POV Yennefer
Je grimaçai légèrement en marchant dans les rues de Novigrad. Je ne comprendrai jamais pourquoi les voyantes aiment autant s'installer dans des endroits aussi sordides.
Mes talons étaient fichus, couverts de boue, sans parler de tous ces hommes qui n'arrêtaient pas de siffler sur mon passage...
J'ouvris la porte de la voyante sans y être invitée. Elle était en pleine discussion avec un mendiant, qui devait sans doute lui demander quand il finirait enfin par devenir riche. Je n'avais pas vraiment le temps pour ça, alors je dis calmement :
« Excuse-moi, ma chère sœur, mais je suis pressée. »
Le mendiant, furieux d'être interrompu en pleine séance d'autant que la voyante s'apprêtait visiblement à lui annoncer qu'il venait de croiser une femme absolument sublime se retourna : « Écoutez, madame, je suis déjà... » Mais il se figea net en me voyant.
La voyante sourit légèrement :
« On dirait que vous avez eu votre révélation. Je vous prie de nous laisser. »
Le mendiant grommela, mais finit par sortir, tête baissée. Je m'écartai pour le laisser passer, puis m'approchai de la voyante :
« Tu m'as envoyé un message comme quoi mon destin avait changé. J'étais curieuse après tout, ton fameux destin m'avait expressément annoncé que je finirais aux côtés du Loup Blanc. Et malheureusement pour toi, on n'est plus ensemble. Alors ? »
La voyante eut un petit rire :
« Certes, vous n'êtes plus ensemble. Mais ça ne veut pas dire que tu ne le reverras plus jamais, non ? »
J'allais répliquer, mais elle m'interrompit :
« Je vais t'éviter de perdre ton temps, je vais aller droit au but ce que j'ai vu était bien plus important que ça. »
Je soupirai, croisant les bras, et dis, sarcastique :
« Bien sûr. J'écoute les voix impénétrables du destin, vas-y. »
Elle ferma les yeux ; ses pupilles disparurent, ne laissant que du blanc. D'une voix monocorde, comme si quelqu'un d'autre parlait à travers elle, elle dit :
« Yennefer de Vengerberg. Un choix extrêmement important, dans ta vie, définira le destin de ce monde. Choisiras-tu la voie des drapeaux du soleil noir, ou la voie des Pend... » Mais elle n'acheva pas sa phrase. Elle se retint de justesse à la table, en sueur, avant de reprendre, la voix épuisée : « C'est tout ce que j'ai. Mais au moins, te voilà prévenue. »
Je ris, sarcastique :
« Génial. Donc j'ai le choix entre Nilfgaard et un nom que tu n'es même pas capable de terminer. Quelle perte de temps. »
Sans attendre sa réponse, je quittai les lieux. Mais j'entendis encore sa voix avant de me téléporter :
« Yennefer de Vengerberg. Le destin n'est pas forcément mauvais. Mais comme tu l'as dit toi-même, c'est ton choix et j'espère que tu ne le regretteras jamais. »
Cette vieille folle, franchement. Moi, Yennefer de Vengerberg, me soucier d'un destin qu'elle n'est même pas foutue de formuler entièrement ? Elle se trompe lourdement.
Je me téléportai.
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POV Triss
Je soupirais chez moi, à Novigrad, faisant tourner entre mes doigts le cristal de communication le double de celui que j'avais offert à Geralt. Et pourtant, cet imbécile ne m'avait jamais appelée.
