POV Aiden
Je marchais à travers les rues éclairées de la capitale, Ciri à mes côtés, mais mon regard était sans cesse attiré par les feux d'artifice. C'était bien mieux que dans mon monde après tout, même ces feux d'artifice étaient faits de magie.
Un immense feu d'artifice jaillit soudain très haut dans le ciel, se transformant en un lion capable de se mouvoir dans les airs et de faire semblant de rugir, avant de s'éteindre. Même après l'avoir déjà vu plusieurs fois, ça restait toujours aussi incroyable. Je sentis la main de Ciri serrer la mienne, tout excitée, et elle dit :
« Tu as vu ce feu d'artifice ? C'est pour représenter grand-mère ! Après tout, on l'appelle la Lionne de Cintra ! »
Je ris légèrement :
« Bien sûr que je le sais, Ciri. Tu crois que toutes ces fois où j'ai été tortu... » je toussai légèrement « je veux dire, éduqué par Sac-à-Souris, c'était pour rien ? »
Elle éclata de rire et me tira vers la musique et les troubadours. La rue était déjà illuminée de petites lucioles et de torches accrochées, et une multitude de stands s'étendaient à perte de vue mais ce qui frappait le plus, c'était la foule elle-même.
Il y avait un monde fou, toutes sortes de peuples mêlés : humains, nains, et même parmi les troubadours, des elfes. C'était incroyable.
Ciri continua de me tirer vers un stand de viande et lança à la marchande :
« Madame, deux brochettes ! »
La femme rit et nous tendit les brochettes bien chaudes. Je les payai avec la bourse que la reine m'avait donnée avant qu'on parte je me souviens encore de la scène : je voulais refuser et payer avec mon propre salaire, mais quand elle m'a lancé un sourire moqueur en disant que j'osais refuser un cadeau de Sa Majesté, et qu'elle devrait alors demander à Sac-à-Souris de continuer mon éducation…
Disons que j'ai fini par accepter.
Ciri mangeait à mes côtés en marchant dans les rues. Même si les lieux étaient sécurisés, elle devait garder une capuche sur elle, contrairement à moi. Je gardais malgré tout l'épée offerte par Sac-à-Souris accrochée à ma taille, au cas où.
Une fois sa brochette terminée, Ciri me tendit son bâtonnet je venais moi-même de finir la mienne et s'essuya la bouche avec sa manche, ce qui me fit soupirer, amusé : elle n'avait vraiment aucune notion de bonnes manières, alors qu'il y avait littéralement des serviettes à disposition. Mais je suppose que ça faisait partie de son charme.
Ciri pointa soudain du doigt :
« Regarde, Aiden ! Un concours de tir à l'arbalète ! »
Je souris et regardai : un elfe visait avec son arbalète un homme attaché sur un anneau tournant, sur lequel plusieurs cibles étaient accrochées. Il commença à tirer sur chacune d'elles, la dernière se trouvant juste en dessous de l'entrejambe de l'homme toute la foule retint son souffle.
J'avoue que ce genre de moment me faisait toujours rire : c'est fait pour faire rêver les enfants, mais tout le monde sait bien que le tireur réussit toujours. Effectivement, l'elfe tira et atteignit sa cible avec précision, déclenchant les acclamations de la foule.
Même Ciri applaudit à tue-tête et dit :
« Aidy ! Tu pourrais faire ça aussi ?! »
Je secouai la tête, amusé :
« Malheureusement, je n'ai pas encore été entraîné à l'arbalète, Ciri. Peut-être un jour. »
Elle fit la moue :
« Quand tu auras appris, il faudra attacher ma gouvernante à la roue et t'entraîner sur elle, au moins elle arrêtera avec ses leçons ! »
Je ris en essuyant presque des larmes :
« Ciri, évitons de planifier un meurtre. En plus, si Sa Majesté apprend ton plan, je t'assure que tu seras privée d'entraînement à l'épée. »
Elle se figea et marmonna quelque chose entre ses dents. Je secouai la tête, amusé, et remarquai un peu plus loin une bataille d'enfants dans l'eau les plus jeunes juchés sur les épaules de leurs grands frères ou de leurs parents, essayant de se pousser mutuellement dans l'eau. Je demandai à Ciri :
« Tu veux essayer ? »
Ses yeux s'illuminèrent aussitôt et elle me tira vers le bassin. J'ai dû enlever mon pantalon, mes chaussures et mon haut pour éviter de les mouiller au moins, je dois avouer que j'étais plutôt en forme : l'entraînement quotidien du commandant et une alimentation plus saine avaient fini par payer.
