Touhou Mokushiroku - Colosseum of Divinity par

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Deviation / Fantasy / Action

7 La sainte des yokaï

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neuf jours avant le tournoi.


Byakuren avait beaucoup de mal à méditer en ce moment. Cet instant de sérénité était semblable à un lac paisible. Mais, avec les événements de ces derniers jours, c'était comme-ci des pierre était jetées, en permanence, au milieu du lac, afin de s'assurer que la surface reste troublé. En clair, elle n'arrivait plus a penser calmement.


L'une de ses disciples lui avait rapporté de curieux phénomènes qui se produisaient dans la montagne des yokaï. Le tremblement de terre d'hier était apparemment dû à un glissement de terrain.


Cela arrivait de temps en temps, car les forces de la nature étaient tout simplement incontrôlables et imprévisibles. Mais là, elle avait un énorme doute, car les dieux étrangers s'étaient appropriés la zone, avec l'autorisation de la déesse du sanctuaire Moriya. Mais à quoi pensait cette fichue Kanako au juste?!


C'était pour en savoir plus que Byakuren avait dépêché deux de ses disciples sur place, leur demandant au passage d'aller faire un tour vers le Monde Souterrain pour prendre des nouvelles de Koishi, car elle n'était plus venue au Temple depuis l'arrivée des anciens dieux. Ichirin et Shou étaient parties dans la matinée, elles ne devraient donc pas tarder vu la lumière crépusculaire qui commençait à poindre depuis la fenêtre. En attendant, elle devait se concentrer sur sa méditation. Avec un peu de chance, cela devrait lui donner une illumination qui lui permettrait de savoir comment protéger son culte de l'envahisseur.


Cependant, un autre événement la troublait. Elle n’arrêtait pas de rêver de son passé, du jour où les humains l'avaient scellée à cause de sa sympathie pour les yokaï. C'était il y a trés longtemps, mais elle se rappelait bien de la haine et de la peur des humains à ce moment-là. Elle avait juste voulu que les bons yokaï et les bons humains se tiennent la main. Mais peut-être que cela n'était pas possible au final... Tant de choses les différenciaient.


Heureusement, les humains de Gensokyo semblaient un peu plus tolérants envers ce genre de pratique, préférant simplement éviter le Temple que de vouloir le brûler. S'ils voulaient juste la paix, alors cela suffisait à Byakuren. Néanmoins, les humains vivaient toujours dans la crainte des yokaï, bons ou mauvais. Il est normal pour une souris de craindre le chat, mais tous les yokaï ne sont pas des chats qui considèrent les humains comme leurs souris. C'est ce que Byakuren avait voulu changer autrefois...


Mais tout cela était du passé, cette terre ne connaissait pas de grande guerre entre hommes et yokaï, juste une méfiance mutuelle qui ne ferait jamais rien de plus que de créer un fossé. Il fallait parfois se contenter du minimum pour être satisfaite. C'est sur cette pensée que Byakuren voulut poursuivre sa méditation.



Mais hélas, sa tentative fut brusquement interrompue par les cris de l'une de ses disciples. Byakuren ressentit un soupçon d'irritation en reconnaissant la voix de Kyouko !

Enfin, ce n'était pas à proprement parler des cris, car sa disciple appelait ça du "rock punk". Une forme de musique qui avait le don d'irriter les habitants de ce Temple. C'était une yamabiko, une race de yokaï particulièrement bruyante et celle-ci avait pris l'habitude d’entraîner sa voix pendant qu'elle passait le balai.


Déjà que les humains avaient tendance à se méfier d'un Temple qui acceptait les yokaï. Cela n'arrangeait rien si elle leur cassait les oreilles avec ses goûts musicaux douteux.

Byakuren stoppa sa méditation, bien décidée à faire cesser ce vacarme ! Et comme si cela ne suffisait pas, une autre voix se mettait à chanter, probablement celle de Mystia. C'était la partenaire de Kyouko dans leur groupe de rock punk, et avec ces deux-là, il était impossible d'espérer avoir du calme !


En arrivant dans la cour du Temple, Byakuren eut presque envie de rire en voyant la petite yokaï moineau secouer les poils du balai comme les cordes de sa guitare. Mystia était un yokaï nocturne, mais elle était connue pour être une nuisance sonore en puissance à n'importe quel moment de la journée.


Byakuren avait déjà entendu parler de son stand de lamproie grillé qui permettait de mieux voir pendant la nuit, et la soupçonnait d'arnaquer ceux assez bêtes pour y croire. Ce n'était vraiment pas le genre de fréquentation que sa disciple devrait avoir.


