Le sorceleur spécial
POV Aiden
Finissant d'achever l'alghoul d'un cimetière, je coupai sa tête et l'accrochai à la selle de Nocturne. Claire, toujours assise sur la selle, me regarda pendant que je menais Nocturne en direction du village pour récupérer la récompense, et me dit, curieuse : "Alors c'est ça, la vie d'un sorceleur ?"
Je haussai les épaules et, marchant dans la boue, dis : "Parfois, oui ou parfois on reste plusieurs jours sans contrat ni nourriture, et on doit apprendre à survivre, surtout quand on a une passagère qui prend du sang," ajoutai-je en fixant ses yeux, désignant la coupable.
Elle sourit et, croisant les jambes sur la selle, posa sa tête sur sa main et dit : "Ce n'est pas ma faute. Ça fait deux semaines qu'on voyage, et à part quand je dois faire mes besoins ou manger, tu me mets toujours ces menottes de glace qui me bloquent j'ai la confirmation que tu aimes ces jeux."
Je soupirai et dis : "Tu sais bien que je fais ça parce que je n'ai aucune confiance en toi." Elle haussa les épaules et dit : "Au moins, c'est réciproque." Elle continua à me regarder avec ce sourire qui me donnait toujours mal au crâne, et le silence s'installa quelques secondes.
Puis je coupai le silence en disant : "Tu as le droit de ne pas me répondre, mais avec moi tu n'es pas obligée de garder ce faux sourire. Je ne dis pas que tu dois déballer tes sentiments, on se connaît à peine mais en tant que simple compagnon de voyage provisoire, je ne te jugerai en aucun cas."
Elle ne dit rien, mais son faux sourire disparut. Elle soupira, détourna le regard, et dit : "Tu n'es pas marrant." Je haussai les épaules en arrivant au village et dis ce que m'avait toujours appris Geralt : "La chance des mutations."
Arrivant à l'entrée du village, elle remit sa capuche. Bien sûr, nous étions le centre de l'attention de tous, mais j'ignorais les regards de curiosité ou de dégoût. J'entendis Claire dire derrière moi : "Les sorceleurs ne sont vraiment pas aimés." Continuant à regarder vers la maison du chef du village, je dis : "On prend l'habitude, d'après mon mentor et à vrai dire, avec ce que j'ai vécu, ce n'est pas des villageois qui me sortiront de mes gonds."
Arrivant à la maison du chef, ses enfants s'enfuirent dans les bras de leur mère, qui me regarda avec hostilité une habitude, hein. Laissant Nocturne et Claire derrière moi, je pris la tête de l'alghoul et marchai vers le chef du village, qui ne cachait pas son dégoût. Je déposai la tête sur la table et dis : "Le contrat est fait. L'alghoul ne reviendra plus dans le cimetière. Je vous conseille d'enterrer vos morts plus profondément, pour éviter que d'autres reviennent."
Le chef du village hocha juste la tête et, jetant la bourse au sol, dit avec dégoût : "Voilà votre or, mutant. Maintenant partez du village." Je fixai le chef, qui commençait à avoir des sueurs froides, puis soupirai et ramassai la bourse au sol la somme était exacte, au moins je n'aurais pas besoin d'en venir aux menaces. Je repartis vers Nocturne et Claire, montai derrière elle, claquai la langue pour faire avancer Nocturne, et sortis tranquillement du village.
Claire ne put s'empêcher de demander : "Pourquoi tu les laisses faire ? Tu pourrais tous les éliminer sans aucun problème." Regardant devant moi, je dis : "Et à quoi ça servirait, à part confirmer aux extrémistes notre dangerosité ? Bien sûr, s'il avait été hostile et m'avait attaqué, j'aurais répondu en conséquence mais vouloir toujours régler les choses par la violence ne résout pas tout."
Claire haussa les épaules en posant sa tête contre mon torse j'avais arrêté de chercher à la repousser, lassé de le faire à chaque fois et, levant la tête pour voir mon profil d'en dessous, dit : "Pourtant, avec moi, tout se règle bien."
Je haussai les épaules en la regardant et, continuant à fixer le chemin, dis : "Sûrement de la chance. Mais ce n'est pas une vie, de vivre pour la vengeance." Elle se rétracta et dit, avec une hostilité qui ne m'était pas destinée mais visait mes propos : "Tu ne sais rien de la vengeance."
