Sword art online Alternative : Red player

Chapitre 8 : Le dédale du 75ème pallier

Par Alondite

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CHAPITRE 8

Le dédale du soixante-quinzième palier

— On nous attaque !

La voix d'un joueur résonna dans tout le dédale.

— Les joueurs rouges !

Sonnez l'alerte ! À quelques galeries de là, Cynthia et Karrie stoppèrent net leur progression. Le fracas des armes venait d'éclater tout près d'elles. Prudemment, elles s'approchèrent jusqu'à apercevoir la scène.

Le souffle de Cynthia se coupa. Le couloir était devenu un véritable champ de bataille.

Les joueurs rouges avaient pris l'avantage.

Au milieu du chaos, une immense épée balayait l'espace avec une violence inouïe. Siegfried. Chaque coup décrivait un large arc de cercle, obligeant les joueurs verts à reculer sous peine d'être fauchés. Les fragments lumineux des victimes disparaissaient déjà dans les airs tandis que les survivants tentaient désespérément de contenir l'assaut.

Les deux sœurs restèrent cachées. Les mâchoires crispées. Les mains serrées sur leurs armes. Puis...

Un nouveau groupe surgit par la galerie opposée. À leur tête, un homme brandissait un katana. Son bandana rouge ne laissait aucun doute. Les yeux de Cynthia s'écarquillèrent.

— Klein...

L'arrivée de Fuurinkazan rééquilibra aussitôt le combat. Parfaitement coordonnés, les membres de la guilde s'interposèrent devant les joueurs en retraite. Leurs lames s'entrecroisèrent avec celles des assassins, offrant enfin un peu de répit aux blessés. Mais Siegfried ne ralentissait pas.

Au contraire. Son rire résonnait dans le couloir tandis qu'il reportait toute son attention sur Klein.

— Enfin un adversaire digne de ce nom !

L'immense épée s'abattit avec une force monstrueuse. CLANG ! Klein para de justesse. Le choc le fit reculer de plusieurs pas.

Un deuxième coup. Puis un troisième. Chaque impact faisait vibrer les parois du donjon. Klein résistait...

Mais il cédait progressivement du terrain. L'offensive de Siegfried semblait ne jamais devoir s'arrêter. Cynthia serra plus fort encore les poignées de ses dagues.

Elle revit un instant le Colisée. Le sourire idiot de Klein. Sa maladresse. Le rire qu'il lui avait arraché.

Puis elle reporta son regard sur le combat. Sans un mot, elle fit un pas en avant. Karrie la suivit immédiatement. Cette fois...

Cynthia ne pouvait plus rester spectatrice. Sans la moindre hésitation, Cynthia s'élança. Ses dagues s'illuminèrent sous l'effet de son Sword Skill. Elle surgit sur le flanc de Siegfried et frappa avec précision.

L'impact le déséquilibra juste assez. Son immense épée passa à quelques centimètres seulement du visage de Klein. Un souffle. Pas davantage.

Le samouraï ne laissa pas passer cette occasion inespérée. Il contre-attaqua immédiatement, obligeant Siegfried à abandonner son offensive pour se mettre en garde. Pendant ce temps, Karrie traversait le champ de bataille. Sa lance double décrivait de grands cercles autour d'elle.

Plutôt que d'abattre ses adversaires, elle frappait leurs poignets, leurs armes ou leurs jambes. Chaque attaque avait le même objectif. Les immobiliser. Les désarmer.

Ou créer une ouverture pour les autres joueurs. Pris entre Klein et Cynthia, Siegfried voyait sa situation se dégrader. Contraint de repousser les assauts incessants du samouraï, il ne pouvait empêcher Cynthia de profiter de la moindre faille. Une entaille.

Puis une autre. De fines lignes rouges apparaissaient sur son armure tandis que les effets de saignement s'accumulaient. Klein profita d'un nouvel échange pour hausser la voix.

— Rends-toi !

C'est terminé ! À ces mots... Le sourire de Siegfried s'élargit. Un sourire qui n'avait rien de rassurant.

Sans prévenir, il pivota brutalement sur son pied d'appui. Son talon s'écrasa en plein dans l'estomac de Cynthia. Le choc la projeta droit sur Klein. Ce dernier la rattrapa instinctivement.

Tous deux chutèrent au sol. L'un sur l'autre. Les yeux de Siegfried brillèrent d'une joie malsaine.

Il arma son immense épée. La pointe de la lame visa les deux combattants.

— J'ai toujours rêvé de faire un doublé !

hurla-t-il, les yeux illuminés par la folie. Il lança son estoc. La lame n'atteignit jamais sa cible. Une pointe d'acier venait de traverser son torse.

Le mouvement de son épée s'interrompit net. Siegfried baissa lentement les yeux. Une lance double transperçait son corps de part en part. Karrie.