— WAWWWWWW. hurla Kyouko

— KAAAAAAAAA. piaffa Mystia


Byakuren se racla bruyamment la gorge pour se faire entendre. Mais cela fut totalement inutile avec ce brouhaha qui avait probablement fait fuir tous les oiseaux des environs... Excepté Mystia... Dommage.

Mais Byakuren n'eut pas à hausser le ton plus fort, car à ce moment-là, une femme encapuchonnée aux cheveux bleus entra dans la cour du Temple. C'était Ichirin ! Elle était revenue de sa patrouille. Elle interrompit la cacophonie grandissante par sa simple présence, ou plutôt celle d'Unzan qui était son fidèle garde du corps à l'apparence d'homme constitué de nuage.



— Oh les filles ! C'est un Temple ici, il y a des gens qui veulent méditer dans le calme !


Aussitôt, Kyouko se confondit en excuses et reprit le balai des mains de Mystia pour faire comme si de rien n'était. Cependant, elle était bien la seule à se sentir gênée, car sa partenaire lâcha un soupir agacé.


— Dommage, râla Mystia, déçue. On s'amusait bien avant que tu n'arrives.

— Les fidèles viennent ici pour trouver la paix de Bouddha, comment vous voulez qu'ils la trouvent si vous leur cassez les tympans !

— Kyouko s'ennuyer, alors je suis venue lui remonter le moral avec mes chansons ! se défendit Mystia, non sans un petit sourire espiègle.


— Tu as une très mauvaise influence sur elle ! Et toi Kyouko, tu dois apprendre à dire non à Mystia !


— Mais je...

— Pas de mais ! Interdiction de chanter ici, comprit ? Combien de fois on va devoir le répéter !

— Mais... On m'a interdit de chanter dans tellement d'endroits que je ne peux pas tous les retenir ! ricana Mystia. Mais si vous voulez, je peux installer mon stand de lamproie grillée ici, contre une rémunération bien évidemment. Ça me servira de point de repère.


C'est alors que Byakuren fit de nouveau part de sa présence et les deux chanteuses se retournèrent brusquement ! Si Kyouko se plia en deux pour s'excuser d'avoir dérangé sa méditation, Mystia, quant à elle, se contenta de passer les mains derrière sa tête avec un petit sourire enfantin.


— Nous n'avons pas besoin de cuisinière actuellement, trancha fermement Byakuren. Gensokyo est une terre plutôt vaste, je pense donc que vous demander d’arrêter de chanter ici n'est pas si insurmontable.

— J'aime chanter et je ne m'en excuserai pas ! refusa joyeusement Mystia. Mais ma proposition tient toujours, c'est comme ça qu'on fait des affaires...


Ichirin l'attrapa par le col et la souleva du sol. Mauvaise idée, car Mystia se mit aussitôt à battre des ailes, ce qui lui permit de se dégager ! Unzan tenta à son tour de la saisir. Mais les deux assaillants commencèrent soudainement a paniquer, criant qu'il faisait de plus en plus sombre. C'était le fameux pouvoir de ce yokaï de la race des moineaux de minuit, l'héméralopie !

Profitant de la confusion, Mystia s'envola et disparut à l'horizon, en riant de bon cœur.


— Saleté d'oiseau ! s'énerva Ichirin.

— Pas de grossièreté ici !

— Oui, excusez-moi.

— Pardon de vous avoir dérangée, s'excusa de nouveau Kyouko. Mais les événements de ces dernières semaines m'inspirent pour mes futures chansons...


Elle se tut, voyant le regard mécontent de Byakuren.


— Il est très important de pouvoir exprimer sa fibre artistique. Mais il y a un lieu pour tout.


Kyouko baissa la tête, et acquiesça avant de retourner accomplir sa tâche. Byakuren remarqua alors quelque chose qui n'était pas normal. Où était Shou ? Elles avaient reçu l'ordre de rester à deux, alors pourquoi s'étaient-elles séparées? Ichirin sembla deviner qu'elle allait être la question, car elle répondit sans lui laisser le temps de la poser.


— Shou avait un mauvais pressentiment. Elle m'a dit qu'elle devait aller d'urgence au Monde Souterrain. Je voulais venir avec elle, mais elle a refusé, expliqua-t-elle sur un ton inquiet.


— Où vous êtes-vous séparées ? demanda calmement Byakuren

— Près de l'entrée du Monde Souterrain, juste avant d'aller sur la montagne... Comme elle ne m'a pas rejointe, je pensais qu'elle était déjà rentrée... J'aurais dû aller voir, mais...

— Tu as bien fait, nous allons y aller toutes les deux, si elle a un problème...

— Dame Byakuren ! s'écria Kyouko depuis l'entrée de la cour de Temple. C'est Shou ! Mais... Venez voir !