J'entendis derrière moi une voix qui me fit sourire malgré moi :
« Alors, Triss ? Toujours en train d'attendre ton preux chevalier à la chevelure blanche ? »
Je ris légèrement, me levai pour la serrer dans mes bras, et dis doucement :
« Ça fait plaisir de te voir, Yen. Je pensais que tu étais encore occupée à comploter à la cour d'Aedirn ? »
Elle secoua la tête, s'installa sur une chaise et se servit un verre de vin :
« Non, tu sais bien à quel point ça me répugne, tous ces complots et le roi qui n'arrête pas de me reluquer comme un porc. Bref. Et toi, Triss, ça te plaît d'attendre ton preux chevalier ? »
Je soupirai en m'asseyant en face d'elle :
« Arrête avec ça. Tu sais très bien comment est Geralt. »
Elle rit, plus facilement qu'avant jadis, quand je parlais de Geralt, son rire était toujours teinté de tristesse et d'amertume, mais on aurait dit que la rupture du lien magique entre eux l'avait enfin libérée de ce poids. Elle continua :
« Laisse-moi deviner : idiot dans ses sentiments, incapable de comprendre qu'une femme qui te donne un cristal de communication, c'est justement pour continuer à te parler même à distance. Je te parie que la première fois qu'il t'appellera, ce sera pour demander de l'aide. »
Je ris doucement :
« Très bien, pari tenu. Dix couronnes. »
Yen secoua la tête, taquine :
« C'est bien peu, Triss, pour l'une des magiciennes les plus douées en potions du continent. On dit plutôt cent couronnes. »
Je soupirai :
« Très bien, pari tenu. »
À peine avais-je fini ma phrase que le cristal de communication se mit à sonner. Je me levai précipitamment, le cœur battant, entendant le rire de Yen derrière moi. Gênée, je lançai :
« Tais-toi, Yen. »
J'acceptai la communication. La voix grave de Geralt résonna, légèrement essoufflée, comme s'il reprenait son souffle ou ses forces :
« Salut, Triss. Désolé d'appeler aussi soudainement. »
Yen vint se placer à côté de moi, un sourire taquin aux lèvres, mimant un geste d'argent avec ses doigts. Je soupirai et répondis doucement :
« C'est rien, Geralt. Tu appelles pour quelque chose en particulier ? »
Il hésita, avant de répondre :
« Oui. J'ai besoin d'aide. »
Yen éclata de rire à côté de moi :
« Ah, je le savais ! » ce qui me fit rougir de gêne.
Geralt, entendant ça, demanda, surpris :
« Yen ? »
Elle m'arracha le cristal des mains :
« Merci, preux chevalier de mon amie Triss grâce à toi, je viens de gagner cent couronnes. »
Je repris le cristal en lui intimant de se taire, toujours un peu gênée :
« Tu as besoin de quoi ? »
Sa voix, incertaine, résonna :
« Ce que je vais vous dire pourrait vous faire de tout le monde votre ennemi. J'ai besoin d'être sûr avant de parler j'ai confiance en vous deux, mais ça peut mettre vos vies en danger. »
Je fronçai les sourcils, Yen aussi. Elle répondit, sérieuse :
« Tu es sérieux, là, Geralt ? Tu crois qu'on ne risque pas déjà nos vies tous les jours ? Alors dépêche-toi de nous donner tes informations, on n'est pas des princesses à protéger. »
Il soupira, puis expliqua toute la situation d'Aiden ce qui s'était passé, les informations qu'ils avaient réussi à rassembler, et le fait que nous étions les deux seules capables de l'aider. Mais ce fut surtout la fin de sa phrase qui nous figea :
« Et la princesse de Cintra est ici, à Kaer Morhen. »
Yen éclata de rire :
« Putain, Geralt. T'as vraiment fait fort. »
Je soupirai doucement :
« Bien sûr qu'on vient t'aider. On arrive. »
Geralt soupira doucement dans le cristal :
« Merci, toutes les deux. Vraiment. »
Le cristal s'éteignit. Je regardai Yen, sérieuse :
« Tu as une idée de ce qui se passe ? Parce que moi, d'après ce que Geralt vient de nous raconter, j'en déduis surtout qu'Aiden doit être un mage dont les pouvoirs se sont réveillés tardivement et que ça a fini par exploser d'un coup, faute d'avoir été canalisé à temps. »
Yen secoua la tête et ouvrit un portail en direction de Kaer Morhen :
« Peu importe. Allons voir directement sur place. »
Je hochai la tête et la suivis à travers le portail.
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POV Geralt
J'attendais les deux magiciennes dans la cour. En les voyant apparaître, deux souvenirs bien distincts me revinrent d'un coup : avec Yennefer, ce moment où elle avait pleuré de tristesse dans mes bras, me maudissant d'avoir rompu le lien du djinn, ayant l'impression d'avoir été trompée dans ses sentiments pendant tout ce temps et avec Triss, plutôt des souvenirs de lit, et ce petit grain de beauté sur sa fesse droite...
Geralt, concentre-toi.
