Le prisonnier convulsa de plus belle.
Carlos demeura immobile. Il savait parfaitement ce qu'il en coûtait à ceux qui interrompaient le chef durant ses expériences. Quelques instants plus tard, le corps du malheureux s'affaissa. Inconscient.
PoH reposa délicatement la seringue sur sa table. Sans même lever les yeux, il déclara d'une voix calme :
— Doc.
Un homme en blouse blanche s'avança immédiatement.
— Oui, PoH.
— Occupe-toi de lui.
Le médecin acquiesça sans poser de question. Il détacha soigneusement le prisonnier avant de commencer à le soigner. Il fallait qu'il survive. Le chef aurait encore besoin de lui.
Pendant ce temps, PoH nettoya méthodiquement chacun de ses instruments. Il essuya les lames. Referma les fioles. Rangea chaque objet à sa place avec une précision presque maniaque.
Enfin, il déposa le coffret dans son inventaire. Ce n'est qu'alors qu'il leva les yeux vers Carlos. Son regard croisa immédiatement le sien. Une fraction de seconde lui suffit.
Il avait déjà compris.
— Viens.
Sa voix était parfaitement calme.
— Allons dans mon bureau.
Sans attendre de réponse, PoH lui tourna le dos. Carlos s'effaça pour le laisser passer. Puis il lui emboîta le pas, en silence.
⁂
PoH entra dans son bureau. Une vaste cheminée crépitait derrière son imposant fauteuil, projetant sur les murs de longues ombres vacillantes. Sans un mot, il s'installa confortablement. Carlos demeura debout.
Il attendit patiemment que son chef l'autorise à prendre place. PoH croisa les jambes.
— Allons... Assieds-toi.
Carlos obéit.
— Maintenant, fais-moi ton rapport.
Pendant de longues minutes, Carlos raconta avec précision les événements de la nuit précédente. L'arrivée de Cynthia. La libération du boss. La destruction du village.
Les pertes. Il n'omit aucun détail. PoH l'écouta sans jamais l'interrompre. Ses doigts tapotaient doucement l'accoudoir de son fauteuil.
Lorsqu'enfin Carlos termina son récit, un lourd silence s'installa. Puis PoH posa une unique question.
— Combien d'hommes avons-nous perdus ?
— Quatre-vingts.
Le silence revint. Puis PoH esquissa un léger sourire.
— Tu peux en ajouter un de plus.
Sa voix était presque chaleureuse. Il tourna légèrement la tête vers un coin obscur de la pièce.
— Va me le chercher.
Une silhouette jusque-là invisible se détacha des ténèbres. Sans prononcer un mot, elle déposa un talisman sur le sol. Puis disparut aussitôt. Comme si elle n'avait jamais été là.
Carlos baissa légèrement la tête.
— Désolé, PoH...
Le chef éclata d'un petit rire. Son sourire respirait la bonne humeur. Mais ses yeux... Ses yeux étaient ceux d'un homme qui avait depuis longtemps sombré dans la folie.
— Ne t'inquiète pas.
Il fit un geste désinvolte de la main.
— Ce n'est qu'un jeu.
Il marqua une courte pause.
— Et tout le monde commet des erreurs.
Il sourit davantage.
— De toute façon, j'ai déjà d'autres projets pour toi.
Son regard se posa sur Carlos.
— Siegfried et Hector sont toujours en vie ?
— Oui.
— Parfait...
Son sourire s'élargit encore.
— Très bien...
Très... Bien... À cet instant, une vive lumière jaillit du talisman. Lorsque l'éclat disparut, deux silhouettes se tenaient au milieu de la pièce.
La première était l'assassin revenu de mission. La seconde... Le chef du village. Encore couvert de poussière.
Complètement paniqué.
— Tu peux disposer.
L'assassin s'inclina respectueusement avant de quitter la pièce en silence. Le chef du village tomba immédiatement à genoux. Sa voix tremblait.
— Je... je peux tout vous expliquer !
Il désigna Carlos d'une main fébrile.
— C'est cette garce et sa petite sœur !
Cette fille nous a tout pris ! Je... je n'ai fait que mon travail ! Je voulais seulement...
Seulement profiter un peu... Comme avec toutes les autres femmes... PoH se leva lentement de son fauteuil. Aussitôt, l'atmosphère sembla devenir plus lourde.
