Le soleil s'était levé depuis peu sur le désert Gerudo. Le gang des yigas avait cessé son activité pour s'accorder un jour occasionnel de congé. Les membres, peu importe leur grade, étaient autorisés à vaquer à leurs occupations. Certains faisaient du sport, de la cuisinaient ; d'autres lisaient, partaient en promenade, faisaient du shopping, ou se reposaient. Exceptionnellement, Kohga et Suppa avaient choisi de s'absenter pour la journée sans donner de détails aux soldats, qui ne posèrent pas de questions.
Grâce à la tablette sheikah en leur possession, les deux hommes purent se téléporter à un sanctuaire près du village d'Écaraille, qui se situait de l'autre côté d'Hyrule, dans la province de Firone. Il s'agissait d'un lieu touristique animé, aménagé au bord de la plage, et l'ambiance qui y régnait faisait immédiatement penser aux vacances. Kohga fut assez surpris en découvrant où ils avaient atterri.
Kohga : C'est donc là que tu voulais qu'on passe la journée ? Il aurait peut-être fallu me demander mon avis ! Regarde le monde qu'il y a ; c'est super pour passer inaperçu !
Suppa : Si je ne vous ai rien dit, c'était pour vous faire une surprise. Néanmoins, ce village n'est pas notre destination.
Kohga : Alors, pourquoi on ne se téléporte pas là-bas directement ?
Suppa : Parce qu'il serait fort regrettable de ne pas profiter du décor. L'endroit est vraiment merveilleux, mais pour y parvenir nous devons marcher.
Cette idée ne plut guère à Kohga qui poussa un profond soupir de mécontentement. Pourquoi son bras droit voulait-il absolument faire de la randonnée un jour de repos ? Les yigas se mirent à avancer en suivant un chemin de terre déjà tracé. Après plusieurs minutes, ils arrivèrent devant une pente raide menant vers une colline. Kohga déglutit, mais Suppa ne parut pas impressionné. Le ciel bleu, dépourvu du moindre nuage, annonçait déjà une journée ensoleillée. Le paysage n'avait absolument rien à voir avec le désert ardent qu'ils connaissaient, où la végétation était presque inexistante, à l'exception de rares cactus s'élevant au milieu du sable brûlant. L'endroit était calme, apaisant, avec une nature et une végétation abondantes, de l'herbe à perte de vue, sans oublier des collines couvertes de mousse.
Suppa prenait un certain plaisir à regarder autour de lui, chose qu'il ne faisait que lors des missions de repérage. Pour une fois, il prenait son temps, paraissait détendu, et voulait retirer son masque pour sentir les rayons du soleil sur sa peau. Ce moment de plénitude fut interrompu par Kohga qui commença à se plaindre de son mal de jambes.
Suppa : C'est une réaction naturelle. Moi aussi lorsque je m'entraîne, je ressens des douleurs musculaires. Mais croyez-moi, faire de l'exercice est bon pour la santé.
Son chef ne parut pas lui prêter attention et se mit à léviter pour se soulager.
Suppa : Maître Kohga, vous ne devriez pas utiliser la magie quand ce n'est pas nécessaire.
Kohga : Bon, ça suffit maintenant ! J'en ai marre de marcher ! Tu parles d'un jour de repos !
Suppa : S'il vous plaît, encore un petit effort, nous n'en avons plus pour longtemps. De plus, l'endroit que je veux vous montrer est vraiment...
Kohga : LOIN ! IL EST VRAIMENT LOIN ! Si tu veux tant y aller, vas-y tout seul ! »
Cette phrase eut l'effet d'un choc pour Suppa qui se laissa tomber à genoux, tête baissée. Lui, qui avait trouvé un endroit idéal pour passer une journée avec celui auquel il tenait le plus, voyait son projet voler en éclats. Il aurait tant voulu profiter de ce temps passé avec son maître, lui faire apprécier la beauté de la nature, lui montrer de nouveaux endroits en Hyrule.Cependant, il était tellement obnubilé à regarder autour de lui qu'il en oublia, pendant un instant, de veiller sur son chef.L'officier yiga eu l'impression de ne pas avoir été à la hauteur d'accomplir son devoir principal. Comment avait-il pu, pas même une seule fois, demander à son maître comment il allait ?
Kohga, de son côté, avait continué de léviter jusqu'à atterrir dans un endroit reculé entouré de hauts sapins,qui créaient une ombre importante sur le sol. Le chef des yigas jugea l'endroit adéquat pour se détendre. Il s'allongea à même le sol et peu de temps après, sombra vers le sommeil.
