Touhou Mokushiroku - Colosseum of Divinity par

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Deviation / Fantasy / Action

3 La créature qui rôde dans la forêt

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Quinze jours avant le début du tournoi.


C'est avec une démarche boudeuse que Tewi traversait la Forêt de Bambou en direction du Pavillon de l’Éternité tandis que le soleil disparaissait à l'horizon. Son sac de médicaments était encore à moitié plein, elle n'en avait quasiment pas vendus hier, aujourd’hui encore moins, et probablement plus un seul demain.

La lapine yokaï était très déçue. Arnaquer les humains avec des médicaments beaucoup trop chers était pourtant une occasion rêvée pour se faire de l'argent telle qu'elle ne l'avait jamais eue en trois mille ans d'existence.

Seulement voilà, à force de se faire jouer des tours depuis la création de Gensokyo, les humains avaient fini par se méfier des petites lapines qui demandait de l'argent. Et pour pallier cela, Tewi cachait ses oreilles derrière un chapeau chinois. Reisen faisait ça depuis qu'elle était arrivée, il y a plusieurs dizaines d’années et cela avait toujours fonctionné.


Mais encore une fois, quand la même vendeuse itinérante de médicaments depuis cinquante ans change soudainement de taille, cela attire les soupçons. Et comme si cela ne suffisait pas, la demi-bête qui s'était autoproclamée protectrice du village l'avait grillée et avait dénoncé son arnaque devant tout le village.

Tewi ne se cantonnait pas qu'aux escroqueries, elle aimait faire se perdre les voyageurs dans la Forêt de Bambou. Une activité qui plaisait moyennement à Mokou, une immortelle qui connaissait bien cette forêt et qui s'occupait de retrouver les voyageurs perdus ou de guider les malades et les blessés jusqu'au Pavillon de l’Éternité. Et, bien évidemment, Mokou et cette demie-bête appelée Keine étaient les meilleures amies du monde et s'évertuaient à déjouer ses farces et ses arnaques.

Cependant, aussi vertueuse fussent-elles, Tewi avait trois mille ans d’expérience en fourberie et savait répondre à ce genre fauteuse de troubles. C'est pour cela que, sur le chemin du retour, elle accosta quelques humains à qui elle indiqua un "raccourci" qui allait en réalité les enfoncer plus profondément dans les bois. Et pour faire bonne mesure, elle les avertit qu'un fantôme aux longs cheveux blancs rôdait dans la forêt pour manger les voyageurs. Imaginez que vous êtes perdu la nuit en forêt et qu'une femme correspondant à cette description vous demande de la suivre d'un ton nonchalant. Tewi en riait d'avance.

Blague à part, elle ne pouvait plus vendre ses médicaments, du moins pas à des prix exagérés. Dommage, mais bon, elle avait suffisamment d'argent pour accomplir son objectif : acheter de la poudre explosive et truffer le terrain d’entraînement de mines puis regarder Reisen marcher dessus !

Cela faisait cinq jours que la lapine de la lune ne quittait plus le terrain d’entraînement. Tout avait commencé quand cette magicienne du nom de Marisa était venue au Pavillon de l’Éternité. D'habitude, elle venait pour essayer de mettre la main sur les cinq trésors de la princesse, mais cette fois-ci elle était venue pour lui porter une lettre avant de filer aussi vite qu'elle était arrivée.

Des dieux, que Tewi ne connaissait pas, voulaient apparemment prendre le contrôle de Gensokyo pour en abolir toutes les religions. Et pour contrer cela, il fallait leur opposer les treize meilleurs combattants de Gensokyo. Ce qui incluait Reisen et Mokou d’après la liste. La princesse avait été folle de rage quand elle avait vu que son éternelle rivale en faisait partie.


Kaguya avait alors mis la pression sur Reisen pour qu'elle lui fasse honneur pendant ce tournoi. Comme celle-ci était très naïve et dévouée, elle s'était tout de suite lancée dans un entraînement acharné.

Ces dieux inquiétaient beaucoup Eirin, car le jour même où la lettre était arrivée, elle avait dû se rendre en catastrophe au manoir du démon écarlate qui avait apparemment été ravagé par un de ces anciens dieux.

Quand Tewi arriva enfin à destination, elle déposa son sac devant la porte et alla au terrain d’entraînement où Reisen affrontait à présent contre un mannequin de fortune en bois sur lequel était greffé un vieux sac théoriquement rempli de sable. Théoriquement, car Tewi avait remplacé le contenu ce matin.

