La routine…les habitudes…le confort, tous ces mots qui inspirent sécurité et qui sont un véritable poison pour le couple et l’amour. Pourtant, qu’est-ce qu’on se sent bien quand on fait le point sur sa vie et que l’on constate que tout roule comme sur du papier à musique. Tout est dit, tout est clair, tout est planifié…un avenir tout tracé, des conversations qu’on n’a plus besoin d’avoir car tout est décidé, des points de vue qu’on échange plus parce qu’on connaît déjà tout de l’autre, cette étrange impression de n’avoir plus besoin de faire d’effort car l’autre nous aime telle que l’on est …on se sent sûr de soi, sûr de nos choix et pourtant…il n’y a rien de pire que la confiance endormie, rien de pire que de croire que tout est acquis, que ça soit à cinquante ou à vingt ans ! Sur la route de l’amour, il y a tellement de pièges, tellement d’attaques, parfois, on ne les voit pas arriver, parfois, on ne les voit même pas ! Elles passent inaperçues et les conséquences arrivent bien plus tard ! Et on se dit : « et si… »
Je croyais aussi que tout serait comme ça jusqu’à la fin de ma vie, je croyais aussi que ma vie était tracée, je me voyais déjà dans dix ou vingt ans, je voyais déjà ma voiture, ma maison, mon chien…et pourtant, je suis si jeune. Dix neuf ans ! Et je suis déjà presque mariée ! Mais là, je me regarde dans le miroir et je me dis : « et si… »
1 – Sentiment d’abandon
La sonnerie de fin de cours retentit et je claque mon livre de Technologies horticoles pour le ranger aussitôt dans mon sac. Je me lève et dégringole les escaliers de l’amphi précipitamment, impatiente de retrouver Edward qui doit déjà m’attendre dans le couloir. Je le vois déjà, adossé contre la balustrade qui donne sur la cour, un petit sourire aux lèvres lorsqu’il m’aperçoit. Je lui rends son sourire de loin et accélère le pas. Je sais qu’il m’attend pour son cours de tennis, rendez-vous habituel du vendredi soir.
Edward est comme ça, très protecteur avec moi. Une vraie mère poule ! Parfois, j’ai l’impression que s’il pouvait me mettre dans un fauteuil roulant pour être sûr que je ne me blesse pas et me pousser dans l’université, il le ferait ! Il passe son bras sur mes épaules et m’entraîne rapidement vers l’extérieur. Je me sens bien avec lui, tout est presque parfait ! Il n’y a jamais de mauvaise surprise, il planifie tout, prévoit tout, il est très mûr pour son âge, si mûr que parfois je me dis qu’il pourrait déjà monter sa propre entreprise maintenant et la diriger ! Il a d’ailleurs décidé de se lancer dans cette voie et suit des études de finance. Mais il y a aussi autre chose qui fait que tout va toujours comme il le veut : son argent. Edward est le fils du docteur Cullen de Forks, une des familles les plus riches de cette région. Et la richesse et la réputation sont deux ingrédients parfaits pour que, tout leur soit accepté, sans discuter ! Et moi dans tout ça, et bien j’en profite aussi un peu…
Je suis arrivée à Forks à l’âge de quinze et une semaine après, je sortais avec Edward, le mec le plus sexy du lycée qui me donna aussitôt le statut de fille la plus enviée et prisée de Forks. Pourtant, j’étais assez quelque conque comme fille et je me demande encore parfois aujourd’hui, ce qu’Edward avait bien pu me trouver ! Mais il m’avait donné confiance en moi, il me gâtait chaque jour, rien n’était trop beau pour mes yeux. Et moi, j’étais complètement folle et amoureuse.
J’avais quitté ma mère qui comptait faire le tour du monde avec son nouveau copain et rejoins mon père Charlie, chérif de cette ville polaire. Ici, il pleut quasi tout le temps et si ce n’est pas la pluie, c’est la neige ! Même maintenant, en juin, le ciel est toujours menaçant. Mais avec Edward, je n’ai pas le temps de m’attarder sur la météo car nos week-ends sont toujours très chargés !
D’un clic sur ses clefs, il ouvre les portes de sa Volvo dernier cri et m’ouvre la portière pour que je monte à bord. Cette voiture en a rendu plus d’un jaloux à l’université ! Et je suis toujours l’attraction du monde lorsqu’Edward me dépose devant le bâtiment pratiquement chaque matin.
Nous quittons l’université et Edward accélère aussitôt. Je suis collée au siège et savoure le décor qui défile sous mes yeux.
La maison des Cullen se situe à l’extérieur de Forks. C’est une villa typiquement moderne, construite sur pilotis au milieu des bois. Les grandes baies vitrées rendent la maison parfaitement éclairée, sans parler de tous les équipements sophistiqués qui la compose. Je tourne la tête vers Edward, surprise qu’il s’arrête d’abord ici avant d’aller à son cours.
Cette nouvelle me chamboule un peu car je n’avais pas prévu de partir maintenant en vacances ! Charlie allait sûrement me tuer de louper les cours en plein dernier semestre mais tant pis, je m’arrangerais avec. Je n’avais pas d’examens cette année.
Mes jambes flageolent un peu. Je ne comprends pas que je ne fais pas partie du voyage. Depuis mes quinze ans, je suis bien partie une dizaine de fois en vacances avec les Cullen, en fait, en y réfléchissant, je ne me suis jamais retrouvée seule sans Edward. Ce dernier m’observe, scrutant la moindre de mes réactions et craignant sûrement une crise de larmes.
Je me blottis contre lui et l’embrasse dans le cou pour lui prouver que je compatis à sa peine. Il sourit et ajoute :
Après tout, Edward et moi n’étions pas encore mariés ! Il m’avait fait sa demande le jour de mes dix-huit ans et nous étions donc fiancés depuis. Les Cullen avaient fait une très grande et somptueuse fête pour ce jour, au grand damne de mon père qui détestait toutes ces mondanités. Mais j’étais majeure et j’aimais Edward depuis si longtemps qu’il ne s’était pas opposé à cette décision. Edward me serra contre lui et déposa un baiser sur mon front en murmurant :
Je descends à mon tour du véhicule, un soudain sentiment d’abandon m’envahi mais je respire un grand coup pour afficher une bonne figure devant Edward afin qu’il ne s’inquiète pas. Nous montons ensemble les marches en bois polis de la maison et Edward me fait entrer par la grande porte vitrée qui donne directement sur un immense séjour éclairé par mille lumières. A notre arrivée, Alice, la petite sœur d’Edward de dix sept ans nous saute dessus en riant. Je suis toujours amusée par sa bonne humeur permanente, contraste violent avec la grande sœur d’Edward, Rosalie, qui elle affiche toujours un air sévère et fermé.
Je n’étais pas trop fan de ce groupe mais Alice et son copain en raffolaient. Encore une fois, un mois avant, elle avait réussi à obtenir des billets pour un concert que je savais guichet fermé puisque j’avais regardé pour lui acheter des places moi-même. Je vis Edward secouer la tête en souriant, aussi amusé que moi par le caractère enjoué de sa sœur.
Je le suivis à l’étage, afin d’aller chercher quelques affaires dont j’aurai besoin pendant leur absence. Je vivais toujours officiellement chez Charlie mais le fait est que je passais quand même pas mal de nuits ici, même en semaine. Par conséquent, j’accumulais un peu plus chaque jour des vêtements et des objets personnels dans la chambre d’Edward. Ce dernier me prit dans ses bras et murmura :
Il me berce doucement, essayant d’apaiser le sentiment d’abandon qui ne me lâche pas. Les larmes me montent aux yeux et je les ferme pour éviter qu’elles ne coulent sur la belle chemise blanche d’Edward. Puis, il se dégage et je continue l’air de rien à m’affairer pour ne rien oublier.
Il me laisse seule afin que je reste bien concentrée et une fois qu’il a le dos tourné, un spasme me secoue et je laisse cette fois mes larmes s’écouler doucement sur mes joues. Puis, dans un furieux revers de la main, je les essuie rapidement et continue mon paquetage.
Je le rejoins en bas, toute souriante et trouve Edward en pleine discussion avec son père qui me salue en passant. Je pose mon sac contre la porte pour l’attendre.
Carlisle Cullen a l’air très préoccupé et je vois, à ses brefs regards vers moi, qu’il préférerait que je n’écoute pas leur conversation. J’avance donc vers une des baies vitrées afin de mettre un peu de distance entre nous, observant avec émerveillement l’architecture exceptionnelle de cette maison quand soudain, j’entends un gros bruit et un juron de Rosalie derrière moi.
J’avais laissé mon sac contre la porte d’entrée et Rosalie a buté dedans en entrant.
Je m’avance pour le pousser mais elle donne un coup de pied dedans qui le fait valser contre une des plantes de l’entrée.
Ça aussi, c’était un fait : Rosalie ne m’aimait pas. Elle ne m’avait jamais aimé et ça ne changerait jamais ! Pour elle, je n’avais rien à faire chez elle ! Elle avait même dit une fois devant moi et pendant un repas de famille qu’elle ne pouvait pas s’opposer à ce que son frère me voit mais pas ici ! Elle refusait l’idée que je profite quotidiennement de leur fortune et de leur confort. Je l’avais déjà entendu plusieurs fois râler après Edward parce qu’il m’emmenait au restaurant ou parce qu’il me payait une robe ou tout simplement parce que j’utilisais leur salle de bain luxueuse avant de rentrer chez moi.
Rosalie avait fini ses études dans quelques mois, elle allait être avocate et sortait depuis des années maintenant avec un fils de chirurgien : Emmett. Ce gars là était assez sympa et parfois, je le voyais me lancer un petit regard entendu quand Rosalie se déchaînait sur Edward à mon propos ou qu’elle me faisait un sale coup en douce comme casser mon sèche-cheveux que j’avais oublié à la salle de bain ou faire disparaître mes affaires, des vêtements que je ne retrouvais jamais. Je ne doutais pas qu’elle fouillait dans la chambre d’Edward pendant notre absence mais je n’avais rien à cacher !
Edward écourte sa conversation et vient vers moi, dans un petit sourire d’excuse.
J’aurai bien aimé profiter de lui une dernière nuit mais il ne semblait pas partager ce point de vue. Je monte donc dans la voiture, le cœur un peu serré tout en ne le quittant pas des yeux pendant qu’il fait sa manœuvre.
Ça aussi, c’était devenu un fait…sans même que je sache faire quoique ce soit pour le changer. Au début de notre relation, Edward me pressait un peu pour passer à l’acte. Il avait dix sept, j’en avais quinze, je me sentais si jeune …pourtant, avant mes seize ans, j’avais succombé. Je l’aimais trop pour continuer à lui refuser ça et j’avais envie de voir ce que c’était, même si j’avais prévu d’attendre un peu dans mon avenir que je m’étais planifié avant de le connaître. Edward était donc mon premier et serait mon dernier amour ! Lui seul aurait le privilège de me toucher et dans ma tête, je lui avais fait le plus beau cadeau qu’il soit donné d’offrir à un homme de la part d’une femme. Pour lui, je n’étais pas la première…mais je m’en fichais ! Au contraire, il m’avait fait partager son expérience et c’était quand même plus simple que lorsque deux adolescents font ça tous les deux pour la première fois. Plusieurs de mes amies avaient aussi fait « le pas » mais la moitié d’entres elles avaient été déçues voir dégoûtées ! Le garçon qu’elles croyaient toutes parfait avait soit oublié qu’ils étaient deux, soit s’y était pris très mal et l’acte avait été très douloureux. Moi, j’avais eu de la chance car Edward avait été très attentionné. Mais depuis quelques temps, une certaine routine s’était installée entre nous. Cela faisait même un an si je comptais bien et je ne voyais aucun élément déclencheur de ce changement qui s’était installé petit à petit.
Edward ne s’encombrait plus de préliminaires, parfois, il ne m’embrassait même pas ! Et son étreinte devenait parfois brutale. Pourtant, rien n’avait changé entre nous, il était toujours aussi amoureux et prévenant mais j’avais l’impression d’être parfois un objet de plus dans sa vie. Surtout durant ce moment là ! Il me fallait même parfois faire preuve de beaucoup d’imagination pour rester concentrée…il y eut même une fois où je n’avais ressenti aucun plaisir et que Edward ne s’était rendu compte de rien ! Depuis, je me posais beaucoup de questions, j’avais même remarqué que lorsque je me promenais en petite tenue ou nue devant lui, la lueur qui habitait ses yeux ne s’allumait plus ou alors, il fallait que j’insiste sérieusement. Parfois, il ne me voyait même pas, la tête plongée dans ses cours de finance. Mais son attitude dans la journée était identique à ceux du début de notre relation. J’espérais un jour avoir assez de courage pour aborder le sujet.
La voiture s’arrête devant ma maison et j’hésite à descendre tout de suite. Edward le comprend et m’attire contre lui pour embrasser mon front. Je lève la tête vers lui et dépose un baiser sur ses lèvres qu’il me rend. Je me relève pour en faire plus, l’embrasser pleinement comme avant mais son regard clair et assez froid m’arrête aussitôt et il déclare :
Je prends alors mon sac et ouvre la portière en lui lançant en dernier regard. Il me sourit doucement et je lui chuchote avant de claquer la porte :
Et il démarre doucement la Volvo.
Mon sac sur le dos, j’entre sans bruit dans la maison, lorsque Charlie, assit devant un match de baseball se retourne depuis son fauteuil en s’écriant :
Je ne réponds pas et monte les escaliers jusqu’à ma chambre. Je sais que mon père a maintenant ses petites habitudes et qu’il fréquente une femme nommée Sue Clearwater depuis maintenant un mois. Cette femme là, je ne la connais pas vraiment car mon père la voit chez elle, à la réserve indienne et moi, je ne suis jamais là ! Je sais juste qu’elle a perdu son mari il y a trois ans et qu’elle a deux enfants : Leah, une fille de dix-sept ans et Seth, un garçon de quatorze ans que je n’ai jamais rencontrés ! Mais voilà, les Quileute ont leur réserve, leur territoire de sorties et leur lycée…il faut vraiment être ami avec l’un deux pour entrer dans le cercle très fermé de ces derniers indiens. Mon père est justement l’ami de l’un d’entre eux : Billy Black. Un homme très gentil qui a trois enfants et qui m’appelle souvent « ma fille » quand on se voit, ce qui remonte maintenant à trois ou quatre ans ! Charlie me reproche souvent de ne pas venir lorsqu’il est invité chez eux, je n’ai même pas pu (ou pas voulu) me rendre aux obsèques de madame Black, morte l’année dernière d’une leucémie. En fait, depuis que je suis avec Edward, ma vie file à cent à l’heure et nous avons toujours quelque chose de prévu pour les week-ends et les vacances.
Et depuis une minute que je rêvasse sur mon lit, je me demande justement ce que je vais bien pouvoir faire ce week-end ! Je suis tellement dépendante d’Edward qu’en fait, je n’ai plus vraiment d’amis…dans le sens, d’amis de sortie, car je n’ai pas besoin de me confier à qui que ce soit ! Je fréquente les amis d’Edward ou ceux de Alice. Les gens que je connais sont des personnalités ou des relations des Cullen. En fait, en y réfléchissant bien, je ne pense pas que j’aurai pu aller dans un endroit où nous avons l’habitude d’aller sans Edward. Je l’avais bien compris depuis le départ, j’étais acceptée parce que j’étais avec lui…mais si demain soir, il me prenait l’envie d’aller boire un verre dans un de ces bars rétros dans lesquels nous allions toujours, je ne serai pas surprise de me voir refuser la porte.
Après réflexion, je décide de rester à la maison ce soir, retrouver un peu l’ambiance familiale que je n’ai pas eue depuis une éternité ! Je ne sais pas si mon père a des projets mais au pire, je regarderais la télévision, chose que je n’ai pas faite depuis des lustres !
Je trouve mon père à la cuisine, planté devant le frigo, l’air soucieux.
Il claque le frigo et prend sa veste dans un demi-sourire puis ajoute :
Il lève les sourcils l’air de me dire « c’est comme ça la vie ma belle » et quitte la maison.
Je me retrouve donc toute seule dans le salon, la télévision criant derrière moi pour unique compagnie.
2 – Belle rencontre
Ce week-end a été bien long et morose. Mon père n’est finalement rentré que ce dimanche et j’ai passé mes heures devant la télévision ou sur Internet, tellement que j’ai les yeux qui me brûlent de fatigue. Edward est bien arrivé et pense rentrer en fin de semaine. Je soupire, finalement contente de retourner en cours le lendemain car je serais incapable de passer une journée de plus enfermée dans cette chambre.
A table, mon père m’observe et je finis par lever les yeux sur lui afin qu’il crache le morceau.
Je sais déjà ce qu’il va me répondre mais tant pis. Il m’agace avec ces remarques.
Je me lève et laisse mon père à table finir seul son assiette. J’ai dix neuf ans et j’ai l’impression qu’il me parle comme si j’en avais douze !
Et la semaine passe, lente et assez perturbante. Comme je n’ai pas de voiture, je dois reprendre le bus pour rentrer chez Charlie, autrement dit, c’est l’affolement total le premier jour et surtout beaucoup de patience une fois que je réussis à monter dans le bon ! Au lieu de m’asseoir directement dans la Volvo et des cinq minutes habituelles que je mets de l’université à la villa avec Edward, je dois marcher dix bonnes minutes à pieds jusqu’à l’arrêt de bus en bas de la rue, puis attendre que le mien puisse se garer tellement il y en a et ensuite, trouver une place assise quand il y en a une ! Sans compter les interminables arrêts que nous faisons jusqu’à celui qui se trouve à cinq cents mètres de ma maison, cinq cents mètres que je dois bien sûr faire à pieds, qu’il pleuve ou non.
Justement, ce soir, je suis rentrée trempée pour la deuxième fois de la semaine, ce qui fait bien rire Charlie lorsqu’il me voit, les cheveux complètement délavés.
Nous mangeons en silence le repas que je lui ai préparé en rentrant. Evidemment, ce n’est pas exceptionnel, depuis le temps que je n’ai pas touché une poêle mais Charlie ne dit rien. Soudain, il fait une pause :
Leah, la fille de Sue…je savais que mon père allait essayer de m’embobiner à nouveau pour que j’aille à la Réserve ! Mais dimanche…Edward rentre le soir, je serai trop excitée de le revoir pour aller passer ma journée avec les amis indiens de mon père. Je vois qu’il attend une réponse de ma part et répond, hésitante :
Et encore une fois, je me retrouve seule devant mon assiette, constatant que quand ce n’est pas moi qu’il le fait, c’est lui qui me plante. Pourtant, je m’entends assez bien avec mon père mais dès qu’il s’agit de ma relation avec Edward ou de quelque chose qui s’en approche comme les sorties, les week-ends, les vacances, les repas de famille etc…Charlie se tend comme un arc, il est tout de suite agacé. Je pense que malgré cela, il a accepté nos fiançailles sans broncher mais je me demande parfois s’il n’a pas fait ça justement parce qu’il savait qu’en s’y opposant, j’aurai foncé tête baissée. Je pense qu’il s’imaginait que j’allais changer d’avis…mais il se trompait lourdement !
Et les cours continuent…j’essaie de discuter un peu plus avec mes camarades de classes. J’apprécie beaucoup Angela et Mike, des personnes avec qui j’étais déjà au lycée de Forks. Mais, nous ne faisons pas partis du même monde…et je le ressens fortement, surtout avec Angela qui fait partie d’une très grosse famille où les revenus sont plus que modestes. Mais parfois, nous échangeons des anecdotes sur les cours ou sur les profs, parfois même sur les élèves, ce qui me donne l’impression que nous formons une petite bande. Ça me fait du bien mais en même temps, je ne me sens pas à ma place, comme décalée par rapport à eux. En fait, mis à part les cours, je n’ai rien en commun avec eux et au bout d’un moment, la conversation s’essouffle d’elle-même.
Vendredi, et mon angoisse monte d’un cran car je dois prendre le bus jusqu’à Seattle. Je déteste le fait que le rendez-vous prit il y a plusieurs mois pour mon genou (blessé lors d’une chute de cheval avec Edward il y a deux ans) tombe pile pendant la semaine où il n’est pas là ! Je dois y aller après les cours de l’après-midi et le trajet va durer presque deux heures alors qu’en voiture, j’y serai en une ! Charlie n’est pas disponible et je n’ose demander à personne de m’emmener surtout la veille d’un week-end…
Mais ma poisse avec les bus continue et je me rends compte au bout de une demi-heure d’attente, que celui que je devais prendre est passé avant même que je sois à l’arrêt ! L’horaire sur lequel j’avais regardé date de l’année passée et je soupire, seule sous l’abri. Après une longue hésitation, je prends quand même le téléphone et appelle mon père.
Je sais que ce rendez-vous est important et que mon père ne le laissera pas passer.
Autrement dit, juste assez de temps pour qu’il quitte le Q.G. et vienne me chercher en voiture.
Je regarde mon téléphone, hésite à le rappeler puis finis par le ranger dans ma poche de blouson. Jacob … Jacob Black ? Mais quel âge a-t-il maintenant ? Je réfléchis longuement et finis par conclure qu’il doit avoir seize ou dix-sept ans…enfin, il doit avoir le permis si mon père me l’envoie. J’essaie de me rappeler un peu le jeune garçon que j’ai rencontré en arrivant à Forks. A l’époque, il devait avoir douze ou treize ans. Il était assez sûr de lui et d’un caractère très enjoué. Je me souviens qu’il m’avait fait beaucoup rire une paire de fois et qu’il aimait beaucoup ma compagnie. Je m’assoie donc sur le banc de l’abri, en espérant que Jacob soit joignable et qu’il puisse me conduire jusque Seattle.
Au bout d’un quart d’heure, sortant du parc qui longe l’université, je vois un grand gaillard avancer à grands pas vers moi et il me faut bien quelques secondes avant de le reconnaître. Je n’en reviens pas comme il a grandit ! Et surtout je n’en reviens pas de cette carrure qu’il a acquise, ainsi que de sa musculature que je devine à travers son tee-shirt noir à manches longues qui lui serre au corps. En regardant ses longues jambes, je me demande même où est-ce qu’il a trouvé un jeans de cette taille là ! Il me lance un grand sourire éclatant qui éclaire son visage mat et je reconnais les traits de l’adolescent que je connaissais. Lorsqu’il est à ma hauteur, je constate que ma tête lui arrive à la poitrine et m’écris :
Je suis estomaquée ! Je lève la tête vers lui en affichant une mine réellement impressionnée. Sa voix a évidemment changé, elle est plus grave, plus chaude et je constate qu’il est devenu un homme depuis … quatre ans que je ne l’ais pas vu !
La comparaison est vraiment amusante et venant de sa part, ça ne m’étonne pas.
J’éclate de rire devant sa bonne humeur et surtout heureuse de le voir si vite. Je le suis pendant plusieurs mètres, remarquant dans son dos ses longs cheveux noirs, deux mèches nouées à la nuque pour ne pas être gêné. Eux aussi avaient énormément poussés depuis que je l’avais vu, lui arrivant bien en dessous des épaules maintenant et je suis immédiatement jalouse de la brillance de leur texture. Nous traversons le petit parc jusqu’à un parking en contrebas de la rue. Je le vois ouvrir une vieille Golf et me dis intérieurement que si Edward me voyait monter là-dedans, il aurait une attaque. Mais ici, personne ne peut me voir et je monte donc vite à la place passagère. Jacob claque la portière en riant, captant ma gêne que j’avais pourtant essayé de dissimuler.
Il s’assoie au volant et démarre rapidement. Je remarque qu’à l’intérieur, beaucoup de choses ont été changées. Le volant semble plus récent, les sièges aussi et tout est nickel. Jacob semble prendre vraiment soin de cette voiture.
Un peu cassée par sa remarque, je me demande ce qu’il doit penser de moi et des Cullen. Son allusion en dit long malgré son ton léger. Je l’observe à la dérobée, une soudaine envie d’en savoir un peu plus sur lui.
Je tape au hasard, espérant ainsi connaître son âge.
J’avais vu juste, deux ans de moins que moi.
Il tourne la tête vers moi avec un léger sourire en coin.
Je note le « nous » et demande :
Oui, évidemment, pensé-je malgré moi.
Il comprend alors qu’il me met un peu mal à l’aise et ajoute, d’une voix plus posée :
Je suis abasourdie ! Jacob sort avec la fille de la copine de mon père et en plus du fait qu’il est le fils de Billy, nous ne nous sommes pas croisés depuis quatre ans ! Je constate que je vis vraiment dans une bulle depuis que je suis avec Edward. Je jette à nouveau un coup d’œil à Jacob. Il semble si bien dans sa peau. Il respire le bien être et la joie de vivre. Il sifflote tout en conduisant, sûr de lui, à l’aise avec tout ce qu’il l’entoure.
Une heure de route en sa compagnie est de loin le meilleur moment que j’ai passé depuis une semaine que je suis seule, sans Edward. Il parle de tout et de rien, une vraie pipelette ! Mais sa manière de voir les choses n’a pas changé depuis son enfance, lorsque nous parlions déjà de tout et de rien. Il trouve tout positif, il se moque beaucoup des jeunes du lycée de Forks mais il sait aussi se moquer de lui-même. Je ne me souvenais plus à quel point son caractère était aussi ouvert et joyeux. Et lorsqu’il s’est émerveillé devant l’envol d’un faucon juste devant le capot de la voiture, je me suis souvenue d’un moment passé avec lui à mon arrivée à Forks où il m’avait expliqué l’importance des rapaces dans la chaîne alimentaire des animaux de la forêt et surtout, de ce que représente l’aigle aux yeux des indiens. Je le voyais encore, tout excité à son âge, me raconter l’histoire de l’oiseau le plus grand du ciel qui est le messager entre notre monde et celui des esprits. Si je me souvenais bien, les anciens recevaient une plume d’aigle à chaque acte héroïque car elle représente le courage, la sagesse mais aussi le pouvoir. Je me souvenais maintenant que le jour où j’étais tombée de cheval, mon père m’avait donné une plume en me disant qu’elle venait de Jacob. Mais je me rappelais aussi avec honte que je l’avais rangée dans un de mes tiroirs sans même y prêter attention.
Arrivés à la clinique de Seattle, je constate avec joie que nous avons un bon quart d’heure d’avance et que je n’aurais pas besoin de courir (comme je me l’étais imaginé pendant toute la semaine) pour être à l’heure à mon rendez-vous. Jacob me suit et je lui dis :
Nous entrons dans la clinique et je manque de tomber en butant sur la marche de la grande porte d’entrée automatique. Jacob me rattrape par le bras et je me dégage, en m’excusant, un peu honteuse de n’être pas plus attentive aux endroits où je mets les pieds. Je déambule dans le bâtiment sans même regarder les panneaux d’indication.
Je préfère ne pas relever, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec lui comme je le fais avec mon père quand il s’agit de la fortune ou du « bras long des Cullen » comme il dit. En effet, quand je dis que je profite un peu de tout ça, sur cet accident, j’ai eu la chance de pouvoir en profiter. Mais comme d’habitude, Edward s’était senti complètement responsable de ce stupide accident et il n’avait pas eu besoin de beaucoup convaincre son père pour me faire recevoir dans l’urgence par un médecin spécialisé de Seattle.
A ma grande surprise, Jacob entre avec moi chez le médecin qui me suit, le docteur Brown, et s’assoit à mes côtés pendant que mon spécialiste observe ma dernière I.R.M. prise à l’hôpital de Forks par le père de Edward. Pas gêné par sa présence, le docteur Brown parle ouvertement devant Jacob de ma rééducation.
Je me lève et Jacob me suit tout en me prenant le coude comme si j’avais besoin de lui pour marcher. Surprise, je me dégage doucement et bégaye comme une idiote en disant au revoir au docteur Brown.
Une fois dans le couloir, nous marchons en silence et je remarque que Jacob a l’air préoccupé.
Ma tentative à minimiser l’accident n’a pas l’air de fonctionner car Jacob a toujours une barre soucieuse au milieu du front.
Je soupire tout en appuyant sur le bouton pour appeler l’ascenseur.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et nous montons dedans. Je vois Jacob secouer la tête sans me quitter des yeux.
Jacob éclate de rire et je continue, amusée de le voir autant se moquer de moi.
Je hoche la tête, affirmant dans un regard entendu que non, je ne suis sûrement pas la seule !
Là, c’est moi qui éclate de rire, trop contente de pouvoir partager ces souvenirs avec lui, des souvenirs pourtant douloureux mais qui paraissent si drôles quand je lui raconte.
Jacob hausse les épaules en secouant à nouveau la tête, dépité.
Le retour se fait dans la même ambiance qu’à l’allée, à parler de tout, de ses copains, de ses voitures, et de rien, du ciel, des nuages, des « guignols sur la route qui ne savent pas conduire » et je regrette presque d’être déjà arrivée à Forks lorsque Jacob se gare devant chez Charlie. Je descends de la voiture et me baisse pour lui dire au revoir mais il me dit avant, dans un petit sourire en coin :
Il me fait un dernier clin d’œil et démarre pendant que je claque la portière de sa voiture. Je le regarde tourner en bas de la rue en souriant.
3 – Une belle journée ensoleillée
Quoi de pire que de se faire réveiller par une mauvaise nouvelle ? Je n’ai toujours pas quitté des yeux mon plafond depuis cinq minutes que j’avais ce texto sur mon portable et je suis en train de me rendre compte que je n’ai pas encore repris correctement ma respiration. « Je reste une semaine de plus, je t’appelle ce soir, je t’aime ».
Voilà…j’étais bonne encore pour une semaine sans lui, une semaine à m’ennuyer profondément et à rester dans cette chambre…une semaine à prendre le bus et à galérer…bon, ça non, je ne devais pas penser à ce genre de trucs ! Est-ce que je profitais vraiment de la voiture d’Edward ? En fait, je le voyais autrement : Edward m’avait tellement assistée pour ça que je n’étais même plus capable de prendre le bus pour aller à l’école ! A partir de maintenant, ça allait changer ! J’essaierais de prendre ce tas de ferraille au moins une à deux fois par semaine … histoire de ne pas perdre la main au cas où…
Le samedi passe donc, morose, ennuyeux et sinistre…encore un week-end sans bouger. Je regarde dehors et constate que la pluie a cessé. Le genre de détails dont je ne me serais jamais rendue compte avant et qui me fait sourire.
Le dimanche matin, je constate qu’il fait carrément beau ! Et c’est avec un certain optimisme que je rejoins Charlie pour le petit-déjeuner. En descendant l’escalier, je manque une marche et arrive en reprenant mon équilibre sur la suivante. Le cœur battant, je maudis ma maladresse. A mon grand étonnement, je le trouve déjà habillé, rasé et prêt à partir alors qu’il n’est que dix heures.
Je me souviens alors de son histoire de fête chez les Quileute et mon cœur fait un petit bond dans ma poitrine. Je réfléchis deux secondes et réponds :
Etonné, Charlie relève la tête vers moi et rétorque :
Il me regarde, les yeux un peu plissés, réfléchissant à ce que je venais de dire. Je le sens méfiant ou réellement surpris.
Je déglutis, un peu déstabilisée qu’il m’attaque aussi directement sur lui.
Pourtant, mon cœur bat anormalement vite. Est-ce que j’avais vraiment autant envie de le revoir ? La vérité est que j’avais passé un très agréable moment avec lui et que j’avais envie de le connaître un peu plus.
Mon père hausse les épaules, se fichant éperdument de cette histoire de tromperie et du scandale de la famille…il me regarde avec un sourire moqueur et je lève les yeux au ciel en disant :
Je ne me souvenais pas que la réserve Quileute fût aussi près de chez mon père. En fait, en dix minutes nous y étions et je me sens un peu excitée à l’idée de revoir Jacob. S’il était là, je savais déjà que j’allais passer une bonne journée. Mon père se gare près de la maison rouge des Black que je trouve encore plus petite que dans mon souvenir. Il y a du monde, je ne vois que des personnes à la peau mate et aux cheveux noirs dans la prairie qui entoure la bâtisse. Beaucoup ont de grands cheveux noirs comme Jacob (mais pas aussi beaux, pensé-je malgré moi) et je reconnais de loin, Billy dans son fauteuil roulant. Celui-ci s’approche de nous dans un grand sourire.
Je lui tends la main qu’il serre affectueusement en jetant un coup d’œil à Charlie.
Mais je sens qu’ils s’amusent beaucoup. La petite embourgeoisée a osé fouler l’herbe de la réserve Quileute … quel événement ! Je me fiche de leurs pensées et jette un regard circulaire autour de moi.
Je souris spontanément lorsque, de loin, j’aperçois Jacob, assis dans l’herbe, le bras posé sur l’épaule d’une fille indienne face à lui. Leurs jambes emmêlées, ils semblent se parler et je sens un picotement dans le ventre lorsque je le vois remonter une mèche de la jeune fille et lui placer derrière l’oreille. Il semble si doux, si affectueux dans ce geste et ils semblent si bien ensemble. Je pense alors que ça fait longtemps que Edward et moi ne sommes pas allés dans notre clairière où nous allions souvent pique-niquer au début. Nous pouvions aussi rester des heures à nous contempler et discuter.
Devant leur intimité évidente, je me sens un peu perdue dans tout ce monde que je ne connais pas et fais le tour sur moi-même à la recherche de mon père, qui a disparu.
Je me retourne vers la voix qui m’interpelle pour découvrir trois garçons qui s’approchent de moi. Celui qui me sourit et qui visiblement m’a parlé est un peu plus petit que les deux autres.
Je vois son copain aux cheveux mi-long glousser et l’autre, aux cheveux courts, qui me semble un peu plus âgé, me regarder d’un œil plus hautain.
Le dénommé Paul, aux cheveux presque ras, me fixe durement mais je perçois un petit sourire en coin. Je le toise et il finit par me dire sur un ton un peu amer:
Je note le diminutif de Jacob mais aussi le fait que décidément, ma relation avec les Cullen n’est un secret pour personne. Je me demande vraiment ce qu’il se raconte parmi les indiens à ce propos !
Je reconnais la voix chaude de Jacob et me retourne aussitôt en souriant. Mais, je suis bêtement surprise de le voir arriver avec sa copine que je devine être Leah Clearwater et leur couple me rend soudain nerveuse.
Cependant, je suis forcée d’admettre qu’ils sont magnifiques tous les deux ainsi enlacés. Jacob, toujours son bras autour de l’épaule de Leah avance doucement pendant que celle-ci, son bras dans son dos au niveau de la taille, affiche un air assez distant, les yeux dans le vague. Elle lui arrive à l’épaule et je me dis que j’ai l’air bien ridicule à côté. Ses longs cheveux noirs, aussi longs que ceux de Jacob et sa peau un peu plus foncée que lui, la rendent très jolie. Seulement, une seule chose abîme un peu la beauté de leur couple : son air sévère jure avec le visage rayonnant de Jacob. Ce n’est même pas du au fait qu’elle ne sourit pas. Son visage est anguleux, ses lèvres fines et son nez bien droit. Jacob lui, a des traits beaucoup plus adoucis et ses lèvres sont …pleines et plus sensuelles. Cette pensée me secoue un peu et je me ressaisis lorsqu’ils sont face à moi, Jacob avec un grand sourire éclatant.
Je remarque que Leah passe son deuxième bras autour de sa taille dans un geste possessif, sans me quitter des yeux cette fois.
Je passe ma main dans mes cheveux, consciente que, malgré mes efforts, j’ai l’air mal à l’aise. Le fait est que face à eux deux, je me sens toute petite et, en effet, transparente.
Jacob glousse, amusé et peut-être pas dupe ? Je lui souris tout en jetant des petits regards autour de moi, cherchant toujours mon père pour m’échapper.
Il le voit que je suis mal ! Je le vois dans ses yeux ! Il sait que je débarque ici depuis des lustres parce que je suis seule et que ma vie avec Edward m’a clairement coupé du monde. Mais je ne lui en veux pas de se moquer et de me provoquer…c’est la vérité, je devrais connaître tout le monde et je ne connais personne !
Cette fille a l’air aussi grinçante que le dénommé Paul mais je ne me démonte pas.
Nous nous toisons quelques secondes et je vois du coin de l’œil, Jacob serrer les lèvres, attendant sûrement de voir comment j’allais m’en sortir.
Et à mon grand soulagement, je la vois le lâcher, lui déposer un furtif baiser sur les lèvres et filer, toujours sans sourire. Elle semble avoir compris que Jacob comptait rester avec moi et cette idée lui déplait. Je lève les yeux vers lui et Jacob me regarde en riant doucement tout en levant un sourcil, l’air de dire « eh, tu espères quoi ? ». Je baisse les yeux, gênée.
Mon ton le surprend un peu, je commence à regretter d’être venue mais je l’entends glousser à nouveau en disant.
Et, tout en posant sa main sur mon dos, il m’entraîne dans la clairière mais je pousse un petit cri lorsque mon pied se fourre dans un trou et me fait perdre l’équilibre. Encore une fois, Jacob m’a chopé le bras pour m’empêcher de tomber.
Je reprends ma respiration et continue à avancer, me disant qu’un jour, j’arriverai à nouveau à me casser quelque chose. Jacob me cite un à un les prénoms des personnes qui nous entourent. Je sais que je ne vais pas tous les retenir mais il fait ça si discrètement que je le remercie intérieurement de ne pas m’imposer une présentation individuelle qui me ferait subir des « oh, on ne t’a pas vue depuis longtemps ! » ou des « Mais tu es qui toi ? » …tous ces gens qui connaissent mon père parfaitement, qui sont même son ami et moi…la fille parfaitement inconnue qui débarque dans leur monde et qui n’a rien à faire là.
Le repas est une véritable expérience ! Mon père à ma gauche, Jacob à ma droite, j’observe avec dégoût et admiration à la fois les jeunes indiens face à moi qui se goinfrent littéralement de tout ce qui est servi sur la table…Parmi ces jeunes, les fameux Quil et Embry qui m’ont accueilli à mon arrivée. Je fais la connaissance également de Sam Uley et de sa copine Emily, de Jared et Kim, un couple bien sympathique et de Rachel, la sœur aînée de Jacob dont je me souviens vaguement.
L’ambiance est chaleureuse, détendue et sans complexe…quand je dis sans complexe c’est vraiment sans…les garçons mangent parfois avec leurs doigts, se servent dans le plat avec leur fourchette et piquent dans l’assiette de leur voisin. Jacob semble plus posé mais peut-être est-ce parce que je suis à côté de lui ou pour bien se tenir devant Leah ?
Mon père rit beaucoup, il est très à l’aise parmi ces indiens Quileute et je regrette un peu de découvrir son univers par la force des choses.
Pendant toute la journée, je ne peux pas le nier, Jacob ne me lâche pas et je devine que c’est pour ne pas que je me sente perdue. Il m’explique un peu leurs traditions et leur façon de vivre. Enfin, il m’explique à nouveau ! Parce qu’il l’avait déjà fait à mon arrivée à Forks mais j’avais tout oublié. Je n’ai jamais accroché à tout ce qui est littérature et histoire, je trouvais ça assommant au lycée mais avec Jacob…il a une telle façon de raconter les choses, il utilise des mots simples, des métaphores pour que je comprenne mieux, il se met à mon niveau…souvent, il prend des exemples de mon univers pour m’expliquer le sien. Et puis, j’aime écouter sa voix, elle m’apaise. Ce gars là est la joie et le calme incarnés. Pourtant, parfois, je sens quelque chose en lui qui couve, un truc que je découvrirais peut-être si je le vois souvent mais parfois, lorsqu’il me parle des animaux de la forêt et de la façon dont les habitants de Forks polluent parfois les bois, il me parle toujours calmement mais je le sens crispé, je l’ai même vu serrer les mâchoires à deux reprises. Mais ensuite, il me sourit aussitôt. Est-ce qu’il se contient devant moi ? J’aimerai pourtant que non. J’aimerai le connaître tel qu’il est vraiment.
Lorsque mon père me fait signe en fin de journée que nous allons partir, je ressens une profonde déception. J’aurai aimé rester un peu plus longtemps mais visiblement la fête se termine et je devine que Jacob a prévu de passer la soirée avec Leah pour son anniversaire, vu la façon dont elle le regarde avec insistance…histoire de savoir quand est-ce qu’il va me lâcher.
J’entends dans cette question une petite lueur d’espoir et ça me fait chaud au cœur. Ainsi, ma présence semble lui plaire autant que moi la sienne. La vérité c’est que Jacob m’attire comme un papillon par la lumière. Je veux tout savoir de lui, de sa famille, de son peuple, de ses croyances et de ses idées. Il est un peu comme mon ambassadeur du peuple Quileute. Bien qu’en fait, c’est lui qui est entré dans ma vie, pas moi qui ait recherché sa compagnie. Mais maintenant que je le connais un peu plus, j’avais envie de tout savoir ! J’aimerai vraiment m’en faire un ami, pas un copain ou une connaissance, un vrai ami, celui sur lequel on peut compter ! Et je voudrais aussi essayer de lui apporter quelque chose, bien que je le sais, Jacob n’a pas besoin de moi dans sa vie pour être bien mais dès que je trouverais un truc à lui offrir en retour de tout ce qu’il m’apportait et qu’il m’apporterait encore, je le ferai !
On se sourit mutuellement et je passe à nouveau la main dans mes cheveux, stupidement nerveuse. Je me demande bien pourquoi j’ai toujours ce tic compulsif ? Ce n’est pas discret et ça porte toujours à confusion.
Son grand sourire me déstabilise. J’ai l’impression qu’il lit en moi comme dans un livre.
Je tourne la tête spontanément vers Charlie qui est toujours en grande discussion avec Billy.
Il ne fallait quand même pas que je fasse n’importe quoi ! Sortir un peu pendant l’absence d’Edward était une chose mais louper les cours…même si c’était la fin de l’année et que je n’avais pas d’examens…
Je le regarde partir et rejoindre Leah, un peu surprise qu’il soit aussi sûr de lui, sûr que je viendrai. Je monte dans la voiture en souriant.
4 – Ça va faire mal…
Elle n’a pas changé ! Pourtant, avec toutes ces années parmi eux je pensais vraiment qu’elle s’était plus embourgeoisée que ça ! Et y a rien à faire : cette fille me fait toujours autant craquer ! Et dire qu’il m’a fallu des années pour l’oublier, enfin du moins, pour essayer de me faire une raison. Et la revoilà dans ma vie…enfin, pour une semaine…tout au plus ! Parce qu’une fois qu’il sera rentré … elle repartira, je ne me fais aucune illusion.
Mais en attendant, et bien j’allais pouvoir en profiter un peu. Parce que ça, j’en suis sûr, elle sera là mardi et encore les autres jours…j’ai vraiment été étonné de la voir ici aujourd’hui et je vois bien qu’elle a un soudain besoin de rattraper le temps perdu…c’est pour ça que je vais m’y atteler comme jamais ! Leah n’a pas l’air d’apprécier sa présence, heureusement qu’elle ne sait pas tout sinon elle la tuerait. Je ne m’étais jamais confié à personne, enfin…Charlie avait peut-être vu clair lorsqu’elle était revenue le jour de mes treize ans. J’avais eu un électrochoc, je m’en rappelle encore comme si c’était hier…ses yeux m’avaient transpercés, comme une balle ! Un vrai coup de foudre…mais à treize ans…déjà qu’à dix sept je n’étais pas sûr qu’elle me prenne au sérieux…
Je me voyais encore, courir pieds nus sous la pluie jusque chez son père…je venais d’apprendre qu’elle avait été blessée et je voulais prendre de ses nouvelles. D’après ce que Billy m’avait dit, je croyais qu’elle était morte ! Mais une fois là-bas, du bas de la rue, je l’avais vu, Lui, sortir de sa voiture avec un bouquet de fleurs et entrer chez elle.
Moi, mes mains étaient vides et je n’avais que quinze ans…ce type là était un homme, il conduisait déjà et j’avais appris par la suite qu’il était très riche. Je n’avais aucune chance. J’avais réfléchi toute la nuit à ce que je pourrais bien lui offrir qui serait mieux que des fleurs et le lendemain matin, je m’étais levé aux aurores pour commencer ma quête de LA plume d’aigle qui serait la plus grande et la plus belle pour Bella. J’y avais passé ma journée, même mon père s’était inquiété car ma mère avait besoin de moi…mais je m’étais dit que pour une journée, il pouvait bien me remplacer…j’avais déconné ce jour-là car mon père, handicapé, n’avait pas pu beaucoup aider…J’étais allé directement chez Charlie le soir et tout fier, je lui avais donné ma plume, sur le pas de porte … je n’avais jamais eu de retour sur cette histoire. Et j’avais fini par l’oublier mais c’est marrant, c’est cette histoire qui m’est revenue en premier en tête lorsque Charlie m’a appelé pour que j’aille la conduire à Seattle.
Bella Swan…elle m’avait brisé le cœur et je me sentais bien parti pour replonger. Surtout que là, elle semble plus apprécier ma compagnie, je dirai même qu’elle la recherche. Je ne sais pas trop ce qu’elle a en tête mais je ne vais pas m’en plaindre ! Je sais qu’on est fait pour s’entendre et pour moi, je sais qu’on est fait l’un pour l’autre mais bon…il n’y a que moi qui pense là ! Et puis, il y a aussi un gros souci, un souci majeur : elle n’est pas libre… et je ne le suis pas non plus. Mais il faut que j’arrête de m’emballer ! Si déjà je la vois de temps en temps, ça sera déjà suffisant. Il faut que je pense à me protéger le cœur.
Je tourne brusquement la tête vers Leah, ses grands yeux noirs semblent scruter mon âme mais je m’efforce de lui sourire le plus sincèrement possible.
C’est la première fois que je vais au restaurant. Bon, ce n’est qu’une brasserie tenue par un pote de la réserve sur le port de Port Angelès mais je vais me faire servir…pour le plaisir de Leah. Je file donc au garage chercher la Golf et vient la chercher. Elle monte vite, impatiente. Je lui souris à nouveau car je sais qu’elle veut que cette soirée soit parfaite. D’ailleurs…peut-être qu’elle va se décider pour ce soir. Nous n’en avons jamais parlé mais je sens qu’elle s’est fixée un objectif pour faire le pas. Je ne sais pas encore si c’est le mariage, ses dix-huit ans ou le jour de sa première cuite mais je m’y attends un soir ou l’autre. En espérant que je ne déconne pas à ce moment là…
Parce que pour moi, Leah est presque la première en tout. Avant…et bien, avant, je n’ai pas eu trop l’occasion de sortir et franchement, les rares occasions où j’ai pu et bien j’étais tellement crevé et un peu déprimé que ce n’était pas la peine. Et avant ça, j’étais trop jeune ! Bon, j’ai bien embrassé une fille au collège mais alors c’était tellement… Bon, je ne préfère pas repenser à ce souvenir, ça risque de me gâcher la soirée.
Ce n’est un scoop pour personne…pourquoi fait-elle comme si je n’étais pas au courant ?
Je ne sais pas trop si elle me dit ça pour me mettre les points sur les i ou si elle est innocente dans sa pensée mais l’effet est réussi, j’ai les jambes coupées. Fiancée…
Je lui jette un coup d’œil à la dérobée, elle fixe la route et je vois son petit pli hargneux sur le coin de ses lèvres, bien connu lorsqu’elle n’aime pas quelqu’un.
Je soupire légèrement, m’arrête au feu et répond sans le quitter des yeux :
Comme à chaque fois où je la remets à sa place, Leah reste un peu scotchée pendant une minute. Je suis toujours doux et prévenant avec elle, un peu à ses pieds parfois même…mais ça, c’est l’habitude de m’être occupé de ma mère pendant deux ans. Parfois, je m’engueule tout seul car je vois bien qu’elle profite un peu de ma gentillesse, ce n’est pas méchant, c’est qu’elle se dit que j’encaisse bien et quand il m’arrive de la casser (et ça, ce n’est pas l’envie qui me manque parfois !), et bien je la déstabilise. N’empêche que après, je suis tranquille…
Je me gare devant la brasserie et Leah n’a toujours pas parlé. Je comprends alors qu’elle en a tellement après Bella qu’elle préfère se taire car son esprit ne pense qu’à elle. Je soupire et fais le tour de la Golf pour qu’elle sorte de ma voiture. Je remarque son air pincé et me dit que finalement, non…ça ne sera pas pour ce soir.
5 – Face à la beauté
Je sors de la maison avec mon sac dans lequel j’ai fourré deux livres pour au cas où je m’ennuie, ce que je doute mais bon…j’ai ma casquette et un short au cas où car le soleil semble être de la partie encore aujourd’hui. La veille, pendant que Charlie regardait son match, j’avais préparé des sandwichs supplémentaires pour moi donc, je suis parée sur ce point ! Charlie est en train de mettre son matériel dans son coffre et je pose mon sac à l’avant. Puis, je retourne à l’intérieur chercher le panier de provisions quand mon père relève la tête et me sort avec des yeux ronds :
Il soupire en levant les yeux au ciel et je lui réponds :
Il soupire à nouveau et les mains sur les hanches, il semble réfléchir à la façon dont il doit me dire ce qu’il a sur le cœur. Je croise les bras et attends patiemment en le toisant du regard.
Je secoue la tête devant ses yeux qui me supplient presque de changer d’avis.
Comme je le fixe sans comprendre, il continue :
Je déglutis, ne sachant pas trop quoi répondre et surtout, comprenant à quel point mon père souffre de mes absences longues et répétées pour qu’une bête histoire de partie de pêche le fasse autant sortir de ses gons.
Je reste quelques secondes sans bouger, à le regarder faire le tour de la voiture et ouvrir sa portière. Puis son regard me rappelle qu’il m’attend et je file vers la maison pour la fermer.
En arrivant devant chez les Black, je remarque toute une série de 4 x 4 et surtout, beaucoup d’hommes indiens qui semblent « sur le pied de guerre ». Je me dis que je vais sûrement être la seule fille, à moins que Leah accompagne Jacob et soudain, l’image d’elle et moi sur la berge à discuter toute la journée me semble une idée moins reluisante. Mais maintenant que je suis là !
Je reste dans la voiture, regardant mon père discuter avec ses amis quand je vois Jacob sortir de la maison, short en jeans et tee-shirt, avec tout son matériel. Instantanément, j’ouvre la portière pour descendre mais je vais trop vite et manque le marchepied. Je me retiens à la portière mais grimace de la douleur que je ressens dans mon dos qui a râpé contre la ferraille. Malgré tout, je claque la portière et vais à sa rencontre. Il me voit et me lance un immense sourire qui éclaire son visage comme un soleil.
Il éclate de rire devant la tête que je dois afficher et je lui souris, plus détendue. Je jette un regard circulaire pendant qu’il va saluer ceux qui sont là et constate que Leah n’est pas là. Paul, Embry et Sam arrivent en voiture et se garent près de celle de Billy Black. Je vois le regard noir de Paul à travers la vitre et comprends que ma présence lui tape sur les nerfs. J’essaie d’occulter cette idée et me concentre sur le rire de Jacob qui retentit pendant qu’il discute avec mon père.
Après, semble-t-il, une mise au point de tout le monde sur qui va où et comment va se dérouler la journée, chacun regagne sa voiture et j’en fais autant après que Jacob m’ait lancé dans un sourire.