Aussitôt, Byakuren et Ichirin se précipitèrent vers l'entrée et furent saisies d'horreur en voyant la yokaï tigre aux cheveux jaune orangé et noir dans cet état. Ses vêtements étaient déchirés et le cercle de ruban qu'elle portait normalement dans le dos était en morceaux.


Elle était maintenue debout par deux personnes dont une que Byakuren connaissait. Celle de droite était Koishi, celle de gauche avait elle aussi un troisième œil, cela devait être sa sœur Satori. Celle-ci tenait fermement la lance géante de Shou, portant des regards dans toutes les directions.

Derrière elles, se trouvait une femme corbeau salement amochée portant un étrange paquet enroulé dans du ruban, elle-même suivie par une dizaine d'animaux en tous genres, complètement stressés par ce nouveau lieu qu'ils n'avaient jamais vu. Ce groupe avait manifestement était attaqué pendant le trajet !


Byakuren les fit rentrer dans la cour et ferma aussitôt la grande porte en bois. Les sœurs Komeiji allongèrent alors la yokaï tigre sur le sol. Shou était inconsciente, le visage tordu de douleur. Byakuren repéra un gros trou dans ses vêtements et arracha le tissu pour y voir une peau bleuie par le poison. Shou était en train de mourir ! Sa plus fidèle disciple qui avait retourné ciel et terre pour la libérer de son sceau. Byakuren se sentirait honteuse à vie si elle ne pouvait pas la sauver !


— Désolée, s'excusa alors Satori d'un ton grave. À la sortie de Monde souterrain, un escadron de monstres étranges nous y attendait, guidé par la créature qui lui a fait cela. J'ignore ce que c'était...

— Vous auriez dû l'emmener au Pavillon de l'Éternité ! S'énerva Ichirin. On ne sait pas soigner ça ici !

— Et comment on aurait fait si d'autres ennemis avaient attaqué ? C'était des yokaï sans conscience, mes pouvoirs ne les affectaient pas, et Okuu était déjà horriblement blessée. Je devais prendre une décision... Je crois qu'il ne lui reste que...

— Une minute, répondit soudainement une voix.


C'est alors que tout le monde se tourna vers la femme qui venait d’apparaître. Elle avait une apparence de jeunes adolescente vêtue d'une simple veste mauve et d'un jean troué de manière volontaire. Elle avait la peau foncée et brillante comme une petite flamme dans l'obscurité qui s'installait dans le Temple et ses cheveux avait une étrange texture... Non, ce n'était pas des cheveux ! C'était un insecte énorme qui semblait collé à son crâne. Sa tête se finissait en pointe et il avait deux pattes avant en forme de lame suffisamment grandes pour saisir un humain par la taille et le découper en deux. Il ressemblait à un scarabée, mais il n'y en avait pas de semblable à Gensokyo.


— Mourir avec le crépuscule, dans ma culture, c'était très poétique, railla-t-elle avec un sourire détendu.


Byakuren ordonna à Satori et sa troupe de se réfugier à l’intérieur du Temple et sortit aussitôt son parchemin du sorcier. Ichirin s’apprêta aussi à combattre, utilisant la taille d'Unzan pour couvrir la fuite des réfugiés et protéger le corps de Shou. Mais la déesse avait les mains dans les poches et ne semblait vraiment pas s'inquiéter.


— Je sais que vous êtes l'une de ces divinités étrangères ! Vous n'êtes donc pas la bienvenue dans mon Temple !


La déesse leva les yeux au ciel avec un petit sourire amusé, comme si tout cela lui passait totalement au-dessus. C'est alors que l'insecte commença à gigoter ses pattes de manière assez dérangeante.


— Calme-toi la vielle, je suis juste venue pour le dessert.


Elle sortit alors une main de ses poches. C'était une main de forme humaine avec cinq doigts, mais chaque articulation était recouverte d'une carapace d'insecte. C'est alors que Shou se mit à hurler et à se contorsionner, une force invisible la tirait dans les airs par sa blessure.


Pensant qu'elle était en train de la tuer, Unzan tenta de frapper la déesse, mais s’arrêta en voyant l'étrange transformation opérée par l'insecte : ses lames s'étaient changées en pinces et une queue de scorpion était à présent pointée sur Unzan.


Ce fut une sage décision de ne pas attaquer. Même s'il n'était pas affecté par le venin, qui sait ce que cette étrange déesse pouvait faire. C'est alors qu'un liquide nauséabond jaillit de la blessure de Shou et glissa dans les airs jusqu’à la bouche de la déesse qui le but avec énormément de plaisir.

