CHAPITRE 4
Linceul
Conformément aux ordres de PoH, Carlos quitta discrètement les rangs de la guilde des assassins. Quelques jours plus tard, il se présenta aux épreuves de recrutement des Chevaliers de la Confrérie, la plus prestigieuse guilde de Sword Art Online. Son talent ne tarda pas à faire parler de lui. Discipliné, méthodique et doté d’une solide expérience du combat, Carlos se distingua raid après raid. Là où d’autres cherchaient les honneurs, il privilégiait l’efficacité, n’hésitant jamais à se placer en première ligne pour protéger ses compagnons ou à prendre le commandement lorsqu’une situation l’exigeait.
Aux yeux des membres de la Confrérie, il incarnait le chevalier idéal. Les mois passèrent. À force de résultats et d’un dévouement irréprochable, il gravit un à un les échelons de la hiérarchie. Sa loyauté semblait sans faille.
Sa réputation était irréprochable. Lorsque le poste de responsable des relations extérieures se libéra, son nom s’imposa presque naturellement. Désormais chargé de la diplomatie entre les Chevaliers de la Confrérie et les autres guildes, Carlos participait aux négociations, assistait aux réunions stratégiques et avait accès à des informations auxquelles peu de joueurs pouvaient prétendre. Exactement comme PoH l’avait prévu.
Sous les traits d’un chevalier exemplaire… Carlos était devenu les yeux et les oreilles de la guilde des assassins.
⁂
La salle de réunion du cinquante-sixième palier baignait dans un silence attentif. Autour de la grande table, les représentants des principales guildes de première ligne écoutaient les consignes de la vice-commandante des Chevaliers de la Confrérie. Carlos demeurait adossé contre un mur, les bras croisés. Son regard ne quittait pas Asuna.
Son exposé était précis. Clair. Sans détour. Chaque décision était pesée, chaque risque anticipé.
Elle ne cherche pas à impressionner… Elle cherche simplement à ramener tout le monde vivant. Un léger sourire étira les lèvres de Carlos. Pas étonnant qu’elle soit devenue vice-commandante.
À l’autre bout de la table, une voix coupa soudain le briefing.
— Cette stratégie est trop risquée.
Kirito. Comme à son habitude. Carlos leva discrètement les yeux au ciel. Évidemment…
Le Beater a encore quelque chose à redire. Il observa les réactions dans la salle. La plupart des joueurs se contentaient d’écouter. Certains semblaient hésiter.
Mais un homme, en particulier, attira immédiatement son attention. Son visage s’était fermé. Sa mâchoire était crispée. Ses yeux lançaient des éclairs en direction de Kirito.
Carlos connaissait ce regard. Il l’avait vu des dizaines de fois. La jalousie. La rancœur.
Le genre d’émotions qu’il suffisait d’effleurer pour en faire une arme. Profitant d’un moment où les discussions reprenaient, Carlos se rapprocha discrètement de lui. D’un léger coup de coude, il attira son attention.
— Dis-moi…
Sa voix n’était guère plus qu’un murmure.
— Tu ne trouves pas que ce Beater ouvre un peu trop sa gueule ?
Le joueur eut un rictus.
— Je ne peux pas le supporter.
Carlos sourit intérieurement. Comme je le pensais. Il tendit calmement la main.
— Carlos.
Responsable de la diplomatie des Chevaliers de la Confrérie. Si un jour tu as besoin de quoi que ce soit… Passe à mon bureau. L’autre serra sa main sans quitter Kirito des yeux.
— Kuradeel.
Garde du corps de la vice-commandante. Pendant une fraction de seconde, les deux hommes échangèrent un regard. Ils venaient tous les deux de comprendre la même chose. Cette rencontre n’avait rien d’un hasard.
⁂
La réunion se poursuivit après le départ du joueur solitaire. Les discussions revinrent rapidement sur la stratégie du prochain raid. Une légère vibration interrompit les réflexions de Carlos. Une notification venait d’apparaître dans son interface.
Rapport d’incident Disparition d’un groupe de joueurs expérimentés dans la forêt du cinquantième palier. Les recherches menées jusqu’à présent sont restées infructueuses. Une assistance est demandée afin d’enquêter sur les circonstances de leur disparition. Carlos poussa intérieurement un soupir.
Évidemment… Tous mes subordonnés sont déjà mobilisés sur d’autres dossiers. Je vais devoir m’en charger moi-même. Sans perdre une seconde, il rédigea une réponse.
Retrouvez-moi au téléporteur du cinquantième palier. J’arriverai dans une dizaine de minutes. Le temps d’informer ma hiérarchie. Le message envoyé, Carlos sortit une feuille de papier de son inventaire.
