Le sorceleur spécial
POV Aiden
Je suivais Hisié sur ce champ de bataille qui semblait figé dans le temps. Je sentais, au fond de moi, mon cœur battre de plus en plus vite car si ce qu'il s'apprêtait à me révéler était bien la vérité, alors tout ce que croyaient les mages, les scribes, en clair tous les êtres vivants persuadés que leur savoir était fondé, n'était en réalité que mensonge.
Le voyant s'arrêter, Hisié se tourna vers moi et dit calmement, en claquant des doigts. Nous nous retrouvâmes aussitôt dans une nouvelle zone, remplie d'une verdure luxuriante ; des chants d'oiseaux résonnaient tout autour de nous. Mais ce qui attira le plus mon regard, ce furent quatre silhouettes vêtues chacune d'une tenue on aurait dit des Romains, à en juger par leur allure.
L'une d'elles possédait des cheveux couleur soleil, un immense sourire, et des yeux en forme de soleil, tandis qu'elle portait une épée longue à son dos. L'autre était un géant, armé d'un immense marteau, ses cheveux couleur feuilles d'automne. Les deux semblaient rire en se combattant.
Pendant ce temps, une magnifique femme aux cheveux verts, les bras recouverts de lianes, caressait doucement son ventre arrondi, assise dans l'herbe à ses côtés Hisié, facilement reconnaissable, même si, cette fois-ci, son bras n'était pas de glace : seuls ses yeux et ses cheveux le distinguaient encore.
Puis, à mes côtés, Hisié dit calmement, une pointe de tristesse dans la voix :
« Vois-tu, moi et mes trois camarades sommes nés dans ce monde. Bien sûr, nous avons longtemps été curieux de savoir comment mais la seule chose que nous pouvons en penser, c'est que nous sommes nés de la magie ancienne. »
Je le regardai, surpris, et demandai :
« La magie ancienne est si puissante qu'elle peut créer la vie ? »
Il hocha la tête et dit :
« Lors de la création de ce monde, il n'y avait rien. Puis la magie ancienne est arrivée, comme une douce mère apportant la vie : la nature est née, les magnifiques arbres, les magnifiques fleurs, l'eau en clair, tout ce qui définit la vie. Mais voilà, elle avait aussi besoin de gardiens pour s'occuper de tout ça, et elle nous a donné vie, à nous quatre : moi ; Tuilë, la femme aux cheveux comme la douce nature, mon épouse ; Augusta, la femme aux cheveux brillants comme le soleil ; et Yávië, l'homme géant. Nous étions les incarnations des saisons de ce monde mais nous n'étions pas que ça. »
Il fit un geste, et le paysage avança doucement autour de nous. Il continua :
« En tant qu'incarnation de l'hiver, j'étais celui qui s'occupait de la mort, de la solitude, et de tout ce qui touche aux sentiments les plus sombres. Tuilë était l'incarnation du printemps, du renouveau on la reconnaissait souvent comme la déesse du foyer, de la famille et de la paix. Augusta, incarnation de l'été, était reconnue comme la déesse de la guerre, des stratégies, mais aussi de la fête et de la joie. Quant à Yávië, incarnation de l'automne, il était le dieu de la sagesse, des anciens et de l'intelligence. »
La scène changea, et je revis cette fois Tuilë seule, jouant avec une petite fille aux cheveux blonds et aux yeux dorés. Hisié, à mes côtés, dit doucement :
« Notre fille, nommée Morniel, était l'incarnation des étoiles et de la passion. » Il se tut un instant, me regarda, et ajouta : « Pardonne-moi. J'ai besoin que tu voies cette scène. »
Il claqua des doigts, et comme deux spectres hors du temps, nous observâmes ce moment en simples spectateurs.
