Sans retour

Chapitre 6 : De nuit

3497 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 04/08/2015 14:00

Je fixais le plafond. En fait, plus précisément, l'attache de la lampe sur le plafond. Je ressassais sans cesse les événements de la journée dans ma tête, les tournais en boucle encore et encore. Je redevins ensuite lucide d'un seul coup et m'assis sur le lit, la petite boîte contenant mon repas posée sur mes cuisses. Mèche Violette - dont j'ignorais toujours le véritable prénom - me l'avait donnée trois heures auparavant, mais je ne l'avais toujours pas ouverte. Cela devait faire au moins deux heures que les goules étaient allées se coucher, et elles devaient être endormies pour la plupart. Les quelques autres qui étaient encore debout montaient la garde ou étaient allées chasser. Je me tournai vers mes compagnons de chambre : la respiration de la petite Akina était lente et profonde, et Haku ronflait légèrement. Ils avaient tout les deux l'air de dormir paisiblement - sans doute avec l'habitude de vivre dans un endroit pareil - mais moi je ne parvenais toujours pas à fermer l'oeil. Je pensais à maman, papa, la petite Saki et bien sur mon frère adoré Michio. Peut-être ne les reverrai-je jamais ? Ma gorge se serra. Sans doute oui. Maintenant que j'étais...une goule. Si je n'avais pas accepté d'entrer dans ce lieu peut-être aurai-je pu aller voir ma famille. Je secouai la tête, replaçai une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je penserai à tout cela demain. Pour l'instant...une sortie nocturne... ça me tentait bien ! Il y a à peine quatre ans de cela j'allais au restaurant le soir avec ma famille, ou bien voyais des amis dans un café, me promenais avec ma marraine... Ma marraine était également la cousine de mon père, donc ma tante. C'était une femme formidable, très belle et pleine de vie. Nous étions inséparables. Etant en pleine crise d'adolescence je m'étais éloignée de mes parents, et puis il y a six ans j'ai fait la rencontre de Naomie, ma tante, et nous avons rapidement commencé à passer plusieurs soirées ensemble. Je la considérai comme une meilleure amie, je dirai même une deuxième mère. Jusqu'à ce que tout dérape cette fameuse nuit, et j'avais fini au fur et à mesure des mois par me recroqueviller sur moi-même, et depuis je n'étais plus sortie dehors le soir. Je me grattai le bout du nez, soufflai un coup et posai mes pieds sur le tapis. Je n'aimais pas penser à tout cela, mes souvenirs s'embrouillaient et ma tête me faisait mal rien que de me remémorer cette dure période. La faim me fit tourner la tête et je me levai. Il fallait que j'avale le contenu de cette boîte, mais pas question de le faire ici. Et ensuite je prendrai un peu l'air frais du soir.