Je ne l'interrompis pas, et elle continua, regardant devant elle : "La vengeance est comme un virus qui ronge de l'intérieur, qui produit de l'extase à chaque fois que je m'approche de mon objectif." Je rétorquai : "Et quel est ton objectif ?"
Elle sourit, amusée, et dit : "Je ne te le dirai pas, beau essai." Je me tus, et le silence revint. Elle murmura faiblement : "J'envie les gens qui n'ont pas besoin de penser à la vengeance comme toi."
Mais l'entendant, je dis calmement : "Même si je ne pense pas à la vengeance, ça ne veut pas dire que je ne pense pas à des choses sombres." Elle se tourna vers moi, et je continuai : "Je souhaite tuer les personnes qui s'en prennent à ceux qui me sont chers. À cause d'eux, ces personnes ont dû faire des sacrifices, et j'éprouve de la colère contre moi-même, de ne pas avoir été assez fort pour eux."
Je souris amèrement et dis : "C'est peut-être idiot après tout, les héros sont vus comme des idiots. Mais je ne veux pas être un héros, et je ne le serai jamais. Seulement un homme qui veut vivre aux côtés de ses proches. Est-ce trop demander, pour ce monde ?"
Elle rit doucement et dit : "Dans ce monde, oui, c'est trop demander." Mais elle reposa sa tête contre mon torse et ajouta, plus doucement : "Tu as raison, c'est idiot." Je haussai simplement les épaules, avec un léger sourire.
Les jours passèrent encore, et il ne restait plus que trois semaines et deux jours avant notre arrivée à Toussaint. Nous étions toujours dans cette étrange ambiance. Ce soir-là, je finissais de remplir un verre lavé à la rivière pour y verser du sang de sanglier, que je donnai à Claire, qui le but entièrement. Je m'installai contre Nocturne allongée, laissant la viande cuire, et sortis mon carnet pour continuer mon dessin de Ciri.
Claire se leva toujours menottée et s'assit près de Nocturne, caressant son museau. Elle regarda le dessin que je faisais et dit : "Elle est très belle. Qui est-ce ? Une amante ?" Je secouai la tête et dis : "Non, c'est ma meilleure amie d'enfance." Elle me regarda en s'asseyant au sol, la tête posée contre Nocturne qui dormait, et dit : "C'est celle dont tu m'as parlé, que tu n'as pas pu défendre ?"
Je ne répondis pas, mais elle comprit que c'était une réponse en soi. Je continuai à dessiner, seul le crépitement du feu de camp brisant le silence, puis elle parla doucement en regardant le feu : "Quand j'étais jeune, je me rappelle qu'avec ma sœur, on avait tendance à s'échapper de chez nous pour aller dans nos jardins, en faisant semblant de camper."
Je la regardai du coin de l'œil et, continuant à dessiner, dis : "Tu as une sœur ?" Elle hocha d'abord la tête, puis se ravisa et dit : "Non enfin, plus vraiment. C'est difficile à expliquer." Je haussai les épaules et dis : "Alors parle-moi de comment c'était, ton enfance avec elle."
Elle esquissa un léger sourire avant de se refermer et, regardant le ciel nocturne, dit : "Un peu comme dans toutes les histoires de famille on se chamaillait, on se disputait, mais quand l'une avait besoin de l'autre, on était toujours là l'une pour l'autre, même quand j'étais..." Elle s'interrompit, secoua la tête, ferma les yeux, et dit : "Peu importe, ce n'est pas important. Et toi, sorceleur, ton enfance ?"
Je me tus, arrêtant de dessiner. Je ne savais pas trop quoi répondre devais-je parler de mon enfance dans mon ancien monde, ou dans celui-ci ? Mais je souris faiblement et dis : "Honnêtement, on pourrait dire que j'ai eu deux enfances." Elle ouvrit les yeux pour me regarder, et je continuai : "J'ai eu une mère incroyable qui me faisait de délicieux pancakes, un père qui, malgré sa maladresse, était toujours présent pour moi, et des amis extrêmement chers."
