Bosmer par

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Side Story / Action / Aventure

5 Légionnaire, partie 2

Catégorie: M , 4656 mots
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  Shaiélaè ouvrit un œil. Elle vit le sol. Un gros caillou de grès poussiéreux en gros plan, brun de sang séché. Des étoiles dansaient devant ses yeux et une poigne de fer impitoyable lui broyait les tempes. Elle resta là de longs instant, incapable de faire autre chose que de respirer bruyamment et de fixer ce caillou. Il lui fallait remettre les choses en ordre dans son esprit. Les événements récents s'assemblèrent comme un puzzle à mesure qu'ils lui revenaient en mémoire : c'était la guerre. Elle était soldat, se battait pour l'Empire de Cyrodiil. Elle était dans le désert. A Martelfell. C'est là que la bataille avait eu lieu.... la reconnaissance nocturne, la jonction avec les troupes survivantes des légions de la province, les attaques successives sur le flanc aldméri.... Elle se souvenait. La fatigue, la chaleur. Le bruit, la cohue. La charge de cavalerie. Le dragon sur sa poitrine et les cadavres autour d'elle lui prouvèrent avec certitude qu'elle n'avait pas rêvé, après que cette idée lui ait traversé l'esprit. La petite elfe se releva maladroitement. Trop vite. Elle fut prise de vertige, tituba et retomba lourdement sur ses fesses. Elle contempla hébétée ce qui était jadis le paysage de collines rocheuses plantées d'un maquis sec et épars qu'elle avait traversé la nuit dernière, lors de cette reconnaissance qui lui semblait avoir eu lieu il y a une éternité de cela :

Le soleil amorçait sa descente vers l'horizon. Cet astre qui lui avait causé tant de souffrances aujourd'hui virait déjà à l'orange et teintait de sa lumière les collines environnantes. Un dégradé de fumées blanches, grises, noires , s'élevait en panache depuis divers départs d'incendie parsemant les collines. Le maquis, des corps, des tentes et Shaiélaè ne savaient quoi d'autre encore brûlaient, saturant l'air d'une odeur piquante et nauséabonde. Il régnait en note de fond un relent de soufre et d'ozone, vestige de l'origine magique des feux. Pendant un court instant, les flammes que les mages elfes faisaient pleuvoir sur eux, s'écrasant en explosion autour d'elle dansèrent à nouveau devant les yeux de la petite elfe. La douleur dans son corps chassa la vision. Son crâne ne souffrait pas seul à priori. Ses jambes, son dos, sa poitrine, son visage... Il semblait à Shaiélaè que son être entier n'était que plaies, brûlures et ecchymoses. Le goût métallique du sang emplissait sa bouche. Elle l'aurait craché si sa gorge n'était aussi sèche.

Allongés sur le sol gisaient ceux moins chanceux qu'elle. Beaucoup, beaucoup de corps d'hommes, d'elfes et de chevaux. Les mouches se posaient sur les plaies. Les vautours volaient en cercle au dessus d'eux. Ils fondaient de temps à autre arracher des lambeaux de chair à leurs proies séchant au soleil. L'éclat doré des armures aldméri éprouvait les yeux et la migraine de la petite elfe. Elle évita de les regarder. Leurs visages beaux et nobles figés par la mort, tordus par la souffrance la mettait mal à l'aise. Leur peau, leurs yeux, leurs armures étaient dorés mais rouge était leur sang, mêlé à celui de leurs ennemis humains. Les blessés gémissaient. Ou hurlaient. Les cris provenaient de partout à la fois. Des silhouettes debout marchaient ça et là, comme des ombres dans la lumière rougeoyante du début de soirée. Impériaux. Shaiélaè reconnaissait le cimier de leur heaume de légionnaire. Il est vrai, elle s'en rendait compte à présent, qu'elle ne s'était pas posé la question de savoir qu'elle avait été l'issue de la bataille... C'étaient des légionnaires de debout... alors ils avaient gagné ? Elle n'en était pas sûre. Elle n'était plus sûre de rien. Ioreck lui expliquerait sans aucun doute les détails stratégiques quand elle le retrouverait. Au fait... Où était-il ? L'angoisse fit battre son coeur à toute allure dans sa poitrine.

