Touhou Mokushiroku - Colosseum of Divinity par

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Deviation / Fantasy / Action

6 Le gardien des morts

Catégorie: T , 5098 mots
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19 jours avant le tournoi.


Orin poussait joyeusement sa brouette sur laquelle elle avait déposé un mort. Sa destination était la pile d'autre corps entassés juste à côté de l'Enfer des Flammes Ardentes, c'était un peu comme une réserve de bois, mais en plus malodorant.

La sombre démone féline aimait bien l'odeur de ces cadavres, mais encore plus discuter avec eux, grâce à ses facultés médiumniques lui permettant de contrôler les esprits défunts. La silhouette raidie qu'elle avait actuellement dans sa charrette était un vieil homme tout juste décédé d'une grave blessure, mais qui n'avait pas encore réalisé son trépas.


— Mais au fait, où m’emmènes-tu jeune fille ? demanda l'esprit du cadavre.

— Dans un lieu où vous allez pouvoir vous reposer, répondit Orin avec un léger ronronnement. Du coup, comment s'est finie cette dispute avec votre frère ?

— Nous avons chacun pris notre fourche et... je t'avouerais que c'est un peu flou. J'ai trébuché et je lui suis tombé dessus, j'ai sûrement dû l’assommer avec ma tête !

L'esprit se mit à rire de fierté et Orin se joignit volontiers à lui. Elle aimait bien discuter eux, c'était toujours bien plus facile qu'avec les vivants. Son odeur de chair pourrie avait tendance à repousser les humains, s'ajoutait à cela son boulot de voleuse de cadavres. Les habitants du Monde Souterrain ne l'aimaient pas beaucoup non plus à cause de sa maîtresse, n'hésitant pas à l'agresser de temps en temps. Mais elle s'en fichait, car elle était fière de servir celle qui l'avait recueillie.

Orin arriva enfin devant une pile de dix macchabée où elle fut saluée par tous ses amis esprits.

— Salut tout le monde ! Je vous amène un nouvel ami !

Les esprits se saluèrent entre eux tandis qu'Orin déchargeait avec délicatesse le contenu de sa brouette. Cet endroit était comme une salle d'attente où tous attendaient d'être utilisés comme combustible.

Orin faisait ça soi-disant pour faire une réserve, mais en réalité elle voulait juste parler avec les esprits avant qu'ils ne disparaissent. Chacun était différent avec une histoire bien à lui, et aucun parmi eux n'avait conscience de son état ni du fait qu'il était entouré de corps sans vie. Elle avait toujours été fasciné par les esprits. On peut même dire qu'elle était fascinée par la mort en général. Elle était d’ailleurs curieuse de savoir où elle irait lorsque cela sera son tour d'être sur cette pile de chair pourrissante.

Parfois, elle déplorait de ne partager ce centre d’intérêt avec personne, même pas avec sa meilleure amie Okuu. Mais elle était quand même heureuse avec la vie qu'elle avait.

Une fois qu'elle avait fini d’entendre ce qu'ils avaient à dire, il était temps de commencer l'ultime voyage

— Alors, qui passe en premier ?

— Moi, j'aimerais que cela se termine vite, sinon ma femme risque de m'attendre pour le repas.

— OK, je vais tâcher d'être rapide dans ce cas ! lui répondit joyeusement Orin.


Mais alors qu'elle s’apprêtait à prendre le mort, une étrange bête jaillit de l'obscurité et attrapa le corps en putréfaction dans sa mâchoire triangulaire.

Orin resta statufiée face à cette grosse bête qui faisait deux fois sa taille et probablement cent fois son poids. Une fois que la bête eut avalé son repas, elle ouvrit sa gueule et lui sauta dessus. Orin ne fut pas assez rapide pour esquiver et la langue râpeuse de l'animal lui arrosa le corps de son immonde salive. Seul son visage fut protégé par ses deux bras qu'elle avait mis devant sa tête par réflexe.