Puis je souris doucement : "Pourtant, avec celle que je dessine, j'ai vécu les meilleures enfances possibles que ce soit parce qu'on a pleuré ensemble, ou parce qu'on s'est entraînés et blessés ensemble. J'ai toujours été entouré de personnes incroyables." Je la regardai et dis : "C'est pour ça que je suis en colère contre moi-même. Je dois devenir plus fort, pour ne plus jamais avoir à ressentir cette faiblesse."
Elle me fixa et dit, taquine mais avec une sincérité réelle : "Je me demande comment tu étais, jeune. Je parie sur un enfant calme et sûr de lui." Je la regardai, surpris par son ton, puis tournai les yeux vers le dessin de Ciri, souriant, et dis : "Touché."
Elle rit et, fermant à nouveau les yeux, dit : "Je suis forte à ce jeu-là." Je la regardai s'endormir, et soupirant, je fis disparaître ses menottes de glace sans qu'elle se réveille. Prenant la branche avec la viande de sanglier, je mangeai tranquillement en regardant le clair de lune, me demandant si Ciri allait bien.
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POV Ciri
Regardant la magnifique lune, si différente des immeubles bruyants qui m'entouraient, j'entendis une voix joyeuse dire : "Ciri ! Encore à regarder la lune ? On dirait Lucy !"
Je souris en me tournant vers la petite fille aux couettes et dis en riant : "Qu'est-ce que tu veux, Rebecca ? Je te l'ai déjà dit, c'est la seule chose qui me rattache à lui."
Elle mit ses mains derrière la tête en s'approchant de moi, faisant éclater son chewing-gum, et s'assit. Elle brandit toujours cette arme étrange qui tirait des projectiles et sourit en me la tendant : "Ton Aidy, c'est ça ? Tu sais que mon frère se mord les dents maintenant ?" Je ris et dis : "Peu importe, mon cœur appartient déjà à quelqu'un."
Regardant l'arme étrange, je la rendis à Rebecca et dis : "Désolée, je n'arrive pas à m'habituer à ces engins." Dégainant l'épée que Lucy m'avait achetée quand elle et moi étions devenues amies après avoir failli nous entretuer dans cette ruelle infecte, lors de mon arrivée dans ce monde je souris et dis : "Je préférerai toujours les épées."
Rebecca fit la moue et dit : "Les flingues, c'est quand même génial !" Elle brandit fièrement le sien vers le ciel comme un trophée, avant de le faire tourner autour de son doigt avec une aisance qui me donnait presque le vertige, et ajouta : "Un jour je t'apprendrai à viser correctement, tu verras, avec ça tu pourrais dégommer n'importe quel connard à vingt mètres sans même bouger ton épée." Je haussai un sourcil, amusée, et dis : "Je préfère largement voir mon adversaire dans les yeux avant de le frapper."Elle éclata de rire et me donna un coup d'épaule amical en disant : "On dirait carrément une épéiste du Moyen Âge, toi, tu sais ça ?"
Je lui tirai la langue, ce qui la fit rire encore plus fort, et elle se laissa tomber en arrière dans l'herbe, les bras en croix, regardant elle aussi le ciel. "Franchement," dit-elle plus doucement, "j'aimerais bien le rencontrer un jour, ton Aidy. Vu comment tu en parles, il doit être du genre à foutre une droite à n'importe qui te regarde de travers." Je souris tristement en repensant à lui et dis : "Oui... c'est exactement le genre de personne qu'il est."
Je regardai le clair de lune depuis mon arrivée ici, je ne ressentais plus cette sensation de pouvoir repartir d'où je voulais. Je sentais encore que je pouvais utiliser mon pouvoir du temps, me permettant de prédire des attaques, mais rien au niveau de l'espace.
Puis j'entendis la voix de Lucy approcher, les mains dans les poches. Elle dit : "Becca, encore en train d'embêter Ciri ?" Rebecca se releva et, mettant ses mains dans ses poches en faisant exploser son chewing-gum, dit : "Il fallait bien que je la fasse sortir de son état de méditation."
Je souris. Lucy me regarda avec un léger sourire et dit : "Maine nous attend, ou il te faut encore un peu de temps ?" Je secouai la tête et, me redressant, dis : "Non, c'est bon." Je regardai une dernière fois le clair de lune, puis suivis les deux filles qui continuaient à se chamailler, ce qui me fit sourire.