Shou reprit alors doucement conscience, sa peau ayant de nouveau une couleur normale. Byakuren en fut énormément soulagée, mais ne baissa pas sa garde pour autant.

Cette déesse pouvait manifestement contrôler le poison, elle était donc beaucoup plus dangereuse que ce que son apparence pouvait laisser supposer.


— hum ! c'est trop bon avec du sang de yokaï, apprécia-t-elle dans son euphorie.

— Eh bien, c'est très gentil, remercia froidement Byakuren. Mais j’imagine que vous n'avez pas fait ce chemin juste pour la sauver.

— Hum ? Je voulais juste manger ce qui restait du venin d'araignée divine. Et surtout, je voulais féliciter cette petite tigresse. Un escadron de harpies et de lestrygons on était envoyé pour intercepter les fuyards. À la tête de ce groupe, se trouvait une demi-bête divine du nom d'Arachné. Je n'ai retrouvé le cadavre que de cette dernière.

— Je vois. Vous êtes donc venue venger vos camarades. Je n'aime pas le conflit, mais s'il faut se battre, je le ferai.


La déesse lui lança un regard circonspect, le même qui si elle avait entendu une personne dire quelque chose de vraiment stupide. C'était le mot camarade qui semblait l'avoir le plus étonnée. Une surprise qui la fit éclater d'un rire sonore et vulgaire.


La buveuse de poison se rapprocha alors et leur différence de taille fut encore plus évidente, car la déesse était petite. Mais ce n'est pas sur cela que Byakuren la jugeait, ni sur son regard de défi ridicule.


— Camarades ! Elle est pas mal celle-là ! Nos monstres ne sont que des marionnettes construites à partir de la noirceur du Tartare. Ce ne sont pas réellement des créatures vivantes, ils ont un Djet et un Ba, mais c'est tout. Quant à Arachné, je ne l'aimais pas, c'était comme discuter avec sa nourriture.

— Drôle de façon de parler d'une camarade.

— Et encore, j'ai pas parlé du moment où je lui ouvrais le ventre pour manger sa poche de poison, raconta-t-elle avec un rire sadique.


Ce sourire effrayant laissa apparaître ses dents noires dégoulinant de poison. Le scorpion sur sa tête se mit alors à cliqueter de manière furieuse. Les yeux de la déesse étaient devenus noirs comme ceux d'un insecte, la rendant encore moins humaine.


— Puis-je savoir qui vous êtes ?

— Soldat exécutif Serket de la 5e Division ! se présenta-t-elle sur un ton de plaisanterie tout en se mettant en garde-à-vous.

— 5e Division ? répéta Byakuren.

— Oui, la division qui s'occupe d'assassiner les cibles gênantes que les guignols de la 4e Division ne sont pas capables de tenir à l’œil, expliqua-t-elle en crachant du venin fumant sur le sol.

— Vous êtes donc là pour assassiner quelqu'un. J'imagine que la cible est Koishi Komeiji.

— Nope, je devais tuer la corbeau des Enfers. Mais nous, les soldats exécutifs, on n'est pas assez payé pour s'occuper des conneries de la 4e Division.


La déesse leva alors son menton d'un air mélancolique et clama d'un ton ridiculement dramatique.


— Malheur ! Mes soldats personnels ont été éradiqués par des renforts imprévisibles ! Je n'ai pas pu arriver à temps pour sauver ma chère amie Arachné, exagéra-t-elle avant de reprendre son sérieux.


Mais qu'est-ce que c'était que ce numéro ? Cette déesse avait le comportement d'une jeune fille rebelle. Comment un être vivant depuis des millénaires pouvait avoir l'air si immature ? D'un certain point de vue, son comportement ressemblait à celui de Mystia, sauf que celle-ci n'essayait pas de se rendre intimidante.


— Vous êtes vraiment étrange, fit remarquer Byakuren. Vous y mettez si peu de volonté que je peine à croire que vous voulez vraiment nous envahir

.— Je ne suis qu'une soldate exécutante, j'obéis aux ordres. Mais c'est d'un relou ! J’étais bien mieux en Australie. C'est comme Gensokyo, mais en remplaçant les yokaï par de délicieuses créatures venimeuses. Ici, c'est juste la cambrousse et la créature la plus venimeuse que j'ai trouvée était une poupée ! Même avec toutes les cochonneries que je bouffe, je ne peux pas digérer un truc comme ça ! Enfin bref, je ne vais pas vous saouler plus longtemps avec tout ça.


Serket prit la direction de la porte. Une pensée vint alors en tête à Byakuren. Ces envahisseurs étaient comme les sujets d'un royaume dont le dénommé Zeus aurait été le roi. Or dans tout royaume, il y avait des opposants au régime. Serait-ce possible qu'elle en fasse partie ?