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POV général, pendant la scène
Tuilë riait en jouant avec les cheveux de sa fille, disant avec douceur :
« Morniel, je ne savais pas que tu aimais autant les queues de cheval mais ça me fait plaisir que tu me l'aies demandé. »
Morniel rit innocemment, jouant avec les doigts de sa mère, et dit doucement :
« Papa m'en aurait ratée, j'en suis sûre. »
Tuilë éclata de rire quand Hisié apparut, souriant :
« J'entends que ces dames se moquent de moi ? »
Morniel, courant pieds nus dans l'herbe, se jeta dans l'étreinte d'Hisié, qui la fit tournoyer en la tenant précieusement. Retrouvant ses pieds sur l'herbe, riant, elle s'écria :
« Papa ! »
Hisié rit, caressant les cheveux de sa fille, puis embrassa les lèvres de Tuilë quand elle s'approcha, la gardant tout près de lui, posant sa tête contre ses cheveux pour respirer doucement son odeur pendant que leur fille jouait avec les doigts de son père. Tuilë demanda doucement :
« Fatigué ? »
Hisié hocha la tête :
« Oui. Comme tu le sais, avec Yávië, on doit surveiller la Conjonction des Sphères en permanence, et repousser sans cesse le mal qui cherche à corrompre notre sort. »
Elle hocha la tête à son tour :
« Je le sais, chéri. Mais prends soin de toi, de temps en temps. Tu sais bien que notre rêve se réalise à merveille nous avons notre famille, et la Conjonction des Sphères, qui réunit nos quatre pouvoirs, fait parfaitement son travail : elle amène les différents peuples des différents mondes qui cherchent la paix. »
Hisié hocha la tête :
« Je sais. Les elfes et les humains commencent à s'entendre apparemment, le premier roi humain va se fiancer à la princesse elfe. »
Tuilë sourit avec amour et glissa sa main dans celle d'Hisié, les deux bagues à leurs doigts se révélant en pleine lumière celle d'Hisié faite de lianes fleuries, celle de Tuilë faite de glace. Elle dit :
« Je me souviens encore de notre mariage. »
Hisié sourit :
« Mmh. Je me souviens aussi de notre nuit de noces. »
Tuilë embrassa ses lèvres :
« Chut. Morniel est encore là. »
Morniel, faisant la moue, sauta sur les genoux de ses deux parents :
« Bon, alors occupez-vous de moi ! »
Hisié éclata de rire, et Tuilë prit Morniel dans ses bras avant de partir jouer dans le lac, à un jeu de chat, Hisié les rejoignant peu après.
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POV Aiden
La scène s'arrêta. Regardant la main d'Hisié, je vis encore la bague mais desséchée, cette fois. Il dit, les yeux toujours tournés vers ce souvenir :
« Ce jour-là, je pensais que rien ne pourrait nous arriver. Que Morniel continuerait à grandir, qu'aucun conflit ne surviendrait. Mais je me trompais. »
J'avais une petite idée, et demandai :
« Est-ce à cause de la Conjonction des Sphères ? »
Il hocha la tête :
« La Conjonction des Sphères est un sort dans lequel nous avons réuni nos quatre pouvoirs, afin de réaliser l'un de nos rêves à tous : avoir des êtres vivants autres que nous. Et ça a marché des êtres venus d'autres mondes, cherchant paix et stabilité, sont arrivés, et chaque peuple s'entraidait. Mais malheureusement, ce fut aussi notre plus grande erreur. »
Il refit un signe de la main, et nous réapparûmes sur le champ de bataille mais cette fois, aux côtés de six silhouettes. Je reconnus facilement les quatre premières : Augusta, Tuilë, Hisié et Yávië. Mais contrairement à leur tenue plus détendue de tout à l'heure, ils étaient tous recouverts d'eau de pluie, mêlée de sang. Autour d'eux s'entassaient d'innombrables cadavres elfes, nains, hommes, mais aussi vampires, loups-garous, et d'autres monstres. Hisié dit alors :
« Nous avions été trop laxistes, et nous avions créé l'une des pires choses. »