En arrivant à la rivière, je vois que le parking terreux sur lequel on se gare est plein et je comprends que ce concours de pêche à la mouche semble être très populaire.
Billy et Jacob se garent près de nous. Je vois Jake sortir le fauteuil du coffre et aider son père à se mettre dedans. Son attitude me rappelle celle d’Edward lorsque j’étais blessée et je me dis que pour lui, certains jours n’ont pas du être faciles. Je me rappelle alors sa mère malade, maintenant décédée, et pendant qu’il prend ses affaires dans le coffre, je l’observe, constatant que moi, j’avais quand même de la chance d’avoir mes deux parents (même séparés) et en bonne santé !
Il sent mon regard et nos yeux se croisent. Aussitôt il sourit en s’approchant de moi.
Je le suis, constatant que Jacob laisse son père avec le mien et nous rejoignons le groupe de ses copains qui semblent excités comme des puces.
Je le fixe durement, bien décidée à ne pas me laisser faire.
Je le vois serrer les mâchoires et ses yeux virent au noir. Puis, je vois la main brune de Jacob se poser sur son torse et sa voix répéter près de mon oreille.
Paul lui lance un drôle de regard et part avec les autres qui commencent à s’installer le long de la rivière.
Je jette un œil à Jacob, un peu perturbée par l’agressivité de son copain.
Il hésite, son regard se portant sur Paul qui déballe son attirail de pêche en riant avec Embry.
Je comprends alors que pour Paul, je fais partie de ce monde, de ceux qui ont exploité sa mère et l’ont jetée sans scrupule, qu’il me met dans le même panier, ainsi que la famille Cullen.
Je le suis, non sans lancer un dernier regard à Paul qui a l’air d’avoir oublié notre petite altercation. Je vois que Jake se dirige dans un endroit un peu abrité, là où la rivière semble prendre un virage et je ne suis pas étonnée d’y retrouver Billy et mon père.
La lumière du soleil, qui commence à être assez haut dans le ciel, se réfléchit sur l’eau et elle semble briller de mille feux. Je respire un grand coup, l’air est pur et frais, les pins bruissent légèrement et tout est calme, car les pêcheurs, même s’ils sont nombreux, s’installent à distances respectives et ne parlent pas ou en chuchotant. Je vois mon père poser toutes ses petites affaires au bord de l’eau avec beaucoup de soin. Billy a été placé derrière lui, à une certaine distance. Puis, Charlie enfile de très grandes bottes jusqu’à mi-cuisses que je n’avais jamais vues. Jacob capte mon regard et rigole doucement :
Voyant que beaucoup de matériel délicat commence à être posé un peu partout, je décide de m’asseoir dans l’herbe, les jambes repliées sur ma poitrine. J’observe Jacob s’affairer avec beaucoup d’attention et de calme. Il semble très concentré. Je le vois sortir une deuxième canne puis tout plein de petits trucs colorés et poilus. Il en prend un et chope le fil d’une main. Puis, toujours très concentré, il attache le petit objet au bout du fil. Il fait ça très vite, soupire en rejetant une mèche de cheveux qui lui tombe devant le visage et se relève en sortant un élastique de sa poche de jeans qu’il passe rapidement dans une queue basse. Puis il lance un regard à Charlie en souriant.
Je ne comprends rien à leur échange mais je vois que Charlie semble prêt. Un bref coup de sifflet retenti soudain, annonçant sûrement le début de la course et en lançant un clin d’œil à Jake, il entre doucement dans l’eau, sa canne à la main. Jacob lui donne un petit coup de tête mais ne semble pas pressé. Je m’étonne et lui demande :
Et là, je le vois retirer son tee-shirt, me mettant face à son torse nu, découvrant une musculature presque parfaite. Je tourne la tête aussitôt, le sang aux joues, espérant qu’il n’ait pas remarqué mon trouble. Je l’entends à côté de moi prendre encore quelque chose et s’éloigner. Je reste comme ça à fixer une brindille pendant environ une minute, ne comprenant pas ma réaction un peu excessive et pourtant, le fait est que je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse ça et surtout, je ne m’attendais pas à voir qu’il n’était vraiment plus un gamin comme me l’avait gentiment fait remarquer mon père. Je respire un coup et ose tourner la tête vers lui, le regardant entrer doucement dans l’eau, sans bottes, juste en short. J’admire à nouveau les muscles de son dos, bouger gracieusement pendant qu’il prend soin de ne pas faire trop de vague dans l’eau. Je jette un coup d’œil à Billy pour vérifier qu’il ne me capte pas en train de mater son fils avec sûrement beaucoup d’insistance, puis, voyant qu’il n’a d’yeux que pour Charlie, je reporte à nouveau mon attention sur Jacob. Il avance encore un peu et lorsque l’eau lui arrive en haut des cuisses, je le vois qui commence à donner des petits coups de poignet dans sa canne puis, avec une technique qui est difficilement déchiffrable, je le vois balancer le fil devant lui puis tournoyer un peu, puis à nouveau balancer et là, en voyant le petit objet poilu frôler l’eau à la manière d’un insecte, je comprends le nom donner de « pêche à la mouche ». En total admiration devant la beauté du mouvement, je reste immobile, retenant presque ma respiration lorsque la petite « mouche », sûrement fabriquée par Jacob, « vole » sur l’eau.
Soudain, du coin de l’œil, je vois mon père lever d’un coup sa canne et un saumon gesticule au bout du fil. Je retiens un petit cri de joie, contente qu’il soit le premier à en avoir prit un. Jacob ricane doucement en haussant les épaules pendant que Charlie lui lance un regard moqueur.
Je me lève et cours presque jusqu'à l’objet en filet que me montre Billy puis avance près de la berge où mon père me rejoint.
Je regarde Jake qui glousse dans son coin. Je vois dans ses yeux une détermination qui me fait rire. C’est clair ! Il compte bien gagner contre lui aujourd’hui !
Et en se mordant les lèvres, je le vois qui recommence son mouvement, comme si il fouettait l’air et la petite « mouche » danse sur la rivière.
L’eau miroitante fait des petites lumières sur sa peau mate et cuivrée, il semble en parfaite harmonie avec tout ce qui l’entoure et je ne peux m’empêcher de penser qu’il est vraiment très beau.
6 – Cours magique
Sans piper mot, je reste pendant un long moment à contempler Jacob et sa technique de pêche. Pour l’instant, il a prit de l’avance sur Charlie qui n’a pas repêché de poisson alors que Jake en est à son troisième. Il le balance dans sa bourriche, pose sa canne à terre avec beaucoup de délicatesse puis me jette un regard. Je ne suis pas surprise de le voir s’approcher de moi et s’asseoir à mes côtés.
J’attends qu’il continue son explication et il me sourit doucement, se disant sûrement que j’étais bien ignorante dans mon petit monde de paillettes. Mais il ne se moque pas et ajoute :
Il se lève d’un coup, va dans sa boite chercher un de ces objets et revient près de moi pour mieux me montrer.
Je le vois lancer un regard mi-moqueur, mi-défiant à mon père. J’imagine déjà les petites prises de becs entre celui qui pêche avec du matériel naturel et l’autre en synthétique.
Jacob me jette un petit coup d’œil en souriant, content que je sache apprécier le moment comme il l’avait souhaité. Sa quasi nudité ne me gêne plus, ayant eu tout le loisir de m’y habituer quand il était dans l’eau et je me sens donc très à l’aise près de lui. Et c’est avec un petit sentiment d’abandon que je le vois se relever et retourner prendre sa canne. Je pose ma tête sur mes genoux, ne le quittant pas des yeux.
J’hésite puis me dis que j’ai mon short. L’idée de faire autre chose et surtout de partager complètement cette journée avec Jacob me séduit beaucoup. Je me lève donc d’un bond et prend mon sac en disant :
A mon retour, j’entends mon père rire et je comprends qu’il a pris un nouveau saumon pendant mon absence. Je retire mes chaussures, Jacob revient progressivement sur la berge pour m’aider à entrer dans l’eau. Il me tend la main et j’hésite encore. Alors il me dit :
Son expression de visage me donne confiance. Je mets un pied dans l’eau et la fraîcheur me saisit aussitôt mais je constate qu’il a raison, après quelques secondes, je sens que l’eau est à température supportable. Jacob me tend toujours la main et je lui prends. Ce contact me surprend par la chaleur qu’il dégage. C’est la chaleur des gens qui ont l’habitude de vivre dehors et dont le corps se régule plus facilement que ceux qui restent toujours enfermés. Je sens aussi que ses doigts sont un peu rêches, l’habitude de travailler avec ses mains…je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison avec les mains douces et bien soignées de Edward et du coup, je me dis qu’il n’apprécierait peut-être pas ce que j’étais en train de faire.
Je devais avoir changé de visage.
J’avance dans l’eau, toujours ma main dans celle de Jacob et j’entends Charlie dire :
Jacob rit doucement mais ne répond pas, continuant à avancer jusqu’à la place où il était. Je sens le courant passer entre mes mollets puis mes jambes, Jake me tient fermement et j’entends Charlie dire à nouveau :
Jacob rigole mais continue. Une fois que nous y sommes, il me lâche et l’eau m’arrive à la taille. Je mets quelques secondes à me détendre, laissant la fraîcheur m’envahir.
Son regard me donne la suite de sa phrase : moi par contre, je ne serais peut-être pas là la prochaine fois.
Je lui souris, ne sachant pas quoi dire ou faire d’autre.
Je sens le courant passer fortement entre mes jambes et sous mes pieds nus, la sensation est très drôle et je caresse les galets en bougeant doucement mes jambes. Jacob vient se placer derrière moi et me dit tout bas dans l’oreille en plaçant le « fouet » dans ma main droite.
Il pose sa main sur la mienne, tenant ainsi la canne à travers mes doigts. Je le laisse faire, amusée par son geste de professeur. Il me fait donner un petit coup de poignet et me dit d’une voix caressante :
J’essaie de ramollir mon bras mais il se met plus contre moi et instinctivement, je me raidis. Pourtant, il ne semble pas se rendre compte de mon changement d’attitude car il passe en plus sa main sur mon ventre pour me remettre plus droite, m’enveloppant complètement dans ses bras et par conséquent, être plus collée contre lui. Je me demande s’il le fait exprès et lui jette un regard à la dérobée, il a l’air vraiment concentré.
Je glousse doucement, nerveuse de sa proximité mais j’essaie de me détendre. Il donne encore des petits coups de sa main, faisant automatiquement bouger la mienne et je vois alors le fil commencer à voler comme par magie.
Je le laisse faire, fascinée par sa concentration et la façon dont il fait bouger ses doigts contre les miens. Je remarque alors le violent contraste entre les couleurs de nos peaux. J’ai vraiment l’air translucide, ainsi contre lui. Puis, doucement, il fait bouger mon bras, je le suis, comme une marionnette, me retenant de rire pour ne pas gâcher ce moment car la petite mouche prend de la hauteur. Je retiens presque ma respiration, sentant le souffle chaud de Jacob sur mon épaule. Je suis la mouche des yeux comme hypnotisée pendant que mon bras, calqué sur celui de Jake, effectue des petits mouvements secs puis rotatifs. Je sens l’autre main de Jacob caresser mon ventre et je me rends compte que, s’en même y penser, j’avais posé ma main gauche sur la sienne, le tenant fermement contre moi. Mon cœur s’accélère et je me tends à nouveau. Jake le sent tout de suite et chuchote :
La chaleur de sa voix me rend alors toute molle et je pose ma tête contre son torse, m’abandonnant complètement à ses mouvements.
Je ne sais pas combien de fois Jacob a fait passer la mouche devant nous mais au bout d’un moment, je sens une forte résistance dans mes doigts et il me dit :
Je sens alors que la canne est tirée vers le fond et là, Jacob se dégage de moi et fait tourner rapidement le moulinet en souriant. Je vois alors un saumon sortir de l’eau avec agitation et j’éclate de rire quand Jacob lève la canne pour le faire revenir à lui.
Jacob éclate de rire en retirant l’hameçon de la lèvre du saumon et je me crispe pour la pauvre bête, espérant qu’il ne souffre pas trop.
Je ris devant leur chamaillerie, heureuse de n’avoir pas empêcher Jacob de prendre encore de l’avance malgré son cours particulier. Je le suis jusqu’à la berge où il met le saumon dans la bourriche et sors de l’eau en riant encore.
La vérité est que mon père avait raison, cette journée est un peu un électrochoc. Je sens que j’ai besoin de prendre un peu de distance et d’être seule avec mes pensées, histoire de me recadrer un peu. Trempée, je m’assois dans l’herbe pour sécher pendant que Jacob retourne lentement vers le centre de la rivière. Je prends alors mon sac et mon portable. Je réfléchis et écris un message à Edward, me disant qu’il le verrait le matin vu le décalage horaire : Tu me manques, donne-moi de tes nouvelles. B
Je soupire, sachant parfaitement que ce message, j’avais juste besoin de le voir « visuellement » pour me remettre les idées en place. Quelques secondes après, mon portable vibre et j’ouvre sa réponse : Je suis là dimanche matin. Je t’embrasse.
Je regarde l’heure et me dis qu’il doit veiller tard. Je replis mes jambes contre ma poitrine, le portable toujours dans la main, essayant de m’imaginer ce que Edward était en train de faire. J’espérais seulement qu’il ne vivait pas un cauchemar avec cette histoire de legs.
Le rire de Jacob me tire aussitôt de mes pensées et Charlie jure pendant que Billy se moque de lui. Jacob tourne alors la tête vers moi et je lui fais signe que c’est bien. Je suis vraiment heureuse de le voir avec son cinquième poisson et surtout d’être là aujourd’hui, à vivre ce moment magique avec lui.
La journée s’écoule en douceur, le soleil commence un peu à décliner et je vois Jacob sortir de l’eau et commencer à rassembler ses affaires. Charlie en fait autant dix minutes plus tard et je me lève pour les aider. Au loin, j’entends des cris de joie et Jacob m’explique devant mon regard interrogateur.
J’en avais presque oublié que c’était un concours et que nous étions beaucoup. Le fait est que j’étais un peu sur un petit nuage depuis ce matin, un petit nuage éclairé par un soleil et que tout avait tourné autour de lui durant la journée.
Lentement, je vois alors un indien s’approcher de nous par la rive avec un carnet à la main et nous saluer avec beaucoup d’enthousiasme. Après une brève discussion avec Jacob et mon père, il prend les bourriches de chacun, compte les saumons et à ma grande stupeur, les prend dans sa main, semble vérifier qu’ils vont bien et les remet dans l’eau.
Pourtant, il a capté mon expression et vient près de moi pour m’expliquer :
Je suis sidérée ! Je prends alors conscience que c’est vraiment un sport pour eux et qu’ils avaient du prendre énormément de plaisir. Je devais faire une drôle de tête car Jacob éclate de rire en remettant son tee-shirt.
De retour à la voiture, je me rends compte que je suis vraiment épuisée par cette journée en plein air. Je regarde Jacob poser son matériel dans le coffre de leur camionnette. Le soleil se couche en rougissant le ciel à travers les pins et le vent commence à se lever. Je frissonne et mon père me pose sa veste sur mes épaules en passant. Jacob s’approche de moi, un petit sourire aux lèvres.
Je sens qu’il hésite puis me dit :
Je vois qu’il note le « si Charlie vient voir ton père », que j’avais volontairement dit à la place de « si tu veux que je vienne te voir ». Il me sourit et nous nous dévisageons pendant quelques secondes où j’ai l’impression que le temps s’arrête.
Je m’excuse du regard et Jacob me dit :
Nous nous sourions mutuellement et je me force à détacher mon regard du sien pour faire le tour de la voiture de Charlie et monter dedans. Mon père me scrute pendant quelques secondes avant d’enclencher la vitesse et je tourne la tête vers la forêt en souriant.
7 – Je crois que c’est trop tard…
J’ai la tête complètement à l’envers et je le sais, je suis foutu. A nouveau, partout où je pose mes yeux, je ne vois rien d’autre que son sourire, ses yeux…j’entends son rire, sa voix…ah nom d’un chien ! Elle va me faire mal…Mon père me regarde sourire comme un abruti depuis tout à l’heure, il sait bien que je suis « dedans ». Pourtant, avant, il n’a jamais rien su…ou alors, il ne me l’a jamais montré. Faut dire aussi qu’on avait autre chose à penser mais là, je sais qu’il m’a capté. Je gare la voiture devant chez nous et il attend que je sorte de ma rêvasserie avant de m’interrompre au bout de je ne sais pas combien de temps.
Je soupire et sors de la voiture pour aller chercher le fauteuil dans le coffre de la camionnette. Il me regarde depuis sa place déplier l’appareil puis se laisse descendre en douceur pour que je l’intercepte et le place dans le fauteuil. Je claque la portière et je vois son regard noir corbeau me fixer d’un air amusé.
Mais, je vois soudain son amusement s’envoler et il m’affiche un air plus sérieux.
Je ne réponds pas et soupire en levant les yeux vers la forêt. Mon cœur se contracte devant la réalité. Je sais qu’il a raison mais c’est dur à entendre.
Et il me plante là pour rentrer seul à la maison. Je baisse la tête vers le sol et essaie de me secouer mentalement. Pour ça, je me force à repenser à la fois où je l’ai vu chez elle…je le revois lui, plus mature, plus posé, plus de son monde à elle …un monde qu’elle côtoie et qu’elle apprécie visiblement. Un monde avec lui, qu’elle va épouser.
Le repas terminé, je me sens déjà un peu plus les pieds sur terre. Leah m’attend chez elle pour aller passer la soirée avec Sam et Emily. Une soirée entre couple, normale…une soirée qui va me faire du bien. J’arrive chez elle, pile à l’heure et elle me reçoit avec un bref baiser en soupirant.
Je le sens déjà, elle me tape sur les nerfs. Mal parti pour une soirée où je dois remettre les choses à leur place.
Elle monte dans la voiture et je conduis de manière assez brutale jusque chez Sam où Emily nous accueille avec un sourire qui me réchauffe le cœur et me calme aussitôt.
La soirée se déroule tranquillement et je commence même à reprendre mes esprits, ne pensant plus trop à Bella. Mais je sens l’ambiance virer aussitôt lorsque j’entends Sam raconter sur notre journée d’aujourd’hui :
Je ferme les yeux, sachant que cette fois, elle n’en aura pas après Paul pendant très longtemps.
Je vois Leah qui tourne lentement son visage vers moi mais je ne la regarde pas, pendant que Sam continue :
Je me sens obligé de répondre.
Sam me jette un coup d’œil, il sait parfaitement que c’est moi qu’il l’ait invitée mais, à mon grand soulagement, n’en rajoute pas.
Un ange passe pendant quelques secondes et Emily nous sauve la mise en se levant pour annoncer qu’elle a fait un merveilleux gâteau. Le reste de la soirée se déroule normalement, bien que je sache parfaitement qu’une fois que nous serons seuls, je vais en prendre pour mon grade.
Pourtant, c’est une Leah silencieuse que je ramène chez elle et j’ai même droit à un baiser plus que provoquant que me laisse perplexe. Elle me regarde, amusée par mon air étonné.
Elle ouvre la portière et descend. Elle se penche vers moi avant de la fermer en me lançant un baiser imaginaire. Je fais comme si je le chopais, ce qui l’a fait rire. Elle est vraiment très belle quand elle se laisse aller comme ça et que son sourire éclaire son visage. Je passe la vitesse et quitte sa propriété en soupirant. Je la regarde rentrer chez elle dans mon rétro viseur, sachant pertinemment que je venais de passer à côté car là, elle était prête mais tant pis…je n’avais pas la tête à ça, encore moins après cette journée là ! En soupirant à nouveau, j’accélère pour rentrer chez moi.
8 – Moment de liberté
L’université me parait bien froide et morose après la journée que j’avais passé à la Réserve…j’avais eu du soleil plein la tête pendant toute la soirée et encore pendant toute la journée du mercredi malgré la pluie qui faisait à nouveau son apparition. Aujourd’hui, j’avais un peu plus les pieds sur terre et la réalité était assez difficile à supporter. Mais, je me sens le cœur léger et je ne sais même pas trop pourquoi. Est-ce parce que le week-end approche et que je vais revoir Edward ? Est-ce parce que je me sens moins seule ? Est-ce que parce que le souvenir de ce moment magique ne me quitte pas vraiment ? En tous cas, prendre le bus me semble moins insupportable, ma chambre beaucoup moins maussade et les repas avec Charlie plus chaleureux.
Samedi matin, je me lève un peu plus rapidement que voulu, comme propulsée, et descends les escaliers en me demandant si mon père a prévu quelque chose pour la journée ou pas ? En fait, je suis en train de me rendre compte, en attendant qu’il raccroche son téléphone pour lui poser la question, que j’espère trouver une excuse pour retourner voir Jacob si Charlie n’a pas l’intention d’y aller aujourd’hui ! Je trépigne un peu en me rongeant les ongles (ce qui ne me ressemble pas du tout !) et je vois mon père qui lève un œil surpris vers moi pendant qu’il essaie de se concentrer sur son interlocuteur que je devine être un collègue. Puis, à mon grand soulagement, il repose le combiné et les bras sur les hanches, attend patiemment que je crache le morceau.
Je me sens un peu coincée et me passe la main dans les cheveux, aussi nerveuse qu’une gamine qui ne sait pas comment demander la permission de minuit. Charlie attend toujours et je me racle la gorge mais je le vois sourire doucement et soupirer en disant :
Il doit vraiment avoir pitié de moi pour ne pas me laisser mariner encore comme ça longtemps.
Revoir la petite maison rouge, revoir Jacob. Je descends trop vite de la camionnette de mon père et loupe à nouveau le marchepied. Mais je suis bien accrochée à la portière et rattrape le coup aussitôt, non sans me tordre le bras. Mais, j’oublie vite et suis mon père presque en courant jusqu’à la porte d’entrée. Charlie frappe et la porte s’ouvre aussitôt sur Jacob, un grand sourire aux lèvres dès qu’il me voit derrière mon père. Mon cœur bondit joyeusement, sachant que je vais passer à nouveau un moment inoubliable, complètement hors du temps. Et je soupire de bonheur pendant tout le repas, écoutant avec beaucoup d’intérêt tout ce que raconte Billy et surtout, tout ce que raconte Jacob !
Nous nous retrouvons seuls et de ma chaise, je regarde Jacob s’affairer dans la petite cuisine à l’équipement très sommaire qui se compose d’une gazinière, d’un frigo, d’un meuble bas (sûrement fabriqué main) et de la table. Tout en faisant couler l’eau dans l’évier, Jacob me jette un petit regard en coin et je lui souris. Puis, je le vois franchement rire et s’arrêter en me disant :
Je me lève d’un bond et le rejoins en deux enjambées, rouge de confusion. Jacob rit doucement de ma réaction et ajoute :
Je lui lance un regard en biais et son sourire suffisant me dicte d’arrêter de me moquer de lui.
Il hoche la tête, satisfait par ma franchise. Puis, il plonge ses mains dans l’eau et commence à laver les assiettes. Je prends un torchon accroché sur un clou, près du meuble bas et me met près de lui, en attendant qu’il la pose. J’essuie comme ça pendant une ou deux minutes puis je lui avoue :
Je le vois faire un petit sourire en coin puis il me répond, tout en continuant :
Je lui donne un petit coup de poing dans l’épaule et il éclate de rire. Pourtant, cet échange bien que anodin, nous amène tout droit les Cullen entre nous. Jacob garde le silence et je cherche vite un autre sujet dans ma tête. Et le seul qui me vient en tête n’est peut-être pas le meilleur mais ça fait depuis que je l’ai revu que j’ai envie de lui dire. Je le détaille plus attentivement, la douceur de ses traits, la couleur particulière de sa peau, sa taille, sa vigueur.J’hésite une seconde puis lui dis :
Il se mord les lèvres tout en continuant à travailler et je ne le quitte pas des yeux, épiant ses réactions. Je le sens hésiter puis il me répond sur un ton très sûr:
Je baisse la tête sur le verre que j’essuie. Il n’a pas l’air gêné et je dois être encore rouge. Pourtant, je ne regrette pas ce que je viens de lui dire. Je veux qu’il le sache ! Car je ne suis pas sûre que quelqu’un lui ait déjà dit. Ce qui me fait penser à sa mère.
Il hausse les épaules tout en prenant un plat encore posé sur la table et revient près de moi pour plonger à nouveau ses mains dans l’eau. Il garde le silence et je regrette mes paroles mais il tourne la tête vers moi et me sourit avec beaucoup de douceur.
Il vide l’eau de l’évier, s’essuie les mains sans me quitter des yeux et je vois une petite lueur dans son regard. Il s’approche et bêtement, mon cœur s’accélère. Nous sommes seuls et je vois à son petit sourire qu’il a quelque chose en tête. Instinctivement, je me colle contre le meuble bas, crispée. Je me demande comment je vais réagir s’il me touche ? Est-ce que je serai capable de résister ? Est-ce que notre début d’amitié allait déraper ? Là…maintenant ? Mais, je le vois passer à côté de moi toujours en souriant et je me traite d’idiote aussitôt. Je me tourne et je le vois prendre des clefs puis lancer :
Je pose mon torchon et le suis alors qu’il est déjà dehors. Il se dirige vers une petite cabane dans sa clairière et ouvre en grand les portes en fer, toujours avec un petit sourire. Je me demande ce qu’il a en tête ! A l’intérieur, je découvre toute sorte d’outils et de machines dont je ne connais pas du tout l’utilité. Plusieurs objets volumineux que je devine être des voitures ou des motos sont recouverts de draps ou de couvertures. Justement, je vois Jacob prendre un drap et le soulever d’une camionnette rouge qui doit avoir vingt ans vu sa couleur passée et l’évidence que ce n’est pas un modèle récent. Il repli le drap tout en me fixant puis ouvre la portière côté conducteur et me dit :
Je lui jette un regard étonné et monte m’asseoir devant le volant.
Il claque la portière et fait le tour pour monter côté passager. Il se rapproche et je commence à sérieusement paniquer, devinant à la façon dont il se mord les lèvres pour ne pas rire que je vais passer un drôle de quart d’heure.
Mon cœur bat très vite, j’essaie de me concentrer sur ce que je fais, occultant pendant une seconde la présence de Jacob. Je tourne la clef et la voiture fait un petit bond violent. Il éclate de rire et je remarque qu’il s’était déjà accroché à la portière, sachant parfaitement ce qu’il allait se passer. Je soupire et retire la vitesse. Puis recommence l’opération. Cette fois, le moteur démarre et ronronne assez bruyamment mais sans crachoter.
Là, je panique en regardant devant moi les portes en fer qui ne sont pas bien larges.
Je tourne la tête vers lui et je vois qu’il a l’air un peu plus sérieux. Je réfléchis alors à nouveau, comprenant qu’il attend vraiment cet exploit de ma part et comme je me refuse de le décevoir, je passe la première vitesse et remonte doucement mon pied de l’embrayage. Mon cœur bondit de joie quand je sens la voiture bouger mais une petite résistance se fait ressentir et je me soulève un peu pour voir si rien ne bloque. J’entends Jacob rire à nouveau et je vois sa main abaisser le frein à main. Alors, la voiture avance toute seule, droit devant elle et j’appuie sur l’accélérateur en douceur, les mains crispées sur le volant de peur qu’elle n’aille buter dans quelque chose et essayant de me rappeler mes cours de conduite qui datent maintenant de trois ans. Et par miracle, j’arrive à sortir du garage sans trop de difficultés. J’éclate de rire, heureuse, vraiment heureuse et Jacob se joint à moi.
Je m’arrête et je reste quelques secondes à fixer le volant. Je sens que Jacob m’observe, attentif à mes émotions puis il me dit de sa voix chaude que j’aime tant :
Je regarde à nouveau mes mains sur le volant puis la route devant moi. Je vois qu’il n’y a pas beaucoup de circulation et finis par tourner à nouveau le contact. Le moteur vrombit à nouveau et j’avance en douceur. Je me dirige vers la route, le cœur battant à se rompre mais je respire un grand coup, sachant que Jacob est là pour m’aider si je n’y arrive pas. Et là…je me lance ! Je passe la deuxième vitesse, puis j’ose la troisième…la route est droite, il n’y a que l’asphalte et les pins autour de nous. Je sens Jacob détendu et en lui jetant un regard, je vois même qu’il semble très fier. Est-ce de moi ou de lui ? En tous cas, encore une fois, je suis en train de vivre un moment inoubliable avec lui et j’ai envie de le remercier de tout mon cœur.
Je roule comme ça pendant quelques kilomètres puis je fais demi-tour sans trop de difficulté. La camionnette se conduit bien et je me sens déjà plus à l’aise pour passer la dernière vitesse. Pendant tout ce temps, Jacob a gardé le silence, me laissant savourer ce moment intense. Quand je gare la voiture devant les portes de son garage, j’arrête le moteur en soupirant et je me sens vraiment bien. Jacob retire les clefs et descend de la camionnette. Il fait le tour et vient m’ouvrir. Je me laisse glisser et claque la portière en soupirant à nouveau, remerciant cette vieille voiture du regard pour ne pas m’avoir fait de faux bond pendant cette expérience. Je sens le regard de Jacob posé sur moi et je me tourne vers lui en lui disant :
Et là, il lève le bras et je vois les clefs se balancer au bout de ses doigts devant mon visage. Je les prends sans comprendre et il met ses mains dans ses poches en se balançant un peu, les lèvres serrées.
Je regarde les clefs et dis :
Je baisse la tête, sachant parfaitement à quoi et à qui il fait allusion.
Mes larmes me montent aux yeux, je sens que ma tête me serre. C’est trop fort, tout est trop fort, je sens que je pars en vrille. Pourtant, je suis habituée aux cadeaux somptueux d’Edward mais là, je sens que ça vient du cœur, de son immense gentillesse que je ne suis pas sûre de devoir accepter. J’éclate en sanglots, Jacob me regarde mais ne bouge pas, me laissant me vider, vider mon sac.
Il se rapproche tout prêt de moi, si prêt que je sens son parfum qui me provoque des fourmillements dans le bas du ventre. Il pose ses mains chaudes sur mes épaules et me répond :
Je fixe les clefs dans mes mains et réfléchis à tout ce qu’il vient de me dire. Je sens bien que si je refuse, il le prendra mal et je sais aussi qu’il n’a pas tort : j’ai besoin d’avoir mon indépendance. Pourtant, je ne mérite vraiment pas ce cadeau, mais cette voiture me permettrait d’être libre et de venir voir Jacob quand j’en aurai envie. En fait, il m’offrait juste le moyen de nous voir plus souvent. Cette idée m’aide et je lève alors la tête vers lui pour répondre, mon regard mouillé planté dans le sien :
9 – Douche froide
Charlie ne m’a rien dit quand il a vu que je montais dans la vieille voiture. Il a juste lancé un regard de travers à Jacob et est monté dans la sienne, sans m’attendre. Je savais ce qu’il pensait : que Jacob exagérait, que j’étais trop gâtée, que je n’aurai jamais du accepter ! Mais aussi peut-être qu’il aurait aimé m’en offrir une lui-même ? Mais, sans qu’il ne m’en parle, je savais que même si l’idée lui avait effleurée l’esprit, qu’il n’en voyait sûrement pas l’utilité puisque j’avais toujours Edward pour me conduire où je voulais…mais maintenant, ça allait changer. Oh…je ne pourrais pas aller partout avec : déjà pas chez les Cullen ! Ni aux soirées avec Edward…mais dès que j’en aurai besoin pour aller en dehors de Forks ou venir voir Jacob, je la prendrais !
Alors, après une ultime vérification sur ce que je savais et où tout se trouvait en cas de problème, j’avais quitté la Réserve et pris le chemin de la maison, excitée comme jamais de me sentir aussi libre.
Maintenant que je suis seule dans cette voiture, je me rends compte que je n’ai pas vraiment oublié mes cours et que je suis un peu plus à l’aise que pendant l’après-midi avec les pédales et les vitesses. Je me mets même à fredonner toute seule dans l’habitacle tout en me disant que Jacob est vraiment quelqu’un d’exceptionnel et que j’ai beaucoup de chance de l’avoir dans ma vie, même si ça ne fait que deux semaines ! Oui…ça ne fait que deux semaines et j’ai l’impression que nous sommes liés depuis plus longtemps que ça. Pas que je le connaisse mieux non, sur ce point, je pense que j’ai encore énormément à apprendre sur lui car c’est quelqu’un de tellement « riche » qu’on en fait pas le « tour » en quelques jours. Mais malgré tout, je sens un lien assez fort qui nous unis, quelque chose d’indéchiffrable mais de solide. C’est très étrange comme sentiment. Je ne me souvenais pas avoir ressenti ça la première fois où je l’avais vu. C’est vrai qu’il était très jeune et qu’il avait déjà une forte personnalité mais ce sentiment de l’avoir dans ma vie depuis toujours n’était pas aussi puissant. Pourtant, il m’avait déjà « marqué » quand même mais là, maintenant qu’il est plus mûr, notre relation est beaucoup plus intéressante. Tout en entrant dans Forks, je continue à penser que je ferais tout pour garder son amitié et en savoir encore plus sur lui.
Mais en tournant dans la rue de mon père, mon cœur sort presque de ma poitrine quand je vois une Volvo garée devant la maison. Sans même encore savoir pourquoi je fais ça, je m’arrête là, près d’un trottoir et reste pendant quelques secondes à fixer cette voiture noire qui sort d’un autre monde. Puis, je me secoue un peu et laisse ma voiture pour continuer le chemin à pieds jusqu’à chez moi. En tournant la poignée de la porte d’entrée, j’enfouie les clefs dans ma poche de jeans tout en entendant encore la voix de Jake me dire « cache-là si tu veux ».
A le voir enfin là, dans la cuisine en train de m’attendre, ma joie m’envahit et en quelques secondes, j’oublie ces deux semaines d’absence, cette semaine à la Réserve, ce moment intense de liberté que je viens de vivre et je lui saute pratiquement dessus, en poussant un petit cri:
Je l’entends rire dans mes cheveux et en me dégageant, je vois Charlie lever les yeux au ciel.
Je le serres à nouveau contre moi et respire son parfum. Je me rends compte alors à quel point il m’a manqué malgré l’impression que j’ai eue de vivre sans lui. Edward se dégage un peu de moi et je le vois jeter un regard gêné vers mon père qui, sans broncher et coller contre l’évier, assiste à nos retrouvailles en buvant son verre d’eau d’un air absent. Son expression me met soudain mal à l’aise. Je me souviens sa tristesse lorsqu’il m’a avoué que mes absences lui pesaient. Mais voilà…ma vie n’est plus ici depuis maintenant quatre ans. Je ne peux pas tout chambouler comme ça. Je me racle la gorge, consciente que je vais devoir aller chercher mes affaires car Edward ne reste jamais plus de cinq minutes chez moi. J’entends déjà les reproches muets de mon père mais je ne peux pas dire à Edward que je ne viendrais que demain alors qu’il est venu directement ici depuis l’aéroport et qu’il semble si impatient de me revoir. Je respire un bon coup et j’annonce en bégayant légèrement :
Une fois dans ma chambre, ma tête me tourne un peu. Je me colle contre la porte que je viens de fermer derrière moi, mettant ainsi une distance imaginaire avec lui, pour reprendre mes esprits. Puis, comme si on venait de me pousser, je reprends mon sac « pourri » et j’y colle toutes mes affaires avec fébrilité. Je me sens un peu décalée, comme pas encore préparée… préparée à quoi en fait ? A le revoir si vite débarquer dans ma drôle de vie depuis quelques jours, pas préparée à son brusque retour … mais je sais que ça va passer une fois que j’aurai repris mes repères à la villa.
Je me vois déjà remettre mes vêtements à leur place dans l’armoire que Edward m’a laissée, reprendre une douche dans la salle de bain de marbre, regarder un film auprès d’Edward sur la télévision grand écran de sa chambre, retourner avec lui aux cours de tennis, revoir ses amis…L’image de Jacob et des moments que j’ai passés avec lui me traversent rapidement l’esprit, faisant un contraste assez violent, presque irréel avec le monde auquel je pense et que je vais retrouver dans quelques minutes.
Je me rends compte alors que je ne lui ai pas dit au revoir car je comptais revenir le voir le lendemain matin pour passer encore quelques heures en sa compagnie et profiter un peu de ma nouvelle voiture. Mais voilà…la fête est finie comme on dit, car c’est un peu l’impression que je me donne depuis ces derniers jours…je laisserais un message à mon père pour qu’il le transmette à Jacob de ma part.
Soudain, je pense à la plume d’aigle qu’il m’avait offerte et ouvre presque violemment les tiroirs de mon bureau puis de ma commode, à la recherche de son cadeau. Comme je m’en doutais, je ne la trouve pas et mes mains commencent à trembler car je sais que Edward m’attend et que je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour continuer à chercher. Je fais rapidement mes étagères, ma table de nuit, tout en me maudissant encore pour n’avoir pas prêté plus attention à cette plume…j’ai beau réfléchir, je ne vois pas du tout où est-ce que je l’ai mise ! Je cherche encore au-dessus de mon armoire, sur une autre étagère, rien…tant pis ! Je chercherais une autre fois.
Je vérifie rapidement que je n’ai rien oublié avant de fermer la porte de ma chambre où je ne remettrais pas les pieds avant longtemps. Puis, je descends les escaliers et trouve la cuisine vide ainsi que le couloir. Je fonce alors dans le salon et y trouve seulement mon père en train d’allumer le feu de la cheminée pour la soirée qu’il passera seul.
Je me sens soudain très mal, comme si je venais de trahir mon monde…je pose mon sac sur le fauteuil et me dirige lentement vers Charlie, redoutant une explosion de sa part. Il sent sûrement ma présence à ses côtés mais il m’ignore, en continuant de mettre des bûches dans l’âtre d’un air concentré.
Je vois ses épaules se soulever légèrement puis sa tête se secoue un peu. Je sens que je le déçois et qu’il n’approuve pas ma cachotterie mais je préfère prendre le temps d’expliquer à Edward ce que j’ai fait pendant ces deux semaines et ensuite, je lui dirais que j’ai une voiture et que je compte m’en servir même si je sais déjà ce qu’il va en penser.
Charlie se relève et prend la télécommande de la télévision. Je le regarde faire, dégoûtée qu’il soit aussi froid avec moi alors qu’il devait bien se douter que cette situation n’était que provisoire.
Il hoche la tête. Je reprends ma respiration car je pensais vraiment qu’il allait plutôt me répondre « tu n’auras qu’à lui dire toi-même ! ». Mais Charlie sait bien que je ne pourrais pas, pas maintenant, pas en face en tous cas, car ma vie d’avant va recommencer et je vais vivre à nouveau à cent à l’heure. Je lui jette un dernier regard puis murmure :
Je fonce à la cuisine, les larmes aux yeux et sors les clefs de ma poche pour les déposer doucement sur la table. En les regardant, je vois encore le doux visage de Jacob, si heureux de me l’offrir et mon cœur se serre. Je me promets de ne pas laisser plus de deux semaines avant de venir lui rendre visite et quitte la maison en fermant doucement la porte.
Edward est contre sa voiture et me regarde le rejoindre en souriant. Je lui rends son sourire, espérant qu’il ne voit pas mes yeux rougis et la tempête qui m’habite car je me sens toujours autant perturbée. Les jambes un peu tremblantes, je monte dans sa voiture où le parfum du neuf envahit toujours l’intérieur. Il m’observe en biais et je me force à lui sourire :
Il me sourit et je me dis qu’il est vraiment beau. Sa peau au grain presque laiteux, son visage anguleux mais aux traits parfaits, ses lèvres magnifiquement dessinées, ses longs cils brun clair et ses yeux marron presque miel…il passe une vitesse et regarde dans son rétroviseur s’il peut démarrer. Son assurance m’a toujours impressionnée. Mon regard se porte alors sur ses longues mains blanches et parfaitement soignées…alors un flash surgit dans mon esprit : une main brune, tendue vers moi puis un regard noir, franc et souriant qui semble me dire « fais moi confiance »… j’entends ensuite sa voix chaude me chuchoter : « Détends-toi…». Ma gorge se serre et je me fais violence pour reprendre mes esprits. Edward fait demi-tour et descend lentement la rue. J’ose juste jeter un coup d’œil à ma camionnette rouge, toujours garée contre le trottoir et bêtement, j’ai l’impression qu’elle me dit : « Tu m’abandonnes ! ». Je tourne alors la tête vers l’autre côté et Edward accélère.
10 – Je ne comprendrais peut-être jamais les femmes.
Comme je l’avais dit, à partir du moment où il était rentré, je ne l’avais plus revue…enfin, au moins, j’en avais un peu profité, j’avais eu le temps de lui faire un beau cadeau, mieux que la plume ! Et elle penserait un peu à moi à chaque fois qu’elle s’en servirait. Ça faisait maintenant un mois qu’elle était repartie avec la Chevrolet. Une semaine après, j’avais revu Charlie en ville et il m’avait annoncé, très gêné, que le fils Cullen était rentré. De toutes façons, il n’avait pas eu besoin de me le dire, je m’en étais douté vu que je n’avais plus de nouvelle. Je comprenais aussi pourquoi il n’avait pas remis les pieds chez nous depuis une semaine. Il avait honte de son comportement, mais moi, je savais déjà comment ça se finirait avant même que ça commence. Enfin voilà…j’avais repris mes petites habitudes et c’est en tombant sur un vieux porte-clef de la camionnette que j’étais en train de penser à tout ça. J’entends soudain des pas dans la cour et je sais déjà qu’il est temps que je range tout mon bazar car ma petite séance mécanique va se terminer.
Je me relève en souriant et ouvre les bras dans lesquels se blottit Leah en soupirant.
Elle se dégage, lève la tête vers moi et je dépose un baiser léger sur ses lèvres souriantes.
Elle m’embrasse à nouveau, je la trouve plus câline depuis quelques temps et je ne sais pas trop ce qu’elle a derrière la tête car elle ne me dit rien, ne me propose rien donc pour ne pas la vexer ou la brusquer, j’attends. Il parait qu’avec les femmes, il faut toujours marcher sur des œufs et Leah a un caractère bien trempé. Elle peut passer de la douceur à la violence en une seconde, et ça, depuis qu’elle est petite. Sa mère la traitait de harpie quand elle était gamine. Je me souviens qu’elle m’avait même déjà frappé car j’avais gagné au jeu de l’oie à sa place mais moi, ce genre de comportement me fait toujours rire et c’est ce qui lui plait depuis toujours chez moi. C’est pour ça aussi que lorsque je la remets à sa place, elle se tait tout de suite car elle sait qu’elle a dépassé les bornes, étant donné qu’en temps normal, je supporte très facilement ses crises.
Dans un petit sourire, elle me lâche et quitte le garage. Je reste pendant quelques secondes à fixer mon chiffon me demandant si elle attend quelque chose de moi ou pas. Est-ce que je dois l’inciter à aller plus loin ? Est-ce qu’au contraire je dois la laisser prendre la décision ? On se connaît depuis l’enfance, on a quasi été élevé ensemble. Nos parents nous ont même lié à ma naissance (Leah étant plus vieille de un an), comme promis l’un à l’autre. Une sorte de fiançailles pas vraiment officielles mais dans notre culture, ça se fait. Mais en grandissant, nous avons changé et je me rends compte que si on ne se connaissait pas, ça serait peut-être plus facile ? Ça serait même peut-être déjà fait …
Pendant longtemps, je l’ai presque considérée comme ma sœur, d’ailleurs, la première fois que nous nous sommes embrassés je l’ai vraiment ressenti comme ça…c’était très bizarre et d’autant plus que c’était très soudain. Leah craquait sur Sam depuis la nuit des temps mais Sam est plus vieux de cinq ans et un jour, et bien il est sorti avec Emily. Les autres filles qu’il avait eu jusque là, Leah s’en fichait, se sentant supérieure à elles mais celle-là…elle avait tout de suite senti que c’était plus sérieux et ça lui avait brisé le cœur. Et puis un jour, elle avait débarqué chez moi et m’avait embrassé, me ressortant cette histoire de fiançailles, comme si ça justifiait qu’on sorte ensemble ! Mais comme je me sentais assez seul et que j’avais envie de m’amuser un peu, et bien j’avais dit oui.
Et depuis, comme je me sentais bien avec elle et qu’on rigolait souvent ensemble, j’avais laissé couler les choses. Mais quand j’ai revu Bella, j’ai tout de suite compris que ce que je ressens pour Leah n’a strictement rien à voir avec ce qu’on est censé ressentir lorsqu’on est en couple. Bella…elle me fait frissonner, elle me donne le palpitant, quand elle est près de moi, j’ai les mains moites, je la trouve si… et voilà…rien que d’y penser encore maintenant, je me sens complètement retourné.
Leah a du le ressentir, en tous cas, c’est depuis que Bella est revenue dans ma vie que Leah a changé d’attitude. Depuis ce fameux soir où elle a compris que j’avais passé la journée avec elle. C’est comme si elle suivait un plan d’attaque pour défendre son territoire. C’était assez amusant et ça faisait donc un mois qu’elle tenait bon dans sa stratégie. Sauf que je ne sais toujours pas comment elle voit les choses, ni même comment MOI, je vois les choses ?
Ça fait plusieurs soirs que j’y pense et je ne veux pas avoir l’air d’un idiot en posant la question à Sam ou à Paul qui sont beaucoup plus vieux que moi. En fait, ma question n’est pas comment faire, ça je pense que ça ira …mais comment savoir si c’est le bon moment !!! Ça me stresse car je n’ai pas envie de me faire envoyer balader et je sais en plus qu’avec Leah, ça serait très sec voir même violent si elle n’est pas d’humeur. Pourtant, là, je sens que notre relation a changé. Il y a comme une tension…Leah est vraiment plus collée à moi, elle m’embrasse plus souvent et me fixe souvent avec insistance, surtout en soirée mais quand je la ramène chez elle, je la sens hésiter ou réfléchir mais elle finit toujours par descendre de la voiture sans me proposer de rentrer chez elle, donc je ne sais pas… peut-être qu’aujourd’hui, je devrais essayer ? Non ! En fait, aujourd’hui, je vais prendre mon courage à deux mains et parler à Sam. Mais quand ? Il traîne toujours avec Emily… je devrais peut-être parler à Emily ? C’est une femme après tout …bon, pas du même genre que Leah car elle, c’est plus un garçon manqué qu’autre chose quand on y pense, rien à voir avec Emilie ou même Kim, la copine de Jared. Leah, en fait, c’est Paul au féminin. Je devrais peut-être alors parler à Paul ? Je ris tout seul dans mon garage, me disant que finalement, on verra bien comment les choses se présentent et si j’ai une occasion avec l’un ou l’autre, je la saisirai.
Je rejoins donc Leah chez moi et nous partons, main dans la main, vers la plage où doivent déjà être les autres. A notre arrivée, Paul me fait un petit signe et je laisse Leah avec Kim et Jared pour aller le voir.
Paul avait remarqué depuis longtemps que j’avais le sens du rythme en dansant et que j’étais assez souple et, pour me sortir un peu de l’enfer quotidien que je vivais pendant la maladie de ma mère, il avait commencé à m’apprendre cet art martial qu’il pratiquait depuis des années. Avant ça, j’avais déjà appris pas mal de techniques de combat et d’autodéfense avec Sam lors de ma rentrée au collège. Mais la capoeira, c’est vraiment autre chose ! Mon esprit s’évade toujours complètement quand je m’entraîne avec Paul, je ressors toujours vidé de nos séances et en plus, on rigole beaucoup. Quil et Jared ont aussi commencé depuis peu et on peut faire des rodas, ce qui est beaucoup plus drôle que d’être seulement Paul et moi ! On forme une sorte de cercle et chacun pratique la capoeira au centre, seul ou en « combat » de deux. Il y a juste une chose qu’on a changé entre nous par rapport à l’art initial qui se joue sur de la musique brésilienne, c’est qu’on danse sur notre propre musique Quileute, qu’on rend tout aussi rythmée que celle sur laquelle on devrait jouer. Je me sens soudain super content de pouvoir assister à une vraie représentation avec des mecs sûrement super doués qui vont nous apprendre des tas de positions ou d’acrobaties.
Alors, l’idée me parait soudain beaucoup moins faisable.
A cet instant, je sens une présence derrière moi et Paul me lance :
Il s’éloigne et je le regarde rejoindre Sam, Emily et ma sœur Rachel, avec laquelle, je suis sûr, il a envie de sortir. Leah me prend par la taille et en riant, me dirige vers l’océan.
Nous passons un après-midi à l’eau ou à jouer sur la plage. Cet endroit de la Push est assez désert car tous les habitants de Forks savent que nous y venons souvent et ils pensent que nous en sommes un peu les propriétaires, ce qui va finir par nous le faire croire à force qu’on s’y retrouve toujours tous et seuls. En fin de journée, Sam et Emily nous proposent d’aller chercher ce qu’il faut pour manger sur place et Paul commence à allumer un feu pour déjà donner l’ambiance de la soirée. Sam et Emily reviennent avec Quil et Embry, chargés de nourriture et de boisson. J’ouvre en grand les yeux lorsque je vois le coffre de leur voiture rempli et Emily rit en me disant :
C’est vrai que nous n’avions pas encore fait LA fête que nous faisons toujours entre nous, c'est-à-dire sans les anciens, lorsque l’un des Quileute atteint sa majorité. Nous buvons tous rarement voir jamais d’alcool en général mais, dans ces fêtes là, c’est toujours l’exception. Bon, on ne boit jamais des trucs forts sinon les soirées se termineraient une heure après avoir commencées mais le père de Paul fabrique une spécialité à base de plantes du coin qui nous rend euphoriques en un rien de temps. D’ailleurs, Paul me fait un clin d’œil en sortant trois bouteilles du coffre de Sam et j’éclate de rire devant son air gourmand.
Et la soirée se déroule tranquillement, tous autour du feu, nous mangeons et buvons dans une ambiance comme je les aime : détendues et chaleureuses. Je vois Paul draguer ouvertement ma sœur à plusieurs reprises mais elle est tellement froide que si j’étais à sa place, je l’aurais déjà soit secouée, soit envoyée balader. Mais il semble s’accrocher. Pourtant, je vois bien qu’elle n’est pas indifférente mais Paul a plutôt mauvaise réputation au niveau caractère et je pense qu’elle n’a pas envie de se retrouver avec un type aussi explosif qu’une cocotte minute. Leah, comme Kim avec Jared ou Emily avec Sam, est entre mes jambes, collée contre mon torse. Pendant toute la soirée, je la sens ailleurs, si bien qu’à un moment j’ai pensé qu’elle était soûle mais ses yeux sont clairs et je finis par comprendre qu’elle est encore en train de jouer son plan d’attaque de la fille pleine de mystère et possessive.