J'entrai dans l'eau et laissai Ciri grimper sur mes épaules, la taquinant au passage :
« Tu es lourde, Ciri. »
Elle me tapa le sommet du crâne, faussement vexée :
« On ne parle pas comme ça à une dame ! »
Je ris :
« N'est-ce pas toi qui répètes sans arrêt que tu ne veux pas être une dame ? Ça t'arrange, maintenant ? »
Elle fit la moue :
« Tais-toi ! Ça va commencer ! »
Disons que le jeu était plutôt inégal : la plupart des adultes qui portaient les enfants avaient du mal à suivre le rythme après tout, c'était surtout pensé comme un jeu pour enfants. Et Ciri… Ciri n'avait décidément aucune notion de délicatesse dès qu'elle repérait un adversaire. Elle n'hésitait pas à utiliser toutes les feintes possibles : soulever du pied les appuis de l'autre enfant pour le déséquilibrer, puis pousser fort pour l'envoyer directement dans l'eau.
J'avais complètement oublié à quel point elle manquait de tact.
Après plusieurs heures de balade et d'amusement, nous arrivâmes sur la grande place, où la musique résonnait déjà et où beaucoup de gens dansaient. Sans hésiter, Ciri m'entraîna dans une danse collective ; je ris légèrement et me laissai porter par le rythme à ses côtés.
Étrangement, plusieurs femmes vinrent me demander une danse, au grand dam de Ciri, qui boudait à chaque fois que je revenais d'une de ces danses au plus grand amusement des hommes autour de nous.
Pendant qu'on était assis à boire du jus de fruit pour reprendre notre souffle, Ciri dit, frustrée :
« Tu n'arrêtes pas d'attirer l'attention… »
Je souris, amusé :
« Ciri, n'oublie pas que je suis un chevalier enfin, un apprenti chevalier et que je me dois d'accepter les demandes des dames. »
Elle me tapota le torse en faisant la moue :
« Même si c'est vrai, tu es mon apprenti, pas celui des autres. »
Je ris de bon cœur :
« D'accord, princesse. Je suis votre chevalier. »
Pour moi, ce n'était qu'une petite blague enfantine, et je continuai de regarder les gens danser, amusé ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusé.
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POV Ciri
Parfois, je me dis que je rêve… Depuis cette nuit où nous avons été enfermés ensemble, j'ai toujours eu l'impression que moi et Aidy étions destinés à rester ensemble surtout après ce soir-là, dans les champs, quand il m'avait réconfortée.
Je…
Je suis certaine qu'il pense encore que je ne suis qu'une enfant, mais je suis bien plus mature que ça, enfin je crois.
Grand-mère m'enseigne aussi la politique pendant mes leçons à part Sac-à-Souris, personne ne le sait. Depuis l'arrivée d'Aidy, grand-mère semble pressée, presque effrayée par quelque chose. Elle veut m'apprendre à survivre, à démêler le vrai du faux, à savoir diriger et me battre non pas pour devenir forte, mais pour survivre.
À force de cet entraînement, j'ai perdu beaucoup de mon innocence. Je le sais depuis cette nuit dans l'entrepôt. J'ai vu grand-mère pleurer devant le portrait de maman, en s'excusant ça m'avait brisé le cœur, et nous étions restées enlacées pendant qu'elle pleurait.
Seule avec Aidy, je peux être à cœur ouvert, partager mes rêves. Je ne veux pas être une princesse. Je ne veux pas régner, ni quoi que ce soit d'autre.
Je veux juste rester avec les gens que j'aime et…
Je veux rester avec l…
Je secouai la tête et souris à Aiden, gardant mes pensées pour moi, et dis joyeusement :
« Aidy, c'est une promesse : hors de question que tu partes sans moi. »
S'il savait ce que je pensais vraiment, il croirait sûrement que ce n'est qu'un amour d'enfance qui finira par s'estomper avec le temps. Mais non. Alors j'attendrai.
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POV Aiden
Ciri s'était endormie sur mon dos pendant que je la portais. Il était tard, et tandis que nous marchions vers le château, je contemplais la magnifique lune. Parfois, je pense à mes parents, à mes proches j'espère qu'ils ont pu faire leur deuil.
Jamais je ne les oublierai, vraiment jamais. Je les aimerai toujours, quelque part dans mon cœur cette véritable amitié avec Léo, ce petit béguin pour Emma, cet amour familial que j'ai connu.
Je ne vous oublierai jamais, et pour preuve : je vivrai pleinement cette nouvelle vie, car je sais, au fond de moi, que c'est exactement ce que vous auriez voulu. Après tout, quelle différence entre rester prisonnier du deuil et se laisser mourir ? Aucune les deux empêchent d'avancer.