Il fit un signe de la main, et un orbe apparut, me faisant frissonner sans que je sache pourquoi. Il expliqua :
« Cet orbe, nous l'avons appelé l'Observateur. À la base, il était censé simplement veiller sur le monde vingt-quatre heures sur vingt-quatre, résoudre les problèmes les plus simples pour alléger notre tâche un peu comme un automate, si je devais faire le parallèle avec ton monde. Mais malheureusement, alors qu'on pensait qu'il ne développerait jamais de vraie personnalité, on s'est trompés. »
De sa main, je vis l'orbe absorber des vrilles noires en lui. Il continua, une pointe de colère perçant dans sa voix mais une colère tournée contre lui-même :
« La paix n'existe pas sans la guerre, comme la lumière n'existe pas sans les ténèbres. Un jour, un envoyé de la corruption qui cherche sans cesse à corrompre notre sort, celui de la Conjonction des Sphères a réussi à déjouer son filtre et à faire passer un démon nommé Maître Miroir. »
Je le regardai, surpris :
« Je le connais ! Il m'a affronté, le jour où j'ai combattu Vilgefortz c'est lui qui l'avait invoqué. »
Hisié hocha la tête :
« Je vois... En tout cas, ce Maître Miroir a trouvé l'Observateur et lui a murmuré promesses et paix. Après tout, l'Observateur ne faisait que continuer son travail de protection de la paix et de la stabilité, comme on le lui avait enseigné. Mais comme je te l'ai dit, même dans un monde paisible, dès lors que des êtres vivants ressentent des choses, des conflits surgissent forcément et ce sont tous ces paramètres qui ont façonné l'Observateur, jusqu'à ce qu'il en arrive à une conclusion. »
Il se tut un instant, puis reprit :
« "Si la paix ne peut être obtenue tant que les êtres vivants ressentent des choses, alors faisons-leur perdre cette capacité, et la paix adviendra." Mais ce fut éphémère : les êtres vivants ont besoin de ressentir, sans quoi qu'est-ce qui nous différencierait d'un simple objet ? Pourtant, la corruption, sans qu'on s'en aperçoive, avait déjà réussi à gagner l'Observateur et le gardien était devenu le bourreau. Mais il n'avait pas la puissance nécessaire pour nous affronter directement. Il lui fallait quelqu'un comme nous. »
Il serra les poings :
« Il a choisi le seul être plus puissant que nous quatre réunis, et qui pouvait encore rêver. Morniel a été corrompue. L'Observateur lui a fait des promesses, lui a offert un rêve Morniel avait toujours voulu visiter au-delà de notre monde, aller voir les étoiles, et sans qu'on le remarque, notre amour pour notre enfant nous avait aveuglés à la vérité. Sa curiosité, au fil des années, s'est changée en obsession de liberté. L'Observateur a réussi à la retourner contre nous, à la corrompre nous désignant, nous, comme ses geôliers. »
Il me montra alors une immense faille, autrefois blanche, en train de virer au noir, comme l'obscurité elle-même :
« Quand on s'en est aperçus, il était déjà trop tard. Morniel avait corrompu la Conjonction des Sphères, et se servait en plus de l'obscurité et de la corruption comme pouvoir, amplifiant encore sa chute. Les monstres, la guerre, le sang tout ça est arrivé dans ce monde à partir de ce moment-là. »
« Tous les êtres vivants s'unirent pour riposter, mais malheureusement, les elfes furent les premiers à céder et à abandonner, quand leur prince héritier tua la reine et le roi elfes et devint lui-même un vampire, sous l'effet de la corruption. Puis vinrent les nains et les gnomes, qui abandonnèrent à leur tour. Seuls les hommes tinrent bon jusqu'au bout, sous leur dernier roi, Eldarion, et sa femme la princesse héritière des elfes, devenue reine elfique sous le nom de Caladwen. »
Il fit alors réapparaître la scène devant nous, nous plaçant une nouvelle fois en simples spectateurs.