Je n'avais toujours pas retiré mon masque et il me tenait chaud, mais un je-ne-sais-quoi m'avait retenue de l'enlever. C'était ridicule, ils allaient bien découvrir mon visage un jour ou l'autre, je le savais. Je me dirigeai vers la porte, l'ouvris sans qu'elle ne grince et me retrouvai dans la grande salle. Quelques bougies avaient été disposées un peu partout, elles n'apportaient qu'une faible lumière mais permettaient tout de même de se repérer. Deux goules étaient assises sur une des tables métalliques et jouaient aux cartes. Je passai a côté d'elles rapidement et sans faire de bruit. J'entrai dans ce qui faisait office de salle de bain pour femmes et m'enfermai dans un des toilettes. Je m'assis sur la cuvette, retirai mon masque et ouvris la petite boîte. Le morceau de viande avait été soigneusement enveloppé dans un papier marron clair, je le défis, fermai les yeux et mordis dans la chair. L'odeur et le goût étaient exquis, mais je n'étais pas encore prête pour l'aspect. J'essayai en vain de ne pas m'en mettre partout. Je finis par sortir de la cabine et terminai mon repas au-dessus du lavabo. Du sang froid avait coulé le long de mon avant-bras jusqu'à la pointe de mon coude, chatouillant ma peau fine. Une fois que j'eus tout englouti - ce qui fut rapide - j'osai baisser les yeux sur mes mains ensanglantées. J'hésitai un instant entre les essuyer ou les lécher, il faut dire que la nourriture émoustillait tout mes sens... Mais voyant mes yeux effrayants dans le miroir j'optai pour la première option. Après les avoir frottées avec énergie sous l'eau chaude et mis une dose de savon suffisante, je rinçai la boîte et la posai dans un coin. J'enfilai mon masque et ressortis des douches à pas feutrés jusqu'à l'échelle qui menait vers l'extérieur. Je la grimpai silencieusement et avec rapidité, et arrivai bientôt en-dessous de la trappe. Je n'entendis aucune voix et la soulevai sans difficulté. Une petite brise souleva quelques-unes des mèches de mes cheveux. Ah de l'air frais, enfin ! Je m'avançai le long du grand bâtiment, longeant les murs. On entendait aucun bruit, et l'obscurité du lieu me donna la chair de poule, ainsi qu'un frisson de peur remontant le long de ma colonne vertébrale. L'ambiance était pour le moins sinistre. Je faillis buter dans un corps et m'arrêtai soudainement, une main plaquée devant la bouche pour retenir un cri de surprise. Une goule était allongée en position foetale et roupillait tranquillement. J'en aperçus une deuxième dans une position à peu près similaire, séparée de la première par une bouteille peinte en noire dégageant un fumet agréable et alcoolisé. Je les contournai sur la pointe des pieds. Je repérai une autre goule deux mètres plus loin, et la reconnu à son tee-shirt : il s'agissait de Flashy. Je m'arrêtai devant lui, le fixai un bref instant me demandant la tête qu'il devait avoir sous son masque. Je m'attardai sur ce dernier : c'était une tête de chat blanc et noir avec des yeux rieurs en forme de croissant de lune renversé. Je me détournai de Flashy et marchai en direction de la sortie. Je m'arrêtai à l'entrée du bâtiment et levai les yeux vers le ciel.

" Alors, on se fait la malle ?

Je me tendis mais ne me retournai pas : j'avais reconnu la voix de Flashy.

- Je voulais simplement aller voir la ville de nuit, c'est tout.

- Ah bon, railla-t-il.

Je compris à son ton qu'il ne me croyait absolument pas. Je me tournai vers lui, furieuse.

- Et je n'attends pas ton accord, fulminai-je.

Non mais c'est vrai quoi, il était insupportable et collant depuis que je l’avais rencontré. Il leva les mains et fit un pas en arrière.

- Très bien, très bien, on se calme ! Mon rôle c'est de monter la garde, et tu ne peux pas sortir sans motif, surtout si c'est la nuit. Ça grouille de goules et d'agents du CCG pas commodes à cette heure-là !

- J'ai besoin de sortir, cette endroit sous terre m'étouffe. Ce n'est pas une prison que je sache, ajoutai-je.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Flashy ne me quitta des yeux.

- En effet, chuchota-t-il.

Puis il redressa la tête nonchalamment et s'approcha de moi.

- Mais je ne peux quand même pas te laisser partir comme ça, c'est ma responsabilité. Alors... je vais t'accompagner !

Je reculai de deux pas.

- Je préférerai être seule.

- Alors je te suivrai de loin, je ne ferai aucun bruit. "

Je compris qu'il ne me laissait pas vraiment le choix. Je reniflai avce dédain en signe d'accord et m'avançai dans la rue. Au bout de quelques mètres je me retournai pour vérifier si Flashy m'avait bien suivie. La rue était déserte, aucune trace de lui. Je levai les yeux un peu plus haut et vis une forme allongée, il s'était donc mis sur les toits... Il était vraiment insupportable. Je m'étirai les jambes, fis tourner mes chevilles et partis en petites foulées. Un petit footing me ferait du bien, même si ma tenue de lycéenne n'était pas des plus appropriée. J'avais un petit besoin de me défouler plus, et accélérai l'allure. Une goule était plus rapide qu'un être humain ordinaire, mais de combien de fois plus ? A une vitesse maximale je dirai entre dix et quinze km/h de plus. De combien ma vitesse à moi serait-elle alors supérieure à celle d'un humain ? J'accélérai encore. La température semblait avoir baissé en même temps que le Soleil, et un vent frais fouettait mes cheveux. Cela devait faire vingt bonnes minutes que je courais et toujours aucune trace de fatigue, aucun échauffement des muscles. J'allai plus vite. Je devais avoir atteint autour des trente-cinq km/h. Le record du monde de vitesse était mené par Usain Bolt avec quarante-cinq km/h, et je me sentais tout à fait capable de dépasser ce record mondial sans problème. J'augmentai brusquement l'allure de ma course jusqu'à ce que Flashy surgisse devant moi à une vingtaine de mètres. Etant en plein sur ma lancée, je ralentis tant bien que mal pour stopper à un cheveux de lui.