Il y inscrivit rapidement les raisons de son départ ainsi que la destination de sa mission. Profitant d’un instant où Asuna poursuivait son exposé, il s’approcha discrètement de la table et déposa le billet devant elle. Sans interrompre son briefing, la vice-commandante baissa brièvement les yeux. Elle parcourut les quelques lignes d’un simple regard.
Puis, sans cesser de parler, elle acquiesça imperceptiblement. Carlos comprit le message. Autorisation accordée. Il quitta silencieusement la salle de réunion.
Quelques minutes plus tard, il se tenait déjà devant le cercle de téléportation.
— Cinquantième palier.
La lumière l’engloutit. Sans le savoir… Il venait de prendre la direction d’un lieu où trois tombes fraîchement dressées l’attendaient.
⁂
Le chronomètre poursuivait son inexorable descente. 19:08:14 Cynthia ne le quittait plus des yeux. Chaque seconde semblait durer une éternité. Jamais vingt-quatre heures ne lui avaient paru aussi longues.
L’ennui se mêlait à la frustration. À ses côtés, Karrie dormait paisiblement, la tête posée sur ses cuisses. Sa respiration était calme. Régulière.
Comme si le monde extérieur n’existait plus. Cynthia soupira. Puis, après quelques secondes d’hésitation… Elle pinça doucement les joues de sa petite sœur.
Karrie ouvrit brusquement les yeux.
— Hein ?!
Elle se redressa d’un bond.
— Quoi ?! On se fait attaquer ?!
Cynthia détourna aussitôt le regard.
— Désolée…
Sa voix se fit presque inaudible.
— Je ne voulais pas te réveiller…
Karrie plissa les yeux. Elle se frotta les joues avant de fixer sa sœur avec le regard le plus suspicieux dont elle était capable. Le silence dura quelques secondes. Finalement, Cynthia croisa les bras.
— Bon…
Elle poussa un soupir de résignation.
— D’accord…
Oui, je l’ai fait exprès. Un léger sourire embarrassé apparut sur son visage.
— Je m’ennuyais…
Karrie éclata de rire.
— J’ai dormi si longtemps que ça ?
— Quatre heures…
avoua Cynthia. Elle baissa légèrement la tête.
— J’ai vraiment eu du mal à rester toute seule…
Le sourire de Karrie s’effaça.
— Désolée…
Elle passa doucement une main dans ses cheveux.
— J’imagine que ça doit être terrible pour toi d’attendre sans savoir ce qui va arriver.
Cynthia secoua lentement la tête.
— Non…
C’est moi qui suis désolée de t’avoir réveillée. Sans répondre, Karrie se rallongea tranquillement sur les cuisses de sa sœur. Cynthia leva aussitôt les yeux au ciel.
— Hé…
Ne te rendors pas. Karrie lui adressa un sourire espiègle.
— Tes cuisses sont beaucoup trop confortables.
Cynthia haussa un sourcil.
— Ah oui ?
Ses doigts vinrent aussitôt chatouiller les flancs de Karrie.
— Elles sont toujours aussi confortables ?
Karrie éclata de rire en essayant de lui attraper les mains.
— Arrête !
Cyn ! C’est pas juste ! Après quelques instants, Cynthia finit par cesser son attaque. Karrie croisa les bras en faisant une moue boudeuse.
— Tu triches…
Le sourire de Cynthia s’effaça peu à peu. Son regard se perdit dans le vide.
— Dis-moi…
Karrie releva la tête.
— Est-ce que tu te souviens vraiment de notre vie d’avant ?
Un silence s’installa.
— Depuis que nous sommes enfermées ici…
J’ai parfois l’impression que mon passé appartient à quelqu’un d’autre. Comme si ce n’était plus moi qui l’avais vécu. Karrie réfléchit quelques secondes.
— Moi…
Je m’en souviens encore. Elle sourit doucement.
— Quand tu es venue me parler de ce jeu et de cette nouvelle technologie…
J’étais tellement heureuse. Elle leva les yeux vers Cynthia.
— Pouvoir marcher à tes côtés…
Ne plus avoir à… Un éclat de lumière illumina soudain la salle. Les deux sœurs tournèrent instantanément la tête. Le cercle de téléportation venait de s’activer.
⁂
Un groupe de trois joueurs venait d’apparaître. Ils attendaient à l’entrée de la salle de téléportation tout en discutant à voix basse.
— Alors, il arrive dans combien de temps ? demanda l’un d’eux à son chef de groupe.
— Il m’a dit qu’il terminait une réunion. Il ne devrait plus tarder.