La petite elfe parvint à se relever. Elle contempla à nouveau le champ de bataille, les mains en visière au dessus de ses sourcils. Jamais elle n'aurait cru un jour contempler une chose pareille... Elle chercha autour d'elle, les jambes flageolantes. Aucun corps impérial n'avait la carrure ni ne portait l'armure de Ioreck. Elle reconnut le visage d'un des membre de sa section. Une flèche lui traversait l’œil et ressortait dans la nuque, clouant le casque de cuir à l'arrière de son crâne. Shaiélaè ignorait que faire. Elle prit les mains de son compagnon et les croisa simplement sur sa poitrine. Elle tâcha d'oublier ce qu'elle avait vu et évita à l'avenir de regarder le visage des morts. La petite elfe trouva son arc non loin de là où elle était tombée. Miraculeusement intact ! La corde brisée. Souillé de poussière, de sang. Rien de cela n'était grave. Sa tension retomba d'un cran. Shaiélaè serra l'arme. Le contact rassurant de la corne polie lui redonnait courage.

" IORECK !!!" appela-t-elle à travers le champ de bataille. Sa voix s'échappa de sa bouche rauque et déformée. C'est tout ce que la gorge desséchée de la petite elfe pouvait produire. Elle toussa. De l'eau... De l'eau, par Yffre, qu'elle avait soif ! Nombre de guerriers avaient trouvé la mort leur gourde accrochée à leur flanc mais elle répugnait à prendre l'eau aux défunts...

Elle marcha à travers le champs de bataille. Les brancardières qu'elle voyait là bas à prodiguer leurs soins aux blessés, peut être avaient-elles vu Ioreck. Ou ce groupe de légionnaires, plus loin.

Shaiélaè trouva une outre. Elle était fixée à la selle d'un cheval qui errait indifférent au milieu des morts, le museau à la recherche de touffes d'herbes sèches poussant entre les fissures des rochers. La bosmer s'approcha doucement. Elle n'intimida pas le cheval qui se laissa docilement aborder et caresser le museau. La petite elfe détacha l'outre et but goulument. La vie revint à nouveau dans ses lèvres fissurées et son gosier brûlé. Elle donna à boire quelques gorgées au cheval et se permit de garder le reste pour nettoyer ses jambes souillées de sang et de poussière. Elle ne supportait pas de les voir dans cet état. Un entrelac de plaies superficielles lui striaient la peau. Pas de blessure profonde, heureusement. Toutes étaient déjà refermées, et propres à présent. Elle n'avaient plus qu'à se soucier du marteau dans sa tête, de l'étau qui lui broyait les côtes et de cet élancement aiguë dans le dos que la petite elfe était certaine d'être une large brûlure.

"Qu'est ce que je vais faire de toi ?" elle murmura la main contre l'encolure du cheval qui frottait sa joue contre la sienne. Une dernière caresse et elle le laissa pour reprendre sa route. L'animal la suivit. La petite elfe entendait sans se retourner le claquement de ses sabots contre les cailloux et ses soupirs lorsqu'il secouait la tête pour chasser les mouches l'encerclant. Même invisible, la présence de l'animal la rassurait. Ce n'était même pas un cheval impérial. Il portait le caparaçon d'écailles de mithril des destriers de guerre aldméri. Pourtant il suivait la légionnaire comme s'il l'avait adoptée comme propriétaire.

"IORECK !!!" hurla à nouveau Shaiélaè. Tout les chevaux du monde ne pourraient la débarrasser de l'angoisse qu'elle ressentait à l'idée de perdre le nordique. Il pouvait être n'importe où et le champ de bataille était si vaste... Et il y avait tant de morts. Le cheval les évitait. Toujours ses pas prenaient grand soin de les enjamber, jamais il ne les piétinait. Figés dans un dernier corps à corps, tellement serré qu'il aurait été parfois possible de parcourir des dizaines de mètres sans toucher le sol. D'autres portions se voyaient étrangement vide de tout cadavres.

