Le sorceleur spécial

Chapitre 24 : Jaskier

Par Blax

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POV Aiden

Voyant la foule applaudir après le spectacle de Jaskier, je le regardai s'installer à une table. Je me levai, ma boisson à la main, et m'assis face à lui. En me voyant, il esquissa un sourire puis, remarquant mes yeux de chat caractéristiques, il devint plus chaleureux encore :

« Enchanté, mon ami. C'est plutôt rare de croiser un sorceleur. »

Je m'installai en souriant, tendis la main, qu'il serra :

« Merci. Mais on a des connaissances en commun, je crois Geralt est mon mentor, à l'École du Loup. »

Il parut surpris, resserrant sa poignée de main avec encore plus d'entrain :

« Ah, Geralt ! Je suis ravi de rencontrer quelqu'un de son entourage. J'imagine qu'il t'a parlé de nos aventures ? »

Je ris :

« En effet. Il m'a parlé de la fois où t'as perdu ta voix. »

Il sourit :

« Ah, quel bon souvenir. Et toi, comment tu t'appelles ? J'ai oublié de demander. »

Je bus une gorgée :

« Aiden de Cintra. »

Il parut légèrement surpris :

« Cintra ? T'étais là au moment de la chute, alors ? »

Je hochai la tête. Il soupira :

« Quelle tristesse, tous ces morts, honnêtement. Je suis justement en train d'écrire une chanson en mémoire des soldats tombés au combat, et pour la reine de Cintra aussi même si notre dernière rencontre s'est plutôt mal passée, ça reste l'un des plus beaux endroits que j'aie connus. Et je parle pas que des femmes, hein. »

Il rit à sa propre blague. Je souris, amusé, puis repris plus sérieusement :

« Alors t'en sais des choses sur ce qui se passe ici ? J'ai eu quelques bribes via l'aubergiste, mais peut-être que t'en sais plus. »

Il but une gorgée :

« T'en sais à peu près quoi, toi ? »

Je lui exposai ce que je savais jusque-là. Il répondit :

« J'ai pas beaucoup plus d'infos que ça, à part que ça commence à jaser dans les hautes sphères de la ville la magicienne envoyée manigancerait quelque chose, à en croire certains, vu le temps qu'elle prend pour régler le problème. C'est encore des rumeurs faibles, mais ça enfle de plus en plus. »

Je le regardai, un peu perplexe, un brin ironique :

« Sérieux, comment tu sais ce qui se dit dans les hautes sphères, toi ? Geralt m'avait pas parlé que t'étais du genre à être invité à ce niveau-là. »

Il sourit, fier :

« Que veux-tu, mon secret : le talent, et le joli minois. »

Je soupirai :

« Bon, enfin bref. Tu sais où je pourrais me renseigner davantage ? Je verrai si je peux aider. »

Il me regarda, inquiet :

« Tu sais, c'est bien plus compliqué qu'une simple goule. Même des combattants expérimentés galèrent contre ces morts. »

Je hochai la tête, sérieux :

« Je le sais. Mais ça veut pas dire que j'en suis incapable. Et de toute façon, je peux pas non plus passer mon temps à me demander quel contrat serait le moins dangereux. »

Il soupira, but une gorgée :

« Geralt va me tuer, mais bon, d'accord. Faut te rendre à la caserne, tu dois parler à l'intendant apparemment, c'est là qu'on s'inscrit pour la nuit, contre les morts-vivants. »

Je hochai la tête, me levant :

« Merci, Dandelion. »

Il leva simplement son verre sans un mot. Je montai ensuite dans ma chambre pour la nuit mais au lieu de dormir, je m'assis au milieu de la pièce, en position de méditation, comme Geralt me l'avait appris, et je vidai mon esprit.

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POV Jaskier

Je soupirai en regardant le garçon s'éloigner, buvant une dernière gorgée, repensant à nos voyages avec Geralt. Est-ce que j'allais vraiment le laisser affronter le danger tout seul, comme ça ? Geralt me tuerait si je ne faisais rien d'autant qu'il m'avait lui-même confié, un jour, que l'un de nos voyages ensemble comptait parmi ses souvenirs les plus précieux. Fallait bien que je vérifie si c'était vrai.

Finissant mon verre, je regardai l'aubergiste commencer à fermer boutique, les derniers clients s'en aller, des planches se poser sur les fenêtres. Il n'avait pas tort de se méfier les gens commençaient clairement à désespérer, et ça ne m'étonnerait pas de voir bientôt quelques têtes s'échauffer pour de bon.

