Le sorceleur spécial

Chapitre 3 : Un train de vie quotidien

2491 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 31/07/2026 19:29

 POV Aiden

Quelques semaines après l'escapade de la reine Calanthe à l'entrepôt où j'avais été retenu avec Ciri, ma demande pour devenir le serviteur de Ciri avait été acceptée histoire d'avoir au moins un appui dans ce monde étranger.

Car oui, j'avais fini par comprendre que je n'étais plus vraiment dans mon monde. Après tout, quand je voyais Sac-à-Souris jeter des sorts pour faire pousser des arbres, ou que j'observais le niveau technologique de cette époque médiévale, je comprenais de mieux en mieux que j'étais sûrement tombé dans l'un de ces mondes fantasy dont on parle dans les jeux vidéo ou je ne sais quoi.

À présent, après avoir pris mes fonctions de serviteur de la princesse, on m'avait enseigné les usages de la cour. Ciri se moquait ouvertement de moi quand je n'arrivais toujours pas à m'incliner correctement, ou que je ne savais pas manger « comme il faut ».

Justice avait fini par être rendue, cela dit : je l'avais volontairement laissée seule face à sa gouvernante, malgré son regard de chiot abandonné. Elle n'avait qu'à ne pas se moquer de moi sa gouvernante était une femme âgée et redoutablement sévère, pour rester poli.

Quelques jours plus tôt, j'avais aussi fait une demande particulière à la reine, lors d'un entretien.

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Flashback

POV Calanthe

Je regardais le jeune homme agenouillé devant moi dans la salle du trône. Honnêtement, je n'étais moi-même pas encore certaine de vouloir l'accepter aux côtés de ma petite-fille. Ce satané destin qui la lie déjà à ce sorceleur m'exaspère au plus haut point ; je ne pouvais m'empêcher de me dire que c'était encore lui qui m'adressait un sourire moqueur, en m'envoyant ce jeune homme sur ma route.

Mais même si je doutais, je ne pouvais pas laisser ma paranoïa envers le destin décider seule de son sort. Je parlai calmement, assise sur mon trône :

« Je t'écoute, Aiden. Sac-à-Souris m'a dit que tes études en potions, et en général, se passent bien mais il m'a aussi dit que tu avais quelque chose à me demander. »

Aiden hocha la tête, releva légèrement le regard, et dit avec respect :

« Votre Majesté, j'aimerais, si possible, qu'on m'entraîne à l'épée. »

Je le fixai un moment en silence, puis dis simplement :

« Pourquoi ? Tu pourrais très bien vivre ta vie sans jamais combattre. Ma petite-fille est déjà bien protégée par nos gardes en quoi aurais-tu besoin de protection, toi aussi, vu ta position ? »

Aiden hocha la tête, mais répondit avec sincérité :

« Je le sais, Votre Majesté, et j'apprécie sincèrement que Son Altesse Ciri m'accorde autant d'importance, mais… »

Je le vis baisser légèrement la tête, puis répondre d'un ton franc qui me surprit surtout lorsqu'il releva à nouveau les yeux vers moi. Il me fit penser, l'espace d'un instant, à mon défunt mari, le jour où il m'avait annoncé qu'il défendrait Cintra face à Nilfgaard.

« Mais je souhaite pouvoir me battre, protéger ce que je veux protéger, et ne plus jamais me retrouver dans cet état de faiblesse affamé, incapable de me défendre moi-même. Son Altesse a raison : s'il faut mourir un jour, mieux vaut mourir l'épée à la main que de supplier ses ennemis de m'épargner. »

Je le dévisageai après ces mots. Honnêtement, il continuait de me surprendre. Il ne devait avoir que deux ou trois ans de plus que Ciri ce n'était encore qu'un enfant. C'est dans ces moments-là que je regrette que nous ne vivions pas dans un monde où l'insouciance des enfants pourrait simplement durer.

Je soupirai et dis :

« Très bien. Tu seras entraîné comme un soldat, mais tu continueras d'assurer ton rôle de serviteur auprès de ma petite-fille, et d'assister Sac-à-Souris il me dit le plus grand bien de toi. »

Fin du flashback

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POV Aiden

En me remémorant cela, je soupirai doucement en terminant ma potion un mélange de glandes de goule et d'aconit, pour un baume à blessures en suivant le livre de recettes de Sac-à-Souris posé à côté de moi.