Shaiélaè détournait les yeux, honteuse, lorsqu'un blessé remuait près d'elle. Elle n'osait pas regarder. Il fallait trouver Ioreck, voila tout.

" De l'eau..." murmura faiblement une voix non loin. Elle l'ignora comme les autres mais une main agrippa sa cheville. Sa peau frémit au contact, elle se dégagea d'une secousse. Son regard croisa accidentellement celui du blessé. Toute penaude, elle détacha fébrilement l'outre trouvée sur le cheval qu'elle portait depuis en bandoulière. Shaiélaè s'agenouilla et versa le contenu sur les lèvres du soldat allongé à ses pieds. Il ne restait presque rien, juste quelques gouttes au fond. Elle avait tout utilisé. Tout juste put-il s'humecter les lèvres et avaler une gorgée. La petite elfe allait s'excuser mais apparemment, ce fut assez pour le soldat. Il reposa sa tête contre le sol et ferma les yeux, le visage serein. Sa poitrine se soulevait doucement au rythme se sa respiration, devenue plus régulière. L'homme, blond et assez jeune souffrait d'une large entaille au ventre. Elle saignait encore. Shaiélaè resta un instant accroupie près de lui sans savoir comment réagir. La respiration paisible la rassurait sur ses chances de survie. Elle nota mentalement l'emplacement pour le signaler lorsqu'elle croiserait un brancardier.

Elle allait se relever lorsque le cheval broncha derrière elle. Elle nota un mouvement dans son dos au même moment et le claquement nerveux des sabots. La petite elfe se retourna pour voir une altmer ensanglantée s'agripper tant bien que mal à la selle du cheval pour l'escalader tout en s'efforçant en même temps de le faire partir au galop.

"Hééé !!" Ses doigts se portèrent instinctivement à la corde brisée de son arc. Shaiélaè ne pût qu'observer en spectatrice la guerrière elfe s'éclipser vers le sud sur sa nouvelle monture. Blessée, elle avait dû feindre la mort en attendant une occasion de s'échapper... La bosmer la lui avait offerte en passant par là suivie du cheval.

L'altmer franchi une centaine de mètres accrochée en équilibre précaire au flanc du cheval. Sa fuite aurait pu réussir, mais un auxiliaire impérial à la démarche chancelante s'interposa. Alerté par cette fugue audacieuse, il se placa sur la trajectoire du cheval pour tenter de l'intercepter. Incapable de chevaucher correctement pour lui les instructions, la cavalière ne parvint pas à lui faire ignorer l'obstacle. Le fantassin força l'animal à ralentir. Il attrapa le mors au passage. Le cheval au trot traina l'auxiliaire sur quelques mètres en décrivant un demi-tours avant qu'il ne lâche prise. L'animal continua sa route au petit trot mais les changements d'allure et de vitesse eurent raison de la mauvaise tenue de l'elfe. Elle glissa de la selle et tomba lourdement sur le sol. Le cheval trotta doucement sur quelques mètres puis s'arrêta tranquillement brouter quelques brins d'herbes. L'elfe à terre projeta un éclair de foudre dans la direction du soldat ayant gâché sa fuite qui se jeta au sol juste à temps pour esquiver le sortilège. Il se relevait difficilement alors que la guerrière déjà debout, chargea. Pleine de rage, de désespoir, elle dégaina un long poignard courbe fixé à sa hanche