Chaque pas qu'il faisait résonnait dans la pièce. Le chef du village baissa instinctivement les yeux. PoH s'arrêta devant lui. Puis, contre toute attente...
Il posa doucement une main sur son épaule.
— Allons...
Relève-toi. Le chef releva timidement la tête. PoH affichait un sourire presque bienveillant.
— Nous faisons tous des erreurs.
Le chef du village sentit la tension quitter son corps.
— V... Vous n'allez pas me tuer ?
PoH eut un petit rire.
— Bien sûr que non.
Il tapota affectueusement son épaule.
— Nous sommes déjà bien trop peu nombreux pour nous permettre de perdre davantage d'hommes.
Les épaules du chef s'affaissèrent de soulagement. Un sourire nerveux commença même à apparaître sur son visage. L'instant suivant... Une gerbe de cristaux illumina la pièce.
La tête du chef du village reposait désormais entre les mains de PoH. Son corps décapité resta figé une fraction de seconde avant de s'effondrer lourdement sur le sol. PoH contempla le visage figé par l'incompréhension. Un sourire émerveillé illumina ses traits.
— Ah...
Quelle expression magnifique... Il approcha lentement la tête de son propre visage.
— Si seulement je pouvais la conserver pour toujours...
Quelques secondes plus tard, la tête se désintégra à son tour en une pluie de cristaux. PoH observa les derniers fragments disparaître. Puis il retourna tranquillement s'asseoir dans son fauteuil. Comme si rien d'inhabituel ne venait de se produire.
Il croisa les mains devant lui. Son regard se posa sur Carlos.
— Bien.
Parlons maintenant de la suite.
⁂
Les deux sœurs avaient fini par mettre au point une véritable routine de vie dans Aincrad. Chaque matin, Cynthia envoyait Karrie acheter les vivres dont elles avaient besoin pendant qu'elle préparait leur équipement. Une fois les provisions réunies, elles partaient chasser les monstres des environs, perfectionnant jour après jour leurs niveaux, leur équipement et, surtout, leur coordination. Les semaines laissèrent peu à peu place aux mois.
Sans même s'en rendre compte, elles avaient quitté les premiers étages depuis longtemps. À chacune de leurs haltes, Cynthia prêtait une oreille attentive aux rumeurs relayées par les informateurs. Un nom revenait sans cesse : les Conquérants se préparaient à affronter le boss du cinquante-neuvième palier. Si tout se passait bien, un nouvel étage s'ouvrirait à elles.
Comme à son habitude, Cynthia observait sa petite sœur s'entraîner. La lance double fendait l'air avec une aisance impressionnante. Les mouvements de Karrie étaient précis, rapides, presque élégants. Plus aucune hésitation ne transparaissait dans chacun de ses enchaînements.
Un léger sourire apparut sur le visage de Cynthia.
— Karrie... Ça te dirait un duel ?
La jeune fille interrompit aussitôt son entraînement.
— Un duel... contre toi ?
Elle laissa échapper un petit rire nerveux.
— Sérieusement ? Tu pulvérises tous les monstres qu'on croise. Je ne suis pas vraiment enthousiaste à l'idée de me faire pulvériser moi aussi.
Cynthia secoua doucement la tête.
— Tu te sous-estimes énormément.
Elle croisa les bras tout en continuant d'observer sa sœur.
— Je t'ai vue progresser de mes propres yeux. Tu es devenue bien plus forte que tu ne le crois.
Les paroles de Cynthia firent naître un doute dans l'esprit de Karrie. Pourtant, malgré tous ces mois d'entraînement, une autre image s'imposa aussitôt à elle. Toutes ces fois où Cynthia s'était interposée. Toutes ces fois où elle l'avait sauvée.
Elle baissa instinctivement les yeux vers la lance qu'elle tenait entre ses mains. Cynthia suivit son regard avant de reprendre d'une voix calme :
— Dois-je te rappeler pourquoi tu tiens cette arme aujourd'hui ?
Karrie serra légèrement sa prise.
Cette lance n'était pas seulement une arme. C'était la promesse qu'elle s'était faite ce jour-là : devenir assez forte pour protéger à son tour sa grande sœur. Elle inspira profondément avant de relever les yeux.
— ...Très bien.
Un sourire déterminé apparut sur son visage.
— J'accepte.