" Ca va pas de surgir comme ça ?! fis-je, acerbe.

- Viens voir. "

Il se retourna alors et grimpa de fenêtres en fenêtres et disparut derrière un toit. Je me frottai les mains et le suivit, et arrivai quelques instant après au sommet de l'immeuble. Bon sang, mais comment avait-il fait pour être aussi agile ?! Je l'aperçu qui escaladait un autre bâtiment encore plus grand. Je soupirai et le suivi. Le vent était plus puissant avec la hauteur, et mes cheveux volaient dans tous les sens. Flashy était à l'autre bout du toit, tout près du bord. Je me crispai en remarquant qu'il avait retiré son masque, qui était suspendu à ses doigts. Je me dirigeai vers lui et réalisai le spectacle qui me faisait face. Nous étions à la limite de la banlieue, et le fleuve entourant le centre nous faisait face. La ville était si belle ! Les gratte-ciels formaient de longues colonnes de lumière pointant en direction des étoiles, ce qui avait un petit côté futuriste. J'étais maintenant debout à côté de Flashy, et je lui jetai un coup d'oeil. Il avait les traits fins derrière son masque : un nez longiligne, droit, des lèvres fines. Ses yeux étaient gris clairs parsemés de taches plus foncées, et on pouvait voir les lumières de la ville s'y refléter. Je distinguai un plis au coin de sa bouche, lui donnant un air taquin et moqueur. Il remarqua que je l'étudiais et il se mit à sourire franchement, laissant ses incisives apparaître.

" Tu voulais voir la ville la nuit non ? Eh bien la voilà dans toute sa splendeur ! "

Il renfila son masque et je remarquai avant qu'il ne le mette complètement une cicatrice allant de sa mâchoire jusqu'au milieu de son cou. Sa blancheur tranchait sur la peau de Flashy, bien qu'il aie le teint un peu pâle. je retournai mon attention sur la ville lumière, me concentrant sur les détails. En dépit de la distance, je pouvais entendre un léger brouhaha continu, et la circulation des véhicules semblait importante. Il y avait de l'activité la nuit, au coeur de la ville ! Les lumières roses ou rouges des boîtes et des bars clignotaient, les musiques se mélangeaient... Certaines lampes s'éteignaient, plongeant progressivement les habitants dans le noir. Toute cette vie était impressionnante, et le tout formait un paysage magnifique ! Il ne manquait plus qu'une chose. Je défis la sangle à l'arrière de mon crâne et le masque blanc tomba dans ma main gauche. Je relevai à nouveau la tête vers la ville, mais fermant les yeux cette fois, profitant pleinement des rafales de vent sur mes joues et mon front. Je sentis le regard pesant de Flashy alors je rouvris les yeux et les posai sur lui.

" Merci, dis-je avec reconnaissance, j'en avais besoin.

Puis j'ajoutai en raillant :

- Tu peux être gentil quand tu veux, finalement.

Mais il ne répondit pas, trop obnubilé par moi, les sourcils froncés. Ses yeux s'écarquillèrent ensuite d'un coup et il recula de deux pas, la bouche entrouverte. Je le regardai sans comprendre, penchant la tête.

- T-tu t'appelles vraiment Hide ? demanda-t-il, la voix rauque.

Je me renfrognai, baissai les yeux et remis mon masque, lui tournant le dos. Puis, les poings serrés, je me remis face à lui.

- Et toi alors, c'est quoi ton nom ?

Puis je secouai la tête et dis :

- Que tu me crois ou non ça m'est égal de toute façon.

Ce qui était faux, bien évidemment. Il ne répondit pas et je sentis la tension monter avec le silence. Il sembla ensuite se réveiller.

- Excuse-moi, je ne sais pas ce qui m'a pris.

Je pinçai les lèvres.

- Y a pas de mal.