Lorsqu'il se réveilla, Kohga s'aperçut que la nuit était déjà tombée, signe qu'il avait dormi pendant plusieurs heures sans interruption. Il se leva et chercha à quitter la forêt,mais impossible de trouver son chemin. L'obscurité causé par une nuit sans lune rendait l'exploration et la reconnaissance des lieux presque impossible. Paniqué, le yiga tenta de fuir, mais peu importe où il allait, impossible de retrouver son chemin, de reconnaître les lieux. Il décida donc de recourir à la tablette sheikah, mais celle-ci refusait de s'allumer, comme si elle avait été verrouillée. Son cœur de mit à battre à tout rompre, lui causant une douleur dans la poitrine. Kohga se mit à appeler, à crier le nom de son garde du corps, mais après seulement deux tentatives,plus aucun son ne sortis de sa bouche.
Kohga se réveilla en hurlant, ses cheveux noirs trempés par la sueur. Le soleil passait difficilement à travers les sapins.En reprenant son calme, il se rendit compte que ce qu'il avait vécu n'était rien d'autre qu'un rêve.
Kohga : Il faut absolument que je le retrouve. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard !
Il se releva en prenant appui sur l'arbre situé juste derrière lui et rebroussa chemin en criant le nom de son subordonné. Lorsqu'il aperçut une silhouette robuste de dos, faisant les cent pas, il se précipita vers lui en agitant les bras. Dans sa course, il ne remarqua pas la racine d'arbre et trébucha avant de dévaler une pente d'une dizaine de centimètres. Alors qu'il se relevait péniblement de sa chute en gémissant, il sentit deux mains se plaquer au niveau de ses aisselles pour le soulever et le mettre en position assise. Kohga se retrouva en face de son garde du corps affolé, qui l'examinait en tremblant.
Suppa : Maître, je vous en supplie, dites-moi que vous n'êtes pas blessé, je ne me le pardonnerai jamais, je suis tellement désolé...
Kohga : Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je tombais.
Suppa : Décidément, aujourd'hui, j'ai vraiment tout fait de travers. Je vous ai contraint à marcher alors que vos muscles vous faisaient mal. Ensuite, je vous ai laissé partir tout seul et je n'ai pas pu vous rattraper dans votre chute. Vous vous êtes fait mal et c'est entièrement de ma faute. Impossible de vous exprimer à quel point je suis désolé. Si vous voulez, nous pouvons rentrer.
Kohga : Même si je ne comprends pas pourquoi tuas préféré regarder la nature plutôt que moi, ni que tu aies voulu faire de la randonnée, je ne peux pas t'empêcher de faire ce que tu souhaites. C'est moi qui aurais dû faire plus attention à toi. Quand je me suis retrouvé tout seul, j'ai eu peur et c'est pour ça que je suis venu te chercher, pour te demander pardon et te dire que j'accepte de continuer. Ce serait idiot de rentrer maintenant, sans que tu aies pu me montrer ce que tu voulais.
Suppa hoqueta de surprise. Après ce qu'il venait de se passer, il était sûr que son maître allait lui ordonner de retourner au repaire et le réprimander.
Suppa : Maître Kohga, vous ne pouvez pas savoir à quel point ce que vous dîtes me comble de bonheur. Merci, infiniment.
Kohga se contenta de lui sourire derrière son masque. Alors qu'il commençait à se lever, Suppa le pris dans ses bras.
Suppa : Laissez-moi vous y emmenez. J'insiste. Vous avez assez marcher pour l'instant.
Kohga : Ne cherches pas d'excuses, dit simplement que tu as envie de me porter.
L'officier yiga répondit par un léger gloussement et se mit à avancer en le tenant fermement dans ses bras musclés. Pendant le trajet, chacun regardait le paysage environnant, s'attardant sur les arbres et les collines majestueuses. Après une quinzaine de minutes, Suppa s'arrêta et reprit sa respiration. Kohga se tourna et fut ébahi par le spectacle qui se trouvait devant ses yeux. Un grand parterre de fleurs naturel s'étendait au-delà d'un lac dont la forme évoquait celle d'un cœur. De toute sa vie, il n'avait jamais vu un paysage aussi beau.
Kohga : Alors c'est ici que tu voulais m'emmener. C'est... C'est magnifique Suppa !
Suppa : Je suis vraiment très heureux que cela vous plaise. Cet endroit s'appelle « l'étang des amoureux »,il est dit, d'après une légende hylienne, que si deux personnes se rencontrent ici, elles seront unies pour la vie. Quand j'ai appris son existence, j'ai tout de suite voulu y aller avec vous. Pour que nous soyons ces deux personnes. Maître, acceptez-vous...
Avant qu'il eu le temps de formuler sa demande, Kohga posa ses lèvres sur les siennes. Suppa avait obtenu sa réponse.
Ce jour-ci, deux personnes, dans les bras l'une de l'autre, avaient prêter un serment d'union devant le lac des amoureux, sous un soleil éclatant.