Le sorceleur spécial

Chapitre 12 : Kaer Morhen

2718 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/08/2026 20:18

POV Aiden

Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'on était sur la route, depuis Cintra, et on approchait enfin de la fameuse forteresse de l'École du Loup Kaer Morhen.

Pendant le trajet, en dehors de l'épisode avec Nivellen, nos journées se résumaient le plus souvent à de l'entraînement avec Geralt : les rudiments du combat propres à l'École du Loup. J'avais assimilé les bases du jeu de jambes, et je commençais tout juste à apprendre quelques techniques de frappe.

Nous étions à cheval, Geralt un peu en avant sur Ablette c'était lui qui nous guidait sur le sentier, un passage bien trop dangereux pour qui ne le connaît pas. Je regardai Ciri, assise devant moi, et la trouvant un peu mélancolique, je repensai à notre discussion, le jour où Geralt était retourné dans le manoir de Nivellen.

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Flashback

POV Aiden

En arrivant aux écuries, je vis Ciri caresser doucement Nocturne et Ablette, perdue dans ses pensées, visiblement un peu en colère.

Je m'approchai d'elle sans parler tout de suite après toutes ces années passées ensemble, j'avais appris que le mieux, quand elle gardait quelque chose pour elle, c'était de la laisser venir à moi. Je me mis donc à seller les chevaux en silence.

Pendant que je réglais correctement la selle de Nocturne, elle demanda derrière moi :

« Aidy, est-ce que... » Elle hésita. « Est-ce que ce qu'a fait Geralt était nécessaire ? »

Elle plongea son regard dans le mien, faisant les cent pas comme pour se convaincre elle-même :

« Je veux dire, je sais qu'elle nous a attaqués, qu'elle méritait de mourir, elle voulait nous tuer, mais... »

Je souris légèrement :

« Ça te laisse un goût amer, c'est ça ? »

Elle hocha la tête :

« Oui, exactement ça ! Je comprends pas, je veux dire, pourquoi ? »

Je terminai la selle de Nocturne, passai à celle d'Ablette, et répondis calmement :

« Ciri, ferme les yeux et repense à la scène. Qu'est-ce qui te paraît amer, au juste ? La mort de la bruxa ? La façon dont tout s'est terminé ? Ou... »

Elle m'interrompit, d'une voix faible :

« Non, tu as raison. Je crois que ce qui me laisse ce goût amer, c'est la façon de faire de Geralt. »

Je souris, finis d'ajuster la selle, me tournai vers elle, bras croisés :

« Pourquoi ? »

Elle réfléchit :

« Je pense que c'est son comportement. Je veux dire, oui, elle a tué des innocents, ça on ne peut pas le nier, mais... »

Je souris et terminai sa phrase :

« Mais est-ce que la tuer était vraiment nécessaire, alors qu'on voyait bien qu'elle ne représentait plus de danger ? »

Elle hocha la tête. Je m'accroupis à sa hauteur pour qu'on soit au même niveau :

« À vrai dire, je n'ai pas la réponse. »

Elle me regarda, surprise j'avais souvent une réponse à tout, d'habitude et dit, presque instinctivement :

« Mais alors... »

Je lui tapotai le nez :

« Mais est-ce que ça change quelque chose ? » Elle se frotta le nez, agacée. Je continuai : « Ciri, on l'a appris tous les deux : la vie n'est ni blanche ni noire, elle est grise. Ta vraie question, ce n'est pas ce que tu penses de Geralt c'est plutôt : est-ce que tu crois que tu deviendrais comme lui, toi ? C'est ça, non ? »

Elle resta silencieuse un instant, puis hocha la tête :

« Je sais qu'on va apprendre à s'entraîner avec Geralt, à Kaer Morhen. Et je sais aussi que le monde entier va se lancer à ma recherche, à cause de ma position de princesse. »

Je la regardai, légèrement surpris. Elle rit, et ce fut à son tour de me tapoter le nez :

« Prends pas cet air surpris, Aidy je te rappelle que grand-mère m'a aussi entraînée à la politique. »

Elle contempla la neige qui tombait, mélancolique :

« Je sais que celui qui parviendra à me capturer obtiendra une position privilégiée à Cintra, une revendication légitime. C'est pour ça que Geralt me cache là où personne ne pourra nous trouver. Mais c'est aussi pour ça que je lui ai demandé de m'entraîner je ne veux plus être la princesse qu'on protège. Tu te souviens de notre promesse, Aidy ? Qu'à partir de maintenant, on se battrait ensemble ? »

