On commence donc cette nouvelle partie avec un passage où Paul parle.
* * *
Mon bel oiseau est en cage
Quelle journée ! Elle a déjà bien débuté avec un réveil en retard et une griffe faite sur ma voiture par un vélo pendant la nuit. En arrivant sur le chantier, mon matériel n’était pas là, j’avais du attendre une plombe que Lee me l’apporte car il n’était pas venu avec la même camionnette que la veille ! Il avait plu pas mal aujourd’hui et je déteste ça, surtout quand je dois m’essuyer la visière vingt fois par heure car je ne vois pas ce que je fais. Ajouté à ça, ce bouchon dans lequel je suis coincé depuis une demi-heure et qui va me faire rater mon rituel annuel pour de bon ! Je jette un regard à l’arrière pour vérifier que j’ai bien pris le paquet. Vu l’heure, je me demande quand même si c’est prudent d’y aller ? Si cette satanée bagnole voulait bien se bouger, je pourrais peut-être réfléchir correctement !!! Je regarde à nouveau l’heure…là, ça sera cuit. La vieille aura fermé boutique. Tant pis ! Je passe une vitesse et fais grimper le 4 x 4 sur le trottoir. Je jette quand même un coup d’œil pour vérifier qu’il n’y a pas de vélo et longe la voie rapidement jusqu’au prochain carrefour. Le feu est au rouge, tant pis ! Au point où j’en suis. Je vois en vitesse la raison de ce bouchon et grogne furieusement. Tout ça pour une plaque d’égout mal fermée ! J’accélère fortement, en faisant ronfler le moteur jusqu’à l’avenue où je ralentis pour trouver une place où me garer. Je prends le paquet sur le siège arrière et descends de la voiture en claquant la portière. Je m’engouffre dans la ruelle complètement plongée dans le noir jusqu’à l’endroit où une lueur apparaît aux fenêtres. J’hésite puis toque aux volets, comme à chaque fois. Une grande lumière s’allume et je vois une ombre passée derrière les interstices. Je vais donc me placer devant la porte et attends. Elle met un peu de temps mais finit par ouvrir puis je l’entends déverrouiller la porte d’entrée principale et son visage ridée apparaît dans l’entrebâillement qu’elle se laisse.
Elle ne me répond pas mais me laisse le passage. Je demande :
Je grimpe les marches de l’escalier deux par deux sur la pointe des pieds. Une marche craque et je me tends aussitôt mais continue mon ascension rapidement. A deux marches du perron, je me penche et dépose le paquet habituel sur le tapis de sa porte. J’hésite une seconde mais ma dernière venue ici m’a laissé un souvenir cuisant. Je fais donc demi-tour et descends trois marches quand j’entends la poignée s’abaisser et la porte s’ouvrir derrière moi. Je stoppe mon mouvement et me retourne, le cœur cognant violemment ma poitrine. Je me sens vraiment mal et idiot, surtout quand je vois son regard noir me fixer depuis le perron, sans rien dire. Je me colle contre le mur et souris doucement en disant :
Comme elle me fixe toujours sans parler, je me sens quand même obligé de justifier ma présence, tout en me demandant comment elle a su que j’étais là et surtout, en sachant que je me grille complètement pour toutes les années passées et celles à venir.
Je ne dis plus rien quand je vois qu’elle le tient déjà dans ses mains. Alors j’inspire et lui dis :
Le fait qu’elle me parle me donne un peu de courage et je remonte lentement deux marches pour mieux voir son visage. Elle avance jusqu’à la barricade et crie :
Et je me retrouve dans l’obscurité, le couloir seulement éclairé par la lueur de son appartement. Rachel entre chez elle, me laissant seul dans les escaliers. J’ai du mal à respirer, je ne sais pas trop ce que je dois faire…avec elle, j’ai toujours l’impression de m’y prendre comme un manche. J’hésite encore puis me décide à bouger, me disant qu’elle n’a pas laissé cette porte ouverte pour rien. La lumière du petit couloir me fait mal. Avec cette journée épuisante et mes tempes qui me serrent comme jamais, je plisse les yeux quand soudain, la lumière éblouissante s’éteint pour laisser seulement les plus petites qui éclairent son salon et son espace cuisine. Je la vois près de sa planche à dessin en bois, en train d’ouvrir mon paquet. Je la vois alors telle que je l’imaginais, à ouvrir cette boite de crayons de couleur et à les ranger avec les autres qui sont déjà bien entamés. Je reste près du couloir, à l’entrée du salon et pendant qu’elle continue de ranger, je jette à regard circulaire à son petit domaine, là où je ne suis venu qu’une fois avec Jacob et c’était il y a très longtemps ! Soudain, elle se retourne vers moi et me demande d’une voix si faible que je ne suis pas sûr d’avoir compris (ou alors mon cœur me rend sourd) :
Elle semble déçue alors je me rattrape :
Elle passe devant moi et file dans sa cuisine. J’ose avancer dans la pièce et regarde ses photos accrochées au mur, une à une. Je souris lorsque je vois Jake sur certaines, quand il était petit, voir très petit et d’autres prises récemment. Je l’entends s’affairer dans la pièce à côté. Je me sens vraiment dans un état second, comme dans un rêve. D’ailleurs, je vais peut-être me réveiller car son attitude est plus qu’anormale ? Je regarde alors tous ses dessins et constate qu’elle est vraiment aussi douée que je le pensais. J’avais déjà vu quelques unes de ses œuvres mais ces petits bonhommes-là sont vraiment terribles. Je m’imagine alors tous les enfants qui les auront sur leur table de chevet quand elle aura publié son livre et me dis que j’aurai aimé en avoir des comme ça quand j’étais petit. J’entends ses pas derrière moi et me retourne. Elle ne me regarde pas en posant ma tasse sur sa table basse et s’assoit. Je ne sais pas trop si c’est une invitation…mais je m’approche quand même, le cœur cognant ma poitrine, prête à se rompre. J’avais pensé à elle toute la journée, enfin plus que d’habitude et là, je suis face à elle, irréelle, si belle et pourtant encore si inaccessible malgré le fait que nous sommes seuls pour la première fois de notre vie. Je la contemple, hypnotisé pendant qu’elle garde les yeux baissés sur le sol. Quand soudain, elle les relève et me dévisage, tendue. Je sens qu’elle réfléchit puis elle me dit :
Je ne parviens pas à répondre quoique ce soit. Je ne fais que la fixer, toujours hypnotisé par sa voix, ses lèvres, ses longs cils noirs, la douceur de son visage. Je me revois, chaque année, effectuer la même visite mais aux heures où je savais qu’elle ne serait pas là. La vieille d’en bas m’ouvrait tous les ans, me laissait poser le paquet et repartir sans rien dire. Cette fois, depuis ce matin en fait, je savais que ça serait différent mais je pensais que je ne pourrais pas les déposer à temps, vu l’heure. J’étais loin de m’imaginer que je serais assis là, devant elle…à l’écouter me parler quasi pour la première fois. Car nos rapports étaient toujours tendus d’habitude. Je me demande ce qui a pu changer ? Qu’elle ait accepté de faire entrer un vaurien chez elle…
Je mets cinq secondes à comprendre sa question et réponds :
J’attrape la tasse et elle m’observe, plongée à nouveau dans le silence. Cette fois, je n’ose plus la regarder car ses yeux brillent si étrangement que je me sens encore plus mal. J’ai à la fois envie de fuir et de rester…c’est très curieux comme sentiment mais avec elle, ça a toujours été comme ça. Elle m’attire et quand je suis près d’elle, c’est comme si j’avais peur. Pourtant, je me sens quand même bien mais en fait, je pense que j’ai peur de devenir prisonnier, complètement à ses pieds…c’est peut-être pour ça que parfois je me dis : « Profites-en, après tu ne pourras plus ».
Je finis ma tasse et me dis que je suis quand même un crétin car je ne vais plus pouvoir rester longtemps maintenant. De toute façon, elle va finir par écourter cette invitation donc autant que je la devance, histoire de ne pas avoir l’air encore d’un rejeté.
Je me souviens la honte, la colère puis la tristesse, cette douleur qui te taillade la poitrine comme mille couteaux, mais réponds calmement :
Encore une fois, je ne sais pas quoi répondre mais me demande sérieusement quelle mouche l’a piquée ! J’entends du bruit en bas et demande, perplexe :
Je comprends alors le léger contretemps que j’avais remarqué en attendant qu’elle m’ouvre mais je ne comprends toujours pas ce qu’il se passe ? Ça doit se lire sur mon visage car Rachel soupire et continue :
Soudain, j’ai l’impression d’étouffer…une furieuse envie de la prendre contre moi, de passer mes mains dans ses cheveux, sous son chemisier, sur ses jambes. Si je reste là, je vais faire une connerie alors brusquement, je me lève sous le regard surpris de Rachel.
Elle se relève et nous nous trouvons face à face. Je vois bien qu’elle ne comprend pas mais je ne veux pas me faire jeter à nouveau alors je préfère me sauver avant de ne plus pouvoir me retenir. Elle me donne une chance, autant la garder ! Je la contourne et atteins la porte en deux enjambées.
Je me retourne pour la voir s’approcher de moi, les yeux brillants. La main sur la poignée, je reste silencieux, attendant qu’elle continue mais au lieu de ça, je la vois s’approcher plus près jusqu’à ce que nos jambes se touchent. Ses yeux dans les miens, à peine à quelques centimètres l’un de l’autre, elle me fixe et s’approche encore. Je déglutis, comprenant ce qu’elle veut et l’invite du regard à continuer, sachant que pour elle, cette expérience est inédite. Elle hésite, ne sachant peut-être pas comment s’y prendre ? Alors je lâche la poignée et passe ma main sous sa longue épaisseur de cheveux pour agripper sa nuque. Ses lèvres tremblent et elle ferme les yeux alors je n’hésite plus et capture sa bouche avec force. Mais je me calme tout de suite, craignant de l’effaroucher et dépose des baisers plus doux sur ses lèvres qu’elle m’offre sans retenu. Je n’arrive pas à croire que je suis enfin en train d’y goûter, depuis le temps que j’attends ce moment ! Quelques flashs de notre jeunesse me reviennent mais s’effacent aussitôt pour ne laisser que l’image que je vois à cet instant : le visage de Rachel contre le mien, la douceur de sa peau, la tendresse de ses lèvres. Mon baiser se fait plus insistant et elle se laisse aller. Je sens un frisson parcourir son corps et je la presse plus contre moi avec mon autre main. Elle m’enlace et m’embrasse avec plus de fougue. Sans même m’en rendre compte, je suis en train de la pousser contre son mur mais elle ne me retient pas et une fois que nous y sommes, je suis tellement pressé contre elle que mon désir m’envahit avec violence. Aussitôt, je me recule, ne voulant pas la choquer dès ce soir. Elle me regarde, un peu hébétée, ne comprenant sûrement pas pourquoi je viens de stopper notre étreinte. Seulement voilà, je sais que je suis le premier homme dans sa vie, que je suis le premier à la toucher car je n’ai jamais vu Rachel avec un copain et donc que ce soir, je suis presque sûr qu’elle vient de vivre son premier baiser et je ne peux pas profiter de sa faiblesse pour l’emmener jusqu’au bout comme ça.
Le cœur au bord de l’explosion, je pose mon front contre le sien, sans cesser de caresser son cou, ses hanches…puis, une fois que je me sens plus calme, je pose à nouveau mes lèvres sur les siennes et elle se laisse à nouveau aller en soupirant.
Au bout de plusieurs minutes, je finis quand même par la laisser reprendre son souffle. Nos visages presque collés, nous nous fixons avec intensité. Je me glisse alors dans son cou pour l’embrasser avec douceur, respirer son parfum…elle gémit en me prenant contre elle, enfouissant aussi son visage dans mon cou. Elle m’embrasse par petits baisers répétés jusqu’à ma mâchoire puis elle redescend et continue son exploration dans le creux dans mon épaule. Je frissonne de partout quand je sens ses mains passer sous mon tee-shirt et me caresser le dos jusqu’entre mes épaules. Il faut vraiment que je me calme si je ne veux pas déraper maintenant ! Alors je me dégage avec lenteur mais bien déterminé à arrêter là. Cette fois, elle semble être de mon avis car elle baisse la tête, rouge de plaisir. Je lui prends la main et l’embrasse. Elle ose alors lever les yeux sur moi et me sourit.
Nous nous dévisageons, tous les deux avec un léger sourire. Je trouve quand même la force de réfléchir et lui demande :
Elle hausse les épaules et je soupire déjà intérieurement de devoir passer la soirée dans ce genre d’endroit mais elle semble y tenir alors je hoche la tête et elle sourit de plus belle. Je finis par détacher mes yeux des siens et lâcher sa main. J’ouvre sa porte et elle m’attrape par le cou avant que je ne passe le seuil.
Elle se retient de continuer, se mord les lèvres et finit par renoncer à ce qu’elle voulait me dire. Je lui donne un dernier baiser et me dégage en chuchotant :
Je constate qu’elle ne fait plus que ça depuis notre baiser, me sourire et je me sens très heureux. Je descends les marches à reculons, sans la quitter des yeux. Elle rit quand je me trouve caler dans le tournant. Un dernier regard et je me décide à dégringoler le reste des marches. En bas, la porte de la vieille madame Flower s’ouvre et elle me lance un regard coquin en déclarant à voix basse :
Dans un clin d’œil, je la salue, un peu septique sur sa dernière remarque. En marchant au milieu de la ruelle, je me demande si je suis vraiment « une chance » pour Rachel ? J’entends soudain mon prénom et me retourne. Je la vois alors sur son balcon qui me fait signe. Je retourne sur mes pas et une fois sous ses pieds, je lève la tête. Alors elle se penche et me lance un morceau de papier plié. Je l’attrape au vol et l’ouvre pour y découvrir son numéro de portable. Souriant, je lève à nouveau la tête vers elle et elle me lance :
Surpris par sa requête, je hoche quand même la tête et empoche le bout de papier. Nous nous fixons encore quelques instants et je me décide à la quitter en lui lançant un baiser avec ma main. Elle rougit et je sais qu’elle me regarde partir jusqu’à ce que je disparaisse dans l’avenue.
* * *
39 – Complicité
A la veille de la rentrée, je me décide quand même à retourner à la villa. Je me sens prête à affronter le regard d’Edward sans qu’aucune émotion ne transparaisse. Ce dernier m’accueille devant ses parents avec un large sourire, comme si tout était normal, pour le plus grand regret de Rosalie qui me fusille du regard, pensant sûrement que j’avais quitté Edward après ces trois jours d’absence. Mais une fois que nous sommes seuls dans la chambre, le visage d’Edward reprend ce masque de tristesse et de désolation. Mon cœur se serre et je m’assois près de lui, sur le lit, en lui passant ma main dans les cheveux qui descendent un peu sur sa nuque.
Je ne réponds pas mais continue de lui caresser les cheveux. Puis, je remarque qu’il semble réfléchir et je lui demande :
Il lève la tête, surpris puis je le sens hésiter et il déclare :
Cette révélation me fait un drôle d’effet et la question suivante me vient tout naturellement.
Je constate qu’il s’est enfin rendu compte qu’il y avait un malaise dans notre couple, ce qui me rend encore plus honteuse d’avoir eu ma faiblesse avec Jacob pendant que lui semblait se remettre en question. En le regardant, je sais que je suis encore incapable de le quitter, pas tant que je ne serais pas sûre que c’est ce qu’il fallait faire. J’essaie de mettre mes sentiments pour Jacob de côtés, surtout l’effet qu’il produit sur moi…
Car, comme souvent depuis que je l’ai laissé, mon esprit m’envoie des flashs de notre étreinte ou des images, des sons, des paroles, histoire de ne pas me faire oublier que j’ai trahi Edward. Depuis ce matin, je vois en boucle le moment où je l’ai vu sur la plage avec Paul puis lorsqu’il m’a prise dans ses bras en me murmurant à l’oreille :
Encore une fois, je ressens la même sensation : une nouvelle vague de chaleur, encore plus forte que les précédentes parce que j’y pense en présence d’Edward.
J’aime tellement lorsqu’il prononce mon prénom avec tant de douceur et cette fois, son intonation était si tendre, le « ma Bella » résonne encore joyeusement dans ma tête depuis qu’il m’a reposé sur le sable.
Je sursaute lorsqu’Edward me prend la main. Il remarque qu’il m’a sorti de ma rêverie mais ne me demande rien. Nous nous dévisageons quelques instants puis il soupire et je sais que comme moi, il est perdu mais pas pour les mêmes raisons. Je pose mon front sur son épaule et nous restons comme ça un moment avant qu’il me dise :
Je me mords les lèvres car au fond de moi, je redoutais cette proposition. Pourtant, je sais qu’il a raison car je pense la même chose. Tout essayer avant d’être sûr que nous séparer est la bonne solution. Je refuse de le quitter pour un autre, même si je sais que mes sentiments pour Jacob sont très forts, plus forts que ceux que je ressens pour Edward. Nous étions quand même sur le point de nous marier et Edward semble vouloir essayer. Alors je hoche la tête et je l’entends soupirer.
Le repas dominical est comme d’habitude, guindé et sophistiqué. Depuis quelques temps, je souris toujours intérieurement pendant ces moments, m’imaginant Paul parmi nous. Il aurait retourné la table, à coup sûr ! Je me retiens de rire quand soudain, Carlisle m’interrompt dans ma rêverie en déclarant :
Edward et moi relevons la tête, soudain très mal à l’aise mais personne ne remarque quoique ce soit. Seul Carlisle fixe son fils, satisfait et je vois Edward hocher la tête en souriant légèrement.
Edward et moi hochons la tête en même temps mais toujours silencieux. Je remarque qu’il a perdu beaucoup d’assurance et qu’il doit vraiment se sentir aussi perdu que moi.
Soudain, Esmée déclare pendant que nous reprenons notre repas :
Aussitôt, Edward et moi relevons la tête ensemble. Cette fois, si j’avais un doute, je ne peux pas ignorer son air ennuyé et stressé. Surtout que l’attitude intéressée d’Alice me confirme qu’elle n’y est pour rien dans cette histoire et qu’Edward me cache bien quelque chose ! Carlisle repose son verre de vin et lance un regard surpris à Esmée qui continue :
Carlisle pouffe de rire et répond :
Je déglutis, pensant aussitôt à Jacob, quand soudain je capte le regard noir de Rosalie sur moi. Me soupçonnerait-elle d’avoir eu cet accident ? Aussitôt, je tourne la tête vers Edward qui est blanc et se concentre sur le verre qu’il boit avec lenteur.
Un silence traverse la table et j’ai l’impression qu’un souffle d’angoisse s’abat sur moi et sur Edward, qui semble avoir du mal à avaler son verre. Moi, je me sens mal car j’ai peur que toute cette histoire remonte jusque Jacob. Soudain, je repense à la photo que je détiens sur mon portable et me dis que je dois absolument l’effacer dès que je remonte dans ma chambre. Rosalie me lance un nouveau regard, sourcil levé et j’ai l’impression qu’elle me dit : « toi, tu es grillée ! ». Esmée rit doucement et continue :
Un sourire qui ne correspond pas du tout avec le regard glacé de Carlisle posé sur son fils à cet instant. Ce dernier le sent d’ailleurs et tourne la tête vers son père, le visage soudain figé. Je me crispe, comme si tout à coup, Edward est en danger, comme si lui et moi étions du même côté. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce qu’il s’est passé avec cette voiture mais je ressens une envie profonde de le défendre et de le protéger contre son père et contre sa famille. C’est peut-être ça l’union conjugale ? Bizarrement, à cet instant, je me sens très proche de lui. Peu importe ce qu’il a fait, je refuse qu’on lui fasse du mal ! Je ne crois pas à la théorie de Jacob, que c’était quelqu’un d’autre qui conduisait. Si Edward a caché tout ça à sa famille en plus de moi, c’est qu’il avait ses raisons. Je pose alors ma main sur la sienne et aussitôt il emprisonne mes doigts pour les serrer très fort. Il sait que moi j’ai remarqué l’absence de la voiture de sa mère et apparemment, je suis la seule. Je prends l’étreinte d’Edward pour un remerciement et soudain, je nous sens plus unis que jamais.