Shaiélaè couru vers eux pour aider d'une manière ou d'une autre. Quand au soldat, il ramassa une javeline et la lança sur la guerrière en approche. Elle vaporisa en vol le trait d'un nouvel éclair puis en tira un deuxième sur son adversaire qui s'écarta juste à temps au moment où elle le visait de sa main. La foudre toucha le sol. L'auxiliaire se baissa pour ramasser une autre arme mais la guerrière se jeta sur lui. Il dévia du poignet le premier coup de couteau mais l'elfe refrappa aussitôt. Il essayait de lui bloquer la main et de la désarmer. Sa jambe s'enroula autour de la sienne pour la faire tomber mais elle refusait de perdre l’équilibre. Tout deux tenaient le couteau dans l'objectif de l'arracher à l’autre, leurs ongles se déchiraient le visage. Shaiélaè accéléra, ses pieds glissaient sur les roches instables. Elle entendait les râles et les cris étouffés que l'effort leur faisaient échapper. La petite elfe arriva derrière l'altmer. Elle ne l'avait pas vue. Elle hésita un instant. Elle n'avait ni flèches, ni cordes à son arc... La bosmer cessa de réfléchir et attrapa les longs cheveux blonds qui volaient derrière la guerrière. Elle les tira en arrière de toute ses forces. L'altmer poussa un cris de surprise. Elle perdit l'équilibre, tomba sur le dos. Le poignard lui échappa. Il heurta le sol en tintant sur la caillasse. La guerrière tendit le bras pour le rattraper, Shaiélaè le lui écrasa du pied en même temps que sa main tremblante se refermait sur le manche de l'arme.

" Je me rend ! " cria la guerrière au moment où la petite elfe allait frapper la frapper à la gorge. Le couteau s’arrêta à mi-course. Le glaive de l'autre auxiliaire également. Il l'avait ramassé après que l'elfe soit tombée et allait lui enfoncer la lame dans le cou en même temps que Shaiélaè. "Je me rend. Je me rend. "

Elle avait cessé de se débattre. Ses lèvres tremblantes ne cessaient de répéter ces trois mots. L'auxiliaire l'aida à se relever gauchement. Elle gardait ses mains devant sa poitrine, paume vers l'avant.

Des légionnaires accoururent, attirés par la fuite et le combat. Ils encerclèrent la captive, la fouillèrent. Des larmes d'humiliations coulaient sur ses joues alors qu'on lui retirait ses armes et qu'on l'emmena vers le nord.

Le soldat se glissa entre les géants de fer pour remercier Shaiélaè. Son visage lui disait quelque chose. Il appartenait à son bataillon, elle croyait...C'était un rougegarde, autant qu'elle pouvait en juger. Il avait la peau brune et les yeux sombres, les cheveux noirs coupés courts couverts de croûtes de sang. Il avait l'air assez jeune, bien que son visage fatigué et une barbe de plusieurs jours lui donnaient un air plus mature qu'il ne devait avoir réellement. L'armure qu'il portait n'était comme elle pas un uniforme de la légion, mais une armure civile modifiée pour en avoir les caractéristiques. C'était une simple brigandine longue de cuir clouté cousue sur la poitrine d'un insigne métallique récupéré sur une lorica de légionnaire. Une blessure à la tête figeait sa chevelure dans une masse de sang séché et son duel lui avait couté une grosse coupure au poignet qui saignait abondement.

" Merci. C'était bien pensé, le coup des cheveux. Elle allait me tuer, autrement..."

" J'ai fais ce que j'ai pu, je n'ai pas réfléchis. Mon arc est cassé, je ne pouvais pas faire autrement. "

" Je me rappelle de toi, on s'est croisés ce matin." dit-il avec un sourire fatigué." Comment t'appelle-tu ?"

Shaiélaè le reconnus alors. Effectivement, elle se rappelait aussi de lui. C'était lui la sentinelle venue la relever de son tour de garde dans la mâtiné, alors qu'elle s'était endormie à son poste . Elle rougis en se remémorant l'incident, mais soldat eu la gentillesse de ne pas mentionner les détails de la rencontre. La petite elfe lui donna son nom, il se présenta en retour.