Au bout d’un moment, je me sens engourdi et me lève pour aller marcher un peu au bord de l’eau pieds nus. J’adore faire ça, surtout quand il fait nuit comme ça et que tout est silencieux. J’écoute les vagues, le vent et chaque vague qui passe entre mes orteils me fait un bien fou. Je m’arrête pour regarder le reflet de la lune sur l’océan et soudain, je me demande ce que peut bien faire Bella ? Je l’imagine, dans une tenue très classe, bien coiffée, bien maquillée, manger dans un restaurant très chic, se faire servir par des serveurs en costume noir et blanc, rire en trinquant un verre de champagne avec lui et peut-être se dire en même temps que je lui manque, qu’elle viendrait bien me voir…un jour…histoire de voir ce que je deviens. Mon cœur se serre, ça fait mal…un peu, comme si j’avais du mal à respirer. Je soupire et gratte le sable avec mes pieds quand des bras m’entourent la taille. Je pose mes mains sur les siennes et nous restons comme ça un moment. Puis, elle me retourne, me prend contre elle et m’embrasse à nouveau. Je plante mon regard dans le sien, cherchant dans ses grands yeux noirs ce qu’elle attend de moi et elle me sourit doucement. Ça me tue ! Je n’ai pas l’habitude de la voir comme ça. Leah et moi, d’habitude c’est tranquille, enfin avec moi, elle est tranquille. Elle dit toujours que je calme ses instincts de « tueuse ». Mais là, je sens une grosse tension, un truc que j’ai l’impression que je devrais savoir, dire ou faire que je ne capte pas. Je soupire et elle me demande d’une voix toute douce :
Je me rends compte que j’ai répondu assez sèchement et j’aurai aimé parler avec Sam ou Paul avant, mais là, j’ai qu’une envie, c’est crever l’abcès. L’effet de l’alcool de Paul sûrement. Je la dévisage, elle n’est pas naturelle et ça me tape sur les nerfs donc je lâche sans réfléchir :
Elle me serre plus contre elle, nos visages se touchent presque, elle dépose alors un baiser sur mon nez puis sur ma joue et descend dans le cou en riant. Je finis par me détendre et je l’entends murmurer :
Ça y est…nous y sommes. Mon cœur s’accélère, je me sens un peu comme coincé contre un mur mais en même temps, je me dis qu’il faudrait quand même bien que j’y passe, même si j’aurai préféré que ça soit avec Bella. Bêtement, je me dis que au moins, si un jour j’ai la chance que ça arrive (vraiment dans mes rêves), je saurai comment faire. Leah me fixe, elle attend une réponse. Je me racle la gorge, ça y est, je commence à faire l’imbécile.
Autant arrêter de stresser tout de suite car je serai encore capable de me défiler.
Tu parles ! Je me sens super mal mais en même temps, j’ai envie de voir ce que ça fait et avec Leah…ça sera peut être plus facile finalement puisqu’on se connaît par cœur.
Elle me prend la main et je la suis. J’ai l’impression que je n’ai plus de jambes pourtant, j’ai l’air sûr de moi. Leah prend son sac en passant. Paul me jette un coup d’œil avec un sourire en coin l’air du mec « qui sait ». J’ai envie de lui dire « eh c’est elle qui veut ! » mais j’aurai vraiment l’air d’un crétin là. Les gars nous souhaitent tous bonne nuit et je déteste soudain l’idée qu’ils savent tous ce que nous allons faire. J’accélère le pas et Leah me rejoins presque en courant sur le chemin qui mène chez moi.
Je lui ouvre la portière et elle monte en riant dans la voiture. Je dois lui donner l’impression que je suis pressé, ce qui n’est pas plus mal.
Je conduis, la tête un peu dans le brouillard, j’essaie de ne surtout pas penser. Mais quand je me gare devant chez elle et que j’éteints le moteur, l’angoisse me prend comme jamais. Mais pourquoi est-ce que je me sens aussi mal ? ! Bon sang ! ça va aller …c’est juste que j’ai l’impression de le faire pour le faire mais bon … un mec, ce n’est pas censé réfléchir à tout ça, sauf que moi, j’avais toujours imaginé ça autrement…en tous cas, pas avec Leah ! Et pas aussi planifié !
Elle me guide jusqu’à sa chambre, je commence à rire doucement, c’est nerveux. C’est le silence total dans la maison…pas de doute, nous sommes bien seuls et rien ne pourra me sauver. Elle me tire vers son lit et soudain, l’ambiance intime commence à me gagner. Elle se colle contre moi, m’attire par la nuque et m’embrasse à nouveau, presque furieusement. Je me dégage un peu en riant :
Elle ne m’écoute pas, m’attire plus fort vers le lit. Ok…alors on y va ! Je retire mon tee-shirt et elle ne me laisse pas le temps de retirer le sien. Je me retrouve face à son soutien-gorge en dentelle noire et je me dis que c’est plutôt sympa. Elle m’encercle la taille de ses bras et m’attire sur elle pendant qu’elle tombe sur son lit. Je l’embrasse toujours, me disant qu’on ne s’est jamais embrassé comme ça. J’ai même l’impression que c’est sur joué mais ça doit venir de moi car elle semble « à fond dans son trip ». Je me rends soudain compte alors que depuis tout à l’heure, elle me caresse le dos et que moi, je ne la touche pas. Je me redresse un peu et passe mes mains dans ses cheveux. Elle me prend alors brutalement une de mes mains et la place sur sa poitrine. Nom d’un chien ! Elle ne va quand même pas mener la danse ! J’essaie de me secouer mentalement quand soudain, l’angoisse s’intensifie ! Je ne sais pas si elle a ce qu’il faut ! En tous cas, moi j’ai rien ! Je ralentis un peu mon étreinte, me demandant comment je vais aborder l’affaire quand soudain, elle se dégage en pestant :
Elle soupire bruyamment en se passant la main dans les cheveux. Je vois une lueur d’espoir au loin…toute petite. Je décide de jouer le mec pas pressé et compréhensif :
A ces mots, elle plante ses yeux noirs dans les miens et je déglutis.
La question piège typiquement féminine. On m’a toujours dit dans ce genre de questions de la part d’une femme, il faut faire gaffe ! Si tu es d’accord, elle te tue, si tu n’es pas d’accord, elle te tue quand même…
Je me relève sur un coude, je vois qu’elle est très sérieuse.
Est-ce que je la trouve sexy ? Je réfléchis à ses manières, à ce qu’elle dégage…
Là, je ne réfléchis même pas.
Elle a haussé le ton, je la sens désespérée et je ne comprends pas pourquoi.
Elle se met assise dans le lit et moi, je me mets sur le dos tout en caressant des yeux ses longs cheveux noirs, ses bretelles et sa peau mate.
Alors, si je m’y attendais à celle là ! Je me relève et passe mon bras autour de ses épaules. Elle est tendue, pense sûrement que je suis fâché alors que je me sens super soulagé. Je lui caresse le bras et lui chuchote :
Elle commence à sangloter et je la serre plus contre moi.
Elle tourne la tête vers moi, ses yeux sont si tristes que mon cœur se contracte. Je l’embrasse doucement pour la réconforter, lui montrer que rien ne change.
Elle secoue la tête, dépitée et se met à pleurer de plus belle. Puis, se lève et se met à jurer tous ce qu’elle peut avant de me planter là. Je lève les yeux au ciel, me disant que je n’aurai jamais dû répondre à sa question !
11 – L’habitude d’amour
La balle rebondit avec fracas contre la balustrade et Edward serre le poing, satisfait du point qu’il vient de mettre à son adversaire. Les jambes croisées, dans les gradins, je prie pour qu’il gagne ce match auquel il tient beaucoup car il clôturerait son tournoi en beauté. Je sens soudain un parfum entêtant bien connu à mes côtés et je n’ai pas besoin de tourner la tête pour savoir que Rosalie vient de s’asseoir près de moi. Je sais qu’elle jouait aussi dans la salle du bas avec Emmett, que je vois d’ailleurs de l’autre côté de la pièce en grande conversation avec Carlisle. Edward marque encore un point et je me lève en criant :
En me remettant assise, Rosalie bougonne à côté de moi :
Ses remarques, même si je sais qu’elles sont dictées par le mépris qu’elle ressent à mon égard, me font toujours un peu mal ou me mettent mal à l’aise. Pourtant, Edward me le répète tout le temps : « Ignore-la ! ». Je vois Emmett abandonner Carlisle qui regarde à nouveau le match d’un air très concentré et se diriger vers nous. Une fois qu’il s’installe près de Rosalie, il me fait un petit clin d’œil en disant :
Il voit à ma tête que Rosalie m’a encore cassé et lui lance un petit regard en coin. Elle, se concentre sur son frère comme une véritable professionnelle. J’essaie alors d’en faire autant et je vois Edward me jeter un coup d’œil inquiet, comme toujours à chaque fois que Rosalie me colle de trop. Puis, il me sourit car il sent la victoire proche et son air satisfait me dit qu’il est vraiment heureux. Encore un dernier lancé et je le vois lever brusquement le poing vers le ciel, vainqueur. Je me lève à nouveau en applaudissant. Le peu de personnes qui assistaient au match en font autant et je prends vite mes affaires pour le rejoindre en bas, impatiente de quitter Rosalie que je supporte de moins en moins. Edward m’accueille dans un grand sourire et je le prends par le cou pour le serrer contre moi. Il rit et se dégage en disant :
Il range sa raquette directement dans son étui et me dit :
Je jette un œil au garçon qui range aussi ses affaires, il ne semble pas trop affecté, sachant sûrement que Edward allait le battre depuis le départ. Carlisle nous rejoint, un air très satisfait sur le visage.
J’attends à côté d’eux qu’il finisse de tout ranger puis je les suis vers les vestiaires. Une fois que Edward passe la porte, je me dirige vers le hall de l’entrée pour l’attendre. Pour mon plus grand désespoir, Rosalie me rejoint et s’assoit encore à côté de moi, sur le banc près de l’accueil. Je tourne la tête vers l’extérieur pour regarder les voitures sur le parking d’un air très concentré.
Je comprends alors que sa question de départ était pour me balancer sa remarque grinçante, encore une de celles qu’elle aimait faire, surtout lorsque nous étions seules, pour me rappeler que je profitais encore et toujours d’eux. La colère me monte et je finis quand même par lui répondre, oubliant le conseil d’Edward.
Curieusement, sa réflexion m’éloigne soudain complètement d’elle, me faisant même oublier ma colère. Mon médecin de Seattle…la dernière fois que je l’avais vu, j’étais avec Jacob. Au souvenir de mon ami, ma gorge se serre mais en même temps, penser à lui me permet de m’échapper un peu de mon univers tout étincelant et parfois pesant, surtout dans les moments comme celui-ci où Rosalie me « cherche » ou lorsque je me sens un peu décalée dans la famille Cullen, comme pendant les dernières réceptions que nous avions eues les week-ends précédents. Car depuis leur retour de France, les Cullen organisaient soirée sur soirée, et Edward et moi avions juste pu nous retrouver seuls un samedi soir mais même à ce moment là, il était tellement épuisé par les examens (que lui avait en cette fin d’année) que nous n’en avions même pas profité. Je réalise alors que j’ai laissé filer les deux semaines que je m’étais fixée pour revoir Jacob et que je n’ai même pas pris le temps de lui écrire ou de l’appeler. Je constate aussi que lui non plus ne prend pas de mes nouvelles et me dis que finalement, il m’a peut-être déjà oubliée. Emmett arrive avec Edward derrière et interrompt aussitôt mes pensées. Je me lève pour prendre la main qu’il me tend, son sac sur l’épaule et un petit sourire en coin.
Puis, il m’enlace et je pose mon bras autour de sa taille. Je tourne ma tête vers lui pour demander :
Nous rions en nous dirigeant vers la voiture, je me rends compte alors que nos moments d’intimité lui manquent aussi et je me sens heureuse.
Edward se place au volant mais juste avant de démarrer, j’entends un petit bip qui annonce l’arrivée d’un message. Il se soulève un peu pour prendre son portable dans sa poche, l’ouvre et lit le texto. Je ne prête pas trop attention à ça sauf lorsque je le vois soudain froncé les sourcils, ennuyé.
Il semble ailleurs et fixe la route, les mâchoires serrées. Je m’inquiète et répète :
Il tourne alors brusquement la tête vers moi dans un grand sourire en disant :
Victor est le type pour qui Edward bosse en alternance avec ses cours de finance. Il dirige une entreprise à l’extérieur de Forks et est un ami intime des Cullen. Edward passe la vitesse et affiche à nouveau un visage serein. Je réfléchis alors à ce que je porte ce soir pour notre sortie en amoureux.
Le voiturier du restaurant m’ouvre la portière et en sortant de la Volvo climatisée, je me rends compte que l’air est doux et chaud pour cette soirée. J’abaisse alors mon voile des épaules jusque sur mes avant-bras et Edward me tend le bras pour que je m’accroche à lui avant de rentrer dans la salle. Le maître d’hôtel nous accueille dans un grand sourire commercial :
Edward hoche la tête et nous le suivons à travers les tables aux grandes nappes brodées et faiblement éclairées par de longues bougies nacrées. Le maître d’hôtel nous montre notre table et un serveur nous dégage les chaises pour qu’on puisse s’asseoir. Je le remercie de la tête et m’installe confortablement sans quitter Edward des yeux qui affiche un petit sourire satisfait. Nous venons souvent dans ce restaurant mais là, ça faisait bien deux mois que nous n’avions pas trouver le temps d’y revenir et je sens que, comme moi, il apprécie la douceur du moment. Je n’ai jamais pu détailler une carte de ce lieu, Edward s’est arrangé depuis des lustres avec le serveur pour commander les meilleurs plats du moment. Je ne sais donc pas du tout combien ces soirées lui coûtent et je me souviens d’une discussion que nous avions eue au début de notre relation car je ne voulais pas me faire « entretenir ». Mais j’avais fini par céder…Edward ne me laissait pas le temps de voir les prix, pas le temps de commander et pas le temps de payer. Cependant, vu la classe de l’établissement, je sais que les repas doivent coûter une fortune. Edward me dévisage, le regard brillant et j’en oublie mes sombres pensées. Je me penche vers lui, heureuse de pouvoir enfin profiter de lui.
Il me lance un bref regard puis fixe la bougie devant lui.
Le garçon s’approche et demande :
Je regarde le serveur s’éloigner à grandes enjambées, me disant que je n’avais pas trop envie de ce verre. Edward me prend la main et me la serre avec douceur.
Ses yeux me caressent et je sens mon cœur s’accélérer pour deux raisons. La première est que je le trouve vraiment beau ce soir, il est détendu et souriant, j’ai l’impression de revoir l’Edward de nos débuts et qui me manque…la deuxième est que le visage de Jacob vient de s’imposer à moi et que je ressens un sentiment indéfinissable en pensant à lui. En fait, je ne sais pas trop comment expliquer à Edward que j’ai passé des moments merveilleux avec Jacob…j’ai peur qu’en lui disant, ces moments disparaissent ou que je n’en vive plus jamais. Or, je compte bien le revoir ! Mon esprit galope très vite et je finis par dire :
Je comprends par là qu’il sous-entend « pas trop de boue après les chaussures ? », « pas de cuisse d’ours à manger ? », « pas finie attachée après un poteau avec une horde qui danse autour de moi »…je souris et hoche la tête en répondant :
Je vois Edward me couper d’un doigt et ouvrir son téléphone portable, l’air soudain très ennuyé.
Je l’observe, inquiète, et il me jette un regard à la dérobée puis s’excuse dans un sourire tout en continuant :
Je lui souris car il semble soudain à nouveau détendu et content de la nouvelle qu’il vient de recevoir.
Je me sens soudain comme dans ces moments où je ne suis pas à l’aise à la villa, parmi tous les Cullen…un peu prise de haut, un peu trop simple et bête pour comprendre, faisant partie de la classe moyenne … et curieusement, je pense à Paul et à sa haine suite à cette histoire d’accident de travail et d’assurance…moi aussi on me reproche souvent mon accident depuis…je me demande ce qu’il penserait de ça ? Le serveur nous apporte nos verres de vin et aussitôt, Edward prend le sien et me le tend en murmurant :
Nos verres en cristal émettent un doux tintement et je bois une gorgée de mon vin qui me fait finalement beaucoup de bien. Je réfléchis encore si je vais continuer mon histoire sur mon séjour et donc parler de Jacob mais je vois l’air absent d’Edward et me dit que je vais sûrement l’ennuyer avec tout ça. Je finis donc par dire :
Mais finalement, une fois nos plats sur la table, Edward est « revenu avec moi » et, comme d’habitude, la soirée s’est déroulée parfaitement bien, dans une ambiance détendue et lisse. Je me brosse les cheveux en me fixant dans le miroir puis je prends ma pilule et j’ajuste les bretelles de mon bustier de dentelles avant de fermer la lumière de la salle de bain et de rejoindre la chambre de Edward à travers le couloir feutré et faiblement éclairé. Pieds nus sur la moquette, je me dépêche de passer la porte de Rosalie, de peur qu’elle sorte à ce moment là et qu’elle me prenne encore la tête avant de dormir. J’atteins notre chambre rapidement et je glisse légèrement sur le plancher de la pièce tellement je me suis dépêchée. Je ris doucement en entrant, cette fois amusée par mon éternelle maladresse mais Edward ne m’a pas vue. Il est face à la grande baie vitrée en train de parler au téléphone. Ce n’est pas le fait qu’il téléphone aussi tard qui me met soudain mal à l’aise, c’est surtout parce qu’il murmure plus qu’il ne parle. Je sens soudain une grosse boule dans mon estomac qui se contracte et je reste comme pétrifiée à ma place. Edward voit mon reflet dans la vitre et claque son portable, mettant fin à sa conversation.
Ma gorge me serre, je ne sais pas pourquoi je me sens aussi mal. Après tout, Edward a énormément de contacts, il passe beaucoup de temps au téléphone pour déjà régler des affaires alors qu’il n’a que vingt et un ans. Mais, mon instinct me souffle que cette fois, il me cache quelque chose…Il vient à moi dans un sourire coquin et je lui souris faiblement, le rejoignant à petits pas incertains. Puis il me prend dans ses bras et à ma grande surprise, m’embrasse avec fougue, comme avant. Je me laisse envahir, savourant l’enivrement que je ressens et qui me manque atrocement depuis quelques temps. Mais son baiser cesse et Edward me prend dans ses bras pour m’emmener sur le lit sur lequel il me dépose face à lui. Puis, s’installe sur moi, enfuit son visage dans mon cou et l’embrasse, tout en retirant d’une main mon short en satin qu’il m’a offert en revenant de son séjour. Mes bras autour de son cou, je l’attire contre moi et il poursuit son étreinte, son visage toujours contre ma nuque. Encore une fois, je le sens ailleurs, distant et cette fois encore, presque brutal. Je fixe le plafond puis ferme les yeux, me répétant encore une fois qu’il faudrait que cette façon de nous aimer change. Je colle mon visage contre ses cheveux, essayant de lui faire comprendre par de légers coups de tête que j’aimerai qu’il me regarde, qu’il m’embrasse mais il reste dans sa position. Alors, je le serre plus fort pour lui communiquer mon amour. Je l’aime tellement mais j’ai parfois l’impression que je le perds, qu’il s’éloigne un peu plus de moi chaque jour, qu’il est en train de devenir quelqu’un d’autre. Après quelques minutes, je l’entends pousser un dernier râle et je soupire, un peu contente que ça est été aussi vite. Je ne comprends pas son changement d’attitude, me rappelant nos débuts passionnés et amoureux. Je cherche encore ce que j’ai bien pu faire ou ne pas faire pour qu’on en arrive là ? Qu’il ne se préoccupe même plus de ce que je ressens ? Edward relève la tête et me sourit tendrement. Je lui rends et dépose un baiser léger sur ses lèvres en murmurant :
Puis, il se dégage de moi et je reste un peu inerte pendant quelques minutes. Enfin, je tourne la tête vers lui et remarque qu’il s’est déjà endormi. Des fourmillements de tristesse envahissent tout mon ventre et je me sens tout à coup très seule. Je me tourne alors vers la fenêtre et adopte ma position foetale qui me rassure quand je me sens mal. La pluie lave les vitres et je m’imagine soudain me lever et aller dehors pour recevoir cette eau froide sur ma tête qui me serre, mon visage qui me brûle. Les larmes montent et je pleure en silence, me jurant que dès le lendemain, je lui parlerais.
12 – Écartée
Les jours passent et je n’ai toujours pas trouvé le courage de parler à Edward. Je le trouve de plus en plus contrarié, même si avec moi, il est souriant, attentionné et qu’il semble être comme d’habitude, souvent je capte des regards lointains, des sourcils froncés, des airs absents. Je me dis alors qu’il doit avoir des problèmes dont il ne peut me parler, peut-être suite à cette histoire de legs ? Ou peut-être à cause de son rapport de stage à la société de son ami ? Je n’ose pas lui poser de questions, je sais de toutes façons qu’il ne me dira pas la vérité sinon il m’aurait déjà parlé.
Parfois, j’ai vraiment l’impression qu’il me traite comme une enfant précieuse. Il me demande toujours de faire attention où je marche, il décide toujours pour moi et maintenant, il ne se confie pas à moi. Je sens de plus en plus une distance, une mise à l’écart et je me demande si ça sera pire une fois qu’il commencera à travailler pour de bon ? Comme si il mettait un véritable mur entre sa vie professionnelle (et financière, affaire de famille comprise) et sa vie sentimentale. Et dire qu’il est encore aux études…l’idée qu’il devienne un de ces requins de la finance sans scrupule me fait froid dans le dos.
Ce sont les vacances depuis une semaine et je ne suis toujours pas retournée voir mon père depuis ma dernière visite…et encore moins Jacob. Je regrette de ne pas avoir pris son numéro de téléphone et je trouve ça très lâche de contacter mon père pour l’avoir. Je pense alors à chercher son numéro sur Internet mais en fait, il doit avoir juste un portable car je ne trouve rien. Et je ne connais pas les noms de famille de ses amis. Je ferme l’ordinateur en soupirant, un peu maussade.
Le temps s’écoule très vite, entre les sorties shopping avec Alice, celles avec Edward, les sorties cinés et restos, puis les entraînements d’Edward à la salle de sport…je suis ballottée d’un point à l’autre, comme une marionnette, parfois le soir, je me dis que je n’ai absolument pas vu la journée passer ! Et je me couche, parfois dans les bras d’Edward, parfois seule car il lui arrive de rentrer tard lorsqu’il part à la société ou que son père le convoque dans son bureau pour parler de son avenir.
Une fois, je regarde un film à la télévision où une femme dit que pour prendre une pause, il faut allumer une bougie sur sa fenêtre et la regarder se consumer entièrement, que si on se dit qu’on n’aura jamais le temps de faire ça ou qu’on n’aurait pas le courage d’attendre, c’est que notre vie est une vie de dingue ! J’essaie de réfléchir à l’idée : est-ce qu’un jour j’aurai le temps d’allumer une bougie ? Alors, j’ai l’impression d’étouffer, de ne pas pouvoir reprendre mon souffle et surtout de voir les jours défiler si vite qu’à ce rythme, je serai mariée sans avoir même pris le temps de m’y préparer. Pour ça, on n’en a plus jamais rediscuté depuis nos fiançailles…on s’est fixé le moment après les études de Edward qui seront donc dans trois ans. Les miennes se termineront l’année prochaine et je pourrais travailler chez un fleuriste, dans une pépinière ou dans un parc à entretenir. J’avais le choix entre travail en laboratoire ou travail en plein air. Celui en plein air prenait moins d’années et coûtait moins cher à mes parents.
Un matin, je me réveille seule. Inquiète, je me lève et enfile un peignoir pour descendre voir si Edward est là ou déjà parti je ne sais où. Je le trouve en pleine discussion avec sa mère, Esmée, à la table de la salle à manger. A mon arrivée, ils me sourient tous les deux avec beaucoup d’affection, je dépose un baiser sur les lèvres d’Edward et salue ma belle-mère de la tête (enfin future belle-mère…). Bonnie, la femme de chambre et cuisinière, m’apporte aussitôt mon thé et mes tartines grillées. Je la remercie du regard et je remarque que, Esmée et Edward n’ont pas repris leur conversation. Gênée, je rougis et me brûle en buvant une gorgée trop chaude de mon thé. Esmée se lève de table et s’excuse en nous souhaitant une bonne journée. Je lève les yeux vers Edward qui me sourit avec douceur.
Il semble soudain un peu crispé mais me sourit toujours. Je me sens bête car je déteste quand il me traite comme ça, comme une fille qu’on ne doit pas brusquer, pas choquer, avec qui on doit prendre des gants. Je tends le dos, sachant déjà qu’il va m’annoncer quelque chose.
Ma gorge se contracte et mon cœur s’accélère. Au fond de moi, je le savais qu’il se préparait quelque chose. Depuis ce fameux message puis coup de téléphone secret…
Comme je ne réponds pas, Edward pose sa main sur la mienne et continue :
Il me caresse la main, puis la joue, j’ai l’impression qu’il me voit vraiment comme une enfant ! J’ai même presque envie de me mettre nue là, en plein dans la salle à manger et de m’asseoir sur lui dans une attitude provocante.
Ma voix s’éteint dans un souffle. Edward me donne un chaperon car il pense que je ne vais pas pouvoir vivre seule, pas savoir me débrouiller, pas savoir m’occuper…la colère me monte et je sens mon visage se contracter. Edward le voit et retire sa main de la mienne puis me dit :
Je ne lui ai bien sûr pas parlé de ma voiture, craignant trop qu’il m’interdise de l’utiliser ou pire, qu’il se sente obligé de m’en acheter une mieux ! Je hoche la tête, toujours silencieuse. Edward doit penser que je suis fâchée mais en fait, je sens une très grande détermination m’envahir…ça non…je ne resterais pas enfermée ici ! Jamais ! Car, quand j’y pense…mis à part Alice, Edward est le seul qui m’aime dans cette maison. Carlisle et Esmée me tolèrent mais ne me font pas confiance, Rosalie me déteste et Alice…et bien, Alice a dix sept ans, l’âge où on a envie de s’éclater ! Moi, mes dix sept ans, je les ai passés entre le plâtre, le fauteuil roulant et les cours de rééducation.
Sa dernière phrase résonne encore dans ma tête quand soudain, une lumière se fait. Edward préférerait que je retourne chez Charlie ! Mais il ne sait pas comme me dire que si lui n’est pas là, je n’ai rien à faire à la villa. Je comprends alors que Esmée et lui devaient parler de ça avant mon arrivée. Oui…quoi faire de Bella Swan quand Edward n’est pas là ? Je me racle la gorge et répond, assez froidement :
Alors, prise soudain d’une furieuse envie de lui rappeler que je ne suis pas une gamine, je me lève et le pousse pour m’asseoir sur lui, à califourchon. Je vois que mon attitude le surprend, car je n’ai jamais osé faire ce genre de débordement dans la villa, aux yeux de tous, mais il me laisse faire. Je lui passe mes mains dans les cheveux et l’embrasse doucement. Je sens qu’il se laisse un peu aller et répond à mon baiser. Alors, j’y mets un peu plus de passion, me collant plus contre lui. Je sens ses mains caresser mon dos, le bas de mon dos…et il m’embrasse toujours …je suis contente de moi. Ainsi, je le coince…il ne peut rien faire d’autre que m’embrasser ! Des baisers comme celui-là, nous en avions pleins au début et je compte bien lui rappeler ! Au moins, il partira cinq jours en y pensant. J’y mets encore plus de fougue mais soudain, je sens qu’il me repousse doucement. Je continue encore, bien décidée à ne pas le laisser se défiler mais il se dégage de ma bouche assez brusquement. Je le regarde sans comprendre, je sens les larmes monter…
Alors, je descends de lui, un profond déchirement me brûle la poitrine. Je me sens bafouée et honteuse à la fois.
Il me prend contre lui et chuchote :
J’ai couiné plus que parlé. Je me sens laide et repoussante, je me sens minable…oui, je vais aller voir Charlie, même si je vais me prendre des sarcasmes en arrivant, au moins, dans son regard, j’y verrai de l’amour et j’aurai du réconfort…et je prendrais aussi ma voiture…et j’irai voir Jacob !
Edward se dégage après un baiser appuyé sur mes cheveux. Puis, me laisse à la salle à manger pour gravir les escaliers quatre à quatre. Je reste bête, je ne sais pas pendant combien de temps quand tout à coup, j’entends un petit cri à côté de moi.
Je tourne la tête vers Alice, elle me sourit franchement, de son petit air mutin mais ma décision est prise et de toutes façons, je déteste le shopping !
Mais je ne lui laisse pas le temps de finir, je file par les escaliers jusqu’à la chambre pour aller préparer mon sac pourri…
13 – La Flèche d’argent
Reprendre le bus jusque chez mon père est bizarrement beaucoup plus agréable que les autres fois ! Edward m’avait conduit jusque dans le centre de Forks où j’avais prétexté une course à faire. Pour mon « au revoir », j’avais évité le baiser passionné…Edward m’avait encore fait ses éternelles recommandations « attention où tu mets les pieds », « ne prend pas un verre avec n’importe qui », « ne sors pas trop tard » et il avait filé…me laissant sur le trottoir avec mon sac. J’étais déchirée mais j’avais tenu bon jusqu’à ce que sa voiture tourne au coin de la rue. Puis, dans un geste rageur, le sac sur l’épaule, j’avais foncé jusqu’à l’arrêt pour prendre le premier bus qui passait en direction de la maison de Charlie. Je ne sais pas pourquoi je n’avais pas voulu qu’il m’amène jusque devant la porte…j’avais peut-être eu envie d’être seule et libre avant l’heure…ou qu’il ne voit pas ma camionnette au cas où Charlie l’ait laissée devant la maison…je ne sais pas et en remontant l’allée jusque chez moi, je me sens légère.
Mais en appuyant sur la poignée, je constate que la porte est fermée. Je regarde ma montre et regarde l’heure : neuf heure trente. Mais quelle idiote ! Charlie est au Q.G. de police, il ne rentrera pas avant des heures et je n’ai pas mes clefs de maison qui sont restées dans mes affaires chez Edward. Bien sûr, il est hors de question que je retourne là-bas ! Je soupire…fais le tour de la maison et découvre ma voiture à l’arrière. Avec un peu d’espoir, je cours presque jusqu’à la portière mais constate que mon père l’a fermée à clefs. Je tape un coup sur le capot, dégoûtée puis soupire en reprenant mon sac pour faire le tour de la maison. Aucune fenêtre d’ouverte, aucune clef cachée…bref ! Me voilà coincée. Aussitôt, je pense que sans voiture, je ne peux même pas aller voir Jacob et que j’avais pourtant cette idée qui me trottait dans la tête depuis ce matin. Déçue, je m’assois sur le trottoir, mon sac à côté de moi. Sale journée …
Et Jacob ? Comment allait-il me recevoir ? Je n’avais pas dit au revoir, je n’avais plus donné de nouvelle alors qu’il m’avait encore offert une voiture ! J’étais vraiment détestable et sans scrupule. Comment pouvais-je espérer recevoir son amitié ? Si je le revois un jour, je mériterais qu’il m’envoie balader ! Pourtant, cette idée me révolte. C’était la dernière fois que je laissais passer autant de temps ! Tant pis si ça me mènerait à une dispute avec Edward. Mon envie de le revoir commence à m’envahir sérieusement. J’ai vraiment besoin de m’excuser, de l’entendre rire et de passer du temps près de lui…de recevoir un peu de chaleur. D’un bond, je me lève et prends mon sac sur l’épaule. J’avance droit devant moi, en direction de la Réserve. J’ai toute la journée pour y arriver et je me dis que au bout de tous ces kilomètres de marche, j’aurai Jacob qui sera là…avec son grand sourire.
Je marche depuis environs vingt minutes quand je vois le capot d’un 4 x 4 gris s’arrêter à ma hauteur. J’hésite à tourner la tête, imaginant le pire mais j’entends une vitre électrique s’abaisser et une voix railleuse (que je reconnais aussitôt) me dire :
Je continue à marcher, ignorant la remarque de Paul. Il continue de faire avancer sa voiture doucement, au rythme de mes pas.
Je l’ignore toujours, regrettant amèrement de ne pas avoir pris mon MP3 pour ne pas entendre sa voix grinçante. Pourtant, après un silence, je l’entends ajouter moins sèchement :
Je m’arrête et la voiture s’arrête. J’avance vers la vitre ouverte, le regard le plus noir possible avant de répondre :
Puis, je tourne les talons et continue à marcher un peu trop furieusement à mon goût. J’entends Paul s’esclaffer et la voiture redémarre doucement. Une fois à mon niveau, il répond :
Je m’arrête et le fixe à nouveau en disant, un sourire en coin :
Et dans un sourire froid, il redémarre. Je le regarde s’éloigner, hébétée, regrettant soudain mon attitude. Si j’avais dit oui, je serai dans sa voiture et dix minutes après chez les Black ! Quelle idiote ! Mais je vois les phares de stop s’allumer et la voiture s’arrête quelques mètres plus loin. Je me mords les lèvres, hésitante mais l’image de Jacob s’impose à moi et je commence à avancer puis à courir pour atteindre le 4 x 4 de Paul. J’ouvre la portière et grimpe. Paul garde les yeux fixés sur la route et je vois ses mâchoires se contracter. Je claque la porte et il démarre en trombe, me collant ainsi contre le siège. Mais je ne dis rien, je sais qu’il veut m’impressionner et surtout me rabaisser mon claquet à propos de la vitesse de sa voiture. Il roule assez brutalement pendant quelques mètres puis je sens qu’il relâche la pédale. Il me jette un regard de travers et appuie d’un geste sec sur un bouton devant moi. Je sens soudain la fraîcheur envahir l’habitacle et je me retiens de rire. Alors, je tourne la tête vers la forêt pour ne pas qu’il voit mon amusement dans les yeux. Il roule comme ça pendant quelques kilomètres, je sais que la Réserve n’est pas à plus de un quart d’heure de chez moi donc je commence à trépigner d’impatience. Finalement, je suis presque contente de voir Paul. Bêtement, j’ai l’impression que sa présence physique me rapproche de Jacob car c’est un de ses amis. Je reconnais les lieux et mon cœur s’accélère mais soudain, il prend une route sur la droite et je commence à angoisser. Après tout, je ne le connais pas plus que ça ? Et si c’était vraiment « n’importe qui » comme il me disait avant ? Et personne qui sait où je suis ! Ni avec qui ! Je déglutis, n’osant pas lui demander où il m’emmène de peur qu’il ne me réponde pas, comme dans les films…je lui jette un coup d’œil, il ne semble pas être en train de préparer un mauvais coup…mais peut-être qu’il sait se maîtriser ? Je me racle la gorge quand soudain, il prend un autre petit chemin en terre. Je vois les arbres autour de nous et la route principale s’éloigne dans mon rétroviseur. Je l’entends siffloter et la peur me paralyse. Bon sang … je n’aurai jamais du monter avec lui ! Il continue à rouler et je suis ballottée dans la voiture à cause des bosses sur le chemin. Il me regarde en souriant et je lui trouve un air sadique. Il s’enfonce encore plus et je me dis que je pourrais peut-être sauter de la voiture ? J’entends alors la voix de Jacob me dire : « Bon rassure-moi, tu le sais que tu as tendance à sauter quand tu ne sais plus quoi faire ? » Je secoue la tête et ferme les yeux…je le sens, je vais le faire. Je pose alors ma main sur la poignée mais Paul arrête sa voiture en douceur. Sans comprendre, je tourne alors la tête vers lui et je le vois me faire un petit sourire avant de dire d’une voix moqueuse:
J’ai l’impression de sortir d’un mauvais rêve. Alors, il pointe son doigt vers un sentier et me dit :
Je continue à le fixer bêtement et il me regarde, un peu déstabilisé. Je réagis alors et demande :
J’acquiesce de la tête alors il continue :
Je prends donc mon sac et descends du 4 x 4. Paul me regarde avec insistance puis demande :
Je le vois enclencher la marche arrière et l’appelle :
Il lève les yeux au ciel et soupire. Je comprends alors que ça doit être très connu à Forks. Mais mon air un peu perdu doit lui faire pitié car il me répond :
Il enclenche à nouveau sa vitesse et je lui fais signe. Je le vois me répondre brièvement avant de repartir sur le chemin de terre.
Je prends donc mon sac sur l’épaule et m’enfonce dans la forêt silencieuse. Je marche comme ça un petit moment puis je vois le fameux dolmen dont Paul me parlait. Je remarque alors un chemin tracé sur la droite et le prends. Et là, je sens en effet que ça grimpe mais je suis très motivée. Au bout de plusieurs mètres, je sens mon genou qui me brûle un peu mais j’essaie de l’ignorer car chaque pas que je fais me rapproche de Jacob et je peux déjà sentir sa présence dans cette forêt. Je suis essoufflée…Bon sang ! Manque de sport … mais la joie de le revoir me donne des ailes et j’accélère le pas.
Soudain, mon cœur fait un bond quand je le vois à quelques mètres de moi, accroupis au pied d’un rocher et semblant occupé à faire quelque chose au sol. Je sens alors une douce chaleur papillonnante envahir mon ventre jusqu’à mon estomac qui palpite. Je m’arrête et l’observe : dans cette douce lumière qui l’éclaire, il semble si calme et concentré, ses cheveux noirs descendent alors bas dans son dos et je suis à nouveau jalouse. Je fais un pas sur une branche qui craque et il se relève aussitôt puis se tourne vers moi. Il affiche alors des yeux ronds et s’écrie d’une voix étouffée :
Je ris et avance vers lui, si heureuse de le revoir enfin quand soudain, je vois un mouvement au dessus de lui, sur la hauteur du rocher et deux yeux noirs et brillants qui me fixent. Je stoppe aussitôt ma marche, paralysée, et murmure :
Je suis hypnotisée par les yeux du loup qui me fixe toujours. Jacob tourne alors la tête dans la direction de mon regard et rigole.
Je le regarde sans comprendre.
J’avance alors pour le rejoindre, non sans quitter du regard la louve grise et blanche qui m’hypnotise. J’entends alors Jacob faire un petit claquement avec sa bouche et elle tend les oreilles. Il recommence et elle se décide enfin à tourner la tête vers lui.
Je la vois hésiter puis elle disparaît pour réapparaître l’instant d’après face à nous, au pied du rocher.
Il s’abaisse et tend le bras vers elle avec un morceau de viande dans la main. Je suis émerveillée par la beauté de l’animal et surtout par la magie du moment…décidemment, Jacob me surprendra toujours. Voilà, d’où venaient ses poils pour ses mouches !
Je m’accroupis près de lui et pose ma main sur son épaule pour prendre appui. La chaleur de sa peau à travers le tee-shirt me fait un bien fou, c’est ma récompense après tout ce chemin. Je vois alors la louve faire deux pas en arrière. Mais Jacob lui parle doucement dans une langue que je ne connais pas et je tourne alors la tête vers lui, subjuguée par sa beauté à cet instant. Jacob continue à apaiser la louve en lui murmurant des mots magiques et prend d’autres morceaux de viande dans une sacoche accrochée à son jeans qu’il tend ensuite avec prudence. J’ai du rester comme ça à le contempler pendant pas mal de secondes car il finit par tourner la tête vers moi, l’air inquiet.
Je réussis à me sortir de mon hébétude et pose à nouveau mon regard sur le loup qui mâche le morceau qu’elle vient de recevoir. Puis, je vois Jacob poser d’autres morceaux au sol et se relever doucement. Je suis son mouvement et il recule de plusieurs pas.
Je le suis toujours jusqu’à ce qu’il s’arrête près d’un arbre.
Il rigole sans quitter des yeux la louve qui prend un morceau dans sa gueule tout en le fixant. Au même moment, Jacob arrête de rire et la contemple. Je sens alors entre eux une connexion qui me fascine et n’ose pas continuer à parler, de peur de gâcher l’instant. Alors, dans un mouvement très rapide, je vois la louve filer derrière le rocher et Jacob reste un moment à regarder l’endroit où elle a disparue. Puis il tourne la tête vers moi et répond :
Et là, je le vois serrer les mâchoires, comme la fois où il m’avait expliqué les animaux de la forêt et que j’avais senti une tension. Je comprends alors que ce loup a du être blessé par quelque chose qui n’avait rien à faire là et je comprends alors sa colère. Puis, il prend une profonde inspiration et je sens qu’il se calme. Il tourne alors les yeux voir moi et me demande en riant :
Il fait alors demi-tour et descend lentement le chemin que je viens de monter. Avec précaution, je le suis et je remarque alors à son regard vers mon genou qu’il marche à mon rythme pour ne pas que je me blesse à nouveau. C’est vrai que les descentes sont plus difficiles encore que les montées car il y a la pression du corps et j’apprécie vraiment son attention. Mais ce que j’apprécie surtout, c’est qu’il ne me dise pas « fais attention » ou pire ! Qu’il me propose de me porter…
Nous descendons comme ça jusqu’au dolmen puis il le contourne et reprend par la gauche. Cette fois, nous montons, toujours en silence. Nous marchons encore quelques mètres et je vois au dessus de nous sa voiture garée sur un chemin. Encore quelques pas et nous y sommes et je constate que nous sommes en plein milieu des bois.
Je monte à ses côtés, heureuse de retrouver sa voiture dans laquelle j’avais pourtant eu presque honte de monter avant. Dedans, pas d’odeur de neuf mais celui de l’air pur et boisé de la forêt. Je respire avec bonheur et tourne la tête vers Jacob qui démarre le moteur avec un petit sourire satisfait. Je comprends alors qu’il est très content de me revoir et cette idée me rempli de joie.
14 – En parfaite harmonie
Jacob gare sa voiture près du garage et en descend. Je le suis et respire un grand coup l’air pur qui circule à la Réserve. Entourée par les pins et si près de l’océan, la maison des Black est un véritable paradis à mes yeux. Jacob ouvre en grand les portes et entre dans le petit hangar pour en revenir deux secondes après avec un trousseau à la main.
Il rigole, se doutant de ma mésaventure puis se dirige vers sa maison. Je le suis presque en courant car ses longues jambes lui permettent de se déplacer plus vite. A l’intérieur, je n’entends aucun bruit et comprends que Billy n’est pas là. Je m’assois sur une des chaises de la cuisine et observe Jacob s’affairer à me préparer une boisson chaude avec des herbes qu’il prend avec une cuillère dans un bocal en verre.
Une fois que l’eau boue, il me sert et en prend une tasse aussi. Puis, me fixe tout en se calant contre le meuble en bois, un léger sourire se dessine sur ses lèvres. Nerveuse, je me passe la main dans les cheveux puis me racle la gorge en disant :
Il arque son sourcil tout en continuant de me fixer. Il s’amuse bien mais je ne lui en veux pas…j’ai trop honte de moi.
Il soupire puis boit une gorgée en grimaçant et pose à nouveau son regard noir sur moi :
Je me sens mal à l’aise. J’ai l’impression qu’il me juge mal et je sais qu’il en a le droit mais je refuse cette idée !
Je déglutis, me demandant vraiment ce qu’il pense à cet instant…
J’emploie exprès un ton léger pour essayer de me détendre et de faire passer bêtement ces presque quatre semaines de silence.
Je l’observe en train de finir sa tasse, il est tendu ou peut-être même en colère ? Du coup, je me sens à nouveau mal et je reste bouche fermée. Mais, il se redresse d’un coup et dit :
Je soupire en buvant mon infusion. Ce mec a vraiment un caractère en or.
Quelques minutes après, nous sortons et je le suis. Nous marchons sur un chemin pendant plusieurs mètres, en silence. J’écoute le vent léger faire crépiter les pins et au loin, le bruit des vagues. Je me sens vraiment bien, là, près de Jacob…entourée par cette nature si apaisante. Nous sommes seuls et je l’observe à la dérobée. Il semble maintenant aussi détendu que moi. Je sais que c’est fini, qu’il ne reviendra pas sur mon absence. La page est tournée et j’apprécie vraiment qu’il n’insiste pas plus car je n’aurai jamais pu me justifier. Je me dis que j’ai vraiment de la chance de l’avoir dans ma vie car ce garçon est la sagesse même. La forêt s’éloigne et nous marchons maintenant sur du sable. Ce chemin mène en fait tout droit aux plages de la Push et à cette époque de l’année, il y a quand même un peu de monde qui y vient pour bronzer, s’amuser ou se baigner. Jacob s’arrête et s’assoit dans le sable. Je l’imite et le vent vient fouetter nos cheveux avec force, remplissant mes narines de l’air marin, pur et salé.
Au bout de quelques minutes, je me couche sur le sable et Jacob tourne un peu la tête dans ma direction. Je le contemple pendant qu’il fixe l’horizon. J’apprécie ce silence entre nous depuis que nous avons quitté sa maison, ça me calme et me rend heureuse. Il me laisse me reposer sans parler et je me nourris de son image autant que je peux. Je me sens bien, apaisée…les cris d’enfants au loin et les vagues deviennent étouffés…j’entends juste les sifflements de l’air et je suis toujours hypnotisée par Jacob, ses longs cheveux noirs que le vent fouette, la couleur cuivrée de sa peau qui l’est encore plus avec le soleil, sa sérénité et surtout, sa présence…je me sens en sécurité près de lui et surtout, appréciée à ma juste valeur même si je sais qu’il ne doit pas être d’accord avec tout ce que je fais…lui, ne me prend pas de haut ou ne semble pas me juger. Il y a entre nous comme une connexion silencieuse, un lien que je ne m’explique pas mais auquel je tiens plus que tout. Je respire profondément et ferme alors les yeux. Son image ne me quitte pas.
Une voix me fait sursauter. J’ouvre les yeux avec beaucoup de difficultés. Je suis sur le côté, j’ai du sable plein la joue gauche qui me gratte, je lève un peu la tête et me trouve face au dos de Jacob qui n’a pas bougé, toujours assis près de moi. Je me rends compte que je me suis rapprochée, que je suis presque collée à lui et je me relève complètement, la tête dans le coton. Jacob tourne la tête vers moi avec un doux sourire et me dit :
Je m’assois face à l’océan et me passe la langue sur mes lèvres salées. La voix qui m’a réveillée se fait à nouveau entendre près de nous.
Je penche la tête et trouve Quil assit à la gauche de Jake qui semble très amusé. Je me passe la main dans les cheveux, je me sens vidée, comme propulsée depuis un autre temps.
Je vois Jacob lever la tête vers le soleil, plisser les yeux et réfléchir. Puis il me répond :
Quil s’esclaffe et je vois Jacob rire aussi puis il me dit :
Gênée par ma remarque un peu trop enjouée qui me fait clairement passer pour une citadine, émerveillée par Jacob qui plus est, et par le fait que ma longue sieste l’a contraint à rester sur la plage au lieu de déjeuner, je me relève doucement, me sentant un peu fébrile sur mes jambes mais décidée à rentrer. Jacob se lève aussi et s’étire en lançant un regard à Quil.
Jacob hoche la tête et se dirige vers le chemin que nous avons pris à l’aller. Je le suis, encore un peu incertaine et il doit le sentir car il s’arrête et me regarde en souriant.
Je ne comprenais encore pas ce qu’il m’était arrivé…l’infusion peut-être ? Ou ce puissant sentiment de bien-être ? Ou peut-être les deux ?
C’est vrai que ces dernières semaines avaient été étourdissantes. J’avance toujours, avec cet étrange sentiment de marcher sur des œufs et soudain, je butte contre une racine qui sort du sable. J’entends Jacob rire à côté de moi et sans prévenir, il me chope la main. Son contact me fait le même effet qu’à la rivière. Je ressens toute sa force et sa chaleur vibrer dans mon bras. J’ai l’impression que ma paume me brûle mais en même temps, je me sens si bien, comme protéger, soutenue et …appréciée. Je sais que ça ne se fait pas trop de marcher main dans la main avec un garçon qui n’est pas ton copain, surtout quand ni l’un ni l’autre n’est célibataire mais pourtant, je ne veux pas la retirer et continue d’avancer à ses côtés, me laissant tracter jusqu’à la petite maison rouge.
En entrant, Jacob me lâche et ma main reste chaude. Je salue Billy qui est rentré et qui a visiblement préparé quelque chose qui est resté sur la gazinière car la cuisine embaume. Sans rien demander, Jacob sort deux assiettes, et les place face à face. Je m’assois, jetant un œil inquiet à Billy qui lit son journal sans relever la tête. Je me dis que ça n’a pas l’air de le déranger que Jacob m’invite et au fond de moi, j’espère qu’il ne dira rien car l’odeur m’a littéralement réveillé l’estomac et je meurs de faim. Jacob me sert puis se sert et s’assoit face à moi en souriant.
Ma main reste en suspend dans le vide, je me rends compte que je lui impose ma présence depuis ce matin alors qu’il ne m’attendait pas. Je débarque comme ça, après plus de quatre semaines de silence et je pense que parce que j’arrive, Jacob doit chambouler toutes ses habitudes pour moi. Je pose ma fourchette et me passe encore la main dans les cheveux. Je ne sais pas quoi faire…j’aime tellement être avec lui mais là, je me doute que je dérange. Je me dis que je vais finir mon assiette et déguerpir sur le champ !
Je le regarde sans comprendre, ne sachant pas si je dois rire ou pleurer ?
Je vois Billy lever un œil vers son fils puis replonger dans son journal avec un léger sourire en coin. A son regard, je vois que Jacob est sérieux et je regrette de ne pas avoir saisi la plaisanterie. Je lui souris, heureuse qu’il ait envie de m’avoir à ses côtés pour le restant de la journée.
Je l’imite, savourant avec délice le plat que Billy nous a préparé. Oui, j’ai besoin de soleil…mais pour ça, pas besoin qu’il fasse beau. Avec Jacob, le soleil brille à chaque instant dans ma tête.
Le repas terminé, je me lève d’un bond pour le devancer à la vaisselle. Je remarque son air appréciateur mais comme d’habitude, il ne me fait aucun commentaire. Cette fois, c’est lui qui prend le torchon et je me sens si utile ainsi que si on m’avait dit un jour que faire cette corvée serait un moment magique, je lui aurais bien ri au nez. Pourtant, c’était ce que je pensais en ce moment…je vivais encore un moment magique, loin de tout, loin du temps qui passe trop vite...
La vaisselle rangée, Jacob me fait un clin d’œil pour le suivre dehors et je m’exécute, impatiente de découvrir ce qu’il compte faire avec moi. Il retourne dans le hangar et me demande en prenant des sacs en cuir :
Je ne veux surtout pas qu’il me laisse là parce qu’il a peur que je me blesse ! Pourtant, il me regarde d’un air septique et ajoute :
C’est vrai qu’il avait un sac plein de viande ce matin et je comprends que l’acheter aurait été une vraie ruine pour toute cette meute.
Je me sens soudain très inculte mais Jacob reprend aussitôt :
J’ai conscience qu’il vient de se rattraper pour ne pas me vexer à nouveau. Les sourcils froncés, il m’observe et j’essaie de paraître normale mais je ne dois pas être convaincante car il se rapproche et m’explique, d’une voix plus posée :
Pendant son explication, j’avais vu son visage changé plusieurs fois d’expression. Il était passé du sérieux, à l’excitation, puis la fierté avec le regard brillant. Il aimait vraiment ces loups et j’étais heureuse qu’il partage sa passion avec moi. J’avais voulu en savoir plus sur lui, j’étais servie !