En tant qu'ancienne soldate de la capitale lunaire, Reisen avait organisé un entraînement militaire digne d'elle. Mille pompes le matin en moins de trente minutes pour s’échauffer, suivies d'un sprint sur une dizaine de kilomètres. En fin de mâtinée, elle travaillait ses tirs sur des cibles mouvantes. Tewi était d'ailleurs surprise de voir que ses lapins avaient accepté de faire les cibles, même si ce n'était pas létal, c'était sûrement douloureux vu les couinements qu'ils poussaient. Comment Reisen était-elle parvenue à les motiver pour ça ?

L’après-midi, elle s’enfonçait dans les profondeurs de la forêt pour y affronter les yokaï les plus dangereux et revenait le soir avec des blessures plus ou moins grosses. Et enfin, elle terminait sa journée en se défoulant sur un mannequin qu'elle frappait de ses poings et qu'elle finissait habituellement avec un rayon tiré par ses yeux qui réduisaient le pauvre mannequin en cendres.

Mais cette fois-ci, le rayon enflamma le contenu du sac qui explosa et catapulta Reisen dans les airs avant qu'elle ne s'écrase au sol dans un cri lamentable.


Tewi était pliée en deux, luttant pour ne pas se rouler sur le sol à cause de son fou rire. Rien n'était plus plaisant que de voir sa victime préférée tomber dans son piège. Peu importe les années qui s'étaient écoulées, Reisen tombait toujours dedans. Il arrivait même à la princesse de l'aider à profiter de la naïveté de cette lapine lunaire.


Mais le rire fut de courte durée, Tewi sut qu'elle aller s'en ramasser une lorsqu'elle croisa les yeux luisants de Reisen. Le corps affalé sur le sol s'évapora d'un coup alors qu'une main se referma sur les oreilles de la petite lapine et la souleva du sol.

Tewi détestait quand elle utilisait son contrôle de la folie de cette manière, mais malgré ses yeux rouges fluorescents braqués sur elle, Reisen ne semblait pas en colère, juste agacée.


— Combien de fois je vais devoir te le dire ? Arrête de mettre de la poudre à canon dans mes mannequins d’entraînements ! Je dois être prête pour le jour du tournoi !


Tewi usa alors de son arme secrète, son corps se mit à trembler et ses yeux s'emplirent de larmes.


— Mais je voulais juste t'aider ! pleura Tewi. Les victimes de mes farces sont toujours chanceuses après coup, grâce à mon pouvoir. Je veux juste que tu aies toutes les chances de ton côté...

Le visage de Reisen s’adoucit et une pointe de remords pouvait se lire dans son regard. Ses yeux cessèrent de briller et elle reposa Tewi sur le sol.


— Désolée d'avoir crié, s'excusa Reisen. Je suis un peu...


Mais Tewi ne lui laissa pas le loisir de finir, elle sortit de son dos un énorme maillet à mochi et lui asséna sur le sommet du crâne.


— Je t'ai eue !


Reisen flancha et tomba sur le sol, ce qui arracha un nouvel éclat de rire à Tewi !


— Ce que tu peux être bête, Reisen !


La lapine se releva, une main sur la tête pour essayer de vainement calmer la douleur. Elle entreprit ensuite d’enlever la terre de ses vêtements et de ses longs cheveux mauves qui touchaient presque le sol quand elle était debout. Tewi n'avait jamais compris l'intérêt de se laisser pousser les cheveux autant, peut-être qu’elle voulait ramasser les feuilles sur son passage avec, qui sait ?


Normalement, c'était à ce moment-là que commençaient leurs habituelles courses-poursuites. Mais cette fois-ci, Reisen se contenta de la sermonner sur ses coups en traître. Quelque chose n'allait pas.


Tewi l'analysa du regard : Reisen marchait en boitant et ses bras étaient tout tremblants. C'est alors que Tewi remarqua son bandage ensanglanté au niveau de la jambe et ce n'était pas tout. Les vêtements de Reisen étaient tout propres. Ces cinq derniers jours, elle était revenue toute sale avec les vêtements déchirés. Pour qu'elle éprouve le besoin de se changer, ses vêtements devaient être en pire état que d'habitude, elle devait donc être méchamment blessée. Comme pour confirmer cela, la chemise blanche de Reisen commença à se teinter de rouge. L'explosion avait rouvert les plaies.


Reisen sembla se rendre compte de son inquiétude, car elle prit un air assuré pour lui faire savoir que tout aller bien.


— Pourquoi tu ne vas pas te faire soigner ?

— Ma journée n'est pas finie et de toute façon ce ne sont pas de vulgaires blessures qui vont me déranger.