— Attendez ! Nous ne sommes pas plus réjouis que vous de cette situation. Est-ce qu'il y a d'autres dieux qui désapprouvent ainsi le Conseil ?

— Vous voulez que je vous blance des infos ? comprit la déesse avec un certain amusement. Je n'ai aucun intérêt à entrer en conflit avec qui que ce soit, que ce soit votre Australie ou les vieux du Conseil.

— Mais si vous nous aidez, vous êtes sûre de pouvoir retourner dans votre monde.

— L'Australie n'est pas un monde, corrigea Serket. Et j'y retournerai une fois que tout ce foutoir sera réglé. Tu veux que je te dise pourquoi ?

— Allez-y.


La déesse sortit alors un curieux objet rectangulaire de sa poche. Cet étrange objet s'alluma et afficha ce qui semblait être l'heure, mais sans aiguille.


— Hum, pas de nouveau message sur Instagram... Et je ne suis pas en retard... J'ai donc le temps ! Lors de la création du Conseil, tous n'ont pas réagi de la même façon. Je dirais même qu'on peut les classer en trois catégories. Déjà, y'a ceux comme moi, qui ont accepté l'effondrement de notre culte. On se contente de vivre comme les humains à qui on a volé ces corps. En général, notre vie est assez tranquille et on peut vivre jusqu’à ce que ce corps meure de vieillesse. Les vieux du Conseil n’ont donc pas une bonne opinon de notre mode de vie et seuls quelques-uns d'entre nous, on put atteindre le poste de lieutenant, les autres sons des simples soldats. Et il n'y a pas d'autre option.

— Vous êtes donc forcés de les aider ?


— Oh oui, et crois-moi, j'ai déjà vu ce que Zeus fait à ceux qui refuse, ajouta-t-elle d'un ton plus grave. Même cette pauvre Artémis... Enfin bref. La deuxième catégorie, c'est ceux qui ont accepté la chute de leur culte, mais qui espèrent encore le voir renaître. On les reconnaît, car ils portent des vêtements de l'Antiquité, mais ils ont aussi des vêtements humains qu'ils portent par nécessité. Ceux-là sont des suce-boules en puissance, on en trouve parmi les lieutenants, les capitaines, et même au Conseil. Et les cinq plus gros lèche-culs sont même devenus les capitaines de Division.


— Je vois, il y a donc cinq Divisions, avec chacune capitaine...

— Et un vice-capitaine, comme celui qui a tué la chère amie de votre protégée, ainsi que plusieurs lieutenants qui voyagent d'une division à une autre. On est organisés comme une armée avec beaucoup d'officiers et des milliers de soldats cons comme leurs pieds. Un peu comme dans Dynasty Warrior, mais je ne pense pas que vous y ayez déjà joué. expliqua la déesse d'un ton pensif.


L'insecte se mit alors à cliqueter comme pour confirmer ses propos. Byakuren était vraiment curieuse sur cette étrange créature.


— En effet, je ne connais pas... Mais qu'elle est cette chose sur votre tête ?

— Ça ? A priori, c'est une nèpe, mais là, c'est un scorpion. C'est un phénomène que je ne comprends pas trop. Avec le temps, les concepteurs de jeux vidéo se sont mis à me représenter avec un scorpion sur la tête, s'ajoutent à cela des fans-arts dont certains m’ont pas mal dégoûté.

— Veuillez m'excuser, mais je n'ai pas tout compris.

— Ah ! Z'êtes relou, les cambrousards. Dieu a créé l'homme à son image et l'homme a créé l'image de Dieu. Les croyances influent les apparences et parfois même les rôles qu'un dieu peut avoir. Par exemple, ma pote Sekhmet était juste la déesse de la force à la base, mais comme les jeunes filles étaient fragiles à l'époque, elles la priaient lorsqu'elles avaient leur... Non, je ne vais pas parler de ça ici, on est dans un Temple.

— Les dieux sont façonnés par les croyances... Mais alors comment est apparue la croyance si les dieux n'étaient pas là pour la faire commencer.



— Pfiou ! Trop relou comme sujet ! Je vais plutôt te parler de la troisième catégorie de dieux. Ceux qui vivent la chute du culte comme une trahison des humains. Ceux qui ne voient pas la différence entre humain et insecte. Ceux qui n'ont pas accepté de voir leur grandeur disparaître. Ce sont les dieux qui ont gardé leurs vêtements de l'Antiquité, car porter autre chose serait une honte. Enfin, pas tous, il y en a un qui s'habille en costard, comme les banquiers du Monde Extérieur. Mais c'est probablement celui dont vous devriez le plus vous méfier : Zeus, le roi du cosmos. Pour lui, les humains ne sont qu'un divertissement, c'est pour cela qu'il se cosplaye en homme d'affaires. Pour lui, ce ne sont pas les humains qui nous ont abandonnés, mais le dieu unique qui a perverti leurs esprits.