— Beurk, c'est dégoûtant !

La bête lui lança un regard surpris, ne s'attendant visiblement pas à ce qu'elle crie. C'est alors qu'un homme bizarre arriva juste à côté de l'animal. Il était torse nu, laissant distinguer sa peau bronzée, mais il portait un étrange vêtement qui ne couvrait que ses épaules et le sommet de ses pectoraux, comme un mélange entre un collier et une écharpe. Il portait également autour de la taille un drôle de vêtement doré, comme une jupe, mais qui ne dégageait aucune féminité, un peu comme une serviette de bain maintenue par une ceinture, à laquelle pendait une serpe noire comme les ténèbres. Ses bras étaient entourés de bracelets bleu et blanc. Ses cheveux noirs lui tombaient sur ses épaules. Et pour finir, son visage semblait sombre et mystérieux.

— Ammout aime les cadavres et vous en portez l'odeur, lança l'homme d'un ton accusateur.


Stupéfaite par cette apparence qu'elle trouvait agréable à regarder, Orin ne comprit pas tout de suite qu'elle devait répondre.

— Ce n'est rien... Mais ces corps doivent aller dans l'Enfer des Flammes Ardentes, donc votre animal devra trouver sa nourriture ailleurs !

— Je vois, comprit-il d'un ton pensif. C'est donc toi qui as entassé les Djet ainsi.

— Les quoi ?

Djet, le composant qui permet à tout individu d'exister dans le monde des vivants


L'homme semblait quelque peu dépité en regardant les corps sans vie : quelque chose semblait le déranger. Il s’accroupit alors sur un des cadavres et posa sa main sur la zone du cœur.


— Hum... Étrange, je ne m’attendais pas à cela.

— De quoi parlez-vous ?

— Vois-tu, chez moi, pour qu'un mort puisse atteindre la Douât, il faut le préparer par un rituel de momification pour éviter que son Ba erre dans les limbes pour l'éternité. Traiter les Djet de la sorte était la pire insulte que l'on pouvait me faire ! Mais cet Akh formé à partir des restes de son Ba m'indique qu'il a bien atteint le monde des morts de cette partie du monde.

— Excusez-moi monsieur, mais... je n'ai rien compris de ce que vous avez dit...

— Évidemment, soupira Anubis. Je te parle de concepts qui n'existent pas dans cette partie du monde. En gros, l’âme de ce corps a atteint le monde des morts, et n'a laissé que des résidus d'esprits bienheureux. Tes actions n'ont donc pas les conséquences désastreuses que cela aurait pu avoir dans l’Égypte antique.

Là ça devenait plus clair. Orin savait très bien qu'un esprit était un reste spirituel d'une personne autrefois vivante, mais elle était incapable de dire si le vivant en question avait bien atteint le Royaume des Morts ou non. Mais qui était cet homme... L’Égypte antique ? Elle n'avait jamais entendu parler de ce pays, donc cet homme devait être...


— Vous êtes un des dieux arrivés à Gensokyo récemment ! Mais que faite vous dans le Monde Souterrain ?

— Je traque les charognards, mais...

Puis sans prévenir, l'homme bondit dans les airs et atterrit devant elle pour ensuite plonger ses yeux jaunes dans les siens. Il semblait l'analyser de son regard intense. Orin aurait probablement dû avoir peur, mais l'odeur de cet homme était étrangement relaxante, c'était l'odeur de la mort ! Une odeur qu'elle avait toujours appréciée !

C'est alors qu'elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine, ce qui était bien la première fois que cela arrivait. Pourquoi faisait-il si chaud d'un coup ?


— Tes yeux sont bien purs, pour quelqu'un qui vole les cadavres.

L'homme lui releva le menton perça son âme de son regard brillant, Orin sentit la même sensation que lorsque sa maîtresse lisait dans ses pensées. Peut-être aurait-elle dû se dégager, mais les yeux dorés de cet homme étaient comme hypnotiques. Mais pourquoi son cœur battait-il aussi fort ?