Le repas terminé, malheureusement Carlisle demande à Edward de venir dans son bureau mais, même si j’aimerai savoir ce qu’ils vont se dire à cet instant, je monte aussitôt dans notre chambre pour effacer la photo de mon portable. Une fois que c’est fait, je respire un peu mieux puis me rends compte que je suis seule et que je n’ai pas donné de nouvelles à Jacob depuis longtemps. Je lui envoie un message pour lui demander si je peux l’appeler. Il me répond quelques secondes plus tard que oui. Je compose donc son numéro, les doigts tremblants et une fois que la sonnerie retentie, je ferme les yeux.
Je me mords les lèvres lorsqu’une bouffée de chaleur m’envahie. Il me manque tellement, j’essaie pourtant d’occulter son image quand je suis ici mais je me rends compte que c’est peine perdue. Je sais aussi qu’après cet appel, j’aurai une folle envie de le rejoindre sur le champ. Son soupire en dit long sur ce qu’il ressent. Je m’en veux tellement de l’avoir laissé mais si j’y retourne, je ne suis pas sûre d’être capable de me retenir.
Notre baiser me revient avec force. Pourquoi jouer la comédie et essayer d’avoir une conversation normale alors que lui comme moi sommes bouleversés ?
Je me sens soulagée d’aborder ce sujet. Je ne peux pas le laisser sans réponse, sans espoir. Je veux qu’il sache qu’il ne m’est pas indifférent alors je continue :
S’il savait vraiment ce que je veux ! J’hésite…par téléphone, c’est tellement plus facile. Je ferme les yeux et réponds, le cœur frappant ma tête avec une force incroyable :
Comme il ne répond pas et que je devine que mes paroles, cette fois dites dans un état normal, doivent le bouleverser autant que moi, j’ajoute :
Le mien se met à battre à toute vitesse devant une telle déclaration. Mes jambes ne me portent plus et je dois m’asseoir sur le lit. Je l’entends respirer, aussitôt je nous revois coucher l’un contre l’autre sur le sable. J’aimerai tellement pouvoir le toucher à nouveau, fermer les yeux et me retrouver contre lui.
Sa voix, presque suppliante me chamboule …si seulement je m’étais contrôlée !!! Je me déteste de le faire souffrir autant !
Je sais parfaitement comment ça va se passer mais tant pis. Le mal était fait maintenant…
Il raccroche et je me sens soudain si seule…je regarde cette chambre et j’aimerai tellement être dans une autre qui doit être plus petite, plus simple, plus chaleureuse. Une image de nous enlacés sur son lit frappe mon esprit et je rougis aussitôt. C’est la première fois que je nous imagine ainsi et je sais, qu’à la façon dont mon corps vient de réagir, que ça ne sera pas la dernière. Il ne faut surtout pas que je me laisse aller à ce genre de rêveries ! Mais c’est trop tard, une autre image de mes mains sur son corps afflue et je ferme les yeux, des milliers de papillons envahissant le mien.
40 – Surprise
Dans la cour de la villa, j’attends qu’Edward sorte la Volvo pour me conduire à la fac avant de rejoindre la sienne. Je grimpe près de lui, Alice est à l’arrière et me lance un large sourire. Pour elle, la rentrée est le moment le plus excitant de l’année ! Moi je soupire car j’aimerai être clairement ailleurs, j’avais passé un été bouleversant, j’avais fait une rencontre qui a fait de moi quelqu’un de différent et j’avais déjà du mal avec mes amis de fac mais là, je sais que ça va être pire !
Je descends de la voiture et le regard des autres posés sur moi parce que je viens avec les Cullen m’agace fortement. Avant, j’en étais très fier et cette constatation me confirme que j’ai changé et que cette année va être difficile. Edward démarre pour emmener Alice au lycée. J’avance lentement jusqu’à la grille quand je vois la voiture de mon amie Angela se garer. Je me rends compte que je n’ai donné aucune nouvelle durant les vacances, trop obnubilée par Jacob et je sais déjà avant même de voir son regard accusateur qu’elle va m’en faire la réflexion.
Sa remarque me fait l’effet d’une douche froide mais je ne riposte pas, n’étant pas vraiment prête à partager mes problèmes avec elle, surtout que je ne sais pas encore ce que je compte faire.
Sa remarque me fait penser que si je laisse Edward partir seul en France, notre couple n’aura à l’évidence aucun avenir. Il me reste donc que deux solutions : soit je le suis, sois je le quitte et reste ici.
Nous avançons quand soudain, je sens un bras sur mes épaules et une voix que je connais bien me déclarer :
Je ris devant leurs mimiques en train de se voir encore sur leurs planches. Je les imagine à la Push pendant que moi je me promenais main dans la main avec Jacob. Aussitôt, mon esprit se met à vagabonder à nouveau et le manque se fait ressentir, mordant.
Les cours débutent et je m’ennuie déjà. Pourtant j’aime vraiment ce que j’apprends mais j’ai un peu mis ça de côté depuis ma rencontre avec Jacob car la nature, avec lui, c’est plus que de la photosynthèse ou des greffes pour renforcer une plante ou la faire changer de couleur…Avec Jacob, la nature c’est les aigles, les loups, la forêt, la pêche et surtout le soleil. Mais c’est aussi le vent, le sel marin, l’océan qui frappe les rochers, se baigner avec lui dans ses bras, se coucher avec lui sur le sol…ah bon sang…je ferme les yeux et j’entends :
Je sursaute et vois Mike qui me regarde, intrigué et attendant visiblement une réponse. Tout le monde a sorti un livre sauf moi et je vois qu’ils s’affairent tous avec le microscope.
Mike me secoue un peu et chuchote :
Et je me plonge la tête dans le livret que la prof vient de nous distribuer pour me concentrer un peu sur le cours.
La journée avance très lentement, surtout pendant la pause-déjeuner. Lorsque la sonnerie de fin de journée retentie, je pousse un gros soupir de soulagement. C’est décidé, ce week-end, j’irai voir Jacob ! Je ne peux pas rester comme ça indéfiniment. Il faudra juste que je me retienne.
Nous avançons tous vers la grille, là où doit me récupérer Edward (s’il n’est pas déjà là) quand soudain, mon cœur fait un bond lorsque je le vois, un pied contre une rambarde à vélo, les bras croisés et le visage très sérieux. Je ralentis, le cœur battant pendant que les voix de mes amis discutant à mes côtés s’estompent pour laisser place au bruit assourdissant qui me martèle les tempes. Je remarque son sac sur l’épaule et comprend qu’il revient directement de son lycée. Je ne peux pas l’ignorer, surtout qu’il vient de tourner la tête vers notre groupe et que son regard se vrille au mien en quelques secondes. J’ai l’impression que je viens de recevoir une flèche en pleine poitrine mais je continue à avancer, les jambes flageolantes.
Je ne réponds pas, hypnotisée par sa présence. Une fois près de lui, il se redresse et me sourit faiblement en disant :
A côté de tous les étudiants qui passent près de nous, il ressemble clairement à un type venu d’un autre monde. Je trouve sa peau plus mate, ses cheveux plus noir et il est tellement plus beau que tous ceux qui nous entourent. Comme un personnage de conte de fée ou plutôt, d’un monde fantastique avec des flèches et des loups dans lequel j’aimerai le rejoindre et ne plus jamais en revenir.
Il semble gêner et déclare nerveusement :
C’est clair qu’il a raison, sa présence ici risque d’avoir des conséquences mais les indiens Quileute vivent à Forks et tout le monde sait que mon père est leur ami. Il n’est donc pas si étrange que ça que je sois amie avec l’un d’eux.
Je n’arrive pas à détacher mon regard de son visage…de sa bouche. Je dois avoir l’air d’une abrutie car je le vois rougir en se passant furtivement la langue sur ses lèvres et je me ressaisis aussitôt.
Son large sourire me réchauffe le cœur. J’ai l’impression qu’une lumière vient de nous éclairer aussitôt. Je reprends un peu mes esprits et jette un regard circulaire pour vérifier qu’Edward n’est pas encore là. Je pense soudain qu’il le connaît et qu’il ne faudrait pas qu’il s’attarde. Je le vois hésiter, froncer les sourcils puis m’annoncer :
Tremblant, il me prend le poignet et me glisse un bracelet autour puis me lâche, avec la sensation que le temps vient de s’arrêter. Fébrilement, je l’approche de mes yeux pour mieux le détailler. Il est fait d’une lanière en cuir et de petites perles de bois. A la fermeture, je remarque une petite griffe et de l’autre côté, un petit loup en bois.
Je suis époustouflée par la délicatesse du bijou mais surtout par le fait qu’il me l’offre. Je me sens soudain bêtement liée à lui.
Je lève des yeux sur lui que je sais brillants et réponds :
Mon visage s’empourpre et il me prend la main. Malgré le fait que je sais qu’il y a du monde autour de nous, je le laisse faire, incapable de résister et me fichant des ragots à cet instant.
J’hésite puis ajoute en souriant :
Aussitôt une nouvelle image de nous me frappe avec force, encore plus violente puisqu’il est face à moi. Mes jambes flageolent et je lui caresse le dos de la main avec mon pouce pour me rappeler que nous sommes ici, au milieu de tout le monde et qu’il faut que j’arrête de rêver. Il continue en souriant, rougissant de plus belle :
Il baisse les yeux, rouge de plaisir et me lâche la main pour mettre les siennes dans ses poches arrière. Gênée, j’engouffre mes mains dans les poches de ma veste en jeans et il me dit alors :
Je comprends dans cette précision que nous ne serons pas seuls et que je n’ai donc rien à craindre. Je hoche la tête en souriant et il répond :
Nous rions, amusés par le fait qu’avec la présence de mon père, il est clair qu’il n’est pas question de se laisser aller ! Nous nous dévisageons soudain avec intensité puis il déclare, rompant le premier ce lien qui nous unit avec une telle force :
Il hésite encore un peu puis, dans un regard entendu, me laisse. Je sens son baiser imaginaire sur ma joue qui me brûle immédiatement et dans un petit signe, je recule pour aller me placer à l’endroit où Edward me récupère d’habitude. Je le regarde encore s’éloigner puis me retourne pour marcher jusqu’au muret. En levant la tête, mon sang se glace quand je vois Rosalie, les bras croisés, qui me fixe depuis sa voiture sur laquelle elle est appuyée. Son léger sourire amusé me confirme qu’elle nous observe depuis un bout de temps et aussitôt, la peur me submerge. J’essaie de me ressaisir et reprends ma marche jusqu’à elle. A sa hauteur, je lance d’une voix assurée :
Sans répondre, je fais le tour de la voiture et m’installe côté passager, le cœur battant.
Rosalie prend sa place et me lance à coup d’œil à la dérobée mais je ne bronche pas, essayant d’avoir l’air le plus normal possible. Pourtant, je me sens très mal car je la connais, ses conclusions seront immédiates et sans appel ! Et hélas, sur ce coup-là, elle a raison…
41 – Ensemble
En descendant de ma Chevrolet, je constate avec un certain amusement que ça fait longtemps que je n’ai pas failli me casser quelque chose. Est-ce que Jacob aurait un effet encore plus puissant que je ne le pense déjà sur mon inconscient ? En tous cas, je me sens tellement plus belle et tellement plus appréciée quand je suis avec lui que mon assurance s’est considérablement développée. J’avance vers la maison quand Jacob sort au même moment. Il descend rapidement les quatre marches du perron et court à ma rencontre. Il écarte les bras et je m’y jette aussitôt, le serrant par la taille, blottis contre sa poitrine. Il m’embrasse le dessus des cheveux puis se dégage, ayant bien compris que pour l’instant, entre nous, il ne fallait pas plus. Il remarque que je porte toujours son bracelet (que je retire évidement dès que je suis à la villa) et me sourit avec chaleur. Je suis contente d’avoir eu le courage de revenir ici, même si je sais que je vais devoir me retenir pour ne pas succomber encore une fois. Nous nous apprêtons à rentrer quand Jacob m’arrête en disant :
Je suis son regard et vois Leah qui descend de sa voiture, toujours aussi belle et sexy même avec un jeans et un top à bretelles noir. Jacob me fait signe qu’il revient et s’approche d’elle, l’interceptant avant son arrivée à la maison. Je reste sur le perron, les observant depuis ma place. Seulement je perçois leur discussion grâce au vent qui me porte leurs voix :
Jacob baisse la tête et lui prend l’avant-bras en murmurant quelque chose. Mon cœur commence à battre et je sens la morsure de la jalousie à nouveau dans le fond de ma gorge. Leah le fixe, les yeux noirs de colère. Je me demande ce qu’il se passe quand je la vois soupirer puis baisser la tête, pendant que Jacob continue de lui parler à voix basse. Elle relève brusquement les yeux et je vois des larmes qu’elle retient pour ne pas que son maquillage coule. Soudain, elle me regarde et semble gênée. J’ai même l’impression qu’elle s’excuse mais je dois rêver. Je la vois ensuite se blottir contre Jacob qui la prend dans ses bras et je l’envie de pouvoir poser sa tête sur son épaule comme elle le fait…oui, ils forment vraiment un beau couple et je me souviens soudain de ce que j’avais espéré en les voyant la première fois : que Jacob m’appartienne !
Derrière eux, je vois le 4 x 4 de Paul se garer et je soupire. Puis deux autres voitures le suivent. Jacob lâche Leah qui se dépêche de rentrer avant que Paul n’arrive. Lorsqu’elle passe près de moi, elle marmonne :
Mais elle s’est déjà engouffrée dans la maison de Billy avant que je puisse ajouter quoique ce soit. Paul rejoint Jacob et derrière eux, je vois Sam et Emily sortirent de leur voiture puis près d’eux, Rachel qui semble encore une fois très tendue. Pourtant, c’est son anniversaire, mais cette fille est vraiment très bizarre. J’ai vraiment du mal à imaginer qu’elle est la sœur de Jacob ! Sam et Emily saluent Jacob et Paul en passant puis viennent sur moi, tout sourire. Je leur dis bonjour et ils rentrent aussi dans la maison. Paul discute toujours avec Jacob et lorsque Rachel arrive à leur hauteur, je vois Paul la saluer brièvement puis venir vers moi pendant qu’elle prend son frère par le cou en riant. Leur image me fait sourire mais je me mets aussitôt sur la défensive lorsque Paul passe près de moi. Pourtant, à mon grand étonnement, il me salue de la tête et entre dans la maison à son tour, sans remarque ni regard noir. Perplexe, je reste une seconde à me demander s’il m’a bien vu mais Embry interrompt ma réflexion en arrivant derrière moi en disant :
Je les suis tout en m’assurant que Jacob nous rejoint en enlaçant Rachel que je trouve finalement très belle aujourd’hui, surtout quand elle est en train de lui sourire comme elle fait.
Près de la porte, elle passe près de moi et je lui dis :
Je suis surprise par son ton affectueux alors que nous ne nous sommes jamais parlé. Jacob s’approche de moi et me dit :
Il est si beau quand il fait cette tête là que j'en oublie toujours qu'il se moque de moi.
Il dégage le passage de la porte et me laisse seule et pas très convaincue par sa dernière remarque mais peu importe ! Le principal est que Jacob apprécie ma présence…et qu’il m’adore.
Dans la salle à manger, tout le monde est un peu serré et encore plus lorsque mon père arrive avec Sue et Seth. Charlie vient près de moi et demande :
Mais je regrette aussitôt ma sècheresse et ajoute, plus calme :
Sans même y réfléchir, je me dis que ça serait quand même mieux si j’avais son avis sur tout ça.
Tout le monde se place autour de la table et je vais me choisir une chaise. Aussitôt, Jacob prend celle près de moi et nous nous asseyons vite, craignant que quelqu’un vienne se mettre entre nous. Les discussions vont bon train et j’apprécie vraiment cette ambiance chaleureuse qu’ils mettent tous quand ils sont réunis. Je lance un petit regard en biais à Jacob qui semble absorbé. Je remarque ses yeux plissés, dirigés vers sa sœur et demande :
Je ris doucement puis demande, perplexe :
Paul est quelqu’un de désagréable quand il veut mais de là à se sauver ! Même moi, je pense que je supporterais de manger à côté de lui. Je continue d’observer Jacob qui a l’air vraiment surpris, inquiet et…soupçonneux. Alors je regarde Paul puis Rachel et ne voit rien d’anormal dans leur comportement. Mise à part peut-être que Paul est bien silencieux depuis que je suis arrivée et qu’il ne m’a pas encore jeté de regard noir.
Emily me coupe dans mon observation en m’apportant un verre qu’elle pose près de moi. Jacob discute avec Jared et Kim. Quil se met près de moi et déclare :
J’éclate de rire à ce souvenir avec mon thé et répond :
Billy approche son fauteuil de la table et s’installe près de Rachel. Mon père se met près de lui avec Sue et me lance un clin d’œil, visiblement content que je participe de plus en plus à ses repas « familiaux ». Quil reste près de moi pendant que Leah s’assoit à sa droite.
J’en fais autant pendant que Jacob me fait un petit sourire en prenant le sien et en se levant. Alors tout le monde se met debout et Billy déclare, en regardant Rachel qui est rouge de timidité mais aussi de plaisir devant tant d’attention:
Tout le monde se rassoit et je vois que, à nouveau, Jacob fixe sa sœur qui est en grande discussion avec son père mais dont on ne comprend pas les mots tellement les garçons font du bruit en discutant ou en faisant tinter leurs assiettes et leurs couverts. Amusée, je suis son regard et quand elle se rassoit, je vois qu’elle jette un petit regard à Paul qui baisse les yeux. Puis il la sert et je le trouve très attentionné. Je souris et tourne la tête vers Jacob qui lui, affiche un large sourire en secouant doucement la tête. Etonnée, je lui demande :
Il reprend son sérieux, réfléchis puis me chuchote, en tendant sa tête vers moi :
Je ne suis pas sûre de bien comprendre mais l’invite du regard à m’en dire plus, le cœur s’accélérant fortement.
Je ris et demande :
Je ne m’imaginais pas Paul amoureux et encore moins d’une fille aussi sérieuse et effacée que Rachel. Je l’aurais plutôt vu avec une fille comme Leah mais en les observant mieux, je trouve que Paul a l’air très sage à côté d’elle et surtout, très détendu.
Je le dévisage pendant qu’il me sourit doucement et me fixe avec intensité. Mes lèvres me brûlent et mon cœur cogne si fort que j’ai l’impression que tout le monde peut l’entendre. Alors, ce que j’avais cru comprendre près des loups était juste. Jacob avait appelé la louve Bella parce qu’il m’aimait déjà petit. Je repense alors à sa plume et vois les choses avec un angle nouveau. Comme il avait du souffrir de me voir partir chez Edward pendant toutes ses années. Je m’en veux encore plus qu’avant en comprenant ça et regrette encore pour la millième fois de n’avoir pas été plus attentive et aussi enfermée dans ma bulle.
Quil me tape le bras et notre lien se brise. Jacob prend le plat que Jared lui tend et je me tourne vers Quil pour écouter ce qu’il a à me dire :
De ma place, sous la table, je viens d’apercevoir Leah poser sa main sur la jambe de Sam et ce dernier lui serrer les doigts avant de les retirer aussitôt. Je lève les yeux sur Leah qui affiche un petit sourire satisfait sans bouger sa main qu’elle fait maintenant glisser à l’intérieur de sa cuisse et enveloppe son genou. Je parviens à détacher mon regard, n’entendant plus du tout ce que me raconte Quil et cherche Emily que je trouve entre Rachel et Billy, c'est-à-dire, à l’autre bout de la table. Je déglutis en la voyant rire puis regarde à nouveau discrètement la main de Leah qui n’a toujours pas bouger ! Quil rit et je souris pour paraître intéressée mais je suis littéralement sous le choc. Emily revient vers nous et Leah retire sa main aussitôt pendant que Sam accueille sa future femme dans un large sourire. Aussitôt, Emily lui plaque un baiser sonore sur les lèvres et s’assoit près de lui. J’observe à nouveau Leah et découvre un léger sourire sur sa bouche qui me fait peur.