Secouant la tête, je me parlai à moi-même :

« Jaskier, tu vas vraiment faire ça ? »

Fermant les yeux, terminant mon verre, je m'approchai du tavernier, posai quelques couronnes sur le comptoir :

« Une chambre, mon bon monsieur, si vous voulez bien. »

Il parut surpris, mais hocha la tête et me tendit la clé. La saisissant, je montai les escaliers. Même si je ne savais pas me battre, j'accompagnerais Aiden je n'allais pas laisser quelqu'un d'aussi précieux aux yeux de Geralt j'avais bien reconnu son épée d'argent à sa taille affronter ça tout seul. Je m'en voudrais terriblement s'il lui arrivait quoi que ce soit.

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POV Aiden

En me levant le lendemain et en descendant, je trouvai Jaskier occupé à retendre les cordes de son luth. En me voyant, il se leva, souriant :

« Moi, le grand Jaskier, ai décidé de t'accompagner ! »

Je fronçai les sourcils :

« Je te remercie, mais là où je vais, c'est peut-être dangereux. »

Il rit :

« T'en fais pas, avec Geralt j'ai déjà l'habitude. Et honnêtement, je peux mettre un peu d'ambiance dans nos déplacements et qui sait, peut-être que ça m'inspirera. Tu dois savoir que ma musique jette un sort au sorceleur, c'est ma meilleure chanson pour l'instant. » Il me fit un clin d'œil en disant ça. Je soupirai, déjà fatigué :

« Je peux pas t'empêcher de me suivre de toute façon. »

Il rit, tapotant mon épaule :

« Exactement, mon bon ami. Allons-y, à l'aventure ! »

En sortant de l'auberge, il me suivait comme promis. En regardant autour de moi, tôt le matin, je voyais des soldats se faire soigner, d'autres ramasser des cadavres pour les déposer sur une charrette une vision assez répugnante, mais à force, on s'y habitue. Geralt avait raison sur ce point.

En arrivant à la caserne, on fut arrêtés par un garde :

« Halte. Quel est l'objet de votre visite ? »

Je présentai mon médaillon, calmement :

« Je suis sorceleur. J'aimerais voir l'intendant, pour proposer mon aide contre rémunération. »

Il parut surpris :

« Pardon, sorceleur. L'intendant Gildart sera sûrement ravi de vous voir, mais... » Il regarda Jaskier, hésitant : « ...qui est votre compagnon ? On dirait qu'il sort tout droit d'une boutique pour femmes. »

Jaskier, outré :

« Mon bon monsieur, ceci est une tenue de barde authentique, et je dois dire que je suis profondément vexé que... »

Je l'interrompis, soupirant :

« Considérez-le comme un ami. »

Le garde hocha la tête et nous laissa entrer dans la caserne, où plusieurs soldats se reposaient, se faisaient soigner, ou nettoyaient leurs armes. J'entendais Jaskier marmonner derrière moi, encore vexé d'avoir été pris pour une femme je ne tentai même pas de lui répondre.

En arrivant devant un bureau, je découvris un homme balafré, cheveux roux, en armure de chevalier. En me voyant, il parut surpris ; en voyant Dandelion, il soupira de lassitude, se leva, et me serra la main :

« Enchanté, sorceleur. Je suis surpris que vous soyez aussi jeune. Mais quant à votre ami... »

Il regarda Jaskier, qui sourit innocemment :

« Jaskier, hein. Tu sais que le maire te cherche activement ? Il a pas franchement apprécié ce que t'as fait à sa fille. »

Jaskier toussa, gêné :

« Pardon, mais je n'ai fait que réaliser le rêve d'une jeune femme désireuse de découvrir les joies des cordes vocales de ce poète. »

L'homme soupira :

« Laisse tomber, j'ai pas le temps pour des histoires de donzelle. » Puis, se tournant vers moi, sérieux : « Sorceleur, vous connaissez la situation ? »

Je hochai la tête, calme :

« Ce que les habitants en disent, oui. » Je gardai pour moi les rumeurs des hautes sphères que Dandelion m'avait rapportées.