— Je vois, c'est donc dans ta nature de faire cela, déclara-t-il. Cette partie du monde est vraiment surprenante. Comment t'appelles-tu ?


Son corps se mit alors à trembler, pourquoi n'arrivait-elle pas à répondre ? Elle respira un bon coup et se concentra un maximum pour se sortir de sa paralysie, puis elle put répondre.


— Ri... Rin Kaenbyou... Mais je préfère qu'on m’appelle Orin...


L'homme lui lâcha le menton et sourit, il était plus détendu et son ton devint beaucoup plus amical.

— Donc les charognards n’empêchent pas l'âme d'atteindre le Royaume des Morts. Si cette partie du monde est faite ainsi, alors je ne vais pas m'en plaindre. Je suis Anubis, dieu des embaumements et gardien des morts.

Une divinité qui s'occupait des funérailles ? Pas étonnant qu'il ait eu l'air de vouloir la tuer. Orin avait très peu de finesse avec les cadavres, bien qu'elle soit amie avec leurs esprits.

— Ah... Je ne voulais pas vous offenser. En fait je fais ça pour discuter avec les esprits des personne décédé...

Orin voulut se taper la tête contre le sol. Pourquoi elle avait dit ça ? Il allait la trouver bizarre maintenant... Mais pourquoi se souciait-elle de ça de toute façon ? Cela commençait à devenir vraiment chaotique dans sa tête. Elle n'avait jamais cherché à plaire à qui que ce soit, mais là, elle ressentait le besoin de le faire maintenant !

Puis soudainement, les pensées d'Orin furent interrompues par la douce voix d'Anubis. Il souriait amicalement, nullement choqué de ce qu'elle avait dit.


— Je comprends, les Akh sont parfois les seuls avec qui je peux entretenir une discussion amicale. J'ai toujours été fasciné par le fait de parler avec un reste d'être vivant.


Puis soudainement, le cœur d'Orin reprit un rythme normal et la température diminua, elle pouvait enfin parler normalement, comme libérée du charme qu'opérait Anubis sur elle. Alors comme ça, il existait une autre personne dans le monde pouvant communiquer avec les esprits des décédé ? C'était plutôt rassurant !

Un silence assez gênant commença à s'installer, Orin n'osant pas parler de peur de faire une rechute. C'est alors que ce calme fût interrompu par les gémissements caverneux de la bête qui remuait le tas de macchabée avec son museau.

— Ce n'est pas pour toi, gronda Anubis. Si leurs Ba ont pu atteindre l'autre monde, il n'y a pas de raison qu'on les lui prenne.

La bête poussa alors un gémissement plaintif et se roula sur le dos en gigotant dans une frénésie ponctuée par de petits grognements. Orin et Anubis s’échangèrent un regard, puis ils se mirent tous les deux à rire face au comportement de l'animal.

— En tout cas votre bestiole m'a vraiment surprise.

— Ammout est unique en son genre. J'imagine que toutes les bêtes divines sont comme ça.

— Une bête divine ? répéta Orin. J'en avais jamais vu .

— Malheureusement, elles ont quasiment toutes disparu de nos jours.


Orin croisa le regard de la créature, elle semblait la supplier, avec ses yeux de crocodile, de lui laisser quelques cadavres à manger.


— Bon j'ai encore du boulot, déclara Anubis. Allez relève-toi, Ammout ! Un peu de diète ne te fera aucun mal !

— Attendez ! intervint Orin.

L'homme lui lança un regard interrogateur. Orin avait dit ça sans vraiment réfléchir à ce qu'elle voulait lui dire.

— Re... Revenez demain. J'ai un quota de cadavres à livrer par jour. Si je dépasse ce quota alors je pourrais donner le surplus à Ammout...

— Bonne idée, décida Anubis après un moment de réflexion. Alors je reviendrai demain.