" Moi c'est Saïd bin-Khalyssa. On est du même bataillon mais on ne s'est jamais vraiment parlé. Je t'avais déjà remarquée, pourtant. Tu es une elfe, ce n'est pas très commun par ici. Si on excepte ceux d'en face...

Shaiélaè sourit nerveusement et passa la main dans ses cheveux pour les plaquer devant ses oreilles.

" Tu es d'ici, de Martelfell ?" demanda-t-elle, désireuse de détourner du sujet la conversation.

" Pas vraiment. Mes parents en sont originaires, mais j'ai vécu toute ma vie à Refuge. C'est la première fois que je foule cette terre, celle de mes ancêtres. "

Saïd regarda pensivement le soleil couchant. " Où est passée notre unité ?" dit-il après un moment. " Il ne reste tout de même pas que nous, si ? "

" Je n'en sais rien... Les cavaliers ont chargé, j'ai perdu connaissance dans la bousculade. J'étais seule quand je me suis réveillée... sans compter les morts et les blessés. Puis toi. Peut être que tout le monde est mort dans la charge..."

" Ces saleté de cavaliers sont vraiment sortis de nulle part... Je suis tombé à terre en essayant de les repousser. Je crois que le sabot d'un cheval m'a cogné la tête et je me suis aussi évanoui. Mais c'est peu probable qu'ils nous aient anéantis. Ils n'étaient pas si nombreux que ça. Une fois passé l'élan du choc initial, ils n'auraient pas pu détruire une cohorte à eux seuls. Je pense plutôt que notre unité s'est regroupée ailleurs... mais où ? " Le rougegarde héla le groupe de légionnaires venus pour la capture de la fuyarde altmer. " Vous êtes de la IXème ? où sont passé les autres ? "

Ils lui indiquèrent l'existence d'un camp dans la vallée au nord.

" Tu vois, on est pas perdus. Tu viens ?"

Shaiélaè secoua la tête :

" Non, je dois retrouver mon ami. Dis, tu n'aurais pas vu un Nordique pendant la bataille ? Gigantesque, avec une grande épée à deux mains longue comme une lance. Il était dans la XIème cohorte, celle des troupes de choc. J'ai peur qu'il soit blessé quelque part...

" S'il est vivant on le trouvera au camp" protesta Saïd qui pourtant suivait Shaiélaè dans le sens inverse.

La petite elfe s’entêta. Elle ne quitterait pas le champs de bataille sans être certaine du sort de Ioreck. Saïd essaya encore de la raisonner, lui demanda si elle savait au moins où s'était battu la cohorte du nordique. Shaiélaè n'avait pas la réponse mais essayait de l'obtenir de la bouche de chaque légionnaire, chaque brancardiers qu'ils croisaient. Vainement. Saïd finit par se taire et se contenter d'accompagner en silence la bosmer dans ses recherches.

La nuit tombante acheva de changer en désert de mort lugubre la vallée du champs de bataille. Le hurlement des chacal se mêlait de loin en loin à celui de plus en plus faible des blessés. Et les torches des patrouilles nocturnes et des équipes de brancardiers flottaient sur le flanc des collines comme des feux follets annonciateur d'une mort prochaine. Saïd posa sa main sur l'épaule de Shaiélaè :

" Viens, on rentre."

La petite elfe hocha la tête tristement. Ils partirent avant que monstre et spectres ne viennent hanter le champs des morts.