Elle s'était placée entre lui et sa sœur. L'extrémités de son arme étaient profondément ancrées dans le sol afin d'encaisser toute la violence de la charge. Malgré la douleur, Siegfried resta debout. Il éclata d'un rire rauque.

— Il en faudra plus que ça pour m'arrêter !

Dans un dernier accès de folie, il leva une nouvelle fois son épée. Cette fois... Cynthia était déjà debout. Sa dague décrivit un éclair argenté.

La gorge de Siegfried s'ouvrit. Sa barre de vie, déjà presque vide, disparut définitivement. Son corps se désagrégea en une pluie de fragments lumineux. Le silence retomba peu à peu.

Autour d'eux, les derniers joueurs rouges avaient été vaincus ou s'étaient rendus. Cynthia se précipita aussitôt vers sa sœur. Ses mains parcoururent rapidement ses épaules, ses bras, son visage.

— Karrie !

Tu n'as rien ? Encore secouée, la jeune fille acquiesça.

— Ça va...

Ça va... On s'était préparées à ce genre de situation... Cynthia poussa un discret soupir de soulagement. Puis elle se redressa.

— Il faut partir.

À peine eut-elle fait un pas... Qu'elle se retrouva face à plusieurs lames pointées dans sa direction.

Les deux sœurs se remirent instinctivement en garde. Leurs armes retrouvèrent leur position de combat. Le moindre geste hostile déclencherait une nouvelle bataille. Autour d'elles, plusieurs joueurs verts levèrent aussitôt leurs armes.

Les pointes des lances, des épées et des hallebardes convergèrent vers Cynthia. Son curseur rouge suffisait à lui seul à raviver toute la méfiance.

— Baissez vos armes !

La voix de Klein résonna dans tout le couloir. Les membres de Fuurinkazan obéirent immédiatement. Leurs armes retrouvèrent lentement leur fourreau. Klein tourna ensuite son regard vers les deux sœurs.

— Vous aussi.

Baissez vos armes. Cynthia hésita un instant. Puis échangea un regard avec Karrie. Toutes deux abaissèrent lentement leurs armes.

Seuls les membres de l'Armée de Libération demeuraient en position de combat. Le soldat qui semblait les commander ne bougea pas d'un pouce. Son arme restait pointée droit sur Cynthia. Klein s'avança alors d'un pas.

Puis d'un second. Jusqu'à se placer entre les deux camps.

— Soldat...

Je comprends votre état de choc. Mais ces deux filles ne sont pas nos ennemies. L'homme serra les dents. Son regard ne quittait pas Cynthia.

— Son curseur rouge me dit exactement le contraire.

Ces mots frappèrent Cynthia en plein cœur. Elle s'y était habituée. Elle savait ce que les autres voyaient avant même de croiser son regard. Son curseur.

Toujours son curseur.

Mais... Pour la première fois depuis si longtemps... Quelqu'un prenait sa défense. Quelqu'un refusait de la juger uniquement pour la couleur qui flottait au-dessus de sa tête.

Klein ne bougea pas.

— Regardez plutôt vos hommes.

Ils ont besoin de soins. Pas d'un nouveau combat. Il désigna ensuite Cynthia d'un léger mouvement de tête.

— Je me porte garant de cette joueuse rouge.

Le silence pesa quelques instants. Puis le soldat finit par relâcher légèrement la pression sur son arme. Un à un, les autres membres de l'Armée imitèrent leur supérieur. La tension retomba peu à peu.

— Très bien...

Mais ne me faites pas regretter cette décision. Il fit signe à ses hommes de rassembler les prisonniers rouges avant de s'éloigner. Lorsque leurs pas disparurent au loin, Klein poussa un profond soupir. Il se retourna vers les deux sœurs.

Un sourire amusé réapparut sur son visage.

— Bien...

Je crois qu'une petite discussion s'impose, vous ne pensez pas ?

Klein se tourna vers Cynthia. Son regard n'était plus celui d'un combattant. Seulement celui d'un homme en quête de réponses.

— Cyn...

La dernière fois que je t'ai vue... Tu avais un magnifique curseur vert. Il désigna doucement celui qui flottait désormais au-dessus de sa tête.

— Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il devienne rouge ?

Il secoua lentement la tête.

— J'ai beaucoup de mal à croire qu'une femme aussi gentille que toi soit devenue une meurtrière sanguinaire.

Il sortit alors un cristal de téléportation de son inventaire.

— Et j'aimerais entendre ton histoire...

Avant d'être obligé de te transférer en prison. À ces mots, Karrie se plaça aussitôt devant sa sœur, sa lance double prête à entrer en action. Cynthia posa délicatement une main sur son bras.

— Ça va...

Calme-toi. Karrie hésita quelques secondes avant d'abaisser son arme. Cynthia inspira profondément. Visiblement gênée, elle baissa les yeux et commença machinalement à enrouler une mèche de cheveux autour de son doigt.