Orin essayait de ne pas montrer sa joie de pouvoir le revoir, elle ne comprenait même pas pourquoi elle ressentait ça. Peut-être qu'elle voulait juste être amie avec ce dieu qui avait l'air fasciné par les esprits.

En rentrant le soir, Orin évita d'attirer le regard sur elle. Ce regard s’appelait Dame Satori, qui ne voulait en aucun cas être impliquée dans cette guerre qui allait avoir lieu, elle serait donc furieuse si elle apprenait qu'Orin allait nourrir une de leurs bestioles.

Le lendemain, comme promis, Orin apporta des cadavres en surplus et les entassa dans un coin à part. Lorsqu'Anubis et Ammout arrivèrent, la créature se jeta aussitôt sur le tas et ils la regardèrent manger. Personne ne parla pendant un moment, seuls les mâchonnements de chair et les craquements des os empêchaient le silence d'être complet.

Ce fut pareil le lendemain et le surlendemain, puis Anubis commença à se montrer curieux et lui demanda de lui parler de son travail. Après avoir donné des détails au dieux attentif, Orin lui posa des question sur le sien.

Anubis était le dieu des embaumements, mais depuis que son culte s'était effondré, il vivait aux Enfers d'un certain Hadès où il s'occupait de guider les morts vers le tribunal des Enfers. Les morts étaient jugées par son patron, Osiris. L'organisation du personnel avait été grandement remaniée depuis la fin de l'Antiquité, car il n'y avait plus qu'un seul Enfer pour toutes les anciennes religions.

D’après Anubis, les Enfers d'Hadès ressemblaient beaucoup au Monde Souterrain, mais avec beaucoup plus de morts et d'esprits. Cela donna envie à Orin de visiter ce monde, un monde rempli de tout ce qu'elle aimait. Mais elle ne pouvait pas abandonner le Monde Souterrain, Okuu et Dame Satori refuseraient cela et Orin tenait trop à elles pour les quitter.

Les jours s’enchaînèrent, et leurs discussions devinrent de plus en plus longues. Orin finit même par lui faire une démonstration de son pouvoir de contrôler les esprits et de réanimer les cadavres, ce qui époustoufla Anubis.

Du coup, Orin rentrait de plus en plus tard. Tout d'abord, cela inquiéta Okuu, qui avait remarqué qu'elle ramenait des cadavres qu'elle n'apportait pas à la source de chaleur. Orin lui avait alors répondu que les morts avaient beaucoup de choses à dire, et son amie n'insista pas.


Un jour, elle finit par demander à Anubis des explications sur tout son charabia à base de Djet et de Ba.

Il s'agissait de la composition de l'être selon la culture égyptienne. L'être est constitué de sept composants qu'elle avait notés sur un bout de papier pour être sûre de tout retenir :


• Djet, le corps. Il permet à l'individu d'exister sur Terre. Ce composant désigne tous les attributs physiques, ainsi que la force d'un individu. La vie après la mort n'est possible que si le corps reste éternellement en bon état, d'où le rituel de momification.


• Ib, le cœur. Témoin de la vie de l'individu et de chacune de ses actions, le cœur est évalué lors du jugement des morts.

• Ren, le nom. Le composant que l'individu se doit de garder secret, il s'agit d'un nom si puissant que lorsqu'il est prononcé, le propriétaire est obligé de se soumettre. Ce composant représente la notion de "point faible" que chaque individu possède.

• Akh, l'esprit. Une composante invisible et immortelle qui peut rester après la mort d'un individu. Cela peut être interprété comme la personnalité de l'être.

• Ba, l'âme. Ce composant définit la notion de mouvement, l'âme est ce qui anime le corps. Si des choses comme une pierre ou un arbre restent inanimées, c'est parce qu'elles n'ont pas d'âme.

• Ka, la force vitale. Ce composant définit le lien qui unit le corps et l'âme ensemble. Cela définit la santé de l'individu, il est donc très important d'entretenir son Ka.