Le camps de la IXème légion gardait l'entrée d'une vallée. Seul un alignement de pierres en marquait pour l'instant le périmètre. Mesure temporaire, il serait rapidement démanteler si l'ordre venait de bouger ou bien une palissade serait construite s'ils devaient s'attarder là. Une sorte d'ivresse régnait à l'intérieur de l'enceinte, mélange de joie et de fatigue extrême. Shaiélaè passa sans s'arrêter devant l'îlot de bivouac réservé à la XVème cohorte auxiliaire d'infanterie légère et se dirigea droit vers les quartiers de la XIème cohorte auxiliaire de troupes de choc. Saïd hésita en la voyant partir, mais la laissa finalement pour rejoindre les membres de leur unité. Beaucoup manquaient. Quand à Shaiélaè, elle entra dans le campement de la XIème. Elle trouva les compagnons de Ioreck. Toujours la même clique mal famée d'orques et de nordiques, pour bon nombre anciens membres du Lynx-Noir également. Leurs rangs s'étaient aussi éclaircis depuis la dernière fois qu'elle les avait vus. L'orque qu'elle voyait là-bas était un bon ami de Ioreck. Seulement vêtu d'un pagne, il passait le doigt en grommelant sur les bosses et les fentes de son armure. La petite elfe eut du mal à le reconnaitre. Une infâme fange orange recouvrait le guerrier, de manière si uniforme qu'elle crû qu'il sortait d'un bain de boue. Il s'agissait en fait de sa propre sueur et de la poussière du sol.

" Salut. Ioreck est ici ? " elle lui demanda en tâchant de cacher son dégout. Elle craignait en même temps la réponse qu'il pourrait lui fournir.

" Non. " dit-il d'un ton neutre en rejetant son armure au sol. " Il est mort en milieu d'après-midi. "

Il expliqua des détails de l’événement que Shaiélaè n'écouta pas. Elle fixait simplement la nuque de l'orque qui n'osait pas la regarder, sans parvenir à prononcer un mot. Les larmes ne vinrent pas, comme si son corps trop desséché refusait de les faire couler. Sa jambe tremblait, elle pourrait plus la porter. Son corps chercha à s'asseoir, mais une lourde poigne la poussa dans le dos, manquant de la faire tomber. Shaiélaè se retourna, les yeux embrumés et plus furieuse qu'elle ne l'avait jamais été. C'était Susana, une autre guerrière du bataillon de Ioreck qui venait de la bousculer.

" Mais n'importe quoi ! " s'exclama-t-elle en dépassant Shaiélaè pour s'approcher du guerrier orque. Elle l'attrapa par l'épaule et le balança à terre. Il tomba face contre sol. Ses mains agrippèrent la poussière pour l'aider à se relever. Son corps fût soudain secoué de spasmes en même temps que des hoquets rauques s'échappèrent de sa bouche. La petite elfe le regarda sans comprendre. Il éclatait de rire.

" La générale en chef Aldméri, Dame Arranelya. Elle s'est enfuie du champs de bataille avec son état-major et sa garde rapprochée dès que ça a commencé à sentir le roussi pour ces vermines d'oreilles-pointues." expliqua Susana. " Ioreck fait parti d'un détachement spécial qui s'est lancé à sa poursuite. Il sera de retour d'ici l'aube avec sa tête dans un sac."

L'orque dont elle ignorait le nom s'était relevé, hilare. Sa chute avait imprimé couche de poussière sèche par dessus la boue de sueur couvrant son visage et l'avant de son corps, mais il s'en fichait. Il se tordait à s'en briser les côtes, accompagné de chaque soldat ayant assisté à la scène, se retenant de rire devant le numéro tragique du guerrier et le réalisme des détails improvisés. Susana elle-même rougissait et cachait sa bouche derrière la main pour cacher ses pouffements devant la naïveté de la petite elfe. Shaiélaè rougit elle aussi, mais de fureur. Quels bandes de crétins chez l'infanterie de choc !

la petite elfe frappa de colère l'épaule de Susana, sans parvenir à faire grand-mal à la solide guerrière. Elle décida de laisser tomber et tourna les talons pour quitter ces bouffons au plus vite.

" Dites-lui de passer me voir au bivouac de la XVème quand il sera rentré, s'il vous plait. "

Un autre guerrier lui lança :

" Vous fêtez quand même la victoire dans l'infanterie légère ? Hé, ce n'est pas comme si vous aviez fait grand-chose pour y parvenir..."

Nouveaux éclats de rire dans la troupe. Shaiéalè se retourna, furieuse, mais le bras de l'orque hilare et boueux l'intercepta.