Gildart croisa les bras :

« Je vois. Honnêtement, en apparence, tout semble encore stable mais je vais être franc avec vous, sorceleur. »

Il regarda autour de lui, puis reprit, sérieux :

« Je perds de plus en plus d'hommes. Chaque soir, j'en perds au moins cinq fatigue, épuisement psychologique, blessures. Mais le pire, c'est que les cadavres de certains de mes soldats sont récupérés par ces morts, et reviennent eux-mêmes, ensuite, comme des morts-vivants. Ça achève complètement le moral de mes troupes. Et le pire, c'est que... »

Il marqua un silence, serrant les dents, puis frappa la table du poing, furieux :

« C'est cette foutue magicienne. On lui demande de l'aide, et à part se tourner les pouces ou venir nous "aider" en nous méprisant parce qu'on n'arrive pas à gérer la situation, elle fait rien du tout. Ça m'énerve. Mes hommes meurent, et à ce rythme, on n'aura plus personne pour défendre la cité si ça continue. Et notre foutu seigneur ne fait rien, complètement subjugué par sa beauté. »

Il se calma :

« Pardonnez-moi. Je me suis emporté. »

Je secouai la tête. Jaskier, derrière moi, ajouta :

« C'est rien, ça fait parfois du bien de s'énerver un coup. »

Gildart hocha la tête, désigna les chaises devant son bureau. Une fois assis, il commença son explication :

« Les premières apparitions remontent à quelques mois à peu près au milieu de l'été. Au début, c'était un ou deux morts. On a d'abord supposé qu'un veuf ou une veuve avait dû jouer avec des pouvoirs qu'il ne fallait pas... »

Il marqua un silence mélancolique, puis continua :

« Mais quand les morts ont commencé à sortir de l'eau, on est passés de deux à quatre, puis huit, puis seize sans compter, bien sûr, les morts de nos propres soldats, récupérés par ces mêmes cadavres, ni les civils. La situation empire. La seule chose qui les repousse, c'est le feu et encore, juste les repousser, pas les détruire. Tout ce qu'on peut faire, c'est leur couper les jambes, les bras, puis la tête. Mais même ça, ça les tue pas. »

Je hochai la tête, demandant :

« Vous avez déjà essayé de voir ce qui se passe si un mort reste encore présent au lever du soleil ? »

Il hocha la tête :

« Il se change en poussière. Mais le temps et les efforts qu'il faut déployer pour les amener à cet état sont considérables. C'est vrai que depuis l'arrivée de cette fichue magicienne, ça s'est légèrement amélioré mais à peine, parce qu'elle fait pas grand-chose de concret. Et quand on lui demande des explications, elle répond avec cet air hautain, sarcastique, que c'est bien trop compliqué pour nos petites têtes d'humains ordinaires. »

Il continua à parler de Philippa avec la même hostilité, avant de me regarder droit dans les yeux :

« Aidez-nous, sorceleur. Votre prix sera le mien, et celui de mes hommes. Si mon seigneur et cette magicienne continuent à rien faire, alors j'engagerai moi-même un vrai professionnel. »

J'allais hocher la tête pour accepter le contrat, quand un bruit soudain derrière la porte me fit réagir, la main déjà sur mon épée. Dandelion, voyant mon geste, se leva d'un bond. La porte s'ouvrit brusquement sur une femme au visage froid, aux cheveux châtains tombant sur les épaules, accompagnée de soldats que je n'avais encore jamais croisés. Elle me regarda avec surprise, puis avec un sourire qui me mit immédiatement mal à l'aise.

Gildart se leva, furieux :

« Comment osez-vous, magicienne ? Ce n'est pas votre... »

Elle l'interrompit froidement :

« Je m'excuse, intendant, mais vous n'avez rien à me dire. Je suis votre supérieure, selon votre seigneur alors taisez-vous, les grands parlent entre eux. »

Je voyais Gildart bouillonner de rage, mais il se retint en apercevant les soldats accompagnant Philippa. Elle s'approcha de moi, ce même sourire malaisant aux lèvres :

« Un sorceleur. Mes espions m'avaient prévenue qu'un sorceleur de l'École du Loup était arrivé en ville. J'aurais parié sur le fameux Loup Blanc en personne, vu sa réputation mais on dirait que je vais devoir me contenter de toi, jeune inconnu. »

Croisant les bras, un sourire condescendant et sûr d'elle-même aux lèvres, elle plongea son regard dans le mien :

« Je m'appelle Philippa Eilhart, magicienne à la cour du roi Vizimir alias le roi Juste, selon ses chers citoyens. En tout cas, comment t'appelles-tu, sorceleur ? »




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