• Shout, l'ombre. Le composant qui rend le tout complet, un double qui nous guide vers le royaume des morts. Sans cette ombre pour nous guider, on ne peut pas vraiment mourir, certaines personnes auraient utilisé ce précepte pour revenir à la vie

— Ces composants indissociables les un des autres forment ce qu'on appelle "l'être", celui qui parvient à maîtriser chacun d'entre eux peut contrôler la vie et la mort.

— La vie et la mort, répéta Orin, passionné par ce qu'elle venait d'entendre. Mais alors ça veut dire que tu les maîtrises ?

— Tous les dieux égyptiens basent leur puissance sur la maîtrise de ces préceptes. Je les maîtrise moi-même, mais chacun à des degrés différents. Et c'est comme ça pour tous les êtres vivants. Il n'est pas possible de tous les maîtriser à la perfection, car certains éléments s'opposent. Comme le Djet, qui peut correspondre à la force d'un guerrier, et le Ba qui pourrait correspondre au savoir d'un mage. C'est pour cela qu'il doit toujours y avoir un équilibre entre les sept composants.

— C'est fascinant. Mais du coup, je peux aussi apprendre à les maîtriser ?

— Tu as déjà une maîtrise innée du Akh, et les restes de tes composants se sont équilibrés autour de ça. Alors je te le déconseille, chercher à améliorer ses composants de manière délibérée requiert de grande connaissance et énormément de magie pour progresser sans se déséquilibrer. Seuls les dieux peuvent s'y risquer. Retiens bien que les sept composants doivent être unis pour que l'être puisse exister, un déséquilibre signifie donc la mort.

— Oh... Tant pis.


Orin ignorait la cause de son état du premier jour, mais depuis cela ne s'était jamais reproduit. Elle voyait cela comme un signe que lui avait envoyé son corps pour lui dire qu'elle avait trouvé un précieux ami, un ami qui comprenait sa fascination pour la mort.

Anubis continua de lui apprendre les traditions égyptiennes et Orin écouté avec passion. Ce qui la faisait rentré aussi de plus en plus tard.

C'est ce qui finit par alerter Dame Satori, qui s'était aussi rendue compte de ses déviances au travail. Et vint l'interroger personnellement. Mais là, pas question de jouer la carte du "c'est une histoire de cadavre, tu ne peux pas comprendre", car Dame Satori allait vite lire toutes ses pensées et elle la gronderait. Alors Orin s'était enfuie en courant.


Lorsqu'elle avait été adoptée, elle avait voulu soulager la solitude de sa Maîtresse en lui faisant des câlins et en la laissant fouiller toutes ses pensées, c'est comme cela que cette dernière s'était ouverte à ses animaux de compagnie. Alors la fuir comme la peste lui donna l'impression d'avoir poignardé sa Maîtresse.

Sa détresse grandit de jour en jour jusqu’à ce qu’Anubis le remarque. Il restait alors dix jours avant le début de ce tournoi. Au moment même où Hécate se tenait devant la porte du Palais des Esprit de la Terre.


— J'ai fait du mal à ma Maîtresse, sanglota Orin.

— Raconte-moi ce qui s'est passé, calma Anubis d'une voix apaisante.

Orin essuya ses larmes et prit une grande inspiration. Prête à tout sortir.


— Ma maîtresse est une satori. C'est une espèce de yokaï qui peut lire les pensées. À cause de cela, elle est rejetée par tout le monde. Elle était si seule quand elle nous a adoptés. Nous, on s'en fichait qu'elle puisse fouiller notre esprit, on était heureux que quelqu'un s'occupe de nous. J'ai été la première à la laisser faire. Mais... depuis quelques jours, je n'arrête pas de là repousser comme le feraient les autres yokaï !

— Et pourquoi fais-tu cela ?