À peine avais-je pu esquisser une pensée cohérente que Triss arriva déjà, sa main effleurant mon visage, examinant mon corps couvert de blessures, inquiète :
« Geralt... tu es blessé de partout. C'est à cause d'Aiden ? »
Je hochai la tête, le visage sombre :
« Oui. J'ai pas pris le temps de me soigner, je suis bien plus préoccupé par lui, ne t'en fais pas. »
Elle caressa doucement ma joue, soupira :
« D'accord. »
Yen, derrière elle, observait la cour avec sérieux :
« Geralt, ça pourrait être bien plus dangereux que ce que tu imagines. »
Je la regardai, confus Triss aussi. En examinant les lieux à son tour, elle parut tout aussi surprise et inquiète, et se tourna vers Yen :
« Yen, tu ne penses quand même pas que c'est possible ? Aucune magicienne, à part peut-être Francesca et encore, elle n'en est qu'une pâle imitation. C'est censé être impossible. »
Yen secoua la tête, sérieuse :
« Dépêchons-nous. »
Je hochai la tête. En entrant dans la grande salle de Kaer Morhen, une vague de froid intense nous frappa de plein fouet. Vesemir s'approcha, le visage grave :
« C'est incontrôlable. Lambert et Eskel tiennent à peine, à coups d'Igni, pour repousser la glace et seule Ciri semble totalement épargnée. »
Je hochai la tête. Yen et Triss firent quelques gestes de la main, nous enveloppant d'une barrière protectrice. En marchant, Triss dit :
« Ça fait plaisir de te revoir, Vesemir, malgré les circonstances. »
Il hocha la tête :
« Pareil pour moi, Triss. Et ça me fait aussi plaisir de te revoir, Yen. »
Elle eut un petit rire, mais hocha la tête, son regard s'assombrissant à mesure qu'on avançait. En arrivant devant la chambre d'Aiden, grande ouverte, on découvrit les couloirs déjà recouverts de glace par la vague de froid. Le visage des deux magiciennes se fit encore plus grave. Incapable de contenir ma curiosité plus longtemps, je demandai, sérieux :
« Qu'est-ce qui se passe, pour que vos visages soient aussi sombres ? »
Yen soupira :
« La magie existait déjà avant la Conjonction des Sphères. Mais plus personne, aujourd'hui, n'est capable de l'utiliser sous sa forme originelle la Conjonction, d'après les théories, l'aurait considérablement dégradée. »
Triss poursuivit, sérieuse, faisant apparaître une petite boule de feu dans sa main pour repousser la vague de froid :
« La magie actuelle est en réalité une branche dérivée de l'ancienne magie. Ce que tout le monde utilise aujourd'hui, c'est une version disons... corrompue de la magie originelle. Elle reste utilisable, bien sûr, mais elle est bien moins puissante, bien moins efficace. Comme personne n'est plus capable d'utiliser l'ancienne magie sous sa forme pure, ça ne pose pas vraiment de problème au quotidien. »
Je demandai, légèrement inquiet :
« Donc ? »
Yen examina la glace, échangea un regard avec Triss, puis dit, grave :
« Donc on a affaire à quelque chose qui devrait être impossible et terriblement plus puissant que n'importe quel mage ou magicienne actuel. Cette glace est d'une pureté magique à cent pour cent. En clair : elle a été produite par l'ancienne magie, celle qu'on croyait disparue depuis des siècles. »
Elle me regarda :
« Geralt, je ne sais pas dans quel bourbier tu nous as fourrés, mais maintenant, en plus de tout le monde qui convoite déjà la princesse, tu ajoutes ce garçon à l'équation. Si les mages apprennent son existence, tous, sans exception, voudront mettre la main sur lui que ce soit pour l'étudier, le disséquer, ou s'approprier cette magie. »
En entrant dans la chambre, je vis Ciri, immobile, tenant la main d'Aiden son visage endormi, mais tout autour de lui recouvert de glace. Lambert et Eskel enchaînaient Quen et Igni sans relâche ; Triss les soulagea instantanément de leur épuisement en réchauffant la pièce d'un geste de magie. En s'approchant du lit, Ciri se redressa d'un bond, comme un chat prêt à défendre son territoire :
« Qui êtes-vous ? »
Triss sourit doucement :
« On est là pour l'aider. On est magiciennes moi, c'est Triss Merigold, et voici Yennefer de Vengerberg. »
Yen ne dit rien, se contentant d'observer la princesse avec attention, comme pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'elle, avant de me lancer un regard du genre "tu adores vraiment t'attirer des ennuis, toi". Elle se plaça du côté gauche d'Aiden, tandis que Triss s'installait à droite, aux côtés de Ciri. Je serrai les poings, déjà couverts de sang séché, espérant de tout cœur qu'elles réussiraient.