" Du calme soldat, on plaisante ! Plus sérieusement, e suis certains que ta cohorte s'est battue aussi bien que les autres. Tout le monde ici est un héro. Tout ces légionnaires prétentieux qui ne voyaient en nous que de la bleusaille ou des mercenaires sans scrupules, on peut bien leur faire la nique ! On est comme eux, maintenant. Des membres à part entière de la Légion Impériale, par le droit du fer et du sang versé. On est des légionnaires ! Moi dès demain je m'en fait tatouer le blason sur le biceps."

Un concert d'acclamation accueilli cette déclaration. L'orque lâcha Shaiélaè, qui s'éclipsa vers son bivouac sans plus s'attarder.


Elle dîna frugalement mais bu beaucoup. On avait donné comme ration une demi-boule de pain et du poisson séché à chaque auxiliaire. Shaiélaè négocia le pain en échange d'une gerbille capturée par un éclaireur, qu'elle fit cuire au bout d'un bâton sur un feu de camps. La vie coulait de nouveau dans les veines de la petite elfe. Les plaisanteries puériles des troupes de choc l'avaient mise de mauvaise humeur mais elle contente malgré tout. Contente d'être en vie et contente que Ioreck le soit également, quelque part sur la ligne de front.


La sonnerie du clairon éveilla la légion en même temps que le soleil se levait. C'eut été sous-estimer la sévérité de la Légion que d'imaginer qu'on leur aurait laisser une grasse-matinée au lendemain d'une telle bataille.... L'envie de dormir pesait encore sur les paupières de la petite elfe mais le sommeil avait été réparateur. Il y avait du travail. Levé motivé par les invectives des sous-officiers, déjeuner rapide auquel Shaiélaè ne pris pas part faute de viande au menu puis grande revue des troupes au cours de laquelle le légat Marco, commandant de la IXème légion revint sur la victoire de la veille. Silence dans les rangs, l'euphorie était retombée. Et la victoire n'avait pas été si flamboyante que ça... le Domaine avait subit de lourdes pertes mais nos légions également. Il n'avait pas été anéanti, seulement repoussé. Leur armée se reformait plus au sud et fortifiait ses positions. Un flot de murmure parcourut les rangs de l'armée alignée lorsque le général Decianus fit une apparition au milieu de la revue. C'était le commandant des légions de Martelfell qui avaient subies l'assaut surprise du Domaine sur la province. Il avait marché à travers le désert à la tête de ses hommes, souffrant comme eux de tout les maux qu'ils avaient pu subir lors de ce qu'on appelait déjà avec une pointe d'horreur la Marche de la Soif. Atrocement amaigri il flottait dans une armure neuve gravée de dorures et drapée d'écarlate qui contrastait avec sa peaux et les yeux brulés, ses cheveux blanchis. Il peinait à marcher debout mais refusait l'aide qu'un aide de camp voulait lui apporter. Il échoua à prononcer quelques mots mais sa présence seule frappa les légionnaires d'une grande émotion. Le général Decianus devrait être à l’hôpital, à se remettre de son calvaire. Tous étaient sidérés de le voir debout au lendemain de son sauvetage, près à de nouveau diriger l'armée contre ceux qui l'avaient chassé de Martelfell.

Le courage et la ténacité du général aurait aussi impressionné Shaiélaè si le légat Marco eut annoncé la mort de dame Arranelya... La survie de la commandant Aldméri mise en relation avec l'absence de Ioreck à cette revue suffisait à assombrir l'humeur de la petite elfe.













Elle se promit dans le même temps de se couper les cheveux dès qu'elle en aurait l'occasion. La tignasse brune et filasse qui lui descendait aux épaules n'avait rien à voir avec la cascade blonde et soyeuse qui avait signé la perte de la guerrière altmer, mais Shaiélaè ne souhaitait pas mourir à l'avenir sur une erreur aussi simple... Et puis ils pesaient sur son crâne comme une centaines de tonnes, une fois gorgés de sueur de poussière.



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