— À cause de notre amitié ! Dame Satori ne veut pas qu'on s'implique dans ce conflit et elle sera donc vraiment furieuse si elle apprenait que je te fréquente.

Anubis l'écouta sans détourner le regard, il semblait pensif. Avait-elle bien fait de se confier ainsi ? Est-ce qu'elle ne venait pas de l'accuser de son malheur actuel ? Il ne serait pas étonnant qu'il soit vexé, mais cela n'avait pas l'air d'être le cas.


— Les dieux et les mortels ne sont pas si différents. Ils craignent tous la mort. Les seuls qui ne la craignent pas sont des êtres comme nous, qui la côtoyons comme une chère amie. Nous sommes différents des autres, mais t'es-tu pour autant déjà sentie seule ne serait-ce qu'une seule fois à leurs côtés ?

— Oh non, jamais ! répondit aussitôt Orin. Okuu et Dame Satori sont très gentilles, j'ai toujours été heureuse avec elles, mais....

— Mais cette situation t'oblige à t'éloigner d'elle, termina Anubis. Tu as de la chance, elles doivent vraiment t'aimer de tout leur cœur. Ne t'attends pas à ce qu'elle comprenne ton attirance pour la mort, il n'y a que toi que cela rendrait heureuse et cela creuserait un grand fossé entre vous. Cherche plutôt ces moments où vous êtes tous en train de sourire, ils sont les seuls à avoir de l'importance.

Orin cessa de pleurer, Anubis avait raison, elle ne devait pas s'éloigner des êtres qui lui étaient chers pour ses penchants personnels. C'est quand même très curieux que le dieu des embaumements ait d'aussi bons conseils à donner sur les relations humaines.

Il était temps d'aller voir sa maîtresse, elle se ferait probablement gronder, mais si c'était nécessaire pour qu'elles restent proches, alors ce n'était pas grave.


— Merci Anubis, je suis contente d'avoir eu un ami comme toi. J'imagine qu'on ne se reverra plus, déplora-t-elle avec un sourire amer.

— C'est possible, mais tu sais, les bons amis trouvent toujours le moyen de se revoir. Tu vas beaucoup manquer à Ammout, lança Anubis avec le même rire amer.


La bête sembla comprendre de quoi il retournait et se mit à lécher Orin malgré les cris de protestation de cette dernière. Les deux amis riaient un bon coup avant de se lancer un regard intense qui aurait pu être le dernier.


— Merci beaucoup, remercia-t-elle avec sincérité.


Peut-être était-ce des sentiments amoureux qu'elle avait ressentis le premier jour, juste un coup de foudre pour ce dieu qui lui ressemblait tant. Mais Orin n'était pas prête pour ce genre de relation. Elle voyait à présent Anubis juste comme un ami suffisamment proche pour lui servir de confident. Elle espérait le revoir un jour. Quand le conflit entre Gensokyo et les anciens dieux serait résolu.

Puis tout à coup, alors qu'Orin allait prendre sa brouette et partir rejoindre sa maîtresse. Un objet très lourd percuta le sol tout près d'eux dans un tremblement qui la déséquilibra, la faisant ainsi tomber en arrière.

Un rugissement retentit alors dans toute la caverne. Ce n'était pas un objet, mais une forme humaine. Plus précisément, c'était une divinité semblable à Anubis au niveau du code vestimentaire, mais elle avait une tête de lionne et des mamelle qui pendouiller a sur sa poitrine nu. Derrière sa tête, se trouvait un disque rouge comme le crépuscule et ses yeux étaient brillants comme le soleil. Elle était incroyablement musclée pour une déesse et sa peau avait une couleur dorée. Orin ce dit que cette divinité devait sûrement faire partie de ceux qui poussaient leurs Djet à son paroxysme.


— Alors, c'est là que tu traînes, Anubis ! grogna la déesse dans un rugissement agressif. Tu oses me montrer ta sale tête d'humain ?

