POV Aiden
On venait de finir de manger. Ciri était partie un peu plus tôt de table. Moi, j'étais encore plongé dans un livre sur les différents monstres un ouvrage assez intéressant, si on fait l'impasse sur l'auteur qui tenait absolument à expliquer la différence entre faire l'amour un noyeur et une goule... Sinon, le livre restait instructif.
Ce qui me sortit de ma lecture, ce fut Geralt, toquant à ma porte, bras croisés, un sourire aux lèvres :
« Alors, toujours plongé dans les révisions ? »
Je souris légèrement, posai le livre sur la table de chevet, et me redressai correctement sur mon lit :
« Oui. Même si je pense être prêt comme dirait Vesemir, la préparation est mère de sûreté. »
Il rit doucement, tira une chaise, et s'assit face à moi :
« Vesemir a raison. Mais laisse-moi te donner ma propre méthode pour me concentrer, moi. »
Je le regardai, surpris :
« Vas-y, je t'écoute. »
Il prit un air grave, comme s'il s'apprêtait à confier un secret d'État, puis dit :
« J'imagine une femme nue. »
Un silence suivit. Puis Geralt éclata de rire :
« Désolé, fallait que je la fasse. Peut-être qu'elle est un peu trop vieille pour toi, cela dit. »
Je secouai la tête, amusé c'était nul, certes, mais ça avait au moins réussi à me détendre :
« Non, ça va, mais oui, il y a clairement une belle marge de progression. »
Geralt haussa les épaules :
« Considère ça comme un héritage, alors. » Puis, plus sérieux : « Pour être honnête, il n'existe pas vraiment de technique miracle contre le stress ou la peur d'échouer. Mais sache une chose, Aiden : peu importe ce qui arrive, Kaer Morhen restera toujours ta maison. Et surtout... »
Il tapota mon t-shirt, juste à l'endroit de mon cœur, me regardant droit dans les yeux :
« Je sais que ça sonne un peu cliché, le genre de truc qu'on lit dans les histoires de preux chevaliers mais je t'assure que c'est bien réel. Crois en toi. Tu as les compétences, tu as le talent, t'es pas idiot. Tout le monde ici sait que tu vas y arriver. Alors crois en toi, d'accord ? Il n'existe pas de sorceleur "né" il n'existe que des sorceleurs entraînés, qui connaissent leur propre valeur. »
Ça me toucha bien plus que je ne m'y attendais. Je hochai la tête, la voix douce :
« Merci, Geralt. Vraiment merci. »
Il sourit, recroisant les bras :
« T'en fais pas, ça me fait sincèrement plaisir. Et puis, ça touche à l'honneur de mon titre d'entraîneur t'es mon premier élève, avant Ciri. Faut bien que je fasse honneur à mon titre de Loup Blanc. »
Je ris, lui donnant une tape sur le bras :
« Ouais, c'est ça. »
Il rit à son tour, puis son regard se posa sur la porte de ma chambre :
« Tu devrais aller lui dire au revoir. Tu sais bien qu'à ses yeux, t'es la personne qui compte le plus au monde. »
Je soupirai, enfilant mes chaussures :
« Ouais, je le sais. Mais j'avoue avoir peur qu'elle devienne dépendante de moi, je veux dire... »
Geralt termina ma phrase :
« Que tu penses qu'elle aura du mal à vivre sans toi ? » Je hochai la tête. Il poursuivit : « C'est vrai que ce sera dur. Vous êtes ensemble depuis des années, vous êtes les seuls survivants si on ne compte pas les civils de Cintra, et vous êtes liés par énormément de choses, même certaines qu'on ne comprend pas encore complètement aujourd'hui. Mais Aiden, ne sous-estime pas Ciri. Oui, ce sera dur. Oui, il y aura des moments où elle vivra des choses seule, qui la feront pleurer, qui la feront désespérer. Mais ça lui apprendra sa propre valeur. Et surtout, ça lui permettra de vivre, tout simplement. »
J'hésitai avant de sortir, sans regarder Geralt :
« Geralt... je suis... je suis trop protecteur envers elle ? »
Un silence suivit, puis il répondit doucement :
« Tu sais, la première fois que je suis devenu sorceleur, j'étais encore idiot. Je pensais pouvoir changer le monde, jouer les preux chevaliers, surtout envers les femmes j'avais encore une morale de conte de fées, l'envie de tout protéger. Vois-tu, en plus de mon surnom de Loup Blanc, on m'appelle aussi le Boucher de Blaviken. »
Je le regardai, surpris je n'avais jamais imaginé Geralt comme ça. Il continua, les yeux dans le vague :
« Je voulais défendre des villageois qui allaient se faire massacrer par des bandits. Je pensais bien faire, faire le bien, les protéger. Mais au final, mes actions se sont retournées contre moi, et les habitants ont fini par me voir comme un meurtrier, un boucher. D'où ce surnom pour ceux qui tiennent à me rappeler cette triste histoire. »