Puis sa voix se fit entendre derrière moi, sur ce ton d'oncle taquin qu'il prenait souvent :

« Alors, on rumine comme un vieil homme maintenant ? Continue comme ça et tu auras une barbe comme la mienne avant l'heure. »

Je ris légèrement, terminai la potion, et me tournai vers lui :

« Non, ça va aller, Sac-à-Souris. Je pense que je m'en sortirai j'ai encore beaucoup d'années devant moi, contrairement à toi, non ? »

Il rit à son tour et examina la potion :

« Me charrier sur mon âge, toi, un gamin ? Bref, ta potion n'est pas si mauvaise. Tu l'as laissée touiller un peu trop longtemps et le feu n'était pas assez fort, mais ce n'est déjà pas mal. »

Je soupirai, un peu frustré, et Sac-à-Souris me frotta les cheveux en disant :

« Arrête de soupirer, on dirait un vieillard. » Puis il s'éloigna un instant, ramassa une épée enroulée dans un tissu, et revint vers moi. « Je sais que tu commences l'entraînement avec les soldats cet après-midi, alors je t'ai fait un petit cadeau. »

Je restai interdit en sentant le poids de l'épée dans ma main une épée à une main et dis, incertain :

« Sac-à-Souris, tu n'étais pas obligé… »

Mais il m'arrêta d'un sourire :

« Ne me remercie pas, je t'assure, ça me fait plaisir. » Puis, plus doucement : « Honnêtement, j'aurais préféré que tu restes simple assistant, que tu vives une vie paisible aux côtés de Ciri. Mais nous vivons des temps sombres, malheureusement, et si cette épée et cet entraînement peuvent t'aider à survivre et à protéger Ciri, alors ce sera suffisant comme remerciement. »

Je le regardai je savais qu'il était sincère et attachai l'épée à ma taille en disant avec conviction :

« Je te promets de protéger Ciri. »

Il rit doucement :

« C'est bien, mais protège aussi ta propre vie, d'accord ? Il y a désormais des gens qui tiennent à toi, Aiden. Les au revoir sont faciles à dire les adieux, eux, ne le sont jamais. »

Quelques heures plus tard, sous la pluie battante, je continuais avec les autres soldats à enchaîner les mouvements d'épée, sans me soucier du vent ni de l'averse. J'étais uniquement concentré sur le balancement de la lame.

Ma main me faisait affreusement mal et j'étais épuisé après les tours de terrain, quand le commandant Albert cria :

« Halte, recrues ! Entraînement en combat réel prenez les épées émoussées. Aiden, viens ici ! »

Je restai figé un instant je venais tout juste de commencer l'entraînement aujourd'hui puis hochai la tête et courus chercher une épée émoussée avant de me poster devant le commandant. Il avait une carrure impressionnante et une cicatrice au menton ; il venait d'Ard Skellig, une île du Nord, et était, à ce qu'on disait, un frère d'armes du défunt mari de la reine.

Le commandant Albert se mit en position ; je fis de même. Mais d'un coup, il frappa avec son épée. J'essayai de parer, mais entre la force d'un enfant qui, quelques semaines plus tôt, n'avait encore que la peau sur les os, et celle d'aujourd'hui, il n'y avait pas photo : je me retrouvai à terre, le coup encaissé dans les bras, le corps enfoncé dans la boue. Je crachai la terre qui s'était infiltrée dans ma bouche, mon corps couvert de boue, et le commandant, impassible, me dit simplement :

« Relève-toi. »

Sans se soucier des regards des autres soldats, ni de la reine qui observait depuis la fenêtre de son bureau, en compagnie de Sac-à-Souris et de Ciri cette dernière s'étant faufilée pour venir me regarder, voulant intervenir, retenue de justesse par Sac-à-Souris.

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POV Ciri

En me faufilant par la fenêtre de ma chambre, j'atterris dans la buanderie, impatiente de voir Aiden ! On pourrait bientôt s'entraîner ensemble en secret. Mais en ouvrant la porte, je me figeai en découvrant Sac-à-Souris, un sourire amusé aux lèvres.

« Alors, on s'échappe encore ? La reine ne va pas être ravie. »

Je fis la moue :

« Je me fiche de grand-mère ! Tu ne m'empêcheras pas d'aller voir Aiden s'entraîner ! »

Il haussa les épaules :

« Je ne t'en empêche pas je t'accompagne. »

Surprise, je m'attendais à ce qu'il me force à retourner dans ma chambre pour ma leçon de couture ou je ne sais quoi. Un peu gênée, je dis simplement :

« Alors suis-moi ! »

En arrivant sur le terrain d'entraînement, je vis les soldats s'exercer sous une pluie battante, Aiden parmi eux. Je le pointai du doigt :

« Sac-à-Souris, regarde ! »

Il hocha la tête, mais son regard se porta plutôt vers les autres soldats, et il soupira. Je ne comprenais pas pourquoi il soupirait ainsi. Je continuai à observer Aiden jusqu'à ce que l'entraînement avec le commandant commence et quand je le vis violemment projeté au sol, dans la boue, je voulus me précipiter en criant :

« Lâche-le… »

Mais oncle Sac-à-Souris m'en empêcha :

« Non, Ciri. »

Je le regardai, furieuse :

« Mais tu vois bien que c'est du massacre ! Il vient à peine de commencer ! »

Il secoua la tête :

« Non. Albert n'est pas comme ça. Mais il a vu, comme moi, les visages des autres soldats. »

Je ne comprenais pas et regardai à mon tour les autres soldats je n'y voyais que dédain et jalousie, mais je ne comprenais pas pourquoi. Ce n'était qu'un enfant, après tout…