Elle avait beau dire cela, elle ne prenait visiblement pas appui sur sa jambe blessée. Même si elle cicatrisait vite, ces blessures nécessitaient des soins immédiats, surtout si elle s’entraîne comme ça tous les jours. Tewi s'en voulut de ne pas avoir pensé à cela plutôt, il existe tellement de farces ne nécessitant pas d'explosion.


— Tu devrais vraiment aller voir Eirin...

— Mêle-toi de tes affaires, lança-t-elle sèchement.

Reisen sembla soudainement préoccupée par quelque chose au niveau de la lisière de la forêt, ses oreilles se dressèrent sur sa tête, comme si elle essayait de capter un son en particulier. Mais le seul bruit qui résonnait à présent était celui des feuilles secouées par le vent.


— Étrange, marmonna Reisen. Je ne les repère plus.

— Qui ça ?

— Deux de nos lapins. Ils m’ont dit que leur ami avait soudainement disparu et ils sont partis voir s'il n'était pas à la rivière. Ils devraient déjà être de retour, ou à défaut, je devrais au moins capter leurs ondes cérébrales... Mais il n'y a rien.

Tewi sursauta, elle était peut-être inquiète pour Reisen, mais elle l'était tout autant pour ses protégés. D'ordinaire, ils étaient trop trouillards pour s'éloigner du Pavillon de l’Éternité pendant la nuit, que leur était-il arrivé ?


— Allons à leur recherche. Décida Reisen.

— Non, je vais y aller, tu dois te...


Mais la lapine aux longs cheveux mauves s’enfonçait déjà dans les bois d'un pas décidé. Elle n'était pas drôle quand elle était si sérieuse, Tewi n'aimait pas jouer avec les animaux blessés.


Elle suivit Reisen, prête à la rattraper si elle tombait. Un énorme sentiment de mal-être parcourut l'esprit de Tewi tandis que la pénombre s'installait. Pourquoi la forêt semblait-elle si malsaine tout d'un coup ? Elle avait vécu trois mille ans dans cette endroit et n'avait jamais ressenti ça. Pas d'insectes... Pas d'oiseaux... Juste le bruissement des feuilles secouées par la brise nocturne.

Heureusement qu'elle avait gardé son maillet à mochi, bien qu'il n'ait pas été vraiment conçu pour se défendre, elle pourrait sans doute fendre le crâne d'un petit monstre avec.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour arriver à la rivière. La lune était à peine visible et seuls les yeux de Reisen parvenaient à percer l'obscurité de la nuit.

Le bruit de la rivière se mêla à celui du vent, c'était si calme et pourtant si angoissant, donnant à Tewi l'impression d'être observée par des ombres derrière les bambous. Les yokaï vivaient la nuit, mais eux non plus n'étaient pas là. Qu’est-ce qui pouvait bien faire peur à des yokaï ? C'est alors que, comme pour renforcer l'ambiance lugubre qui planait sur elle, une désagréable odeur vint attaquer les narines de Tewi... L'odeur du sang !

Reisen sembla soudainement remarquer quelque chose et ses yeux luisants s'emplirent d'horreur. Tewi regarda dans la même direction qu'elle et aperçut une masse informe au bord de l'eau. L'odeur de sang émanait de cette chose. Quand Tewi comprit de quoi il s'agissait, elle était bien contente de ne pas voir dans le noir. Le bruit des feuilles battues par le vent s'intensifia, comme si tout les bambous hurlaient de douleur pour ce pauvre lapin.

— Qui a pu faire ça ? trembla Reisen. Son corps est en morceaux...


Puis soudainement, plus un bruit. Tewi sentait toujours le vent sur sa peau, mais les feuilles étaient plongées dans un silence macabre, la rivière continuait de couler, mais le son de l'eau qui court semblait comme éteint. Elle aurait presque pu croire que le temps s'était arrêté si le vent ne s'était pas mis à souffler aussi fort.

C'est alors qu'un râle retentit, un cri lointain poussé par une créature inconnue. Un murmure commença à résonner entre les arbres. Tewi tendit ses oreilles pour mieux entendre... Des humains ! Mais où étaient-ils ? Et pourquoi est-ce qu'ils semblaient venir de tous les côtés ? Les humains n'avaient aucun intérêt à venir ici aussi nombreux. Mais pourquoi ne les apercevait-elle pas, alors que le son de leur voix grandissait ainsi ?

— VOLEUSE ! Hurla soudainement une voix, suivie par des centaines d'autres exclamations la traitant et l’accusant de tous les vices qu'elle avait l'habitude de causer.