Il me regarda avec un léger sourire :
« C'est ça que je veux t'apprendre. Si tu sens vraiment que tu veux la protéger, alors continue. Mais surtout, apprends à savoir ce que TOI tu veux vraiment pas ce que ton entourage attend de toi. Même après avoir reçu ce titre, même après avoir vu le vrai visage des gens, je continue à respecter mes propres valeurs, mes propres choix. C'est moi qui décide, maintenant pas ce que je cherche désespérément à obtenir du regard des autres. Alors arrête de te poser cette question-là. Demande-toi plutôt : est-ce que tu veux vraiment continuer à la protéger comme tu le fais aujourd'hui ? »
Quelques minutes plus tard, j'étais à la plus haute tour de Kaer Morhen, où Ciri était assise sur le parapet, contemplant la lune. Je m'approchai d'elle avec un panier de bonbons que Triss avait ramené un jour, le posai entre nous en m'installant à mon tour sur le rebord, enfournai un bonbon, et demandai :
« Pourquoi cet air mélancolique, Ciri ? »
Elle me regarda avec un sourire doux, prit un bonbon à son tour :
« Non, je voulais juste me détendre un peu, réfléchir. »
Je la laissai poursuivre. Elle reprit, les yeux toujours sur la lune :
« Tu sais, parfois je me demande à quoi ressemblerait une vie normale, pour nous. Mais plus les années passent, plus je sens qu'on n'en aura jamais vraiment une. C'est étrange, non ? De rêver de ça ? »
Je secouai la tête. Elle me regarda :
« Non, tu sais, avant de venir ici, Geralt est passé me rassurer j'étais un peu stressée par le voyage. »
Elle me regarda, mi-figue mi-raisin :
« Aidy, stressé ? Ça, je l'aurais jamais cru. »
Je souris doucement :
« Je suis pas parfait, tu sais. Enfin bref, il m'a rassuré mais surtout, je lui ai posé une question : est-ce que je dois continuer à te protéger comme je le fais actuellement. »
Ciri commença à répondre :
« Aidy, je t'ai déjà dit que... »
Je l'interrompis en lui glissant un bonbon dans la bouche :
« Je sais. Que tu voulais te battre à mes côtés, voyager, te venger de Nilfgaard avec moi. T'en fais pas, j'ai bien retenu c'est justement pour ça que j'ai réfléchi en montant les escaliers. »
Je contemplai la pleine lune, magnifique :
« On a vu des proches mourir. On porte des promesses sur les épaules. Mais malgré tout ça, ce sont nos choix, à nous, qui décideront si on accepte ces promesses, et ce qu'on en fait vraiment. »
Je regardai Ciri, sérieux :
« Ciri, je te promets de continuer à te protéger mais plus comme je le faisais avant. On se battra ensemble. On vivra nos aventures ensemble. J'arrête de te voir comme une femme en détresse, parce qu'on est deux, maintenant. Et oui, tu as raison : on aura énormément de combats à mener moi, à cause de ma magie ancienne, je suis littéralement un morceau de viande juteuse pour n'importe quel mage ; et toi, avec la lignée de Lara Dorren en toi, même inactive, ça reste une cible de choix. Sans même compter ton titre de reine de Cintra, en tant que dernière héritière directe. »
Je souris doucement :
« Mais est-ce que ça doit nous freiner, pour autant ? Depuis le début, on vit nos aventures comme on le souhaite. Lors de la fête des moissons, même si t'étais plus forte que tous les autres enfants, tu as quand même utilisé toutes tes propres ruses pour gagner. Alors faisons pareil, maintenant. Arrêtons de nous prendre la tête, et faisons nos choix à cœur ouvert sans se dire "mais si je fais ça, je serai en danger". Arrêtons d'y penser. Vivons selon nos propres choix, pas selon ceux des autres. »
Ciri resta silencieuse un moment, avant que quelques larmes ne coulent elle les essuya vite avec sa manche, puis sourit et sauta sur moi pour m'enlacer, si fort que je faillis basculer en arrière avant de nous rattraper de justesse. Le panier de bonbons, lui, n'eut pas cette chance : il tomba d'assez haut et s'écrasa au sol. Ciri murmura dans mon étreinte :
« T'as raison. Arrêtons d'avoir peur. Vivons selon nos choix, et ne regrettons rien. »
Elle s'écarta de mon torse, essuya ses dernières larmes, et dit avec un immense sourire :
« Attends-moi, Aidy. On vivra notre aventure ensemble, on se vengera de Nilfgaard, et on reconstruira Cintra. Ensemble. »
Je ris doucement :
« Oui. Ensemble. »
Le lendemain, je préparais correctement ma monture quand je vis tout le monde arriver. Ciri me sauta dessus la première, avant d'aller caresser le museau de Nocturne. Je soupirai, amusé, regardant les quatre visages devant moi :
