POV Aiden
Quelques heures plus tôt, l'armée s'était mise en marche vers la plaine, à la frontière de Nazair territoire sous occupation nilfgaardienne. Une autre partie de nos troupes avait été envoyée vers la frontière de Mettina, au cas où Nilfgaard déciderait d'ouvrir un second front pour prendre l'armée principale à revers.
L'installation du camp s'était faite assez simplement : en bas se trouvaient les tentes des simples soldats, et plus on montait, plus on approchait des tentes du haut commandement.
La reine Calanthe, elle, était restée au château d'après ce que Sac-à-Souris m'avait laissé entendre, elle préparait un geste spectaculaire, au cas où les choses tourneraient mal.
Je me trouvais dans la zone des tentes de commandement, assis sur un lit de fortune, laissant ma main flotter au-dessus du feu, profitant du crépitement des bûches qui se fendaient dans les flammes.
Ça me laissait le temps de réfléchir. À vrai dire, je ne savais même pas moi-même si j'allais survivre. D'après ce que je savais de la première guerre entre Cintra et Nilfgaard, même le roi qui pourtant se battait aux côtés des meilleurs soldats de Cintra avait fini par mourir, victime d'une attaque surprise de la cavalerie ennemie. Cette cavalerie avait ensuite été anéantie, ce qui avait permis la victoire de Cintra : malgré la supériorité d'équipement et de cavalerie de l'ennemi, l'armée de Cintra restait bien meilleure au combat à pied. La mort du roi contre l'anéantissement de la cavalerie adverse.
Était-ce vraiment une victoire ? Ou une victoire amère ? Après tout, cela avait offert à Cintra des années de tranquillité mais au prix de la vie du roi.
Je soupirai. Honnêtement, je ne pouvais pas affirmer que j'aurais agi autrement je pense que j'aurais moi aussi choisi de me battre aux côtés de mes hommes.
Je secouai la tête, amusé par mes propres pensées. Sérieusement, moi, diriger un bataillon un jour ? Reprends-toi, Aiden.
C'est à ce moment que ma tente s'ouvrit. Je vis le commandant entrer, en tenue décontractée, une bouteille et des tasses à la main. Il sourit largement, s'assit sur un tabouret, et demanda :
« Alors, comment tu vas, champion ? »
Je soupirai :
« Honnêtement, je n'arrive même pas à savoir si je suis terrifié ou impatient. »
Il rit, posa les verres sur la petite table, en vida un cul sec avant de s'en resservir un autre, et dit :
« Je te comprends, tu sais. Je me souviendrai toujours de ma première bataille c'était aux côtés du roi Eist Tuirseach. »
Je fis tourner mon verre, curieux :
« Je sais que le roi était un grand guerrier, mais je connais peu de choses sur lui. »
Il eut un petit rire, le regard tourné vers son verre, un air mélancolique sur le visage :
« Eist… Eist était un excellent mari, et un excellent guerrier, mais un piètre dirigeant, disons-le comme ça. Pour lui, se faire un véritable ami passait souvent par un bon coup de poing c'est exactement comme ça qu'on est devenus frères d'armes, lui et moi. »
Il se laissa emporter dans ses souvenirs :
« Je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais encore jeune, plein de rêves de guerrier. Eist recrutait des hommes de Skellige pour venir en aide à la reine Calanthe beaucoup se moquaient de lui, mais dès que quelqu'un s'y risquait, il réglait ça au poing. Petit à petit, à force de régler ses différends de cette façon moi y compris on a fini par le respecter. Pas pour le charisme d'un dirigeant. Pour cette confiance de guerrier qu'il dégageait. »
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Flashback POV
Commandant Albert, à bord des navires en route vers Cintra, quelques années plus tôt, en pleine tempête
J'avançais, encore furieux, la mâchoire douloureuse du coup de poing que ce satané Eist venait de m'assener, sans me soucier des secousses du navire ni des cris du contremaître ordonnant aux hommes de ramer. J'arrivai devant Eist, planté à la proue, les bras croisés, ce sourire plein d'assurance toujours accroché aux lèvres.