— Quel être infâme ! s'indigna Byakuren. N'y a-t-il jamais eu de rébellion ?

— Je vous l'ai déjà dit, il me semble, non ? Il ne faut jamais se rebeller contre Zeus. Vous allez d’ailleurs en avoir la démonstration durant le tournoi, avec l'adversaire qu'il a attribué à la sœur de votre protégée.


Le ton de Serket se fit méprisant, mais ce n'était pas dirigé à l'encontre de Byakuren. Qui que fût cet "adversaire", il n'avait pas l'air très apprécié par cette déesse.


— Puis-je savoir de qui il s'agit ?

— La menace étrangère, annonça froidement Serket. Un dieu renié et détesté, un adversaire approprié pour s'occuper d'une satori... Bon ! Ce n'est pas tout ça, mais le soleil va se coucher, ça veut dire que je peux enfin aller manger!

— Vous ne pouvez pas manger avant le coucher du soleil ? s'étonna Byakuren. Est-ce une règle du Conseil ?

— Mais non, comme si j'aurais pu obéir à ça ! s'agaça Serket. C'est juste que pendant le Ramadan, on ne peut pas manger en plein jour !

— J'ignore ce qu'est le Ramadan, mais ne venez-vous pas de manger du poison ?

— La religion musulmane n'interdit pas d'ingérer du poison pendant les fêtes !


Ichirin en eut la mâchoire décrochée, lâchant un cri étouffé. Byakuren eut presque la même réaction. Une déesse qui s'était convertie dans une autre religion... Beaucoup trop de choses n'allaient pas du tout dans cette phrase !


Voyant que Byakuren ne posait plus de questions, Serket s'en alla en passant par la porte, comme une personne normale. Son scorpion semblait endormi, si bien qu'on aurait pu le confondre avec de véritables cheveux. C'était la déesse la plus étrange que Byakuren n'ait jamais vue.

C'est alors que Shou se redressa, Ichirin alla aussitôt à son chevet pour s'assurer de son état. Ses blessures allaient se refermer, elle allait juste devoir se reposer un peu.


— Désolée Dame Byakuren, cette chose a continué à bouger alors que je lui avais pulvérisé la tête ! raconta-t-elle en baissant la tête.

— Tu n'as pas à rougir d'un quelconque échec. Tu as mené à bien ta mission. Je suis contente que tu sois en vie, la rassura Byakuren.


Satori sortit alors du Temple, son troisième œil braqué sur Shou, accompagnée du corbeau des Enfers qui n'avait toujours pas lâché ce corps sans vie emballé dans du ruban de soie. Elles semblaient soulagées de voir que leur sauveuse était en vie. Mais Satori gardait un regard amer.


— Dame Byakuren, je tiens à m'excuser des risques qu'a dû prendre votre disciple pour moi. Nous étions en train de fuir le Monde Souterrain à cause des dieux qui ont investi notre monde. J'aimerais vous confier ma soeur, accepteriez-vous?

— Nous vous accueillerons tous, invita Byakuren. Une guerre va avoir lieu et nous devons nous serrer les coudes.

— Oh...Vous êtes gentille, commenta Satori sur un ton irrité. Vraiment gentille, je n'en doute pas une seconde.


Interloquée par ce ton dépourvu de reconnaissance, Byakuren la regarda dans les yeux et fut surprise d'y trouver de la colère en plus de la peur. Il était facile de se perdre après un drame, mais une telle chose ne pouvait être tolérée ici.


— Mais avant cela, si vous avez quelque chose sur le cœur, dites-le tout de suite. Je n'accepte pas ceux qui cherchent le conflit.


Le troisième œil de Satori se braqua sur Byakuren. Celle-ci comprit que toutes ses pensées étaient en train d'être fouillées. Koishi lui avait un jour dit que sa sœur était très paranoïaque et fouillait toujours l'esprit d'une personne avant de lui parler. Encore un défaut qui n'avait pas sa place dans ce Temple.


Satori lui lança un regard rempli de frustration, sa respiration se fit plus forte et ses poings se serrèrent. Shou et Ichirin avaient senti la menace et, bien que surprises, se préparèrent à riposter. Mais Byakuren leur avait fait signe de rester en retrait.


— J'ai beau lire dans votre esprit, je n'y vois que de la bienveillance naïve envers les yokaï et les humains, j'imagine qu'il s'agit là de la bien-pensance bouddhiste ! cracha Satori.