Pourtant, il ne se doutait pas à quel point moi, ça me faisait plaisir ! Edward ne prenait jamais le temps de m’expliquer quoique ce soit de son univers, même le plus simple…je ne savais jamais trop comment le prendre ? Ne voulait-il pas m’ennuyer avec quelque chose d’assommant comme il disait ou me prenait-il pour une fille limitée, incapable de comprendre ?
15 – Sa flèche a touché mon coeur…
Elle me suit sans broncher, sans se plaindre. Pourtant, je vois à la barre sur son front qu’elle souffre. Mais je sais aussi une chose : c’est qu’elle ne veut surtout pas que je l’aide ou la plaigne ! Alors, de temps en temps, je ralentis ou je m’arrête, et je fais semblant d’observer une plante ou un oiseau…comme elle a l’air complètement intéressée par tout ce que je fais, elle s’arrête et se concentre sur ce que je lui montre, captivée. J’ai l’impression d’être avec une enfant de quatre ans en plein apprentissage de la vie. Elle a une soif intense de savoir, c’est incroyable ! Je me demande même ce qu’elle fait vraiment avec lui pour avoir autant besoin de ça…pourtant, ils ont l’air d’avoir une vie sociale intense…enfin d’après ce que j’ai pu entendre ? N’empêche que je suis super heureux de voir que dès qu’il se tire, elle débarque direct chez moi ! Je ne sais pas ce que j’ai fais pour ça, mais les faits sont là et je suis très heureux. Et surtout, je compte bien en profiter et l’amener à venir me voir, même quand il sera là ! Je reprends la marche et elle souffle un coup puis me suit.
Je ris encore tout seul de la tête qu’elle a fait lorsque j’ai sorti mon matériel de chasse : arc et flèches. Elle avait des yeux ronds comme des billes et j’avais finis par lui dire en riant:
N’empêche qu’elle avait encore été impressionnée. La chasse au fusil ne m’avait jamais intéressé et poser des pièges était maintenant en voie d’être interdit. Alors depuis deux ans, je me suis spécialisé dans la chasse à l’arc. C’est plus difficile car je dois être tout prêt de l’animal mais c’est propre et net. Et surtout, très excitant ! D’habitude, j’y vais avec Sam, c’est lui qui m’a appris à chasser de cette façon, mais aujourd’hui, il devait conduire Emily à Seattle donc c’était une aubaine…je serai seul avec Bella.
Mon territoire de chasse commence à ce point et je ralentis pour lui proposer :
Je ne sais pas trop si je vais réussir à choper quelque chose aujourd’hui. De un, parce que chasser avec quelqu’un qui n’y connaît rien va forcément m’empêcher de me concentrer et de deux, parce que c’est Bella et que j’ai le palpitant depuis ce matin.
Je retire donc mon arc de mon dos et commence à préparer une flèche. Je lui fais signe qu’on y va, en silence et elle se place derrière moi. J’avance doucement, elle me suit à un mètre. Elle fait vraiment un effort considérable pour ne pas faire de bruit si bien qu’elle semble quasi transparente. J’essaie de me concentrer et nous avançons pas à pas, évitant les branches au sol et passant au travers de fougères. Je sais où se trouvent la plupart des terriers, ne reste plus qu’à espérer qu’un lièvre soit en balade. Bella me suit toujours, malgré tous ses efforts, j’entends sa respiration derrière moi mais je sais que ce n’est pas sa faute, je l’entends parce qu’elle me trouble et que je me concentre plus sur sa présence que sur mes proies. Nous marchons un long moment ainsi, l’un derrière l’autre, en silence. Mon esprit galope toujours mais j’essaie de rester focalisé sur un éventuel mouvement. Soudain, Bella pose sa main froide sur mon avant-bras et je sursaute puis me retourne. Elle me fait un signe sur notre droite et je vois un lièvre droit comme un i entrain de manger une feuille. Je me redresse et avec une lenteur calculée, je pointe ma flèche vers lui et tend mon arc. Je le cadre, espérant que je ne vais pas le louper car je sens que je tremble légèrement. Bella, à côté de moi, retient son souffle. Je me ressaisis, bien décider à ne pas la décevoir et vise le lièvre puis décoche. La flèche part avec force et dans un souffle, se plante dans l’animal qui est légèrement propulsé mais touché. Je fonce sur lui pour vérifier qu’il est mort sur le coup. Bella vient s’accroupir à côté de moi et se passe la main dans les cheveux en disant :
Un peu choqué par sa réaction, je tourne brusquement la tête vers elle, mais comme elle semble avoir réellement apprécié, je préfère ne rien dire. A la place, je réponds tout en retirant ma flèche du lièvre :
Je sais qu’elle n’est pas assez forte pour le moment, elle manque sérieusement d’exercice et de vitalité mais je me dis que pourquoi pas ? Avec un petit arc ? Ça me permettrait de passer un peu de temps avec elle. Je hoche donc la tête et son sourire me réchauffe le cœur.
Nous reprenons notre quête mais j’ai la tête embrumée, je sais que je ne ferais plus rien aujourd’hui. Si bien qu’au bout d’une heure, je reprends la direction de la lisière, le long des roches qui plongent dans l’océan et elle me suit toujours. Une fois qu’elle comprend que je ne chasse plus, elle s’assoit sur un rocher en soupirant. Je me doute qu’elle souffre mais son visage est si apaisé et elle a l’air d’avoir pris un peu de couleurs.
Je range mes flèches dans mon carquois et je sens qu’elle m’observe depuis son petit rocher. Je lève des yeux interrogateurs vers elle et elle me dit :
Je ris comme ça pendant quelques secondes puis me dit que c’est le moment de louvoyer. J’ajoute donc plus sérieusement, tout en continuant de ranger mes affaires :
Comme elle ne répond pas, je lève à nouveau les yeux sur elle et elle me regarde, bouche bée. Puis, elle tourne la tête vers l’océan, pensive et je me dis que, bon…elle ne me donnera pas son numéro. Tant pis ! ça me chagrine un peu mais je pense soudain que si elle ne me le donne pas, c’est qu’elle ne veut peut-être pas que je l’appelle quand elle est avec lui et ça…ça veut dire deux choses ! La première, c’est qu’elle veut me garder « secret » à ses yeux et la deuxième, qu’elle n’est pas indifférente. Je m’accroche à cette idée et souris, tout en finissant de ranger mes flèches.
La descente est difficile pour elle et je marche très lentement, faignant de contempler l’océan sous nos pieds. Je vois un aigle tournoyer au dessus des vagues et je repense à ma journée galère où j’avais cherché sa plume justement pour son genou qui la faisait autant souffrir. Finalement, je ne lui avais pas offerte en mains propres mais aujourd’hui, elle était avec moi. Si j’avais su ça ce jour là…j’aurai été plus heureux. Un coup dans le dos me bouscule. Je me retourne et Bella se tient la joue en jurant.
J’arrête de parler lorsque je vois un filet de sang sur ses doigts.
Je retire sa main et je vois alors une belle entaille sur sa joue. Je défais mon carquois du dos pour voir ce qui l’a blessée et je comprends qu’elle s’est éraflée contre une des fermetures en ferraille.
Je réfléchis un moment et pense à mon essuie-tout pour nettoyer mes pointes de flèches qui se trouve dans mon sac. Je le sors et l’approche de son visage. Elle me regarde en fronçant les sourcils puis jette un œil de travers à mon torchon.
Elle retire sa main et avec douceur, je lui nettoie le sang puis j’appuie un peu et elle prend le relais en posant sa main sur la mienne. Son contact me chamboule à chaque fois, surtout qu’elle a les mains très froides. Je reste deux secondes comme ça puis retire la mienne et lui conseille :
Je suis dégoûté qu’elle se soit entaillée le visage comme ça ! Je la trouve si belle… cette fille est une gourde ambulante ! Je ne m’étonne plus qu’elle se blesse autant. J’avais de la chance qu’elle s’en soit sortie vivante avec cette histoire de cheval. S’il la connaissait vraiment, son mec ne l’aurait jamais autorisée à monter sur cette bête ! Enfin, elle est si bornée que même s’il lui a interdit, je me doute qu’elle l’a fait par défi…
Je remets le carquois sur mon épaule et reprend la marche. Bella me suit, sans broncher.
Une fois chez moi, je file directement à la salle de bain prendre ce qu’il faut pour la soigner. Billy voit son torchon plein de sang sur la joue et demande, inquiet :
Je reviens avec coton, alcool et pansement et déclare :
Elle marmonne quelque chose mais je ne comprends pas. Je m’approche à nouveau et elle retire le morceau de tissu complètement ensanglanté. J’hésite car je sais que ça va la piquer mais il vaut mieux désinfecter. Je pose avec douceur le coton imbibé d’alcool sur sa joue et elle serre les dents en se contractant.
Elle me fixe intensément et gêné par la beauté de ses yeux qui me font littéralement craquer, je me concentre uniquement sur sa plaie mais mon cœur me cogne dans les tempes et je me maudis de ressentir de plus en plus d’émotions en sa présence. Je sais déjà bien comment ça va se finir…si elle s’en rend compte, un jour, elle ne viendra plus. Je dois absolument me contrôler et jouer le mec sûr de lui, complètement indifférent…elle me fixe toujours et j’essaie d’occulter son regard. Je prends un pansement et lui place sur la joue. Mes mains tremblent légèrement et je les retire vite pour ne pas qu’elle le voit.
Elle éclate de rire et se dirige vers un miroir à l’entrée pour constater les dégâts. Elle hausse les épaules et à cet instant, la porte s’ouvre sur Charlie qui fait les yeux ronds en la voyant.
Charlie tourne la tête vers moi et je lui lance un sourire crispé. Il comprend et continue :
Au ton que vient d’employer Charlie, je capte tout de suite qu’il ne porte pas le fils Cullen dans son cœur. Je me retiens de sourire et Bella répond :
Hum…sujet très sensible ! Il faudrait qu’un jour je sonde Charlie.
Charlie se sert un café et déclare, à l’intention de mon père :
Je vois Bella baisser la tête et bizarrement, j’ai l’impression qu’elle s’inclue dans la mauvaise journée de son père. Pourtant, je suis sûr qu’il est content qu’elle soit là, même s’il a l’air fâché.
Il avale son café et déclare :
Son ton est sec et sans appel. Même Billy le regarde avec un air ennuyé. Je ressens soudain un sentiment d’abandon, elle est quand même avec moi depuis ce matin et je sais déjà qu’elle va me manquer. Je remarque alors que Bella m’observe et son regard semble me renvoyer l’écho de mes pensées. Je vais peut être lui manquer aussi ? Charlie fait un signe à Billy puis à moi et sort de chez nous, aussi vite qu’il y est entré. J’avance vers Bella pour l’accompagner, elle reprend son sac, salue mon père et nous sortons de la cuisine.
Une fois à la voiture, je lui ouvre la portière et elle monte à côté d’un Charlie qui semble s’impatienter. Je ne comprends pas sa mauvaise humeur mais je me dis aussi que ça ne me regarde pas. Quelque chose a du l’énerver dans la journée et le fait que Bella rentre à nouveau chez lui l’ennuie peut-être finalement ? Bella me fixe à travers la vitre, je lui fais un petit signe et elle me le rend, discrètement. Puis la voiture démarre et je la regarde s’éloigner jusqu’à ce que je ne la voie plus. Est-ce que j’allais vraiment la revoir durant ces cinq jours de répit ?
16 – Passer une belle journée… tranquille…et avec elle.
Et pourtant, le lendemain matin, je la vois débarquer dans la Chevrolet à neuf heures du matin. Toute souriante et toujours avec son pansement sur la joue qu’elle a changé, elle se dirige vers moi pendant que je sors de la maison et me salue.
Je ris pour la détendre car je vois bien qu’elle a du mal à capter quand je plaisante. Et je rajoute :
Elle me regarde, un peu hébétée puis rit en disant :
Bizarrement, je la sens complètement retournée et je finis même par m’inquiéter de son long silence.
Les choses sont plus graves que je ne le pensais…va falloir que je la secoue sérieusement. Je reste silencieux, faisant exprès d’attendre comme elle devait le faire avec lui…attendre que monsieur annonce le programme de la journée…ou même n’annonce rien car je l’imaginais bien le suivre sans savoir parfois où il l’emmenait. Elle se repasse à nouveau la main dans les cheveux et je commence à comprendre que ce tic est compulsif quand elle est nerveuse ou ennuyée. Elle me fait un peu de la peine, d’être aussi perdue avec une bête question mais je compte bien lui ouvrir les yeux sur sa condition et j’attends toujours.
Je me retiens de rire car si elle voit que je me moque, je sens bien qu’elle va se braquer. Bon, je décide de l’aider un peu quand même…
Elle lève brusquement les yeux vers moi et j’éclate de rire. Elle se joint à moi mais je vois que c’est nerveux. Pourtant, elle ne me répond toujours pas et une barre se forme entre ses yeux.
Bon sang ! Mais elle ne sait vraiment pas quoi faire ! …Ou pas décider ! Je soupire légèrement et regarde l’horizon. Je sens la colère monter mais j’essaie de ne pas lui montrer pour ne pas la mettre mal à l’aise. Et puis soudain, elle s’écrie :
J’hallucine car c’est le genre de trucs que je pourrais faire tout le temps mais je commence à comprendre qu’elle veut faire tout ce qu’elle ne peut pas faire en temps normal…elle qui doit sûrement se faire servir, manger dans des couverts en argent et sur une table en verre, où la moindre miette doit être ramassée dès qu’elle touche le sol…
Elle me suit dans la maison et j’ouvre le frigo pour voir si j’ai tout ce qu’il faut. En même temps, je réfléchis à l’endroit où je vais l’emmener, pas trop loin pour ne pas qu’elle souffre de trop mais assez calme pour qu’elle ait l’impression d’être isolée dans la nature.
C’est vrai que là, c’était idéal. Et on pouvait y aller en voiture.
Je me relève du frigo pour voir son expression afin de vérifier si elle en a vraiment envie ou si elle me propose ça pour éviter qu’on soit complètement seuls. Et évidemment, je vois dans ses yeux qu’elle a soudain peur…mais peur de quoi ? Ça …
J’imagine qu’elle a soit peur qu’on soit seuls, soit du « qu’en dira-t-on ? » qu’elle passe la journée que avec moi ou soit, que ça se sache et que ça revienne aux oreilles d’Edward.
En fait, je n’ai plus de nouvelles depuis la dernière fois et franchement, c’était bien la dernière personne que je voulais dans mes pieds aujourd’hui !
Elle me sourit, satisfaite. Et je me replonge dans le frigo.
Sur le parking terreux, je vois déjà la voiture de Sam et je sens que Bella se détend à côté de moi. Son attitude m’ennuie mais me fait rire en même temps. C’est comme si elle voulait passer du temps avec moi mais ne pas le montrer. Je laisse couler, me disant qu’un jour, elle passera au-dessus de tout ça. La chaleur est agréable, le vent pas trop fort, c’est vraiment la journée idéale pour ne rien faire et manger toute la journée comme Bella le voulait.
Et nous passons vraiment un moment parfait…Sam et Jared sont en formes, les filles parlent beaucoup avec Bella et je la sens complètement détendue. Nous mangeons lentement et pendant des heures, à discuter de tout et de rien tous ensembles. Bella rit beaucoup et souvent croise mon regard, les yeux brillants. Elle ne s’est pas mise à côté de moi, histoire de montrer aux autres qu’il n’y aucun malentendu mais c’est justement ça qui me prouve que ma présence la trouble parfois. Hier, elle était pourtant proche, à l’aise, légère…aujourd’hui, elle est distante tout en étant toujours proche, ennuyée tout en étant toujours à l’aise, calculatrice tout en étant toujours légère. Dans l’après-midi, Jared et Kim se blottissent sur la couverture, Sam se cale contre un arbre et Emily se place entre ses jambes, du coup, je sens Bella à nouveau crispée et je me lève en lui proposant :
Elle me suit pendant que j’avance le long de la berge. Les mains dans les poches, j’essaie de jouer au mec super détendu et je sens qu’elle apprécie car elle sourit. Au bout de plusieurs mètres, nous tombons sur le fameux arbre et elle éclate de rire.
Je fais demi-tour et elle regarde encore un peu l’arbre avant de me suivre. Elle marche à côté de moi mais soudain, se prend encore les pieds dans un creux et bascule. Je la rattrape par la main et elle éclate de rire en disant :
Elle tourne brusquement la tête vers moi, surprise. Je ne l’ai pas lâchée et pourtant, elle n’a pas retiré sa main. Elle m’observe et je lui souris en disant :
Je ris doucement, content qu’elle me tienne toujours la main et j’avance en feignant d’observer les arbres que je ne vois même pas tellement la douceur de sa peau envahit mon esprit. Pourtant, quelques mètres avant de revenir près des autres, je la lâche. Je ne veux pas la mettre mal à l’aise et surtout, je ne sais pas où j’en suis avec Leah alors comme je ne veux pas de questions… Jared et Kim ne relèvent même pas la tête mais Sam et Emily nous accueillent avec un sourire. Ils semblent tous les deux détendus mais dans les yeux de Sam, je vois tout de suite à quoi il pense et je détourne aussitôt mon regard.
Nous rentrons à la maison, Bella semble complètement épuisée mais heureuse. Je suis content de la voir comme ça, me doutant que ça ne doit pas lui arriver souvent d’être aussi cool. Elle pose sa main sur sa joue et je lui demande :
Je vais chercher tout mon attirail et revient près d’elle. Elle s’est assise sur le canapé et me sourit à mon arrivée. Je m’assois près d’elle et retire doucement celui qu’elle a sur la joue. Elle grimace mais j’essaie de faire vite. J’imbibe à nouveau un coton d’alcool et lui nettoie la plaie qui s’est déjà bien refermée mais qui avait encore un peu saigné durant la journée. Cette fois, Bella ne me regarde pas, elle fixe la table basse et je lui remets un nouveau pansement rapidement. Puis, je reprends tout mon bazar et retourne à la salle de bain. De là, j’entends qu’elle allume la télévision. Je reviens près d’elle et vois qu’elle a mis un match de baseball. Etonné, je lui lance :
Je lui fais les yeux ronds et éclate de rire en répondant :
Mais je rêve ! Elle est vraiment conditionnée en mode esclave ! Va falloir que je la secoue plus fort que je ne le pensais déjà ! Pourtant, elle me regarde et je vois beaucoup de tristesse dans ses yeux…une tristesse qui n’était pas là il y a deux minutes. Ça me fout en l’air ! Alors je viens m’asseoir près d’elle et lui prend la télécommande des mains. Je me cale dans le canapé et commence à zapper. Elle s’installe aussi, retire ses chaussures et replie ses jambes sous elle. Je tombe sur un programme sur le jardinage et m’arrête là.
Je ne peux pas m’empêcher d’éclater de rire et lui dire :
Je la dévisage pendant une minute puis répond :
Je tourne alors à nouveau la tête vers elle. Le ton qu’elle vient d’employer m’interpelle.
Elle soupire, se crispe à nouveau et regarde au loin, à travers la fenêtre. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que ce qui va suivre ne va pas me plaire. Elle se mord les lèvres, semble réfléchir puis répond, d’une voix si faible que je dois me rapprocher pour bien entendre :
Mon sang ne fait qu’un tour mais je respire un grand coup avant de lui répondre le plus calmement possible :
Elle hésite, se tord les mains puis m’explique :
Je la regarde, elle semble si loin tout à coup.
Elle tourne à nouveau la tête vers la télévision et je comprends que ça s’arrête là. Elle ne veut plus en parler. Ok…je me cale à nouveau dans les coussins, étends mes jambes et installe mes pieds sur la table basse.
Au bout de quelques minutes où je commence à me laisser absorber par le présentateur et ses boutures, je sens la tête de Bella se poser sur mon épaule et s’alourdir aussitôt. Je n’ose pas bouger, comprenant qu’elle vient de s’endormir. Pendant une seconde, je pense que j’ai même arrêté de respirer ! Comme à la plage…elle s’endort à une vitesse ! Comme si elle lâchait prise, d’un coup. Il faut dire qu’elle n’était vraiment pas habituée à rester tout le temps à l’air…d’après ce que j’ai compris, ils sortent beaucoup mais toujours dans des lieux clos : salle de sport, restaurants, boites de nuit, cafés ou sinon…la fameuse villa. Je reprends doucement la télécommande et baisse le son de la télévision. Je me détends, savourant cet instant de silence, seul avec elle. Mais je sens que sa tête descend et je soulève mon bras pour qu’elle se laisse aller. Elle glisse sur mon torse, jusqu’à mon ventre et se blottit. Mon cœur bat si fort que je me dis qu’elle va l’entendre et se réveiller mais je vois à son visage si paisible qu’elle dort profondément. Alors je tends le bras et chope un des coussins puis lui cale sous la tête, sur mon ventre. Puis, je me couche un peu plus pour ne plus qu’elle bouge et ose poser mon bras autour d’elle, sur sa taille. Sa respiration est régulière, et j’essaie de reprendre la mienne à un rythme normal. Je la contemple, j’aime vraiment tout chez elle : sa peau laiteuse, ses longs cils bruns, la couleur de ses cheveux, la courbe de son visage…sa petite nuque où je vois son cœur battre dans ses veines. J’hésite puis pose doucement ma main gauche sur son front et lui caresse lentement les cheveux pour l’apaiser dans son sommeil.
17 – Mais tout a une fin …
Je n’étais pas sûr de la revoir après une journée pareille. Je m’étais réveillé seul sur le canapé, elle avait disparu. J’avais d’abord pensé qu’elle était dehors ou ailleurs dans la maison mais la Chevrolet n’était plus là alors j’avais enfin admis qu’elle était partie pendant mon sommeil. Comme une voleuse ou par peur de me réveiller ? Je ne le saurais jamais mais j’étais assez dépité.
Pourtant, encore aujourd’hui, elle est venue. Et j’ai fait comme si de rien était. Je l’ai accueillie avec le sourire et nous avons filé vers la Flèche d’argent pour essayer de voir les louveteaux. Mais, seule la mère est apparue et pendant que je la regarde, je suis en train de me dire qu’elle ne vient que lorsque Bella est avec moi…cette idée me fait sourire étant donné leur point en commun et j’espère que Bella sera aussi là le jour où elle décidera de me ramener ses petits.
Accroupie, je vois que Bella la fixe et semble vouloir quelque chose alors je lui demande :
Elle dandine la tête, moitié convaincue puis lève doucement le bras.
Elle s’arrête alors aussitôt. Je me rapproche et m’accroupis près d’elle.
Bella hoche la tête et je reprends :
A ces mots, elle tourne brusquement la tête vers moi mais je reprends plus clairement :
Elle tend sa main légèrement tremblante vers la louve. Je sais que cette dernière ressent la crainte de Bella mais je ne préfère pas en rajouter car si je lui dis ça, elle va stresser encore plus et la louve va se braquer. La main de Bella s’avance doucement vers son museau, je vois la louve s’agiter un peu mais ses poils ne se hérissent pas et ses oreilles restent droites.
Sa main n’est plus qu’à quelques centimètres et je lui souffle :
Bella m’écoute et avance un peu plus vite sa main. La louve renifle devant elle puis approche son museau de sa main. Je sais qu’elle hésite encore mais elle finit par toucher les doigts puis lèche la paume de Bella qui glousse de plaisir. Je sors alors un morceau de viande et lui transmet discrètement en disant :
Bella me le prend des mains puis le tend à la louve qui le chope aussitôt et file, le regard reconnaissant.
Je déglutis, réfléchis deux secondes puis réponds, malgré moi :
Bella semble un peu déçue mais n’insiste pas. Je ferme deux secondes les yeux, maudissant ma stupidité. Puis je me relève et nous quittons la forêt.
Mais dans la voiture, j’entends soudain son téléphone vibrer et elle le sort de sa poche de jeans, le visage anxieux. Discrètement, je la regarde lire le message puis je la vois y répondre rapidement et refermer l’appareil d’une main tremblante. Bizarrement, je sens une soudaine tension dans la voiture et mon instinct me souffle que je dois profiter de ces derniers moments avec elle. Je continue de rouler, repensant à tout ce que nous avons fait ensemble durant ces trois jours. J’avais quand même réussi à la faire sortir presque toutes les journées et je suis sûr que ça lui avait fait du bien. Mais soudain, elle me coupe dans mes pensées en me disant :
Je tourne la tête vers elle, remarque son visage dépité mais me concentre à nouveau sur la route en demandant !
Alors ça ! Je sens un violent choc me tordre le ventre, me replongeant des années en arrière mais j’arrive tout de même à répondre d’une voix sereine :
Je tourne alors à nouveau la tête vers elle, remarque ses larmes dans les yeux et réponds pour la calmer :
Soudain, elle se met à pleurer à chaudes larmes et je ne comprends pas ce qui lui arrive. Je mets mon clignotant et m’arrête sur un chemin en bordure de la forêt. Ce qui est étrange, c’est que autant cette plume a eu de l’importance pour moi à l’époque, autant maintenant, je n’y voyais qu’une plume et que la présence de Bella était plus précieuse. Enfin, maintenant je savais ce qu’elle en avait fait !
Mais ses épaules se secouent et elle renifle tout ce qu’elle peut. Je me glisse jusqu’à elle et ose poser mon bras autour de ses épaules. Et là, elle se tourne vers moi et se blottit en pleurant de plus belle. Je la sers contre moi et elle m’enlace par la taille, la tête enfuie dans mon tee-shirt contre mon cœur. Je la laisse pleurer comme ça une minute puis je dépose un baiser sur ses cheveux en lui murmurant :
Elle a des cheveux collés sur son visage et je lui retire doucement sans la quitter des yeux puis réponds :
A la voir comme ça, si vulnérable et si près, j’ai une furieuse envie de l’embrasser qui me prend et je dois me mordre les lèvres pour me retenir. Alors, pour éviter une bêtise irréparable, je me dégage d’elle doucement et elle finit par me lâcher, en se passant nerveusement la main dans les cheveux. Je reprends ma place face au volant, à cette distance, je me sens déjà beaucoup mieux. Alors, je lui réponds :
Elle me fait vraiment penser à une enfant quand elle est comme ça. Je lui souris et redémarre la Chevrolet.
Nous passons le reste de la journée à nous balader sur la plage, à discuter de ses études, de ses amis à la fac, de sa mère…les sujets sensibles sont évités comme Leah, ma mère, Edward, la plume … et quand je regarde le soleil décliner, je ressens une petite pointe de tristesse m’envahir car je sais, même si elle ne m’a rien dit, que demain, elle ne reviendra pas. Le message qu’elle a reçu devait sûrement lui annoncer un retour à l’avance et je sais que l’idée de retourner s’enfermer là-bas a du la bouleverser au point qu’elle m’a ressorti cette histoire de cadeau de jeunesse. Nous quittons la plage et empruntons le chemin qui mène jusqu’à chez moi. Nous sommes vraiment seuls, la nuit tombe et je me sens soudain prêt à toutes les audaces. D’un geste rapide, je lui prends la main en espérant qu’elle ne me rejette pas et s’enfuie en courant. Mais, sans me regarder, elle continue à avancer, sa main dans la mienne. Alors, je ralentis et nous faisons les derniers mètres jusqu’à sa voiture très lentement. Bella se laisse faire et moi, j’ai le cœur qui cogne violemment dans ma poitrine. Je sais que je ne devrais pas, que je vais souffrir, que même si elle ne dit rien, elle ne va pas non plus se jeter sur moi et le quitter mais voilà, j’en profite et le souvenir de ces moments passés avec elle ne s’effaceront jamais.
Une fois que nous sommes à la voiture, elle me lâche doucement et ouvre la portière puis la boite à gants. Elle ressort et me tend un bout de papier avec un stylo. Je reste quelques secondes sans comprendre et elle me déclare, le regard fuyant :
Mon cœur fait un nouveau bond mais je n’ose pas répondre quoique ce soit de peur qu’elle change d’avis, parce que sa demande a l’air de beaucoup la perturber ! Je prends son stylo et pose son papier sur le toit de la voiture pour y noter mon numéro de portable. En même temps, je me dis que j’avais vu juste, qu’elle ne veut pas que je l’appelle quand elle est avec lui et ça, ça me plait ! Je me dis aussi que je vais devoir me trimballer mon téléphone partout avec moi maintenant car c’est le genre de truc que je laisse facilement éteint dans ma chambre. Mais là… je le sais, je vais même dormir avec !
Je lui redonne le tout, elle semble si tendue que je ne souris même pas. J’ai l’impression qu’on est en train de vivre un drame là…elle fourre aussitôt le papier dans sa poche de jeans et ose enfin lever les yeux vers moi.
Elle hoche la tête et monte dans la voiture. Je lui claque la porte et je vois qu’elle me regarde toujours à travers la vitre. J’ai du mal à saisir son expression, j’ai l’impression qu’elle s’excuse…elle démarre et baisse la tête sur le volant puis passe une vitesse et me quitte.
Oui…pendant trois jours, moi aussi j’ai eu l’impression que le temps s’est arrêté…trois jours avec elle, rien qu’avec elle et nous avons même presque pas parlé. C’est bizarre comme relation. C’est comme si elle n’existait pas, que je me l’imaginais. Elle revient dans ma vie, reste près de moi et repart…on ne se dit rien, je ne sais pas ce qu’elle pense ni si je la reverrais le lendemain…enfin, maintenant qu’elle a mon numéro, les choses allaient peut-être changer ?
18 – Ce n’est jamais facile !
Accroupis à terre, ça va bientôt faire deux heures que j’attends qu’elle se montre. En fait, je constate qu’elle a décidé de venir uniquement lorsque Bella est avec moi ! A croire que je n’avais pas menti, Bella me portait chance. Mais voilà, elle n’est pas revenue aujourd’hui, comme j’avais dit… donc autant repartir, ça ne servait à rien. En arrivant à la maison, Leah m’attend devant le perron. Je ne l’ai pas revue depuis notre petite mésaventure et je ne sais pas trop comment me conduire avec elle…je ne sais même pas si nous sommes encore ensemble car je n’ai reçu aucun coup de fil, aucune visite. Pourtant, elle se lève à mon arrivée et se dirige vers moi, les mains dans les poches de son jeans, un grand sourire aux lèvres.
Elle rit tout en me prenant dans ses bras et je me penche vers elle, hésitant, mais elle dépose un baiser sur mes lèvres. Et encore une fois, son baiser se fait plus passionné. Je me laisse faire mais je ne ressens rien…je sais maintenant clairement que je ne l’aime pas et comme c’est réciproque, je me dis qu’on fait juste ça par plaisir, ce qui est assez étrange mais pas désagréable. Elle se dégage et je vois ses yeux briller. Je n’y prête pas trop attention, mon esprit vagabonde entre mes loups et Bella quand elle me sort d’une voix caressante :
Je manque de m’étrangler.
Elle semble choquée par ma réponse et je m’en veux d’avoir été aussi catégorique. Pourtant avec elle, il vaut mieux si on veut qu’elle comprenne.
Elle a les larmes aux yeux et semble au bord du désespoir.
Au moins c’est clair ! Pas la peine qu’elle insiste encore une fois ! C’est déjà assez pénible comme ça de la remettre à sa place.
Sa colère approche à grand pas et je sais déjà qu’elle va élever la voix dans moins de cinq minutes. Je la fixe, ne sachant plus quoi ajouter d’autre. J’ai dit ce que j’avais à dire. Pour moi, c’est clair. Je préfère rester seul, ça sera plus honnête. Elle semble réfléchir puis soudain, son regard s’illumine et elle me lance :
Mon cœur s’accélère et ma gorge se serre mais je reste de marbre.
Je ne réponds pas, à quoi ça sert de continuer à jouer la comédie ? Après tout, je lui dois bien ça, on a toujours été franc tous les deux.
Cette fois, c’est moi qui aie élevé la voix car sa remarque m’a littéralement fait sortir de mes gons.
M’insulter a toujours été sa façon à elle de cacher sa douleur. Je baisse la tête et attend patiemment qu’elle se calme. N’empêche que ses paroles m’ont touchées pour une fois et je ressens une forte douleur dans la poitrine qui ressemble clairement à de la souffrance amoureuse. Je me rends compte alors que même si je me répète sans arrêt que je dois me protéger, prendre mes distances et tout, je me laisse complètement aller vers un espoir qui n’a aucune chance de devenir un jour réalité ! Pourtant, quand je pense à elle, je la vois prendre du plaisir à passer du temps avec moi, elle a quand même fait le chemin à pieds pour venir me voir ! Ce n’est pas pour rien ! Elle a passé trois jours avec moi. Elle m’a demandé mon numéro…bon, ok, elle ne m’a pas appelé mais n’empêche que je sens qu’elle est bien avec moi et qu’un lien nous unis…même si je n’arrive pas à en définir clairement la nature.
Je me rapproche d’elle et elle me toise, le regard noir. Je lui réponds les dents serrées :
Pour ça, je ne sais pas trop en fait…c’est vrai que une fois qu’elle retourne avec les Cullen, plus rien ne semble exister. Elle me dit toujours qu’elle mène une vie de dingue mais j‘ai du mal à concevoir qu’elle ne peut pas se révolter contre ça ou du moins, prendre le temps de venir voir son père. Moi, à la limite, je peux comprendre…mais pour Charlie, c’est vrai que sur ce point, je ne peux pas donner tort à Leah.
Leah voit qu’elle m’a touché et semble se calmer. Je sais qu’elle déteste me faire souffrir et je ne suis pas étonné lorsqu’elle me prend dans ses bras et me berce en murmurant :
Je plante mon regard dans le sien et ne répond pas. En fait, je ne sais pas quoi faire et je pense que le mieux est de ne rien faire…de laisser venir et voir où ça va me mener. Par contre, dès que je sentirais une ouverture, oui…j’essayerai peut-être de m’y faufiler.
19 – Crever l’abcès
Je sens une caresse sur ma joue, puis une odeur de thé qui me chatouille les narines. J’ouvre les yeux sur le doux sourire d’Edward qui semble me contempler et attendre mon réveil depuis un moment. Je tourne la tête et vois la tasse fumante sur ma table de nuit accompagnée de mes tartines grillées. Je me relève un peu puis demande :
Je remarque alors une lueur dans ses yeux qui ressemble à ce qu’il avait au début de notre relation et soudain, mon cœur bat plus vite. Est-ce qu’il aurait réfléchi durant son séjour ? Est-ce que je lui ai vraiment manqué ? Mon baiser de l’autre fois n’avait peut-être pas été vain finalement ! Je me tourne complètement vers lui et lui pose ma main sur sa joue. Il me la prend et embrasse ma paume avec tendresse. Ce geste me semble si étrange car ça fait très longtemps qu’il n’a pas eu des petits comportements insignifiants comme ça mais tellement agréables. Je dois le regarder avec étonnement car il me demande :
Je ne peux m’empêcher de penser que je n’aurai donc plus l’occasion d’avoir du temps libre seule…plus de temps pour aller voir Jacob.
Je baisse la tête, me demandant encore pour la millième fois si je dois lui parler de Jacob puis, le courage me manque et je lui réponds :
Je le regarde enfiler son pantalon puis sa chemise. Je constate que malgré tout, il ne me raconte rien. Je prends alors ma tasse de thé et mon plateau pendant qu’il enfile ses chaussures en me disant :
Il se relève, fait le tour du lit et vient m’embrasser. Son baiser est bref mais son regard chargé de tendresse. Enfin…je ne sais pas trop en fait…de joie plutôt ? Il a beau me dire qu’il est épuisé, que tout est normal, je vois bien qu’il est différent. Et ma colère monte lorsque je le vois quitter la chambre sans que j’en sache plus !
Mais, à nouveau, les journées passent à une vitesse étourdissante. Je m’en rends compte là, pendant que je retire mes chaussures et que je me sens vraiment épuisée. Depuis trois jours que Edward est rentré, je ne vois notre chambre que le soir pour dormir. Je n’ai pas un seul moment de répit, nous sommes toujours en sorties ! Edward a apparemment promis toutes sortes d’activités avec ses amis de fac pour les vacances et ce matin, je me suis retrouvée sur un terrain de golf où je n’avais encore jamais mis les pieds mais où se tenait une compétition entre fils de haut dirigeants, politiques ou médecins de Seattle, Forks et les environs. Je me masse la plante des pieds lorsque Edward me rejoins et m’annonce :
Je le sens très apaisé en ce moment et décide de lui parler franchement :
Il soupire et baisse les yeux vers ses mains posées sur le lit puis me répond :
Je le vois déglutir et ma poitrine s’oppresse. Est-ce que nous allons aborder un sujet sensible ? Est-ce que Edward me cache quelque chose ? N’osait-il pas m’avouer qu’il ne m’aimait plus ? Car, ça m’avait souvent traversé l’esprit depuis un an, surtout depuis son indifférence au moment de nos ébats.
Est-ce que j’allais avoir le courage de lui parler de nous ? De son attitude pendant l’amour ? Il le fallait ! Ça m’empoisonnait l’esprit.
Il me dévisage, inquiet et semble ne pas comprendre alors je continue :
Je le vois baisser la tête et fixer le sol. Je vois même ses mâchoires se contracter et mon cœur bat si fort dans mes tempes que je suis presque sourde. Je commence à avoir peur, j’aimerai tellement savoir ce qu’il pense !
Puis, il relève la tête et plante son regard miel dans le mien en ajoutant :
Surprise par son ton, je reste une minute bouche bée à l’observer pendant qu’il semble réfléchir à des milliers de choses. Je regrette soudain de lui imposer ça alors qu’il doit avoir des tas de responsabilités dont je n’ai sûrement aucune idée et aussi, des choses pleins la tête entre l’attente des résultats d’examens, ses projets, les affaires familiales et moi, qui vient encore l’ennuyer avec mes petits problèmes personnels. Je lui prends la main et il sourit faiblement en regardant nos doigts enlacés. Puis il tourne la tête vers moi et me dit :
Il se lève alors et me laisse assise sur le lit.
Et il me quitte en claquant légèrement la porte.
Pendant au moins un quart d’heure, je reste prostrée à fixée le vide et à me dérouler notre conversation dans la tête. J’ai vraiment l’impression de passer à côté de quelque chose…pourtant, Edward semble avoir envie de se rattraper mais en même temps, je le sens « pris » par autre chose…comme si il était entre deux feux…comme si il se sentait obligé vis-à-vis de moi mais aussi vis-à-vis de quelque chose dont j’ignore clairement l’existence puisque je ne suis au courant de rien ! En fait, de la vie d’Edward, je ne connais que le minimum…ce qui touche à la vie personnelle uniquement…peut-être même pas en fait ? Peut-être qu’il y a encore des points dans sa vie personnelle que j’ignore ?
Partir est peut-être la solution, se retrouver juste lui et moi…j’aurai peut-être le courage d’aborder à nouveau le sujet de notre relation, peut-être qu’il sera différent, loin de tout ?
Partir…
Mais soudain, l’image du sourire de Jacob m’apparaît et je me dis que je ne mérite pas son amitié …encore une fois, je ne suis pas allée le voir ! Et depuis que je suis rentrée, mon regard se pose sans arrêt sur mon sac où je sais que le morceau de papier est caché. Quand j’entre dans la chambre, avant d’en sortir, avant d’éteindre la lumière pour dormir…je n’ose pas l’appeler…et puis, pour lui dire quoi ? Enfin si, j’aurai justement tellement de choses à lui dire…lui dire à quel point il m’aide à respirer, à reprendre confiance en moi, à quel point il m’apaise…mais il me prendrait pour une folle. Pourtant, sa voix me manque. Ça ne m’avait pas fait ça la première fois que j’étais revenue près d’Edward, peut-être parce que je n’avais pas eu le temps de trop penser…mais là, seule dans la chambre…j’aimerai entendre sa voix, l’écouter me raconter la pêche, la chasse, les loups, les légendes indiennes…l’entendre rire et se moquer de moi. Me rassurer aussi …
Je me lève d’un bond et ouvre mon sac. Les mains tremblantes, je prends le papier plié et je regarde les numéros déjà gravés dans ma tête. Et si je l’appelais ? Juste deux minutes…histoire de prendre des nouvelles. Mais, je me sens tellement coupable.
Je m’assois sur le lit, près de ma table de chevet et prend le téléphone fixe. Je compose le numéro sans regarder. J’hésite encore, ferme les yeux, essaie de l’imaginer en train de faire des trucs merveilleux…il serait peut-être content de savoir que je vais bien ? J’appuie sur le bouton vert et j’attends, sans écouter les sonneries, de peur de raccrocher avant. Mais au bout d’une seconde, j’entends sa voix chaude dire :
Surprise par la rapidité avec laquelle il a répondu, je ris mais je sais que c’est aussi nerveux :
Je déglutis et ferme les yeux. Je me sens tellement stupide mais je suis aussi tellement heureuse de l’entendre. Il se racle la gorge et continue :
Je l’entends rire à l’autre bout du fil et je me joins à lui, amusée par la stupidité de mes propos.
Même si je ne sais pas pour combien de temps je pars …
J’imagine Paul ou Quil venir lui piquer en douce ses engins et je ris doucement.
Sa voix est caressante et presque suppliante. Mon cœur s’accélère violemment et je me maudis aussitôt. Je ne devrais pas ressentir tout ça ! Je me sens soudain toute molle, comme lorsqu’il m’avait chuchoté à l’oreille « Détends-toi » ou « vas-y en douceur…aie confiance en toi ». Je ferme à nouveau les yeux, essaie de chasser mon trouble puis je finis par demander d’une voix assurée :
Je sens soudain une tension et ça me rend dingue. Je me rends compte qu’il n’a peut-être pas apprécié que je ne réponde pas à son invitation, même s’il doit se douter que je ne peux pas venir comme ça.
Je le sens hésiter puis il me répond d’une voix plus enjouée :
Le silence s’installe et je n’ai pas envie de raccrocher. Je remarque alors que j’agite mes jambes depuis le début de cette conversation et que ma nervosité est inexpliquée. Mais soudain, je l’entends me dire :
Et il coupe la communication, ne me laissant pas le temps de me confondre dans des excuses ou explications inutiles.
Je reste un moment à écouter la tonalité. Je ressens un grand vide et une furieuse envie de prendre ma voiture pour le rejoindre illico à la Push. Mais la raison reprend le dessus et au même moment, j’entends frapper à la porte de la chambre. Alice passe la tête et son merveilleux sourire espiègle me redonne le moral.
Elle s’approche de mon lit sur la pointe des pieds, comme un petit elfe et je ris de son attitude enfantine. Elle saute plus qu’elle ne s’assoit sur mon lit en soupirant :
J’éclate de rire devant la tête qu’elle fait puis ajoute :
Elle me fait rire, elle est si jeune…dix-sept ans. Soudain, je sens que je perds mon sourire. Dix-sept ans…l’âge de Jacob. Alice est encore une enfant à mes yeux, je l’ai connue lorsqu’elle avait treize ans, je la vois encore comme elle était à cette époque : malicieuse, coquine, joueuse…pourtant, maintenant, elle a l’âge de Jacob...mais lui, je ne le vois pas comme ça, comme Alice, comme un ado insouciant. Pourtant, je devrais.
Je regrette soudain sa présence…le fait qu’elle me mette en pleine face une évidence telle que celle-ci. Mais pourquoi est-ce que ça me dérange autant ?
Mon pouls s’accélère mais je parviens à répondre d’une voix assurée.
Le fait est que pendant ces journées avec Jacob, je l’avais souvent fermé. Alors j’ajoute pour me justifier :
Pourtant, j’étais rentrée tous les soirs mais à l’évidence, Charlie avait « oublié » de me parler des appels d’Alice. Je vois le regard de cette dernière, elle semble vraiment contrariée. Me soupçonnerait-elle de quelque chose ? En fait, je n’avais rien fait de mal ! Seulement j’avais coupé les ponts pendant ces jours loin de la villa.
Elle n’est pas convaincue mais je ne sais pas quoi ajouter d’autre donc je garde le silence. Elle se relève alors d’un bond et ajoute :
Et elle me laisse seule dans cette chambre, le cœur encore battant.
20 – Y croire encore
Depuis la piscine de l’hôtel, Edward me fait un petit signe et son sourire en dit long sur ce qu’il pense à cet instant. Je me lève donc de ma chaise longue et le rejoins au bord du bassin, en me retenant de rire.
Je me sens tanguer et lui jette un regard accusateur. Il éclate de rire et me lance un peu d’eau sur le corps. Sa bonne humeur m’enchante tellement que je me laisse aller vers lui. Il me rattrape dès que je touche l’eau et je tombe dans ses bras. Aussitôt, il m’enlace et m’embrasse avec fougue. Je savoure ce moment délicieux, retrouver ses bras, son amour…
Depuis que nous sommes arrivés en Italie, j’ai l’impression d’avoir retrouver mon Edward. Forks me semble si loin, cette année étrange où il me semblait si distant n’est plus qu’un lointain cauchemar…je me sens à nouveau désirable, aimée et heureuse. Même dans notre relation intime, je sens qu’il fait des efforts. Il reste toujours très pressé mais essaie de m’embrasser plus souvent, d’être plus attentif. J’ai même retrouvé le chemin du plaisir et je suis vraiment heureuse de retrouver un peu de complicité dans notre couple. Malgré tout, je n’en sais pas plus sur sa vie « hors nous » car maintenant, je vois vraiment les choses ainsi mais Edward est si présent depuis que nous sommes là que je m’en contente et me dis qu’un jour ou l’autre, il finira bien par me parler.
L’hôtel est vraiment superbe, luxueux et très confortable. Nous profitons vraiment l’un de l’autre, sans personne pour nous interrompre…pas de Rosalie, pas d’appel de Victor, pas de copains de fac…rien que nous deux. Edward nous commande tous les matins le petit-déjeuner au lit, je passe mes journées entre la piscine, le restaurant et la chambre. Pas une seule fois nous sommes sortis, pas de voiture, pas de soirée dans une boite…tout se fait ici, dans l’enceinte de l’hôtel et j’ai l’impression de souffler.
Nous sommes ici pour quinze jours. Les parents d’Edward étaient mitigés à l’idée qu’on parte aussi loin mais Edward a du leur faire une remarque la veille de notre départ car ils nous ont accompagnés jusqu’à l’aéroport avec le sourire. Même Carlisle, qui d’habitude est très distant avec moi, m’avait dit :
Leur attitude m’avait un peu chamboulée car je n’étais pas habituée à tant de chaleur de leur part mais ça m’avait permis de partir le cœur léger et optimiste.
Charlie n’avait évidement pas apprécié cette décision, surtout aussi loin mais savait qu’il ne pouvait plus rien me dire et que de toutes façons, je ne l’aurai pas écouté. Pour moi, ces vacances juste avec Edward était une occasion pour essayer de sauver notre couple car même si pour lui, « tout allait bien » ou « tout irait bien », moi je sais que nous étions dans une très mauvaise passe.
Alors durant tout ce séjour, je me suis appliquée à tout faire pour le reconquérir et je pense que j’y suis arrivée. J’ai mis les tenues les plus sexy que j’avais dans mon armoires, des sous-vêtements tout aussi provocants, je me suis concentrée uniquement sur lui et son bien-être, j’étais très présente et Edward a joué le jeu, s’est laissé allé, s’est détendu et surtout, n’a pas une seule fois parlé de ses projets ou de sa famille. Je l’ai accompagné dans toutes ses activités, j’ai même participé à certaines comme le poker, le golf, la plongée sous-marine enfin…toutes des activités qui ne demandent pas trop d’efforts physiques. Et lorsqu’Edward est parti faire du tennis, du vélo ou de l’escalade, je suis restée au bord de la piscine à me détendre et profiter de ces doux moments d’accalmie.
Mais malgré ce bonheur retrouvé, de temps en temps, mon esprit vagabonde vers la Push. Surtout lorsque Edward m’emmène à la plage face à l’hôtel. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Jacob et à notre dernière balade…main dans la main. Ce jour là, je m’étais sentie tellement bien, tellement en paix avec moi-même, tellement soutenue…je peux encore sentir la chaleur de sa paume contre la mienne, celle de ses doigts emmêlés dans les miens.
Oui…Jacob provoque en moi des drôles de sentiments, tous contradictoires. Le premier est ce sentiment intense de bien-être avec lui, d’être hors du temps, dans une bulle, protégée et appréciée. Le second est cette impression d’être liée à lui d’une manière inexpliquée et pourtant indestructible, comme si j’étais attirée comme un aimant. Et le dernier est un sentiment de culpabilité…face à son âge, mineur en plus, au fait que lorsqu’il me tient la main, je n’arrive pas à me détacher mais surtout, une culpabilité face à Edward, au fait que je lui cache cette relation, et face à Leah, que je ne connais pas mais dont l’absence me réjouit quand je suis avec Jacob.
Mon père a raison, je ne devrais plus passer autant de temps avec lui et il a aussi raison sur autre chose : je ne devrais plus filer chez lui à la minute même où Edward s’absente. C’est mal et ça peut porter à confusion, même si je sais au fond de moi que cette confusion n’est peut-être pas de la confusion. La voix de Charlie résonne dans ma tête, à chaque fois que ce sentiment de culpabilité me submerge :
« Tu te sers de lui pour te distraire ! »
« Et ne me raconte pas de salade, l’amitié entre un garçon et une fille, ça n’existe pas ! »
« Je vais aller dire deux mots aux Cullen pour te traiter comme ça dès que leur fils se taille ! »
« Il va finir par tomber amoureux ! Et ce jour-là ma belle, tu vas m’entendre ! »
Mon père avait tort sur un point : je ne me sers pas de Jacob, j’ai besoin de lui… ça je ne peux pas me mentir mais en aucun cas, je me sers de lui comme bouche-trou ou par curiosité.
Et là, je sens qu’il me manque et puis ça passe…je sais aussi que je joue à un jeu dangereux car penser à lui trop souvent me rend en général nostalgique et me donne envie de partir d’ici puis ça passe…je sais aussi que de ne pas lui avoir dit que je partais allait peut-être ternir notre amitié car il devait s’attendre à me voir plus souvent…il m’avait offert cette voiture et je n’osais pas m’en servir. Edward n’est toujours pas au courant et au fond de moi, je ne me sens toujours pas prête à lui en parler. Et est-ce qu’un jour j’aurai vraiment envie de lui en parler ? Après tout, moi aussi je peux avoir mon jardin secret, ma vie « hors nous » ?
Mais dès que je pense ça, une petite voix me rappelle que tout ce que peut me cacher Edward ne concerne que le travail, les projets financiers, les problèmes familiaux…moi je lui cache une amitié avec un garçon. Mais je sais aussi qu’il ne l’accepterait pas car il n’est pas du même monde que lui…
Je sors de la douche, enfile mon peignoir et rejoins Edward sur la terrasse de notre chambre, face à la mer méditerranée. Je le trouve le nez dans une revue financière et m’assois à côté de lui sans parler afin de ne pas le déranger.
Mon cœur s’accélère et je déglutis de surprise. Edward redresse alors la tête pour me regarder, inquiet que je ne réponde pas.
Je ressens à nouveau ce malaise qui m’envahit lorsque je suis à la villa. Celui de la fille inutile, étouffée par toute la famille Cullen, qui n’a pas son mot à dire alors qu’il s’agit tout de même de mon mariage ! Je serre les dents pendant que Edward continue :
Il relève à nouveau la tête vers moi et me sourit. Je lui rends mais je me sens si crispée que mon sourire me fait mal aux joues et qu’il doit ressembler à une grimace.