42 – L’enfer
Je me tourne vers Jacob, hésitant à lui raconter ce que je viens de voir quand brusquement, toutes les conversations se taisent et tous se regardent, les yeux exorbités. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se passe lorsque j’entends un coup de fusil qui retentit au loin. Aussitôt, Jacob se lève, suivit par Paul et Sam pendant qu’Embry reste avec sa fourchette en suspens, écoutant le silence. Je quitte ma chaise et les suis dehors où je sens aussitôt une odeur entêtante. Je me place près de Jacob en disant :
Jacob lève la tête vers le ciel et vois, comme moi, une épaisse fumée noire sortir des bois à quelques kilomètres de là. Je le vois blanchir et il crie en courant, me laissant sur le perron :
Et en quelques secondes, je vois Jacob sauter sur sa moto près du garage et démarrer en trombe. Je reste abasourdie par la vitesse à laquelle il a réagit et vois soudain Paul sortir du garage avec une autre moto. Je cours vers lui sans réfléchir et saute sur la selle quand il démarre l’engin.
Je l’entends pester mais je m’accroche de toutes mes forces à sa taille, sachant que le démarrage va être violent. J’ai juste le temps de voir Rachel et Leah nous regarder partir, apeurées pendant que Sam court à sa voiture.
J’ai eu plusieurs fois la sensation que j’allais m’envoler. Mon corps était attiré vers le vide mais je resserrais plus fort mon étreinte, bien décidée à rester là ! Lorsque nous arrivons là où je suis déjà venue avec Jacob, mon palpitant s’accélère car je comprends enfin pourquoi ils se sont tous affolés. Je me laisse dégringoler de la moto pendant que Paul en saute littéralement et s’engouffre en courant dans les bois. Je vois la moto de Jacob par terre, laisser comme celle de Paul, à l’abandon. Je me décide donc à les rejoindre et commence à courir entre les pins. Au bout d’une minute, je constate que je ne vois pas Jacob. Paul court devant moi et je le vois grimper la butte pour rejoindre le rocher. Mon genou me brûle, je crie, désemparée :
Mais il ne s'arrête pas et je dois reprendre mon souffle. Le feu fait crépiter les branches autour de nous, l'odeur me prend au nez et la visibilité se réduit de plus en plus. J’étouffe, je suis un peu désorientée. Soudain, je vois Paul revenir en dégringolant vers moi à toute vitesse, sûrement rattrapé par sa conscience de m’avoir laissé là. Je l’entends grogner :
A son approche, il tend son bras droit et me chope au dessous du mien. Je capte aussitôt son intention et saute pendant qu'il me fait presque voler sur son dos. Je m'accroche à son cou et enroule mes jambes autour de sa taille pendant qu'il reprend sa course folle. Il grimpe à une vitesse hallucinante la butte derrière le rocher. Je me sens presqu'essoufflée à sa place quand il me dépose comme un paquet sur la plate forme.
J'entends crier, un cri déchirant qui me transperce et Paul reprends sa course. Malgré le manque de visibilité, je le suis, oubliant la douleur.
Une fois que je suis sur le plat, je cherche partout et vois des formes dans la fumée plus loin, là où Jacob descend pour rejoindre la Flèche d'argent. En m'approchant, mon cœur bondit de joie car je le vois, à genoux et les mains posées à terre. Seulement, je vois son dos secoué par des spasmes et Paul qui l'entoure de ses bras par les épaules. Quelques mèches de ses cheveux couvrent son visage mais je comprends le cri poussé lorsque je remarque sous lui, entre ses bras, des pattes étendues puis le corps d'un loup inerte. A son pelage gris, je reconnais Anoki et j'étouffe un cri lorsque Jacob se dégage un peu et que je vois du sang qui recouvre ses avant-bras et le poitrail de l’animal. Je vois les larmes tombées de ses cils directement sur la fourrure du loup. Il se redresse, le visage mouillé et s'essuie avec son tee-shirt en tentant de reprendre sa respiration.
Ses traits sont marqués par la souffrance. Il éclate à nouveau en sanglot et tente de reprendre son souffle mais n'y parvient pas. J'ose m'approcher et j'entends alors Paul, qui le tient toujours par les épaules lui murmurer des mots d'apaisement en Quileute.
Je n'ai pas besoin de comprendre sa langue pour savoir ce qu'il lui dit et mes larmes coulent d'elle-même, mon cœur souffrant autant pour le loup que pour Jacob.
Je me mets à genou près d'eux et regarde le loup gris. Du regard, je cherche où sont les autres et constate leur absence.
Sa souffrance et sa peine me font si mal.
Il se dégage de Paul et s'écroule presque sur le loup, enfouissant son visage dans son encolure, caressant son corps avec ses mains pleines de sang. Mes larmes ne s'arrêtent pas et je jette un regard à Paul qui affiche une mine extrêmement tendue, crispée, retenant ses larmes.
Il ne quitte pas des yeux Jacob et je vois soudain un éclair traversé ses pupilles lorsque Jacob sanglote de plus belle. Alors, il se relève d'un bond, se passe la main sur le visage et nous tourne le dos. Il fait chaud, je sens ma gorge qui me gratte, le feu est dans le contrebas et commence à remonter.
D'un doigt tremblant, j'ose toucher la patte du loup et je joue avec ses coussinets râpeux qui ne se poseront plus jamais sur le sol. Jacob se dégage de Anoki et je cherche son regard mais à cet instant, plus rien n’existe à ses yeux. J’aimerai tellement le consoler, le prendre dans mes bras, soulager sa peine. La douleur marque tellement ses traits que mon cœur se serre. Paul s’est mis à l’écart, le regard dans le vide mais soudain, je le vois réagir et regarder autour de nous. Il s’approche rapidement et déclare :
Jacob semble réfléchir à ce scénario et je comprends qu’il doit lui paraître plausible car il hoche la tête, le regard posé sur Anoki chargé d’une tristesse infinie.
Mon nom doit le secouer car il tourne brusquement la tête vers moi et ses yeux s'agrandissent lorsqu'il aperçoit les flammes au loin et toute la fumée qui nous entoure.
Il se redresse, les genoux pliés et passe ses bras sous le corps de Anoki. Paul le contourne et s'accroupit face à lui en murmurant :
Jacob hoche la tête en se mordant les lèvres. Des larmes coulent immédiatement sur ses joues et cette fois, j'ose m'approcher de lui. Je pose ma main sur son bras pendant qu'il regarde Paul soulever l'animal et le caler contre lui.
Sam arrive à ce moment là et je vois sa tête se décomposer lorsqu'il voit le loup dans les bras de Paul. Il regarde Anoki, les sourcils froncés quand ce dernier passe près de lui puis il tourne immédiatement la tête vers Jacob, inquiet.
Il nous observe puis il ose nous rejoindre. Je tiens fermement le bras de Jake pendant que les mains sur les hanches, il se retient de ne pas craquer à nouveau. Je tousse et il tourne la tête vers moi quand Sam nous lance :
Un crac me fait sursauter et je vois un pin s'abattre lourdement sur le sol qui tremble sous l'impact. Sam me prend par le bras et je crie aussitôt :
Jacob me prend contre lui et Sam me lâche. Par son regard, Sam comprend que Jacob va bouger et il hoche la tête pour rejoindre Paul.
Je l'enlace en relevant la tête vers lui et il abaisse enfin ses yeux sur moi. Il me dévisage et me sourit faiblement en murmurant :
Je le suis jusqu'à la caverne et entre avec lui à l'intérieur. Je vois aussitôt des petites brindilles mordillées et des poils qui devaient appartenir aux louveteaux. Jake s'enfonce jusqu'au fond et je le rejoins. Alors j'aperçois la fameuse flèche d'argent, noircie avec les années, mais bien plantée dans la roche. Après un bref tour, il me prend la main et me guide vers l’extérieur où la fumée est encore plus dense. Malgré la situation dramatique, j’apprécie énormément ce contact, la chaleur de ses doigts, de sa paume contre la mienne. A nouveau, je sens sa force et je me colle contre lui en marchant. Il accélère le pas et je le suis, en boitillant légèrement mais bien déterminée à sortir de cette fournaise. Jacob tourne la tête vers moi et remarque ma grimace. Il s’arrête et me prend dans ses bras où je me blottis aussitôt puis cours en dégringolant la butte qui nous mène jusqu’aux motos. Une fois sortis de la forêt, je respire un peu mieux mais ma peine me compresse la poitrine, surtout lorsque je vois Jacob s’approcher en tremblant du loup mort posé dans le coffre de Sam. Au loin, j’entends les sirènes et la voiture de Charlie se gare près de nous. Aussitôt mon père m’ordonne :
Jacob n’a toujours pas bougé du coffre et mes larmes coulent à nouveau devant sa tristesse. Je le rejoins et m’installe près de lui lorsque Sam démarre sa camionnette pour nous ramener à la Push.
43 – Dernier hommage
Jacob n’a pas voulu que Sam sorte Anoki de sa voiture. Cette fois, il a voulu le porter lui-même et l’a emmené jusqu’au pied d’un pin. Embry, Jared et Quil sortent de la maison et leurs yeux s’agrandissent de stupeur lorsqu’ils voient le loup. Sam observe Jacob avec attention, très soucieux et, bien que je le connaisse et que je ne le vois pas devenir violent ou dépressif suite à la mort de son loup, je commence à m’inquiéter aussi face au silence pesant qu’il m’impose depuis notre retour. Je sens en lui une sourde colère qui n’est pas prête de s’éteindre, une hargne qui avait déjà commencé il y a longtemps lorsqu’il a soigné Patamon et qui vient de s’amplifier d’un coup, tel un brasier. L’âme de Jacob brûle comme la forêt de la Push et mon cœur se serre lorsque je vois son visage crispé à travers ses mèches qui retombent négligemment pendant qu’il reste pencher sur le corps de l’animal, accroupis par terre. Je vois ses lèvres bouger et je ne sais pas s’il prie ou s’il lui parle une dernière fois…je me demande ce que nous allons faire quand Paul gare sa moto près de moi et que ce dernier descend en fixant Jacob, le visage affichant la même inquiétude que Sam. Ils restent tous les deux plantés, les mains sur les hanches et je comprends qu’ils attendent que Jacob se relève ou qu’il finisse ce qu’il est en train de faire. Leur attitude me confirme donc qu’il lui rend un dernier hommage et une boule se forme dans ma gorge, dure et si douloureuse que ça m’empêche de déglutir correctement. Puis, avec une sorte de soulagement, je le vois se redresser puis lever un genou et se mettre debout. Sam et Paul s’agitent à côté de moi. Du coin de l’œil, je vois les filles sortirent et derrière elles, le fauteuil de Billy. Jacob avance droit sur les gars sans quitter le sol des yeux. Mon pouls s’accélère car le masque qui recouvre son visage me fait peur.
Je suis pétrifiée, je ne l’ai jamais vu comme ça. Je reste dans la cour, un peu perdue quand une main se pose sur mon épaule.
Mais la vérité est qu’Emily a raison et que je ne sais pas quoi faire. Pourtant, une petite voix au fond de moi me dit qu’il a besoin de moi plus que jamais, que je dois le soutenir, le consoler. Alors, comme propulsée, je rejoins rapidement le garage et lorsque je le vois par terre, sa tête entre ses mains, le dos secoué de spasmes, je m’approche plus près et l’enlace par les épaules, autant que mes bras peuvent me le permettre. Ses soubresauts se font alors plus violent et je m’assois contre lui puis l’attire sur mon épaule. Il m’enlace et nous restons comme ça, à nous bercer jusqu’à ce qu’il se calme. Son regard remplit de larmes semble si lointain…
Au bout de longues minutes, il se redresse, les yeux hagards et la bouche formant un pli amer. Je suis si impuissante face à sa douleur que la colère commence à me submerger. J’aimerai tellement revenir en arrière, arrêter tout ça, arrêter celui qui a eu l’imprudence ou la bêtise de déclencher ce feu ! J’imagine la détresse de la meute et Patamon conduire les louveteaux à l’abri pendant qu’Anoki, plus indiscipliné fonce vers les criminels pour les attaquer ou peut-être pour protéger les autres pendant qu’ils se sauvent ? D’après ce que j’avais vu, il s’était pris deux balles, correspondant aux deux coups de feu que nous avions entendus. Une dans la poitrine sûrement pendant qu’il s’approchait et une dans l’arrière train alors qu’il devait chanceler, grièvement blessé. Je me demande où sont les bébés ? Où sont Bella et Patamon ? En observant Jacob, je me doute qu’il doit se poser les mêmes questions. Il a l’air si anéanti…ces grands loups gris sont des espèces protégées, cette meute était un espoir pour Jacob. Maintenant, nous ne savons pas où ils sont ni même s’ils vont bien…Ma poitrine me fait si mal que j’attrape spontanément les doigts de Jacob pour y puiser le réconfort qu’il m’apporte à son contact. Il lève les yeux sur moi et je vois encore un remerciement muet qui me bouleverse. Nous nous dévisageons une minute puis il murmure :
Je me jette à son cou et il m’enlace très fort. Comme à chaque fois et malgré les circonstances, sa chaleur me chamboule. Il est bouillant et la moiteur de sa peau provoque en moi une vague brûlante dont j’ai honte tout de suite étant donné sa souffrance.
Je me blottis plus fort, comme si je pouvais entrer dans son corps. J’essaie de lui apporter tout ce que je peux et j’espère qu’il le ressent. Puis, il me lâche et se dégage. Il se relève et m’aide d’une main à me mettre debout. Nous sortons, enlacés alors que tout le monde est dehors à attendre la décision de Jacob. Ce dernier avance droit sur Sam et lui dit :
Sam hoche la tête puis tourne les yeux vers Paul qui semble l’avoir mauvaise mais qui acquiesce à son tour. Il nous laisse et file vers le chemin qui mène à la plage. Je comprends alors qu’il va préparer le bûcher comme il l’avait dit dès le départ.
Nous rentrons dans la maison. Billy nous regarde passer, inquiet. Jacob ne dit toujours rien et me guide vers une pièce qui se trouve être sa chambre. Elle est telle que je me l’imaginais et je suis soudain très heureuse de la voir car je sais déjà que mes douces rêveries seront maintenant plus claires. Aussitôt je regrette cette pensée et me rends compte qu’elles sont de plus en plus fréquentes. Jacob s’assoit sur son lit, penaud et je viens près de lui. Il passe son bras autour de mes épaules et sans même réfléchir, je le pousse doucement pour qu’il se couche. Il se laisse faire et je me blottis contre lui, le cœur battant. En posant ma tête sur sa poitrine, j’entends le sien qui cogne violemment et je souris de plaisir. Je l’enlace encore plus fortement et soupire, savourant ce silence avec lui, dans cette intimité qui n’appartient qu’à nous.
Deux heures plus tard, j’entends toquer doucement à la porte et je me rends compte que nous nous sommes assoupis. Je tourne la tête et vois Emily dans l’encadrement, le regard triste. Je comprends alors que c’est prêt et regarde Jacob qui dort mais dont le visage crispé m’indique qu’il doit revivre ce cauchemar même dans son sommeil. Je m’approche en douceur et dépose un baiser sur le coin de ses lèvres, me retenant furieusement d’aller plus loin. Il ouvre les yeux, un peu perdu et aussitôt, une barre marque son front car il doit se rappeler des événements de la journée et comprendre que tout est réel. Il se redresse et je lui dis :
Je suis rassurée qu’il sache à quel point je tiens à lui et qu’il peut compter sur moi.
Je me lève du lit et va près de la fenêtre où je vois Paul revenir de la plage, le visage fermé. Je me retourne vers Jacob qui lui, a toujours son air absent et m’approche en disant :
Jacob hoche la tête en se mordant les lèvres et je lui prends la main pour qu’il se lève. Il me suit et je le tracte jusqu’à l’extérieur, la gorge serrée. Sans même s’arrêter, il prend les devants et emprunte le chemin qui mène à la plage. Derrière nous, les autres nous suivent silencieux, Billy poussé par Rachel. Au loin je vois encore la fumée qui s’échappe de la forêt et j’entends des cris qui doivent être ceux des pompiers qui tentent d’éteindre le feu encore après toutes ces heures. Lorsque nous arrivons sur la plage, je vois aussitôt le tas de bois et dessus, le loup inerte. Il fait presque nuit et le bruit de l’océan est le seul que nous entendons à cet instant. Une fois près du bûcher, Jacob s’arrête et me lâche la main. Il se met à genou et nous le laissons tous quelques instants, silencieux et respectueux de son amour pour ces animaux. Les loups sont sacrés chez les indiens Quileute et Jacob est dignement leur plus beau représentant. Ici, tout le monde le sait et l’honore pour ça.
Il se relève et je vois Paul prendre un bout de bois sur lequel il a enroulé un morceau de chiffon. Il le trempe dans un sceau et sort un briquet de sa poche. Le regard dur, il place le bâton face à lui et hésite une seconde avant d’allumer la torche. Il baisse ensuite les yeux et je le vois tendre le bâton à Sam. Ce dernier comprend le problème de Paul et donc, prend la flamme et s’approche lentement pour le transmettre à Jacob. Il lui prend des mains, tremblant puis je vois ses mâchoires se contracter et d’un geste plus déterminé, il place la torche sous le tas de bois qui s’enflamme aussitôt. Alors j’éclate en sanglot pendant que le feu commence à envahir tout le monticule. Quand les premières flammes touchent les poils du loup, j’ai une soudaine envie de tout arrêter pour conserver son pelage intacte mais le sang séché sur sa poitrine me ramène à la dure réalité. Jacob se recule et me prend à nouveau la main mais je le prends par la taille pour me blottir contre lui. Je lève les yeux vers lui et vois qu’il ne pleure plus. Les flammes dansent dans ses yeux noircis par la colère et la souffrance…et les miens pleurent sans retenu contre son torse. J’ose regarder une dernière fois Anoki et pense aussitôt à la première fois où je l’ai vu…Anoki, le comédien…oui, il venait de jouer pour la dernière fois et il avait peut-être sauvé tous les bébés loups.
Nous restons tous un moment à distance respectable du bûcher, hypnotisés par ce feu qui illumine toute la plage. Je vois des étincelles voler vers le ciel et je m’imagine pendant quelques secondes que c’est l’âme du loup qui se transforme en étoiles. Jacob pousse un profond soupir et soudain, se dégage de moi pour se diriger vers l’océan, seul. Je le regarde marcher lentement, ses épaules et la tête basses. J’essuie mes joues sans le quitter des yeux quand soudain, je sens une main agripper fortement mon bras et Paul qui me siffle entre les dents, tout en m’emmenant à l’écart :
Je me dégage et lui lance un regard noir rempli de défi. Il me fixe sans se démonter.
Il s’approche tout près de moi, les yeux remplis d’une colère contenue et me déclare :
Je le revois complètement anéanti par la souffrance de Jacob lorsqu’il pleurait près du loup. Son avertissement m’interpelle et je comprends qu’il pense au Cullen pour cet incendie criminel. Hors, je sais qu’ils sont ce qu’ils sont mais je les sais incapables de commettre un acte aussi horrible. Ma remarque l’a troublée et je le vois gigoter nerveusement pendant qu’il marmonne :
Je lève un sourcil en souriant doucement et réponds :
Ses lèvres frémissent et je vois qu’il se retient de rire. Alors je lui affiche un large sourire, toujours en le défiant du regard et il finit par sourire à son tour en secouant la tête, dépité par ma remarque. Puis, il soupire et s’éloigne, me laissant pensive face à ses avertissements.