« J'espère que pendant mon voyage, vous n'allez pas trop changer, hein. »
Yennefer eut un petit rire :
« Peut-être que Vesemir et Geralt auront quelques cheveux gris en plus, mais je t'assure que ma beauté, elle, restera intacte pour tes yeux, Aidy. »
Je toussai, gêné. Triss m'aida en faisant taire Yen, qui s'apprêtait visiblement à en rajouter une couche. Vesemir s'approcha le premier, me tendant une sacoche remplie d'ingrédients, puis une seconde contenant bombes et huiles :
« Comme l'a dit Yennefer, j'aurai sans doute quelques cheveux gris en plus à ton retour, mais je t'assure que ce sera bien tout. Je t'ai préparé de quoi tenir pendant ton voyage. Je sais que Geralt t'a déjà rassuré, mais crois-moi, tous les sorceleurs sont passés par là au début. Je suis vraiment fier de toi. Et quand tu reviendras, Eskel et Lambert fêteront ça avec nous. »
Je le remerciai d'un hochement de tête. Ce fut ensuite au tour de Triss je fus surpris quand elle me serra dans ses bras, mais je lui rendis son étreinte sans hésiter ; au fil des entraînements, j'avais vraiment fini par m'attacher à elle, à sa douceur, à sa façon d'écouter. Après l'étreinte, elle me tendit un petit cristal :
« C'est un cristal qui stocke une boule de feu de ma magie j'ai passé toute la nuit à la charger. Utilise-le seulement si t'es vraiment en danger, d'accord ? »
Je soupirai, amusé, hochant la tête :
« Promis, Triss. »
Elle me sourit, un sourire doux, presque maternel, en m'ébouriffant les cheveux. Ce fut ensuite Yennefer qui s'approcha, un sourire à la fois amusé et sincère aux lèvres :
« J'ai pas de cadeau pour toi, mais sache que si t'as besoin d'une magicienne un jour, je t'aiderai peu importe ce que tu demandes. »
Je la remerciai d'un hochement de tête, mais elle en profita pour déposer un baiser sur ma joue, y laissant une trace de rouge à lèvres, avant de s'éloigner en riant :
« Voilà, le cadeau du bonheur et de la chance, Aidy. »
J'entendis un léger grognement derrière moi Ciri, marmonnant quelque chose sur les "sorcières". Je frottai ma joue pour effacer la trace, les joues un peu chaudes malgré moi. Puis Geralt s'approcha, détacha le fourreau de son épée d'argent de sa ceinture, et me la tendit. Je fus surpris pour un sorceleur, une épée d'argent, c'est loin d'être un objet anodin. Avant même que je puisse poser la question, il dit :
« T'en fais pas, prends-la. Vesemir ne prendra pas la route cette année, donc j'emprunterai la sienne, en attendant que la tienne soit forgée. Pour l'heure, prends celle-là ça m'ôtera un peu de soucis, j'aurai l'impression de continuer à te protéger, même sans être là. »
Je souris, regardant le fourreau, dégainant légèrement la lame pour observer les runes déjà gravées dessus :
« Merci. J'en prendrai soin. »
Il sourit, et me serra dans ses bras à son tour :
« Reviens fier de toi, d'accord ? » Je lui rendis l'étreinte, hochant la tête. Une fois détaché, je rejoignis Ciri, qui caressait encore le museau de Nocturne. En me voyant sans la trace du rouge à lèvres de Yennefer, elle laissa échapper un léger soupir de soulagement que je surpris avec un sourire, qu'elle me rendit aussitôt. Elle sortit un foulard blanc de sa sacoche celle qu'elle gardait toujours sur elle et me l'enroula autour du cou :
« Pour te rappeler que je suis toujours à tes côtés. »
Je souris :
« Merci, Ciri. »
Elle me tira par le foulard et déposa un baiser sur mon front, les joues légèrement rouges :
« Fais attention à toi. »
Elle repartit, un peu timide, rejoindre Yennefer et les autres, qui se moqua d'elle avec tendresse elle répondit avec ses propres piques, amusée. Je les regardai une dernière fois, montai sur Nocturne, et me mis en route doucement vers la sortie, agitant la main pour leur dire au revoir. Je comptais bien revenir les revoir tous, sans exception.
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POV Ciri
En voyant Aidy partir, je serrai légèrement le poing. Je sentis une main me caresser les cheveux, et levai les yeux vers Geralt et les autres, qui me regardaient avec un sourire. Geralt demanda doucement :
« Ça va ? »
Je hochai la tête, jetant un dernier regard vers l'endroit où Aidy venait de disparaître, puis me tournai vers Geralt, sérieuse :
« Oui. Je sais qu'il s'en sortira. Et Geralt tu m'avais demandé si je voulais apprendre à Aretuza, et je t'avais jamais vraiment donné de réponse. La voici : je veux y aller. Je veux devenir plus forte, pour pouvoir être aux côtés d'Aidy. »