Tewi se en gardes, prête à se défendre contre un potentiel agresseur, mais il n'y avait rien, ni derrière les buissons, ni derrière les rochers, ni où que ce soit ! Et pourtant, ces cris se faisaient de plus en plus proches et de plus en plus agressives dans leur propos, parlant même de lui faire rôtir ses entrailles. Tewi comprit alors à quoi elle avait à faire.

— Une illusion de ce niveau n'a aucun effet sur moi ! clama-t-elle.

Et tout à coup, les hurlements se dissipèrent, les bruissements des feuilles dans le vent reprirent et l’écoulement de la rivière ne tarda pas à l'accompagner. Certains yokaï trompaient les humains en imitant la voix de leurs congénères pour les attirer dans un piège, mais aucun n'était aussi puissant que le responsable de cette cacophonie. Mais celui-ci n'avait pas cherché à les attirer.

C'est alors que Tewi remarqua Reisen recroquevillée sur elle-même, tremblante comme une feuille, les mains sur ses oreilles. Ses yeux regardaient dans le vide, comme plongés dans une transe, n’arrêtant pas de répéter "Jesuisdésolée". Sa voix devenait de plus en plus aiguë jusqu’à devenir un son étranglé. Elle avait tellement peur qu'elle parlait sans prendre le temps de respirer et sa peau commençait à virer au bleu à cause du manque d'air.

— Hé ! réveilles-toi ! cria Tewi en lui infligeant une baffe qui mit fin à sa transe.

Reisen fut paralysée de stupeur, ses yeux larmoyants dirigés sur celle qui venait de la frapper. Tewi en fut choquée, car jamais en plus de cinquante ans elle ne l'avait vue pleurer. Reisen reprit un minimum de lucidité, mais elle semblait prête à replonger dans sa transe à tout instant. Elle respira pour remplir à nouveau ses poumons d'air. Qu'est-ce qu'il lui était arrivé ? Elle n'avait jamais été aussi fragile par le passé, Tewi commençait vraiment à être inquiète.

— Tu les as entendus ? trembla Reisen... Ces cris...

— C'est un yokaï capable d'imiter les voix humaines, il a dû les répéter sans en comprendre le sens en espérant que cela nous attire.


Tewi avait essayé de mettre de l'assurance dans ses parole, car elle n'y croyait pas du tout, mais elle voulait la vraiment calmer son amie. Malheureusement, celle-ci sembla s'en rendre compte, car elle eut un sourire forcé.


— Tu mens mal quand tu as de bonnes intentions, souffla-t-elle, avant de lâcher un rire rempli de fatalité. Si ça se trouve, ce sont leurs fantômes qui sont venus pour moi... Elles veulent que je les rejoigne.

Reisen était à deux doigts de refaire une crise ! "Elles" ? Il n'y avait eu que des voix d'homme pourtant... Une terrible pensée traversa l'esprit de Tewi, les personne qu'elle avait entendues se plaignaient toutes des différents méfaits qu'elle avait pu commettre. Ces plainte lui étaient personnellement adressées. Était-il possible que Reisen ait entendu autre chose ? Des injures destinés seulement à elle ? Des voix qu'elle connaissait ?

— Arrête tes délires ! Il y a quelque chose dans cette forêt qui essaye de te détruire mentalement et ce n'est pas un fantôme ! Quoi que tu aies pu entendre, c'était faux !

— Pas un fantôme... Faux...

Reisen sembla se calmer, ses yeux brillèrent et son regard se fit plus ferme. Tewi savait qu'elle utilisait parfois son contrôle des ondes cérébrales sur elle-même pour garder son sang-froid. Et cela marcha car elle reprit calmement.


— Je suis pitoyable, me faire avoir comme ça... À cause de ce qui s'est passé...

— Reisen ! cria Tewi pour capter son attention. Peu importe ce qui s'est passé avant, à l'heure actuelle la chose qui nous a envoyé ces illusions est quelque part à nous observer !

— Tu as raison, trancha Reisen d'un ton rassuré. Laisse-moi faire !


Ses oreilles se tendirent et elle ferma les yeux. Son pouvoir de manipuler les ondes cérébrales lui permettait de détecter les êtres vivants sur une très large distance. Tewi avait encore un vague espoir que les deux autres lapins soient encore en vie, mais le soudain sursaut de Reisen en direction de la riviére, chassa cet espoir.

Tewi suivit son regard et son sang se glaça lorsqu'elle aperçut l'immense créature qui les observait depuis l'autre rive.

C'était un écureuil géant aux yeux jaune fluorescent débordant de malice. Il avait dû se faufiler derrière elles pendant la crise de Reisen. Ses quatre pattes au sol et le pelage hérissé, la créature avait la bouche dégoulinante de sang et des restes de pelage de lapin coincé entre ses grosses dents de rongeur.