Elle eut un petit rire :

« En fait, je crois que c'est surtout ça qui me laisse ce goût amer ce que je pourrais devenir, moi. Est-ce que je finirai comme Geralt, à privilégier le code plutôt que les sentiments ? »

Je secouai la tête :

« Ciri, tu te poses beaucoup trop de questions. Tu veux ma réponse ? »

Elle hocha la tête, attentive. Je souris :

« Je n'aime pas ce qu'a fait Geralt. »

Elle parut surprise. Je poursuivis :

« Ne sois pas surprise. Même si j'admire Geralt, que j'aime discuter avec lui, que je le vois comme un vrai mentor ça ne veut pas dire que j'accepte pleinement son code. Est-ce que ça veut dire que je dois le détester pour autant ? Non. Chacun a sa façon de faire. Si ça avait été à moi de décider, j'aurais laissé la bruxa vivre, aux côtés de Nivellen, en lui donnant une chance quitte à revenir la tuer si elle s'en prenait de nouveau à un innocent. Mais je lui aurais laissé sa chance, c'est vrai. »

Je lui ébouriffai les cheveux :

« Voilà ce que tu dois retenir : un apprentissage, ce n'est pas forcément appliquer aveuglément les règles de son mentor. Ce qui différencie un vrai élève d'une simple copie, c'est sa capacité à réfléchir par lui-même. Entraîne-toi, bien sûr, profite de l'expérience de Geralt mais réfléchis à ce que TOI, tu deviendras. C'est ça qui te définira, Ciri. Pas les autres. »

Elle resta silencieuse un moment, puis hocha doucement la tête :

« Oui, ok. »

Fin du flashback

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POV Aiden

Je lui tapotai le dos :

« Tu réfléchis encore ? Fais attention, à ce rythme tu vas devenir une vraie savante. »

Elle me donna un coup de coude gentil dans le ventre :

« Tais-toi. »

Puis elle reprit, plus sérieuse :

« Oui, j'ai réfléchi, et tu as raison. J'accepterai les enseignements de Geralt, son expérience mais ce sera toujours moi qui prendrai mes propres décisions. Et comme toi, je l'aurais laissée en vie. »

Je ris légèrement. Geralt, qui avait visiblement tout entendu, dit sans se retourner :

« Honnêtement, c'est exactement ce que je vous conseille de faire. »

On le regarda, surpris et peut-être qu'il s'y attendait, car il poursuivit :

« Un sorceleur ne meurt jamais dans son lit c'est une leçon que Vesemir m'a toujours répétée. Même si, je dois l'admettre, il m'arrive parfois de vouloir le contredire, en me convainquant moi-même que j'y arriverai, malgré tout. C'est rare comme pensée, mais elle existe. Ce que je veux dire, c'est qu'un apprentissage est important, mais ce n'est pas une prison restez toujours fidèles à vos propres principes. Et si quelqu'un vous reproche ça, c'est probablement que ses propres principes étaient fragiles dès le départ. »

Ciri sourit, plus légère. La voir sourire ainsi me fit sourire aussi. Peut-être pour détendre un peu l'atmosphère, je lançai :

« Geralt ? Toi, quelqu'un qui veut contredire son propre mentor ? »

Geralt ne se retourna pas, mais je suis certain qu'il souriait :

« Oui. Mais au moins, moi, je le fais avec efficacité. Et toi, Aiden comment se compose l'huile contre les spectres supérieurs ? »

Je me tus net bordel, ces formules de potions sont vraiment difficiles à retenir. Voyant mon silence, il ajouta, taquin :

« T'es encore bien trop jeune. J'ai encore plein de flèches à mon arc pour tes taquineries. »

Ciri éclata de rire et, histoire de me venger un peu, entreprit de m'ébouriffer les cheveux en riant, essayant de me repousser. Même Nocturne ne broncha pas sans doute déjà habituée à nos bêtises.