Tout le monde reprend le chemin de la maison des Black et je tourne la tête vers Jacob, toujours seul face à l’océan. J’hésite puis me dis que s’il s’est mis à l’écart c’est qu’il en a besoin. Je suis donc les autres jusqu’à la maison rouge. En entrant pour récupérer mes clefs, je croise Leah qui me sourit sans me regarder franchement dans les yeux. Je sens vraiment une gêne profonde, comme si elle se sentait coupable de quelque chose. Déjà à son arrivée, j’avais eu la sensation bizarre qu’elle s’était excusée. Mais, même si ce que j’avais vu sous la table me choquait, je n’ai rien à voir avec ça et à la limite, ça ne me regardait pas car je suis quand même assez mal placée pour juger de ce que j’avais cru comprendre. D’ailleurs oui…je suis vraiment mal placée ! Je soupire et retourne à ma voiture quand mon père gare sa voiture devant moi. Il en sort, le visage grave et s’avance vers moi. Je remarque du noir sur ses mains et me doute qu’il a voulu un peu aider les pompiers. Il soupire et me dit :
Ce qui me soulage car la théorie non exprimée mais fortement supposée de Paul danse dans ma tête depuis tout à l’heure. Sûrement parce que je n’ai pas la conscience tranquille et qu’il a mis le doigt dessus. Non, si les Cullen devaient s’en prendre à Jacob ou à moi, ils s’y prendraient autrement…Mon père semble ailleurs, épuisé et je lui prends la main en disant :
Je sursaute et me retourne pour le voir arriver derrière nous, l’air plus serein. Je lui souris, soulagée qu’il revienne doucement à la surface. Sans me quitter des yeux, il s’approche et pose son bras sur mes épaules. Gênée, je n’ose regarder mon père mais Jacob lui, ne le lâche pas des yeux et demande :
Je lève les yeux vers lui et vois encore ses mâchoires se contracter, je sens même qu’il retient sa respiration. Puis, tout à coup, il devient très calme et sourit en me disant avec douceur:
Son changement d’attitude m’inquiète car j’ai soudain la vague impression qu’il veut m’éloigner au plus vite. De plus, j’entends mon père me dire pendant que je scrute les yeux de Jacob :
Il me prend même le bras et je finis par détacher mon regard. Je tourne alors la tête vers lui et Charlie me fixe avec insistance. Je comprends que je n’ai pas le choix, que je dois partir pour laisser Jacob faire ce qu’il a à faire et que mon père cautionne visiblement…
Je me décide donc à rejoindre ma voiture pendant que Jacob m’accompagne et que Charlie remonte dans sa voiture. Je m’installe au volant et déclare la gorge serrée :
Il se pince les lèvres, hésite puis me dis :
Je démarre, comprenant que je n’ai plus rien à faire là pour aujourd’hui et suis mon père qui quitte la propriété. Dans mon rétroviseur, je vois Jacob retourner d’un pas vif vers son garage.
44 – Interminable semaine
En rentrant dans la villa, j’ai soudain la désagréable sensation que tout ici est vraiment beaucoup trop beau, trop lisse, trop …protégé, trop en sécurité…après la journée que je viens de vivre, une seule pensée me vient en tête : rien n’est acquis. Même pas le droit de vivre librement. J’ai reçu des tas d’images choquantes aujourd’hui, des images qui passent en boucle et repassent …Leah et Sam, Jacob qui s’enfuit sans moi, le feu, Jacob qui pleure, Anoki plein de sang, encore le feu…et les poussières qui s’envolent vers le ciel, les flammes qui dansent dans les yeux de Jacob. Mais la dernière qui frappe mon esprit avec plus de violence est le visage soudain apaisé de Jacob, qui ressemble à un masque de comédie alors que derrière, c’est la rage qui couve. Son pas déterminé dans mon rétro, avec cette terrible sensation qu’il va faire quelque chose de mal. Mon Jacob n’existe plus depuis ce matin, enfin si…il est là mais Paul a raison : il est quelqu’un d’autre en ce moment. Il est en colère, il est frustré et je le sens si seul. Je sais que j’ai une part de responsabilité dans tout ça. Je l’ai rejeté, j’ai mis un frein à notre relation, je ne me décide pas à quitter Edward…pourtant, là, à cet instant précis, je suis soudain sûre de moi ! Je veux retrouver le garçon que j’ai connu, celui qui sourit tout le temps, qui est si calme et en paix avec tout ce qu’il l’entoure. Je sais qu’il a quand même un caractère impulsif mais jusque là, il le gérait bien. Là, sa façon de parler à Paul puis de le bousculer, son silence, ses mâchoires crispées, sa sourde colère…non, il fallait que je le soutienne mieux que ça, que je sois plus présente. J’essaierai d’y passer en semaine et surtout, je l’appellerais tous les soirs de la semaine !
J’entre dans la chambre et découvre Edward plongé dans son ordinateur portable, assis en tailleur sur le lit. A mon entrée, il relève la tête et je vois comme un soulagement dans ses yeux. Lui aurais-je manqué ? Je m’approche alors qu’il me sourit en disant :
Je déglutis sans le quitter des yeux alors qu’il attend clairement une réponse. Mes vêtements sont imprégnés de l’odeur du bois brûlé, je ne peux pas mentir ce soir.
Je guette sa réaction en me maudissant d’être aussi influencée par Paul mais il ne fait que hocher la tête, intéressé et soucieux. Je pose mon sac et ma veste puis le rejoins sur le lit. Alors je lui demande :
Je le scrute pendant qu’il se replonge dans son ordinateur. Je lui laisse un peu de temps puis demande :
Il tourne brusquement la tête vers moi et j’ajoute :
Il inspire, regarde le plafond d’un air absent puis répond :
Edward m’observe, soudain inquiet et demande :
Si seulement j’avais plus de cran !
Alors il hoche la tête et tourne à nouveau les yeux sur son écran. Je soupire doucement puis me relève du lit pour prendre une douche et retirer cette odeur de fumée qui me rappelle trop la souffrance de Jacob.
* * *
Lundi et les cours reprennent. La mort dans l’âme, j’avance dans les couloirs quand soudain Mike, accompagné de Ben, m’interpelle en me disant :
Je le fusille du regard au moment où Angela nous rejoint et s’inquiète aussitôt de mon expression.
Je déglutis, je sais que je dois être rouge ou blanche mais je me sens si mal que j’ai envie de les planter là. Seulement, ils seraient trop contents et je serre les mâchoires quand Mike ajoute :
J’ai du encore changer de couleur car Angela me prend soudain par le bras en murmurant :
Je ne réponds pas mais me laisse entrainer jusqu’à la cour où le grand air me fait beaucoup de bien.
Nous avançons jusqu’au parc, silencieuses…je n’arrive pas à oublier ce qu’ils viennent de me dire. J’aurai du être plus prudente la semaine dernière. Qu’est-ce que je croyais ? Que ça ne se voyait pas que j’étais amoureuse ? Angela soupire et je tourne la tête vers elle. Alors, voyant qu’elle a enfin réussi à capter mon attention, elle demande :
Nous continuons notre marche et elle reprend :
Je vois alors qu’elle ne me juge pas et m’en veux d’être aussi agressive, lui faisant payer l’indélicatesse de Mike et Ben.
Mon hésitation m’agace mais je finis par répondre :
Comme elle ne répond pas, je la regarde et je vois que cette information ne la perturbe pas outre mesure. Alors je continue :
Mon sourire répond à ma place et je sais qu’elle n’est pas dupe.
* * *
A table, tout le monde est silencieux, chacun perdu dans ses pensées, dans sa journée passée ou dans celle à venir…et moi, ce genre d’ambiance est tout ce qu’il me faut pour que mon esprit vagabonde.
Je sais que je ne dois pas, je le sais c’est mal…il est si jeune, je ne suis pas libre…je suis en train de tromper mentalement Edward mais j’en ai tellement envie. J’ai envie de lui montrer, je le sais, il n’a jamais connu de femmes, je veux dire, dans le sens où il n’a jamais couché avec une fille. Il me l’avait plus ou moins avoué en me parlant de Leah et avant, je sais qu’il avait consacré tout son temps à sa mère. Je vais le faire, un jour ou l’autre, je succomberais, je le sais… Ça devient une obsession, j’y pense tout le temps. Le jour, la nuit, en mangeant, en me douchant, pendant les cours, en parlant avec Charlie…en parlant avec Edward…il envahit ma tête et je sens sans arrêt ces papillons dans mon ventre lorsque je pense à lui, lorsque je nous imagine ensemble, lorsque j’imagine son regard émerveillé devant mon corps nu, lorsque je m’imagine le toucher, lorsque je sens presque déjà sa peau, ses cheveux dans lesquels j’allais me perdre…sa douceur, sa chaleur, sa force…
Le repas se termine et je vois qu’Edward est intéressé par un programme à la télévision, tout comme ses parents. Alors, je monte dans notre chambre, la tête encore à l’envers et lorsque j’allume la lumière de la salle de bain, bizarrement, je me sens attirée par un des tiroirs de la commande principale. Je tombe sur une boite qui date de longtemps et aussitôt, je sens le sang me monter au visage. Je l'ouvre et compte sans compter ce qu'il reste. D'une main tremblante, j'en prends une et la fourre dans la poche de mon jeans. J'ai honte de ce que je viens de faire mais en même temps, j'ai ainsi l'assurance que au cas où, je ne serais pas arrêtée, ce qui en dit long sur mon état d’esprit. Je me fais peur et honteuse, je range la boite là où je l’ai trouvée. J’ai l'impression que ça me brûle les doigts. Je sors précipitamment de la salle de bain et mon regard se pose sur ma veste en jeans. Alors d’une main tremblante, je sors le sachet et le place dans une de mes poches fermées. Je reprends ma respiration, essaie d’oublier ce que je viens de faire et me déshabille pour enfiler une de mes chemises de nuit légères. Avant de rejoindre le lit, j’ouvre mon sac pour regarder, comme tous les soirs, le bracelet que Jacob m’a offert et que je trouve si beau. Mais je cherche et ne le trouve pas. Brusquement, je retourne tout le contenu sur le fauteuil et fouille en poussant chaque objet d’un geste rageur quand soudain j’entends derrière moi :
Je me retourne, le cœur battant et fixe froidement Rosalie qui balance mon bracelet du bout de ses doigts, près de son visage. Je m’approche vivement d’elle, avec une furieuse envie de la frapper !
Dépitée, je reste un moment à regarder la plume pendant qu’elle ricane en disant :
Je ne veux pas qu’Edward l’apprenne de cette manière ! Je voulais qu’on parle, je voulais le préparer…
La voix d’Edward me transperce comme dans un rêve.
Je la supplie du regard mais ma surprise est très grande lorsque je vois les doigts d’Edward chopper mon bracelet ainsi que ma plume en passant la porte et me les remettre dans les mains en disant à sa sœur :
En réponse, je vois Edward claquer la porte au nez de sa sœur. Je suis stupéfiée par son attitude, bien que je sache qu’ils ne s’entendent pas à merveille. Il vient quand même clairement de me défendre et d’une façon qu’il n’avait encore jamais fait, malgré toutes les fois où elle m’avait attaquée. Je reste plantée, abasourdie pendant que je l’entends aller dans la salle de bain et retirer ses vêtements. Je regarde alors le bracelet et la plume, me disant maintenant que ce n’est plus la peine que je les cache. Lorsqu’il revient dans la chambre, je me retourne et demande :
Il rigole doucement et dit :
Je range quand même tout dans mon sac et vais le rejoindre sous la couverture. Il me tourne le dos et j’ai soudain envie de poser ma main sur lui. Curieusement, il sursaute et sa réaction me fait beaucoup de peine, comme s’il ressentait de la répulsion.
* * *
Déploie tes ailes
J’ai du mal à croire que c’est sa voiture qui se gare et pourtant, c’est le cas. Lorsqu’elle descend, je remarque tout de suite sa longue robe émeraude fluide qui caresse ses jambes et sa beauté me provoque une grosse vague dans l’estomac qui me coupe presque la respiration. Pourtant, je reste maitre de moi-même et me décolle du muret sur lequel je suis appuyé depuis que je l’attends. D’un pas assuré, elle vient vers moi mais baisse la tête vers le sol. Presque à ma hauteur, elle se décide enfin à lever les yeux et son sourire tendu se transforme soudain en sourire franc, laissant exprimer une joie que je partage avec elle. Je m’approche et enlace sa taille en lui déposant un baiser sur la joue qu’elle me tend tout en lui soufflant à l’oreille :
Je capte en passant son regard et comprends qu’elle a hésité à me proposer ses lèvres mais je me dis que ça sera pour plus tard, que nous avons de toute façon la soirée devant nous. Le ciel s’assombrit et tous les restaurants du port ont allumé leurs terrasses. Il fait encore tiède et j’ai déjà chaud avec ma veste mais en découvrant le dos nu de Rachel, je renonce tout de suite à me débrailler, histoire que j’ai l’air aussi présentable qu’elle, au moins le temps que nous sommes ici. Je lui ouvre la porte de l’établissement dans lequel j’ai réservé (une première pour moi !) et elle entre en hochant la tête, satisfaite de ma galanterie.
Mais une fois que nous sommes l’un près de l’autre à cette table, un silence gêné s’installe et je sens même une certaine tension qui ressemble trop à celle que je vivais près d’elle avant. Alors je lui prends la main avec douceur, elle sursaute à mon contact mais ne la retire pas. Je prends ça pour un encouragement et lui dis :
Elle plante à nouveau ses beaux yeux noirs dans les miens, me regarde attentivement puis me dit :
Je lui souris tout en caressant ses doigts. Elle se laisse faire mais ne quitte pas nos mains des yeux. Je me demande à quoi elle pense ? Cherche-t-elle le bon moment pour la retirer ou apprécie-t-elle mon contact ?
Je voudrais vraiment qu’elle comprenne à quel point je tiens à elle. Mais elle baisse à nouveau les yeux, gênée.
Le serveur nous interrompt et malgré le fait que je n’ai absolument pas faim (sauf de sa présence et de ses lèvres), je commande un plat unique comme Rachel et une bouteille de vin. Je me rends compte que je ne sais même pas si elle en boira mais trop tard, le type est déjà parti !
Ça commence…, pense-je en moi-même.
J’ai tellement peur de faire un truc de travers, de la voir se lever et me planter là comme elle l’a déjà fait des milliers de fois dans d’autres contextes, comme l’autre soir chez Sam ! Je m’étais encore bien ridiculisé ce jour-là, devant tous les autres en plus qui ne se gênaient pas pour se foutre de moi dès qu’ils le pouvaient…
Je remarque alors qu’elle me sourit et semble hésiter puis elle se décide à me dire :
Son sourire spontané est si magnifique que j’en oublie de réagir et c’est lorsque je vois qu’il s’efface de ses lèvres que je réponds :
Elle sourit à nouveau, soulagée que je partage sa bonne nouvelle puis continue :
Je suis tellement ému qu’elle me fasse cet honneur que je ne trouve rien de mieux à dire mais j’espère qu’elle voit sur mon visage à quel point ça me touche.
Je serre sa main plus fort et demande :
Je hoche la tête, amer, car je sais très bien comment fonctionne ce monde pourri ! Il n’y a que le piston qui marche et encore ! Pourtant Rachel est Quileute, elle devrait transmettre son intelligence et son savoir à nos enfants et j’espère sincèrement au fond de moi qu’elle pourra un jour venir travailler à la Réserve, surtout qu’elle serait moins loin de moi. Même si Forks n’est qu’à dix minutes, parfois j’ai l’impression que c’est le bout du monde !
Elle retire sa main et je me demande encore ce que j’ai fait. A la place, elle prend sa serviette et commence à la triturer en la fixant intensément. Pendant quelques secondes, je ne sais plus quoi faire mais elle relève la tête et je remarque que ses yeux sont plus noirs quand elle me dit :
Je hausse les épaules et déclare :
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que sa voix vient de se faire suppliante et ça m’interpelle. Elle ne me parle pas de mon boulot par hasard. Elle a un truc à me dire et pour comprendre le message caché, j’allais devoir me concentrer très fort…
J’inspire un coup, essaie de bien trouver mes mots et réponds :
J’attrape le verre de vin que vient de me servir le serveur et boit une gorgée pour me calmer. Ce sujet là me fout toujours en boule, même après toutes ces années et j’aurai préféré qu’on ne l’aborde pas ce soir mais voilà…je venais encore de me montrer sous mon meilleur jour et si elle se lève maintenant, je l’aurai peut-être bien mérité.
Mais au lieu de ça, elle me prend la main et me sourit en murmurant :
Aussitôt, je sens le sang quitter mon corps et ma respiration qui se coupe. Son doux visage est face au mien, plus proche il me semble …et sans même réfléchir, je pose mon verre et me penche vers elle pour poser mes lèvres sur les siennes. Elle soupire légèrement et je sens sa main dans mon cou. Alors je l’attrape par la nuque et la serre plus fort contre moi. Comme la première fois, je me sens partir, savourant sa douceur et sa chaleur. J’entends soudain quelqu’un toussoter et je me dégage pour voir le serveur qui attend pour déposer nos assiettes. Rachel est rouge et gênée, ce qui me fait rire ainsi que le jeune serveur qui n’ose pas la regarder.
Je la laisse se reprendre puis lui propose :
Elle rit de plus belle et je la contemple, submergé de plaisir devant sa beauté.
J’ai réussi à passer la soirée sans faire d’autres impairs et je suis assez fier de moi lorsque nous marchons lentement dans la ruelle qui mène à son appartement et qu’elle me tient la main avec fermeté. Pourtant, plus on avance, plus je la sens se crisper et son visage est même complètement fermé lorsque nous stoppons notre marche devant sa porte où filtre les lumières de l’appartement de madame Flower. Elle baisse la tête vers le sol et je comprends alors son problème :
Mais je vois de la déception dans ses yeux et même une certaine tristesse qui me déstabilise.
Nous nous dévisageons et j’ai l’impression qu’elle ne comprend pas ma réaction. Pourtant, j’essaie vraiment de paraître raisonnable.
Elle hoche la tête et ouvre la porte. Je la suis avec l’impression que je vais me réveiller bientôt mais lorsque la lampe de son couloir m’explose la tête par son intensité, je réalise alors que je ne rêve pas et que je viens bien d’entrer pour la deuxième fois dans son appartement, seul avec elle. Elle me laisse et je retire ma veste, content de pouvoir enfin m’en débarrasser. Comme la dernière fois, j’avance lentement dans cette pièce où elle doit passer le plus clair de son temps. Je remarque sa chaine Hi-Fi et choisi un disque que je place dans son lecteur. Je repère aussitôt Broken Wings et je repense en souriant à sa recommandation au restaurant. Elle revient de la cuisine avec deux tasses et je vois son air surpris lorsqu’elle entend les premières notes de guitare. Une fois qu’elle a posé les thés, je l’attire d’un bras ferme par la taille contre moi et elle se colle, sans me quitter des yeux. Je lui prends une main et la mets contre mon cœur, espérant qu’elle capte les battements qui sont très violents à cet instant. Alors, elle pose sa tête contre mon épaule et nous dansons lentement, l’un contre l’autre durant toute la mélodie qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.
Lorsque la musique se termine, je l’enveloppe complètement et nous restons un moment comme ça, à nous bercer mutuellement. Le parfum de ses cheveux envahit ma tête et je suis presque sourd à force que mon cœur me martèle avec autant de force. Soudain, Rachel se dégage et d'une main tremblante, elle essaie de retirer ma cravate, je la regarde faire mais remarque son angoisse qui grandit dans le fond de ses yeux. Alors j'attrape sa main fermement et lui dit :
Je la guide vers le canapé, retire ma cravate par la tête et la jette sur son fauteuil. Puis, je la prends contre moi en lui donnant sa tasse puis la mienne et trinque avec elle en riant doucement.
Ce qui ne me présage rien de bon…
Nous restons alors l’un contre l’autre, à écouter la mélodie qui continue et à boire notre thé. Au bout d’une demi-heure, je vois à sa pendule qu’il est tard et déclare en me dégageant un peu :
Elle semble hésiter, on dirait qu’elle se bat contre elle-même puis me demande d’une voix faible :
Je soupire, repensant à toutes mes résolutions avant cette soirée puis déclare :
A nouveau, elle réfléchit ou discute avec sa conscience puis m’avoue:
La légère pointe d’amertume qui ponctue ses paroles me surprend.