— Est-ce un problème ?

— Cela aurait été juste plus facile de vous haïr si vous n'aviez été qu'une menteuse. Mais même si vos intentions envers ma sœur étaient bonnes, c'est à cause de cela qu'ils ont tué Orin, parce que ma sœur représente votre Temple. C'est votre faute !


C'était donc cela, les dieux avaient tué son amie parce que Koishi participait en tant que membre du Temple Myouren. Byakuren se sentit responsable, il était donc de son devoir de les protéger et de sortir Satori de son état de rage et de tristesse.


— En effet, admit Byakuren. S'il doit y avoir un responsable, je suis prête à en assumer le rôle. Si cela peut vous aider à aller mieux.


Puis soudainement, probablement frustrée de n'avoir personne d'autre sur qui libérer sa haine, Satori craqua dans un hurlement de rage et lui infligea un violent coup de poing au visage.

En tant que moine bouddhiste, il était important que Byakuren montre que la haine n’engendrait que la souffrance. Elle avait donc discrètement déployé son parchemin du sorcier dans son dos pour qu'un sort automatique rende son corps aussi solide que la pierre avant que le coup ne l'atteigne.


— Comme si ça allait changer quoi que ce soit !


Byakuren avait alors reçu un autre coup au visage ! Bien que le sort de renforcement ait été efficace, cela ne l'empêchait pas de ressentir la douleur, mais elle ne flancha pas.


— Tout ce que je voulais, c'était que ma sœur s'ouvre aux autres !


Un autre coup !


— Je voulais que ma sœur éprouve le désir d’ouvrir son troisième œil à nouveau ! Et maintenant je dois choisir soit de la mettre en danger, soit de continuer de perdre les seuls êtres qui acceptent mon existence !

— Vous êtes sous ma protection désormais...


Un autre coup ! Satori avait complètement cédé à la colère et ne s'adressait même plus à Byakuren.


— Qu'est-ce qu'on vous a fait ! Qu'est-ce qu'Orin vous a fait !

— Ce n'est pas à moi que vous devriez adresser ces mots.


Un autre coup !


— POURQUOI ? Pourquoi faut-il toujours que l'on me prenne tout ! Mes parents ! Ma sœur ! Mes amies !


Un autre coup ! Mais cette fois-ci, Satori sembla se rendre compte qu'elle ne blessait qu'elle-même et sa rage sembla diminuer. Ses yeux brûlants de colère furent noyés de larmes d'impuissance, la rage laissa place à la peur lorsqu'elle se mit à trembler.


— Pourquoi ? abandonna-t-elle. Pourquoi même les bonnes personnes comme vous ne sont pas dignes de confiance !

— Je suis navrée de vous avoir fait du mal, mais je ne regrette pas d'avoir tendu la main à votre sœur pour la guider sur la voie de Bouddha. Si vous pensez que je suis à blâmer, alors vous pouvez continuer.

— LA FERME !


Satori allait porter un autre coup, mais à ce moment-là Koishi apparut entre elles et repoussa sa sœur.


— Méchante grande sœur ! gronda-t-elle. Madame Hijiri est très gentille, il ne faut pas la taper !


Satori sembla sortir de sa frénésie et se rendre compte de ce qu'elle avait fait. Elle s'effondra sur le sol, les larmes aux yeux, à genoux pour supplier celle qu'elle venait de frapper.


— Pardonnez-moi... Non, je m'en fiche de moi ! Protégez ma sœur, s'il vous plaît, supplia-t-elle. Et aussi mes animaux, ils n'ont rien fait de mal. Vous êtes la seule vers qui je peux me tourner...

— Vous non plus vous n'avez rien fait de mal, Satori, pardonna Byakuren d'une voix douce en lui tendant la main. Le monde n'est pas contre vous.


Satori lui tendit la main docilement et Byakuren la releva. Son espèce n'avait pas d'importance, ce n'était qu'une fille perdue qui avait besoin d'être guidée, d'être soutenue dans ce combat qu'elle allait devoir mener toute sa vie. C'est alors que la corbeau des Enfers prit la parole.


— Les... Les onis, pleura-t-elle, serrant encore plus le corps momifié contre elle. Ils ont dit qu'ils se feraient un plaisir d’honorer la reine du Monde Souterrain pour les avoir débarrassés du satori. Je ne suis pas très maline, et je suis complètement perdue par rapport à ce qui se passe en ce moment. Mais si l'ennemie de ma maîtresse est le monde lui-même, alors je brûlerai tout !