Les vacances se terminent en douceur. Pendant que je prépare ma valise, je ressens quand même cette angoisse qui ne me quitte plus depuis l’annonce d’Edward sur la date de notre mariage. Je ne comprends pas cette inquiétude…enfin si…je sais en fait ce qui me la provoque ! C’est le fait d’imaginer les préparatifs, entourée par Esmée, Alice …et Rosalie. Imaginer le fait que je ne déciderais de rien, que tout sera calculé, planifié, décidé sans être consultée une seule fois…je me demande avec une certaine ironie si j’aurai mon mot à dire pour ma robe ou si elle aussi, on me la mettra sur le dos le jour J et que je la découvrirais en même temps que les invités…En pensant aux invités, je pense à mon père, et à ma mère qui est totalement contre cette histoire de mariage si tôt depuis le début ! Eux, n’auront rien à dire, c’est certain ! Je les imagine, au milieu de tout ce monde durant la réception, habillés de vêtements neufs pour l’occasion, un peu perdus et traités comme des convives. Et je sais aussi qu’ils seront les seuls invités de ma famille…déjà parce que je n’ai plus beaucoup de famille et que le peu qu’il me reste habite à des kilomètres de là, qu’ils n’auront pas les moyens de se payer le déplacement ni le séjour car ce mariage va durer plusieurs jours, qu’ils ne pourraient pas être logés chez mon père, surtout pas à la villa et encore moins à l’hôtel ! Et mis à part ma famille, tous les amis que je côtoie sont des amis d’Edward…de mon côté, je n’ai que Jacob et mon cœur se serre en pensant que je ne pourrais même pas l’inviter. Les larmes me montent automatiquement aux yeux et je respire un grand coup pour les faire passer. Ça non…les indiens Quileute feraient très mauvais genre à ce mariage…jamais je ne pourrais l’imposer aux Cullen.
Et voilà que mon esprit vagabonde encore vers Jacob…je vais rentrer à Forks mais je ne pourrais pas aller le voir. Ma gorge se serre à nouveau…il me manque tellement. Je me demande s’il a réussi à voir les louveteaux ? Depuis tout ce temps, sûrement … alors cette idée me chamboule totalement et j’éclate en sanglots. Je me laisse aller comme ça pendant quelques minutes puis me ressaisit doucement, me disant qu’il faut que j’arrête de pleurer pour des loups qui se fichent pas mal de moi. J’entends du bruit et remarque alors avec inquiétude la présence d’Edward derrière moi. Depuis combien de temps est-il là ? M’a-t-il vu pleurer ? Je n’ose pas me retourner et recommence à ranger mes affaires dans la valise. Je l’entends aller dans la salle de bain puis en ressortir et faire le tour du lit. Je lève légèrement les yeux et remarque sa mine tendue. J’en conclue qu’il a du m’entendre pleurer et je me maudis de m’être laisser aller bêtement. Pourtant, il ne me dit rien et file sur la terrasse. Je ferme ma valise, regarde si je n’ai rien oublié puis ose me regarder dans le miroir au-dessus du lit pour vérifier l’état de mes yeux. Je vois alors qu’ils sont un peu rougis mais que je reste présentable. Alors je respire un grand coup et pars rejoindre Edward. Il contemple la mer, pensif. Je tremble un peu en m’approchant, redoutant des questions auxquelles je ne pourrais pas répondre. Je pose avec douceur ma main sur la sienne et il sursaute. Son regard se tourne vers moi et je remarque qu’il était vraiment loin, que son esprit est très tourmenté et que je ne semble pas en être la cause. Je le dévisage, le questionnant du regard, soudain inquiète mais là, il se recompose un visage souriant et passe son bras autour de mes épaules en me disant :
Il me frotte le bras et je le vois à nouveau réfléchir et partir loin de moi. Malgré tout, je suis soulagée qu’il n’ait rien remarqué de mon bouleversement passager mais à nouveau, je retrouve l’Edward que je ne comprenais plus et cette constatation me fait peur.
21 – Elle me fait quitter la terre
Ça doit faire un quart d’heure que je m’acharne sur cette clé à molette bloquée dans ce satané moteur et je sens que si ça continue, je vais tout casser ! Bordel mais pourquoi est-ce qu’elle ne se décroche pas ? Je tape un grand coup sur le flanc de la voiture de Sam puis regarde quand même si je n’ai pas fait un trou. Je vois une légère marque et soupire. Bon…faut que je me calme…ça ne marchera pas comme ça. Je vais chercher un marteau et commence à taper doucement sur cette clé qui ne bouge toujours pas. Alors je tape plus fort et je sens la rage monter à nouveau. Je serre les dents, soupire…faudrait que j’aille me défouler. Je vais appeler Paul et lui demander s’il peut se libérer cet après-midi pour une séance de capoeira ! Ça, ça va me faire du bien ! Je me sens tellement en colère et sur les nerfs depuis quelques temps…je ne suis pas retourné voir les loups depuis une semaine…j’y retournerais demain matin ! Il faut que je reprenne mes habitudes et que j’arrête de croire qu’elle va venir ou m’appeler ! Tant pis si je n’ai pas de réseau à la Flèche d’argent ! De toute façon, depuis tout ce temps, ça serait quand même fort qu’elle m’appelle pile au moment où je m’absente ! Leah avait raison et ça me tue ! Je ne suis rien pour elle, elle est juste venue passer le temps pendant que l’autre n’était pas là. Ça fait mal, comme j’avais dit, mais c’est la vérité. Mais ça me tue ! Pourtant je ne pourrais pas dire que je ne m’étais pas prévenu !
Et cette satanée clé qui ne veut pas ! Je la prends dans ma main et force tellement que je sens qu’elle va finir par casser et là, j’aurai l’air malin !
Je me relève, surpris de sa visite. Je ne l’avais même pas entendue arriver.
Je soupire, me rend compte que ce n’est vraiment pas mon style de m’énerver autant. D’habitude, je suis super patient dans la mécanique, c’est d’ailleurs pour ça que j’arrive toujours à réparer les voitures, parce que je prends mon temps avec elles. Je vois Leah qui observe la clé en question, avec un léger sourire et je lui demande :
Elle s’approche de moi et m’enlace en souriant. Je soupire et elle continue en me passant un doigt sur la joue :
Leah rigole et je finis par sourire doucement. Je lui remets une mèche de cheveux derrière l’oreille et en me rappelant des moments heureux que nous avions passé ensemble. Elle me dévisage et demande :
Est-ce que ça serait une bonne idée ? Repasser du temps avec Leah, essayer d’oublier Bella ? De toute façon, c’était mort. Je le sens au fond de moi. Ça ne sert à rien. J’aimerai vraiment arrêter de ressentir cette pression dans ma poitrine à chaque fois que je pense au fait qu’elle ne donne plus nouvelle, que j’aimerai la voir et qu’elle me manque. Leah me secoue doucement et tend son beau visage mat vers moi. Elle fait une petite moue et se met sur la pointe des pieds. Je vois déjà où elle veut en venir et je soupire en disant :
Oui, elle avait peut-être raison…je me sens vachement seul depuis quelques temps. Quelque chose dans mon regard doit la décider car elle pose ses lèvres sur les miennes en souriant. Je me laisse faire, un peu…et elle se presse plus contre moi. Ses lèvres se font plus insistantes si bien que j’accepte son baiser sans trop de résistance. Sa douceur me fait du bien et je ferme les yeux. Ses doigts caressent ma nuque et elle m’enlace avec son autre bras, me collant en même temps contre l’établi. Je pose mes mains sur ses hanches, me laissant doucement aller. J’entends un bruit dans le garage, me demandant vaguement ce que c’est mais Leah m’embrasse avec plus de fougue et j’oublie. Soudain, j’entends clairement des bruits de pas qui s’éloignent et j’ouvre les yeux puis stoppe notre étreinte. Je regarde dans le hangar et ne vois personne. Par contre, je vois Leah me sourire étrangement et je comprends tout de suite. Bella !
Je me dégage de Leah et fonce vers l’extérieur. Je la vois remonter dans la Chevrolet et je cours vers elle.
Je vois à travers la vitre qu’elle m’a entendu et qu’elle est gênée mais me sourit faiblement. Je fais le tour de la voiture et ouvre la portière. Elle se laisse descendre et sans même réfléchir, je la prends dans mes bras et la serre fort contre moi. Je l’entends rire quand je lui dis :
Elle se dégage, se passe la main dans les cheveux, le visage rayonnant et je continue :
Pas la peine qu’elle me le demande, j’ai déjà oublié ces deux semaines de silence ! Je me sens si heureux de la voir devant moi : son visage si pâle, ses cheveux, ses yeux…je pensais ne plus les voir qu’en rêve et là, je suis sur un nuage mais je ne rêve pas.
Je remarque qu’elle a quand même pris un peu de couleurs au niveau des bras et que sa cicatrice à presque disparue.
Derrière la voiture, je vois Leah longer le hangar pour rejoindre le chemin de la plage, un léger sourire en coin. Elle me lance un regard entendu et je la fusille du mien, comprenant qu’elle avait vu Bella arriver, peut-être même qu’elle était chez mon père pour demander où j’étais et qu’elle était venue me faire son cinéma pour provoquer Bella. Quelle garce ! Mais en même temps, c’est Leah tout craché. Et je ne lui en veux pas, je la connais bien et c’est de bonne guerre. Et puis, je suis trop heureux pour être en colère contre elle ! Je sens Bella m’observer et je baisse les yeux sur elle.
Je lui fais les yeux ronds, étonné et elle continue :
Je comprends alors qu’elle a toute la journée et je suis immédiatement fou de joie. Je comprends aussi qu’elle ment pour me voir et ça, ça me rend encore plus heureux, même si une voix me dit au fond de moi que ce n’est pas cool pour lui. Mais je refuse de m’arrêter à ce détail ! Dans la jungle de l’amour, c’est chacun pour soi ! En tous cas, tant qu’elle n’était pas mariée…
Je vois à sa tête qu’elle a toujours à l’esprit sa vision de mon baiser avec Leah. Ah celle-là, elle aurait quand même affaire à moi dès que je la reverrais !
Elle fronce les sourcils mais n’insiste pas. Tant mieux parce que je n’ai pas envie de parler de Leah pour l’instant.
Les mains dans les poches de son jeans, Bella me suit, toutefois je sens qu’elle hésite car elle n’a pas vu Leah sortir du garage. Mais une fois que nous sommes à l’intérieur, je vois qu’elle se détend aussitôt. Je lui lance tout en rangeant mes outils, ignorant la clé toujours coincée dans le moteur de la voiture de Sam :
Elle lève les yeux vers moi et sourit doucement, son regard me dit qu’elle sait parfaitement ce que je pense de tout ses trucs de bourgeoises qu’elle fait avec lui. Je me serre les lèvres pour me retenir d’en rajouter et continue de m’affairer à ranger. Elle avance lentement dans mon garage, tout en regardant autour d’elle tout le bazar que nous y avons stocké pendant toutes ces années. Je la contemple sans qu’elle ne me voie, enregistrant mentalement sa présence ici pour les jours où j’y serai seul. Elle continue de faire le tour, en silence. Je regarde une dernière fois la clé coincée et me dis que je réessayerai plus tard ! Bella s’est arrêtée près de ma moto cachée sous un drap et je sens qu’elle a envie de le soulever pour voir ce qu’il y a en-dessous. Je pose ma caisse sur l’établi et la rejoins. Une fois près de l’engin, je retire le drap lentement et je vois ses yeux émerveillés :
C’est vrai que je suis assez fier de cette moto, surtout pour le chromage et la carrosserie noire et flamme.
Je la regarde faire le tour de la moto, les yeux brillants d’envie. Bon sang, cette fille m’étonnera toujours. Je sais déjà à sa tête qu’elle aime la vitesse.
Je comprends alors son problème.
Elle lève subitement la tête vers moi et nous nous comprenons muettement. Elle se pince les lèvres, hésite encore…je sens sa petite tête bouillir puis elle me lance :
Elle baisse les yeux à ma remarque, comprenant que j’ai parfaitement capté le pourquoi de son hésitation. Puis, lorsqu’elle me voit bouger la moto, je la sens toute excitée à côté de moi. Je la calle à l’extérieur, retourne au garage chercher mes casques et mon blouson en cuir puis reviens près d’elle et lui tends le vêtement en disant :
Je la laisse mettre le blouson un peu trop grand pour elle mais qui serait suffisant pour la protéger puis je m’approche et lui enfonce un casque sur la tête qu’elle accueille en riant. Elle lève son visage et je lui accroche, me retenant de rire devant son allure d’extra-terrestre. Elle me fixe et je vois ses yeux se plisser, alors j’éclate de rire.
Je lui remets bien le casque et on voit un peu mieux son visage. Puis je me lie les cheveux vite fait et mets mon casque. J’enfourche la moto et elle s’installe derrière moi en posant ses mains sur mes hanches. Evidemment, je n’avais pas pensé à ce détail et soudain, je me sens tout bizarre et content à la fois.
Je me tourne légèrement et lui dis :
Je sens qu’elle ne sait pas quoi faire alors je lui demande :
Et là, elle passe un bras autour de ma taille, l’autre derrière elle pour s’accrocher. Je souris en me disant qu’elle a décidé cinquante-cinquante…pour l’instant.
Je démarre la moto et avance en douceur. Je la sens se crisper un peu quand j’accélère et quelques mètres à peine après avoir quitter la maison, elle passe son deuxième bras autour de ma taille et colle sa tête sur mon épaule.
Même pas cinq minutes, pensé-je en souriant. C’est clair, j’allais faire une longue balade !
Au bout d’une heure de route, je me décide quand même à faire une pause car je n’ai pas la moto la plus confortable du monde et je me dis que Bella souffre peut-être sans oser me le dire. A un carrefour, je vois une auberge et entre sur le parking en douceur. Je sens la tête de Bella se décoller de mon dos où elle s’était posée et regarder par-dessus mon épaule. Je me gare et elle descend de la moto, un peu en tanguant. D’un bras, je la récupère.
Elle essaie ensuite de retirer la boucle de son casque et je vois qu’elle s’y prend mal. Je descends de la moto, retire mon casque et l’aide. Pendant que je défais la fermeture, nos yeux se croisent et nous nous fixons avec une intensité qui me surprend. J’ai l’impression que le temps s’arrête et je remarque aussi que bizarrement, c’est elle qui a provoqué cet échange. Je finis par baisser les yeux lorsque la boucle est ouverte et elle retire elle-même son casque puis se secoue les cheveux.
Elle me sourit d’un air entendu. Je comprends que pour cette première escapade, je n’ai pas intérêt à faire l’idiot et qu’elle ne soit pas à l’heure chez lui, à la villa. Elle retire le blouson et je lui prends des mains, puis nous entrons dans l’auberge pratiquement déserte. Toutefois, une femme nous accueille avec le sourire :
C’est vrai que vu l’heure…Je me rends compte que, sans même l’avoir prémédité, j’allais manger en tête à tête avec Bella. Celle-ci n’a pas l’air gênée, habituée à toujours manger au restaurant. Par contre, moi je suis loin d’être à l’aise dans ce genre d’endroit et pourtant, là, je me sens confiant et heureux. Bella s’installe à une table, je l’imite et pose les casques sur le bord de la fenêtre. Face à moi, elle me sourit en plaçant ses mains croisées sous son menton. Je me racle la gorge, vérifie que j’ai bien mon portefeuille dans ma poche arrière et lui dis en riant à demi :
Et là, je la vois qui change de tête et me demande ce que j’ai encore pu faire ou dire qu’il ne fallait pas.
Elle se passe la main dans les cheveux et je sens une grosse tension s’installer entre nous. Sans réfléchir, je lui prends la main et l’attire vers moi sur la table. Elle se laisse faire et je lui caresse les doigts en disant :
Je continue de lui caresser les doigts, attendant la suite qui visiblement ne viendra pas.
La serveuse s’approche de nous et s’excuse de nous interrompre dans un sourire. Aussitôt, Bella lâche ma main et la replace sur ses jambes. Je suis dégouté mais me ressaisis en souriant à la serveuse.
Je jette un coup d’œil à Bella, l’appelant à l’aide muettement. Elle me sourit avec tendresse et répond :
La femme acquiesce de la tête et repart après que j’ai demandé une bouteille d’eau en plus. Comme je ne peux plus prendre la main de Bella dans la mienne, je croise les bras sur mon torse et fait mine de regarder dehors. Je sens qu’elle m’observe mais je continue de paraître très détendu et absorbé par la forêt qui entoure cette auberge. Puis, je repense à un truc que m’a dit Paul la veille :
Elle se crispe un peu, réfléchit puis me répond :
Elle hoche la tête et semble soudain pensive. Je suppose qu’elle s’imagine la scène et qu’elle se dit qu’elle n’y viendra jamais. Tant pis…au moins j’aurai essayé et elle sait ce que je fais ce week-end, si jamais elle avait l’occasion de sortir de sa tour d’ivoire.
La serveuse nous apporte nos plats et nous mangeons en parlant de tout et de rien. Au fur et à mesure, je la sens plus détendue et elle rit à plusieurs occasions, surtout quand je lui raconte certaines choses sur Paul avec qui je partage beaucoup de mon temps libre. Le déjeuner terminé, on se laisse même tenter par un dessert et pour la première fois, j’apprécie de me faire servir, tout simplement parce que je suis avec elle et que c’est une de ses activités habituelles…je l’observe donc, très à l’aise avec tout ce qui nous entoure…dans son élément. Mais, une fois que la serveuse nous apporte l’addition et que Bella me voit sortir mon portefeuille, à nouveau je le vois changer de tête.
Sa remarque me choque, je ne savais pas qu’elle accordait de l’importance à notre différence d’âge mais à l’évidence si…sinon elle ne m’aurait pas sorti cet argument. Pendant une seconde, je me sens très mal, presque énervé mais ses yeux me supplient tellement que j’en conclue que je n’ai pas le choix si je veux qu’elle soit complètement heureuse aujourd’hui !
Et je la vois sortir un billet de cinquante dollars les mains tremblantes et le poser sur la table dans un sourire satisfait. Je me rends alors vraiment compte de son problème. Bella est réellement en manque d’indépendance ! Et avec moi, elle se libère…
Je la regarde en souriant et elle me le rend, heureuse.
Nous sortons de l’auberge en début d’après-midi. Je remets mon casque et aide à nouveau Bella à remettre le sien. Je ne sais pas jusqu’à quelle heure elle s’est fixée alors je préfère rentrer tout de suite. Je m’installe sur la moto et Bella se met derrière moi, cette fois en m’enlaçant aussitôt. Je lui caresse brièvement la main avant de démarrer et nous quittons cet endroit où je sais que je reviendrais à chaque fois que j’aurai envie de penser à elle. Pendant un long moment, Bella me tient fermement et je savoure la sensation de ses bras sur mon ventre mais, soudain, elle en retire un et je sens sa main sur mon dos. Tout en continuant de me concentrer sur la route, j’essaie quand même de savoir ce qu’elle fait et soudain, je souris en sentant ses petits doigts qui jouent avec mes cheveux. Je lui caresse à nouveau brièvement sa main posée sur moi mais au moment où je veux la retirer, elle me chope les doigts. Je ralentis donc car je ne tiens plus le guidon que d’un bras et j’emmêle mes doigts au sien. J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure, je me sens partir et tellement heureux de vivre ces moments d’intimité avec elle. Je ne sais pas trop où elle en est de son côté mais moi, je suis complètement fou d’elle, je le sais. A nouveau, j’ai replongé et une petite voix me rappelle que je vais encore souffrir mais tant pis ! La route devient sinueuse et je dois lâcher sa main avec regret.
Une fois que nous sommes arrivés, je rentre la moto et elle me suit dans le garage, la mine un peu triste. J’en conclue que ça sera tout pour aujourd’hui, qu’elle a décidé de ne pas abuser et de rentrer. Mon cœur se serre un peu mais cette fois, je sais qu’elle reviendra, que cette journée est un test. Si elle se termine bien, elle reviendra ! Elle me rend mon blouson et mon casque. Nous gardons le silence tous les deux, pas besoin de mot pour se dire que nous sommes toujours déçus de nous séparer. Pourtant, comme à chaque fois que je sens qu’elle va me manquer, je me sens envahi d’audace et là, j’ai vraiment envie de la prendre dans mes bras. Bella jette un regard circulaire au garage puis, avec une petite moue, m’annonce :
Nous nous dévisageons et au bout d’une minute, je demande d’une voix un peu rauque :
Elle soupire et regarde le sol, j’ai tellement envie qu’elle reste avec moi…Elle relève la tête et dans un demi-sourire, me dit :
Dans un petit hochement de tête, elle se retourne et part vers sa voiture. Je la regarde une seconde puis en quelques enjambées, je la rattrape et la retourne pour la prendre dans mes bras. Elle se laisse faire dans un soupir et m’enlace même par la taille en collant sa joue sur mon cœur. Je la serre plus fort et dépose un baiser sur ses cheveux que je respire à plein poumon. Je sens ses mains caresser mon dos et des frissons parcourent tout mon corps puis je l’entends chuchoter :
Nous nous berçons quelques instants puis elle se dégage et je la lâche. Je la regarde monter dans la Chevrolet puis démarrer. Dans un dernier regard et un petit signe, elle me quitte et comme à chaque fois, j’attends d’être sûr de ne plus la voir pour reprendre mes esprits.
Une fois seul, je retourne dans le garage et ouvre le capot de la voiture de Sam. Avant même d’essayer, je sais déjà que ça va aller tout seul. Je force une fois puis deux et la clé se retrouve dans ma main et j’ai l’impression en la regardant qu’elle se moque bien de moi. En soupirant je la pose dans ma boite à outils et me dis que je vais aller remettre mon portable en charge et le garder à nouveau sur moi.
22 – Pire que mon père !
La louve me regarde avec des yeux envieux devant le morceau de viande qu’elle me voit sortir de mon sac en cuir. Avec un gros soupir, je lui tends mais lui marmonne:
Je la regarde mastiquer sans scrupule le bout de chair, en me lançant quand même de temps en temps des petits coups d’œil amicaux.
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai cette intuition…l’intuition qu’elle ne les montrerait que lorsque Bella serait avec moi. Et pour que Bella soit avec moi à cinq heures du matin dans cette forêt, il allait falloir attendre ! Autrement dit, ce n’est pas gagné !
Je me relève, lui caresse le dessous de la gueule puis le museau et sors le dernier morceau de lièvre pour ses petits. Je vois un mouvement derrière elle et vois les yeux de Patamon, le loup que j’ai soigné pendant des mois. Il avance doucement et je regrette d’avoir donné autant de morceaux à sa femelle. Mais je reste droit et calme et il avance toujours vers moi à pas lents. Je tends la main et il vient la lécher affectueusement.
Le loup continue de me lécher les doigts et je comprends qu’il sent l’odeur du sang.
Je soupire, lui caresse une dernière fois la tête
Et je les laisse pour redescendre vers ma voiture. En démarrant, mon esprit s’envole à nouveau vers Bella…de toute façon, je ne fais plus que ça, penser à elle. Et comme ça va faire deux jours que je n’ai pas de nouvelle, je me sens à nouveau un peu sur les nerfs. Pourtant, je sais qu’elle va revenir. Et demain, c’est la fête à la Push, j’espère vraiment tout au fond de moi qu’elle va pouvoir venir.
En rentrant chez moi, avant même de saluer mon père ou de prendre un thé, je fonce dans ma chambre chercher mon portable et le mettre dans ma poche pour la journée. Mais mon cœur bondit lorsque je vois un appel en absence. Je vérifie le numéro : inconnu.
Bella ! Bordel ! Mais pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de réseau à la Flèche ! Et maintenant, j’allais devoir attendre !
Je suis furax d’avoir loupé l’appel mais super heureux de savoir qu’elle a essayé de m’appeler et les deux émotions réunies, et bien j’ai le palpitant à stock ! Je reste un moment dans ma chambre à fixer le téléphone puis je me décide à aller boire un thé dehors pour me calmer et à attendre toute la journée s’il le faut que Bella me rappelle. En regardant l’heure sur le téléphone, je vois qu’elle a essayé une demi-heure avant. Elle sait ce que je fais le matin, elle va peut-être réessayer toutes les heures ? Je reviens dans la cuisine, salue mon père qui lit son journal, me sers une tasse de thé et va m’asseoir dehors, sur les marches du perron. J’adore faire ça, boire quelque chose de chaud sur cette terrasse en bois, été comme en hiver. De là, je peux voir la forêt et la route, ça me détend et le calme plus la douce chaleur de cette matinée me rendent optimiste. Soudain, je sens mon portable vibré et je me renverse du thé bouillant sur la main en sursautant. Je pose la tasse sur la terrasse et ouvre mon téléphone fébrilement en disant :
Sa douce voix me fait fondre et j’ai les jambes qui flageolent …
Je me sers clairement des louveteaux pour l’appâter mais j’ai tellement envie de la revoir.
Autrement dit, elle appelait de son portable !
Un silence au bout du fil…j’espère pendant une seconde qu’elle ne va pas raccrocher. Puis, elle finit par répondre d’une voix rauque :
Dans son programme, pas de place pour moi ! Ma poitrine se sert, encore cette souffrance amoureuse qui ne me trompe pas. Mais j’essaie de rester joyeux en répondant :
Je lève la tête vers le ciel, la souffrance me martèle toujours la poitrine et j’ai du mal à respirer. Je me racle la gorge, histoire de récupérer ma voix qui, je le sens, va trahir mes émotions.
Un nouveau silence, je sais qu’elle n’ose pas me répondre pour la fête car elle ne sait peut-être même pas encore si elle pourra venir ou pas. Je me raccroche à cette idée, gardant à nouveau un petit espoir. J’entends sa respiration, je l’imagine en train de marcher dans cette propriété que je ne connais pas mais que j’imagine immense. Puis, elle finit par dire :
Je mets une seconde à assimiler ce qu’elle vient de me dire, me demandant si mon esprit ne me joue pas des tours à force d’espérer l’entendre me dire qu’elle va venir. Mais, je réussis à articuler :
Elle ne répond pas et je me dis que je dois vite trouver un autre sujet pour qu’elle ne change pas d’avis. Je vois le 4 x 4 de Paul s’engager dans ma propriété et ajoute :
J’entends au son de sa voix qu’elle n’avait pas pensé à cette solution, qu’on se voit chez elle. Après tout, si elle avait peur qu’on vienne vérifier si elle était bien chez son père ou qu’on la surprenne ici, on pouvait se voir là-bas ?
Les mains dans les poches arrière de son jeans, Paul passe à côté de moi et monte les marches pour rentrer, un léger sourire en coin. Son regard moqueur m’indique clairement qu’il sait à qui je parle et je détourne les yeux. Ça doit se voir comme le nez au milieu de la figure que je suis différent avec elle et ça m’ennuie sérieusement.
Notre échange, bien que complètement amical, me donne un sentiment de tension absolue. Je me demande si elle le ressent aussi ou si c’est juste moi qui fabule. Je me relève et range mon téléphone dans ma poche en me dirigeant à l’intérieur de la maison. Paul discute avec Billy et à mon entrée me sourit.
Cette idée me séduit vraiment car je sais que je vais pouvoir penser un peu à autre chose. Paul ne me laissera pas le temps de m’apitoyer sur mon sort.
Autrement dit, capoeira ! Cool ! Dans un clin d’œil, je file dans ma chambre me changer.
Il est encore tôt et mis à part les joggeurs et ceux qui promènent leurs chiens, la plage est quasi déserte. Le sable est encore un peu humide de la nuit, ce qui est moins confortable pour se réceptionner mais au moins, à cette heure-là, nous sommes toujours tranquilles ! Paul pose sa radio-cd sur le sable, allume la musique et retire son jeans pour rester en bermuda plus confortable. Je le sens tout excité, c’est vrai que ça fait longtemps que nous ne nous sommes pas entraînés. Tout en commençant ses mouvements de ginga, il me dit :
Je retire mon tee-shirt et le rejoins, démarrant moi aussi les mouvements lents de va-et-vient avec mes pieds pour m’échauffer.
L’esprit un peu encore avec Bella, j’essaie cependant de me concentrer sur mes déplacements. Mal échauffé, je risque le claquage et je sais que si je ne suis pas assez détendu, je serai moins agile. Paul continue ses mouvements lents pour s’échauffer les muscles et me jette un regard en répétant :
Je regarde l’océan et essaie de vraiment relâcher mes muscles car je sais qu’au troisième avertissement, Paul va s’énerver. Mais, je dois être convainquant car il se calme en fixant le vide, concentré sur la musique au rythme soutenu. Je commence à me laisser emporter aussi et esquive sans aucun mal la première attaque de Paul. Comme il me l’a appris, je ne le regarde pas et continue de me concentrer sur les vagues, le voyant juste bouger dans mon champ de vision. Il continue à ginguer, comme s’il dansait puis, avec l’agilité d’un singe, me lance une seconde attaque, une main à terre, un coup de jambe à hauteur de mon visage. Un coup de bassin vers l’arrière, j’esquive et me retrouve assis sur une main puis tout aussi vite, je me relève pour lui rendre son coup, pied en avant. Paul me lance un petit regard entendu, surpris par la rapidité de mon mouvement.
Je ralentis la cadence en répondant :
Paul lève les yeux au ciel tout en continuant ses mouvements puis me lance une attaque que je me prends en pleine tête.
Je bougonne, dégoûté d’avoir loupé mon esquive.
Surpris, je m’arrête de bouger.
Je reprends aussitôt et continue de le questionner du regard mais il m’ignore et à nouveau, m’attaque avec un coup de jambe. Je rejette mon buste en arrière, cette fois, il ne m’a pas eu ! Nous effectuons différente chorégraphies pendant un moment en silence, mais je le sens, mon esprit s’égare entre Bella et cette histoire de Rio. Soudain, Paul m’atteint à nouveau à l’épaule et je réagis mais il s’arrête net face à moi en disant :
Je baisse la tête puis la relève, embêté car je voulais vraiment me vider l’esprit aujourd’hui mais même Paul ne parvient pas à me distraire.
Ça ne m’étonne pas tiens, qu’elle lance ce genre de rumeur ! Je secoue la tête, amusé par cette nouvelle.
Il se rapproche et se plante face à moi. Il me dévisage une minute puis s’écrie :
Je garde le silence tout en tournant vivement la tête vers l’horizon. Au loin, je vois une femme courir avec son chien et j’envie sa solitude. Mais Paul ne me lâche pas et continue, moqueur :
Je me sens soudain très énervé. Je me rends compte que je ne supporte pas qu’on critique Bella et j’ai à nouveau une furieuse envie de la revoir. Je réponds quand même sur un ton léger :
Paul secoue la tête et ricane en disant :
Je suis quand même étonné du comportement de Rachel. A croire qu’elle se forçait de le rejeter ! Je regarde Paul serrer les mâchoires, plongé encore dans ce mauvais souvenir puis il me répète :
Mais, il se rapproche de moi, me dévisage en m’ordonnant :
Je plante mon regard chargé d’animosité dans le sien et il s’esclaffe de plus belle :
Il secoue la tête, un sourire moqueur sur les lèvres puis déclare plus sérieux :
Cette idée me révolte mais en y pensant, en revoyant Bella si…dévouée, si effacée, incapable de prendre une décision, incapable de se révolter...Paul a peut-être raison ?
Je lui lance un regard mauvais, dégouté qu’il la voit comme ça et qu’il ne me donne aucun espoir ! Je l’observe, si sûr de lui, lui qui m’apprend à vivre, à me débrouiller, à me battre et qui pourtant, est toujours seul. J’ai une soudaine envie de le piquer comme il vient de le faire et rétorque :
Je le sens à son regard, je viens de le foutre en boule. Il s’approche vivement de moi et me répond, revêche :
Je n’ai même pas envie de répondre et il réplique :
Je ne réponds toujours pas…c’est vrai que ça fait tellement longtemps que Bella est dans ma tête ! Elle s’était mise dans un petit coin, pendant un temps, mais c’était pour revenir avec force !
Je tourne la tête vers lui, il me sourit avec les yeux et ma colère s’estompe. Paul et Sam sont les seuls véritables amis que j’ai. Ils m’ont toujours soutenus, ils ont toujours été là, surtout lorsque j’en avais le plus besoin, alors que je ne suis qu’un gosse pour eux. Et pourtant, je ne m’étais jamais confié à eux. Mais là, je sens que Paul me pousse à le faire et qu’il est disposé à m’écouter.
Paul baisse la tête, le visage contracté puis me regarde à nouveau, le regard froid :
Cette fois, c’en est trop ! Je le laisse et quitte la plage. Paul reste une minute derrière moi puis me suit et lorsqu’il me rattrape, m’agrippe le bras et me force à me retourner face à lui.
Je me dégage avec rage, j’ai qu’une envie, me retrouver seul ! Je le fusille du regard en serrant les mâchoires et je vois son visage se détendre d’un coup puis il respire un grand coup avant de me dire :
Je le dévisage quelques instants, réalisant qu’il n’a pas tort et qu’au fond de moi, je le sais bien mais je rigole doucement et lui réponds, soudain très joyeux :
Paul secoue la tête, à nouveau dépité par mon enthousiasme et ignorant clairement ses avertissements.
Puis, il soupire à nouveau en regardant ses pieds et déclare :
23 – Permission
Depuis ce matin, je trépigne d’impatience, cherchant la manière et le bon moment pour demander à Edward si je peux m’absenter ce soir. Je me ronge les ongles, tout en le regardant calculer avec ses pieds, la distance qu’il lui reste à parcourir avant d’atteindre le trou. Son club à la main, le long de ses jambes, il se concentre, ignorant ses trois adversaires qui n’espèrent qu’une chose : qu’il rate sa cible ! Assise dans l’herbe, je soupire en regardant l’heure toutes les cinq minutes. La journée avance vite et lentement à la fois, je me sens au bord de l’explosion, prête même à partir maintenant sans prévenir personne. Pourtant, si je veux pouvoir aller à la soirée de Jacob l’esprit tranquille, je dois faire ça dans les règles. Et ça, ça veut dire avec la bénédiction absolue d’Edward !
Une heure passe encore où je sais que je ne pourrais rien demander avant la fin du match. Déjà ce matin, j’ai essayé d’aborder le sujet mais Edward a encore reçu un appel et s’est isolé plus de trois quart d’heure dans le bureau de son père. En ressortant, il était extrêmement tendu et absent, j’avais donc laissé tomber, espérant que le tournoi le calmerait et que je pourrais lui parler après.
Vers midi, le match se termine enfin ! Je vois Edward saluer certains et serrer la main à d’autre puis, son sac de golf sur l’épaule, il me rejoint, le visage toujours fermé. Je déglutis, comprenant que ça ne servirait à rien de lui parler maintenant…pourtant, les heures passent et il faut quand même bien que je lui en parle, histoire de ne pas le prévenir à la dernière minute et qu’il aurait déjà prévu quelque chose pour la soirée ! Je me maudis de n’avoir pas eu le courage d’aborder le sujet plus tôt. Maintenant, je suis sur les nerfs et je le sens, je suis au bord de l’hystérie. Je marche à ses côtés en silence jusqu’à la voiture. Il ouvre le coffre et range son sac. J’ouvre la portière et m’installe à l’intérieur, en attendant qu’il me rejoigne. Mais au bout d’une minute, je me rends compte qu’il devrait déjà être dans la voiture et me retourne. Le coffre est toujours ouvert, je ne vois rien dans la vitre arrière. Je regarde alors dans le rétro et vois une partie de son corps et un bras levé vers son visage. Je comprends alors qu’il est encore au téléphone. Depuis notre retour de vacances, il a à nouveau complètement changé, il s’est renfermé et parle très peu. Je n’ose pas lui demander quoique ce soit mais je suis réellement inquiète de ses changements d’humeur et d’attitude. Enfin, j’entends le coffre claquer et Edward entre dans la Volvo. Il est soucieux, encore plus que ce matin et je finis par demander :
Je sens la colère m’envahir. J’en ai soudain marre qu’il me prenne pour une idiote et balance, sans réfléchir :
A mon grand étonnement, Edward lève des yeux surpris vers moi et répond en souriant franchement, comme s’il était soudain soulagé :
Je dois faire les gros yeux car Edward me demande en riant :
Je l’observe toujours, ahurie de ses plaisanteries douteuses sur les indiens mais encore pire par son brusque changement d’attitude et son autorisation spontanée à ce que j’aille à cette soirée. J’oublie ses moqueries et demande, pour être sûre :
Je sens qu’il ne me dit pas la vérité ou alors, je deviens parano ? Mais mon cœur cogne si fort dans ma poitrine, entre la joie et la peur qui me quitte que j’en ris et Edward demande, sans se rendre compte de mon euphorie :
Je tourne la tête et me dis que c’est maintenant ou jamais ! En restant chez mon père, je pourrais être tôt chez Jacob le dimanche et aller voir les bébés loups ! Je réponds donc :
Edward hoche la tête et me dit :
A dix-sept heures, Edward me dépose devant chez moi où je sais que la maison est vide car Charlie m’a prévenu qu’il partait passer le week-end chez Sue…ceci, au cas où je comptais revenir. Il était au courant de la soirée organisée par les « plus jeunes » comme il disait et m’avait vraiment appelé la veille pour savoir ce que je comptais faire. Cette fois, une clé m’attend sous un bocal de fleurs et après un baiser furtif à Edward, je descends de la voiture le cœur léger. Il me fait un signe et démarre. J’attends qu’il ait tourné au coin de la rue et fonce jusqu’à l’entrée, vers la plante en question. Je trouve les clés et ouvre fébrilement la porte. Sur la table de la cuisine, mes clés de voiture et un mot de mon père :
« Amuse-toi bien ! Appelle-moi si tu as besoin. Papa. »
Je me sens comme une gamine qui va faire un tour à la fête foraine de l’année ! Je n’ai pas prévenu Jacob, je veux lui faire une surprise et je souris en imaginant déjà sa tête, un grand sourire éclairant son visage. Bon, je sais aussi que dans cette soirée, tous les jeunes Quileute seront présents et que cette fois, Leah sera là et que je devrais supporter sa présence près de Jacob mais tant pis ! Je préfère ça à ne pas le revoir. Je me sens soudain un peu honteuse…je suis trop possessive avec lui…mais il me fait passer des moments si uniques, magiques et merveilleux que je le voudrais que pour moi toute seule ! Or, je me doute qu’il fait passer les mêmes moments à Leah et sûrement d’une autre nature…mais je préfère ne pas savoir, ne pas m’imaginer !
Je referme la maison et file à l’arrière pour prendre ma Chevrolet rouge.
En me garant devant chez les Black, j’ai le palpitant à son maximum et les jambes tremblantes. Je descends de la voiture en titubant, si bien que je dois me raccrocher à la portière afin d’éviter une chute. Je jette un regard circulaire, personne ne m’a vu. La maison rouge a l’air déserte et soudain, je me dis que la fête se passe peut-être loin d’ici et que je ne sais même pas où c’est ! Le cœur battant, je fonce à la porte et frappe mais personne ne me répond. Je crains alors vraiment d’avoir loupé Jacob et je suis prête à l’appeler lorsque je vois le petit chemin qui mène à la plage et me dis que je vais aller déjà voir par là. Je cours presque durant toute la longueur et en entendant des rires et cris sur la plage, je sais déjà qu’il y a du monde. En m’approchant, j’entends une musique très rythmée et soudain, je vois un groupe en cercle qui frappent des mains, presque tous en short et torse nus, et je m’arrête pour observer la scène. Je reconnais alors de loin Quil, Embry et Jared. Derrière lui, Kim qui porte une robe toute légère. J’examine le reste du cercle et vois Sam et Emily, qui rit aux éclats. Je regarde alors ce qui l’amuse tant et mon cœur fait un bond lorsque je vois Jacob entrain de faire une roue libre au milieu de tous face à un Paul qui danse frénétiquement en se mettant une fois sur les mains, une fois en lançant sa jambe très haut. J’avance un peu pour mieux voir ce qu’ils font et je reste émerveillée par la souplesse de leurs mouvements. On dirait qu’ils dansent mais à voir l’attitude de Paul, je vois quand même qu’il essaie d’atteindre Jacob qui l’esquive en rejetant le buste en arrière, en se couchant, en faisant des saltos arrière sans les mains. Ils donnent une impression de liberté totale et de maitrise de soi que j’envie aussitôt. Je reste un moment, ainsi, à les regarder se démener avec une grâce naturelle. Je ne peux m’empêcher d’admirer la force de Jacob et la beauté de ses muscles en mouvements. Quand il fait une pirouette ou une roue, ses cheveux noués sous la nuque se balancent ou le fouettent lorsqu’ils retombent en claquant dans son dos nu. Je sens encore leur douceur lorsque j’avais osé plonger mes doigts dedans lors de notre balade en moto, encore un moment où je m’étais sentie tellement proche de lui. A le voir ainsi, je le compare à un de ces samouraïs de l’ancien temps et ris aussitôt de ma comparaison qui n’a clairement rien à voir avec les indiens. Pourtant, comme ça…c’est l’image qu’il me donne et je le trouve encore plus beau avec ce soleil qui décline derrière lui.
Soudain, Quil se retourne et nos regards se croisent. Il me fait un grand signe et Jacob tourne aussitôt la tête. Un grand sourire comme je l’attendais éclaire tout son visage et il court vers moi en riant :
Il me prend dans ses bras et me fait tourner. J’éclate de rire, amusée par sa fougue de jeune chien fou. Agrippée à son cou, mes mains sur ses épaules moites, je ressens une vague brulante me traverser le ventre, de haut en bas. Je me sens soudain toute molle et me maudis pour la millième fois de ressentir autant d’émotions lorsque je le touche. Il me repose sur le sable, le regard brillant de joie et je lui souris, heureuse de revoir son visage qui me manquait déjà tant.
Cette fois, je ne veux pas lui dire que j’ai menti à Edward car l’autre jour, j’avais bien senti que mon histoire de « je vais voir Charlie » l’avait beaucoup amusé et je ne voulais pas qu’il s’imagine quoique ce soit ! Et puis, je ne veux pas qu’il juge mal Edward ! Après tout, il avait bien accepté que je vienne ici, sauf qu’il me croyait aussi avec Charlie. Jacob me regarde toujours, étonné et je me force à décrocher mon regard du sien pour jeter un œil à ses amis derrière lui qui nous observent. Jacob capte mon intention et me dit, tout joyeux :
Je me souviens alors le premier reproche de Paul me concernant et je comprends mieux maintenant sa frustration. En effet, être interrompu en pleine danse aussi soutenue avait du le refroidir méchamment.
J’éclate de rire en voyant Jacob lever les yeux au ciel et Quil me faire un clin d’œil, persuadé qu’il a raison.
Emily vient également m’embrasser et je remarque qu’elle porte aussi une jolie robe au décolleté plongeant. Je me sens un peu décalée avec mon jeans et mes converses mais me dis que le principal est que je sois là, près de Jacob ! Je fais le tour de toute la bande et je suis heureuse d’être accueillie chaleureusement par tous. Je me crispe légèrement en arrivant devant Paul qui me tend la joue froidement en disant :
Je prends donc mon air le plus détaché possible puis file vite rejoindre Jacob. Ce dernier semble vraiment content de me voir et je me réjouis d’avoir eu le courage de venir ici.
L’ambiance est encore plus chaleureuse, sereine et bonne enfant que je m’y attendais ! Je les regarde tous rire et se lancer des vannes, raconter des anecdotes sur des couples Quileute de la réserve, des histoires de tromperies qu’ils ont entendu petits ou des coups-bas entre indiens, frères ou bonne femmes ! Nous sommes tous assis en cercle autour d’un tas de bois qui sera allumé dans la soirée, Jacob à ma droite, en train de dessiner des animaux dans le sable avec un bâton. Je ris aux éclats plusieurs fois, complètement détendue. Mais soudain, mon sourire se fige lorsque je vois deux filles arriver par la plage où je reconnais aussitôt la silhouette élancée et féminine de Leah. Cette fille a vraiment un corps magnifique et la robe noire échancrée le met parfaitement en valeur. A ses côtés, je finis par reconnaître Rachel, la sœur de Jacob, qui ne lui ressemble pas vraiment mais qui est tout aussi belle. Cependant, Leah est beaucoup plus typée et le charisme qui se dégage d’elle éclipse complètement la beauté de Rachel. Les gars se retournent tous à leur arrivée et encore une fois, je me sens transparente. Je baisse la tête, essayant de me calmer. Mais au même moment, Jacob me donne un petit coup de son bâton sur le mollet et en levant les yeux sur lui, je le vois me sourire avec tendresse. A-t-il capté ma gêne ? Sait-il que je me sens inférieure à toutes ces créatures magnifiques ? En tous cas, mon moral remonte aussitôt !
Mais je suis tout à coup surprise de voir Leah placer ses bras autour du cou d’un Embry abasourdi avant même de venir embrasser Jacob. Je tourne aussitôt la tête vers lui et je vois qu’il regarde ailleurs. Aussitôt, mon cœur se crispe car je me doute qu’il doit être dégouté, voir même souffrir de son attitude provocante. Surtout que je n’en connais pas la raison. Mais je vois Embry la repousser doucement et Leah continue alors son tour en saluant tout le monde, l’air de rien. Pendant qu’elle passe de l’un à l’autre, je capte un regard entendu entre Paul et Embry très parlant. Arrivée à ma hauteur, elle me dit juste « Salut Bella ! » puis me contourne pour aller mettre ses bras autour du cou de Jacob et quasi se vautrer sur son dos en riant. Je l’entends alors lui parler en Quileute d’une voix étouffée par ses cheveux et regrette de ne pas comprendre ses mots mais j’en déduis qu’elle s’excuse de son retard. Pourtant, Jacob retire ses mains et lui répond quelque chose sèchement que je ne comprends toujours pas. Leah soupire et le laisse pour se placer près de Kim et Jared. Je reste un moment à observer le profil de Jacob, étonnée par son attitude distante avec Leah.
Le soleil est maintenant couché et un petit vent frais balaie la plage en douceur. Sam et Paul se lèvent et commencent à s’affairer autour du feu. Je vois aussi les femmes se diriger vers deux 4 x 4 garés près de la plage et revenir avec des paniers où doivent se trouver les provisions pour la soirée. Jacob est toujours près de moi, j’aime le regarder rire et raconter des histoires aux autres. Je suis pendue à ses lèvres et me demande si je suis la seule à être autant captivée par ses récits. Du parking de la plage, je vois un jeune indien se rapprocher de nous et me dit qu’il doit venir aussi à la soirée quand j’entends Jacob à côté de moi crier :
Tout le monde rit, le jeune indien également et son sourire me rappelle vraiment celui de Jacob.
Je me souviens alors que c’est le frère de Leah et donc qu’il revient de chez Sue où mon père doit se trouver. Je m’apprête à lui demander des nouvelles de Charlie quand Paul me devance en disant :
Tout le monde éclate de rire et Seth continue :
A nouveau, tout le monde rit mais moi, je me sens un peu gênée d’imaginer mon père trépigner d’impatience pour se retrouver dans les bras de cette femme que je ne connais pas beaucoup. Paul rajoute en s’esclaffant :
Cette fois, je rougis carrément et Jacob capte à nouveau mon malaise car il me donne un autre petit coup de bâton sur la jambe. Je lui souris, me disant que je devais quand même profiter de cette soirée plutôt que de penser à mon père qui, visiblement, ne pensait pas du tout à moi !
24 – Toucher une étoile
Nous mangeons à la manière des Quileute, c'est-à-dire avec les doigts, sans gêne et dans la bonne humeur. Plusieurs fois, je suis quand même assez choquée de l’attitude de Leah qui n’est toujours pas venue s’asseoir près de Jacob. Je la vois draguer ouvertement Embry puis Jared, alors que Kim est juste à côté ! Elle a relevé sa belle robe noire jusqu’à mi-cuisse, découvrant ainsi ses jambes mates et parfaites. Elle n’a pas croisé mon regard une seule fois depuis le début de la soirée mais je sais qu’elle me « voit », qu’elle me « sent » dans son champ de vision et je remarque même que plusieurs fois, elle crâne pour se rendre intéressante mais je ne sais pas trop si c’est à mon attention, à celle de Embry ou d’un autre, ou à celle de Jacob qui semble toujours aussi détaché, voir même qui l’ignore.
Pendant tout le repas, il est attentionné avec moi, prévenant, me sert parfois ou me demande si ça me plait. Je me sens bien près de lui, en sécurité et parfaitement heureuse. Je ne regrette vraiment pas d’être venue à cette soirée si spéciale pour lui. Le repas terminé, j’aide les filles à ranger et malgré ce sentiment de décalage avec elles, je me sens quand même acceptée. Je ris même de ma blancheur excessive quand mes bras se mélangent à ceux d’Emily dans un des paniers et que nos couleurs de peau jurent vraiment l’une contre l’autre.
Elle s’éloigne dans un clin d’œil et je reste bête pendant une minute, un sac de fruits dans les mains. Je me dis ensuite qu’Emily cherche sûrement à être sympathique car en la regardant, j’ai du mal à imaginer qu’elle puisse envier quelque chose chez quelqu’un comme moi.
Une fois que tout est rangé, je vois Paul revenir de son 4 x 4 avec une guitare sèche à la main. Le feu brûle avec vivacité et tous se placent à nouveau autour. Je remarque alors que tout le monde a un verre rempli d’un liquide doré et au même moment, Jacob m’en tend un. Je refuse d’un coup de tête mais il insiste :
Je lève la tête au ciel, remarquant qu’en effet, c’est la pleine lune ce soir, puis prend le verre des mains de Jacob. Paul s’installe sur un petit tabouret en bois et ajuste sa guitare. Je m’assois sur le sable, recroquevillée et le verre dans ma main, me préparant à savourer un moment de plénitude totale.
Aux premières notes de sa guitare et du petit tam-tam de Sam, je reconnais aussitôt My lady d’Arbanville et je soupire de plaisir. De toutes les mélodies qui « datent de la guerre » que mon père écoute dans sa voiture ou à la maison depuis que je suis petite, cette chanson-là est la seule que j’apprécie et je sais déjà que maintenant, à chaque fois que je l’entendrais, je penserai d’abord à Jacob avant de penser à mes souvenirs d’enfance. Je bois un peu du verre d’alcool et aussitôt, le liquide me brûle l’œsophage. Pourtant, après quelques secondes, une douce chaleur envahie mon estomac et je me sens bien.
Je suis hypnotisée par la voix de Paul et le son pur de sa guitare. Je contemple les lignes de son visage, de son cou qui semble si tendu et pourtant, son regard est si calme…en fait, je me rends compte en l’observant que c’est vraiment dommage qu’il soit si agressif et froid, qu’il serait presque intéressant et que physiquement, il est quand même très beau. Pas aussi beau que Jacob parce que ses traits sont plus durs, plus agressifs mais lui qui est toujours comme ça, nerveux et vif…ce soir, il me semble si apaisé… et il est en train de me fait partir dans un monde magique, loin d’ici, même loin de cette plage où pourtant je suis si bien.