Elle me dévisage, cherchant dans mes yeux si je suis sincère, mais je me suis juré d’être correct avec elle. Pourtant, ma détermination en prend un coup lorsqu’elle murmure :
Je ne sais plus trop ce que je dois faire pour la suite mais, pour l’instant, je lui obéis avec un plaisir non dissimulé. Au bout de longues minutes où j’ai eu la sensation de l’avoir dévoré jusqu’à l’âme, je réussis à me dégager et déclare d’une voix rauque qui ne semble même pas m’appartenir :
Je pose ma tête contre la sienne pendant qu’elle se blottit dans mes bras. Je me sens soudain épuisé et je ferme les yeux. Le disque est terminé et je n’entends plus que sa respiration. Elle me caresse doucement le bras et je capture sa main, soudain très heureux.
Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, je remarque à la lueur de la pièce qu’il fait jour. Je sursaute, me disant que je vais être en retard quand je constate que je suis sur un lit que je ne connais pas. Je sens alors un corps chaud contre moi et baisse la tête pour découvrir Rachel dans le creux de mon bras. Je souris, me disant que c’était bien la première fois que je me réveille près d’une femme encore habillée et moi aussi ! Je réfléchis et me souviens alors qu’elle m’avait murmuré des « Allons nous coucher », « tu es épuisé », « restes près de moi » et que je l’avais suivi comme un zombi jusqu’à sa chambre. Je me dégage avec précaution et vois alors sur son réveil que j’ai encore le temps. Mais il faut quand même que je rentre chez moi me changer alors, avec tous les regrets du monde, je me décide à me lever puis à quitter sa chambre sur la pointe des pieds. Avant de fermer sa porte, je la contemple : elle est si belle comme ça, sur le ventre, son dos nu et sa robe de soirée remontée jusqu’aux genoux, toute fripée à force de se coller contre moi. Avec un pincement au cœur, je quitte mon merveilleux tableau et une fois dans la cuisine, je cherche quelque chose pour lui écrire un mot. Comme je ne trouve rien dans les tiroirs, je file jusqu’à sa planche à dessins où il n’y a aucun dessin qui traine. Alors je fouille un peu en marmonnant, me disant que c’est quand même fou que je ne trouve rien pour écrire à cet endroit ! J’ouvre alors une armoire basse, sous la planche et trouve un dossier avec une feuille blanche qui dépasse :
J’attrape le dossier et l’ouvre mais mon cœur s’arrête de battre aussitôt de stupeur pour s’accélérer de plus belle en découvrant la quantité de portraits et de dessins de moi dans toutes les situations où nous nous étions trouvés ensemble. Les doigts tremblants, je les passe un par un et me vois à différents âges, dans différents endroits comme chez Billy, à la pêche, lors de pique-niques que nous avions fait jusqu’à des portraits de moi à l’école, en train de regarder par la fenêtre ou de réfléchir, de jouer au foot ou d’enlacer une fille dont je ne me souvenais même pas mais que Rachel avait photographié dans son esprit. Je reprends alors ma respiration mais hallucine encore devant tout ce que je vois. Je réfléchis un instant à notre histoire et finalement, tout ça ne me surprend pas vraiment. Entre Rachel et moi, ça a toujours été une tension immense, quelque chose d’indéfinissable qui remonte si loin que je ne m’en souviens pas, comme si nous étions liés depuis notre naissance…je me retourne pour vérifier qu’elle n’est pas là. Je repose donc le dossier dans l’armoire et prend une autre feuille pour lui écrire un mot. Mais au moment où je commence, je revois ces portraits dans ma tête et me dis que c’est quand même malsain qu’elle garde tout ça pour elle. Alors j’ouvre à nouveau son armoire et prend le tas de dessins. Je les passe à nouveau un par un pour trouver celui qui m’a le plus marqué : celui où je joue de la guitare sur la plage le soir de l’anniversaire de Leah. Je pose le dessin sur la planche, hésite encore deux secondes puis écris :
« C’est pour toi que je jouais ce soir là…Je t’aime. »
Je fixe ma phrase puis me dis que c’est bien la première fois que j’écris ces trois mots là et que ça me fait un drôle d’effet. Satisfait, je range le stylo et tous autres dessins mais laisse celui-ci en évidence sur la planche. Puis, je reprends ma veste et quitte l’appartement, le cœur au bord de l’explosion.
* * *
Depuis cet incident, je me sens très mal, honteuse et j’essaie de me faire si petite que parfois j’ai l’impression que je rase les murs de la villa. J’aurai dû être plus prudente, j’aurai du tout laissé chez Charlie puisque j’y passe toujours avant d’aller voir Jacob pour prendre ma voiture. Et j’aurai aussi dû être plus prudente devant l’école ! Si Rosalie ne m’avait pas vu avec Jacob, elle ne m’aurait pas soupçonnée. C’est pour elle maintenant la meilleure occasion qu’elle ait trouvé pour me discréditer aux yeux de tous et surtout d’Edward, dont elle ne supporte pas l’attitude depuis qu’elle pense lui avoir ouvert les yeux ! Pour elle, il aurait dû me virer sur le champ or, il ne dit rien, il est même très naturel et très prévenant avec moi et ça me déstabilise. Depuis ce soir là, je ne l’ai pas vu beaucoup en fait. Nous nous voyons le matin pour aller dans nos facultés respectives mais Alice est toujours avec nous. Le soir, j’ai parfois l’impression qu’il m’évite et j’avoue que je ne fais rien non plus pour me retrouver seule avec lui. En fait, j’ai envie de crever l’abcès mais j’ai en même temps très peur. Peur de sa réaction, peur des conséquences… pour moi, pour Jacob, pour nous tous.
Par contre, même si j’essaie de me faire discrète et de ne pas revenir sur ce sujet, Rosalie, elle, ne me loupe pas ! Encore hier soir, elle a ouvertement sous-entendu à table que « si un jour la villa se faisait cambriolée par des moins que rien de Forks, il ne faudrait pas s’étonner », que « le monde était petit », que « tout ce sait » etc. Ce à quoi avait fini par demander Esmée, très inquiétée :
Carlisle avait quand même arrêté de manger pour la remettre à sa place en disant :
Cependant, le regard franc d’Alice m’avait indiqué qu’elle ne me tendait pas un piège et elle avait même précisé pour me rassurer :
J’avais souhaité que cette conversation se finisse au plus vite ! Je déteste tellement lorsque mes « deux mondes » se croisent, même là, dans une conversation anodine. Seul Edward avait gardé le silence pour le plus grand plaisir de Rosalie qui a vu en cela une jalousie ou une colère contenue.
* * *
Cette longue semaine se termine avec une lenteur déprimante. Angela est malade et je préfère éviter la compagnie de Mike ou de Ben pour le moment. Je n’ai toujours pas digéré leurs remarques sur mon amitié avec Jacob et je suis beaucoup préoccupée pour le moment par ce qu’il s’est passé avec Rosalie et surtout par la tragédie de la semaine passée pour supporter sans broncher leur attitude immature.
J’appelle Jacob tous les jours et je compte bien aller le voir ce week-end. Au début de la semaine, j’étais très inquiète pour lui, surtout après la façon dont on s’est quitté, mais au téléphone, il semble serein, un peu résigné même… mais le plus important, il n’est pas en colère comme je le craignais. Cependant, j’ai peur que ce ne soit qu’une façade comme la première fois où j’avais senti une tension lorsqu’il parlait de la forêt… là mon instinct me souffle que sa blessure ne va pas se refermer comme ça. Seulement pour l’instant, tout a l’air d’aller.
* * *
Je me réveille seule dans le lit avec la désagréable sensation que c’est une mauvaise journée. En fait, je pense que c’est parce que je viens de rêver de ma dernière visite à la Push, lorsque je mangeais près de Jacob, heureuse et que tout avait basculé en un coup de fusil. J’aimerai revenir à ce repas, huit jours plus tôt et que tout redevienne comme avant ! Que je n’ai plus cette sensation que Jacob m’échappe, que Rosalie me traque et qu’Edward me ménage pour je ne sais qu’elle raison. Je me lève et entend des voix dans le bas de l’escalier. Je m’habille et descends d’un pas trainant, redoutant toujours ces petits-déjeuners trop guindés. La voix d’Alice se fait plus haute et je m’inquiète quand même car ce n’est pas dans son habitude de se rebeller ouvertement. En entrant dans la salle à manger, j’y trouve Edward et Esmée face à une Alice survoltée, dont même les cheveux déjà indisciplinés semblent complètement électriques ce matin.
Elle regarde son frère, anéantie et je vois qu’il réfléchit puis il annonce :
Je me demande pourquoi mais Alice me coupe dans mes pensées en s’écriant :
Elle se prend la tête entre les mains puis elle se les passe dans les cheveux, ce qui les rend encore plus fous. J’entre complètement dans la pièce, les bras croisés, n’osant pas interrompre leur discussion. Esmée regarde sa fille encore un peu puis dans un soupir désolé, la laisse pour rejoindre son bureau où je sais qu’elle va peindre ses toiles, comme tous les samedis matins. Edward reste planté près de sa sœur et j’ose alors m’approcher pour consoler Alice comme je peux.
Je lance un regard à Edward, cherchant son soutien ou s’il n’aurait pas une solution là, maintenant ! A-t-il toujours besoin d’aller à ses rendez-vous les week-ends ? Ne pourrait-il pas faire une exception ?
Alice relève la tête en reniflant et déclare la voix brisée :
Je vois les yeux d’Edward s’agrandir comme si je venais de lui donner LA solution et il déclare :
Il me jette un bref regard puis se focalise sur sa sœur en ajoutant :
Cette fois, il plante ses yeux miel dans les miens et je déglutis, incapable de répondre, comme transpercée.
Je n’arrive pas à détacher mes yeux de ceux d’Edward qui répond à sa sœur, un léger sourire aux lèvres :
Je finis quand même par arriver à bouger et monter dans la chambre pour m’habiller. A mon entrée, je trouve Edward au téléphone avec Victor qui s’excuse pour son retard mais l’assure qu’il sera là vite. Je fonce donc à la salle de bain et enfile des vêtements propres. En sortant de la pièce, Edward prépare son ordinateur portable et je m’approche, prête à aborder le sujet de ma Chevrolet quand il me dit :
Au même moment, Alice entre dans notre chambre en s’écriant, l’air radieux :
45 – Sous les nuages
Le ciel est noir et la pluie commence à tomber lorsqu’Edward nous dépose devant chez Charlie. Alice sort comme une furie et fonce dans le coffre de la Volvo pour sortir tous ses sacs. Avant de claquer la portière, je lance à Edward un regard chargé d’interrogation, d’excuse et de tendresse qu’il capte sans broncher. Avant de démarrer, il hoche tout de même la tête et je vois en cela qu’il n’est pas en colère. Depuis combien sait-il que j’ai la Chevrolet ? Sait-il qu’elle vient de Jacob ? …Sait-il pour Jacob ? L’angoisse m’habite entièrement, je ne sais pas quoi faire mais Alice ne me laisse pas le temps de trop réfléchir car elle toque déjà à la porte de Charlie qui nous ouvre, surpris de nous voir toutes les deux devant la maison.
Sa remarque mêlée à la vitalité d’Alice fait quand même sourire mon père. Il ouvre la porte en grand et nous entrons. En passant, je lui lance un regard entendu face à son attitude bougonne devant Alice afin qu’il comprenne que je ne suis pas dupe. Je le connais, il ne rend pas les enfants responsables de l’attitude des parents et sa froideur n’est qu’une façade. Une fois dans la cuisine, Alice s’écrie :
Je ris doucement et déclare :
A mes paroles, je vois mon père me jeter un regard surpris mais il garde le silence, reprenant son rangement où il en était.
Je prends mes clefs et tout en faisant le tour de la maison sous une pluie battante, Alice me suit, toute excitée.
Je ne réponds pas et continue d’avancer rapidement car les gouttes d’eau me martèlent la tête avec force.
Elle découvre alors ma vieille Chevrolet garée à l’arrière du terrain, sous un pin.
Elle sautille comme un lutin jusqu’à ma voiture, voyant déjà toutes les possibilités qu’elle aura pour mettre toutes ses affaires restées sous le auvent : tente, sac de couchage, réchaud…
Je lui ouvre la portière et elle déclare ;
Je souris face à sa fraicheur, sa spontanéité et son côté survolté. Finalement, Jacob et elle ont le même âge mais Jacob est beaucoup plus mature. Je pense aussi que moi je n’ai jamais été comme ça et pour cause … mes dix sept ans me semblent si loin.
Alice grimpe dans la Chevrolet, attrape aussitôt le volant de ses deux mains et déclare :
Je souris en soupirant devant le flot de questions qu’elle vient de me débiter sans reprendre son souffle.
Elle rit et j’en fais autant, ce qui ne m’est pas arrivé depuis un petit temps…Je commence à être sérieusement tremper alors je grimpe par le côté passager et lui explique brièvement les petits « caprices » de ma voiture. Elle m’écoute attentivement puis soudain, j’ose lui demander :
Je regrette aussitôt ma question mais j’avais vraiment envie d’éclaircir ce point afin d’écarter définitivement Alice de ma liste. Pourtant, je la vois réfléchir et elle semble même mesurer ses paroles mentalement avant de me dire, très sérieusement :
Je pense alors que c’est la raison pour laquelle Edward m’a parlé d’Alice et de son envie de prendre la BMW…
C’était le jour où j’avais trouvé la voiture chez Jacob…
Je sens que ma voix se perd mais je ne me reprends pas, espérant qu’Alice m’en dise plus.
Oui, il en avait eu besoin et il l’avait accidentée… mais pourquoi tant de mystère ? Je ne pense pas qu’Esmée lui en aurait voulu s’il lui avait dit ? Alors, est-ce que Jacob avait raison ? Est-ce que ce n’était pas lui qui conduisait ? Je commence à sérieusement douter et je me rends surtout compte qu’entre lui et moi, il n’y a plus beaucoup de vérités et pas mal de cachotteries et ce, malgré le fait qu’on ne soit ni l’un ni l’autre en colère.
Je déglutis, ne m’attendant pas à ce qu’elle continue sur cette voie là et demande :
Elle me lance un regard gêné, regrettant sa réflexion. Je lui souris pour l’inciter à continuer.
Je dois être devenue blanche mais je la fixe tellement qu’Alice comprend qu’elle n’a plus le choix, qu’elle doit continuer à parler.
Elle baisse la tête, soupire puis continue :
Nos regards se croisent, elle semble si ennuyée mais je ne bronche pas alors elle ajoute :
Je lui souris à nouveau, en espérant afficher une mine assez détendue (malgré le tumulte violent qui me dévaste) pour qu’elle continue dans sa confidence. Comme elle ne continue pas, je demande :
Surprise, je donne un petit coup de tête vers elle pour qu’elle continue. Ma gorge est si serrée que j’ai du mal à parler. Alors elle soupire encore plus fort et je vois ses yeux briller. Elle les lève vers moi et murmure :
Sa voix se brise et je comprends que notre situation la touche beaucoup, qu’elle n’aimerait pas vivre un pareil moment avec Jasper, qu’elle voit sous son toit ce que c’est quand deux personnes ne s’aiment plus. Je lui serre la main, essayant de refouler mes propres émotions et elle ajoute :
Je lève les yeux sur elle et son air rempli d’espoir me serre le cœur.
Elle acquiesce en se mordant les lèvres, les joues pleines de larmes.
Elle secoue la tête et je lui souris, confiante. N’empêche que je me sens complètement anéantie car je sens que tout m’échappe, que je ne contrôle vraiment plus rien ! J’ai soudain besoin d’être seule pour faire le point.
Alice garde la tête baissée et semble perdue dans ses pensées. Je lui donne un léger coup et déclare :
J’éclate de rire mais il résonne complètement faux à mes oreilles. Malgré tout, je parviens à lui confirmer une à une chacune des particularités de ma voiture.
Je regarde Alice partir en lui faisant signe puis les jambes tremblantes, je rentre à la maison pour y retrouver un Charlie au regard inquisiteur qui attend patiemment que je lui explique les choses.
Charlie reste les bras croisés contre l’évier, m’observant en train de me servir un verre de lait et de le boire. Il se racle la gorge et demande sur un ton léger :
Je soupire en fixant mon père qui lève un sourcil, l’air innocent. C’est vrai que je ne sais plus trop comment me comporter. Je pense alors à une proposition que Jacob m’a faite et demande :
Mon père hausse les épaules et me laisse seule dans la cuisine avec mes pensées qui se bousculent de plus en plus.
Une fois seule dans ma chambre, je me sens bouleversée, complètement sourde et ma tête me tourne. Le regard d’Edward lorsqu’il m’a parlé de ma voiture ne me quitte pas. Je revois ses beaux yeux miel et son léger sourire, son air sûr de lui et cette impression qu’il me met au pied du mur mais sans méchanceté. Juste comme si il avait voulu me dire : « bon allez, ça suffit maintenant, je vais te dire ce que je sais ! » et en rire… Pourtant, la situation n’a rien de drôle et je ne comprends plus du tout son attitude. Déjà avec le bracelet, puis ses craintes face à la voiture de sa mère, maintenant ce qu’il sait de mon secret et je me demande ce qu’il sait vraiment ? Et surtout ce qu’il me cache encore !
Les révélations d’Alice me laissent un goût amer et pourtant je ne pleure pas…a-t-il quelqu’un d’autre dans sa vie ? Me trompe-t-il vraiment ? Je veux dire, pas comme moi avec Jacob ! A-t-il vraiment une double vie ? Me ment-il à chaque fois qu’il prétexte un rendez-vous avec Victor, tout comme moi je lui dis que je vais chez Charlie ? Cette idée me donne la nausée car j’ai l’impression que je suis trahie depuis plus longtemps que je le pense…peut-être plus sérieusement que moi ? Ce qui expliquerait son indifférence lorsque nous sommes dans l’intimité… Je sais que j’ai des mauvaises pensées, que si Edward savait ce qu’il se passe dans mon cœur, il serait aussi dégoûté que je le suis maintenant mais la vérité est que je suis complètement perdue ! Je ne sais pas lequel de nous deux est le mauvais dans l’histoire ! Mes sentiments pour Jacob sont une trahison pour Edward mais je n’ai jamais été plus loin que ce baiser. Mais Edward ?
Notre couple se déchire encore un peu, je n’arrive même plus à revoir les moments où nous étions heureux. Je ne vois plus que le visage d’Alice en larmes, qui m’apprend qu’elle soupçonne Edward, je ne ressens plus que ce dégoût qui rempli ma bouche…je n’ai pourtant aucune preuve, juste des suppositions ! Une part de moi me dit que je dois d’abord être sûre avant de me sentir autant trahie…une autre part de moi me souffle que je l’ai peut-être mérité…que je pense secrètement à un autre et que je mériterais d’être mise à la porte de la vie d’Edward…une autre part de moi me confirme que j’ai raison ! Que Jacob est celui qui me rend heureuse, qu’Edward me délaisse depuis plus d’un an…que cette vie là n’est pas pour moi !
Une boule d’angoisse habite mon estomac depuis ce matin, je sens une tempête qui approche et je ne sais pas comment Jacob et moi allons nous abriter ni même si nous allons y survivre. J’ai besoin de sa force, de sa chaleur alors je prends mon téléphone et compose son numéro, soudain très impatiente de le revoir.