— Manger ! Manger ! s'extasia l'écureuil de sa voix aiguë. Lapin résisté à Ratatosk, mais grande lapine trop faible !

Puis soudainement, les cris injurieux se firent de nouveau entendre. Mais en beaucoup plus fort, à tel point que même Tewi commença à se sentir mal. Son attention se porta aussitôt sur Reisen dont les yeux étaient devenus encore plus lumineux que d'habitude, luttant intérieurement contre les hurlements qui la faisaient souffrir.

— Reisen ! C'est lui qui créé ces voix, tu dois...

— Ratatosk ne fabrique pas ! Ratatosk rappelle ! Ratatosk fait mal !


Puis soudainement, l'écureuil bondit au-dessus de la rivière, les griffes en avant. Heureusement, Tewi avait vu le coup venir : un lapin ne peut pas vivre autant de millénaires sans une bonne intuition.

Elle bondit elle aussi au-dessus de la rivière, mais avec beaucoup plus de rapidité ! Surprise, la créature n'eut pas le temps de réagir avant que Tewi ne lui assène un violent coup de maillet sur le crâne. À cause de cela, l’écureuil rata son atterrissage et s'étala au sol dans un couinement de douleur juste devant Reisen, qui était brusquement sortie de sa torpeur.

Les voix avaient cessé ! De la même façon que Reisen avait besoin de se concentrer pour utiliser son pouvoir, l'écureuil ne pouvait maintenir son illusion si on lui cognait la tête !

Malheureusement, la bête se releva aussitôt et se remit à grogner. Elle était encore plus effrayante de près ! Cette créature n'était pas qu'un simple yokaï, Tewi l'avait bien compris, elle était d'origine divine !


— Petite lapine trop ancienne ! Mais petite lapine faible !

C'est alors que l'écureuil colla sa tête au sol, balayant Tewi de sa queue. Incapable de contrôler sa chute, elle se cogna la jambe contre un rocher dans un craquement sinistre ! Elle eut beau essayer de la bouger, son genou était cassé et la régénération rapide des yokaï n'allait pas être très utile, car l'écureuil en profita alors pour bondir juste devant elle, faisant ainsi trembler violemment les bambous aux alentours ! Tewi chercha désespérément son maillet à mochi, mais elle l'avait lâché pendant son vol plané.


Elle regarda avec horreur Ratatosk lever sa patte en l'air dans l’intention de l’abattre sur elle. Mais elle fut sauvée par un puissant rayon incandescent qui frappa la bête dans le dos, la faisant battre en retraite dans la rivière.


Surprise, Tewi vit que Reisen n'était plus recroquevillée sur elle-même. Elle était droite comme un bambou, son visage semblait bloqué dans une expression froide et vide de sentiment. Elle marcha d'un pas rigide vers l'écureuil qui se roulait dans l'eau, ses yeux rouges luminescents la rendaient presque aussi effrayante que la créature. Les os de Tewi s'étaient déjà ressoudés, elle pouvait remercier son grand âge pour cette faculté, alors elle se releva et alla à la rencontre de son amie.

— Reisen ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

— J'ai scellé mes émotions pour résister à son pouvoir, lâcha-t-elle d'une voix lente et glaciale. Tu dois partir Tewi, je m'occupe du reste.

— Tu plaisantes ? Je ne vais pas te laisser seule alors que tu es blessée !


Aucune réaction, le regard de Reisen était braquée sur la créature qui apaisait ses brûlures dans la rivière.


— Il serait mieux que tu partes, mais je ne m'attends pas que ce que tu obéisses. Après tout, ce n'est pas comme si je pouvais te faire confiance.

— Que... Pardon ? Mais comment tu peux me dire ça dans un moment pareil !

— Supprimer mes émotions me permet de trier mes pensées de façon logique, remettre mon sort entre les mains d'une personne aussi fourbe que toi serait une grave erreur.

Ce n'était pas totalement faux, dans un sens. Mais cela blessa néanmoins Tewi, car jamais elle n'avait eu l'intention de lui jouer un sale tour dans cette situation. Alors c'était ça la Reisen froide et sans émotions, vidée de toute humanité ? Est-ce qu'elle pensait réellement ce qu'elle venait de dire ? Non ! Reisen n'était pas comme ça ! Tewi n'aimait pas ce que son amie était devenue, mais elle n'allait pas l'abandonner.

C'est alors que l'écureuil jaillit hors de l'eau, son visage assombri par ses yeux fluorescents se braqua sur elles dans un couinement furieux ! Ratatosk était reparti à la charge !

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