Quelques minutes plus tard, un paysage magnifique se dévoila devant nous, entièrement recouvert de neige, dominé par un immense château fort incrusté dans la montagne. Arrêtant Ablette, Geralt se tourna vers nous :

« Bienvenue à Kaer Morhen. »

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POV Geralt

On était enfin arrivés à Kaer Morhen. Je me demandais si le vieux loup était encore en train de forcer Lambert à bouger ses fesses. En entrant dans la cour du château, les enfants derrière moi, j'aperçus Vesemir en train de couper du bois. Un sourire m'échappa malgré moi. Je descendis d'Ablette, confiant les rênes à Aiden pour qu'il mène nos chevaux à l'écurie, et m'approchai de Vesemir, qui, en me voyant, planta sa hache dans une bûche et vint à ma rencontre.

Il me serra dans ses bras et dit, de sa voix rauque :

« Loup Blanc. On dirait que la neige ne te réussit pas t'es plus pâle que moi. »

Je souris légèrement :

« Vesemir, ça fait du bien de rentrer. Mais je pense que j'ai encore de la marge avant de te rattraper, vu ton âge. »

Il rit :

« Moi ? Me charrier sur mon âge, alors que t'es le plus vieux sorceleur après moi ? »

Puis il se tourna vers les deux enfants qui approchaient, s'accroupit à leur hauteur, et dit :

« Mmh. Tu les as bien entraînés. »

Je me contentai de hocher la tête, souriant, bras croisés, profitant de l'échange.

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POV Aiden

En voyant un autre sorceleur, bien plus âgé que Geralt, je devinai qu'il s'agissait de Vesemir, son mentor, dont il nous avait déjà parlé. Je m'approchai avec Ciri. Il me tendit la main ; je la serrai, et il dit :

« Vesemir, mentor de l'École du Loup. »

Je hochai la tête :

« Aiden de Cintra. Et voici... »

Ciri bomba fièrement le torse :

« Cirilla Fiona Elen Riannon. Mais appelez-moi juste Ciri. »

Il eut un petit rire :

« Eh bien, on dirait que la fougue de la jeunesse est bien présente. Venez, entrez vous réchauffer. »

En suivant Geralt et Vesemir, je ne pouvais m'empêcher de regarder autour de moi, impressionné : la plupart des murs tenaient encore solidement debout, on distinguait même une baliste rouillée, sans doute, mais tout de même impressionnant qu'ils aient réussi à entretenir un château pareil au fil des années.

En arrivant devant la porte principale, Vesemir l'ouvrit et appela :

« Eskel ! Lambert ! Venez rencontrer nos invités ! »

En le suivant jusqu'à la salle à manger, ce qui frappait le plus, c'était l'immense plafond voûté. L'air sentait le cuir, l'herbe séchée et la bonne cuisine une atmosphère chaleureuse, malgré les apparences. En tournant la tête, j'aperçus un sorceleur, comme Geralt, les cheveux bruns, une large cicatrice barrant son visage, mais un sourire chaleureux aux lèvres. Il nous serra la main :

« Enchanté de vous rencontrer. Moi, c'est Eskel. Et cet autre bougon, là-bas, c'est Lambert inquiétez-vous pas, il parle plus qu'il ne mord. »

Lambert, assis un peu plus loin, ricana :

« Eskel, parle pas pour moi. » Il nous jeta un regard, resté assis à table, se contentant d'un simple hochement de tête en guise de salut, marmonnant : « Génial. Je vais devoir ajouter "baby-sitter" à mon CV. »

Vesemir, apportant la soupe pendant qu'on s'installait, répondit calmement, sans même lever les yeux de son bol :

« C'est pas si grave t'as bien "pêcheur" sur le tien. »

Geralt s'assit, retenant un rire qui menaçait de lui échapper :

« Lambert ? Toi, pêcheur ? »

Lambert reposa lentement sa cuillère, plongea son regard dans celui de Geralt avec un sérieux presque théâtral, et laissa passer un silence avant de répondre :

« Ouais. À la bombe. »

Ciri, qui portait justement une cuillère de soupe à sa bouche, s'arrêta net, les yeux brillants d'intérêt :

« Une technique de sorceleur ? »

Lambert prit tout son temps pour répondre, un sourire narquois s'étirant peu à peu sur son visage, savourant visiblement l'effet de sa réplique à venir :

« Non, gamine. Technique du fainéant. »

Un petit silence suivit, le temps que tout le monde comprenne la blague. Eskel secoua la tête, amusé malgré lui, et donna un léger coup d'épaule à son frère :

« Arrête, Lambert, tu vas leur donner des idées. »

Lambert haussa les épaules, prenant tout son temps pour servir le dîner, une assiette après l'autre, avant de lâcher, presque nonchalant :

« Et alors ? C'est pas comme s'ils savaient faire des bombes. »

Je gardai le silence, plongeant mon regard dans mon assiette pour éviter de trahir quoi que ce soit préférant garder pour moi le fait que je connaissais déjà la recette de la bombe Ruche.