46 – J’ai aussi du mal à comprendre certains mecs
Les jours passent et ma détermination grandit. Je ne le quitte pas des yeux, je ne le lâche pas d’une semelle. Cet idiot ne s’en rend même pas compte tellement il est défoncé du matin au soir…lui et sa bande de camés de première année qui jettent leurs mégots dans la cour sans vergogne avant de rentrer dans leur salle de cours. Un geste répété et répété des dizaines de fois par jour, à chaque pause, à chaque trajet. Je sais où il vit, je connais ses habitudes de vaurien, je sais où il traine, avec qui et justement, c’est ça le problème : il n’est jamais tout seul. Ils sont toujours à cinq ou six et dans la bande, il y a deux costauds. Je ne suis pas sûr de pouvoir tous les maitriser, mais ce dont je suis sûr c’est que ma patience n’a aucune limite et qu’un jour ou l’autre, j’exécuterais ma promesse ! Mais pour ça, j’aimerai vraiment le choper et le trainer jusqu’à la Flèche d’argent…que nous soyons seuls, sans témoin…lui, moi …et l’âme d’Anoki. A chaque fois que je m’imagine avec lui, à chaque fois que je le croise dans les couloirs, mes muscles se tendent d’un coup et j’ai une furieuse envie de me défouler.
Bella m’appelle tous les jours et comme depuis quelques temps, je fais semblant d’être calme, posé, souriant. Elle ne se doute de rien mais, parfois je capte des questions anodines qui trahissent son inquiétude pour moi mais je la rassure aussitôt et elle semble y croire. Je pense qu’elle s’inquiète surtout de mon état mental, elle pense que je vais craquer mais c’est loin d’être le cas ! Je ne me sens ni déprimé, ni même en colère…je me sens plutôt impatient.
Et je n’ai jamais eu les idées aussi claires ! Ça fait des années que je lutte contre ça, aujourd’hui, je ne suis plus un enfant et j’ai les armes pour me battre ! Ça m’a pris des années pour atteindre ce niveau et je sais que, mis à part Paul ou Sam, personne ne peut me descendre, surtout pas un minus comme lui !
Je suis retourné voir le travail des pompiers et passer dire bonjour à Paul qui bosse sans relâche depuis l’incendie. Je suis dégouté de voir les dégâts que le feu a causé. Je ne reconnais plus rien. Je suis encore descendu jusque dans la grotte mais ils ne sont pas revenus. Le contraire m’aurait étonné. J’ai un peu fouiné aux alentours mais je ne me fais aucune illusion, ils sont partis loin. Pourtant, je ne lâche pas, je les appelle, je traverse la forêt autour de chez moi chaque jour mais je ne trouve rien, même pas la carcasse d’une bête qu’ils auraient tué.
Je n’ai jamais été dupe, je savais depuis longtemps que leur vie ici était précaire, qu’il pouvait leur arriver n’importe quoi, à tout moment mais depuis toutes ces années, j’avais fini par croire à leur prospérité.
Et pourtant, en une seconde, leur vie a basculé…tout ça à cause d’un sale gamin stupide et sans respect ! En plus de son mégot, je lui ferai bouffer les cendres de cette forêt qui a beaucoup perdu à cause de lui !
Aujourd’hui, je vais encore le suivre jusque chez lui. Le mec avec qui il traine est malade et c’est peut-être la seule occasion que j’aurai. Mais avant ça, je dois passer au garage prendre ce qu’il faut !
Je jette un bref coup d’œil à mes outils et me décide sur une clef qui tient bien en main. Je la cale dans ma poche de jeans arrière et m’apprête à sortir ma moto quand j’entends :
Je réalise qu’il est en train de me parler de quelque chose de complètement différent de mes pensées et le regarde, intrigué. Alors il ajoute :
Surpris, nous nous retournons tous les deux vers celui qui vient d’entrer et qui nous affiche un visage sombre et tendu. Sam avance vers nous en soupirant fortement et continue :
Mon cœur s’accélère violemment quand ses paroles atteignent mon cerveau et que je réalise la portée de cette déclaration.
Je n’arrive pas à y croire…plus de quinze jours…et pourtant, Bella ne semble pas le savoir. Mais comment était-ce possible ? Est-ce que Paul avait raison ? Edward m’avait-il atteint sournoisement pour me donner un avertissement ? Sam ne me quitte pas des yeux, attendant sûrement que je digère la nouvelle pour me donner d’autres explications. J’ai l’impression que tout mon sang a quitté mes veines et je finis par m’asseoir sur mon tas de pneus. Alors Sam nous explique :
Paul secoue la tête et réplique :
Plus de deux semaines…et Edward n’avait rien fait contre ça … Je relève brusquement les yeux sur Sam et l’accuse :
Je vois mon ami baisser la tête, hésiter puis nous regarder un à un Paul et moi. Il prend une profonde inspiration et déclare :
Je reste abasourdi devant une telle révélation : plus grave ? Plus grave que le fait qu’Edward sache que Bella avait une relation plus ou moins ambiguë avec moi ? Car je ne doutais pas que Leah avait du exagérer la situation pour bien le faire flipper.
Sam hésite encore et continue, crispé :
Ma respiration se coupe deux secondes sous le choc pendant que Paul éclate d’un rire sonore en disant :
Je baisse la tête, honteux face aux accusations plus que fondées de Paul, forcé d’admettre qu’il a raison et qu’en effet, pour un sale type immoral (même si je le soupçonne d’avoir une liaison secrète avec ma sœur), c’était lui qui se tenait le plus droit pour l’instant…
Sam lui lance un regard noir en le piquant :
Ils se jaugent, Sam a un regard noir quand j’entends Paul déclarer :
Je les regarde se toiser avec défi, mais je suis un peu déstabilisé par autant de révélations d’un coup et je ne pense plus qu’à Bella, me demandant ce que je dois faire, si je dois la prévenir ? Si je dois lui parler à lui ? Est-ce qu’il a bien compris ?
Je réfléchis et pense au jour où Bella et moi nous sommes embrassés. Elle revenait de Dallas et avait eu une franche explication avec Edward. Elle disait se sentir soulagée et je me souviens maintenant qu’il lui avait demandé de venir plus souvent voir Charlie…Je ne comprends rien…s’il le savait, pourquoi la pousse-t-elle à venir ici ? Je ne connais pas ce type mais le peu de fois où j’ai traité avec lui, il m’avait l’air quand même de quelqu’un ayant la tête sur les épaules et de parfaitement équilibré. Quel mec pousserait sa femme a aller dans les bras d’un autre sans broncher ?
J’hésite à répondre et capte le regard soupçonneux de Paul qui me connaît bien. J’imagine qu’il a du aussi m’observer depuis quelques jours pour comprendre aussitôt ce que je m’apprêtais à faire. Seulement, ma réaction de tout à l’heure lui a confirmé que je ne pensais pas au Cullen et il va sûrement doubler sa vigilance ! Alors, pour m’éviter cette pénible surveillance, je décide de dire la vérité :
Il se rapproche de moi et ajoute, le regard sombre et triste à la fois :
Sa déclaration me surprend car je ne pensais pas qu’il regrettait certains de ses actes et encore moins de ses pensées. Nous nous dévisageons quelques secondes quand Sam nous interrompt.
Je refuse cette solution ! Je veux vraiment qu’il comprenne et je doute que sa famille soit en mesure de lui faire la morale vu le délinquant que c’est ! Un délinquant qui se promène dans les bois avec un fusil de chasse qui plus est ! Sam comprend à mon regard que je suis réfractaire et soupire.
Je soupire, agacé par leur présence paternelle. En fait, je me sens soudain moins obsédé par ce type car les révélations de Sam sont en train de remplir ma tête et l’angoisse se réveille doucement. J’ai peur pour Bella, peur pour nous…je ne sais pas trop de quoi sont capables les Cullen s’ils apprennent mon existence et pire, si elle se décide un jour à le quitter pour moi ?
Sam me jette un regard entendu, préférant respecter ma décision plutôt que de m’affronter. Je me doute aussi qu’il se sent très mal par rapport à Leah et je lui fais comprendre par un bref signe que nous en reparlerons plus tard. Il nous laisse pendant que Paul reste pensif en jouant du pied avec des cailloux sur le sol terreux du garage.
Un silence s’installe et je me demande ce qu’il attend. Je range ma clef et il finit par lever la tête en affichant une mine satisfaite.
Ce n’est que partie remise, pensé-je.
Il soupire et finalement, prend le chemin de la sortie lorsque je l’arrête brusquement :
Il se retourne, le visage tendu et je vois qu’il hésite à me répondre mais il finit par me dire :
Il hoche la tête et je continue, plus calmement :
Je comprends alors que mon attitude depuis quelques temps l’a vexé et j’inspire profondément avant de déclarer :
Nous nous dévisageons quelques secondes et je vois dans ses yeux que seule la peur qu’il m’arrive quelque chose guide ses paroles. Je soupire, résigné, tout en me disant que j’allais peut-être plus me concentrer sur Bella que sur ma vengeance personnelle. Qu’il faudrait aussi que je retrouve les bébés loups…que finalement, il a peut-être raison, dent pour dent, ça ne mène nulle part…et que oui, je devrais peut-être prendre ce silence d’Edward plus au sérieux ?
Il se retourne et file à nouveau vers la porte mais je l’arrête à nouveau en disant :
Il s’arrête et se tourne à demi vers moi, sans me regarder mais je continue, sans trop savoir comment formuler ça :
Je le vois sourire et ça me fait plaisir de l’avoir un peu déridé. Au moins, cette fois je l’ai prévenu, pas comme pour Leah ! Il secoue la tête et finit par dire en me regardant droit dans les yeux, l’air soudain plus heureux :
Et sur ces mots, il quitte le garage, toujours avec un léger sourire qui me laisse perplexe. Mais mon téléphone portable sonne et lorsque je vois son nom, mon cœur revit avec une force incroyable.
47 – Si avec ça, elle ne comprend pas !
En attendant sur le perron, je me rends compte que je ne suis jamais revenu ici depuis le jour où j’ai voulu offrir ma plume d’aigle à Bella. En fait, ce jour-là a tellement marqué mon esprit que j’ai toujours évité cette rue depuis. Mon père est venu souvent chez Charlie pour regarder des parties de baseball à la télévision mais moi, plus jamais après. Ça me fait donc bizarre d’attendre que Charlie vienne m’ouvrir et de m’imaginer que je vais passer la journée avec Bella ici. Et c’est elle qui m’ouvre la porte, pour mon plus grand bonheur !
Je lui souris, aussi heureux qu’elle et j’oublie pendant une minute ce que je viens d’apprendre de la bouche de Sam. Je ne sais pas encore si je vais lui annoncer ou pas mais pour l’instant, je respire avec délice le parfum de ses cheveux pendant qu’elle se colle contre moi, en enlaçant ma taille.
Elle lève la tête, scrute mon âme pour voir où j’en suis. Je dois avoir l’air normal car elle me sourit et je ne peux m’empêcher de penser que si elle m’avait vu ce matin, elle aurait tout de suite capté les nuages noirs qui habitaient mon esprit. Elle se dégage et prend ma main pour me faire entrer complètement chez son père. Je remarque l’absence de Charlie tout en la suivant dans le petit salon. Elle s’assoit sur le canapé et j’en fais autant. Nous nous dévisageons pendant une minute, nous nourrissant chacun des traits de l’autre…je m’aperçois que revoir son doux visage me fait un bien fou après la semaine que je viens de passer à ruminer des pensées très sombres. Elle me tient toujours la main puis soupire et me dit :
Je pense que ce n’est peut-être pas une bonne idée, si jamais l’autre débarque mais comme il le sait de toute façon… je me demande encore comment je vais lui apprendre ça ? Elle a l’air si heureux…si tranquille. En sachant ça, elle aura peut-être peur de retourner près de lui ? En même temps, ça serait cool pour moi si elle ne voulait plus y retourner !
Elle me caresse les doigts, un léger sourire dessiné sur ses lèvres et je lui demande :
Son visage se crispe et une petite boule se forme dans ma gorge, en souvenir de notre dernier jour ensemble.
En fait, je les avais à peine cherchés ! Trop obnubilé par mon idée de vengeance…alors, en guise de réponse, je hausse les épaules et elle soupire.
Je vois qu’elle ouvre de grands yeux, comme si je venais de lui apprendre quelque chose alors je demande :
Elle me regarde alors avec inquiétude et demande d’une voix faible :
Elle me connaît bien finalement…mais en venant ici, j’ai pris une décision à laquelle je vais me tenir et je lui avoue, en serrant sa main plus fortement :
Ses yeux s’agrandissent et je lui pose mon autre main sur celle que je tiens déjà en ajoutant :
Ses beaux yeux chocolat sont soudain inondés de larmes et je me rends compte que la semaine a dû être aussi difficile pour elle. Je lui caresse la main et murmure :
Elle vient alors se blottir contre moi et je la serre dans mes bras.
Nous restons un moment comme ça et je finis par me caler complètement contre le divan pendant qu’elle se blottit un peu plus contre moi. Je lui caresse alors les cheveux, pensif, cherchant au fond de moi si je dois la prévenir pour Edward ou pas ? Si je dois aller le voir sans qu’elle le sache ou pas ? Si je dois faire quelque chose en fait ? … Pourquoi nous laisse-t-il nous voir en secret ? Est-ce un plan pour mieux nous choper ? Est-ce de l’indifférence ? Attend-il seulement qu’elle lui parle ? Je suis un peu déstabilisé par son attitude. J’entends soudain la porte claquer et Bella relève brusquement la tête, me lâchant par la même occasion en se redressant. Charlie entre dans le salon et nous jette un regard de travers en me disant :
Aussitôt, je sens Bella se crisper à mes côtés et je m’étonne mais je comprends lorsqu’elle demande :
Et il nous plante là pour rejoindre sa cuisine. Bella a quand même du mal à se détendre devant l’incertitude de la réponse mais moi je sais bien qu’elle ne viendra pas, vu qu’elle doit sûrement avoir un rendez-vous secret avec Sam ou attendre que la voie soit libre pour le rejoindre…je me demande franchement ce qu’il compte faire ! Il faudra que j’aille lui parler dès que possible. Je remarque alors le regard inquiet de Bella posé sur moi et je la rassure :
Et je sais aussi qu’elle doit éviter Bella comme la peste après ce qu’elle a fait ! Pour ça, je n’ai même pas envie de parler avec elle. De toute façon, le mal est fait ! Je suis juste déçu car en agissant ainsi, je sais qu’elle a voulu me blesser en pensant qu’Edward interdirait à Bella de venir mais surtout, elle a aussi voulu faire du mal à Bella et ça, je ne suis pas sûr de pouvoir pardonner un jour. Pourtant, j’aurai dû m’en douter…Leah est si impulsive et garce que j’aurai dû sentir le coup venir… mais je ne lui dirais rien car son plan a échoué et que je préfère laisser sa conscience faire le boulot à ma place !
Et puis, cette histoire avec Sam…enfin, je suis mal placé pour la juger, étant donné que je suis en train de faire pareil ! Essayer de piquer Bella à Edward comme me l’a gentiment rappelé Paul…non, je ne pouvais décemment pas juger Leah ! Surtout qu’en tant qu’ami, je devrais même me réjouir pour elle car elle avait enfin touché l’amour de sa vie …même si elle ne l’avait pas encore vraiment pour elle…je connaissais Leah depuis plus longtemps qu’Emily, je devrais être du côté de Leah et si j’étais à sa place, je serais le plus heureux des hommes.
Alors pourquoi je trouve ça mal ?
Il faudrait quand même que je réfléchisse un peu plus à « mon cas »…est-ce que j’ai le droit d’essayer de voler Bella à Edward ? Comment est-ce que je réagirais si j’étais à sa place à lui ? Jusque là, je m’en fichais éperdument mais depuis que je sais pour Sam, Emily et Leah, je me rends compte qu’il faut peut-être voir la situation sous un autre angle… Ne devrais-je pas la laisser tranquille ? Quitter sa vie ? Je la regarde me sourire avec douceur et, tout en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille, je me demande si je ne suis pas en train de la mettre en danger ? Si, sans moi, elle ne serait pas plus heureuse ? Moins partagée, moins déchirée…moins indécise ? Et en plongeant mes yeux dans les siens, je me demande s’il n’est déjà pas trop tard ? Car depuis quelques temps, j’y lis quelque chose qui me bouleverse, quelque chose qui me fait penser « J’ai gagné » et maintenant que je sais pour Edward, j’ai envie de l’arracher à lui pour la protéger car son silence ne m’inspire rien de bon…alors j’hésite un peu puis je lui dis, tout doucement :
Curieusement, je me sens extrêmement calme alors que je devrais être complètement chamboulé parce que je fais, parce que je vais faire et surtout, parce que je vais dire. Mais une nouvelle détermination vient de m’envahir et je gère parfaitement la situation. Alors je me lève et je vais la rejoindre près de la fenêtre où elle vient de se planter. Je remarque ses mains tremblantes mais aussi mon bracelet pendant qu’elle se ronge un ongle. Dans son dos, je l’enlace et pose ma tête sur son épaule puis chuchote à son oreille, à travers ses cheveux :
Comme elle ne répond pas, je me motive en repensant à son attitude depuis quelques temps…lorsqu’elle m’enlace, lorsqu’elle m’a embrassé, lorsqu’elle me regarde avec tout plein d’amour dans les yeux, les mots qu’elle m’a déjà dits au téléphone…et je continue :
Elle baisse la tête et pose ses mains sur mes avant-bras. J’hésite un peu puis retire un de mes bras qu’elle emprisonne et de ma main dégage ses cheveux pour l’embrasser dans le cou avec douceur. Elle ferme les yeux, je la sens frémir et je sais que j’ai raison concernant ses sentiments. Je continue, laissant glisser mes lèvres sur sa nuque, jusque dans le creux…puis je remonte jusqu’à son oreille et capture son lobe, ce qui la fait gémir et trembler si fort qu’elle se dégage presque brutalement.
Elle ne me regarde pas, se passe la main dans les cheveux mais je ne regrette pas ce que je viens de faire et je compte bien recommencer autant de fois qu’il faudra pour qu’elle comprenne ! Je ne vaux pas mieux que Leah mais tant pis…qui veut la fin, prend les moyens ! Et ça, Leah l’avait bien compris…s’il fallait ça pour atteindre le bonheur…alors j’irai contre mes principes et je me battrais pour l’obtenir.
En sentant encore son parfum sur mes lèvres, ma décision est prise : je vais lui faire ouvrir les yeux ! Ça ne peut plus durer comme ça ! Se voir en cachette, se mentir à nous-mêmes…se retenir comme nous le faisons.
Charlie entre à nouveau dans le salon et brise cette tension qui envahi la pièce. Bella regarde toujours par une autre fenêtre, se tenant à distance respective de moi. Mais je ne me démonterais pas ! Cependant, j’ai un autre point à régler et me retourne donc vers Charlie en disant :
A mon regard, il comprend que ça me concerne personnellement et fait une mimique qui m’indique que je l’ennuie de vouloir faire ça maintenant mais qu’il ne peut pas me refuser ça. Il me fait donc signe de le suivre dehors et dit à Bella :
Toujours prostrée et tournée vers la fenêtre, Bella hoche la tête et je sais que je viens de la troubler plus profondément que je ne le voulais.
* * *
Plume par plume
J’avais eu peur qu’après ma déclaration, Rachel ne me rappelle plus, soit par gêne soit par colère…car j’avais choisi le dessin qui ne devait pas lui rappeler les meilleurs souvenirs vu que j’avais fini ma soirée avec Leah lors de ce fameux feu de camp… Ce soir-là, je n’avais même pas hésité à filer avec elle devant Rachel. Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi j’ai fait ça ? Car si je n’ai jamais regretté une aventure d’un soir jusque maintenant, celle-ci me laisse un goût si amer dans la bouche que j’en ai encore parfois la nausée. Surtout maintenant que je sais exactement pourquoi elle m’a allumé, pourquoi elle m’a laissé faire et ce qu’elle a osé faire à Jacob suite à tout ça ! Et maintenant Sam qui trompe Emily…
Enfin, c’est bien la dernière fois que je me fais avoir comme ça ! Pense-je en redescendant ma manche de polo d’un geste sec.
Heureusement pour moi, ma vie commence à prendre un tournant plus agréable. Depuis notre soirée, Rachel m’appelle tous les soirs et je suis même passé deux fois la voir en coup de vent, juste pour l’embrasser et m’imprégner de ses lèvres, de son parfum et de sa chaleur. Bien sûr, pas un mot sur le dessin ni sur le message laissé, mais aucun rejet de sa part non plus.