Puis je repris, car ce silence-là était vraiment trop inconfortable :

- On rentre ? "

Il hocha la tête sans me regarder puis partit.

Nous arrivâmes en quelques minutes à la cachette sans nous adresser la parole de tout le chemin. De mon côté je regrettais d'avoir été un peu dure avec lui, bien qu'être entourée de goules, fuguer ou encore ne pas trop savoir ce que j'étais devenue n'aide pas à m'apaiser. Les deux goules - des hommes - étaient réveillées et montaient la garde avec un air attentif, droites comme des piquets et se partageant une cigarette. En nous voyant arriver ils s'approchèrent en courant.

" Purée mais qu'est-ce que vous faisiez commandant ?! s'écria la goule qui paraissait la plus âgée, autour des trente ans.

- J'accompagnais notre nouvelle amie prendre un peu l'air, répondit tranquillement Flashy en haussant les épaules.

Il était donc commandant... Polly était une organisation structurée ! Je ne pensais pas qu'il y aurait des grades.

- Je savais pas qu'on avait le droit de partir comme ça pendant la garde, renchérit la seconde goule de vingt-cinq ans environ. Flashy - c'était presque devenu une habitude de l'appeler comme ça - ricana.

- Moi oui, vous non ! Vous vous reposez un peu trop sur moi on dirait, fit-il avec un faux air exaspéré, surtout quand je vous vois dormir nonchalamment comme tout à l'heure...

- Que-quoi ?! Vous n'étiez pas en train de roupiller vous aussi ? dit la goule la plus jeune.

Les deux se regardèrent d'un air affolé et Flashy soupira. Quant à moi je rougis, car il avait donc du remarquer que je l'avais un peu observé.

- Bien sûr que non, qu'est-ce que vous croyez ! Une petite séance d'entraînement s'impose...

- Je ne pense pas que ça soit la peine ! firent les deux goules en même temps en agitant les mains, ce qui fut assez comique.

Flashy claqua sa langue contre son palais et elles tressaillirent. Il posa un un doigt sur son menton, l'air de réfléchir.

- Samedi. A une heure.

- Mais c'est l'heure du repas mon commandant ! riposta la plus jeune goule.

Le commandant en question leva la main et agita son index.

- Une heure du matin voyons !

Elle baissa la tête, penaude.

- Et cesse de contester mes ordres ! fit Flashy en haussant le ton.

Les deux goules redressèrent leur dos encore davantage, l'air légèrement apeurées. Quant à lui, j'étais certaine qu'il était en train de s'amuser. Je me retins de pouffer et me raclai la gorge. Il se tourna vers moi.

- Tu voudras venir ?

Il m'avait prise de court.

- Heu, je ne sais pas. Je n'aime pas spécialement me battre alors... Je préfère éviter.

- Ah bon.

Il ne me parut pas très convaincu.

- Dans tous les cas nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir des goules qui ne savent pas combattre dans nos rangs, reprit-il.

- Je sais parfaitement me défendre ! ripostai-je aussitôt.

Facile à dire avec mes capacités hors norme.

- Oh, je n'en doute pas un seul instant.

Il avait prit un ton pour le moins...étrange. Ne sachant quoi dire, je m'approchai de la trappe et l'ouvris.

- Bon et bien... J'y réfléchirai. Je retourne me coucher.

- C'est toi qui vois. "

Je restai immobile un instant puis me repris, secouai la tête et fermai la trappe derrière moi. Je les entendis parler à propos du retour de quelqu'un. N'y prêtant  pas plus d'attention que ça, je descendis l'échelle. Une fois dans la grande salle je remarquai une grande horloge sur le mur d'en face : il allait être trois heures du matin. Et zut. Je filai sous ma couette.

 

Pardon pour le retard ! J'ai été débordée je n'ai pas d'excuse !! J'espère que vous avez trouvé ce chapitre intéressant ! Laissez-moi des com' please !! ( ^3^ )/    Le prochain portera sur un nouveau personnage, avec un point de vue à la 3ème personne. Toto (Hide) n'apparaîtra donc pas dedans ! Ce genre de chapitre n'arrivera pas souvent ! (ça sera sans doute même le seul..). Pour la publication je me donne un objectif de 1 ou 2 chapitres par semaine. A la prochaine !

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