Ses cheveux noirs, ses yeux marron brillants d'ardeur et de confiance cette confiance particulière de celui qui sait pour quoi il se bat m'avaient toujours rendu un peu envieux, tout en me faisant comprendre à quel point j'étais fier de le suivre. Je lui tapotai l'épaule :
« Eist ! Qu'est-ce que t'as à fixer l'horizon comme ça, on n'y voit que dalle ! »
Il rit, homme débordant de vie, et me rendit la tape sur l'épaule :
« Albert, mon frère, c'est normal que tu ne comprennes pas. Mais moi, je fixe cet endroit précis parce que je sais que Calanthe regarde dans la même direction, en ce moment même. »
Ces mots m'arrachèrent une question qui me taraudait depuis longtemps pourquoi un homme qui aurait pu, facilement, être adulé à Skellige, entouré de prestige et de femmes, voulait-il sacrifier sa vie pour les habitants du continent et leur foutue politique ?
« Eist, pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tant de sacrifices pour une simple femme ? »
J'avais dû toucher un point sensible : son sourire disparut, et il me regarda soudain très sérieux.
« Calanthe n'est pas une simple femme. Tu veux savoir pourquoi ? »
Il tourna les yeux vers l'horizon :
« Un homme, c'est simple, tu sais. Tu crois qu'on dit ça pour rien, que la pire faiblesse d'un homme, c'est une femme ? C'est parce que c'est vrai. Quand un homme aime une femme, et que cette femme lui rend cet amour, cet homme devient l'arme de sa femme. Il pourrait brûler le monde entier, si elle le lui demandait. »
Il éclata de rire :
« Peut-être que je suis fou ! Mais je m'en fous ! Je suis fou amoureux de cette femme, et je le resterai toujours ! Tu ne comprends pas encore, mon frère, mais je te promets qu'un jour, quand tu trouveras une femme à aimer, tu comprendras à quel point un homme peut devenir fou pour elle. Hahaha ! »
Je ris avec lui :
« Ça m'étonnerait bien. »
Fin du flashback
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POV Aiden
Il rit doucement :
« Et pourtant, il avait raison. Quand on est arrivés pour défendre Cintra, j'ai vu pour la première fois un homme se battre avec un seul et unique désir : protéger ce que sa femme aimait. C'est dans ces moments-là qu'il rassemblait le plus de monde autour de lui être un chef, ça ne se résume pas au charisme et à l'intelligence. »
Il me regarda avec sérieux :
« Un chef, c'est quelqu'un à qui tu peux confier ta vie sans la moindre hésitation. Un chef, c'est quelqu'un qui, s'il te dit d'aller tuer un tel, tu peux le faire les yeux fermés, parce que tu sais qu'il te protégera en retour parce que tu lui as confié ta vie. La confiance et la loyauté, voilà ce qui compte le plus, Aiden. »
Je restai silencieux après cette histoire. Il me tapota l'épaule :
« Je te le redis, comme lui me l'avait dit : Eist avait raison. Quand j'ai rencontré ma femme, qu'on a eu ensemble une fille incroyable, je suis devenu un homme capable de tuer n'importe quoi pour eux. Pour l'instant, tu ne peux pas comprendre. Mais un jour, quand tu tomberas amoureux d'une femme ou peut-être plusieurs, qui sait tu comprendras à quel point l'amour peut rendre un homme d'une force redoutable. »
Puis il se leva, m'ébouriffant les cheveux au passage :
« Aiden, je te promets de te défendre. Tu ne mourras jamais ici, pas tant que je serai là. Allez, bois un coup, c'est de l'eau-de-vie de naine. Dors bien, demain s'annonce une journée difficile. »
Il quitta la tente, laissant derrière lui les rires lointains des soldats qui tentaient de détendre l'atmosphère, mêlés aux notes d'un instrument de musique et à des voix qui chantaient pour apaiser la peur ambiante.
Je soupirai il m'avait donné beaucoup à digérer. Mais avait-il raison ? Deviendrais-je vraiment comme ça, pour celle ou celles que j'aimerais un jour ? Une chose était sûre, en tout cas : je protégerais Ciri.
Je bus l'eau-de-vie cul sec, grimaçant devant son amertume, posai le verre à terre, et m'allongeai pour dormir.
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POV Aiden dans le rêve
Où suis-je ?
Je regardai autour de moi : on aurait dit une salle du trône, mais d'une finition extraordinaire, aux allures profondément elfiques. Je ne pouvais pas bouger. En tournant les yeux vers le trône, je vis un homme grand, très pâle, revêtu d'une armure, tendre une coupe à un elfe d'une beauté saisissante, coiffé d'une couronne.
L'elfe couronné but le contenu de la coupe, puis, d'un coup, la laissa tomber en portant les mains à sa gorge. L'autre elfe se pencha alors à son oreille, et j'entendis sa voix, froide et chargée de malice :
« Le roi est mort. Vive le roi. »
Le roi elfe s'effondra, mort. Alors qu'un sourire commençait à naître sur les lèvres de l'assassin, celui-ci tourna la tête vers moi, comme surpris de me voir, et sourit sans pour autant s'avancer.