Pendant le repas, Geralt commença à exposer la situation. Après plusieurs minutes d'explications, Lambert demanda :

« Donc on fait quoi, on les garde ici comme domestiques ? »

Vesemir secoua la tête, reposant sa propre cuillère :

« Non. On les entraîne pour devenir sorceleurs. »

Un silence tomba sur la table. Lambert, la fourchette suspendue à mi-chemin de sa bouche, se figea puis, visiblement énervé, la reposa d'un coup sec, pensant déjà à l'Épreuve des Herbes. Il frappa la table du plat de la main, faisant tinter les couverts :

« Sorceleurs ? Tu te fous de moi, le vieux ? Tu vas les faire souffrir ? »

Eskel et Geralt répondirent d'une même voix, presque en écho :

« Ça suffit, Lambert. »

Mais Lambert, têtu comme il l'est, repoussa légèrement sa chaise et regarda ses deux frères d'armes, incrédule :

« Non mais vous l'entendez ? Il veut en faire des sorceleurs ! »

Vesemir poussa un long soupir, posant les mains à plat sur la table, comme pour reprendre son calme avant de répondre :

« Si tu m'avais laissé finir : on les entraîne à devenir sorceleurs combat, connaissance des monstres, bombes. Mais en aucun cas ils ne passeront l'Épreuve des Herbes. »

Lambert se rassit lentement même s'il était encore méfiant, mais visiblement apaisé. Ciri, qui avait suivi l'échange avec de grands yeux curieux sans oser interrompre finalement ne put, retenir sa curiosité demanda enfin :

« C'est quoi, l'Épreuve des Herbes ? »

Un bref silence suivit sa question comme si personne ne savait vraiment par où commencer. Geralt reposa sa fourchette et répondit posément :

« C'est l'épreuve qui transforme un apprenti sorceleur en véritable sorceleur. »

Lambert, un sourire amer aux lèvres, ne put s'empêcher d'ajouter :

« Oublie pas la partie où t'as 99% de chances d'y laisser ta peau. »

Eskel lui lança un regard appuyé et soupira :

« Lambert, laisse Geralt parler. »

Geralt poursuivit, le ton un peu plus grave qu'avant :

« Comme l'a dit Lambert, c'est une épreuve extrêmement dangereuse. Les survivants en ressortent souvent affaiblis, parfois avec de lourdes séquelles et malheureusement, ce n'est jamais une mort douce pour ceux qui n'y survivent pas. De toute façon, les formules des potions utilisées ont été perdues depuis longtemps. »

Lambert hocha la tête :

« Bon débarras. »

C'est justement ce détail qui m'avait interpellé : normalement, Vesemir n'aurait pas dû appuyer aussi facilement sur cette histoire de formules perdues après tout, n'est ce pas lui le mentor ? peut-être que je me fais des films. Mais il resta silencieux sur le sujet, et détourna vite la conversation :

« En tout cas, Ciri, tu seras entraînée par Geralt et Aiden puisque tu es la plus avancée des deux. Avec moi, ce sera l'apprentissage des monstres. Une fois que Geralt aura fini avec toi, Ciri, ce sera l'entraînement au combat. Avec Eskel, vous découvrirez les différents styles de combat propres à chaque école il y en a plusieurs. Et avec Lambert, ce sera surtout la chasse, les potions et les bombes. »

Lambert eut un petit rire :

« Je vais t'apprendre la chasse à la bombe, gamin. »

Vesemir soupira, puis nous sourit doucement, à Ciri et à moi :

« J'ai préparé vos chambres je me suis dit que vous voudriez dormir côte à côte, alors c'est ce que j'ai fait. Allez dormir, les enfants. Demain, l'entraînement commence pour de bon. »

On hocha la tête, et Ciri et moi quittâmes la table pour aller explorer un peu le château. Elle me tira par le bras en souriant, me sortant de mes pensées :

« Allez, Aidy ! Traîne pas ! »

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