En m’arrachant deux minutes à ma contemplation et en jetant un regard circulaire sur les autres, je constate en fait qu’ils sont tous beaux. Que la douceur habite leur visage, leur yeux noirs expriment tous la bonté, la fraternité, la gentillesse. Sam a un visage plus arrondi, les traits plus grossiers mais chaleureux, il me fait penser à un nounours, Jared aussi à les traits arrondis, Embry a les traits plus fins, voir presque féminins mais ses yeux expriment la même douceur et évidemment, Jacob…Jacob dont le doux visage me bouleverse à chaque fois que je pose mes yeux dessus. Je remarque alors que sa peau est vraiment différente des autres, qu’elle est plus cuivrée et je vois aussi que Rachel n’a pas cette particularité. En moi-même je me dis alors que ça le rend encore plus unique qu’il ne l’est déjà à mes yeux.
Sam accélère un peu le rythme de la mélodie et je vois alors Leah se lever et danser d’une manière nonchalante autour d’eux. Paul lui jette des petits regards appréciateurs et je ne peux que le comprendre ! Par contre, je m’inquiète de plus en plus de l’indifférence de Jacob et me demande si ce n’est pas une façon à lui de cacher sa colère ou sa souffrance ? Leah est très provocante ce soir, et ce n’est pas avec lui ! Je me demande encore si j’ai loupé un épisode, s’ils se sont disputés depuis la dernière fois où je les avais interrompus dans leur baiser qui me chamboule encore, comme à chaque fois que j’y repense. Aussitôt, je ferme les yeux et à nouveau l’image de Jacob me percute de plein fouet. Je le revois, les yeux baissés sur le visage de Leah, ses lèvres qui caressent les siennes avec une douceur infinie puis leur baiser si langoureux qui m’avait transpercé comme une lame. La jalousie m’avait mordue ce jour-là, avec une force qui m’avait un peu effrayée mais qui était aussitôt passée lorsque Jacob m’avait rejoint. Depuis, j’évite d’y penser mais ce soir, l’alcool me rend molle et disposée à me laisser aller à ce genre de rêveries. De plus, je me pose quand même beaucoup de questions et j’aimerai avoir le temps d’en discuter avec lui pour savoir ce qu’il s’est passé et en espérant que son amitié avec moi n’en est pas la cause ! Leah danse toujours et ose même poser ses bras autour de Paul dont une lueur traverse son regard, comme un éclair. La chanson terminée, il entame une autre mélodie plus récente que je connais bien pour l’avoir chanter seule pendant des heures dans ma chambre : More than words. Cette fois, tous les gars chantent doucement avec Paul et Sam, j’entends même Jacob fredonner à côté de moi ce qui me fait franchement sourire. Les filles ont des étoiles dans les yeux, surtout Emily et Kim. Je les envie d’avoir une relation aussi passionnée avec leurs copains, me disant que pour moi, ce temps-là est bien loin. Je remarque que Rachel est très silencieuse et tendue mais son attitude ne m’inquiète pas. J’avais déjà constaté ce trait de caractère chez elle lors de la journée barbecue avec mon père.
Leah continue sa danse dans le dos de Paul qui ne semble pas perturbé mais qui n’ignore pas sa présence. Plusieurs fois, je jette des regards en biais à Jacob qui garde la tête baissée sur le sable, les mains posées sur ses genoux pliés. Paul termine la chanson et retire la sangle de sa guitare puis la pose contre les jambes de Sam. Je le vois se lever d’un bond et prendre Leah par la taille avant de l’entrainer vers le parking. Choquée, je tourne aussitôt la tête vers Jacob qui, maintenant, contemple l’océan mais cette fois, je vois ses mâchoires se crisper et j’ai mal pour lui. Je trouve ça vraiment écœurant de la part de Leah et de Paul de ne même pas respecter Jacob alors que Paul se dit son ami ! Instinctivement, je me rapproche de lui pour qu’il sente ma présence, qu’il sache que je suis là. J’entends les autres rirent encore du départ des deux autres et je me sens révoltée ! Alors je me rapproche encore et lui chuchote :
Il tourne la tête vers moi et je vois ses yeux briller. Mon cœur se serre car je pense qu’il se retient de craquer et je me lève pour confirmer mon envie d’être seule avec lui. Jacob en fait autant et me suit. Une fois que nous atteignons l’eau, je tourne la phrase dans ma tête plusieurs fois pour ne pas le brusquer mais je veux vraiment savoir où il en est avec Leah quand il me coupe joyeusement :
Un peu perturbée par son brusque changement d’attitude, je demande pour être sûre :
Je le regarde, il semble très calme et je me dis que ce n’est pas le moment de retirer cette expression de son visage. Alors je demande :
J’essaie de m’imaginer ce moment : dans l’eau, avec lui et cette idée me séduit vraiment. Je ne sais pas si c’est l’alcool ou le silence de la nuit bercé par les vagues ou ma solitude avec Jacob mais je me sens soudain audacieuse.
Je hoche la tête, incapable d’en dire plus et dans un sourire, Jacob entre dans l’eau et s’enfonce lentement en attendant que je me déshabille. J’apprécie vraiment cette discrétion et ce respect de sa part. Fébrilement, je retire donc mes converses, mon top et mon jeans, que je pose sur le sable à une certaine distance pour ne pas que les vagues viennent les mouiller si la marée remonte. Je resserre les bretelles de mon soutien-gorge et entre dans l’eau qui est étonnamment tiède (mais nous sommes en août). Je rejoins Jacob lentement en marchant puis en nageant jusqu’à lui. Il s’arrête et fait du sur place en me prévenant :
Il penche un peu le buste et la tête en arrière, ses bras bougent pour garder pied et il me dit :
Je l’observe, amusée par son attitude enfantine et me dis, qu’en cet instant, il fait vraiment ses dix sept ans ! Je regarde alors le ciel et réplique :
Il se redresse brusquement et répond, ennuyé :
Je regrette ma réflexion mal formulée, je l’ai mis mal à l’aise et il croit vraiment que je me suis moquée de lui, alors que c’est tellement vrai : j’adore quand Jacob me parle de ce qu’il sait. Je le regarde et vois qu’il semble toujours aussi ennuyé alors j’insiste :
Je suis dégoûtée car j’ai peur qu’à cause de ça, il ne me parle plus de rien.
Subitement, une vague me fait perdre l’équilibre et asperge mon visage. Je bouge un peu plus mais Jacob me tend la main et j’hésite une seconde avant de lui attraper. Puis, il m’attire vers lui et mon cœur commence à s’accélérer. Mais, il semble si calme et sans mauvaise intention que je me laisse faire. Alors, je sens sa jambe relevée lorsqu’il m’assoit dessus et j’enroule mes bras autour de son cou pendant qu’il lève les yeux au ciel. Moi, je me sens confortablement installée, n’ayant plus besoin de forcer sur mes bras ou mes jambes pour me maintenir la tête hors de l’eau. Mais je me doute que Jacob doit forcer un peu plus, pourtant, il continue de brasser l’eau lentement avec ses bras pour garder l’équilibre et contemple les étoiles. Au bout d’une minute où je regarde comme lui le ciel, il me dit en levant le doigt :
Sans aucune lumière sauf celle de la pleine lune et le ciel parfaitement dégagé, je peux voir une multitude d’étoiles qui brillent toutes à plus ou moins forte densité. Je me colle un peu plus contre Jacob, sentant la chaleur de son torse contre ma peau nue et réponds, un peu troublée, après avoir enfin repéré le « chariot » comme l’appelle mon père :
Je me concentre sur le groupe d’étoiles et essaie de voir mais j’avoue que j’ai du mal. Cependant, je ne veux surtout pas le décevoir et encore moins briser ce moment alors je lui souris et il me le rend, magnifique.
Je suis un peu déçue et le dévisage pendant qu’il cherche d’autres étoiles à me montrer mais soudain, nos regards se croisent et je comprends que ça fait un moment que je le contemple en silence et qu’à force, il se demande ce que je fais. Son visage est calme mais je sens une forte tension passer entre nous et notre proximité me rend alors nerveuse. Je tente de me dégager en douceur mais son bras s’enroule autour de ma taille et je sens alors mes jambes ramollir. Je me demande comment il fait pour nous maintenir ainsi et je n’ose plus le regarder lorsqu’il me chuchote :
Je déglutis, ne sentant plus que nos corps qui se touchent mais je n’ai pas envie d’arrêter cette étreinte. Je n’ai pas pieds, je ne me sens pas en état de nager et j’aime être contre lui. Pourtant, je ne devrais pas ! Mais Jacob me lâche et me demande d’une voix détendue :
Les jambes encore un peu en compote, je le suis pendant qu’il avance sur le dos, toujours en contemplant les étoiles et nous restons un moment comme ça en silence. Puis, il se remet face à moi et déclare :
Je comprends alors que la petite balade est finie et le suis jusqu’à la plage. Une fois sur le sable, Jacob continue d’avancer pour me laisser sortir de l’eau sans gêne et ne se retourne même pas. Je le vois juste s’arrêter quelques mètres plus loin pour tordre ses cheveux puis un peu son short en jeans en passant ses grandes mains dessus à plusieurs reprises. Je frissonne et me dépêche d’attraper mes vêtements que j’enfile à toute vitesse pour vite rejoindre Jacob et le feu !
En arrivant près des autres, je constate que Paul et Leah ne sont toujours pas revenus et en conclue qu’ils sont vraiment partis tous les deux. Je remarque aussi l’absence de Rachel mais Seth est toujours là, souriant. Sam me toise avec un léger sourire aux lèvres quand je m’approche et je baisse les yeux aussitôt. Son regard m’a transpercé et j’ai l’impression qu’il vient de lire en moi jusqu’au fond de mon âme. Gênée, je n’ose même plus regarder où se trouve Jacob lorsque je vois ses mains me tendre une serviette et qu’il me dit :
Je l’écoute et m’assois avec la serviette sur mes épaules. Jacob se met près de moi et garde le silence, tous comme les autres. Je jette un regard circulaire et vois alors que tout le monde est confortablement installé dans une couverture ou un duvet de camping. Pourtant, ils n’ont pas l’air d’avoir déjà envie de dormir mais ils sont installés pour la nuit en tous cas ! Je baisse la tête entre mes genoux et réfléchis sérieusement à ce que je veux faire. Est-ce que ça serait raisonnable de dormir ici cette nuit ? Mais si je rentre, je dormirais seule à la maison ! Jacob ne sait pas que je peux rester donc je ne le décevrais pas si je pars…mais en même temps, je n’ai absolument pas envie de partir ! Cette soirée était merveilleuse mais est passée trop vite ! Je regarde Jacob en biais, les bras tendus derrière lui, il bouge ses jambes pour faire sécher plus vite son short. Je me dis alors qu’il doit attendre que je me décide à partir pour m’accompagner. Je me rapproche de lui et demande à voix basse :
Puis, il tourne la tête vers moi et se mord les lèvres. Je vois ses yeux se plisser et comprend qu’il réfléchit à la façon dont il va me demander « pourquoi ? Tu veux venir ? » Alors j’ajoute avant lui :
Là, il se redresse complètement et me fixe les yeux ronds. Puis, il finit par demander, pour être sûr :
Je souris, amusée par son lapsus et acquiesce de la tête.
Emmitouflée dans mon sac de couchage, je fixe la plage plongée dans l’obscurité et écoute avec un certain apaisement le bruit des vagues qui viennent s’écraser sur le sable. Le feu crépite toujours et j’entends des chuchotements derrière moi où je reconnais les voix d’Emily et Sam. Je m’enfonce plus sous ma couette et frisonne un peu. Je sens Jacob derrière moi, enfin plutôt, je « sais » qu’il est derrière moi et me demande s’il parvient à trouver le sommeil. Doucement, je me mets sur le dos et vois dans mon champ de vision qu’il est face au feu. Je tourne alors la tête vers lui pour regarder ses épaules et son dos qui semblent si puissants sous son tee-shirt. A la manière dont son corps se soulève doucement et régulièrement, je devine qu’il dort. Alors, j'avance la main avec précaution mais bien décidée et lorsque mes doigts tremblants capturent ses cheveux, je vois ses épaules bougées comme s'il poussait un profond soupir.
J'hésite mais je n'arrive pas à retirer ma main. J'attends quelques secondes puis chope à nouveau une mèche que je garde bien fermement cette fois entre mes doigts.
Bêtement, je souris, comme si je venais d'attraper le doudou du manège et c'est vrai que Jacob est un peu ça pour moi : mon ivresse, ma folie, ma récompense.
Mais soudain, il se met sur le dos et j'ai juste le temps de le lâcher et de retirer ma main. Un peu déçue, je la cale contre moi, comme si je cachais l’objet du délit et il tourne son regard noir vers moi en me souriant avec douceur.
Je déglutis, gênée, et il se tourne complètement si bien que nous sommes face à face.
Nous nous dévisageons un moment puis il murmure :
Jacob pouffe de ma plaisanterie puis se mord les lèvres en me fixant toujours avec intensité. A nouveau, le temps s’arrête et je ne veux pas que cette nuit se termine. Je me sens si bien et en pensant au feu derrière Jacob, je me dis que c’est un peu comme si je brûlais cette fameuse bougie au bord de la fenêtre. Nous nous fixons toujours et malgré le tumulte qui m’habite, je ne ressens aucune gêne. D’ici, personne ne nous voit, je peux le regarder sans être captée par l’un ou l’autre et ça ne semble pas le déranger. Quelque chose dans mes yeux a du provoquer son geste mais soudain, je le vois se rapprocher de moi, si près que je peux à nouveau sentir son parfum et la chaleur de son souffle. Il tend le bras au-dessus de ma tête et je la soulève pour qu’il le place sous ma nuque. Je suis encore chamboulée de cette manière si naturelle et rapide avec laquelle nous nous rapprochons mais je me laisse aller en posant mon front dans le creux de son bras, sur sa poitrine. Même à travers nos couvertures respectives, je sens qu’il est bouillant et je soupire de plaisir. Il m’enveloppe avec son autre bras et je ferme les yeux, savourant cet instant qui je sais, ne durera pas. Je sens que Jacob pose son menton sur ma tête et je me cale un peu plus contre lui, mes deux mains toujours serrées contre ma poitrine, sous ma couverture. Mais, à mon grand regret, au bout de quelques minutes, je sens qu’il se dégage et je l’aide en me retirant complètement, puis en me mettant sur le dos, la tête sur le sable. Alors, il met son bras sous sa nuque et recule légèrement en me souriant. A nouveau, nous nous fixons et je lis dans ses yeux comme une excuse alors je lui souris pour qu’il comprenne que même si ce câlin n’était pas très correct vis-à-vis d’Edward ou de Leah, j’y ai pris beaucoup de plaisir et que je ne regrette pas. Je dois être convaincante car son visage se détend et il me chuchote :
Je lui souris, déjà heureuse de pouvoir retourner avec lui à la Flèche d’Argent.
Et je le vois fermer les yeux, me demandant s’il est vraiment aussi calme qu’il en a l’air. Je soupire et tourne la tête vers le ciel, me concentrant sur les étoiles.
25 – Unis à jamais
Un cri d’oiseau me réveille et pendant une seconde, je me demande où je suis. J’ouvre les yeux, remarque le ciel qui devient bleuté et soudain, je sens mes doigts engourdis et chauds. Je relève légèrement la tête pour voir ma main dans celle de Jacob qui dort profondément. Etonnée par ce nouveau rapprochement spontané, je le contemple, toujours aussi sensible à sa beauté et encore plus comme ça, sur le ventre, face à moi et son visage exprimant un total abandon. Il a l’air si bien que je regrette de devoir bientôt le réveiller car, je sais à la couleur du ciel que l’aube approche. Mais, je sais aussi que c’est peut-être la seule occasion pour moi d’être là aussi tôt et qu’il vaut mieux en profiter. Je baisse mon regard sur ma main emprisonnée par la sienne, posées toutes les deux sur le sable. Avec mon pouce, je caresse doucement ses phalanges puis, sans même réfléchir, je me rapproche et porte sa main à mes lèvres pour y déposer un baiser. Aussitôt, Jacob ouvre les yeux et je lui souris. Il tourne alors la tête vers l’horizon pour vérifier que c’est bien le moment puis me regarde en disant :
Je hoche la tête et il se relève, libérant ma main qui reste bouillante. Je remarque qu’il ne semble même pas perturbé d’avoir dormi ainsi, en me tenant et comprend alors que c’est lui qui a du provoquer ce geste pendant mon sommeil. En peu troublée mais heureuse, je sors de mon sac et me lève. Jacob replie sa couverture et j’en fais autant. Je remarque que tout le monde dort paisiblement et sur la pointe des pieds, nous quittons le « camp » pour rejoindre la maison des Black par le petit chemin.
La maison est silencieuse et Jacob prend quand même le temps de nous préparer un petit-déjeuner. Je le regarde faire et admire sa discrétion. Si je n’étais pas là, avec lui dans cette cuisine, je n’entendrais pas sa présence. Et pourtant, il s’affaire avec une rapidité incroyable. Moi, avec ma gaucherie, j’aurai déjà fait tinter les tasses ou claquer une porte d’armoire. Il me fait signe de m’asseoir et me sert un thé. Je souris au souvenir du dernier que j’ai bu avec lui et qui m’avait fait dormir. Il m’apporte ensuite du pain et de la confiture et finit par s’asseoir face à moi en me chuchotant :
Je savoure ce repas avec délice, m’imprégnant des parfums de cette cuisine et de la présence de Jacob face à moi.
Une fois terminé, nous nous levons sans faire de bruit mais je reste crispée, craignant un faux pas de ma part. Jacob pouffe en silence en me voyant marcher comme sur des œufs. Une fois dehors, je reprends ma voix normale et demande :
Il s’arrête et s’approche de moi le regard brillant. Pendant une seconde, mon cœur s’arrête et je reste hypnotisée par ses yeux qui me fixent.
Comme à chaque fois qu’il prononce mon prénom et encore plus, lorsqu’il le dit avec autant d’intensité, autant de chaleur, ma gorge se serre sous l’émotion et je sens mon palpitant s’accélérer. Pourtant, complètement inconscient de l’effet qu’il produit sur moi lorsqu’il est comme ça, Jacob continue :
Je glousse, vraiment amusée par ce surnom qu’il me donne et il affirme, plus sérieusement :
Alors, il hoche la tête et monte dans la Chevrolet où je le rejoins, côté passager.
***
Nous venons d’atteindre le rocher près duquel j’avais trouvé Jacob la première fois que j’étais venue ici et je le vois soudain froncer les sourcils :
Sa voix trahit son anxiété. Alors, mon angoisse augmente et j’espère qu’il n’est pas arrivé quelque chose…
Sans répondre, il avance et contourne le rocher. Je le suis, monte une petite butte et nous voilà au-dessus du rocher, là où la louve se tient normalement. Je jette un œil en bas puis suis Jacob qui continue son chemin au travers des pins. Je le vois alors se diriger vers un petit sentier qui descend légèrement mais il s’arrête et semble hésiter. Je l’observe puis j’ose demander :
Je tourne la tête vers un trou dont je devine être l’entrée de la caverne mais des racines recouvrent tellement cette ouverture que sans Jacob, je ne l’aurai jamais trouvée !
Je l’observe pendant que ses mâchoires se crispent à nouveau, comme à chaque fois qu’il parle d’eux et que (je le sais maintenant) ce souvenir refait surface dans sa tête. Mais soudain, son visage s’éclaire et il s’écrie :
J’ose à peine tourner la tête, me demande « qui » peut bien nous surveiller quand Jacob déclare sur un ton très affectueux.
Je l’interroge du regard et il m’explique :
Alors, je pose mon regard là où Jacob me l’a indiqué et je vois deux paires d’yeux jaunes pâles m’observer avec tellement d’intensité que j’en ai le souffle coupé. Mais surtout, c’est leur immense beauté qui me fascine. Plus gros et plus poilus que la femelle que j’ai déjà vue, ces deux mâles sont magnifiques et jamais je n’ai pu contempler un animal aussi majestueux et surtout d’aussi près, de toute ma vie. Celui au poil plus brun que gris descend un petit chemin et dépasse son frère, qui reste toujours sur la butte, pour venir près de Jacob qui, comme il me l’a appris, tend la main, paume vers le ciel. Un peu méfiant mais habitué, le dénommé Patamon approche sa truffe et finit par lécher les doigts tendus, sous mon regard émerveillé.
Jacob rit, sûrement chatouillé par la langue râpeuse de l’animal et me répond :
Il rit à nouveau mais cette fois, c’est pour ma question et déclare :
Un mouvement m’interpelle dans mon champ de vision et Jacob tourne aussi brusquement la tête en s’écriant :
Et c’est alors que je les vois ! Tout un petit groupe de bébés loups gris, brun et blanc, en train de se mordre et de jouer sans peur, devant l’entrée de la grotte. J’avance mais Jacob me retient avec un bras devant moi. Je lui lance un regard étonné et d’un doigt, il me montre la louve dans l’obscurité, juste à un mètre des louveteaux mais qui veille en maitresse des lieux. Son regard jaune est soutenu, ses oreilles bien droites et les poils de son encolure, légèrement hérissés. Jacob s’accroupit et j’en fais autant. Il attend un peu puis tend la main vers elle. Elle ne bouge pas mais ne grogne pas non plus. Alors, je vois le fameux Patamon s’approcher sur le côté gauche de Jacob et fourrer son museau dans ses cheveux puis lui lécher la joue. Jacob rit et j’en fais autant, réellement amusée par l’attitude de l’animal. Puis, toujours accroupis, il avance doucement vers l’entrée de la grotte, à quelques centimètres des louveteaux et l’un d’eux vient alors gaiement vers lui puis recule en sautant, effarouché.
Je tourne la tête vers lui et remarque alors une lueur intense dans ses yeux pendant qu’il contemple un à un les bébés loups. Je pense alors que, enfin, il les voit ! Lui qui a attendu si longtemps ! Et il n’était pas déçu.
Son sourire me déstabilise et sa reconnaissance encore plus car je ne pense pas que ma présence joue beaucoup dans cette histoire mais le fait qu’il le croit …ça, c’est un sentiment si fort que je baisse la tête, gênée et heureuse à la fois. Il fait alors un mouvement vers moi et nous sommes toujours accroupis mais l’un contre l’autre. Il pose son bras autour de mes épaules et rit en regardant à nouveau les louveteaux s’amuser avec autant d’insouciance. La louve grise et blanche s’approche de son compagnon, nous autorisant donc à observer ses petits à cette distance, sans surveillance de sa part. Je les compte alors et déclare en chuchotant :
Je continue d’observer les louveteaux en silence quand Jacob murmure :
Jacob soupire et son regard s’attriste aussitôt.
Il hausse les épaules, se pince les lèvres avant d’ajouter :
Je regarde les petits loups jouer et se mordre les oreilles, la queue ou la gorge…malgré la gravité de la nouvelle, je leur souris, savourant l’instant présent. Jacob presse mon bras et m’invite à reculer. Accroupis, j’ai un peu de mal mais le suis. Une fois que nous sommes à bonne distance, il se redresse et je l’imite, les jambes un peu soulagées. La louve blanche et grise retourne alors près de ses petits et lance un regard amical à Jacob qui hoche la tête, reconnaissant. Je les regarde tous les deux, admirant leur beauté respective et la magie du lien qui les unit. Soudain, une question me vient à l’esprit et je demande, intéressée :
Le visage grave, Jacob semble soudain réfléchir sans quitter des yeux la louve puis il sourit à nouveau et répond :
Flattée, je ris doucement, pensant qu’il venait de lui donner ce prénom mais il se tourne vers moi et ajoute, en me fixant avec intensité :
Je sens alors mon sang quitter mon visage puis y revenir avec force, enflammant mes joues puis le reste de mon corps. Jacob me sourit doucement et je sens mon cœur qui s’emballe, comprenant alors ce qu’il est en train de m’avouer. Bêtement, je baisse la tête et je le vois faire demi-tour et repartir lentement vers le sentier. Je ne sais pas combien de temps je suis restée prostrée mais lorsqu’un des loups s’approche, je me secoue et me décide à rattraper Jacob. Nous marchons en silence… mais j’ai le cœur qui cogne avec violence ma poitrine et ma tête.
26 – Sale coup !
Si elle revient ici j’aurai de la chance ! Je suis vraiment un parfait abruti car comme d’habitude, je n’avais pas pu m’empêcher de la fermer ! Je ressentais encore ce profond malaise lorsque nous avions quitté la forêt puis pendant tout le retour en voiture jusqu’à ce qu’elle me dépose devant chez moi. Mais en même temps, elle aurait fini par le savoir. Avec un peu de chance, elle n’aura pas compris l’exacte nature de cette révélation ou alors, elle passera outre ou elle se moquera…de toute façon, je doute qu’elle me prenne vraiment au sérieux. J’espère même qu’elle prendra ça pour un caprice d’ado…et qu’elle reviendra près de moi, en amie, comme jusque maintenant.
Je me sens quand même super mal mais tant pis, maintenant c’est fait…on verra bien ! Au moins, j’avais partagé avec elle un moment magique, les louveteaux sont magnifiques et je vais pouvoir développer encore plus mes observations sur eux. Je suis quand même super fier que la louve me les ai présentés de cette façon, directement dans leur repaire alors que les deux fois précédentes, elle les avait ramenés à la butte. Ils avaient vraiment confiance en moi. Et en Bella ...
J’avais quand même pu profiter d’elle, maintenant elle est repartie dans sa tour d’ivoire et je me sens très seul…et très mal. D’ailleurs, heureusement que je n’ai pas son numéro finalement car je l’aurais déjà appelée pour la supplier d’oublier ce que j’avais dit. J’ai tellement peur qu’elle ne revienne pas….
Je n’arrive plus trop à penser correctement depuis que ce week-end passé avec elle et encore pire, je crois que mon esprit est resté bloqué au moment où je lui ai dit clairement qu’elle était très importante dans ma vie et depuis longtemps ! Bon…ce n’est pas si grave quand on y pense. Je n’ai fait que lui dire que son prénom me plaisait mais je ne pense pas qu’elle ait été dupe. Je suis vraiment un imbécile ! Si avec ça elle revient, je pourrais m’estimer heureux !
Pendant que je range un peu tout mon matériel, j’entends les cailloux crisser sous des pneus puis une porte s’ouvrir juste devant mon garage. Je pose ma clef et sors dehors en m’essuyant les mains avec mon torchon. Agréablement étonné, je vois une petite BMW Z4 coupée grise devant les portes et un type en costard sortir de la voiture avec un sourire poli. Je remarque aussitôt une éraflure sur la portière avant qu’il ne la claque et pense que c’est dommage que cette petite merveille soit déjà abimée. En m’approchant, le type me tend la main et je lui rends, un peu gêné par ma tenue.
Je note tout de suite l’usage du « tu » et me dis que son ton condescendant est limite agaçant. Je sais que je ne suis qu’un gamin mais bizarrement, son attitude m’énerve. Je vais finir par croire mon père, que Paul a vraiment une mauvaise influence sur moi ! Je croise les bras et le fixe en disant :
Il tapote sa voiture en me souriant légèrement, comme si je ne pouvais rien pour lui.
Je m’avance, ne lui laissant pas le temps de continuer et remarque alors que le bas de caisse est complètement enfoncé, boueux et que les éraflures continuent jusqu’à l’arrière de la voiture où la tôle froissée couronne le tout.
Sans vraiment le vouloir, je viens de le tutoyer mais me dis que ce mec ne doit pas avoir plus de cinq de plus que moi alors qu’il n’allait pas en mourir ! Et à ma grande surprise, il se détend aussitôt et répond sur un ton plus léger :
Je me retourne et lui souris franchement en disant :
Je l’invite du regard à terminer son explication.
Je soupire, observe à nouveau la carrosserie, me disant que j’allais devoir me faire sérieusement aider…Paul serait aussi content que moi de toucher cette beauté ! Je souris et lui lance en caressant la courbe de son béquet arrière, tout en remarquant les sièges en cuir rouge à travers les vitres :
Le type rit de bon cœur et me confirme :
Je pense qu’il dit ça pour ne pas que je m’amuse avec s’il me la laisse mais je vois aussi dans cette remarque la confirmation que ce n’est pas un sanglier qui est à l’origine de ces blessures. A ce moment, je vois mon père sortir de la maison et faire rouler son fauteuil jusqu’à nous d’un air tendu. Le type le salue en lui tendant une main que mon père ne prend pas mais demande :
Je sens mon père très énervé et me demande pourquoi mais ajoute :
Mon père jette un œil à l’herbe encore coincée à certains endroits et me lance un regard noir. Je reste toujours aussi surpris mais reste de marbre.
Je manque de m’étrangler en entendant le ton et surtout le prix annoncé par mon père !!! Le type en costard est légèrement déstabilisé mais hoche la tête en disant :
Il me jette les clefs et dans un bref salue, nous laisse et part vers la nationale en sortant son téléphone pour sûrement s’appeler un taxi.
Je l’observe deux minutes, puis jette un œil à la voiture avant de tourner mon regard sur mon père en disant :
Mon cœur manque un battement lorsque je tourne vivement la tête vers celui qui attend patiemment à l’entrée de notre propriété, en faisant les cents pas, les mains dans les poches de son pantalon à cinq cent dollars. Mille pensées se bousculent alors dans ma tête quand j’entends Billy me dire :
Mon père me toise et semble mesurer ses paroles avant de répondre :
Je déglutis tout en regardant Edward monter dans un taxi qui vient de s’arrêter devant notre route.
Moins d’une heure plus tard, je gare ma moto contre le petit muret du garage de Paul et entre dans son atelier, l’esprit encore un peu inquiet de la rencontre que je viens de faire. Pour ce coup-là, j’ai vraiment besoin de lui ! Pour la voiture mais aussi pour ce qu’il pense de tout ça…Mes yeux s’habituent lentement à l’obscurité de son local quand je l’aperçois dans le fond, occupé à ranger des outils et il semble très énervé. Je reconnais ça à la façon dont ses mâchoires se serrent et son regard noir qui fixe tout ce qu'il prend dans ses mains. Lorsqu’il ses yeux se posent sur moi, je ressens alors toute sa colère se décharger sur ma petite personne, comme un lance-flammes.
En guise de réponse, il balance une clef sur un établi près de moi, me manquant de quelques centimètres. Ok…je connais l’artiste, là, il est vraiment furax ! J’essaie de rassembler mes idée plus que confuses, cherchant où on en était resté lui et moi…et c’est alors que la lumière se fait ! Je reprends la clef pour la ranger correctement et demande, sur un ton léger :
Je déglutis, me sentant à nouveau très mal…
Mes souvenirs me montrent alors la Leah d’hier soir : aguicheuse, séductrice…téméraire. Je revois Paul l’embarquer et être tellement dégouté par son attitude à elle que son sort m’importait peu ! Même si au fond de moi, je savais ce que Paul avait en tête, même si finalement, je savais qu’elle allait le regretter, je n’avais rien fait…trop content de me retrouver seul avec Bella. Ma gorge se serre et je conclue plus que demande, en connaissant déjà la réponse :
Il se rapproche de moi, furieux.
Je ferme les yeux, imaginant déjà le drame d’ici. Ma colère contre Leah est un train de se raviver, je le sens !
Les mains sur les hanches, Paul soupire et semble se calmer. Je le vois secouer la tête puis se passer une main sur le visage, dépité. J’ose lever les yeux vers lui lorsqu’il me dit, d’une voix morne :
Soudain, le fait qu’il lui cherche encore des excuses me fout hors de moi.
Comme il ne répond pas je continue :
Il tourne alors des yeux un peu fous vers moi et marmonne :
La surprise marque vraiment son visage et je comprends qu’il demande une vraie explication.
J’apprécie qu’il se retienne de me sortir encore un de ses qualificatifs douteux ! Il me prouve ainsi qu’il a compris la nature de mes sentiments.
Paul secoue la tête dans un demi-sourire moqueur en répondant :
Je hausse les épaules et il continue :
Il s’assoit sur son établi, comprenant qu’on en avait pour un bout de temps.
Je lui explique donc rapidement où j’en suis avec Bella et ce que je lui ai avoué à demi-mots. Il éclate de rire et se ressaisit aussitôt en voyant ma mine furieuse. Alors, je continue jusqu’à la visite d’Edward Cullen, de sa voiture et surtout des réflexions de Billy.
Au fur et à mesure de mon récit, je sens Paul inquiet et son verdict ne m’étonne pas :
Il se relève de son établi et s’écrie :
Les mains dans les poches, je baisse la tête car je sais bien qu’il a raison. Moi, en tous cas, je ne suis pas innocent mais je ne sais pas du tout où Bella en est ! Et puis, si ça se trouve, elle ne reviendra pas …
Au fond de moi, même si la réflexion de Paul me chiffonne un peu car elle est juste, j’espère qu’il a raison ! Qu’elle reviendra comme avant …
27 – Je ne me suis pas brûlé, je suis grillé.
Et Paul avait raison, Bella était revenue ! Je l’avais regardée franchement lorsqu’elle était en train de descendre de sa voiture, histoire de voir si elle était gênée vis à vis de moi, mais non…elle m’avait rendu un regard tout aussi franc et j’y avais lu le message suivant : « On oublie ! ». En s’approchant dans un petit sourire, elle m’avait lancé :
C’est vrai que le temps s’y prêtait mais vu l’heure, je savais déjà qu’on ne choperait rien. Pourtant, j’avais accepté, prêt à tout pour passer le maximum de temps seul avec elle et là, pendant qu’elle essaie de lancer son fil à une certaine distance, je ne peux m’empêcher de sourire face à sa maladresse.
Je ris doucement mais regarde ailleurs, histoire qu’elle ne se sente pas observée. Elle a vraiment une allure terrible avec son jeans relevé et son débardeur. Je constate que c’est la première fois que je la vois les cheveux attachés et que comme ça, elle semble vraiment décontractée. Si son gars la voyait, il ne la reconnaitrait pas. Je l’entends rire et vois qu’elle a emmêlé son fil. J’avance donc vers elle doucement car le courant est quand même assez fort à cet endroit. Une fois que je suis près d’elle, je lui donne mon fouet pour prendre le sien et démêler sa ligne.
Je lui lance un petit regard amusé tout en tenant le fil entre mes dents pour avoir une meilleure prise. Bella m’observe de tout près, les sourcils froncés et je finis par rire de la tête qu’elle fait.
Je sens que cette fois, c’est moi qu’elle observe et je lui jette un regard. Alors elle me demande sans détour :
Elle fronce à nouveau les sourcils, surprise et intriguée.
Mais je la vois blanchir et regrette aussitôt ma remarque stupide.
Elle hoche la tête, le visage grave. Je lui raconte donc notre vieille tradition indienne sur les enfants promis l’un à l’autre par les parents puis conclue en voyant qu’elle est de plus en plus pâle.
Elle remarque tout de suite mon changement de ton car je n’ai pas réussi à dissimuler ma colère contre Leah dans cette remarque et je me sens donc obligé de préciser :
Elle ne finit pas sa phrase mais nous pensons tous les deux à la même chose alors je réponds en soupirant :
Je soupire, me disant que je ne dois peut-être pas aborder ce sujet mais qu’après tout, j’aurai bien besoin d’un avis féminin sur ce coup-là. Je lui explique donc à demi-mots et un peu maladroitement ce qu’il s’est passé avec Paul et elle réfléchit un instant avant de répondre :
Je comprends alors qu’on ne parle plus de Leah là et n’ose plus ajouter quoique ce soit, espérant qu’elle se confie plus. Mais à mon grand regret, elle se rend compte aussi qu’elle a bifurqué et continue :
Le terme est dur mais c’est la sensation que j’ai en pensant à cette histoire.
Je finis donc par la laisser continuer à pêcher. Parfois, nous nous lançons des regards amusés et je parviens même à prendre un saumon, à ma grande surprise car il est déjà presque midi et le soleil est bien haut dans le ciel. A cette heure-là, les poissons préfèrent se rafraichir dans le fond plutôt que de venir se promener à la surface.
Malgré ça, je continue à pêcher, sentant que Bella apprécie beaucoup ce moment et qu’elle ne semble pas avoir envie d’arrêter. Quand soudain, je l’entends crier et vois son fil tendu.
Cependant, je la vois se débattre et avoir du mal à tenir sa canne. J’hésite mais c’est trop tard. Je la vois basculer et lâcher prise, pendant que sa tête disparaît une seconde sous l’eau et qu’elle remonte aussitôt, complètement déboussolée.
J’avance rapidement vers elle et la rattrape par le bras avant qu’elle ne bascule encore, les cheveux mouillés plein le visage. Elle s’écrie alors :
Je vois le fouet être emporté par le courant et répond :
Je l’aide à revenir vers le bord, pose ma canne et retourne à l’eau pour nager jusqu’au fouet que je vois bloqué par une branche. Puis, je reviens sur la berge où Bella m’attend, assise sur l’herbe en tordant son jeans comme elle peut. Je m’assois à ses côtés et elle s’écrie :
C’est faux mais elle a l’air tellement catastrophé. Je sens qu’elle m’observe et tourne la tête vers elle. Elle rougit, comme prise sur le fait et je me demande pourquoi. Elle comprend que je m’interroge sur son attitude et me dit doucement :
Je la fixe, me demandant pourquoi elle semble soudain si mal à l’aise et elle finit par dire :
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai une soudaine envie de la provoquer, histoire de voir si Paul a raison ou pas. Elle semble réfléchir puis répond sur un ton léger :
Sa réponse m’embête et elle le voit tout de suite. Mais j’ai envie d’aller jusqu’au bout ! Oui, nous sommes amis mais la remarque de Paul m’a fait réfléchir : nous sommes peut-être amis mais je ne suis pas sincère avec elle. Il faut arrêter de jouer la comédie et surtout de se voiler la face ! Je suis son ami mais j’ai autre chose en tête et j’ai soudain envie qu’elle le sache. Et puis, elle a parfois des réactions qui m’encouragent à aller plus loin.
Elle sait que je lui rappelle sa réflexion faite au restaurant et qui m’avait choqué. Mais j’ai vraiment envie de savoir. Je la vois déglutir et elle me répond, la voix un peu rauque :
Je me rends compte que je suis peut-être en train de tout gâcher mais elle ne s’est pas encore sauvée, c’est donc que notre conversation l’intéresse autant que moi.
Je la dévisage, elle ne baisse pas les yeux, consciente comme moi que quelque chose vient de basculer entre nous mais j’en ai assez qu’elle ne sache pas ou qu’elle fasse semblant de ne pas savoir. Après tout, j’avais déjà lancé un premier pavé près des louveteaux, autant aller jusqu’au bout ! Si Paul avait vu juste, elle reviendrait !
Elle ne sourit pas, blanchit à nouveau et finit par murmurer :
Pas convaincu, j’insiste :
Elle ne répond pas alors je lui demande en riant nerveusement :
Mais tant pis pour moi, je l’ai cherché, maintenant, je suis fixé ! Je sens cette douleur dans ma poitrine qui me tord et me compresse à la fois. Je l’entends alors me dire :
Je me relève et la laisse par terre pour ranger mes affaires. Je la sens derrière moi qui me regarde faire et de là, je sens quand même une profonde tristesse. Tout comme moi, elle doit penser que quelque chose entre nous vient de se briser. Pourtant, je reste optimiste car je sais que je ferais tout pour la « récupérer » même en amie s’il lui prenait l’envie de prendre ses distances. La douleur me compresse toujours le cœur mais je me dis que c’est comme ça ! Je le sais depuis le début de toute façon que ça va faire mal alors …va falloir que je m’y fasse !
En silence, nous retournons à la voiture et je me dis que nous ne sommes même pas encore secs. Mais voilà, j’ai tout gâché et elle comme moi avons envie de partir maintenant. Je commence quand même à douter mais comme la dernière fois, me dis que voilà, c’est fait et que l’avenir me dira si j’ai eu raison ou pas de lui dire où moi j’en suis.
28 – Pire qu’un cauchemar
Calmé, je gare la voiture dans le garage et Bella en descend. Je remarque alors sa tête surprise mélangé à quelque chose d’autre d’indéfinissable lorsqu’elle voit la voiture sur calles que Paul et moi avons oublié de recouvrir.
Je me crispe, sachant que cette fois, je suis grillé pour de bon.
Son ton est froid, cassant, menaçant. J’ai l’impression de voir une autre Bella face à moi, une Bella en colère.
Elle commence à trépigner, se passe la main dans les cheveux avec des doigts tremblants et j’ajoute doucement :
Elle le savait déjà mais pourtant, sa réaction est comme si elle n’y avait pas cru tant que je n’avais pas prononcé son nom. Elle est toute tendue, je vois sa poitrine se soulever rapidement.
Elle fait maintenant les cents pas devant la BMW, la regarde encore comme si elle n’y croit pas de la voir là puis se retourne brusquement en disant :
Soit elle fait semblant de ne pas comprendre, soit elle veut me pousser à dire clairement les choses mais l’un dans l’autre, elle semble tellement fâchée que je continue, sur ce même ton embêté :
Elle se rapproche et son regard noir me fait baisser les yeux. C’est la première fois que je la vois comme ça mais je n’aime pas ça. Depuis tout à l’heure, je sens vraiment un virage dans notre relation, comme un gros nuage qui vient de se placer entre nous et j’ai peur de ce qui va suivre. Je pèse mes mots puis réponds :
Elle devient pâle et répond d’une voix sourde :
J’ai crié et je le regrette aussitôt mais elle est en train de me conduire dans un endroit noir que je déteste et elle continue :
Elle doit remarquer que je suis très affecté par ses remarques car je la vois baisser les yeux, aussi ennuyée que moi de cette altercation. Je m’approche alors mais n’ose pas poser mes mains sur elle. Pourtant, j’aimerai qu’elle se calme et pour ça, je voudrais la prendre dans mes bras. Alors je murmure :
Mon cœur s’accélère car je vois derrière ce reproche une petite lueur d’espoir qui avait disparue depuis quelques heures.
Elle lève les yeux au ciel, n’admettant pas que je puisse être de « ceux-là », de ceux qui risquent tous les jours de se faire prendre à ne pas respecter la loi. En l’observant, je me dis alors que ce qui l’ennuie aussi est peut-être autre chose et je lui dis doucement :
Surprise, elle lève les yeux vers moi et je vois à son expression de « prise sur le fait » que j’ai vu juste ! Elle est en colère car elle pense qu’il l’a surveille, qu’il la suivit ! Et là…ma lueur d’espoir grandit.
Ma réponse l’agace et je la sens frustrée. Son esprit a l’air de bouillir et si mes suppositions sont justes, j’imagine son angoisse. Elle fait encore les cents pas puis revient vers moi en disant :
Je soupire, sachant qu’elle m’amène là où je ne veux pas : discréditer Edward. Mais elle attend et a confiance en moi. Je ne veux pas lui mentir et honteusement, je sais aussi qu’en lui mettant le doute, elle va peut-être se rapprocher plus de moi. Je lui fais donc part de mes suppositions :
Bella tourne la tête vers la voiture, l’observe avec un pli amer sur ses lèvres. Je comprends que pour elle, quelque chose vient encore de basculer et je continue, histoire d’aller encore une fois jusqu’au bout :
Je vois un éclat dans son regard et constate avec tristesse qu’elle croit encore que je vais donner une explication plausible à cette histoire. Mais, ce n’est pas le cas et ce que je m’apprête à lui dire est pire. Pourtant, après avoir pris une profonde inspiration, je m’entends lui annoncer :
Bella se rapproche et plante son beau regard dans le mien, cherchant encore une faible issue. Puis elle demande :
Nous nous dévisageons une minute puis je la vois filer vers sa voiture et revenir au bout de quelques secondes avec son portable ouvert. Je comprends trop tard ce qu’elle fait lorsque je vois un flash jaillir de l’appareil et m’écrie :
Surprise, elle tourne la tête vers moi et demande, le visage grave :
A ma tête, elle doit alors comprendre qu’elle n’avait pas tout saisi et marmonne, gênée :
J’hallucine ! Comprenant alors tout ce qu’il lui avait traversé l’esprit depuis qu’elle a vu cette voiture. Je soupire et lui lance tristement :
Ma remarque la bouleverse, balayant tout ce qu’elle m’a dit sur la berge, je le vois à la façon dont elle gigote en rangeant le téléphone dans sa poche puis en se passant la main dans les cheveux, nerveuse.
J’ai l’impression que mon sang quitte mon corps.
Je me sens au bord de craquer là, avec l’impression de vivre un cauchemar. Pourtant, elle vient près de moi et me répond vivement, les larmes aux yeux :
Elle est en train de m’avouer ouvertement qu’elle veut me garder secret, qu’elle ment à Edward pour me voir et je sens alors mon cœur s’accélérer à fond. Je suis pourtant déchiré à l’idée qu’elle parte déjà et propose d’une petite voix :
Nous comprenons tous les deux dans cette phrase « qu’il ne sait pas que je suis celui qu’elle voit en cachette ».
Elle hoche la tête en se mordant les lèvres et là, je ne me retiens plus. Je la prends contre moi, la serre avec force et lui chuchote à l’oreille :
Puis, je sens ses lèvres se presser sur mon cou et je la serre plus fort en enfouissant mon visage dans ses cheveux, respirant son doux parfum à plein poumon et profitant de mes derniers instants dans ses bras. Je lui rends son baiser dans le cou, avec une furieuse envie d’aller plus loin mais elle se dégage, tremblante et les yeux brillants. Je me recule donc pour mettre une distance mais je vois que nous nous tenons les mains, sans même y réfléchir. Je souris en les regardant et elle voit pourquoi. Alors elle me les serre et me lâche dans une caresse avant de me laisser pour rejoindre sa voiture.
29 – Égarée
C’est marrant comme une chose, même la plus infime peut parfois vous faire voir les choses autrement ou les personnes différemment, comme si une lampe éclairait une autre partie de leur visage, sous un autre angle…avec une autre clarté.
C’est comme si quelqu’un vous allumait la lumière au bout d’une longue journée de travail dans une pièce sombre et que soudain, on distingue mieux les lignes du livre qu’on lit. C’est comme si quelqu’un peignait en couleur les yeux d’un modèle en noir et blanc. C’est comme si quelqu’un appuie avec son doigt sur l’endroit où on a le plus mal dans notre corps alors qu’on essaie de le cacher.
Mon père m’a déposé devant la villa des Cullen avant de rejoindre Sue chez elle pour la soirée et en entrant dans cette immense maison vitrée, où toute la lumière possible du soleil peut entrer, je ne peux m’empêcher de frissonner devant tant de froideur. Rien ne vit dans cette demeure… même pas l’amour.
Je referme derrière moi la grande porte en verre avec douceur comme si le bruit allait soudain les faire tous apparaître devant moi alors que je n’ai aucune envie de les voir, tous autant qu’ils sont ! Sauf peut-être la jeune Alice, qui vit dans son monde d’ado et n’a rien à voir avec tout ça.
Toutes ces cachoteries, tous ces faux-semblants…l’image d’Edward et Esmée en train de parler à voix basse dans la salle à manger, puis celle de Carlisle qui me jette un regard pour me mettre à distance de sa conversation avec Edward, toutes ces images (et il y en a qui remonte encore plus loin dans mes souvenirs !) flashent mon esprit avec force depuis que j’ai quitté Jacob.
Sans même réfléchir, je file tout droit vers la porte qui mène au garage et descend les escaliers carrelés sans bruit. Une fois en bas, j’allume les lampes qui éclairent une à une les voitures et constate avec amertume que je n’ai pas rêvé : la BMW d’Esmée manque bien à l’appel ! J’éteins les lampes en claquant l’interrupteur qui plongent aussitôt les véhicules dans le noir et remonte presque en courant jusqu’au hall d’entrée. Mais en fermant la porte qui mène au sous-sol, je tombe nez-à-nez avec Rosalie qui me toise avec suspicion.
Je ne sais pas pourquoi mais je pense aussitôt qu’il est parti récupérer sa voiture. Je l’imagine alors, face à Jacob et la colère gronde en moi. C’est vraiment une étrange sensation mais elle est si forte que je ne peux l’ignorer. Mon esprit…mon cœur refuse que même les yeux d’Edward se posent sur Jacob ! Qu’il lui parle…qu’il regarde même ce qu’il regarde. Je vois Jacob comme un diamant à l’état brut, quelque chose d’unique, de merveilleux et de trop rare. Mais surtout, je le sais, je suis très possessive avec lui et très égoïste. Je le veux pour moi seule, et maintenant que je sais qu’il n’est plus avec Leah, ce sentiment est décuplé. Au fond de moi, depuis que nous nous sommes quittés, j’ai l’impression qu’il m’appartient entièrement, et ses révélations depuis quelques temps renforcent ce sentiment. Il ne me voit pas comme une amie, il veut plus ! Et encore maintenant, j’ai du mal à y croire. J’avais encore un doute après sa révélation près des bébés loups, je ne sais même pas d’ailleurs si j’ai tout compris mais sa question près de la rivière était claire ! Est-ce qu’il a des sentiments ou est-ce seulement une idée passagère ? En attendant, moi je suis bouleversée et heureuse à la fois. Quand je pense à lui, à ce qu’il m’a dit, j’ai l’impression que les oiseaux chantent. Mais cette découverte dans son garage ternie un peu ma joie. Pourtant, si Edward me cache quelque chose, ça serait peut-être l’occasion de mettre les choses à plat entre nous et que je réfléchisse clairement à ce que je veux. Est-ce que j’ai encore des sentiments pour Edward ? Je pense que oui mais son attitude est plus que contestable. Est-ce que j’ai des sentiments pour Jacob ? Ça, je ne sais pas encore mais ce que je sais, c’est que lorsquej’y pense, je sens un fourmillement dans mon ventre, une telle chaleur m’envahir…ça monte de l’intérieur jusqu’aux joues et je sens que je m’enflamme puis mes jambes deviennent molles et en général, je dois m’asseoir. Et encore pire, lorsqu’il me chuchote des mots à l’oreille…sa voix est si chaude, si…tendre que je ne sens plus mon corps. Alors est-ce que ce sentiment amoureux est passager ? Dû au fait que je me sente délaissée ou est-ce que je ressens vraiment quelque chose pour lui ? En tous cas, j’ai l’impression de ne plus toucher terre depuis quelques temps et j’aimerai vraiment être capable de faire le point. Cependant, cette histoire de voiture obscurcit mon esprit car je sens que je passe à côté de quelque chose d’important, quelque chose de grave que mon côté euphorique du moment m’empêche de discerner correctement. Que me cache Edward ? Ou que cache-t-il à sa famille ? Car je garde quand même l’espoir qu’un jour, il se confiera à moi. J’aimerai vraiment aborder ce sujet avec lui mais comment sans trahir Jacob ? Et surtout, sans me trahir moi ?