« Alors, il n'a pas abandonné, finalement. Je pensais cette lignée éteinte. »
Il eut un petit rire, ramassa la couronne du roi défunt, la brisa entre ses doigts, et continua :
« Elle m'appartiendra. Zireael m'appartiendra. Et toi, Ceanndraig, tu ne pourras rien y faire. »
Puis, comme aspiré ailleurs, je quittai brusquement cet endroit.
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POV Aiden
Je me réveillai en sursaut, la main sur le cœur, la respiration difficile, en sueur. J'essayais de comprendre ce qui venait de se passer ce n'était pas un simple rêve. Qui était cet elfe ? Qui était ce « Ceanndraig » ? Me regardait-il, moi ? Et qu'est-ce que ce mot signifiait ? Et qui était « Zireael » ? Je ne comprenais rien à tout ça.
Je n'eus pas le temps de réfléchir davantage : le commandant Albert entra dans la tente et dit :
« Allez, Aiden, réunion habille-toi et viens. » Puis il ressortit aussitôt.
Je secouai la tête. Si j'avais pu voir mon propre reflet à cet instant, j'aurais remarqué que mes yeux brillaient à nouveau l'un blanc comme la neige, l'autre bleu comme la glace avant de reprendre leur couleur normale. Je me levai, me donnai une bonne claque sur les joues, et me dis : « Pour l'instant, la guerre, Aiden. Tu poseras tes questions à Sac-à-Souris plus tard. » Puis je sortis de la tente, sans remarquer que quelques mèches supplémentaires de mes cheveux avaient blanchi, ni qu'une partie du sol autour de moi s'était couverte de givre.
Dehors, je vis les soldats se préparer en escouades, chacune avec son chef de bataillon certains vérifiaient leurs armes, d'autres priaient. Si ça pouvait leur apporter un peu de réconfort, tant mieux pour eux.
En arrivant dans la tente de commandement, je retrouvai la plupart des officiers, dont le commandant Albert, qui hocha la tête :
« Bien, maintenant que tout le monde est là, préparons le plan d'attaque. »
Quelques heures plus tard, nous étions à cheval en haut d'une colline, avec le commandant Albert et ses hommes de confiance. L'armée de Nilfgaard s'étendait à l'autre bout de la plaine. Il eut un petit rire méprisant :
« Regarde-les, Aiden. On dirait qu'ils ne connaissent qu'une seule couleur. »
Un des soldats ricana :
« P't-être bien que même leurs femmes s'habillent en noir. P't-être qu'elles pissent noir aussi, vu comme ils sont toujours fringués pareil ! »
Les autres éclatèrent de rire, et même moi, je ne pus m'empêcher de sourire. Mais le commandant leva son épée sûrement amplifiée par un artefact magique, car sa voix résonna soudain bien plus fort que la normale :
« Écoutez-moi bien, braves soldats ! Aujourd'hui, nous allons montrer à ces hommes en noir à quel point les soldats de Cintra sont aussi courageux et redoutables que leur reine ! Vous ne vous battez pas seulement pour votre pays vous vous battez pour vos familles, pour vos enfants, pour l'avenir même de Cintra ! Alors, soldats : allez-vous vous rendre ?! »
Un cri collectif, monté de milliers de gorges, explosa : « NON ! » « MORT AUX NILFGAARDIENS ! » Les cors des deux camps résonnèrent presque simultanément, et les deux armées se ruèrent l'une vers l'autre. Après quelques minutes à peine, on pouvait déjà sentir l'avantage prendre forme du côté de Cintra, grâce à notre formation en tortue. Puis j'aperçus une escouade de cavaliers contourner nos lignes pour foncer droit sur les commandants. Le commandant Albert eut un dernier rire :
« Allez, montrons à ces Nilfgaardiens la puissance de Cintra ! »
Il chargea sans hésiter, ses hommes à sa suite, droit vers la cavalerie ennemie.
Mon cœur battait fort, tiraillé entre stress, peur et adrénaline. Je galopais avec la jument que la reine m'avait offerte, aux côtés du reste des hommes. Je vis le commandant Albert se dresser sur sa selle, puis sauter de son cheval pour écraser deux hommes au sol, les tuant sur le coup.