Derrière leur cachette, Cynthia et Karrie demeuraient parfaitement immobiles. Leurs respirations étaient lentes, contrôlées. Le moindre souffle un peu trop bruyant pouvait les trahir. Quelques instants plus tard, le portail de téléportation s’illumina de nouveau.
Trois nouvelles silhouettes émergèrent de la lumière. Le chef du groupe s’inclina respectueusement.
— Carlos, c’est un honneur de vous voir ici en personne.
Le cœur des deux sœurs s’emballa. Chaque battement semblait résonner dans leurs oreilles. Leurs doigts se crispèrent sur leurs armes, prêts à réagir au moindre imprévu. Le chef poursuivit :
— Voici…
— Nous nous passerons des présentations.
Carlos l’interrompit d’une voix sèche.
— Venez-en au fait.
Mon temps est précieux. Pris de court, le chef de groupe se ressaisit rapidement.
— Le joueur à mes côtés connaît l’emplacement exact où le groupe a disparu.
Carlos désigna la sortie d’un simple mouvement de son arme.
— En route.
Puis il se tourna vers les deux hommes qui l’accompagnaient.
— Hector. Sig. Vous restez ici.
Les deux hommes échangèrent un regard.
— On ne vous accompagne pas ? demanda Hector.
Carlos secoua la tête.
— Inutile.
Vu le niveau des monstres de ce secteur, je ne crains pas grand-chose. Et si cette disparition est l’œuvre de joueurs rouges, ils auront déjà quitté les lieux depuis longtemps. Il marqua une courte pause.
— En revanche, j’aurai besoin que vous transmettiez plusieurs messages lorsque j’en saurai davantage.
Sig esquissa un sourire.
— En attendant… on peut s’occuper des monstres qui réapparaissent autour de la salle ?
— Accordé.
Sans ajouter un mot, Carlos suivit le chef du groupe. Le bruit de leurs pas s’éloigna progressivement jusqu’à disparaître. Le silence retomba. Cynthia attendit encore quelques secondes avant de laisser échapper un discret soupir.
Toutes deux reprirent enfin une respiration normale. Karrie se tourna vers sa sœur.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Un léger sourire apparut sur le visage de Cynthia. Elle ébouriffa tendrement les cheveux de sa petite sœur.
— Finalement…
Ton idée était excellente. Si nous étions sorties, nous leur serions tombées droit dessus. Elle leva les yeux vers le compte à rebours de Damoclès, qui poursuivait lentement sa descente.
— Ils ignorent complètement que nous sommes ici.
Autant profiter de cet avantage. Et puis… Vu mon état actuel, je préfère ne prendre absolument aucun risque. Karrie acquiesça sans discuter.
Elle comprenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à attendre. Encore. Les minutes allaient sembler interminables.
Mais, pour cette fois, la patience était leur meilleure alliée.
⁂
Une demi-heure plus tard, les deux joueurs revinrent dans la salle de téléportation. Ils reprirent leur poste à l’entrée tout en discutant pour tromper l’ennui.
— Tu ne trouves pas qu’il abuse quand même ? demanda Sig. On aurait très bien pu l’accompagner.
Hector haussa les épaules.
— Franchement, je préfère attendre ici à ne rien faire plutôt que participer aux préparatifs du raid.
Sig poussa un profond soupir.
— Ouais… ben moi, ça me casse les couilles.
Il sortit une dague de son inventaire et la lança contre le mur. Cling ! La lame rebondit dans un tintement aigu avant de retomber à quelques centimètres seulement de la cachette des deux sœurs.
— Tu ne vas pas la ramasser ? demanda Hector.
— Pourquoi faire ?
C’est du consommable. Et t’as pas idée à quel point les Chevaliers de la Confrérie débordent de ressources.
Il en lança une deuxième. Puis une troisième. Très vite, une pluie de dagues se mit à frapper le mur. Hector secoua la tête avec résignation.
Il ne fut même pas surpris lorsque Sig dégaina son immense épée à deux mains pour renvoyer les lames comme s’il jouait au base-ball. Tant que cela occupait son compagnon… Il n’avait rien à redire. Derrière leur cachette, Cynthia et Karrie fermèrent les yeux.
Les dagues ricochaient dans toute la pièce. Certaines glissaient sur le sol. D’autres rebondissaient jusque contre leurs jambes ou leurs épaules. Aucune des deux n’osait bouger.
Mais combien il en a dans son inventaire, ce trou du cul… pesta intérieurement Cynthia.
À côté d’elle, Karrie répétait sans cesse la même phrase. Ne fais pas de bruit… Ne fais surtout pas de bruit… Le vacarme cessa brusquement.
