Abysses par

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Side Story / Romance / Drame

1 Abysses

Catégorie: T , 974 mots
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 Disclaimer : Aucun personnage ni évènement apparaîssant dans cette fanfiction ne m'appartient et ne sont utitilisés dans un but lucratif.

 

Abysses

 

          Ce que je pouvais me sentir seule, ici. Je n'avais pas eu de conversation normale avec quelqu'un depuis une éternité ; croyez-moi, une éternité, c'est long. Je n'en pouvais plus de cet océan qui me narguait tous les matins quand je me réveillais ; je le sentais aspirer ma jeunesse à chaque seconde qui s'écoulait, je l'entendais rire silencieusement de mon malheur et, comme tout tortionnaire qui ne peut se délecter que des hurlements de sa pauvre victime, l'océan engloutissait mes larmes et grossissait, grossissait encore, inlassablement. Je crois que je devenais folle, parce que je l'entendais murmurer des phrases interminables et incompréhensibles, un faible chuchotement cruel, puis tendre, et à nouveau agressif lorsqu'il s'apercevait que je ne lui répondais pas. Parfois, je fermais les yeux pour me cacher et alors je maudissais mes parents qui m'avaient poussée à partir : "Il faut se détacher du foyer familial", m'avaient-ils dit. Bravo, super idée, merci. Voilà où ça m'avait menée, ça m'apprendra à écouter les conseils de ma mère. Il n'y avait vraiment rien ici, seulement les vagues à perte de vue. Dans un soupir, je levai les yeux vers l'horizon. Un point noir apparaissait au loin ; j'étais incapable de dire de quoi il s'agissait, mais j'étais certaine d'une chose : il se rapprochait, dans un mouvement d'une lenteur majestueuse. Ce devait encore être un de ces navires insignifiants qui passaient, parfois. Je fermai les yeux pour replonger dans mon demi-sommeil semi-réparateur. Mais alors que l'obscurité allait enfin m'accueillir dans ses bras rassurants, une présence me fit relever les paupières. Bien qu'encore un peu floue, une forme s'avançait vers moi. Petit à petit, l'image se fit plus nette, ses contours se dessinèrent, pour enfin m'apparaître clairement. Il était beau. Très beau. Grand, robuste, imposant. Magistral. Nos yeux se croisèrent, quand une alarme retentit.

 

***

 

            L'alarme retentit. La panique envahissait la salle des machines tandis que l'équipage essayait tant bien que mal de faire dévier la trajectoire du navire. "Iceberg! Iceberg droit devant!", avaient crié les matelots. Le capitaine se tenait à la barre, la serrant tellement que la couleur de ses phalanges se rapprochait dangereusement de celle de sa veste, et l'équipage hurlait aussi fort que des hommes peuvent hurler face à la mort. Iceberg droit devant!

 

***

 

            Je sentis que c'était le bon. C'était peut-être ridicule de penser cela, mais lorsque nos yeux s'étaient croisés, j'avais immédiatement su que c'était lui, et je lus dans son sourire qu'il le savait aussi. Mon cœur de glace s'emballait au fur et à mesure que son regard d'acier se rapprochait. Je voulais lui demander son nom, mais il s'affichait devant moi comme une évidence : Titanic. C'était la première fois que quelqu'un défiait les flots et les hommes pour moi. Celui qui se tenait devant moi était en train d'écraser l'océan qui me torturait ; je sentais mon cœur s'apaiser et se lier à mon sauveur. Sa bouche s'approcha et ses lèvres effleurèrent les miennes, timides. Les cris de panique et de douleurs s'échappaient de sa poitrine, comme en souvenir des miens, comme s'il me purifiait de mon désespoir ; et alors, oubliant l'hésitation, oubliant la peur, nos lèvres se rejoignirent en un baiser violent et passionné.

 

***

 

            La panique avait pris le contrôle des passagers. Certains priaient, d'autres pleuraient, d'autres encore se jetaient par-dessus bord. Le capitaine essayait tant bien que mal de calmer la foule qui se bousculait devant les canots. Les femmes et les enfants d'abord. Tous étaient d'accord avec cela : "Les femmes et les enfants et moi d'abord". Pendant ce temps, Rose prenait la main de Jack dans la sienne. L'amour était plus fort que tout.

 

***

 

             L'amour était plus fort que tout. Toute la solitude qui me rongeait avait été aspirée par ce baiser. Les vagues qui me terrifiaient quelques minutes auparavant dansaient désormais autour de nous en un ballet grandiose ; elles éclataient, explosaient, brillaient à la lueur de la lune. Les hommes qui tenaient mon amour prisonnier hurlaient la symphonie de la douleur tandis que la douce mélodie apaisante de nos respirations qui se mêlaient se baladait sur les graves accords de la mort. Les cris cessèrent alors que nos corps enlacés s'enfoncèrent dans les profondeurs de l'océan. Je m'autorisai une larme. Enfin, j'étais heureuse.

 

            

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