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POV général, pendant la scène
Hisié regarda Eldarion et dit :
« Eldarion, tu aurais pu rester avec ton peuple. Toi aussi, Caladwen. Ce n'est pas votre combat c'est notre faute à nous, les dieux, d'avoir échoué à vous protéger. »
Eldarion, essuyant la pluie de ses cheveux noirs, retira la couronne posée sur sa tête et la fixa un instant, calme :
« Tu as peut-être raison. Mais depuis que je suis arrivé dans ce monde, j'y ai trouvé la paix, l'amour, et une famille. »
Il regarda Caladwen, qui sourit doucement en enlaçant son bras, puis reporta son regard vers les dieux :
« J'aime mon monde. J'aime ma femme. Et nous nous battrons pour offrir un avenir à notre fille, et à notre peuple qui s'échappe vers Tir ná Lia. Je pense que tu peux me comprendre qu'un père serait prêt à tout pour sa fille. »
Caladwen hocha la tête et regarda la déesse du foyer avec un sourire, voyant bien qu'elle culpabilisait de voir tout ce qu'ils avaient construit détruit par leur propre fille. Elle dit doucement :
« Aucun de nos peuples ne vous en veut. Ce sont nos décisions. Nous retiendrons l'armée de la déesse Morniel, pendant que vous vous chargez d'elle. »
Hisié et Tuilë échangèrent un regard silencieux. Hisié dit simplement, à Eldarion et Caladwen :
« Merci. »
Ils secouèrent la tête, puis les dieux partirent affronter leur fille et nièce. Eldarion regarda derrière eux : le champ de bataille fumant, l'odeur des cadavres brûlés, et surtout les deux lieutenants monstrueux qui approchaient avec leur armée. Dégainant tranquillement Aerondight, il marcha vers eux, sa femme à ses côtés.
Arrivés face à face, sans se soucier des vampires et des loups-garous qui les entouraient dérisoire, cette confrontation entre deux êtres vivants et toute une armée de monstres le chef des loups-garous, nommé Lycaon, s'approcha et dit :
« Eldarion, roi des hommes. Abandonne ce combat. Notre déesse te pardonnera. »
Eldarion secoua la tête :
« Je suis désolé, mais non. Votre déesse est corrompue, et un roi ne plie jamais le genou, sauf devant sa femme et ses enfants. »
Caladwen regarda le chef des vampires ou plutôt son propre frère et dit :
« Thúrlas. C'est comme ça que ça doit se terminer ? »
Thúrlas, l'ancien prince héritier des elfes, désormais transformé en elfe noir comme le chef des vampires, répondit calmement :
« On n'y est pas obligés, ma sœur. Rejoins-nous, quitte cet humain, tu... »
Mais Caladwen le coupa net, sa voix résonnant sur tout le champ de bataille :
« Ça suffit, mon frère ! Tu étais celui que j'admirais le plus au monde ! Tu nous as protégées, notre mère et moi, des coups de notre père mais tu as osé tuer notre mère ! Pourquoi ?! Pour le pouvoir ?! Tu as assassiné notre père ! Et tu as accompli le rituel que notre mère nous avait interdit, pour cette déesse perfide ! »
Thúrlas resta silencieux un moment, puis soupira :
« Tu ne comprendras pas, ma chère sœur. Mais ne t'en fais pas ma déesse m'a promis un monde meilleur. Avec notre mère, loin de ces complots, loin de notre passé sombre. Je nous réunirai à nouveau, comme dans notre enfance. »
Un bref souvenir traversa l'esprit de Caladwen Thúrlas se laissant passer autour du cou un collier de fleurs qu'elle avait confectionné, enfant. Chassant ce souvenir, elle commença à déployer son immense magie de lumière.
Lycaon tenta de s'interposer avec l'armée de vampires et de loups-garous, mais Eldarion le devança à une vitesse vertigineuse, décapitant toute créature osant s'approcher de trop près de Caladwen. Plantant la pointe de son épée dans le sol, il dit calmement :
« Personne ne franchira cette limite. Personne ne touchera un cheveu de ma femme. »
Lycaon éclata de rire et se rua sur Eldarion un combat titanesque s'engagea aussitôt, à une vitesse impossible à suivre, Eldarion affrontant seul Lycaon et Thúrlas, qui l'avait rejoint, deux contre un.
Les griffes des deux monstres s'entrechoquaient contre l'épée d'Eldarion, et malgré les minutes qui passaient, la terre se soulevant et se brisant sous la violence du combat, la magie de Caladwen continuait de ravager les rangs monstrueux, malgré la pluie qui redoublait, faisant couler le sang des blessures d'Eldarion, qui tombait au sol sans qu'il ne montre la moindre émotion concentré uniquement sur son devoir de mari, protéger son épouse.
L'armée continuait de foncer sur Caladwen, et même si certains parvenaient à percer ses sorts, Eldarion, fidèle à sa promesse, tuait tous ceux qui osaient franchir sa ligne de défense indifférent aux blessures que lui infligeaient Lycaon et Thúrlas dès qu'il se détournait un instant.