Une notification venait d’apparaître devant Sig.
— Ah…
Il a enfin terminé. Hector releva immédiatement la tête.
— Qu’est-ce qu’il dit ?
Sig ouvrit le message avant de prendre une voix grave, imitant volontairement Carlos.
— Une joueuse rouge répondant au nom de Cynthia a ôté gratuitement la vie de trois valeureux membres de la guilde Head Hunter.
Il poursuivit d’un ton théâtral.
— Dans sa vanité, elle a érigé une stèle afin de glorifier son crime et a laissé une note menaçant tous les innocents qui croiseraient sa route.
À peine ces mots prononcés, Cynthia plaqua vivement sa main sur la bouche de Karrie. Elle connaissait sa sœur. Elle savait qu’elle était incapable de laisser passer un mensonge aussi grossier. Les yeux de Karrie s’écarquillèrent.
L’indignation qui s’y lisait était telle qu’elle semblait prête à bondir hors de leur cachette. Cynthia secoua imperceptiblement la tête. Pas maintenant. Après quelques secondes, Karrie ferma les yeux et reprit difficilement le contrôle de sa respiration.
Sig referma le message.
— Je vous passe le reste…
En gros, il demande à toutes les guildes de rester sur leurs gardes et de l’aider à l’appréhender. Il parcourut rapidement les dernières lignes.
— Moi, je dois prévenir Trangoul et le rejoindre au quartier général des Chevaliers de la Confrérie après le raid du cinquante-sixième palier.
Hector acquiesça.
— Je commence par prévenir les guildes des étages supérieurs.
— Parfait.
Moi, je prends celles du bas. Les deux hommes échangèrent un signe de tête.
— On se retrouve au QG quand c’est terminé ?
— Ouais.
À plus. Ils utilisèrent le téléporteur , laissant derrière eux un silence presque irréel.
⁂
Une fois les deux joueurs partis, Karrie repoussa doucement la main de sa sœur. Son visage était encore rougi par la colère.
— Mais on ne peut pas les laisser dire ça !
Ils mentent ! Cynthia lui adressa un sourire empreint de tendresse.
— Karrie…
Sa voix était douce. Presque maternelle.
— Seuls les mots qui sortent de ta bouche peuvent me blesser.
Le reste… Ce n’est que du vent. À ces mots, toute la colère de Karrie s’évapora. Elle baissa les yeux.
Comme toujours, Cynthia trouvait le moyen d’apaiser son cœur. Cette dernière tapota doucement ses cuisses.
— Allez…
Viens poser ta tête. Karrie ne se fit pas prier. Elle retrouva sa place, rassurée par la présence de sa sœur. ⸻ Dans le couloir menant au téléporteur, Carlos marchait aux côtés des membres de la guilde Head Hunter.
Avant d’emprunter le portail, il s’arrêta un instant. Son regard balaya chacun des joueurs.
— Je compte sur votre coopération dans la traque de cette dangereuse joueuse rouge.
Il marqua une courte pause.
— C’est elle qui est à l’origine de la destruction de mon village.
Le chef des Head Hunter serra les poings.
— Vous pouvez compter sur nous.
Un léger sourire, presque imperceptible, passa sur les lèvres de Carlos. La haine était un moteur puissant. Et il venait d’en alimenter les flammes une fois de plus. Les membres des Head Hunter franchirent alors le téléporteur, chacun rejoignant sa prochaine destination.
⁂
Carlos franchit le téléporteur et rejoignit une zone isolée, en périphérie de la ville. À l’écart des regards, un imposant rocher dominait la lisière de la forêt. Il s’y installa et attendit. Les minutes s’écoulèrent dans un silence presque total.
Puis une silhouette encapuchonnée émergea lentement des arbres. Son curseur rouge brillait au-dessus de sa tête. Carlos se releva et s’avança à sa rencontre. L’inconnu s’arrêta à quelques pas de lui.
— Carlos…
Que puis-je faire pour toi ? Sa voix nasillarde était immédiatement reconnaissable.
— Trangoul.
J’aurais besoin de tes talents. Carlos sortit deux feuilles de son inventaire et les lui tendit.
— Peux-tu reproduire cette note ?
À l’identique. Même papier. Même écriture. Même signature.
En revanche… Il sortit une seconde feuille.
— Je veux que ce texte remplace celui d’origine.
Trangoul parcourut rapidement les deux documents. À mesure que ses yeux glissaient sur les lignes, un sourire amusé se dessina sur son visage. Il comprit aussitôt l’objectif de Carlos.
— Je vois…
Oui, c’est dans mes cordes. Il replia soigneusement les feuilles.