Anubis sembla grandement contrarié et fit face à la déesse. C'est alors que sa peau devint noire comme la nuit et que son visage se transforma. Il avait à présent un long museau et des oreilles pointues dressés sur la tête. Orin se souvint alors qu'Anubis lui avait parlé des animaux totems des dieux égyptiens, le sien était le chacal.


Les deux dieux se firent face, la déesse était couverte de sang.


— Je n'avais pas envie que tu me déranges, Sekhmet, aboya-t-il. Comment m'as-tu trouvé ?

— J'ai senti ton odeur de chien depuis le village qu'ils appellent "l'Ancienne Capitale". Cela fait des jours que tu lambines, pas vrai ?

— J'avoue, je ne vois pas pourquoi je devrais obéir à captain Vert de Peau hors de mon lieu de travail.


La déesse égyptienne poussa alors un rugissement étouffé qui devait être l'équivalent d'un rire chez les lions.


— Pas mal ce surnom ! Je vois que tu as trouvé un endroit qui te correspond, ça pue la mort par ici !

— Sans blague, pesta Anubis. Mais dis-moi, pourquoi t'est couverte de sang ? Ne me dis pas que tu as tué des habitants de ce monde malgré les ordres du capitaine. Sais-tu ce qu'est la discrétion ?

— Je suis sûre qu'elle a survécu ! Cette oni était une dure à cuire, le genre qui fait trembler le sol à chacun de ses pas ! s'exclama-t-elle avant une nouvelle salve de rire.


Anubis semblait lassé du comportement sa camarade, laissant supposer qu'il devait le supporter ainsi depuis des millénaires. Ce qui, en y réfléchissant, devait sûrement être le cas. Le regard perçant de la lionne se braqua alors sur Orin, parfaite illustration du fauve qui repèrait sa proie. Comme pour confirmer cela, elle se lécha les babines.


— Hécate est entrée en contact avec le Palais, tu sais ?


Les oreilles d'Anubis se tendirent et ses lèvres se retroussèrent, laissant apparaître ses dents de canidé. Il semblait vraiment contrarié.


— Et que s'est-il passé ?

— La tutrice de la cible a refusé de nous aider ! Nous devons donc exécuter la volonté d'Osiris, et faire un sacrifice à la déesse des chemins ! révéla-t-elle d'un ton moqueur.


Mais de quoi parlaient-ils ? Orin sentit que quelque chose de terrible allait se passer et voulut s'enfuir. C'est alors qu'Anubis prononça son nom, mais l'intonation était très étrange, une intonation qu'elle pourrait qualifier... d'absolue !

Elle ne pouvait plus bouger ni penser, juste attendre la suite de ce qu'allait dire Anubis.


— Que... Qu'est-ce qui se passe ?

— J'ai prononcé ton Ren. N'aie pas peur, Orin, me fais-tu confiance?

— Je... Oui, je te fais confiance, mais pourquoi tu...


C'est alors qu'Anubis reprit forme humaine, il contourna la brouette et posa ses mains sur ses épaules. Orin se sentit soudainement paralysée, son cœur battait comme jamais alors que la bouche d'Anubis s'approchait de la sienne.

Ce fut une sensation douce, et froide. Orin aimait bien le froid, alors elle ne se dégagea pas.

Elle sentait sa vie se faire aspirer, mais cela n'avait plus d'importance, plus rien n'avait d'importance à part cette sensation de plénitude.

Sa vision diminua jusqu’à complètement être engloutie par l’obscurité.

Si froid, mais si doux.

Est-ce que c'était ça...

La mort ?


***

Même à bout de souffle, Satori continuait de courir. Le tas de cadavres n'était plus qu'à quelques mètres !

"Faites que j'arrive à temps ! Faites que j'arrive à temps !" n’arrêtait-elle pas de crier dans sa tête. Comme si cela pouvait changer quoi que ce soit.