Voyant le combat s'éterniser, Thúrlas recula et affronta directement sa sœur, magie des ténèbres contre magie de lumière, l'explosion de leur choc ravageant tout autour d'eux pendant que les deux combattants au corps-à-corps se livraient une bataille à mort sous ce déluge de sorts.
Les heures passèrent sans qu'aucun vainqueur ne se dégage, l'armée des monstres s'amenuisant peu à peu sous le barrage incessant de Caladwen. Mais malheureusement, en défendant une nouvelle fois Caladwen d'une attaque de Thúrlas tentant de percer sa garde, Lycaon profita de cette fraction de seconde et, épuisé par des heures de combat contre des créatures d'une telle puissance, Eldarion se fit trancher le bras qui tenait Aerondight. Caladwen se figea en voyant son mari mutilé, et cette même fraction de seconde permit à Thúrlas de lancer un faisceau de ténèbres qui transperça le ventre de Caladwen. Elle serra les dents et riposta d'un faisceau de lumière qui brûla la moitié du corps de Thúrlas, qui n'avait pas pu esquiver à temps mais elle-même avait été touchée, et devait désormais utiliser sa magie rien que pour contenir la propagation de la corruption en elle.
Eldarion rattrapa avec ses dents le pommeau d'Aerondight, parant de justesse une griffe de Lycaon qui avait tenté de le décapiter, récupérant en une fraction de seconde l'épée dans sa main gauche. Il enclencha alors un enchaînement de coups si rapide que Lycaon, stupéfait qu'un simple humain puisse rester aussi dangereux, encaissa d'innombrables blessures qui le forcèrent à reculer, lui laissant des cicatrices permanentes sur tout le corps.
Eldarion recula vers Caladwen, la soutenant malgré la perte de son bras, et demanda doucement :
« Comment tu vas ? »
Caladwen, pâle mais souriante, répondit :
« Comme à notre premier baiser. Je n'ai jamais autant aimé être à tes côtés. »
Eldarion sourit doucement :
« C'est l'heure ? »
Caladwen hocha la tête, voyant l'armée des monstres, Lycaon et Thúrlas foncer vers eux pour les achever. Eldarion sourit, retira son haut, torse nu, saisit son épée et dit :
« Alors, ma chère épouse. Je te défendrai, comme le veulent nos vœux de mariage. Jusqu'à la mort, nous combattrons ensemble pour l'avenir. »
Puis il se rua vers l'armée et les deux monstres surpuissants, sans la moindre peur, pendant que Caladwen commençait son sort.
Aerondight s'entrechoqua sans relâche contre des dizaines, puis des centaines, puis des milliers d'ennemis. Un seul homme empêchant toute une armée, et deux monstres surpuissants, d'approcher de sa femme. Son corps était criblé de blessures et de morsures, et pourtant, même transpercé par Thúrlas en plein ventre, la gorge tranchée par Lycaon, il bloqua encore, à la seule force de ses bras, l'épée qui finit par tomber au sol, glissant dans le lac tout proche, sombrant dans ses profondeurs. Malgré la vie qui s'éteignait en lui, Eldarion garda le sourire, ayant protégé sa femme jusqu'au bout jusqu'au moment où Caladwen déclencha son sort ultime, engloutissant des kilomètres à la ronde sous une lumière si intense qu'on aurait dit le plein jour.
Le silence revint. Il ne restait que les corps calcinés des vampires et des loups-garous. Lycaon et Thúrlas gisaient au sol, ne respirant plus, brûlés à un tel degré qu'on ne pouvait plus les reconnaître. Caladwen marcha péniblement vers le corps de son mari, la corruption de sa blessure la tuant à petit feu, puis s'agenouilla et s'allongea à ses côtés, posant sa tête sur son torse, la vie quittant doucement ses yeux. Dans ses derniers instants, rêvant que sa fille puisse vivre heureuse, elle murmura, comme pour lui adresser un dernier message :
« Lara, je prie pour ton bonheur. Ton père et moi serons toujours à tes côtés. »
Puis le premier roi et la première reine elfe moururent, ayant tué des centaines de milliers de monstres vampires supérieurs, loups-garous, et bien d'autres en leur sein. Oubliés de l'Histoire, mais à jamais présents dans le cœur de leur fille.