Avec amertume, je me dis que je vais tout de même essayer mais que ça sera la dernière fois. Si Edward ne me dit rien ou pire, si je trouve quelque chose de mal, je le quitterais ! Je m’en sens soudain capable ! Comment peut-on oser parler mariage si nous ne connaissons pas nos vies respectives ? Nos envies, nos rêves ? Notre vraie personnalité … Edward me met à l’écart de sa vie, les Cullen me mettent à l’écart de leur famille, je ne me sens pas du tout intégrée et je ne suis plus vraiment la bienvenue chez mon père…le seul endroit où je me sens vraiment bien c’est à la Push, chez Jacob, dans son garage, dans sa cuisine, dans les bois…dans ses bras. Encore une fois, mon esprit divague…depuis son aveu, ça m’arrive souvent. Pourtant, je sais que je ne devrais pas…je ne devrais pas penser autant à lui. Il est si jeune…et même si maintenant il est libre, je ne le suis pas !
Je dois me marier, je suis avec Edward depuis si longtemps…est-ce que je vais un jour trouver le courage de me regarder en face ? Avec lui, tout est tracé, tout est décidé…tout est facile …mais il n’y a plus de confiance…d’où a surgi l’attaque invisible ? Où est-ce que ça a dérapé ? Depuis quand ? Avec Edward, je pensais que c’était « pour la vie », je me voyais déjà en Madame Cullen respectable et bien « dressée ».
Mais là, je me regarde dans le miroir et je me dis : « et si… ».
* * *
La porte de la chambre claque et je le vois retirer sa veste d’un geste las puis la poser sur le porte manteau de la pièce. De notre lit où je lis, sans retenir une seule ligne de ce livre dont je ne connais même pas le titre, je l’observe discrètement, le cœur battant. En regardant l’heure, je me pose mille questions : était-il avec Jacob pendant tout ce temps ? Ou a-t-il récupéré sa voiture rapidement et filé vers un endroit inconnu avec des personnes inconnues ? Je m’imagine tous les scénarios…une autre femme, un groupe de financiers véreux…la mafia ! Ou une grande conversation avec Jacob ? Des menaces ? Une dénonciation ? Soudain, j’ai envie d’attraper mon téléphone tout de suite. Mais je me suis promis d’attendre une éventuelle explication avant d’appeler mon ami. Edward passe par la salle de bain et j’entends l’eau de la douche couler. Je vais devoir être patiente. Je pose le livre sur ma table de chevet et enfuie ma tête dans l’oreiller tout en fixant la grande baie vitrée où reflètent les lumières de la pièce. Au bout d’une minute, je vois celle de la salle de bain s’éteindre et la porte s’ouvrir. Edward me rejoint alors dans le lit en soupirant, pensant sûrement que je dors. Je laisse passer une minute, le temps que les battements de mon cœur ralentissent puis je me retourne et le trouve en train de fixer le plafond, un bras derrière la tête.
Il tourne alors doucement son visage vers moi et me sourit avec tendresse.
Je laisse passer un temps puis ose demander :
Il secoue la tête et s’apprête à fermer la lampe lorsque je m’entends lui dire :
Edward se retourne brusquement vers moi, surpris mais aussi inquiet. Je me dis alors qu’il pensait vraiment que son plan était sans faille et que je n’aurais peut-être pas dû aborder le sujet. Mais, sa réaction me confirme aussi que Jacob a vu juste : Edward a eu réellement un problème avec cette voiture.
Je l’observe pendant qu’il se recouche. Il semble soudain très détendu.
« Régler une affaire »…et pendant ce temps, il était avec Jacob. Je regarde Edward s’installer pour la nuit et me dis que je n’en saurais de toute façon pas plus ce soir. Par contre, j’ai une folle envie de respecter ma promesse et me lève aussitôt en disant :
En passant près de mon sac, je chope mon téléphone portable et sors de la chambre en douce. Comme d’habitude, pieds nus, je cours presque dans le couloir feutré pour atteindre la salle de bain et m’enferme aussitôt, le cœur battant. J’ouvre le robinet et me place au fond de la pièce, laissant le bruit de l’eau s’interposer entre la porte et moi. Fébrilement, je fais le numéro que je connais par cœur et attends avec impatience la première sonnerie. Au bout de la seconde, j’entends sa voix endormie me dire :
A ces mots, mon cœur accélère ses battements. Sa façon de dire ça ne laisse aucun doute à notre relation quand on y réfléchit. Mais, ne pas en parler ouvertement me convient pour l’instant car je ne me sens pas encore capable de tout remettre en question, même si depuis l’aveu de Jacob, je sais que nous avons abordé un virage. Mais je ne suis pas très sûre de bien comprendre, j’ai peur de me faire des idées alors je préfère attendre encore un peu pour mieux analyser la situation. Je l’entends bailler et l’imagine dans son lit, une petite lumière éclairant son doux visage. Je souris et demande :
Je crois déceler une pointe d’espoir dans sa voix mais me dis que je déforme peut-être ses réactions alors j’essaie de garder la tête froide en répondant :
Je tente de réfléchir si ça peut être possible quand il ajoute, suite à mon silence :
Jacob sent que je me suis crispée. Il est clair que pour moi, ça risque d’être difficile de sortir avec eux en pleine ville sans qu’Edward le sache. Et même si j’y vais, je sais que je ne serais pas à l’aise, craignant de tomber sur des amis ou connaissances des Cullen. Mais après tout, je ne ferais rien de mal ? Cependant, j’avais un certain « rang » à tenir et « trainer » avec des Quileute de la réserve est loin d’être une attitude distinguée dans le monde où je vis.
Je lui souhaite donc bonne nuit et raccroche. Sa voix me manque déjà. Je me rends compte alors que pendant tout ce temps, l’eau du robinet coulait et ferme aussitôt le jet. Je prends un médicament dans l’armoire, le glisse dans ma poche et ouvre la porte, les doigts tremblants encore légèrement. Mais mon cœur bondit quand je me retrouve à nouveau face à Rosalie qui attend dans le couloir, les bras croisés.
Je déglutis, hésite une seconde et répond de ma voix la plus sûre :
Comme elle reste plantée à me fixer, je juge bon d’expliquer :
Je ne la quitte pas des yeux, essayant de me remémorer ma conversation avec Jacob pour savoir si j’avais dit quelque chose qui pourrait m’être nuisible. Mais son regard me glace et j’ai du mal à remettre mes idées en place. Je sais que ma peur doit se lire sur mon visage et que je dois être rouge. Nerveusement, je me passe la main dans les cheveux et réponds en soupirant :
Elle me lance alors un regard moqueur et passe devant moi pour entrer dans la salle de bain. Je reste une seconde à regarder le téléphone dans mes mains puis me décide à rejoindre ma chambre quand Rosalie me lance depuis la porte :
Je hoche la tête sans la regarder puis entre dans notre chambre. Edward dort déjà et je me couche près de lui, le cœur battant.
Bonnie me sert mon thé et mes tartines puis fait le tour de la table pour servir Carlisle qui semble d’humeur maussade ce matin. Encore une fois, j’ai laissé filler les jours, incapable de trouver le courage de parler à Edward. Mais j’ai quand même réfléchi à cette histoire de voiture et l’explication donnée peut être plausible. Seulement, je veux d’abord en avoir le cœur net. Alors, depuis quelques jours, j’observe Alice, la suis discrètement dans la maison, reste dans une pièce voisine de la sienne, écoute ses conversations au téléphone lorsqu’elle appelle du poste fixe du salon mais pour l’instant, rien ne me dit qu’elle s’amuse à partir la nuit avec la voiture de sa mère pour rejoindre Jasper. Ce que je trouve inconcevable dans cette explication, c’est le fait qu’Alice a sa propre voiture. Qu’à la limite, Edward suppose qu’elle file en douce la nuit, admettons…et encore, je trouve qu’à dix sept ans, elle peut déjà passer la nuit chez Jasper ! Seulement, d’après ce que j’ai compris, ce ne serait pas au goût de monsieur et madame Cullen. Mais qu’elle prenne la voiture de sa mère ? A moins d’être prise d’une furieuse envie de rébellion, je ne vois pas l’intérêt ? Mais en admettant qu’Edward ait récupéré cette voiture dans un sale état à cause d’Alice, ça expliquerait qu’il ait voulu cacher sa réparation et qu’il demande à ce que ça soit fait vite ! Car en effet, (je n’avais rien su car je croise rarement les Cullen père et mère hors du week-end) mais Esmée s’était absentée durant trois jours la semaine passée pour se rendre chez sa mère à Seattle. Elle y était allée en taxi car elle déteste conduire en ville.
Depuis l’autre bout de la table, je remarque soudain que Carlisle nous observe Edward et moi et, instinctivement, je déglutis, comme s’il pouvait savoir à quoi je pensais en ce moment. Mais son regard est froid, sérieux et …calculateur ? Je ne sais pas si c’est le cas mais c’est le premier mot qui me vient à l’esprit en déchiffrant son regard. J’ose lever les yeux vers Edward qui lit attentivement le journal tout en buvant son café et murmure :
J’ai une soudaine envie de passer la journée avec Alice, histoire de la sonder et j’espère au fond de moi qu’Edward n’a rien prévu qui compromettrait mon plan. Il relève la tête et répond, un peu absent :
J’ai complètement oublié cette soirée et me dis alors avec tristesse que je ne pourrais vraiment pas rejoindre Jacob à la fête. Surtout que maintenant, je sais qu’Edward sera à Forks même puisque je me souviens que nous allons toujours au restaurant sur la place principale avec Victor. De plus, la fête battra son plein ce soir et je ne peux pas me défiler.
Et bien, si je ne vois pas Jacob aujourd’hui, je peux au moins essayer de ne pas perdre complètement cette journée et demande :
Au même moment, l’intéressée relève la tête et me regarde avec ses grands yeux brillants de joie en s’écriant :
Edward sourit et répond, amusé :
Je lance quand même un clin d’œil à Alice qui me rend un grand sourire. Esmée ajoute de sa voix douce, quasi inaudible :
Sa demande me fait l’effet d’une douche froide, comme si tout à coup, tout le monde autour de cette table se liguait contre moi…
Tout le monde, sauf Alice qui est visiblement aux anges et me lance des regards heureux en pensant à cet événement. Elle jubile littéralement.
Sa réaction me secoue alors comme une décharge électrique, me rappelant au passage ce que je fais ici parmi eux.
Je regarde Edward et le vois alors comme avant, comme le jour où je lui ai dis « oui » à sa demande en mariage. Je lui prends la main et pense au fond de moi que je devrais arrêter tout de suite de me laisser aller avec Jacob. Que ça ne mènera nulle part, que je ne peux pas quitter Edward comme ça, du jour au lendemain ! Que je me suis engagée vis-à-vis de lui et qu’il croit à notre futur mariage, qu’il prépare d’ailleurs déjà un an à l’avance ! Même si je suis clairement mise à l’écart, tout le monde ici ne pense qu’à ça, pendant que moi je rêve à Jacob !
Mais repenser à Jacob me provoque à nouveau un fourmillement dans le bas du ventre et je sais que je viens de m’enflammer. Aussitôt, je retire ma main de celle d’Edward qui lève la tête, surpris. Je lui souris et quitte la table en m’excusant, le cœur cognant ma tête si fort que j’ai l’impression d’être sourde. Je sors sur la terrasse inondée de soleil et respire un grand coup. Un aigle crie dans le ciel et je me dis que Jacob le voit peut-être aussi ? Aussitôt, je souris et son image vient hanter mon esprit.
Non…je ne peux pas arrêter de le voir, je ne peux pas me passer de lui, c’est trop tard. Ce que je ressens est beaucoup trop fort et me fait tellement de bien, comme une drogue…je ne pourrais plus vivre sans lui.
Alors les larmes me montent aux yeux car je me sens soudain comme prise au piège, me maudissant d’avoir acceptée trop vite la demande d’Edward, de m’être engluée dans cette vie chez les Cullen sans broncher, d’être aussi dépendante, de me sentir aussi redevable suite à mon accident…je sais même qu’au fond de moi, je regrette d’avoir rendu cette relation trop sérieuse dès le départ ! Je n’avais que seize ans ! Mon père m’avait pourtant prévenue, il n’avait pas aimé ce soudain attachement à Edward, cette amour aveugle et sans borne que je lui vouais alors que nous étions si jeunes. Par défi, je m’étais accrochée et surtout, j’étais complètement amoureuse et folle de lui ! Mais maintenant ? Qu’est-ce que je ressens vraiment ? A l’aube de mon engagement le plus important de ma vie, où en suis-je ? Perdue…je suis perdue.
30 – Chacun sa petite histoire
J’entends Paul et mon père dans la cuisine pendant que j’enfile mon jeans et leurs rires m’agacent soudain. Je ne suis pas de bonne humeur, je le sens …je suis frustré, énervé, déçu…Bella ne m’a pas donné de nouvelles depuis des jours et je sais qu’elle ne le fera plus aujourd’hui, qu’elle ne viendra pas non plus à la soirée ni à la fête de tout le week-end ! Je n’avais pas envie d’y aller mais les gars ont insisté, surtout Sam. Emily et lui voient bien depuis quelques temps que je suis sur les nerfs et tous savent pourquoi. Et puis, il y a aussi des tensions suite aux histoires avec Leah, que je n’ai toujours pas eu le courage d’aller voir. Rachel et Kim l’ont revue vendredi, elle revenait du marché avec sa mère mais d’après ce qu’elles m’ont dit, elle semble « bien », « en forme » mais n’a pas voulu discuter longtemps. J’entends à nouveau Paul rire et me demande où il en est lui depuis la dernière fois où je l’ai vu ? Je me dis alors que pour ce soir, je vais essayer de laisser Bella dans un coin de ma tête et reprendre pied dans la réalité pour discuter un peu avec mes amis. Je les rejoins dans la cuisine et lance un regard à Paul, lui indiquant que nous pouvons y aller, que je suis prêt. Billy le salue et je fais un bref signe à mon père avant de quitter la maison pour le garage.
Je monte dans son 4 x 4 et il démarre aussitôt. Au bout de quelques kilomètres, je lui demande :
Je connais cet air fermé et insiste :
Ses yeux sont si durs que je prie pour qu’elle ne se décide pas à venir…la connaissant, je pense qu’elle préfèrera rester isolée ce soir mais comme je ne sais pas dans quel état d’esprit elle est, je ne peux pas juger clairement la situation. Et puis, ma colère n’est pas encore passée, je le sens…je serais peut-être plus énervé que Paul si je la croisais ce soir.
Paul se gare devant chez Sam et aussitôt, Emily nous ouvre sa porte. Je remarque que Jared et Kim sont déjà là ainsi que Embry, Quil et ma sœur. En entrant dans leur cuisine, je vois des verres sur la table et surpris, je demande :
Jared, Embry et Quil éclatent de rire, sûrement à cause de ma tête d’ahuri, pendant que Sam serre Emily contre lui sous le regard émerveillé de Kim. Paul arrive derrière moi et siffle en voyant les verres et les bouteilles puis lance :
Tout le monde semble au courant car Paul et moi sommes les seuls à attendre la réponse de Sam qui tient toujours fortement Emily par les épaules. Je comprends alors ce qu’il s’apprête à nous annoncer quand Paul s’écrie à côté de moi :
Emily enlace Sam en levant les yeux vers lui, dans un sourire radieux. Je hoche la tête, soudain très heureux, pendant que les gars m’explosent les oreilles en criant des « bravo vieux ! », « félicitations ! » et des « c’est pour quand ? ». Malgré ma joie et l’euphorie de tous, j’ai quand même une pensée pour Leah et me dis que c’est bien qu’elle ne soit pas là ce soir. En même temps, je pense qu’avec son incapacité à accepter la situation, elle se met à l’écart de nous et qu’elle finira par en souffrir plus qu’elle ne souffre déjà. Je ne sais pas si elle se doutait de cela le jour où elle a provoqué Paul mais je ressens soudain une sorte de tristesse mélangé à de la pitié. Je me promets alors de passer la voir demain. Je vois Sam qui me fixe, heureux et je vais vers lui en souriant franchement.
Sam me serre la main dans un grand sourire mais m’attire en même temps un peu plus loin. Je fronce les sourcils, surpris de son geste.
Il semble réfléchir, toujours aussi anxieux et je lui demande :
Je suis étonné de sa prévenance et de son inquiétude vis à vis de Leah et constate qu’en fait, nous n’en avons jamais parlé ouvertement mais que tout le monde « sait » tout sur tout le monde ! Tout le monde sait que Leah est folle de Sam, tout le monde sait que Leah a couché avec Paul…tout le monde sait que j’aime Bella depuis la nuit des temps ! Mais personne ne parle jamais de rien.
Dans le coin, je remarque alors Rachel encore très isolée et déconnectée du groupe, pour changer. Pourtant, elle n’a jamais été mise à l’écart, même lorsqu’elle s’est éloignée de la maison pendant la maladie de notre mère. Personne ne lui a jamais fait aucun reproche, même pas moi…toutefois, j’aurai bien eu besoin d’aide parfois mais j’avais compris qu’elle voulait se protéger, qu’elle ne supportait pas le déclin de notre mère et visiblement, j’étais plus fort qu’elle pour encaisser. Elle sourit en regardant le groupe autour de Sam et Emily et je capte une certaine tristesse dans son regard. Je m’étonne sur son origine quand je comprends alors ce qu’elle observait vraiment en voyant ses yeux suivre Paul qui quitte la pièce pour retourner chercher quelque chose dans sa voiture. Décidemment, je ne comprendrais jamais les femmes et ma sœur est l’exemple même de la fille mystérieuse et compliquée par excellence ! Je soupire et m’approche d’elle. Elle lève les yeux sur moi et me sourit avec tendresse.
Rachel va devenir professeur des écoles, elle vient d’ailleurs de passer un concours pour lequel elle attend impatiemment un résultat et si c’est gagné, elle entrera à l’école primaire de Forks en septembre, en tant que professeur d’histoire. Mais surtout, elle est très douée pour le dessin et elle s’est associée à une amie à l’imagination débordante pour écrire un livre pour enfants sur la maladie dans les familles. Je sais que c’est une façon à elle de gérer sa douleur suite à la mort de notre mère et surtout une sorte de thérapie afin de se pardonner son manque d’implication. Donc je l’encourage toujours et demande régulièrement où elle en est, lui donnant mon avis sur tel ou tel dessin qu’elle me montre et parfois, lui soufflant même des idées.
J’admire vraiment sa passion mais déteste ce que ça engendre : solitude, isolement, déconnectée de la réalité. Rachel est quelqu’un qui aime le merveilleux, l’incroyable et qui adorait jouer à la princesse des contes de fées quand elle était gamine. Elle avait déjà la tête dans les nuages quand elle était enfant, se refugiant dans ses livres et ses histoires de princes charmants dès que quelque chose n’allait pas et je me moquais souvent d’elle. Adolescente, ces idées d’enfants ne l’ont pas quitté. Elle s’était déjà fixé un idéal de vie complètement utopique qui lui a valu une quasi-solitude durant toutes ses études : pas d’ami, surtout pas de petit-ami car pas assez parfait… A la faculté, c’était encore pire. Et à ce moment là, elle avait déjà en tête d’écrire des livres et donc, s’isolait régulièrement des autres pour penser à ses petites histoires de lutins, de farfadets et de nounours dans le placard. C’est là qu’elle a rencontré son associée et unique amie de sa vie : Kate. Cette dernière est aussi déconnectée que ma sœur et crois encore plus à des gens et une vie qui n’existent pas. Mais elles se sont trouvées et ensemble, comptent bien se faire entendre dans le monde innocent qu’elles n’ont jamais quittées.
Paul revient de sa voiture et nous lance un regard de travers. Il faut vraiment que je lui parle à lui ! Je tourne la tête vers ma sœur et vois qu’elle a baissé les yeux.
Je me dis alors qu’elle est peut-être en train de remettre en question son idéal ou alors qu’elle lutte ou encore pire…qu’elle aime beaucoup Paul mais qu’elle le rejette parce qu’il ne correspond pas moralement à l’idée du prince charmant qu’elle s’est faite.
J’ai une soudaine envie de l’asticoter et lui dis :
Elle relève brusquement les yeux vers moi et j’y vois un éclat alors qu’elle me répond froidement :
Soudain, j’ai moins envie de rire et rétorque, agacé.
Je vois qu’elle est surprise et gênée à la fois que je sois au courant de cette histoire alors je continue :
Je me retourne et vois ma sœur, les larmes aux yeux. Je regrette aussitôt mon emportement et elle me dit, d’une voix brisée.
Malgré moi, je suis en train de lui foutre dans le nez des vieilles rancœurs que je croyais pourtant ne pas ressentir. Je vois qu’elle devient blanche et baisse les yeux. Son attitude et ses accusations me révoltent, et plus encore : ce côté dépressif qui la rend transparente ! A ce rythme, elle allait finir vieille fille. Alors, je lui claque pour la secouer :
Un peu déstabilisé par tout l’amour et l’admiration que je lis dans ses yeux, je ne trouve rien à répondre et la laisse en plan pour sortir prendre l’air. En passant, je croise le regard de Paul, indéchiffrable. Assis sur le rebord de la fenêtre, il a apparemment assisté à notre conversation et lorsque je suis dehors, je vois qu’il se lève pour rejoindre ma sœur. Mais deux secondes après, je la vois passer à côté de moi telle une furie et monter dans sa voiture en claquant la porte. Je reste un moment planté là, à la regarder faire sa manœuvre et quitter la propriété de Sam. Puis, je sens une présence à mes côtés et j’entends Paul me dire d’une voix lasse :
Paul regarde le sol en soupirant. J’attends patiemment une réponse pendant qu’il joue avec la terre à ses pieds. Puis, il relève la tête vers moi et répond :
Il soupire à nouveau et je vois à ses yeux qu’il plonge dans le passé en me répondant :
Je l’observe, l’imaginant à cette époque. Pour ce point, je ne sais pas trop ce que j’aurai fait à sa place ? Paul soupire pour la troisième fois et continue :
Mon regard l’invite à s’expliquer.
Il marque une pause puis ajoute, plus sérieux :
Je le regarde et demande en riant :
Mais je vois qu’il n’a pas envie de rire. Il réfléchit et je n’ose pas l’interrompre. Au bout d’une minute, il regarde le ciel, bien sombre déjà, et déclare :
Je le dévisage une seconde puis secoue la tête en disant :
Il semble surpris de ma réponse et je le vois serrer les mâchoires puis réfléchir à nouveau.
Je n’arrive encore pas à croire à ce qu’il vient de me dire. Je savais qu’il aimait bien Rachel, qu’il voulait sortir avec elle, je l’avais compris depuis quelque temps. Mais penser que ça dure depuis le lycée !
J’essaie d’imaginer à quoi pouvait ressembler leur époque au lycée…lorsqu’ils avaient mon âge. Je vois parfaitement ma sœur, habillée avec ses vêtements déjà trop sérieux, croisant Paul dans les couloirs, fringué comme maintenant, tee-shirt sans manche, jeans délavé craqué et tatouage dans le dos. Elle, toujours aussi seule, lui entouré de nanas, toutes aussi aguicheuses les unes que les autres. Elle a se dire que c’est vraiment un sale mec à filles, qui se bat de temps en temps dans la cour et qui déteste l’école. Lui a se dire que ma sœur est vraiment trop classe, qu’il lui arracherait bien ses vêtements trop guindés et qu’il voit toujours au premier rang…Elle a le trouvé très beau mais décidément très loin du prince charmant idéal. Lui a la trouver très belle mais trop froide. Et pendant toutes ces années, d’un côté, Paul qui accumule les déboires et finit par arrêter les études…et de l’autre, ma sœur, intelligente, futur professeur et si…seule.
Je repense à l’époque où Paul est arrivé dans ma vie, un moment où Sam était très présent et que je ne voyais que par lui. Je me souviens que Paul essayait de l’évincer, de me demander avant Sam pour passer des journées avec moi…à ce moment là, Paul m’attirait plus, justement pour son côté un peu frappé qui ne me ressemblait pas. Beaucoup de gens n’avaient pas aimé que je « traine » avec lui mais Sam était d’accord et si Sam me donnait son accord, alors rien d’autre n’avait d’importance. Je tourne la tête vers lui et le pique, faussement vexé :
Paul éclate de rire et répond :
Il ricane et secoue la tête, dépité. Je lui demande :
J’éclate de rire et lui colle une tape sur l’épaule. Alors il déclare :
Nous rions ensemble et je ne peux m’empêcher de penser que voilà, j’ai voulu savoir où en était mes amis et que finalement, c’est le bordel partout, tout le monde est confus et personne n’est heureux…mis à part peut-être Emily ce soir.
Nous voici donc en route pour cette fameuse fête, à laquelle je vais avec les pieds de plomb. En fait, le souci, c’est qu’il a fallu qu’on boive un verre avant de partir et moi et l’alcool, nous ne sommes pas super potes. A chaque fois, ça me fait le même effet : je me sens mélancolique et pessimiste alors que je suis d’une nature contraire. Et lorsque Paul se gare sur la place de Forks, je n’ai plus qu’une envie : rentrer chez moi, éteindre ce foutu portable et dormir jusqu’à pas d’heure. Mais Paul me traine et les autres sont tellement joyeux devant nous que je ne veux pas faire office de boulet alors en deux coups de jambes, je le rejoins alors qu’il marche déjà dans la ruelle qui mène à la place principale. Les trottoirs sont inaccessibles car toutes les voitures de Forks sont garées dessus et nous avançons donc en groupe, dans une ruelle très animée. De là, j’entends déjà la musique qui anime la place qui sert de piste de danse pour ce soir. Juste avant d’y arriver, Sam puis Paul sifflent en remarquant une belle Porsche jaune garée tout près de l’entrée, comme si la place était réservée. J’admire le bolide puis remarque une Volvo XC90 noire et mon instinct se met en éveil.
Je sais que je vais la voir avant même de la voir vraiment. Cette terrasse de restaurant est bondée de gens d'un autre monde, le genre de personnes qui rend Paul nerveux dès qu'on s'approche. Je cherche un peu et nos regards se croisent. Mon cœur fait un bond tellement elle est magnifique. Ses cheveux sont bouclés, elle porte une robe de soirée bleue et satinée attachée derrière le cou, comme les filles à la télé. Je ne la quitte pas des yeux tout en avançant. Je remarque qu'elle semble très tendue. Je jette un œil à côté d'elle et je le vois lui, raconter un truc sûrement inintéressant au couple face à eux. Bella rit et je comprends qu'elle le fait parce qu'ils rient tous mais elle ne me quitte toujours pas du regard et je sais qu'elle ne me fera aucun signe, rien...parce qu’il est là, qu’elle est avec lui et qu’elle ne veut pas que ses deux mondes se croisent. La colère me monte, car j'aurai aimé bêtement qu'elle m'appelle ou du moins, qu'elle n'ait pas honte de me dire bonsoir, même de loin car en jeans et baskets, c'est clair que je n'aurai même pas droit à la terrasse ! Je continue de suivre Paul, nos yeux semblent liés par un fil d’acier mais une fois à sa hauteur, je détache mon regard d'elle et fixe droit devant moi, l'ignorant complètement. Je sais sans me retourner qu'elle me suit des yeux et qu'elle va ensuite se retourner vers lui et se replonger dans son univers. Je sais aussi que je viens d’être très froid, voir provoquant mais voilà…je suis de mauvaise humeur, pessimiste et la souffrance amoureuse me tord la poitrine et les tripes avec une telle force que ça me donne un gout amer dans la bouche.
Nous atteignons la piste où les autres sont déjà en train de se dandiner ou de commander des bières. La musique est forte, l'ambiance est celle d'une soirée d'ados. Tout le monde se trémousse ou boit un verre. Paul observe la piste, à la recherche d'une proie pour la soirée. Je bois un peu de ma bière mais le cœur n'y est pas.
Soudain, je déglutis lorsque je le vois lui, puis derrière lui, tenue par la main, Bella, dans sa robe bleue qui la rend si femme. Je les regarde mieux tous les deux, ils sourient, parlent avec tout le monde, et je comprends alors que non, nous ne sommes et ne seront jamais du même monde. Je ne comprends même pas la femme en face de moi car comme ça, je ne la vois pas autrement : c'est une Cullen. Elle est parfaite pour lui ! Et bien dressée avec ça ! Elle le suit, sans le quitter d'une semelle et je ne la reconnais plus. Elle semble si hypocrite ! A nouveau, nos regards se croisent et son sourire s'efface aussitôt. Je le sais, je dois avoir le regard noir mais là, je n’ai pas envie de faire d’effort…l’alcool sans doute. Je sais que, encore une fois, elle ne fera rien, qu'elle va se contenter de me fixer, peut-être de me sourire mais elle ne me présentera pas car même s’il me connaît, elle pourrait avoir le courage de lui dire que nous sommes amis ! Mais voilà…Elle ne viendra pas vers moi et elle finira même par m'ignorer. Je pose alors ma bière et quitte la place. J'entends juste Paul qui me lance avant de partir :
Je ne réponds même pas et file de cette satanée soirée pour rentrer chez moi, à pieds !
31 – Révélations
Je contemple le plafond pendant qu’Edward s’endort à mes côtés. Encore une fois, il n’a fait aucun effort et heureusement pour moi, c’était rapide. Je me sens très brouillée, ma tête me tourne un peu et j’ai la nausée. Mais je sais déjà d’où me vient ce malaise…ce n’est pas les verres de vin que j’ai bu ce soir, non…c’est que depuis des heures, je ne cesse de revoir son regard si noir qui me fixe puis m’ignore, comme si nous étions de parfaits inconnus. Je me sens si mal…comme si je l’avais trahi…j’aurai tellement préférer passer cette soirée avec lui ! Au lieu de ça, je m’étais ennuyée à mourir, à entendre parler chiffres durant des heures et la copine de Victor qui ne parlait pas notre langue…tout avait été un fiasco aujourd’hui ! Alice n’avait rien à m’avouer, je commence à me demander pourquoi je l’ai même envisagé…quelle excuse je vais encore lui trouver ?…ma tête me tourne, je me sens si seule, les larmes me montent aux yeux alors que le doux visage de Jacob, noirci par la colère sans doute, envahi mon esprit et me martèle le cœur. Je tourne la tête vers la baie vitrée et soudain, mon regard se pose sur mon téléphone portable que je n’ai pas rangé dans mon sac. Je bascule et d’une main mal assurée, je le prends. J’ouvre le menu, à la recherche de cette option qui met une barrière entre nous et change les paramètres des appels. J’ai besoin de me faire pardonner et lui transmettre mon numéro est pour moi une façon simpliste mais symbolique de le faire. Une fois les changements enregistrés, je compose le numéro, le cœur battant. J’appréhende sa réponse car je sais qu’il m’en veut. Je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours, je ne suis pas venue à la soirée avec lui et j’ai fait comme si je ne le connaissais pas…j’aurai pu lui faire au moins un signe ? Les sonneries retentissent dans le vide et ma gorge se serre. Je l’imagine, surpris de voir mon numéro s’afficher et hésiter à décrocher…peut-être trop fâché contre moi ? Quand soudain, j’entends sa voix répondre sèchement :
J’essaie d’occulter la froideur que je sens même d’ici et murmure :
Je le sais, ma voix est très câline mais ce soir, j’ai une furieuse envie d’être franche avec lui.
Je l’imagine allongé dans son lit, un bras derrière la tête, en train de contempler son plafond lorsqu’il me demande :
Jacob reste silencieux et mon cœur s’accélère.
Je ferme les yeux et son image lorsqu’il m’a demandé pourquoi je ne m’intéressais pas à lui, puis sa frustration en me quittant, flashe mon esprit.
Je le sens déçu ou encore inquiet, alors j’ajoute pour le rassurer et surtout, pour aller jusqu’au bout de ma pensée :
Mon sang se glace et je m’écrie d’une voix étouffée :
Il hésite encore puis répond, embêté :
Je ferme à nouveau les yeux, laissant sa chaude voix envahir ma tête puis le contempler mentalement, car son visage est gravé dans mon esprit dans les moindres détails. Et cette nouvelle envie de briser les barrières me reprend lorsque je m’entends lui chuchoter :
Sans même lui dire bonne nuit, je ferme mon téléphone, laissant les larmes couler sur mes joues et mouiller mon oreiller. Je prends soudain conscience de ce que je viens de faire et mon cœur s’accélère de plus belle…trouant ma poitrine. Je ne vois aucune issue à mon problème, je me sens si prisonnière. Mais mon esprit est bizarrement beaucoup plus clair. Je pense que le regard noir de Jacob m’a fait l’effet d’un électrochoc car je connais maintenant la réponse à la question que je me posais ce matin, sur la terrasse et ma souffrance est encore plus grande.
32 – Je vais me battre !
J’ouvre les yeux et mon rêve s’évapore aussitôt, me laissant juste une sensation agréable car je sais que je rêvais de Bella. Je ne bouge pas, essayant de me souvenir mais rien. Pourtant, je me sens bien et soudain, ses paroles prononcées au téléphone cette nuit me reviennent en tête comme une belle musique. Une douce chaleur m’envahit et surtout, une joie immense ! Après ces mots, mes espoirs se transforment de plus en plus en certitude. Je ne lui suis pas indifférent et je pense même que je suis plus qu’un bon copain ou qu’un ami. « Je ne peux plus me passer de toi… », Je souris en me mettant sur le dos, les yeux perdus dans le plafond mais c’est surtout le « Tu as raison, c’est mal » qui me rend le plus euphorique. « C’est mal », ça veut dire que ses pensées ne sont pas du tout celles d’une fille qui ressent juste de l’amitié pour un garçon. Non, elle ressent sûrement autre chose et lutte contre ça…et si elle lutte, ça veut dire qu’il y a une grosse faille dans son amour pour Edward et que je vais bien finir par m’y faufiler ! Car ma décision est prise. Je vais jouer franc jeu avec elle. Fini de faire le mec insensible pour ne pas qu’elle se sauve ! Dès qu’elle sera à nouveau en face de moi, je lui montrerais mes sentiments. Et mon instinct me souffle, que je dois le faire. Depuis cette nuit, j’en ai la conviction ! Je me sens tout léger, un peu dingue, je sais que j’ai à nouveau la tête à l’envers et que je perds pied. Mais autant jusque là, le fait de me battre contre sa vie de paillettes et son amour pour Edward me paraissaient presque insurmontable, autant ce matin, tout me semble possible ! Ma colère est passée, elle est passée à l’instant même où j’ai entendu sa voix au téléphone. Maintenant, je n’ai qu’une envie, la revoir vite ! Et j’espère qu’elle ne va pas tarder à venir, même si elle m’a dit le contraire cette nuit.
Je prends mon téléphone qui se trouve sous mon oreiller et regarde le numéro avec lequel elle m’a appelé. Je souris car je sais que celui-ci, c’est le bon ! Je l’enregistre tout en me promettant de ne pas abuser, voir de ne pas appeler du tout, afin qu’elle comprenne qu’elle peut vraiment me faire confiance. Pourtant, maintenant, je me sens complètement connecté à elle, comme si plus rien ne pouvait nous séparer. C’est gamin comme réaction mais c’est ce que je ressens et c’est très fort. Sa voix résonne encore dans ma tête mais plus encore, certaines image d’elle où j’avais un doute sur ce qu’elle pensait et qui maintenant sont beaucoup plus claires : quand elle tremblait en me demandant mon numéro de téléphone, quand nous nous sommes rapprochés sur la plage et qu’elle s’est laissée faire, quand elle m’a dit ne pas supporter qu’Edward sache mon existence dans le garage et maintenant, ses belles paroles…prononcées dans un moment de faiblesse mais qui semblaient si sincères. Oui, je suis décidé, je vais maintenant abaisser chaque barrière une à une, en douceur, et je verrais comment elle réagit. En tous cas, il est hors de question que je laisse couler, plus maintenant !
D’un bond, je me lève alors et enfile mon jeans. Puis, j’ouvre la porte de ma chambre et entre dans la cuisine. Mon sourire s’évapore lorsque je vois Leah assise à table avec mon père, une tasse de café à la main. Elle me sourit faiblement et même si je pensais encore hier que j’étais calmé, que je pourrais lui parler, le fait de la voir me fout les nerfs et je lui lance un regard noir sans répondre. J’entends le fauteuil de mon père qui bouge et il dit :
J’avale une gorgée brulante de mon thé et reste dos à elle pendant quelques secondes. Puis, je me retourne et me calle bras croisé contre le meuble en la toisant sévèrement. Son visage se crispe et elle baisse la tête sur sa tasse. Je remarque des cernes sous ses yeux mais elle ne semble pas détruite comme je le craignais. Je me rappelle la promesse que j’ai faite à Sam et moi, contrairement à lui, je n’ai pas envie de la ménager alors je lui lance sur un ton léger mais sec :
Elle relève brusquement la tête sur moi, les larmes immédiatement aux yeux.
Ma pitié revient mais je garde mon air froid et distant en répondant :
Je soupire, car je sais que je suis déjà en train de me ramollir. Je finis ma tasse et la pose dans l’évier. En passant près d’elle, je vois une larme couler le long de sa joue.
Ah nom d’un chien ! Alors, j’hésite deux secondes mais finis par mettre ma main sur son épaule. Aussitôt, un spasme la secoue et je sens qu’elle craque. Je m’accroupis près d’elle et relève ses cheveux qui pendent pendant qu’elle me cache son visage dans ses mains.
Je me relève et la prend contre moi. Elle m’enlace la taille et pleure contre mon ventre toutes les larmes de son corps. Je me dis que c’est une bonne chose qu’elle réagisse tout de suite. J’avais peur qu’elle se contienne et qu’elle explose plus tard. Je ne peux pas m’empêcher de penser que mon tour arrivera peut-être aussi. Qu’un jour Bella viendra m’annoncer son mariage, que je n’aurais pas réussi à lui voler et que je serais moi aussi en train de pleurer dans les bras de quelqu’un. Cette image me donne encore plus l’envie de me battre pour elle ! Si Leah n’a jamais osé avec Sam à cause de leur grosse différence d’âge, moi je n’allais pas rester comme ça à cause de notre différence de classe sociale ou parce qu’elle était promise à un autre !
Leah ne se calme pas et je passe ma main dans ses cheveux, la berçant doucement. Alors elle se lève de sa chaise et vient se blottir contre moi. Je la serre tout en déposant un baiser sur son front en murmurant :
Elle relève son visage inondé vers moi et plante ses yeux rougis dans les miens, scrutant quelque chose dans mon âme que je ne saisis pas. Puis elle déclare :
Je la regarde, surpris par sa déclaration quand elle se soulève sur la pointe de pieds et pose ses lèvres sur les miennes. Je reste de marbre, soudain agacé qu’elle en profite encore alors que j’avais été clair. Je la revois alors le soir de son petit numéro avec Paul et la repousse plus brusquement que je ne le voulais. Ses yeux m’envoient un éclair pendant qu’elle me fixe en mettant ses cheveux derrière ses oreilles d’une main tremblante.
Je revois notre discussion le jour où elle voulait profiter de l’absence de mon père et son attitude, déjà révoltante ce jour-là, me fait sortir de mes gons :
Elle lève les yeux au ciel en s’écriant :
Je m’arrête là, conscient que je suis clairement en train de dépasser les bornes. Quand Leah me hurle:
Je me tends aussitôt…s’il y a bien une chose dont j’ai horreur, c’est qu’on me hurle dessus. Je revois alors par flash le doux visage de Bella qui me sourit avec tendresse, elle est si différente de Leah…puis celui de Paul en train de rire, insouciant… je revois ensuite Leah quand nous étions enfant et ensuite en couple. J’étais si fier d’elle, j’aimais vraiment la fille qu’elle était devenue, si sérieuse et impulsive à la fois, je la considérais comme ma sœur. Mais son image en train d’aguicher Paul était plus forte que les autres, puis toute sa colère à lui le jour où j’étais allé le voir et qu’il s’était senti manipulé et très mal…
Au sein de notre groupe, j’entends sans qu’ils ne parlent leurs critiques, je vois sans qu’elle ne soit là leurs regards sur elle et je sens alors toute cette honte, la honte de son comportement, l’incompréhension aussi, comme si c’était une autre fille ! Une fille facile. Mais surtout, une fille prête à tout pour atteindre un homme par n’importe quel moyen ! Alors toute ma rancœur remonte à la vitesse du lait qui déborde. Je la regarde, en train d’attendre que je lui réponde et j’ai une violente envie de la secouer. Je déglutis, ravalant ma colère et lui lance avant de quitter la pièce :
Son regard surpris et blessé reste dans ma tête un moment pendant que je claque la porte de la maison. En passant devant sa voiture, je ne peux m’empêcher de frapper violemment sur son capot, libérant ainsi le restant de colère qui m’habitait et je continue ma route vers la forêt, sachant qu’il n’y a que là je me calmerais.
Mes doigts dans la fourrure d’Anoki, je sens déjà que la colère est retombée aussi vite qu’elle est montée, et comme à chaque fois que je me mets dans cet état, je regrette mon attitude survoltée. Je constate aussi que je m’énerve de plus en plus souvent en ce moment et me demande si c’est ça l’amour ? Etre heureux, dans les nuages et dans un état de béatitude profond quand on est avec la femme de sa vie puis la souffrance, la frustration et parfois la colère quand elle n’est pas là ? Je comprends aussi que seule Bella me met dans cet état car je me souviens avoir ressenti le même genre de sentiments quand j’avais treize ans, lorsque j’avais compris qu’elle n’était pas pour moi. Seulement là, c’est plus fort, plus intense car il y a une tension qui n’existait pas à l’époque. Celle d’avoir constamment envie de l’avoir dans mes bras, de l’embrasser, de la caresser et plus encore ! Des choses auxquelles je ne pensais pas du tout gamin (j’avais juste envie d’être avec elle et de l’embrasser mais je ne savais même pas comment faire !) et qui maintenant bouillonnent dans ma tête comme un volcan en ébullition. Je vois les oreilles d’Anoki se tendre et Patamon tourne la tête dans la même direction. J’écoute et entends des voix au loin. Des promeneurs sans doute. J’enfuie plus mes doigts dans la fourrure du loup, lui caresse au-dessus de la tête, entre les oreilles, en lui chuchotant des mots pour l’apaiser. Sur ma gauche, les louveteaux jouent ensemble à se mordre et à se mettre en position de soumission ou de domination. J’en remarque un qui semble plus fort que les autres, un petit gris et je souris, imaginant son pouvoir d’Alpha plus tard sur une autre meute qui se formerait grâce à eux. Le visage de Leah s’impose soudain à moi et mon estomac se contracte.
Oui, elle m’avait déçue…mais en même temps, je sais au fond de moi que je comprends un peu son attitude…même si je la juge mauvaise. Comment allais-je réagir si un jour Bella quittait encore ma vie ? Est-ce que je deviendrais fou ? Méchant ? Capable du pire ? Leah voit le couple de Sam comme je vois celui de Bella et Edward…presque impossible à briser vu leurs engagements. Et si je me mets à sa place, je ressens une telle frustration et une telle douleur que je ne peux que comprendre son ressentiment. Seulement, dans mon cas, il y avait maintenant une lueur d’espoir que Leah n’avait pas du tout. Elle avait voulu atteindre Sam, elle essayait par tous les moyens…je la voyais encore plus jeune, quand elle s’habillait « en femme » avec des talons pour paraître plus vieille, quand elle se maquillait et avait l’air d’un clown, quand elle était toute folle lorsque Sam la prenait en voiture parfois pour l’emmener quelque part, à la demande de Sue…d’ailleurs, un souvenir me revient en tête et me fait sourire. Une fois, elle avait essayé de l’embrasser dans sa voiture et il avait éclaté de rire…il devait avoir dix huit ans à l’époque et elle voulait s’offrir comme cadeau d’anniversaire mais elle n’avait que douze ans et Sam n’avait pas pris au sérieux son adoration. Après, quand elle a commencé à se « former », et qu’il a compris que son amour était « pour la vie », il ne se moquait plus.
Je soupire, tout en me disant que j’allais m’excuser auprès de Leah. Que je n’avais pas à juger ce qu’elle avait fait, qui après tout, ne la concernait qu’elle. Paul s’en remettrait, il s’en était déjà remis je pense…
J’entends à nouveau des voix qui se rapprochent et jette un œil aux petits loups qui entrent précipitamment dans la grotte quasi invisible. Je me relève et Anoki se sauve avec Patamon, sûrement pour surveiller le territoire. Après un petit coup de tête vers Bella, je quitte les lieux. En sortant du bois, je tombe sur un groupe de jeunes d’environs treize ou quatorze ans qui rient et crient à la fois. J’en vois un avec une cigarette et lui rappelle en passant :
Je m’arrête, agacé par son attitude désinvolte et m’approche de lui, menaçant, les dents serrées, puis siffle sur un ton sec en remarquant une bière dans sa main:
Je recule tout en lui jetant un regard mauvais. Je ne supporte pas ces jeunes qui n’ont aucune conscience du mal qu’ils font à la nature qui les entourent, trop occupés à se pavaner, à faire les malins et à picoler comme des idiots dans les bois. Je sais que ce sont des ignorants comme eux qui ont blessé Anoki et ma colère se ravive toujours quand je tombe sur une bouteille ou un truc tranchant. Même le papier me fout en rogne ! Et s’il y a bien un truc que je déteste par-dessus tout et qui m’angoisse, ce sont les cigarettes ! Mais, aujourd’hui, je ne peux que les prévenir ou les menacer car je sais que je ne pourrais jamais en prendre un sur le fait. Je les laisse et rejoins ma voiture, encore plus en colère qu’à mon arrivée.
33 – Lui
Une légère brise vient fouetter mon visage lorsque je sors de ma Chevrolet et claque la portière avec douceur. J’aime ces matins d’été, où le ciel est sans nuage, le soleil encore pas trop haut et qu’on entend tous les oiseaux s’affairer à nourrir leurs petits. En entrant dans le garage de Jacob, je mets quelques secondes à m’habituer à l’obscurité mais je le vois tout de suite, la tête dans un moteur et très concentré. En se relevant, nos regards se croisent et je vois la stupeur sur son visage. Oui…, pensé-je, ça fait longtemps. Je ne suis pas venue ici depuis quinze jours et je pense que, depuis cette fameuse soirée où j’avais senti Jacob très en colère et que je lui avais plus ou moins avoué ce que je ressens pour lui par téléphone, nous avons eu le temps tout les deux de bien regarder la situation en face. Pour ma part, je sais à peu près où j’en suis mais maintenant, je ne vois pas de solution…ou du moins, je n’ai pas encore le courage de la prendre.
Jacob tient toujours une clef dans une main qui tapote la paume de son autre main et ne me quitte pas des yeux. Je m’avance lentement et ose lui sourire en disant :
Il se pince les lèvres, inspire un grand coup et murmure :
Une fois à sa hauteur, je contemple son visage qui m’a tant manqué mais dont la tristesse me brise le cœur. Je sais qu’il n’aime pas lorsque je disparais comme ça pendant des jours mais cette fois, c’était nécessaire. Je lui avais quand même envoyé deux textos pour lui dire que j’allais bien mais je n’avais reçu aucune réponse. Je le savais, c’était sa façon à lui de me faire comprendre qu’il ne supportait pas ce genre de communication, qu’il aurait préféré un appel ou une visite mais voilà…j’avais eu besoin de faire le point. Je m’approche plus près de lui, toujours silencieux, pendant qu’il se remet au travail sur son moteur.
Je hoche la tête pendant qu’il resserre un boulot en serrant les dents. J’admire les muscles de ses bras se contracter et se relâcher puis mon regard caresse son dos, sa taille…sans même réfléchir, je pose ma main sur son épaule et me penche un peu vers le moteur en déclarant :
Je laisse toujours ma main sur son épaule et imperceptiblement, je le caresse en bougeant mes doigts. Jacob continue à remettre des vis, sans broncher pourtant, je sais qu’il sent ma main car moi, elle me brûle. Je regarde sans regarder ce qu’il fait puis à mon grand regret, il se dégage pour aller chercher un autre outil. Je me recule donc du véhicule et m’assoit sur un tas de pneus pour continuer à le regarder. Au bout de quelques minutes, il claque le capot et prend un torchon pour s’essuyer les mains puis le lance un peu brutalement à mon goût avant de se rapprocher de moi sans me regarder. Ses yeux se portent vers la porte et je lui demande, pleine d’espoir :
Il hoche la tête et je descends de mon tas de pneus pour le suivre dehors. Une bouffée de chaleur douce nous enveloppe et je respire un grand coup, savourant cet instant. Sans même en parler, nous nous dirigeons vers la plage, par le petit sentier sablonneux qui relie la maison rouge à l’océan, et je remarque avec une certaine mélancolie, que Jacob a fourré ses mains dans les poches arrière de son jeans. Je marche donc les bras ballant quand un cri d’oiseau nous fait simultanément lever la tête et au moment où j’aperçois l’aigle dans le ciel, je me prends les pieds dans une racine et je trébuche dangereusement mais aussitôt, je sens une main chaude me rattraper par le bras. Le cœur battant, je le remercie du regard. Le sien est tendu et je sens ses doigts glisser le long de mon bras puis capturer ma main. Je lui souris, heureuse qu’il me tienne enfin et je vois ses yeux me sourirent en retour. Nous reprenons notre marche en silence, mon cœur me cognant la tête sourdement. Une fois sur la plage, nous continuons d’avancer jusqu’aux vagues. A cette heure-ci, la plage est encore quasi déserte et j’apprécie ce moment de solitude partagé avec Jacob. Pour rompre notre silence, je demande :
Je lève la tête vers lui, souriante. Il regarde au loin mais me sourit aussitôt, détendu. Nous avançons toujours main dans la main, croisant de temps en temps des joggers ou des femmes avec leur chien. Soudain, Jacob me lâche mais pose son bras autour de mes épaules, m’attirant doucement contre lui. Alors j’ose l’enlacer par la taille, mon cœur s’accélérant de plus belle en sentant la chaleur de son corps contre moi. Ma gorge se serre et j’inspire un grand coup en contemplant le sable à nos pieds. Au bout de quelques mètres, je l’entends me dire :
Je ferme les yeux en ralentissant le pas, me rappelant que je ne suis pas ici pour longtemps et déglutis avant de répondre :
Mon bras sent son corps se crisper et je me maudis pour la millième fois.
J’aurai du venir un autre jour, pensé-je. Un jour où j’aurai pu profiter de lui mais voilà…j’ai attendu et maintenant, je n’ai plus le choix.