— Autre chose ?
— Il me faudrait également plusieurs portraits-robots.
Trangoul tendit aussitôt la main, paume ouverte.
— Tu connais les tarifs.
Sans discuter, Carlos ouvrit son inventaire et y déposa la somme convenue. Puis il ajouta quelques pièces supplémentaires. Trangoul les compta rapidement. Son sourire s’élargit.
— Toujours aussi généreux…
Il referma son inventaire.
— Très bien.
Décris-moi la personne que tu veux faire rechercher.
Le temps passa sans qu’aucun autre événement ne vienne troubler leur cachette. Le compte à rebours touchait enfin à sa fin. Cynthia réveilla doucement Karrie. Les deux sœurs échangèrent un regard. Leurs armes en main, elles retenaient leur souffle. Malgré l’espoir, une même pensée les hantait : et si quelque chose tournait mal ? Elles s’étaient préparées à accueillir la mort.
00:00:01 00:00:00 Une seconde passa. Puis une autre. Rien. Cynthia ouvrit aussitôt sa fenêtre de statistiques.
Un long soupir lui échappa. Sa barre de vie était revenue à son maximum et la régénération automatique s’était déjà enclenchée. Elle tourna l’écran vers Karrie.
— Bon… Le malus limite les points de vie de son utilisateur à un maximum d’un seul PV pendant vingt-quatre heures. Une fois le temps écoulé, les PV restent à un, mais la régénération reprend immédiatement. Je serai de nouveau à cent pour cent d’ici quelques minutes.
À peine avait-elle terminé sa phrase que Karrie se jeta dans ses bras. Tous les sentiments qu’elle avait retenus pendant ces vingt-quatre heures éclatèrent d’un seul coup. En larmes, elle frappa doucement l’armure de sa sœur de ses petits poings fermés.
— Promets-moi… Promets-moi de ne plus jamais utiliser cette technique… Je ne veux plus jamais revivre ça…
Cynthia sentit sa gorge se nouer. Elle referma doucement ses bras autour de Karrie.
— Je te le promets. Je ne l’utiliserai plus… sauf si je n’ai vraiment pas d’autre choix.
Karrie hocha silencieusement la tête, sans cesser de pleurer. Les deux sœurs restèrent ainsi un long moment, laissant retomber toute la tension accumulée. Ce n’est qu’une fois leurs émotions apaisées qu’elles reprirent leur route.
⁂
Carlos travaillait paisiblement dans son bureau lorsque la porte s’ouvrit dans un fracas assourdissant. Sa plume s’immobilisa. Il releva lentement les yeux vers l’origine du vacarme. Sur le seuil se tenait Kuradeel.
Son visage, déformé par la colère, trahissait une rage difficilement contenue. Carlos posa calmement sa plume.
— Dure journée ?
— Tu ne crois pas si bien dire… cracha Kuradeel.
Carlos se leva sans se presser.
— Viens. Allons sur le balcon. Nous y serons plus tranquilles.
Les deux hommes sortirent. Kuradeel s’appuya contre la rambarde de pierre, les mains crispées à s’en blanchir les jointures. Perdu dans ses pensées, il resta silencieux quelques instants, tentant en vain de retrouver son calme. Carlos s’adossa au mur.
— Laisse-moi deviner… C’est encore ce Beater ?
À ces mots, le visage de Kuradeel se crispa davantage. Si la rambarde n’avait pas été un objet immortel, il l’aurait réduite en poussière. Il explosa enfin.
— Cet enfoiré m’a ridiculisé devant Asuna !
Sa voix tremblait de rage.
— Il a utilisé des combines de Beater pour me battre ! Il n’y a pas d’autre explication !
Carlos hocha lentement la tête, comme s’il partageait son analyse.
— C’est vrai… Après tout, le garde du corps personnel de la vice-commandante est forcément choisi parmi les meilleurs.
Ces quelques mots suffirent à alimenter davantage encore la haine de Kuradeel.
— Il paiera pour cette humiliation… Je te le jure.
La lueur qui brillait dans son regard ne laissait aucune place au doute. Carlos esquissa un léger sourire.
— Dans ce cas… si tu l’acceptes, je connais quelques personnes qui seraient ravies de t’apporter leur aide.
Il retroussa lentement sa manche. Sur le dos de sa main apparut l’emblème des Laughing Coffin. Pendant une fraction de seconde, Kuradeel resta figé. Puis un large sourire étira son visage.
— Qu’est-ce qu’on attend ?
Sans échanger un mot de plus, les deux hommes quittèrent les Chevaliers de la Confrérie en direction du repaire de la guilde des assassins.