— C'est...

Une longue histoire. Elle releva finalement la tête.

— Mais avant tout...

Je crois que je te dois une véritable présentation. Avec un sourire timide, elle reproduisit le salut théâtral que Klein leur avait adressé lors de leur rencontre au Colisée.

— Je m'appelle Cynthia.

Les yeux de Klein s'agrandirent brusquement. Il frappa son poing contre sa paume.

— Mais bien sûr !

La Cynthia des avis de recherche ! Cynthia esquissa un sourire triste.

— Oui...

Celle-là même. Elle prit une profonde inspiration.

— J'ignore si tu me croiras...

Klein ne la laissa pas terminer.

— Tu viens de me sauver la vie.

Il jeta un bref regard vers l'endroit où Siegfried avait disparu.

— Alors je pense que tu as déjà gagné le droit d'être écoutée.

Le sourire de Cynthia se fit un peu plus sincère. Elle commença alors son récit. Elle parla de l'annonce de Kayaba. Du village qui semblait être un refuge.

Puis de l'enfer qui s'y cachait. Des nuits interminables. Des humiliations. Du sacrifice qu'elle avait accepté pour protéger sa sœur.

Du chef du village. Du sang. De sa première victime. De leur fuite.

Des avis de recherche placardés dans chaque ville. Du faux message laissé sur la sépulture des trois joueurs. Et de cette bague qui leur avait finalement permis d'assister au duel entre Kirito et Heathcliff... Le temps semblait s'être arrêté.

Personne ne prononça un mot. Même les membres de Fuurinkazan demeuraient silencieux. Lorsque Cynthia termina enfin son histoire... Le silence devint presque pesant.

Klein sentit sa gorge se nouer. Ses yeux s'étaient remplis de larmes. Sans réfléchir davantage... Il s'avança.

Et prit doucement Cynthia dans ses bras. Cette dernière resta figée par la surprise. Quant à Karrie... Elle demeura complètement bouche bée devant cette scène.

Klein relâcha doucement son étreinte. Il essuya discrètement les quelques larmes qui avaient commencé à perler au coin de ses yeux.

— Je suis désolé...

souffla-t-il. Sa voix était chargée d'une profonde compassion.

— Personne ne devrait avoir à vivre ce que vous avez traversé.

La gorge de Cynthia se noua. Elle esquissa un faible sourire. Un sourire triste.

— Merci...

C'était tout ce qu'elle parvenait à dire. Klein reprit doucement.

— Tu sais...

Si tu le souhaites... Les portes de Fuurinkazan te seront toujours ouvertes. Pour toi... Et pour Karrie.

Vous n'aurez plus besoin de vivre cachées comme vous le faites aujourd'hui. Cynthia baissa quelques instants les yeux. L'idée était tentante. Terriblement tentante.

Mais... Elle releva finalement la tête.

— Je vais y réfléchir.

Elle marqua une légère pause avant de sourire.

— En revanche...

Je pense qu'on peut déjà s'accepter comme amis. Comme ça... Tu sauras toujours où me trouver. Le visage de Klein s'illumina instantanément.

— Avec plaisir !

Il lui tendit la main avec un enthousiasme presque enfantin. Cynthia la serra en riant doucement.

— J'ai encore une question.

— Je t'écoute.

Klein désigna les profondeurs du donjon.

— Qu'est-ce que vous faites toutes les deux ici ?

Ce secteur est déjà dangereux en temps normal... Mais aujourd'hui, il y a une quantité anormalement élevée de joueurs rouges. Sans un mot, Cynthia ouvrit son journal de quête et lui montra la fenêtre. Klein parcourut rapidement les quelques lignes affichées.

Ses yeux s'agrandirent.

— Une quête réservée aux joueurs rouges...

Il releva aussitôt la tête.

— Tu as besoin d'aide ?

Cynthia secoua doucement la tête.

— Non.

Je pense qu'on va se débrouiller. Elle lui adressa un sourire rassurant.

— Et maintenant que nous sommes amis...

Il me sera beaucoup plus facile de te contacter si jamais j'ai besoin d'un coup de main. Puis son regard se fit un peu plus sérieux.

— Quant à toi...

N'oublie pas que tu fais partie des Conquérants. Je doute que tes compagnons apprécient de te voir disparaître trop longtemps. Klein éclata de rire.

— Pas faux.

Il se gratta l'arrière de la tête avant de lui adresser un dernier salut.

— Faites attention à vous.

— Toi aussi.

Les deux sœurs reprirent leur route dans les profondeurs du donjon. Klein les regarda disparaître quelques instants. Puis il tourna les talons à son tour. Chacun repartait vers sa propre quête.

Mais désormais... Ils savaient qu'ils pouvaient compter les uns sur les autres.




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