Elle a déjà commencé l’école et a des soirées très chargées. J’évite donc de l’ennuyer trop longtemps mais après mes journées de boulot, c’est un vrai plaisir de parler une heure avec elle au téléphone, puis encore un peu avant qu’elle se couche. Une fois, elle m’a même téléphoné en pleine nuit, juste pour s’assurer que j’étais bien rentré. Je souris en pensant que c’est vraiment agréable de sentir que quelqu’un s’inquiète pour toi, que quelqu’un t’attend et pense à toi. Une sensation toute nouvelle pour moi à laquelle je suis en train de m’habituer dangereusement. Je me sens vraiment bien en ce moment, je commence même à être en paix avec moi-même et j’en suis presque à croire que je la rends heureuse.
J’enfile ma veste, relève mon col et prends tous mes papiers en suivant la femme jusqu’au comptoir. Mon bras me tire un peu et instinctivement, je pose ma main dessus, sentant la petite boule de coton encore accrochée avec du scotch.
- Deux jours, m’informe la secrétaire en me rendant ma carte.
- Parfait !
Je la salue et quitte la salle comble qui empeste l’alcool à brûler.
En sortant, l’air pur me fait un bien fou. En regardant ma montre, je constate que je viens quand même de passer deux heures à attendre dans cette fournaise pour cinq minutes qui vont me soulager ou me détruire pour tout le restant de ma vie. On me bouscule, je relève la tête de ma montre pour tomber, surpris, sur le doux visage de Rachel qui ouvre de grands yeux en me voyant.
- Paul …, murmure-t-elle, réellement étonnée.
Je me souviens alors que son école est à deux pas et que j’ai vraiment mal choisi l’endroit. C’est vraiment un comble que je tombe sur elle ! Je n’arrive pas à y croire ! Et le pire c’est que je suis venu à Forks pour ne pas tomber sur les autres ! Elle regarde l’enseigne derrière moi et je vois l’inquiétude aussitôt sur son visage. Je soupire, me disant que ça ne sert à rien d’essayer de lui cacher et que le destin a décidé de ne pas me lâcher :
- On marche un peu ? lui propose-je.
- Oui …tu ne m’as pas dit hier au téléphone que tu avais congé aujourd’hui ?
Sa voix est faible et inquiète. Je sais qu’elle se demande vraiment ce que je fais là mais je lui réponds :
- Je n’ai pas congé, je commence plus tard …
Elle hoche la tête, attendant la suite qui ne vient pas alors elle s’arrête et se tourne vers moi mais sans me regarder. Son expression m’inquiète, elle semble confuse, voir même sur le point de pleurer. Aussitôt, je lui prends la main et elle me demande, la voix brisée :
- Paul, je …je voudrais savoir si tu me repousses parce que je t’ai rejeté depuis tout ce temps ?
- Quoi ?! Mais pourquoi tu dis ça ? Murmure-je, bouleversé par sa question.
Elle hésite, ne me regarde toujours pas et je lui prends le menton entre mes doigts pour la forcer à me faire face.
- Rachel...Comment peux-tu croire ça ?
Elle ose enfin me regarder et les larmes coulent sur ses joues. Je la sens toute perdue, je ne comprends pas pourquoi mais j’ai encore sûrement dû faire ou dire un truc qu’il ne fallait pas. Je soupire en baissant la tête, cherchant sur quoi je dois m’excuser pour lui redonner le sourire quand elle sanglote :
- Si tu savais comme j’ai honte de moi, de ce que je t’ai fait subir… toutes les fois où je t'ai ignoré, rejeté, humilié...toutes les fois où j'ai dit du mal de toi...Jacob avait raison et le pire c’est que je le savais…j’ai du te faire si mal !
- Non non, tu ne m’as pas blessé, marmonne-je, dépité.
Pourtant, je lui mens car je me suis senti bien des fois très minable et avec le recul, je me demande si son attitude vis à vis de moi depuis toutes ces années n’est pas justement le déclencheur de tout ça ? De tout ce que j’ai fait …comme par colère, par défi, pour la toucher, la faire réagir ? Car, sans oser me l’avouer, j’avais plus d’une fois penser à elle avec d’autres filles, l’imaginer elle à la place d’une autre…c’est peut-être pour ça que je ne me souviens pas des trois quarts ?
- Tu avais raison de penser ça ! Continue-je malgré moi. Je n'ai pas toujours été quelqu'un de bien, je ne sais même pas si aujourd’hui on peut dire que je suis quelqu'un de bien ! Je fais ce que je peux, tous les jours …ce n’est pas toujours facile de contrer sa nature ou de retrouver celui qu’on aurait dû être…
J’ai l’impression que ma réponse ne lui suffit pas. Elle semble se martyriser de l’intérieur, elle semble vraiment penser ce qu’elle dit et ça me chamboule complètement. Alors je lui murmure, histoire de changer de sujet et surtout, pour l’éclairer sur ma présence ici :
- J’ai fait une prise de sang ce matin…
- Tu es malade ? Demande-t-elle aussitôt, les yeux agrandis par l’angoisse.
- Non, rigole-je pour la détendre, enfin je n’espère pas !
Son regard capture le mien et je vois qu’elle essaie de lire en moi jusqu’au plus loin qu’elle peut. Une lueur apparaît dans ses yeux et je suis soulagé de voir qu’elle a compris.
- Alors c’est pour ça ? Murmure-t-elle. C’est pour ça que tu ne veux pas rester chez moi quand tu viens me voir…
- En grosse partie oui. Ça fait parti de mes résolutions…
Elle me dévisage toujours, comme clouée sur place et je finis par baisser la tête, troublé par son regard perçant. J’inspire, me laisse un peu de temps et finis par lui avouer :
- Rachel…j’ai un lourd passé...féminin. Et je me sens si sale vis à vis de toi…je ne voudrais pas qu’il t’arrive quoique ce soit…
J’ose lever les yeux sur elle et cette fois, son expression n’est plus angoissée ni bouleversée…j’ai d’ailleurs du mal à la définir lorsqu’elle me répond d’une voix tremblante :
- Oh…Paul, ça me touche beaucoup…
Elle secoue la tête, dépitée et je lui demande, inquiet :
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je me rends compte à quel point j’ai perdu du temps…
Mon cœur fait un bond, je la sens si proche de moi à cet instant…je réfléchis à sa remarque et lui réponds :
- Nous n’avons pas perdu de temps, nous n’étions pas prêts. Je n’étais pas prêt, tu n’étais pas prête…
- Non...je ne voulais pas être prête ! déclare-t-elle durement. J’ai toujours agi comme ça, couper les ponts avec la réalité, pour éviter de regarder la vérité en face ! Surtout quant elle est difficile comme la mort de ma mère…
Je la laisse ruminer un peu ses pensées lorsqu’elle ajoute :
- Avec toi, c’est pareil…je ne voulais pas admettre que tu étais quelqu’un qui me plaisait…et surtout…j’ai tellement peur qu’il t’arrive quelque chose…j’ai tellement peur que tu quittes ma vie…
A ces mots, je n’hésite plus et la prends dans mes bras plus brusquement que je ne le voulais mais j’ai une furieuse envie de la posséder là maintenant, en pleine rue ! J’agrippe sa nuque et ses cheveux et passe mes lèvres tremblantes sur sa bouche, son menton, sa gorge, ses joues mouillées par les larmes. Je la sens frémir et son souffle chaud sur mon visage me grise complètement. Son appart doit être à cinq minutes d’ici, je suis en train de devenir dingue et je m’apprête à flancher quand ma propre voix me rappelle ce que je me suis promis. Ça crie tellement fort dans ma tête que je m’arrête tout de suite et capte en même temps le regard d’un passant qui nous sourit d’un air entendu. Ce sourire inconnu me refroidit complètement car je ne veux pas qu’on pense quoique ce soit de Rachel, surtout qu’elle est en train de s’afficher avec moi en public et que ça peut lui porter préjudice pour l’école. Je me dégage un peu d’elle mais sans la lâcher. Je vois ses yeux troubles et je baisse les miens aussitôt, pour éviter de me laisser emporter à nouveau dans ce tourbillon qui me chavire complètement lorsque je la tiens dans mes bras.
Je tente de me calmer et en même temps, je capte sa respiration rapide qui m’indique qu’elle est dans le même état que moi. Alors je l’embrasse à nouveau, plus doucement, plus calmement pour apaiser nos cœurs. Elle se blottit contre moi et murmure contre mes lèvres :
- Tu m’accompagnes jusqu’à l’école ?
Je stoppe notre étreinte et plante mon regard dans le sien, cherchant si elle y tient vraiment. J’y vois de l’espoir alors j’acquiesce, heureux et fier. Je lui prends la main et elle me sourit pendant que nous reprenons notre marche en silence. Au bout de quelques mètres, elle me lâche et passe son bras sous ma veste, autour de ma taille. Je pose donc le mien sur ces épaules et nous avançons, complètement enlacés l’un contre l’autre.
* * *
C’est la première fois que j’ose l’attendre devant son école. Je suis là depuis plus d’une demi-heure et je me rends compte que ça ne me dérange même pas. Elle a un peu de retard car j’ai déjà vu tous les gamins sortirent et leurs parents venir les chercher. Elle ne sait pas que je suis là donc je me doute qu’elle prend son temps. Je l’imagine dans sa salle de classe, à ranger les petites chaises, à préparer ses applications pour le lendemain… je lève la tête vers les fenêtres du bâtiment, espérant la voir mais je ne vois que les lampes encore allumées à un étage. Soudain, une petite femme blonde passe et ses boucles indisciplinées me font sourire car elle ressemble à une poupée. Elle traverse la cour et je soupire, me disant que j’aimerais bien que Rachel sorte. Mais, à ma grande surprise, je vois la petite blonde s’arrêter et se retourner brusquement vers moi puis rependre sa marche inverse et je comprends qu’elle vient me parler. Aussitôt je flippe, me disant que c’est peut-être la directrice qui veut que je dégage car je me doute que mon allure peut paraître suspecte devant une école de gamins. Je regrette d’avoir mis ma veste en cuir noire quand elle me lance :
- Vous êtes Quileute ?
- Euh…oui.
- Vous êtes donc un ami de Rachel ? Ou de sa famille ? Insiste-t-elle.
Je suis soulagé, comprenant que ce n’est pas la directrice qui veut me virer car son ton est amical.
- Un ami oui…
Ça me fait un drôle d’effet de dire ça…oui, maintenant Rachel et moi sommes amis, ce qui est vraiment un grand changement !
- Vous l’attendez ? Elle sait que vous venez ?
Un vrai interrogatoire ! Cette fille doit être flic…je souris et réponds :
- Non, elle ne sait pas que je viens. Mais j’attendrais, pas de problème…
- Mais non ! Entrez ! Vous n’allez pas rester ici une heure ! Car elle m’attend, m’explique-t-elle dans un grand sourire. Nous devons travailler sur notre projet, vous savez ?
- Ah oui…le livre.
Je comprends alors que cette blonde est Kate, l’amie de Rachel que je n’avais jamais rencontrée. Elle me détaille avec insistance puis déclare dans un clin d’œil :
- Suivez-moi.
J’hésite à rentrer chez moi pour l’appeler ensuite mais Kate semble espérer que je vienne avec elle alors je hoche la tête et elle glousse en ajoutant :
- J’en connais une qui va reporter notre rendez-vous !
Je la suis, en souriant légèrement de sa remarque.
J’adore l’ambiance de cette école, les dessins partout aux murs, tous colorés, les petits porte-manteaux, les lavabos miniatures et les petits bancs. C’est vraiment chaleureux et je pense aussitôt à mes souvenirs personnels qui n’ont rien à voir avec ça. L’école de la Réserve était loin d’être aussi lumineuse et accueillante quand j’étais petit. Ou peut-être que mon esprit était déjà si sombre que je ne le voyais pas comme ça ? Disons que, par manque d’argent, l’école n’avait pas des beaux murs peints en jaune comme ceux là ou tout le matériel qu’il fallait pour la décorer aussi bien…je monte les petits escaliers avec Kate, la suis dans un couloir et mon cœur commence à battre lorsque je vois une porte ouverte par laquelle filtre la lumière où je sais que Rachel attend.
Kate me sourit mais je ne la vois déjà plus, je ne vois plus qu’elle. Elle est comme je l’imaginais, assise à son bureau face à toute une rangée de petits bureaux vides, dans une pièce remplies de dessins et de livres. Elle est vraiment dans son élément et je suis heureux qu’elle ait obtenu ce poste, même si ce n’est pas à la Réserve. Kate claironne en entrant :
- Surprise ma belle !
Rachel lève la tête et je vois à ses yeux qu’elle était plongée dans son petit monde. Mais ils s’agrandissent aussitôt lorsqu’elle me voit et pour mon grand plaisir, je la vois rougir.
Kate rit doucement en lui reprochant :
- Ce n’est pas bien de me cacher des surprises comme celle là !
- Paul…, murmure-t-elle, troublée.
Elle se lève et je la rejoins dans un grand sourire. Elle hésite et je comprends qu’elle n’ose pas m’embrasser devant son amie à qui elle a complètement caché mon existence apparemment. Je me penche alors et dépose un bref baisé sur sa joue en lui chuchotant :
- Salut…
Je la sens vraiment crispée et je regrette soudain d’avoir suivi Kate car je ne voulais pas la mettre mal à l’aise.
Kate dépose ses affaires sur le bureau de Rachel et propose :
- On reporte si tu veux ?
- Non, non…, dit-elle aussitôt.
Cette fois, je regrette vraiment et lui dis :
- Je voulais juste te voir mais je reviendrais plus tard…j’appellerais cette fois.
Elle me regarde, encore un peu perturbée (ou ennuyée ?) de me voir ici puis répond :
- Non…tu peux rester…
- Je vous dérange…
- Non, murmure-t-elle, c’est seulement que…
Kate sort de la pièce en disant d’une voix assez forte :
- Je reviens ! Je vais me chercher une bouteille d’eau…
Rachel sourit légèrement puis me regarde à nouveau. Je me sens prêt à la quitter quand elle me déclare :
- Je suis tellement contente de te voir…j’ai pensé à toi toute la journée.
- Ah oui ? Murmure-je, la gorge soudain serrée. Mais je vois bien que je te dérange, je vais te laisser…
- Oh non, reste…s’il te plait. Tu ne me déranges pas, au contraire, c’est seulement que…je gère mal mes émotions et là, j’ai du mal à me remettre de te voir, m’avoue-t-elle dans un faible sourire.
Elle tend son visage vers moi et je capture aussitôt ses lèvres. Comme à chaque fois elle soupire et cette fois, je comprends que c’est vraiment de plaisir ce qui me rend complètement dingue. Mais j’entends les pas de Kate qui remonte l’escalier et me dégage pendant que Rachel pose brusquement sa main sur le bureau, chancelante. Je lui tiens le bras et elle me sourit, les joues rouges sur sa peau mate qui lui donne un air d’enfant. Cette fois, j’en suis sûr, je la rends heureuse !
Kate entre et pose sa bouteille sur la table sans nous regarder. Elle semble gênée et pour les mettre plus à l’aise je déclare :
- Je vais aller faire un tour, j’ai des courses à faire.
Rachel me regarde, soudain attristée mais j’ajoute :
- Je reviens dans une heure. Travaillez-bien !
Elle acquiesce, admettant qu’elle y arrivera mieux si je ne suis pas là. Je dépose un nouveau baisé sur sa joue et quitte cette pièce dans laquelle je me l’imaginerais tous les jours maintenant.
Lorsqu’elle me rejoint devant les grilles, Kate l’accompagne et en passant devant moi, elle me lance :
- Elle n’a rien fait ! Vous auriez mieux fait de rester …
- Kate ! Râle Rachel, gênée.
- Mais c’est vrai ! Tu as rêvassé et c’est moi qui aie tout fait !
Je rigole devant l’embarras de Rachel et Kate nous salue en rejoignant sa voiture. Amusé par ses boucles qui gigotent comme des ressorts, je la regarde s’éloignée en souriant. Je remarque alors que Rachel m’observe. Je caresse sa joue et déclare :
- Désolé de t’avoir perturbée …
- Ce n’est rien, c’était très agréable.
- Ah oui ? Tu commences à apprécier les émotions fortes ? La taquine-je.
Son front se plisse soudain et elle demande :
- Tu as eu tes résultats ?
- Oui...tout va bien, confirme-je dans un grand sourire.
Je les ai reçus ce matin et c’est la raison pour laquelle je voulais absolument la voir aujourd’hui. Pour lui annoncer…
Je suis content qu’elle m’ait posé elle-même la question, preuve qu’elle s’inquiète pour moi et que notre relation prend de l’importance pour elle.
- Je n'en doutais pas, affirme-t-elle en hochant la tête.
- Je ne voulais prendre aucun risque, je ne me le serais jamais pardonné.
Elle me fixe, encore troublée, elle hésite puis me demande d’une petite voix :
- Alors maintenant, tu seras moins ...distant ?
Je reste perplexe puis me souviens sa remarque deux jours plus tôt quand elle m’a reproché de la repousser. Et moi qui pensais qu’il fallait que je sois sérieux ! Encore une fois, je me suis planté ! Je lui caresse la joue et elle ferme les yeux. Je me rapproche d’elle et murmure, mon visage presque contre le sien :
- Je ne savais pas que tu étais si impatiente...
Elle déglutit, rouge et gênée puis elle m’avoue, la voix un peu rauque :
- Disons qu'à chaque fois qu’on se voit, je me prépare psychologiquement et à chaque fois que tu repars, je me sens...frustrée.
Mon cœur cogne si fort que je suis étonné qu’elle ne l’entende pas ? Je la contemple pendant qu'elle fixe le sol. Elle hésite puis elle lève les yeux sur moi. Je vois alors qu'elle n'arrive pas à me dire ce qu'elle veut et je lui demande en chuchotant :
- Dis-moi…
- J’aimerai que la prochaine fois, tu ne repartes pas …
Mon palpitant s’accélère à fond, je suis dans un état second et si je n’étais pas contre elle, mes jambes m’auraient lâchées, à coup sûr. Seulement, je me reprends, pose mon front contre le sien pour y puiser toute sa chaleur et tout en lui caressant les cheveux, je demande :
- Tu n’as plus peur ?
- Non...plus maintenant...je me sens très proche de toi. Maintenant je suis prête…j’ai même hâte, m’avoue-t-elle dans un souffle.
- Ok…, réponds-je la gorge si serrée que j’ai du mal à déglutir.
Je me rends compte que pour la première fois de ma vie, moi j’ai peur. Une très grosse peur de la décevoir !