Ciri agrippa le bras de Triss, la voix inquiète :
« S'il vous plaît, sauvez-le. »
Triss sourit doucement :
« On fera de notre mieux. »
Yen hocha la tête :
« Maintenant, petite, va rejoindre le barbu. »
Ciri hésita, puis se leva et vint se placer à mes côtés. Je posai une main sur ses cheveux et dis doucement :
« Elles vont y arriver. Ce sont les meilleures magiciennes que je connaisse. » Elle hocha la tête, encore inquiète mes mots étaient autant pour la rassurer elle que pour me rassurer moi-même.
Yen examina d'abord le corps d'Aiden et dit à Triss :
« Son corps est quasiment détruit, Triss. Je ne sais même pas comment il tient encore debout mais j'ai l'impression que sa magie est en train de se mélanger directement à son sang. Il faut l'en empêcher, son cœur n'est absolument pas fait pour supporter ça. »
Triss hocha la tête, et les deux magiciennes commencèrent leur incantation. D'un coup, comme si elles affrontaient une tempête à mains nues, une vague immense de froid tenta de les submerger. Aiden se mit à s'agiter, visiblement en douleur. Ciri voulut s'élancer vers lui, mais je la retins, l'enveloppant de mon Quen même nous quatre sorceleurs tenions à peine debout dans notre propre bulle protectrice, tant la magie qui se dégageait était intense.
Yen posa ses mains sur le corps d'Aiden, soulevant son tee-shirt : sa poitrine entière était recouverte de glace, comme si sa peau elle-même s'était transformée. Elle libéra alors sa magie, et deux forces titanesques s'affrontèrent pendant d'innombrables minutes, puis des heures. Triss et Yen finirent par échanger leurs positions : Triss reprit le combat magique pendant que Yen se reposait un instant, tout en maintenant une protection autour du cœur d'Aiden.
Les heures s'écoulèrent ainsi. La vague de froid diminuait peu à peu. J'étais parti me soigner après que Ciri se fut endormie dans mes bras je l'avais déposée dans mon propre lit, Lambert, Vesemir et Eskel veillant sur elle pendant qu'ils entreprenaient de déglacer les couloirs. Une fois soigné, je restai malgré tout près des deux magiciennes, bras croisés, encore bandé par endroits, les yeux rivés sur Aiden.
Je...
Je m'en voulais terriblement. J'avais juré de les protéger, et voilà que la toute première fois que j'essayais vraiment, j'avais failli le tuer de mes propres mains. Mon visage s'assombrit.
Mais après des heures d'efforts acharnés, la peau d'Aiden retrouva enfin son apparence normale la glace disparut, tout comme la vague de froid. Les deux magiciennes soupirèrent, épuisées. Yen me regarda, sérieuse :
« Tu vas devoir parler, sorceleur. Je veux tout savoir sur lui, parce que ce n'est pas normal même en admettant qu'il possède l'ancienne magie, Triss et moi sommes deux magiciennes avec un pouvoir et des réserves considérables, et il nous a fallu nous relayer pendant des heures rien que pour contenir sa magie et son réservoir apparemment sans fond. »
Je hochai la tête :
« Je vais tout vous dire. À vrai dire, je vais aussi vous parler de Ciri... »
Triss fronça les sourcils, inquiète :
« Ciri aussi ? »
Je hochai la tête :
« Oui. Je pense qu'ils ont tous les deux besoin de magiciennes comme vous pour les protéger vraiment les protéger. Même si je veux continuer à veiller sur eux, je comprends maintenant que je ne serai jamais assez fort tout seul. Alors je vais tout vous dire. »
Yen essuya la sueur de son front et dit, d'un ton plat :
« Très bien. Pour l'instant, sois un gentleman et va nous chercher à manger et quelque chose à boire, tant qu'à faire. »
Je hochai la tête et sortis. Même si Yen gardait ce ton condescendant qui la caractérisait, je savais qu'elle s'inquiétait tout autant que nous. Et Triss je savais qu'elle nous aiderait, sans la moindre hésitation.
En soupirant, je me dirigeai vers la salle à manger pour préparer quelques assiettes.