CHAPITRE 11
Le réveil
Un écran rouge apparut devant les yeux de Cynthia. Une unique phrase y était inscrite.
Vous êtes mort.
— Karrie !
Le silence. Toujours ce silence oppressant. Puis l’écran rouge se dissipa. Le néant l’engloutit entièrement.
Elle eut soudain la sensation de tomber. Encore. Et encore. Jusqu’à ce qu’une douleur fulgurante traverse sa poitrine.
Elle inspira brutalement. L’air s’engouffra dans ses poumons comme si elle respirait pour la première fois depuis une éternité. La sensation était douloureuse. Mais elle était vivante.
Peu à peu, d’autres sensations revinrent. Le poids de son propre corps. La douceur d’un matelas. Une odeur de désinfectant.
Une lumière blanche, si intense qu’elle l’obligea à refermer les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, sa vue demeurait trouble. Les contours de la pièce étaient encore flous. Puis un bruit régulier parvint jusqu’à elle.
Bip… Bip… Bip… Une silhouette se dessina lentement devant son lit.
Elle voulut parler. Sa gorge était sèche. Chaque mot lui demandait un effort immense.
— …Karrie…
Sa voix n’était guère plus qu’un souffle.
— Karrie…
Dis-moi que tu es là… Toujours aucune réponse. À cet instant, elle sentit quelque chose tirer légèrement sur son bras. Une perfusion.
Puis ses doigts effleurèrent un petit boîtier posé dans le creux de sa main. Elle le reconnut immédiatement. Le bouton d’appel destiné au personnel soignant. Rassemblant le peu de forces qui lui restaient, elle appuya dessus.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit brusquement. Une infirmière entra en courant. En apercevant les yeux ouverts de Cynthia, elle porta aussitôt une main à sa bouche. Son visage s’illumina.
Elle se retourna vers le couloir et cria de toutes ses forces :
— Docteur !
Docteur ! Les sœurs Maxwell se sont réveillées ! Le mot résonna dans l’esprit de Cynthia. Les sœurs.
Pendant un bref instant… Son cœur se remit à battre un peu plus fort. Karrie était vivante.
⁂
Le médecin entra précipitamment dans la chambre. Cynthia tourna difficilement la tête dans sa direction. L’homme avait le visage marqué par la fatigue. Ses lunettes carrées ne parvenaient pas à dissimuler les cernes profondément creusés sous ses yeux.
Un contraste saisissant avec la blancheur impeccable de sa blouse. Mais Cynthia se moquait de tout cela.
— Karrie…
Sa main se souleva faiblement au-dessus du lit.
— Karrie…
Le médecin s’approcha et la prit délicatement dans la sienne. Cynthia sentit la chaleur de ses doigts contre sa peau. Une sensation tellement simple. Et pourtant presque étrangère après tout ce temps.
— Ne vous inquiétez pas, mademoiselle Maxwell.
Sa voix se voulait rassurante.
— Votre sœur s’est réveillée en même temps que vous.
Cynthia ferma les yeux. Un souffle tremblant s’échappa de ses lèvres. Elle était vivante.
— Je veux la voir…
— Vous pensez pouvoir vous lever ?
Cynthia acquiesça immédiatement. Elle contracta ses muscles pour tenter de se redresser. Son corps lui parut incroyablement lourd. Rien à voir avec celui qu’elle avait appris à maîtriser pendant toutes ces années dans Aincrad.
Ses bras tremblaient. Ses jambes refusaient presque de lui obéir. Elle serra les dents. Le médecin lui tendit ses deux mains.
— Prenez appui sur moi.
Cynthia les saisit. Avec son aide, elle parvint lentement à se mettre debout. Ses jambes flageolèrent immédiatement sous son propre poids.
— Doucement…
C’est très bien, mademoiselle Maxwell. Un pas après l’autre. Votre sœur est juste à côté. Soutenue par le médecin et l’équipe soignante, Cynthia traversa péniblement les quelques mètres qui la séparaient de la chambre voisine.
Chaque pas lui demandait un effort considérable. Puis elle la vit. Karrie. Allongée dans son lit.
Les yeux grands ouverts. Son corps demeurait immobile, comme Cynthia l’avait toujours connu dans le monde réel.
Mais elle était là. Vivante. Karrie tourna les yeux vers elle. Sa voix, engourdie par ces longues années d’inactivité, parvint difficilement à franchir ses lèvres.
— Je suis tellement contente…
que tu ne sois pas morte… Ses yeux commencèrent à briller.
— J’ai vraiment cru… à la fin… que…
— C’est bon.
La voix de Cynthia se brisa.
— On s’en est sorties.
Elle s’approcha autant que ses jambes le lui permettaient.
— C’est tout ce qui compte.
Quelques secondes passèrent avant qu’une question ne lui revienne brutalement à l’esprit. Cynthia regarda le médecin qui la soutenait toujours.
— Pourquoi sommes-nous en vie ?
L’homme resta silencieux. Puis il se tourna vers l’infirmière.
— Carine…
Mettez la chaîne d’information. L’écran fixé au mur s’alluma. Les mêmes images tournaient en boucle sur toutes les chaînes. Des hôpitaux.
Des familles en pleurs. Des ambulances. Et un bandeau d’information qui revenait sans cesse.
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Cynthia fixa l’écran, stupéfaite. Tous les joueurs… Une seule explication lui vint à l’esprit. Quelqu’un avait terminé le jeu.
Un faible sourire apparut sur son visage. Klein… Est-ce que c’était toi ?
— J’ai également une bonne nouvelle à vous annoncer.
Cynthia détourna son regard de l’écran. Le médecin souriait.
— Mais je pense qu’il vaut mieux que votre sœur vous la donne elle-même.
Cynthia regarda Karrie. Sa petite sœur affichait maintenant un sourire rempli d’une immense fierté.
— J’ai réussi…
Elle marqua une pause pour reprendre son souffle.
— …à appuyer sur le bouton d’appel.
Cynthia resta immobile. Elle regarda sa sœur. Puis le bouton posé à proximité de sa main. Ses lèvres tremblèrent.
— Tu…
Les larmes coulèrent instantanément le long de ses joues amaigries.
— Comment est-ce possible ?
Le médecin posa doucement une main rassurante sur son épaule.
— Nous aurons le temps de comprendre ce qui s’est passé.
Il regarda Karrie à son tour.
— Pour l’instant, vous venez toutes les deux de vous réveiller après une très longue période d’inactivité.
Il reporta son attention sur Cynthia.
— Allez-y doucement.
Vous aurez vos réponses lorsque vous aurez retrouvé suffisamment de forces. Cynthia acquiesça faiblement. Puis son regard revint vers la main de sa petite sœur. Un mouvement presque insignifiant.
Quelques centimètres à peine. Mais pour les sœurs Maxwell… C’était immense.
FIN DU TOME I