Comme s'il avait entendu mes pensées, oncle Sac-à-Souris reprit, les yeux toujours rivés sur le combat, tandis qu'Aiden se relevait :

« Pour devenir soldat de la reine, il faut passer par de nombreuses épreuves et beaucoup d'expérience. Et voilà qu'un simple enfant vient demander à être entraîné, et l'obtient aussitôt. Beaucoup y voient du favoritisme, une injustice. »

Je le regardai, furieuse :

« Mais il m'a sauvé la vie ! »

Il me regarda avec douceur :

« Pour beaucoup, ça ne suffit pas. Ils voient ça comme un caprice d'enfant. C'est à Aiden de prouver sa détermination c'est exactement ce qu'Albert veut montrer aux autres soldats. Et puis, Ciri : fais confiance à Aiden. Même si ça ne se voit pas toujours, ce garçon n'est pas simple non plus. »

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POV Aiden

Je crachai du sang après la sixième chute, le visage dans la terre. J'étais sale de la tête aux pieds, et les regards méprisants des soldats me faisaient plus mal que les coups eux-mêmes. Alors que j'essayais de me relever, le commandant dit froidement :

« Reste à terre. Le métier de soldat n'est pas fait pour toi, gamin. »

Il s'apprêtait déjà à relancer l'entraînement avec les autres.

J'étais toujours allongé dans la boue sale, sous la pluie battante. Et si c'était vrai ?

Est-ce que je n'étais qu'un idiot d'avoir cru pouvoir être un héros ?

Je ris amèrement. Tu penses être un héros juste parce que tu as sauvé Ciri une fois ? Je regardai le commandant et, sans trop savoir pourquoi, je souris, avant de lui jeter une poignée de terre au visage. Toute la cour se figea. Le commandant me fixa. Je me relevai avec douleur et dis :

« Je me fiche de ce que tu penses, connard ! »

Un silence encore plus lourd tomba sur la cour, les autres soldats figés comme des spectateurs muets. Je m'en fichais. Je traînai mon épée jusqu'à moi, la ramassai, et dis :

« Peu importe si vous me méprisez ! Peu importe si je dois retomber des milliers de fois ! Tu as raison je ne suis pas un soldat. Mais je le deviendrai. Et je prouverai à toute cette bande d'enfoirés que même un enfant peut faire mieux que vous ! »

Je sprintai vers lui, l'épée prête au combat.

Honnêtement, j'étais totalement absorbé par ce duel, ne laissant que mon instinct guider mes gestes. Le commandant fit dévier mon épée d'un revers puissant mais ce n'était pas mon vrai plan. Au moment précis où il crut que j'allais tenter de parer à nouveau, je lâchai volontairement mon arme, me laissai glisser sous sa garde dans la boue, et arrachai le couteau attaché à sa jambe au passage.

Une fois dans son dos, je me jetai sur lui pour tenter de le poignarder entre les omoplates. Mais il se retourna brusquement et m'envoya valser d'un coup de pied. J'eus tout de même le temps de lancer le couteau, qui lui érafla la joue et le fit saigner. Puis je sentis l'obscurité m'envahir, au moment même où un coup s'abattait sur mon torse.

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POV Albert

Sans m'en rendre compte, je souriais en sentant le sang couler sous mes doigts, le long de ma joue. Un gamin venait de réussir ce qu'aucun soldat en exercice n'était parvenu à faire : me faire saigner. Je vis la princesse traverser la boue en courant, sa robe trempée, pour se précipiter vers Aiden. Sac-à-Souris arriva à son tour et souleva le garçon grâce à un sortilège, avant de hocher la tête dans ma direction avec un sourire comme pour me remercier. Je compris qu'il avait saisi ce que je venais de faire.

À vrai dire, ça ne m'enchantait pas de procéder ainsi, mais c'était nécessaire. C'était aussi une demande de la reine ironiquement, elle voulait qu'il oublie son propre exploit du sauvetage. Après tout, l'arrogance est fréquente chez les jeunes qui accomplissent un acte héroïque. Mais ce gamin… il avait un vrai talent. Et ce regard qui brûlait de détermination j'allais prendre un vrai plaisir à l'entraîner.

Je me tournai ensuite vers les autres soldats, tous figés, et dis froidement :

« Qu'est-ce que vous faites encore plantés là, bande de mauviettes ? Un gamin vous a surpassés en me faisant saigner ça fait quoi, d'être relégués derrière un enfant ? Allez, reprise de l'entraînement, immédiatement ! »

Les soldats reprirent l'exercice avec les épées émoussées. J'espérais au moins que ça les réveillerait, et qu'ils retiendraient qu'un enfant, même jeune, peut se révéler dangereux. Alors que je soupirais en me frottant le dos, je me figeai : ma tunique était tranchée, et un léger filet de sang en coulait.

Ce gamin avait réussi, en une fraction de seconde, à enfoncer légèrement son couteau dans mon dos, malgré un bras probablement cassé et malgré tout ça, il avait encore eu la force de le lancer ensuite.

Brillant.

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