Finalement, elle arriva sur les lieux et tomba nez à nez sur deux dieux étranges aux visages d'animaux. L'un d'eux était en train d'emballer un corps avec un ruban de tissu blanc. Seul le visage était encore visible... Satori ne prêta aucune attention aux deux dieux qui l'observaient d'un œil inquisiteur. Ses trois yeux étaient rivés sur le visage dépassant des bandages, c'était une fille-chat aux cheveux rouges attachés en nattes. Satori tomba à genoux à cause de l'horrible sensation qui la brûlait de l’intérieur comme un poignard chauffé à blanc.

Elle était arrivée trop tard !


— Orin ! Sanglota Satori en se penchant sur le corps sans vie. Orin réponds-moi !

Elle continuait d'appeler son nom, refusant l'évidence même. Son œil ne pouvait plus lire ses pensées, et ne le pourrait plus jamais.

— Non... pleuras-t-elle d'une voix impuissante.

Orin avait un visage paisible et souriant, comme si elle avait voulu que l'on puisse voir son sourire une dernière fois avant qu'il ne disparaisse.

Puis soudainement, une main noire déposa un masque de chacal sur la tête sans vie d'Orin, cachant à jamais son visage. Des hiéroglyphes apparurent sur les bandes et le masque brilla brièvement, comme pour montrer qu'il venait d'être scellé.


— Que lui avez-vous fait ? trembla Satori, impuissante devant cet étrange rituel.

— J'ai bu son Ka, la force vitale qui maintenait son Ba à son Djet, annonça gravement Anubis. Pour faire simple, son âme ne pouvait plus être maintenue par son corps.


Qu'est-ce qu'il racontait ? Ces termes lui étaient complètement étrangers ! Pourquoi utilisait-il des termes si compliqués pour qualifier un acte si atroce ! Pourquoi fallait-il qu'on lui retire tous les êtres qui lui étaient chers un à un ?


— Veillez bien sur son corps, termina le dieu-chacal.

— Assassin !


Satori plongea dans l'esprit des deux dieux et invoqua leur plus grand traumatisme. Quoi que cela puisse être, les deux dieux animaux semblaient terrifiés à l’instar de vrais animaux face à un monstre. L'étrange bête que Satori avait vue dans les souvenirs d'Okuu se mit à gémir et se changea en serpe qui s'accrocha à la ceinture du dieu-chacal.


— A... Apophis ! paniqua la déesse-lionne avec une expression de terreur totale.


Satori était hors d'elle, à tel point qu'elle ne prêta pas attention au fait qu'elle n’apercevait pas elle-même ce qu'elle avait produit grâce à son pouvoir. Elle ne voyait donc pas le titanesque serpent qui était apparu derrière elle, les yeux brillant d'une lueur de chaos.


Terrifié, le dieu-chacal posa sa main dans le sol et s’enfonça, laissant derrière lui un trou dans lequel la déesse-lionne sauta avant qu'il ne se referme. Les deux dieux avaient disparu. Satori rompit alors son pouvoir et tomba sur Orin, serrant sa précieuse amie dans ses bras. Mais Orin ne pouvait plus lui rendre son étreinte...


Les paroles d'Hécate lui revinrent alors en mémoire, elle allait devoir suivre un chemin dangereux. Mais que devait-elle faire ? Obéir aux dieux ? Faire la guerre à Gensokyo ? Une chose était désormais sûre : elle allait tout faire pour protéger ceux qui comptaient le plus pour elle. Il était temps de quitter ce Monde Souterrain !


C'est alors que Satori remarqua l’étrange papier, plié en quatre à côté du visage caché par le masque. En le dépliant, Satori reconnut l'écriture d'Orin.

Mais qu'est-ce que c'était que ça ? Ces mots, elle était sûre d'avoir entendu le dieu-chacal les prononcer, le papier semblait indiquer leur définition. L'un des mots avait était souligné... Mais pourquoi ce mot-là ? Était-ce un message ? Le dernier message d'Orin avant sa mort...


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