Jacob me guide vers le haut de la plage et je remarque alors un arbre couché que je n’avais jamais vu avant. Une fois que nous y sommes, il me lâche et s’assoit dessus en me fixant, le visage grave. Je reste debout, face à lui, je sais qu’il attend des explications alors je déclare :
Je secoue la tête en regardant le sable. Jacob me fixe toujours. Alors j’annonce d’une petite voix :
Je le sens très tendu, voir même au bord de l'explosion. Il se retient de me dire ce qu'il pense quand il finit par lâcher, froidement :
Je hausse les épaules, me disant que de toute façon, Edward ne pourrait pas me forcer à remonter à cheval. Pourtant, tous en avait apparemment l’intention car Alice m’avait même dit qu’on irait faire pleins de ballades et qu’elle était contente de pouvoir profiter de Jasper qui nous accompagnait. J’ose lever les yeux vers lui et avec une force surprenante, il me soulève et je me retrouve assise sur lui. Je ne cherche même pas à résister. J’enroule mes bras autour de sa taille, enfouie mon visage dans ses cheveux, mes lèvres contre son cou et respire son parfum… J’aime tellement l’odeur de sa peau, un mélange de pin et de sel de l’océan. Je ferme les yeux, me disant que je suis peut-être en train de vivre un rêve ? Un rêve vraiment magnifique où un être aussi beau et exceptionnel que lui tomberait amoureux d’une fille aussi transparente et quelconque que moi. Pourtant, son attitude vis-à-vis de moi me prouve parfois qu’il s’intéresse réellement à moi, que je lui plais (alors que je suis clairement très fade à côté d’une fille comme Leah !) et qu’il avait du tomber un peu amoureux de moi petit pour avoir donné mon nom à la louve. Je ne me souvenais plus exactement de ses paroles ce jour-là, tellement le choc de sa révélation m’avait bouleversée mais son message était clair. J’avais eu une importance dans sa vie, et j’en avais encore. Alors, je regrette pour la centième fois de n’avoir pas fait plus attention à lui avant, de m’être autant isolée du monde et de ne l’avoir pas vu grandir…et surtout, de n’avoir pas été là quand il en avait le plus besoin ! Je me demande, tout en respirant à nouveau son parfum, depuis quand je regrette tout ça ? Et son image lorsqu’il est venu m’accueillir le jour de l’anniversaire de Leah puis celle de lui dans l’eau le jour de la pêche s’imposent à moi avec force…mais il y en a aussi une autre : celle lorsqu’il est venu me chercher à l’arrêt de bus, la toute première fois…je l’avais trouvé si beau. Est-ce que j’avais eu un coup de foudre ? Une révélation de mon idéal masculin ? Mais Jacob…ce n’est pas uniquement son physique qui me plait, c’est surtout sa personnalité si magique…ses convictions, ses rêves, sa façon de voir la vie, son savoir, sa maturité, sa bonne humeur, son audace et son impulsivité comme maintenant, lorsqu’il me prend contre lui, qu’il me tient, sans se douter une seule seconde de ce que ça provoque en moi… Soudain, il me coupe dans mes pensées en me murmurant d’une voix rauque :
Nous nous dévisageons avec intensité et je murmure :
Il soupire et porte ses yeux sur l’océan. Puis, à ma grande stupéfaction, il passe sa main sous mon chemisier et caresse la peau de mon dos. Ce contact me brûle. Je ne peux m’empêcher de penser que nous ne devrions pas faire ça, nous toucher autant. Pourtant, je me sens si bien, contre lui, je respire tellement bien. J’enfouie à nouveau ma tête dans son cou et je me sens dans l'incapacité totale de bouger, savourant sa chaleur et sa main sur ma peau. Je crois que je suis en train de donner la signification exacte du mot câlin…en tous cas, c’est le plus beau que je connaisse. Je sens ses doigts parcourir ma colonne vertébrale, puis mes hanches et j'ai une envie folle de passer moi aussi mes mains sous son tee-shirt. J'ai en fait, une envie folle d'aller beaucoup plus loin. Son parfum me grise et le toucher me fait tourner la tête. Je ressens dans mon estomac ce désir violent qui me tiraille à chaque fois que je pense à lui. Je me serre plus fort contre lui, expirant de bonheur. Nous restons un moment comme ça quand avec regret, je sens qu’il retire sa main et se contente de la poser sur mon chemisier. Je dépose un baiser sur son cou et me dégage donc avec difficulté mais réussis à descendre de lui pendant qu’il me tient toujours. Sans rien dire, nous reprenons le chemin de la maison, main dans la main.
Une fois que nous sommes à ma voiture, je me sens incapable de le lâcher et encore pire, de le quitter. Je me mets face à lui en me mordant les lèvres pendant qu’il m’observe, le regard indéchiffrable. Alors, je repense à ce que je lui ai dis par téléphone en rentrant de la fête et je comprends qu’il ne me voit plus comme avant, que mes paroles ont du le faire réfléchir et qu’il doit me soupçonner (à juste titre) de ne pas être très franche dans mon comportement. Mais il est encore trop tôt pour que je me laisse aller, je dois encore réfléchir sérieusement à ma relation avec Edward, voir lui parler avant de décider de quoique ce soit avec Jacob, même si à cet instant, j’ai une envie furieuse de me mettre contre lui et de l’embrasser. Ces quelques jours loin de tout et seule avec Edward vont me permettre de comprendre la véritable nature de mes sentiments vis–à-vis de Jacob. Est-ce une simple attirance de personnalité ? Une attirance physique ? Une attirance du danger, de l’interdit ? Ou est-ce plus que ça ? Au point de remettre ma relation et mon avenir en question ?
Nous sommes toujours face à face, main dans chaque main, en train de bêtement contempler le sol. Je lève les yeux vers lui et propose, histoire d’allonger un peu mon temps avec lui :
Ils sont toujours aussi beaux ! Et ils ont encore grandit. J’aimerai tellement pouvoir venir avec lui tous les matins les observer. Quand je le regarde, il est vraiment différent quand il est avec eux. Ou alors c’est moi qui le vois différent ? Parce que ce lieu est magique, parce qu’ils sont tous magnifiques et que Jacob est si beau quand il les caresse du regard. Les deux mâles veillent le terrier et nous laissent contempler leurs merveilles sans broncher. La louve est couchée parmi les bébés qui jouent autour d’elle et de temps en temps, nos regards se croisent. Je lui souris, sachant maintenant son prénom et ce qui nous lie. Avec un peu de fierté, je me dis qu’elle et moi avons la même importance aux yeux de Jacob. Il s’approche de moi en souriant et je lui rends, heureuse de partager encore ce moment avec lui. Il passe son bras autour de mes épaules et m’attire à nouveau contre lui. Cette fois, je l’enlace avec mes deux bras, à la manière de Leah, pensé-je avec ravissement. Je me souviens avoir ressenti de la jalousie ce jour-là, de vouloir être à sa place ! Je me sens si possessive avec lui et ceci depuis le début ! Je me souviens avoir eu envie de tout connaître sur lui, qu’il soit naturel, qu’il m’apprenne des tas de choses et sans oser me l’avouer, qu’il soit à moi corps et âme. Et là, j’y suis, je le sens…nous sommes si proches, si complices et parfois, j’ai même l’impression qu’il fait parti de moi, que je regarde avec ses yeux, que je souris avec son sourire, qu’il touche ce que je touche…même quand il n’est pas près de moi. Un des bébés fait un bond et nous éclatons de rire tous les deux. Je le sers alors plus fort et il me caresse le bras sans quitter des yeux les louveteaux.
Alors, il hoche la tête et je lance un regard aux loups en guise d’au revoir. Il ne me lâche pas et m’invite à faire demi-tour pour reprendre le chemin qui mène à la voiture. Enlacés, nous marchons lentement, respirant ensemble le doux parfum des pins quand soudain il s’arrête, pensif et je lui lance un regard inquiet, surprise par la marque qui barre son front. Il se dégage et se met face à moi, tout près. Il fixe le sol, hésitant puis plonge son regard trouble dans le mien. Ses lèvres tremblent un peu et je m’inquiète sérieusement, craignant qu’il m’annonce une mauvaise nouvelle. Il sourit et je lui demande :
Je déglutis, les jambes soudain un peu molles. Je me passe la main dans les cheveux et je le vois sourire avec tendresse face à mon geste. Avec douceur, il me remet une mèche de cheveux derrière l’oreille et je sens mon cœur qui s’accélère à fond. Nous nous dévisageons et je me retiens furieusement de ne pas me hisser pour goûter à ses lèvres qui m’attirent comme un aimant. Son regard caresse mon visage lentement jusqu’à ma bouche qu’il fixe intensément. Je comprends alors qu’il se retient et j’ai envie de lui dire de ne pas le faire. Mais une voix au fond de moi me crie que c’est mal ! Qu’il faut que je parte d’ici…pourtant, je reste plantée là, hypnotisée. Soudain un cri d’oiseau me fait sursauter et je vois que Jacob reprend pied car il se recule imperceptiblement. Je pense alors que c’est finit, qu’il a renoncé et je constate que je suis extrêmement déçue. Il se racle la gorge et ajoute, presqu’en chuchotant :
Et je me surprends à espérer qu’il m’en envoie un rapidement. Il hoche la tête et reprend sa marche. Je le suis et une fois que je suis à côté de lui, je lui attrape la main et il me lance un petit regard amusé mais heureux. Je le vois rougir et ma joie me donne la sensation d’être légère, que tout est possible, qu’il suffit de le vouloir ! Je me sens si bien près de lui…il me manque déjà.
34 – Nous sommes si différents
En longeant les ruelles du centre de Forks, je me demande encore pourquoi ma sœur est venue s’enterrer ici plutôt que de vivre à la Réserve. D’accord, elle a tout sur place et elle n’est pas loin de l’école si jamais elle est prise mais quand même…les rues sont grises, sales par endroit et celle de ma sœur est étouffante car les bâtiments sont construits face à face de manière assez étroite. A grandes enjambées, j’atteins rapidement sa porte. Ici, elle n’a même pas de place pour garer sa voiture et doit la mettre dans l’avenue principale, sans surveillance. C’est pourquoi elle roule avec une vieille Toyota, encore plus délabrée que la Chevrolet que j’ai donnée à Bella et qu’elle ne s’y attache pas trop. Je sonne, espérant qu’elle soit là car je ne l’ai pas prévenue de ma visite. Elle m’a demandé la semaine passée de venir voir ses derniers croquis de « petite étoile » et de « petit manchot », deux personnages de ses histoires pour enfants. Apparemment, cette fois, Kate compte leur faire faire le tour du monde et ils doivent porter différents costumes selon le pays où ils vont atterrir. Je sonne à nouveau quand elle passe sa tête par la fenêtre et me crie :
Je lui fais signe et entre dans le couloir principal. Je grimpe au premier, là où ma sœur vit car elle partage l’immeuble avec une vieille dame au rez-de-chaussée qui est souvent en voyage. Je frappe à la porte et elle m’ouvre aussitôt dans un grand sourire qui me fait penser aussitôt à notre mère.
Elle rit de bon cœur et répond :
Elle se dirige vers la cuisine pour finir ce qu’elle était en train de faire et je jette un regard circulaire à cet appartement où je ne viens pas souvent. Je constate que c’est un peu le désordre, surtout sur sa table à dessin et me dis en souriant intérieurement qu’elle doit râler que je n’ai pas prévenu, car d’habitude, tout est toujours ranger, nickel, presque aseptisé. J’avance dans son salon, remarquant au passage des restants de sandwichs, une bouteille d’eau, un livre ouvert…puis en m’approchant de sa table à dessin, éclairée par une lampe vive, je vois ses crayons un peu éparpillés, beaucoup de croquis et encore des livres. Elle me crie de la cuisine :
Je regarde un à un ses feuilles colorées ou en noir et blanc quand soudain, un dessin au fusain attire mon attention et avec un doigt, je fais glisser la feuille calée sous les croquis du «petit lampion». Avec stupéfaction, je découvre une esquisse...les contours sont parfaits, le regard identique, je retiens ma respiration devant la preuve d'une telle adoration sans limite. Je me sens soudain coupable, comme si je venais d’entrer dans le monde interdit de ma sœur. Mon cœur s’accélère quand j’entends sa respiration derrière moi car je sais qu’elle ne va pas apprécier de me prendre sur le fait. J’inspire un grand coup avant de lui dire à voix basse, redoutant son explosion :
Comme elle ne répond pas et contemple son croquis avec une expression que je ne lui ai jamais vue, je continue :
Surprise, elle relève la tête et j’ajoute :
En guise de réponse, je pousse avec ma main le dessin vers elle et je vois qu’elle se crispe, face à la réalité.
Je vois les larmes briller dans ses yeux. Elle pose mon coca et se passe une main tremblante sur le visage, sans quitter des yeux les dessins qu’elle doit se maudire d’avoir oublié de cacher. Je suis son regard et suis forcé d’admettre que ma sœur a une sacrée mémoire photographique en découvrant encore un autre dessin de lui, représenté tel qu’elle l’avait vu la dernière fois, assis sur la fenêtre de Sam. Je place mes mains sur ses épaules et l’oblige à me faire face. Avec beaucoup de mal, elle détache son regard de la planche et s’autorise à me regarder.
Elle secoue la tête, comme une enfant.
Les larmes coulent lorsqu’elle ferme les yeux, elle se mord les lèvres et je ne comprends pas cette souffrance. Alors je la force à me regarder à nouveau et lui demande :
Elle hésite et murmure :
Je soupire, essayant de comprendre clairement la situation. Moi aussi j’ai peur de souffrir mais je ne trouve rien qui m’empêche d’essayer et tant pis si ça fait mal ! Je gérerais la douleur à ce moment-là. Seulement, ma sœur a toujours eu peur de ressentir ses sentiments trop violents. Comme la maladie de notre mère puis sa mort…maintenant cette passion qu’elle rejette…je reprends mentalement ses objections et déclare :
Même pour moi, ça sonne faux mais j’espère quand même la convaincre. Néanmoins, je vois à ses yeux que ça ne sert à rien, que son rejet est trop fort, qu’il dure depuis trop longtemps. Elle se mord les lèvres et ajoute, le regard dans le vide :
Là, je sens que c’est la véritable raison, que le reste n’est que des excuses.
Je comprends qu’elle pense au boulot que Paul fait, le plus barge que je connaisse. Après avoir arrêté l’école à dix-huit ans, il est devenu élagueur dans une entreprise de Forks et il se fiche complètement du fait que le métier de bûcheron est considéré comme l’un des plus dangereux. Il ne risque pas que des entailles ou l’écrasement, il risque surtout la chute car même s’il est harnaché comme un alpiniste pour élaguer les pins, ils sont quand même très hauts et il doit compter aveuglement sur la force de son collègue qui le tient depuis en bas. Le danger est que personne n’est à l’abri d’une faiblesse, que si ce dernier lâche pour une raison quelconque, Paul tombe de plusieurs mètres et avec une tronçonneuse, une hache ou une scie à la main ! L’année dernière, j’avais assisté à un accident de ce genre : le porteur s’est fait piquer par une guêpe et a lâché la bribe, surpris. Du coup, son collègue avait dégringolé de plusieurs mètres en chute libre. Mais heureusement, il ne s’était cassé que le bras et l’autre avait eu les mains brulées pour avoir essayé de retenir la corde qui glissait trop vite.
Mais, il n’y a pas que les accidents, il risque aussi sa santé en étant exposé à la fumée des huiles de moteurs ou à celle des feux, à la poussière de bois ou au pollen, qu’il travaille souvent dans des conditions climatiques difficiles mais tout ce risque est bien payé et ça lui convient. Je sais qu’il est prudent mais ce que je ne savais pas, c’est que ma sœur flippait depuis toutes ces années.
Je la prends contre moi et murmure dans ses cheveux :
D’un doigt, je soulève son menton, la dévisage et vois à nouveau ce rejet masquer ses traits.
Elle relève la tête et je vois un éclair dans ses yeux. Puis, elle me dit d’une voix blanche :
Elle soupire et s’assoie. Je me mets près d’elle et je vois qu’elle pèse ses mots. Ses lèvres tremblent pendant qu’elle se passe la langue dessus, retenant à nouveau des larmes qui perlent à ses cils. Je lui prends la main et elle murmure, la voix étranglée :
Je lui caresse les mains, très fort, puis réponds avec douceur :
Je me relève, énervé.
Je l’observe et constate qu’elle semble vraiment y croire, que pour elle, cette vie est ce qui lui convient alors que moi je rêve de vivre tellement de choses palpitantes avec Bella. Mon regard se porte sans le vouloir sur ses personnages et je lui dis, plus calme :
Elle ne me répond pas mais je sens que je me rapproche un peu de ce qu’elle ressent.
Je l’observe puis demande, presqu’en la suppliant :
Elle sourit mais hausse les épaules et murmure tristement :
Rachel relève la tête, surprise et je lui explique :
Elle acquiesce, pas vraiment convaincue. Puis elle relève brusquement la tête et déclare :
Je vois un semblant de sourire se dessiner sur ses lèvres et ses joues devenir écarlates.
Elle se met debout et va se planter près de la fenêtre. Je ne comprends même pas qu’elle puisse trouver l’inspiration dans cette caverne ! Puis elle se retourne et je m’approche d’elle.
Je la scrute car je sens qu’elle me passe un message et que je dois le comprendre tel quel…elle rougit à nouveau en baissant la tête et je comprends alors. Je soupire et lui passe ma main dans ses cheveux puis l’attire contre moi. Elle m’enlace en m’embrassant le torse puis en posant sa tête contre mon cœur. Je la berce comme ça un moment puis lui dis :
Je la serre plus fortement contre moi quand nous sommes interrompus par la sonnette de sa porte. Elle se dégage et dit :
Son regard se pose sur la planche à dessin et je lève les yeux au ciel, comprenant que même Kate ne connaît pas l’obsession cachée de ma sœur. Je me félicite d’être venu à l’improviste pour la prendre sur le fait et qu’elle puisse enfin se libérer un peu. J’ouvre la porte et me retrouve face à l’amie de ma sœur qui me toise avec son nouveau regard appréciateur depuis quelques temps. Cette fille me fait trop rire car elle m’arrive à peine à la poitrine, encore plus petite que Bella ! A côté, Rachel a l’air d’une géante.
En passant sous mon bras que je tends en tenant la porte, elle me jette un petit regard à travers ses boucles blondes et me lance :
Je lève les yeux au ciel, rougissant un peu malgré moi et répond d’une voix nonchalante :
Rachel l’accueille en disant d’une voix bien assurée malgré ses yeux rougis :
A cet instant, mon portable vibre dans ma poche arrière et je le sors aussitôt pour ouvrir le message reçu. Aussitôt, mon cœur bat la chamade en voyant le nom de Bella. Je lis et souris aussitôt en découvrant le texto : « Tout va bien. Tu me manques. B » .Je réfléchis un moment, occultant complètement ma sœur et son amie à mes côtés puis tape sur mon clavier : « Reviens vite. Je t’adore. J ». Je relis mon message et trouve que c’est un peu trop pour un premier alors j’efface le « Je t’adore » et réponds à la place : « Reviens vite près de moi. J ». Cette fois, ça va alors j’appuie sur envoie et range le portable dans mon jeans, le palpitant à fond. Je remarque alors que Kate et ma sœur m’observent, intriguées et je demande, un peu sur la défensive :
Je jette un regard au miroir à côté de moi et me vois, les joues rouges et les yeux fiévreux. Je comprends alors que tout ça ajouté au fait que je devais avoir l’air clairement heureux en recevant ce message.
35 – Lourd secret
Seule dans cette grande salle à manger décorée de tête de bisons et de selles de chevaux, je relis pour la dixième fois son message, le cœur cognant encore sourdement ma poitrine et mes tempes. Il fait très frais dans cette pièce et j’apprécie d’y être surtout les après-midis où l’atmosphère est étouffante à l’extérieur, comme aujourd’hui. Les températures ici sont plus élevées qu’à Forks et j’ai du mal à m’adapter au climat. En fait, j’ai du mal à m’adapter tout court à ce ranch où je me sens seule, loin de tout et surtout, loin de Jacob ! Le seul point positif est que je ne vais pas voir Rosalie pendant quelques jours car cette dernière est restée à Forks.
Je me sens observée et découvre la copine de Victor, Elisa, qui me sourit depuis la porte qui mène aux cuisines. Je lui rends son sourire mais tourne aussitôt la tête, n’ayant aucune envie de faire l’effort de discuter avec elle. Elle ne parle que le Français, et ne baragouine que quelques mots comme « merci », « bonjour » et « au revoir »…je ne sais absolument pas quoi lui dire pourtant je sens qu’elle cherche le contact depuis que nous nous sommes rencontrées au restaurant de Forks. Je tombe souvent sur son regard posé sur moi, elle m’observe avec beaucoup d’intérêt et parfois je trouve ça gênant. Mais je me dis que c’est peut-être comme ça les Français ? Elle s’avance et je fais semblant d’être absorbée par une revue que j’avais pris pour cacher mon portable au cas où. Elle s’assoit en face de moi avec un sourire poli et je lui rends puis replonge la tête dans mon magasine. Alors elle demande :
Je la regarde, me demandant comment je vais bien pouvoir m’échapper. Elle me sourit toujours, le regard plein d’espoir. Je pose ma revue sur la table basse pendant qu’elle jette un regard circulaire à la pièce, cherchant sûrement dans son vocabulaire limité quelque chose qu’elle pourrait me dire qui m’intéresserait. Je me sens d’humeur malpolie, sûrement parce qu’elle m’a dérangé dans mes douces pensées et je me lève plutôt brusquement pour aller me planter près de la fenêtre afin de contempler le paysage qui reste magnifique. Malheureusement, elle se rapproche de moi et déclare avec cet accent bien à elle :
Je tourne la tête vers elle, en souriant brièvement. A la lumière, je remarque la beauté de ses yeux bleus. Un bleu foncé, très profond qui sont remarquablement mis en valeur par ses cheveux châtain et son teint pâle. Je constate que cette fille est quand même jolie, voir belle quand elle sourit et me demande ce qu’elle fait avec un type comme Victor qui est loin d’être un homme charmant.
Je la vois mettre ses mains devant elle, bouger ses doigts très fins (parfait pour jouer du piano, pensé-je) et me planter ses deux mains devant les yeux puis une main et trois doigts.
Je la regarde en souriant et elle voit que cette révélation me rend perplexe étant donné que Victor a vingt-cinq ans environs. Mais après tout, ils avaient l’air de bien s’entendre. Enfin, aussi bien qu’Edward et moi …c'est-à-dire que leur relation se limite à ce que Victor veut bien lui dire…
Elle ajoute alors :
Soudain, elle se retourne brusquement et je suis son mouvement pour voir Edward et Victor entrer dans le salon. Ils rient ensemble et discutent des chevaux qu’ils viennent de monter. Edward me regarde et me sourit avec douceur. Je le vois jeter imperceptiblement un regard surpris à Elisa. Il doit sûrement se demander comment nous pouvons communiquer. Victor s’approche d’elle et lui parle dans cette langue que je ne comprends pas. Je vais près d’Edward pour les laisser seuls et, tout en semblant très concentré, il me dit :
Je comprends alors que lui n’a jamais eu l’intention de me faire remonter en selle, contrairement à Alice qui me demande tous les matins si je vais venir avec elle. C’est vrai que l’année suivant ma chute fut très difficile pour moi mais aussi pour Edward, qui se sentait déjà responsable de cet accident et qui s’est occupé de moi sans relâche jusqu’à ce que je puisse marcher sans canne. Tout ça en pleine année de bac pour lui et donc de stress. Plusieurs fois, je l’avais senti fatigué de tout ça, des heures chez les médecins, dans les centres de rééducation, de ce que mon état lui imposait : me faire porter, ne plus sortir où nous voulions, ne plus faire tout ce que nous voulions…je comprends alors qu’il ne veut sûrement pas revivre tout ça.
Il pose son bras sur mes épaules et m’attire à l’extérieur en disant :
Je remarque le diminutif, que j’ai jamais entendu jusque là et demande, intriguée :
Ma remarque semble le surprendre et je le sens soudain un peu embrouiller. Ce sentiment se confirme lorsqu’il me répond, d’une voix un peu chevrotante au début :
Ma réponse reste en suspens, attendant une suite.
Je le sens soudain tendu, comme s’il me cachait quelque chose ou qu’il voulait m’avouer quelque chose…
Mon cœur s’accélère et je sens le sang quitter mes jambes. Dehors, la chaleur est encore étouffante mais le soleil décline déjà. Edward m’entraine vers les enclos à chevaux, silencieux. Je remarque ses joues qui se contractent, son regard sombre et je pense soudain à Jacob…me disant que j’aimerai tellement être près de lui à cet instant, lui avec qui je me sens si bien. Edward s’arrête et pose ses bras sur la barrière en bois. Je me mets près de lui et attends patiemment qu’il parle quand il se décide enfin à me dire :
Il hésite encore et mes craintes s’intensifient. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre lorsqu’il déclare :
Je ne sais pas trop ce que je ressens…je suis en train de me demander si je ne suis pas contente d’imaginer qu’il serait absent souvent ? Cette pensée m’interpelle sérieusement quand il déclare :
A ces mots, au « nous », mes jambes ne me portent plus et je dois me tenir à la barrière rapidement.
Malgré le tumulte qui m’envahit, je remarque son air triste, ennuyé, pleins de regrets…ses paroles atteignent mon cerveau alors un doute me survient et je demande :
Il se tourne vers moi et ose planter ses yeux miel sur moi. Ils semblent s’excuser à sa place et je connais déjà la réponse avant qu’il ne m’avoue :
Il soupire et ajoute après une courte réflexion :
Il m’observe attentivement, attendant que je réfute cette théorie mais j’en suis incapable. Non, non je ne le suivrais pas…jamais…jamais je ne pourrais quitter Forks…en tous cas, pas tant que Jacob y sera ! Cette constatation est si forte que je comprends alors l’exacte nature de mes sentiments pour lui et par conséquent, ceux pour Edward. Je baisse la tête et je sens qu’Edward perd un peu pied. Il ne s’attendait sûrement pas à ce que je ne réagisse pas et que je me taise. Nous restons un moment comme ça lorsqu’il me dit :
Je hoche la tête, toujours les yeux baissés sur le sol poussiéreux. Il pose sa main sur mon épaule et demande d’une petite voix :
Je lève subitement la tête vers lui et lui rappelle :
Je ne me sens pas prête à aborder ce sujet maintenant alors je lui dis :
Un peu déboussolée, je le laisse seul près de cette barrière. Je crois bien que c’est la première fois que nous avons une conversation aussi grave et sérieuse…je me rends compte en avançant vers le ranch qui nous n’avons ni l’un ni l’autre eu un geste tendre, un baiser ou des mots d’amour durant cet échange…pas de « je t’aime et je veux être près de toi, où que tu sois », pas de « je regrette mon amour, je changerais de vie si tu le souhaites », pas de « Tu vas me manquer quand je serais loin de toi »…tous ces mots que nous avions oublié…je remarque aussi qu’Edward ne m’appelle plus « mon amour » ou « ma chérie » mais toujours Bella…sans chaleur, sans tendresse…comme nos ébats. Une fois que je suis dans notre chambre, je reprends mon portable et tape rapidement un message à Jacob, le cœur battant. Je me relis et me demande si ces mots ne sont pas trop forts : « J’ai hâte d’être près de toi, dans tes bras. B ». Alors j’efface le « dans tes bras » et envoies le texto aussitôt.
36 – Mise au point
Edward pose son sac sur notre lit et je mets le mien à ses côtés. Nous venons d’effectuer le retour de l’aéroport en silence et il sait tout comme moi qu’il est temps que nous ayons une discussion maintenant que nous sommes seuls et que nous n’avons plus besoin de faire bonne figure devant sa famille. Je sais aussi qu’il espère que je lui confirme mon désir de le suivre mais j’ai bien réfléchi et il est hors de question que je quitte Forks ! Maintenant, le moment que nous nous apprêtons à vivre risque d’être difficile mais je me sens décidée à ne pas me laisser manipuler car de toute façon, je le regretterais. Nous levons les yeux en même temps l’un sur l’autre. Nerveusement, je lui souris mais je sais que mon visage est froid, tendu et qu’il n’est pas nécessaire que je parle pour qu’il sache dans quel état d’esprit je suis. Je remarque alors avec un pincement au cœur qu’il a l’air triste et je m’en veux de lui faire subir ça. Il doit se sentir perdu et abandonné. Je me sens soudain coupable…
Edward soupire mais dit :
La tête de Bonnie passe derrière la porte et elle nous annonce :
Il soupire tout en me regardant, un peu embarrassé mais répond :
Il me laisse là, pendant que je range et tris mes affaires. Une fois terminé, je m’assois sur le lit tout en repensant à ce séjour où je me suis ennuyée à mourir. Je revois aussi Edward depuis le jour où il m’a avoué son secret et constate qu’il est très nerveux, ennuyé et un peu déboussolé. Je pense vraiment qu’il ne s’attendait pas à ce que ses parents aient raison ou alors, il le savait mais doit se dire comme moi que tout vient de basculer d’un coup. Enfin, c’est le sentiment que j’ai. Peut-être parce que je viens aussi de me rendre compte que j’ai changé ? Je réfléchis et me promets que si Edward ne change pas d’avis, ça sera terminé. Mais que s’il renonce pour rester près de moi, alors …alors, je verrais à ce moment là car je ne suis plus très sûre de ressentir des sentiments assez forts pour lui, peut-être pas assez pour continuer d’envisager le mariage. Cependant, je suis avec lui depuis longtemps, je me suis engagée, je ne peux pas tout détruire comme ça et surtout, je veux savoir où LUI en est ? S’il a encore des sentiments et ce qu’il compte faire ? Sa tristesse de tout à l’heure me revient et j’ai honte de moi, j’ai l’impression d’agir sur un coup de tête…de tout foutre en l’air pour une amourette. Mais est-ce que Jacob est une amourette ? Vu de l’extérieur, on pourrait le croire, moi-même je doute à cet instant mais je ne l’ai pas revu depuis longtemps et encore une fois, je ne sais plus où j’en suis…Pourtant, je n’ai vraiment plus envie de me laisser marcher sur les pieds.
Au bout de quelques minutes, la porte s’ouvre à nouveau sur Edward et je le vois entrer avec un drôle d’air sur le visage…il semble surpris ou satisfait ? C’est très étrange mais je vois ses yeux briller d’une lueur inhabituelle et lorsqu’il les pose sur moi, un léger sourire se peint sur ses lèvres. Il semble soudain moins ennuyer, moins anéanti.
Comme il ne continue pas, je demande :
Je le sens vraiment dans un état second, il semble réfléchir et je me doute que l’appel qu’il vient de recevoir n’y est pas étranger. Alors j’attends qu’il revienne avec moi dans cette chambre et au bout d’une minute où il constate que je ne parle pas, il déclare :
Je déglutis, un peu déstabilisée par la froideur et la dureté du ton qu’il vient d’employer. Je me rends compte qu’il est en train de balayer quatre années de notre vie, comme ça, en une phrase ! Qu’il n’envisage absolument pas de changer quoique ce soit à ses projets, des projets dans lequel je n’ai aucune importance finalement. Stupidement, un flash me revient : celui de notre première rencontre. Lorsque j’ai complètement craqué sur lui, que je le trouvais beau et sexy, que toutes les filles étaient à ses pieds et que c’est moi qu’il regardait. A l’époque, je m’étais sentie si chanceuse et tellement heureuse ! Je reprends mes esprits et murmure :
Il semble blessé par sa propre décision et là, la colère me prend :
Il me prend la main et je vois ses lèvres trembler. Je ne comprends plus, j’aimerai tellement savoir ce qui se passe en lui ! Je le contemple et sa beauté me touche encore. Je regrette vraiment qu’il ait changé, qu’il soit devenu si adulte, si secret…ça fait si longtemps que je ne l’ai pas vu rire, détendu, amoureux. Je me rapproche de lui et le force à me regarder. Puis, sans même réfléchir à ce que je dis, comme si une autre Bella enfouit au fond de moi reprenait le dessus, une petite étincelle qui veut y croire encore et se battre, je m’entends lui dire :
Il lève les yeux sur moi, surpris et je continue :
Il me fixe, semble peser ses mots puis m’explique calmement :
Je suis en train de me dire que je suis vraiment une égoïste, que pour lui, ce projet semble vraiment important et lui tenir à cœur, qu’il doit être extrêmement déçu et blessé que sa future femme ne le soutienne pas. A côté de lui, je ne suis qu’une gamine et finalement, je me dis que je ne mérite pas toute l’attention qu’il me porte depuis toutes ces années, que c’est en pensant à un autre homme que je le remercie… même s’il me met souvent (même toujours) à l’écart de sa vie professionnelle, il a toujours été très présent, trop sûrement, mais qu’il m’a tellement offert, qu’il a beaucoup donné, que c’est grâce à lui et sa famille si aujourd’hui je marche à nouveau. Je me sens soudain à nouveau coupable et déclare :
Je ne suis pas sûre que lui redonner espoir soit une bonne chose car pour l’instant, je me sens prête à finalement revoir ma position mais qu’en sera-t-il lorsque j’aurai revu Jacob ? J’ai l’impression que ma faiblesse vis-à-vis de lui peut disparaître mais pourtant, là, quand je pense à lui, mon ventre se chamboule à nouveau. Mais, je dois reprendre mes esprits, réfléchir correctement à la situation !
Je remarque alors qu’Edward me dévisage et lorsque nos regards se croisent, il déclare :
Il hésite, réfléchit et continue :
Il sourit, amusé par ma remarque qu’il doit partager puis il déclare :
Je passe mes mains sur ses bras, ma tête toujours contre la sienne. Nous fermons les yeux ensemble en soupirant. J’ai l’impression que la pièce entière tourne autour de nous. Edward se dégage un peu et murmure :
Surprise, je relève la tête et plante mon regard dans le sien. Il me sourit, me caresse les mains et me dit :
Je le dévisage, cherchant la véritable raison de cette requête. Dit-il ça pour m’éloigner de la villa ou me rejeter progressivement de sa vie ? Ou, pense-t-il encore à mon bien-être alors que nous allons peut-être nous séparer ? Dans tous les cas, il me laisse plus de liberté et comprend enfin que j’ai besoin de m’évader de cette maison où j’étouffe. Le visage de Jacob m’apparaît et je me sens soudain joyeuse. Je vais pouvoir aller le voir sans trop me cacher, sans trop mentir à Edward. Alors, je lui réponds :
Bêtement reconnaissante, je dépose un baiser sur ses lèvres qui restent froides mais il me sourit, satisfait de me rendre heureuse, comme toujours.
37 – Sans même le vouloir…
Un coup de jambe et je me retrouve étalé sur le sable. Paul me lance un regard vainqueur et je me maudis de n’avoir pas vu le coup venir. Il me tend quand même la main et je lui choppe pour me relever d’un bond.
Je grogne et il sourit d’un air entendu. Je recommence à me placer. Aujourd’hui, c’est cours de karaté et Paul est moins conciliant que Sam dans ses entrainements. Nous recommençons quelques prises et je me prends un nouveau coup dans l’estomac. Cette fois, ça fait mal et je vois Paul se détendre d’un coup en disant :
Je me détends alors, comprenant en le voyant fixer l’horizon qu’il n’a plus l’intention de combattre aujourd’hui. Je l’observe quelques secondes, réfléchis puis me lance :
Il balance la serviette brusquement au sol et avance jusqu’à l’océan pour se rafraichir. Je baisse la tête, me demandant comment je pourrais changer leurs façons de se voir l’un et l’autre. Ma sœur me fatigue vraiment avec son attitude et Paul, encore pire ! Je soupire quand il revient près de moi avec le visage fermé.
Je commence les mouvements et le « cherche » mais je vois bien que cette fois, c’est lui qui n’est pas concentré. Malgré tout, je m’amuse un peu, fait une roue, puis une deuxième quand j’entends Paul me dire sèchement :
Je me redresse et demande, hébété :
Mais je suis son regard et vois Bella s’avancer vers nous depuis le petit chemin. Mon cœur s’emballe aussitôt en voyant son sourire et ses yeux qui ne me quittent pas. Paul passe près d’elle et elle lui lance un regard noir qui me fait rire. Ils ne se saluent même pas…
Je la laisse approcher, la détaillant avec insistance, le cœur battant. Une fois qu’elle est près de moi, je la soulève aussitôt et elle éclate de rire en se blottissant dans mes bras.
Je la repose au sol et remets une mèche de ses cheveux qui vole derrière son oreille. Elle me dévisage, souriante et le regard brillant.
Elle se mord les lèvres et je vois qu’elle est vraiment heureuse de me revoir. Puis elle demande :
Je ne relève pas car pour une fois, je suis d’accord avec elle. Je la sens toute joyeuse quand elle demande :
Je passe aussitôt mon bras autour de ses épaules et elle m’enlace par la taille, sans aucune gêne. Nous avançons lentement, en remontant jusqu’à la lisière du bois, le long de la plage. Je la conduis vers une petite butte qui domine l’océan et une fois au-dessus, nous nous arrêtons pour contempler les vagues déchainées. Le vent est particulièrement fort aujourd’hui et le sable vole par endroit. Bella se dégage et recule un peu en disant :
J’éclate de rire et elle insiste :
Elle fait semblant de se mettre en position d’attaque, j’éclate de rire, me disant qu’elle est vraiment très détendue aujourd’hui et surtout très heureuse. J’espère que c’est le fait de me revoir qui la rend comme ça.
Je soupire, sachant qu’elle va me les faire tous réciter car elle a envie de jouer et de me provoquer.
Comme elle attend toujours, en essayant de faire sa roue, je continue :
Elle se redresse et demande, intriguée :
Elle hoche la tête et s’élance à nouveau en réussissant sa roue cette fois, pensant à se réceptionner sur son « bon » genou.
J’éclate de rire car elle me regarde comme si je lui parlais chinois. Alors, je lui fais un signe pour qu’elle recommence sa roue et pendant qu’elle en fait quelques unes, je lui récite un à un tous les principes que Paul m’a appris et qu’il m’a fait réciter pendant des heures jusqu’à ce que ça rentre dans mon crâne. Je me rappelle à l’époque je les citais tout le temps, à table, sous la douche, à l’école, ce qui avait le don d’énerver pas mal de monde, surtout ma sœur. Je la vois se mettre sur ses mains et stopper son mouvement, ses jambes tanguent dangereusement. Elle essaie de se stabiliser et fait le poirier. Il y a du vent, ses cheveux s’enroulent autour de sa gorge et de son visage, elle ne voit rien et rit aux éclats en retombant lourdement sur le sable. Elle recommence et sans réfléchir, je lui tiens les jambes pour qu’elle reste droite tout en continuant mon énumération. Il y a beaucoup de vent mais je remarque surtout son tee-shirt qui vient de s’abaisser et relève aussitôt la tête, gêné. Elle se redresse et demande, voyant que je me suis arrêté :
Je continue mon récit et elle éclate de rire en répétant :
Elle me défie du regard et je lui dis :
Je suis inquiet et heureux à la fois car je me dis qu’elle a peut-être osé mettre les choses à plat avec lui, lui avouer qu’elle m’aime, qu’elle va le quitter ! Je me rends compte que je fabule complètement et me concentre à nouveau sur elle.
Elle me regarde et je sens soudain une profonde inquiétude dans ses yeux.
Jamais elle ne m’a parlé de lui en fait, pas autant. Jamais elle n’a admis que quelque chose n’allait pas entre eux et je suis vraiment content de ses confessions même si je sais que je ne saurais pas tout.
Nous nous dévisageons, je n’ose pas y croire mais elle me fixe si intensément que je sens qu’elle me transmet un message. Celui que j’attends, que tout n’est pas perdu.
J’aimerai en savoir plus mais visiblement, elle ne veut pas. Je me demande quand même ce qu’il a bien pu lui dire pour qu’elle parle d’annulation de mariage, de remise en question et qu’il décide de lui donner plus de liberté! Elle n’a pas l’air en colère…elle se fiche même maintenant de savoir ce qu’il s’est passé avec la BM. Elle me donne un coup de poing léger sur le ventre et déclare :
J’éclate de rire malgré moi et je lui en fais une pour son plus grand plaisir. Elle refait le poirier et tombe encore lourdement. Ça fait un bien fou de rire comme ça. Nous sommes tous les deux d’humeur joueuse et je sens Bella tellement détendue que j’aimerai que cet après-midi dure toute la vie.
Elle rit tout en essayant de se mettre à la verticale, elle me fait trop rire. Mais soudain, elle stoppe ses acrobaties et s’approche de moi. Elle me fixe avec intensité, les cheveux en batailles, les lèvres entrouvertes…je sais déjà que je vais faire une connerie mais je n’arrive plus à détacher mon regard de sa bouche qui m’attire comme un aimant. Sans m’en rendre compte, je me suis rapproché et je vois qu’elle se hisse sur la pointe des pieds, impatiente. Alors d’un bras, je la soutiens par la taille et je passe mon autre main sous ses cheveux pour emprisonner sa nuque et l’attirer contre mes lèvres. Elle se laisse complètement aller, je la sens toute molle et lorsque nos lèvres se frôlent, un frisson puis une bouffée de chaleur parcourent mon corps. J’ai le cœur qui s’accélère à fond, si fort que je sens que je perds pied. Mes jambes ne me soutiennent plus alors je l’attire vers le sable. Accroupis et face à face, notre baiser se fait plus intense, plus passionné…nos langues se caressent et ses lèvres sont si douces… Je la pousse doucement sur le sol et me couche près d’elle, sans m’arrêter de l’embrasser. L’un contre l’autre, je n'entends que le bruit des vagues, le sifflement du vent, le cri des oiseaux et la respiration saccadée de Bella quand elle fait une pause pour m’embrasser de plus belle. Je caresse tout son corps, elle en fait autant et même à travers nos vêtements, je sens nos corps brûler de désir. Jamais je n’ai ressenti ça pour quelqu’un, c’est si fort que j’ai la tête qui tourne. Je suis en train de vivre le plus beau moment de ma vie.
Je ne sais pas pendant combien de temps nous sommes restés ainsi mais quand je reprends mes esprits, il fait presque nuit et je la vois ouvrir les yeux, un peu perdue. Nous étions partis dans un monde si loin de tout que je sais qu’elle ressent la même chose que moi : l’impression de sortir d’un rêve. Tout semble irréel et hors du temps. Elle se redresse et regarde l’océan face à nous. Le vent s’est calmé et je m’assois près d’elle, en posant mon bras sur ses épaules. Je n’ose pas parler, craignant qu’elle regrette ce qu’il vient de se passer bien que, vu le nombre d’heures où nous sommes restés comme ça, si elle avait regretté, elle aurait tout arrêté depuis le début. Elle fixe l’océan, toujours en silence et je commence à m’inquiéter. Je lui caresse l’épaule puis les cheveux. Je la vois fermer les yeux lorsque je pose ma tête sur son autre épaule.
Comme je ne continue pas, elle tourne enfin la tête vers moi et me regarde, les yeux brillants comme si elle avait de la fièvre. Je remarque ses joues rouges et son air hébété. Alors je lui caresse le visage puis je passe mon pouce sur ses lèvres. Elle me laisse faire, ne me quitte pas des yeux et je suis surpris lorsqu’elle vient se blottir contre mon cou en soupirant. Je lui caresse les cheveux, je la serre fort contre moi quand je l’entends murmurer :
Elle se dégage, se passe la main dans les cheveux, soupire et fixe à nouveau l’océan. Un masque est en train de recouvrir son visage et j’ai peur.
Comme elle ne répond pas, je sens mon cœur s’accélérer d’anxiété et continue :
Elle hoche la tête en se mordant les lèvres. Je vois ses yeux briller et je me demande vraiment tout ce qui se passe dans sa tête en cet instant. Mais, elle ne me répond toujours pas et là, je sais que c’est fichu. Que la réalité vient de la rattraper, qu’elle regrette et que je ne suis pas prêt de la revoir. Alors, pour profiter de ce dernier instant, je l’attire contre moi et embrasse son front, ses cheveux…je tente de l’embrasser à nouveau mais je sens qu’elle résiste donc je dépose un baiser sur sa joue. Ma gorge se serre et je finis par me relever, dépité. Elle lève la tête et je lui tends la main pour la hisser. Nous marchons côte à côte et je n’ose plus la toucher. Une fois que nous sommes à sa voiture, je la laisse s’installer au volant, sans la quitter des yeux. Son visage est complètement fermé, je vois ses mains trembler et j’essaie de graver mentalement ses traits dans mon esprit. Ma poitrine me fait très mal, je me sens vraiment sur le point de craquer là, devant elle. Elle démarre et pousse un profond soupire avant de lever enfin les yeux sur moi. Une larme coule sur sa joue et elle murmure d’une voix rauque :
Je sais que nous devons reprendre l’école dans quelques jours, qu’elle va retourner à la fac et qu’elle ne sera disponible que les week-ends. Cette fois, je n’ai pas envie de la regarder partir. Je lui fais un signe de la tête et la laisse là. Elle fait sa manœuvre et je suis déjà dans mon garage quand elle quitte la propriété.
38 – Détresse
Je n’arrive pas à croire ce que j’ai fait ! Je n’arrive pas à croire que j’ai provoqué ce baiser, que je n’ai pas pu résister, que mon envie a été plus forte que ma raison ! Jusque là, j’ai toujours réussi à me contrôler…je ne devais pas déraper, je n’aurai jamais du y aller aujourd’hui ! J’étais dans un moment de doute, de déception et je devais encore réfléchir mais là…
Son parfum sur mes mains, mes lèvres qui me brûlent encore…depuis que je suis rentrée dans ma chambre, je ne parviens plus à bouger, revivant encore et encore ce moment de folie qui envahit complètement ma tête. Je revois ses lèvres s’approcher, elles sont telles que je me les imaginais : chaudes, douces, sucrées, délicieuses. Il est si tendre, si attentionné dans ses caresses et son corps est si chaud, si fort. Je n’arriverais jamais à rentrer à la villa, jamais…jamais je ne pourrais cacher ce qu’il vient de se passer à Edward…j’ai l’impression que son parfum envahit la pièce, que ses baisers sont marqués au fer rouge sur chaque partie de ma peau qu’il a touché, ses mains ont laissé des traces sur tout mon corps, même à travers mon jeans, je les sens encore. Soudain, ma porte s’ouvre et j’entends Charlie m’annoncer platement, brisant cette sensation de trouble intense et me ramenant aussitôt à la réalité:
Ma gorge me sert et je fixe ma couverture. J’entends Charlie s’approcher de moi puis il s’assoit sur mon lit. Je sens son regard et je lève brièvement les yeux vers lui. Il soupire et me dit :
Je n’hésite même pas, trop bouleversée et ayant un trop gros besoin de confier mon crime :
J'entends le gros soupir de mon père puis il déclare de sa voix désabusée :
Charlie angoisse vraiment depuis que je passe beaucoup de temps avec Jacob. J’avais du mal à saisir pourquoi mais maintenant, je comprends la situation dans laquelle je nous ai mise et je ne peux pas lui donner tort. J’essaie de me mettre à sa place. C’est le fils de son meilleur ami, il le connaît depuis qu’il est petit, il le connaît même sûrement mieux que moi, il a peur de le voir souffrir. Moi, je suis sa fille mais j’ai filé chez les Cullen pratiquement aussitôt après mon arrivée. J’imagine qu’il me voit comme quelqu’un de superficiel, embourgeoisée, qui s’amuse de choses « pas de son monde » pour le fanfaronner après autour d’une table remplie de caviar et champagne « Oui, oui, je connais personnellement les indiens Quileute ! ».
Je vois mon père réfléchir sérieusement, il me fixe puis déclare avec une petite moue qui ressemble à un sourire :
S’il savait ! Je ne fais que ça ! Mais je ne voulais pas qu’il se passe quoique ce soit avant que j’aie pris une décision, si j’en prenais une ! Je ne veux pas quitter Edward POUR Jacob ! Je veux quitter Edward si je suis sûre de ne plus avoir de sentiments et que rien ne va plus. Mais là …je me sens si mal.
Comme je ne réponds pas, il insiste :
J’ose le regarder, craignant d’être juger mais au lieu de ça, je vois son regard plein d’amour et légèrement amusé qu’il me lance. Alors je déclare :
Et il est encore si jeune…mais pourtant si mature. C’est peut-être ça aussi qui dérange Charlie, que Jacob soit encore mineur ? Que j’ai une mauvaise influence sur lui…que je lui fasse croire en des choses qui n’existe pas ? Ou plutôt, qui ne peuvent pas exister…Dix sept ans…il ne les fait pas et parfois, quand je le regarde, j’ai même du mal à y croire, je me dis même que c’est moi qui suis plus jeune tellement je suis petite et inculte à côté de lui…
Je soupire et réfléchis à ce que vient de dire Charlie. Jacob, amoureux ? Oui…il l’est, confirme-je en moi-même, le cœur s’accélérant aussitôt avec violence.
Et amoureux, il l’est depuis longtemps. Je pense à nouveau à cette plume qu’il m’a offerte petit et je pense qu’il est temps que j’admette que je l’ai jetée. Ça me tord les tripes quand j’y pense et j’attrape immédiatement les larmes aux yeux mais voilà, je n’étais qu’une sale égoïste méprisante à l’époque. Aucun respect de rien ! Obnubilée par Edward et voilà où j’en suis quatre ans plus tard ! Mes larmes coulent abondamment sur mes joues quand mon père, inquiet demande :
Mon père se lève brusquement et je le regarde quitter ma chambre. Je ferme les yeux, consciente que mes paroles débitées sans queue ni tête doivent lui rappeler des mauvais souvenirs. Je suis vraiment méprisable…je fais du mal partout autour de moi ! Je prends un coussin et enfouie ma tête dedans pour pleurer de plus belle. Tout s’écroule, je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus où j’en suis. Tout ce que je sais, c’est que j’ai vraiment aimé ce baiser et que j’ai une furieuse envie de recommencer ! Mais alors, que dois-je faire ? Quitter Edward sur le champ ? Je revois son visage hier pendant notre discussion, sa tristesse…et je me déteste encore plus. A mon grand étonnement, j’entends les pas de Charlie à nouveau dans ma chambre et son poids sur mon lit quand il se rassoit près de moi. Soudain, je sens quelque chose d’extrêmement doux me caresser le bras et je relève la tête, surprise, pour découvrir une grande plume blanche et noire sur ma peau, tenue par la main de mon père. Stupéfaite, je lève subitement les yeux sur lui et me trouve face à son sourire en coin.
Je baisse la tête, rouge de honte. Mon attitude égoïste et irrespectueuse se confirme et je vois aux yeux de Charlie que sur ce coup là, il pense la même chose, ce qui amplifie mon malaise. Mais malgré tout, il me la tend et j’ose la prendre mais d’une main tremblante, comme si je ne la méritais pas. Je la contemple alors, comme si c’était la première fois mais finalement, je me souviens bien d’elle. J’avais du la détailler à l’époque même si je ne m’en souvenais pas. Le visage de Jacob plus petit m’apparaît alors. Je revois ses yeux me détailler avec un léger sourire, je me souviens avoir joué de ça, que ça me plaisait de plaire à un garçon comme lui, même s’il était jeune et puis je l’avais oublié mais lui non et j’ai alors le sentiment de l’avoir abandonné, et de l’abandonner encore ! Mon père pousse un gros soupir et je le regarde.
Je sais qu’il n’a jamais aimé cette relation et je sais qu’il m’aidera à passer le cap. Mais avant qu’il ne me laisse, je lui demande :
Etonné par ma requête, mon père lève un sourcil puis, se retenant de me dire quoique ce soit, il descend pour remonter quelques secondes plus tard avec un bougeoir, des allumettes et une bougie. Je me lève du lit en le remerciant et il me demande :
Puis, je le vois quitter ma chambre en fermant doucement la porte derrière lui. Alors, je m’approche de ma fenêtre et pose la bougie que j’allume avec les allumettes que mon père m’a laissées. Je contemple la flamme pendant quelques secondes puis m’installe dans mon siège à bascule, recroquevillée et face à la bougie. Je me balance alors, satisfaite de ma décision pour aujourd’hui : rester seule et prendre le temps de reposer mon esprit.