Pas le temps de réfléchir : je parai de justesse l'attaque d'un cavalier qui aurait pu me tuer. Alors que je continuais de me battre contre lui, ma jument décocha un coup de sabot en pleine tête du cheval adverse, le faisant vaciller j'en profitai pour viser le cou du cavalier et le trancher net. Il s'effondra, mort sur le coup. Je n'arrivais toujours pas à m'y habituer.
Pas le temps non plus de m'attarder : un autre combat s'engagea aussitôt, et pendant des heures, on n'entendit plus que le fracas des lames et les cris des mourants. Mais on commençait clairement à prendre l'avantage. Je me battais souvent aux côtés des soldats les plus proches du commandant Albert, qui se battait comme un ours enragé on aurait dit un véritable berserker.
Il vint se placer à côté de moi, couvert du sang de ses ennemis, quelques légères blessures visibles :
« Alors, Aiden, tu t'amuses bien ?! »
Je secouai la tête, un sourire aux lèvres, en abattant un autre soldat nilfgaardien, mon armure elle aussi maculée de sang, la sueur ruisselant le long de mon cou :
« Commandant, je préférerais un bon b...»
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase sur un bon bain chaud : quelque chose nous figea tous d'un coup. D'immenses boules de feu surgirent dans le ciel, et dans un silence de mort général, ces projectiles magiques s'abattirent sur l'armée de Cintra. Presque aussitôt, une cavalerie lourde surgit et se mit à massacrer notre infanterie en pleine débandade des milliers d'hommes tombèrent en quelques secondes à peine. Ce qui me sortit de ma stupeur, ce fut le cri de rage du commandant Albert :
« Sales mages ! La neutralité, mon cul, ouais ! »
Il se tourna vers moi, sourit doucement, m'ébouriffa les cheveux une dernière fois :
« Pardonne-moi, Aiden. On dirait bien que la reine avait raison, finalement. »
Je n'eus pas le temps de répondre : je sentis des bras me hisser brutalement sur ma jument, et le commandant frappa la croupe de l'animal pour l'envoyer au galop, loin du champ de bataille. Il hurla à deux de ses hommes :
« Louis ! Éric ! Protéger Aiden, c'est votre dernier ordre ! »
Les deux hommes hochèrent la tête et galopèrent à mes côtés. Je serrai les dents pour retenir mes larmes tandis que nous fuyions.
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POV Commandant Albert
Je souris légèrement en regardant Aiden s'éloigner, même si je fronçai les sourcils en voyant deux cavaliers lourds se lancer à sa poursuite. Alors que j'allais réagir, je vis la cavalerie ennemie fondre droit sur mon escouade. Je soupirai doucement il fallait que je fasse confiance à ce gamin. Il s'en sortira.
Je souris, fier. J'ai vécu pleinement. Anna, je viens te rejoindre on ira boire un coup avec nos ancêtres. Et toi aussi, Eist, on se reverra.
Toujours souriant, je murmurai :
« Aiden, tu y arriveras. Toi et Ciri, je le sais, vous allez changer le cours de l'histoire de ce monde. »
Puis, en riant, j'arrachai mon armure, me retrouvant torse nu, dégainai mes deux haches, et criai à mes hommes restants :
« Mes frères ! Retrouvons-nous à boire avec nos ancêtres ! »
Ils hurlèrent avec moi, et nous nous jetâmes sur la cavalerie pour une dernière danse.
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POV Aiden
Nous étions en mauvaise posture. Louis venait de se faire faucher par une flèche il était mort. Les deux cavaliers continuaient de nous poursuivre sans relâche. Éric se battait de son mieux, mais une flèche le frappa en pleine tête, le tuant sur le coup.
Je continuais de galoper, esquivant tant bien que mal les tirs de la cavalerie, mais je sentais que je n'allais pas m'en sortir.
Ciri…
Je secouai la tête et tirai brusquement sur les rênes, faisant déraper ma jument dans la terre, prenant par surprise l'un des cavaliers. Grâce à l'élan, je lui tranchai la tête. Le dernier cavalier, surpris, s'arrêta net et encocha une flèche sur son arc. Au même instant, je lançai mon épée droit vers lui elle lui transperça le crâne. Mais c'était déjà trop tard : sa flèche était partie, et je la voyais filer vers moi au ralenti.
Esquive.
ESQUIVE.
ESQUIVE, ESQUIVE, ESQUIVE…
Puis, d'un coup, j'eus l'impression d'être téléporté, et je m'écrasai violemment, avec ma jument, dans les écuries du château royal de Cintra mes yeux brillant à nouveau, l'un blanc comme la neige, l'autre bleu comme la glace. Je m'étais… téléporté ?