En arrivant à la porte du château, je souris légèrement : la reine attendait, les bras croisés, tandis que Sac-à-Souris, adossé à un arbre, me faisait signe en souriant. En arrivant devant la reine, elle demanda :
« Elle s'est bien amusée ? »
Je hochai la tête en souriant :
« Disons que Ciri a montré au peuple qu'elle aussi est une véritable lionne de Cintra. »
Elle hocha la tête, sourit doucement, et prit Ciri de mes bras, soulevant légèrement quelques mèches de ses cheveux. Puis elle plongea son regard dans le mien, soudain grave :
« Aiden, fais-moi une promesse. »
Surpris par ce ton sérieux, je regardai instinctivement Sac-à-Souris, qui hocha la tête d'un air tout aussi grave. Je reportai mon attention sur la reine et dis avec sérieux :
« Que voulez-vous que je vous promette, Votre Majesté ? »
Elle me fixa un long moment en silence, puis dit :
« Promets-moi d'obéir à un seul ordre, sans jamais le remettre en question : si je t'ordonne un jour de quitter Cintra sans te retourner, avec Ciri, tu l'exécuteras sans poser la moindre question. C'est la seule chose que je te demande en tant que reine, et en tant que grand-mère. »
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POV Calanthe
Je portai Ciri jusqu'à sa chambre et la déposai doucement sur son lit, caressant ses cheveux avec tendresse. J'entendis alors la voix de Sac-à-Souris derrière moi :
« Votre Majesté, étiez-vous vraiment obligée ? Votre mort n'a rien d'obligatoire vous pourriez encore rallier les royaumes du Nord, vous avez un prestige immense. »
Je ne répondis pas tout de suite. Il y a peu encore, je pensais que tout irait bien, que nous aurions des renforts. Mais Sac-à-Souris était venu précipitamment, le visage sombre, m'annoncer que les navires de Skellige envoyés en renfort avaient été frappés par une tempête surgie de nulle part.
Le pire, c'est que d'après les druides, cette tempête portait la marque d'un sorcier. Ce salaud savait donc que j'allais demander de l'aide à Skellige, et il m'a piégée avec ces rois du Nord avides de pouvoir. Il ne me reste plus que moi-même, et Cintra.
Je caressai doucement le visage de ma petite-fille en m'asseyant au bord du lit et dis, calmement :
« Tu sais bien que je ne peux pas faire ça. J'ai vécu ici, j'y ai régné, j'y ai connu tout mon bonheur. Quant à supplier ces rois ? Je préfère mourir la lame à la main. »
Sac-à-Souris tenta d'insister :
« Mais laisser Aiden et Ciri seuls ? Ce n'est pas un choix raisonnable. »
Je secouai la tête :
« Je le sais bien. C'est pour ça que tu resteras avec eux, et… »
Je soupirai :
« J'ai envoyé une colombe à Kaer Morhen. »
Sac-à-Souris se figea :
« Vous avez fait appel à lui ? »
Je hochai la tête, contemplant le visage endormi de ma petite-fille :
« Oui. Geralt de Riv même si je hais cet homme à cause de ce fichu destin qui les lie a raison sur un point : c'est l'un des seuls capables de protéger Ciri et Aiden. »
Je regardai par la fenêtre et dis calmement :
« Cintra brûlera, c'est certain. Mais au moins… » je souris légèrement en me tournant vers Sac-à-Souris « si Cintra doit brûler avec sa dernière reine, alors elle brûlera comme un symbole de courage. Et nous emporterons avec nous une bonne partie de l'armée de cet enfoiré, pour qu'il n'oublie jamais qu'une lionne acculée reste extrêmement dangereuse. »
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POV Kaer Morhen
Vesemir finissait de couper du bois quand il vit un oiseau se poser près de lui, porteur d'un message. Il le déroula, comprit rapidement de quoi il s'agissait, et se tourna vers Eskel, en plein entraînement :
« Eskel, va prévenir Geralt c'est urgent ! »
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POV ???
Je regardais mes bataillons se mettre en place lorsque la sorcière que j'avais engagée s'approcha et dit calmement :
« Votre Majesté, les renforts de Skellige ne viendront jamais. »
Je hochai la tête et me tournai vers mon général :
« Faites sonner les cors. Nous marchons sur Cintra. »
Ma chère fille, je viens te récupérer. Mon héritière, pensai-je, contemplant le soleil se refléter sur les drapeaux noirs flottant au-dessus de mes bataillons.