À ces mots, elle éclata en sanglots, appuyant sa tête contre la momie. Cela déstabilisa momentanément Byakuren. Que pouvait-elle répondre ? N'avait-elle pas elle-même maudit l'humanité à cause de son emprisonnement ? Ces humains qui l'avaient scellée alors qu'elle ne voulait que la paix !

Mais elle avait été enfermée si longtemps que sa haine avait fini par se dissiper d'elle-même, c'était ce qui lui avait permis de rester saine d'esprit. Il ne lui restait plus que de la méfiance envers les humains. Shou avait dû sentir sa détresse, car elle prit le relais.


— Nous ne sommes pas vos ennemies. Dame Satori, si vous avez lu les pensées de Dame Byakuren, alors vous savez qu'elle tiendra parole et vous protégera peu importe l’ennemi.


C'est alors qu'un sourire amer se dessina sur le visage de Satori, rougi après avoir tenté de sécher ses larmes.


— Je... Je ne mérite pas tant de gentillesse. J’étais venue pour vous supplier de protéger ma sœur, et j'ai fini par vous attaquer comme si vous étiez la responsable de mon malheur...

— Regardez vos mains, poursuivit Shou. Vous êtes la seule à être blessée, tout individu est susceptible de céder à la colère, personne n'y échappe. Mais le fait que vous vous en sentiez coupable prouve que vous méritez le pardon.


Ces sages paroles firent renaître l'espoir dans les yeux de Satori. Et c'est ainsi qu'elle fût invitée à vivre au Temple avec tous ses animaux. Une guerre allait avoir lieu et Satori n'était pas la seule personne que Byakuren allait devoir protéger !


***


Pendant ce temps, alors que le crépuscule laissait doucement place à la nuit, le cimetière restait aussi froidement calme que d'habitude, c'était mieux ainsi. Rumia avait besoin de tranquillité pour réfléchir, ce tournoi lui avait rappelé des choses qu'elle avait jadis oubliées, des choses qu'elle aurait aimé ne pas se rappeler, des choses qui faisaient vraiment mal.

Elle avait vécu toutes ces années sans se rappeler de tout cela, vivant comme une petite fille surnaturelle, elle ne méritait pas une telle clémence.


Rumia avait passé les trois dernières semaines à contempler cette tombe, celle qui appartenait à l'amie qu'elle avait avant d'être transformée en petite fille.

Lors de ces trois semaines, les ténèbres n'avaient fait qu'augmenter. Cette noirceur n'était pas à prendre à la légère, car il s'agissait de l'accumulation de toute la négativité accumulée depuis l'arrivée des dieux étrangers.


Tout a l’heure, une énorme vague de colère avait émané du Temple Myouren, manquant de rendre Rumia complètement folle. Dans son état de stress, elle avait relâché un concentré de cette aura néfaste qui avait probablement atteint une personne présente dans ce Temple. Mais une lumière apaisante avait calmé la victime. Malheureusement, aucune lumière ne pourrait jamais apaiser Rumia comme cela...


Dans sa main, elle tenait le ruban que lui avait donné Reimu. Cette dernière se rappelait-elle de passé ? Si c'était le cas, elle n'en montrait rien, car la prêtresse s'était juste contentée de lui adresser un sourire amical.


Elle avait bien changée depuis l'époque où Rumia était encore grande. Son réveil était inévitable, mais elle aurait aimé que cela fût beaucoup plus tard, à une époque où Reimu n'existait plus.

Rumia aurait vraiment voulu que cette fille échappe à cette sombre prophétie qui allait s'accomplir. Seule la précédente prêtresse Hakurei aurait été assez forte pour éradiquer la noirceur qui guettait Gensokyo à l'heure actuelle. Mais elle était à présent six pieds sous terre.


— Minako, maintenant que l'ombre s'est de nouveau répandue, il est trop tard pour regretter ta décision, déclara froidement Rumia.


Mais la tombe se montra aussi silencieuse que d'habitude. Qu'était-elle supposée faire à présent ? N'y avait-il donc rien qui ne pouvait empêcher cela d'arriver ?

Puis soudainement, Rumia entendit des vox familières l'appeler. C'était les amie qu'elle s'était faites dans ce corps d'enfant.


— Hé ! Rumia ! Y a plein de bonnes choses à manger ! Viens avec nous! Invita Mystia.


La yokaï du crépuscule écarta alors ses bras en croix et la rejoignit en affichant un grand sourire. Elles non plus, ces quatre yokaï si innocentes, Rumia ne voulait pas les engloutir... Mais ce n’était pas comme si elle pouvait le décider.


Lorsqu'un monde en proie aux ténèbres, est englouti par des ténèbres encore plus profondes, le rideau se lève et se dévoile alors, un monde sans lumière...


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