* * *
48 – Mordue
J’aimerai revenir au moment où Jacob était encore juste mon ami. Même si au fond de moi, je voulais déjà plus et que je n’ai rien fait pour empêcher ce qui se passe dans mon cœur…c’était quand même plus simple…disons que j’étais plus heureuse, moins déchirée, moins bouleversée. J’ai l’impression de flotter dans l’espace noir, sans aucune lumière pour me guider…c’est le néant, je ne sais pas où je dois aller, quelle direction prendre, je suis seule, j’angoisse, parfois même je panique, j’ai envie de crier à l’aide, que quelqu’un vienne me sortir de là mais je me dis que je me suis mise dans cette situation toute seule et que c’est à moi d’en sortir...La déclaration de Jacob résonne dans ma tête depuis hier, je n’entends plus que ses mots, je n’entends plus que sa voix, je suis sourde à tout, je ne vois plus rien d’autre que lui et mon cœur tambourine ma poitrine avec force, non stop depuis des heures, m’empêchant de respirer correctement et de réfléchir correctement…Pourtant, il va bien falloir que je me secoue, que je prenne une décision et je sais aussi qu’une fois ma décision prise, je ne devrais plus faire marche-arrière. De toute façon, si je choisis de rester avec Edward, je n’aurai plus d’autre alternative que le mariage. Et si je décide de le quitter, ça sera définitif car sa famille ne permettra pas de scandale. Ce qui m’amène à penser que je dois faire un choix rapidement car les Cullen continuent de préparer notre cérémonie qui doit se dérouler l’année prochaine. Il me reste du temps mais on dirait qu’ils ont choisi ce moment de doute pour accélérer les choses. Peut-être espèrent-ils me faire prendre conscience de l’importance de ma relation avec Edward et me faire réfléchir une dernière fois ? Si c’est le cas, c’est réussi car même Edward semble soudain au bord de la panique. En tous cas, il est dans la même incertitude que moi, ce qui me soulage quelque part. Mais le plus gros doute qui me hante est surtout celui-ci : est-ce que j’aime encore Edward ? La réponse hurle dans mon esprit si fort que je ferme les yeux. Pourtant aussitôt, une petite voix me demande de bien réfléchir et parfois, j’aimerai vraiment qu’elle se taise ! J’aimerai devenir insouciante, spontanée, laisser cette folie m’envahir et m’emporter avec elle…Je frissonne en sentant encore le souffle chaud de Jacob dans mon cou. Je ne peux plus le nier, il me fait ressentir des sensations que je n’ai plus ressenties depuis très longtemps. Je sais qu’il m’apportera ce que j’attends et qu’Edward ne me donne plus. Je sais qu’avec lui, ça serait différent…
Je quitte la baie vitrée pour aller m’asseoir sur le canapé des Cullen. La villa est si silencieuse…en fait, qu’ils soient là ou pas, cette maison est silencieuse, comme un tombeau. Seule la jeune Alice apporte un peu de vie et maintenant qu’elle est partie pour quelques jours, on sent vraiment la différence. C’est quelque chose dont je n’avais jamais vraiment pris conscience et qui me choque à cet instant. Je pense alors qu’elle serait vraiment triste si je quittais Edward mais je me fais la promesse de continuer à la voir si les choses en arrivent là.
Des talons approchent derrière moi et je me tends aussitôt. J’attrape un magasine pour me donner une contenance et prends automatiquement l’air absorbé pour mettre une barrière invisible entre nous. Mais, au lieu de passer son chemin comme d’habitude, Rosalie vient s’asseoir juste en face de moi en croisant les jambes et attend. Au bout d’une minute, je lève les yeux sur elle et mon cœur fait un bond face à la dureté de son regard mais surtout face à la détermination et au mépris que j’y lis. Je la toise, un pli amer sur mes lèvres et je vois les siennes sourirent légèrement, comme amusée par mon attitude trop sûre de moi. Elle mesure ses paroles puis déclare, froidement :
Comme je ne réponds pas, elle ajoute :
Je déglutis, me sentant soudain comme une traitresse suprême…je la fixe toujours, tentant de ne pas me démonter et elle me dévisage avec arrogance.
Elle ricane doucement, lève les yeux au ciel et répond :
Je me lève d’un bond, furieuse face à son attaque et elle rit de plus belle. J’ai bien conscience que je viens de perdre mon sang froid, indice très révélateur de mes sentiments et qu’elle jubile devant ça. Je suis en colère mais pourtant, je viens de stopper mon envie de partir, histoire de ne pas fuir face à cette vipère. Alors elle se lève et vient se placer juste à côté de moi. Je sens son souffle près de mon visage mais je fixe toujours la petite table face à moi, trouvant un intérêt soudain au pot de fleur qui l’orne. Elle retire une mèche de mes cheveux et approche plus près en chuchotant à mon oreille :
Ma respiration s’accélère et je tourne légèrement la tête vers elle, l’incitant à continuer car je sens qu’elle va me révéler ce que j’attends :
Mon cœur frappe si violemment ma poitrine qu’elle se soulève rapidement pendant que je tente de retrouver mon souffle. Ses mots « depuis des années » me font tourner la tête.
Je ferme les yeux, je n’ai pas encore ouvert la bouche, j’en suis incapable et la nausée, je la ressens déjà, me serrant la gorge, me donnant le vertige…
Sa main effleure mon visage et je mets quelques secondes à comprendre qu’elle tient un bout de papier entre ses doigts. Spontanément, je lui prends d’une main tremblante et elle rit doucement en m’expliquant :
Alors, les jambes tremblantes, je retourne près du fauteuil et m’y laisse presque tomber. Au bout d’une minute où je n’ai toujours pas lâché la feuille du regard, je me décide à l’ouvrir et j’y découvre deux mots plus deux codes à six chiffres. Même si sa révélation ajoutée à celle d’Alice devrait presque me suffire, l’envie de voir de mes propres yeux la preuve qu’elles avancent me démange. Oui…je trouverais le moyen d’entrer sur son ordinateur ou d’écouter sa messagerie… je le ferais ! Car cette preuve, j’en ai besoin…pour moi, pour ma conscience, pour ne rien regretter, pour me laver de toute cette honte qui m’habite depuis que j’ai embrassé Jacob…pour ne plus être la seule à avoir trompé !
La nuit tombe et je sursaute lorsque la porte qui mène au garage s’ouvre sur Carlisle qui entre avec sa sacoche, me souriant légèrement au passage tout en me saluant. Comme tous les jours, il file dans son bureau et je me rends compte que je suis restée prostrée sur ce fauteuil pendant des heures. Je reprends un peu mes esprits, repliant la feuille chiffonnée par l’humidité de mes doigts qui la tenaient fermement et en me levant, je l’enfonce dans ma poche arrière, les lèvres pincées. En montant doucement les escaliers qui mènent à « sa » chambre (car bizarrement, je ne la vois plus comme « notre » chambre), j’essaie d’élaborer un plan en fonction de ses habitudes, cherchant comment je pourrais ouvrir son ordinateur portable sans qu’il ne s’en rende compte, tout en me laissant assez de temps pour consulter sa messagerie…puis je réfléchis à la façon dont je pourrais écouter ceux de son téléphone…
Au bout d’une heure, je vois sa voiture entrer dans la propriété et mon cœur s’accélère aussitôt. Edward rentre-t-il de sa journée avec Victor ? Ou peut-être avec cette fameuse française ? Mais surtout, il rentre avec son ordinateur et son téléphone portable ! Je me lève d’un bond, bien déterminée à trouver une faille ce soir car je veux savoir et rapidement ! Il est hors de question que cette journée se termine sans que je ne sache la vérité ! J’entends la porte d’entrée claquer, des voix, sûrement Edward qui parle avec sa sœur ou son père…puis des pas dans l’escalier. Mon cœur bat plus vite car je sais que mes « preuves » se rapprochent, que j’aurai tout à portée de main dans quelques secondes et que démarre maintenant une véritable stratégie pour moi : celle de les obtenir sans qu’il ne le sache ! Ou du moins…que je puisse les avoir avant qu’il ne m’en empêche…
La porte de la chambre s’ouvre et je me retourne vers lui, souriante. Je me sens soudain étrangement calme malgré la situation. Ma détermination est devenue comme celle de Rosalie et pendant quelques secondes, j’imagine ce qu’elle doit ressentir lorsqu’elle met un plan à exécution et qu’elle calcule pour qu’il réussisse !
Edward me rend un sourire et pose sa mallette sur le lit. Aussitôt, mon regard se pose dessus et j’ai envie de foncer pour le prendre mais je me retiens et demande d’une voix légère :
Je déglutis, soudain anxieuse à l’idée qu’il retourne la situation. Qu’il me mette au pied du mur avec cette histoire de voiture et que je n’ai pas le temps de mettre mon plan en œuvre.
Pas de réponse. J’espère que la conversation ne va pas dévier. Mais soudain, j’entends l’eau couler dans la douche et aussitôt mon regard se pose à nouveau sur la sacoche d’Edward. Mon pouls s’accélère…c’est maintenant ou jamais ! J’ai l’impression d’être dans un mauvais film, où le suspense atteint son comble lorsqu’un agent secret doit obtenir des informations sans se faire tuer. Mes mains tremblent mais je viens d’ouvrir la valisette et mes doigts effleurent déjà le plastique dur de l’ordinateur. Je le sors, le pose sur le lit, hésite encore en écoutant l’eau couler puis l’ouvre et prie pour qu’il soit en veille. Aussitôt, l’écran s’allume et le petit carré blanc apparaît. Je prends la feuille de ma poche arrière et fébrilement, je la déplie pour vérifier le mot indiqué par Rosalie. Une fois tapé, la fenêtre disparaît et je me trouve dans l’espace privé d’Edward sur lequel je découvre des tas de dossiers concernant son travail. J’ouvre l’icône qui me donne accès à Internet et sa messagerie s’ouvre. Mon cœur s’arrête et mes oreilles bourdonnent à cause de l’angoisse. Tremblante, je tape l’autre mot de passe et la fenêtre sur sa messagerie s’ouvre comme par magie. Epoustouflée devant l’exactitude des informations fournies par Rosalie, je reste quelques secondes inerte, à réaliser ce que je suis en train de faire. L’eau de la douche s’arrête et un coup chaud dans le ventre me coupe la respiration. Rapidement, je parcoure les noms d’expéditeur de ses mails mais ma vue se brouille alors je tente de me calmer pour mieux regarder. J’entends un bruit mat dans la salle de bain, mes jambes flageolent mais mon regard capte soudain une adresse française. Je parviens à cliquer dessus, je ne comprends rien mais le contenu semble purement professionnel. Alors je retourne sur la liste des messages et je vois tout à coup une autre adresse française. J’ouvre le message mais j’ai juste le temps de constater que celui semble plus privé lorsque les bruits en provenance dans la salle de bain m’indiquent qu’Edward va bientôt sortir. Je ne prends pas plus de risques. Je ferme tous les fenêtres et claque la face du portable pour le glisser rapidement dans sa sacoche. La porte s’ouvre lorsque je suis déjà assise sur le lit, tout en prenant l’air le plus détaché possible. Edward sort, une serviette autour de la taille, ne me regarde même pas et va jusqu’à son armoire pour sortir des vêtements décontractés pour la soirée. Je déglutis, espérant n’avoir rien laissé qui indiquerait que j’ai touché à son ordinateur. Edward s’habille puis revient vers moi. Mon pouls s’accélère violemment lorsque je vois ses yeux se poser sur sa sacoche mais il la prend et va la poser sur son bureau. J’appréhende soudain qu’il décide de me parler de ma voiture mais notre téléphone de chambre sonne et au bout de deux sonneries où je remarque qu’Edward continue à ranger ses affaires, je me décide à décrocher.
Je déglutis. Encore ce mariage ! A croire que les Cullen n’avaient plus que ça en tête !
Je raccroche et déclare :
Edward hoche la tête tout en fermant la porte de l’armoire puis s’approche de moi et je sens qu’il hésite. Intriguée, je l’invite du regard à me dire le fond de sa pensée. Il affiche une mimique que je connais bien. Celle lorsqu’il est ennuyé. Puis, à ma grande surprise, il me dit d’une voix très calme :
Alors j’ajoute sans même réfléchir :
Je hoche la tête, lèvres pincées et son regard se fait plus triste. Alors je comprends que nous y sommes : qu’il va me parler de Jacob et que je vais lui parler de sa française. Il quitte la chambre, me laissant seule avec l’ordinateur, son téléphone portable et là, je reste prostrée sur le lit, ne sachant plus quoi faire. Est-ce que j’attends qu’il m’explique, sans être sûre qu’il me dira la vérité ou est-ce que je vais chercher la vérité moi-même ? Histoire d’avoir toutes les cartes en main…les minutes passent et je prends soudain conscience que je suis en train de laisser filer ma seule chance. Je me lève d’un bond et ouvre la porte de l’armoire, fouille la poche de sa veste et capture son téléphone. J’ouvre le clapet, il est encore allumé, je n’aurai donc qu’un code à taper. Je cherche le numéro de sa messagerie quand soudain la porte s’ouvre et mon cœur fait un bond si fort que j’en lâche presque l’appareil. Sur le seuil, Rosalie me toise en souriant, satisfaite de me trouver à faire ce qu’elle attendait de moi. Elle referme la porte, nous nous dévisageons quelques secondes, ses boucles blondes parfaites encadrent son visage angélique mais ses yeux sont noirs et froids. Je ne sais pas ce qu’il se passe mais une vile alliance nous unit soudain. Sans la quitter du regard, je tape le code à six chiffres que je n’ai eu aucun mal à retenir et une voix me guide pour que j’atteigne les anciens messages. J’exécute les directives, toujours mes yeux plongés dans ceux de Rosalie, collée contre la porte à guetter le retour d’Edward. Je n’ai pas besoin d’attendre longtemps pour entendre une voix qui prononcent des mots que je ne comprends pas mais la fin du message ne me laisse plus aucun doute lorsque la fille prononce un « Je t’aime, tu me manques » dans notre langue mais avec un accent qui me semble familier. Mon corps semble tellement inerte, j’ai l’impression que mon cœur s’est arrêté de battre et pourtant, je suis toujours dans cette pièce face à Rosalie qui me sourit, glaciale. Je referme le téléphone et le pose sur la table. Je me dis que, à lire ou à écouter, de toute façon, je ne comprendrais pas l’exact teneur de ses messages et que ça ne sert même à rien que j’ouvre l’ordinateur, que les faits sont là. Je dois être très blanche car Rosalie ricane puis elle m’annonce :
Elle se rapproche et continue :
La pièce semble tourner violemment autour de moi, tous les sons semblent étouffés sauf la voix de Rosalie qui siffle dans mes oreilles comme un serpent.
Sa voix vient de se perdre et je mesure alors tout ce qui a pu se tramer derrière mon dos entre elle et les Cullen…entre Edward et ses parents…entre Rosalie et son frère…J’imagine Edward, déçu de la décision de ses parents concernant cette fille, jeter son dévolu sur moi pour essayer de l’oublier…ses parents contre cette fille mais aussi contre moi, sûrement mécontents qu’il décide de m’épouser par pitié ! Car ils connaissaient ses sentiments vis-à-vis de cette française…j’entendais encore les paroles d’Edward : « mes parents m’en ont voulu…pour plusieurs raisons…mais principalement pour le fait qu’ils estiment que je ne suis pas honnête avec toi ». Ses mots prenaient tout leur sens… m’avait-il aimé ? Vraiment ? N’étais-je qu’une aventure au départ ? Avait-il continué à la voir ? La voyait-il encore ?...oui, c’est évident…puisqu’elle était revenue de France pour lui…elle qui attendait depuis la majorité d’Edward qu’il vienne la rejoindre et qui avait fini par venir ici pour le convaincre de la suivre. Et lui qui depuis un an, depuis le moment où j’avais senti un changement dans notre relation, regrettait sûrement chaque jour qu’il passait à mes côtés alors qu’il aurait dû partir loin d’ici.
Soudain, un violent spasme me secoue et les larmes brulantes coulent sur mes joues sans que je ne cherche à les arrêter devant Rosalie. Alors, je pleure, je pleure toutes les larmes de mon corps, je ne pleure même pas parce qu’il me trompe non…je pleure parce que depuis tout ce temps, j’avais lutté contre ce que je ressens pour Jacob, je l’avais même repoussé ! Je m’étais retenue une bonne centaine de fois de l’embrasser et tout ça pour quoi ! Pour me rendre compte que j’ai perdu mon temps !
Rosalie a gagné ! Je quitte cette villa !
En prenant mon sac et ma veste en jeans qui est la seule à laquelle je tiens, je la bouscule au passage et quitte la pièce. Je l’entends encore ricaner derrière moi pendant que je dévale les escaliers. Une fois en bas, j’entends Edward parler avec sa mère dans la salle à manger. J’hésite puis la rage me submerge à nouveau lorsque je comprends le mot « mariage ». Alors j’attrape la poignée de la porte et l’ouvre brutalement. L’air frais du soir me surprend mais je descends les marches du perron, bien décidée à partir droit devant moi sans m’arrêter. Cependant, j’entends la voix d’Edward crier de la maison :
Je continue d’avancer, déterminée, mais il me choppe le bras et me force à lui faire face. Je mets quelques secondes à le regarder pendant qu’il me demande, inquiet :
Alors, je plante mes yeux dans les siens agrandis par l’incompréhension et je lui annonce, sans hésiter cette fois :
Edward se retourne brièvement vers sa sœur puis me regarde à nouveau, perdu. Pendant quelques secondes, il me fait de la peine mais je me ressaisis et ajoute :
Je souris, respire un grand coup en me passant la main dans les cheveux, puis je lui dis :
Cette fois, Edward ne me coupe pas. Je le vois se mordre les lèvres et réfléchir puis il hoche la tête. Des phares nous éclairent et je reconnais le moteur de ma Chevrolet qui entre dans la cour. Alice se gare près de nous et je ne peux m’empêcher de penser qu’elle tombe vraiment à pic. Elle descend de la voiture et vient se placer près de nous, encore toute excitée par son week-end.
Nous nous dévisageons Edward et moi et au bout de quelques secondes, elle comprend qu’elle vient de nous interrompre et demande, inquiète :
Je prends les clefs de ses mains et lui dis :
Les yeux dans le vide, Edward n’a toujours pas prononcé une parole. Alice hésite encore puis file vers le coffre et sort ses sacs qu’elle pose dans la cour. Une fois qu’elle a fini, je jette un regard à Edward et il se décide enfin à me voir. Alors je leur dis :
Je remarque ses yeux brillants et m’en veux soudain de lui faire autant de peine mais je ne peux plus. Mon cœur n’est plus ici. Je m’approche d’elle et la prends dans mes bras. Elle sanglote et je vois la main d’Edward se poser sur ses épaules et lui murmurer :
Mon cœur se brise mais je tiens bon en la lâchant. Je lui serre les doigts affectueusement puis les quitte. En montant dans ma voiture, j’expire un grand coup et démarre le moteur, heureuse d’avoir ma voiture pour pouvoir quitter cet endroit le plus vite possible et surtout, pouvoir rejoindre Jacob dans quelques minutes.
49 – Je suis à toi
Je jette un coup d’œil à sa moto qui ressemble plus à une mobylette qu’autre chose et acquiesce pour le rassurer.
Comme à son habitude, il espère que je vais lui refiler mon devoir avant de le rendre, pour vérifier qu’il a bien tout compris aux questions posées mais surtout pour recopier. Mais cette fois, j’ai eu la tête un peu prise et je n’ai pas encore commencé ce fichu devoir pour la fin de la semaine. Je secoue donc la tête et il râle mais j’oublie aussitôt son mécontentement lorsque je vois la Chevrolet de Bella entrer dans ma propriété. Comme nous sommes derrière le garage, je m’éloigne un peu des gars pour qu’elle me voie et elle capte aussitôt ma présence lorsqu’elle claque la portière de la voiture. Je la regarde avancer vers nous, les mains dans les poches de sa veste en jeans, le visage fermé, yeux baissés vers le sol. Nous ne nous sommes pas parlés depuis hier et ma déclaration me fait maintenant rougir. Hier, j’étais sûr de moi, aujourd’hui, je me sens plus sensible…c’est peut-être parce qu’elle ne m’a pas répondu sur le coup et que je n’ai reçu aucune réponse depuis hier que je me sens moins sûr de moi…pourtant, elle est là, elle vient vers moi et mon cœur bat la chamade pendant que Quil et Embry me parlent et que je ne les entends pas.
Une fois qu’elle est à notre hauteur, elle lève les yeux sur moi et j’ai l’impression qu’un fil nous connecte aussitôt…quelque chose vient de traverser son regard comme un éclair et je me demande si elle ne vient pas me parler du fait qu’Edward sait pour moi. Peut-être lui a-t-il parlé ? En tous cas, elle est là pour m’annoncer quelque chose car son attitude a l’air très déterminé. Elle salue brièvement Embry et Quil puis avance vers moi et je lui dépose un baiser sur la joue. Elle me regarde fixement, toujours silencieuse et j’essaie de me concentrer à nouveau sur mes copains.
Mais Bella continue de me fixer avec une telle intensité, que je finis par leur dire :
Un bref signe et ils nous laissent. Nous les regardons s’éloigner, l’un à côté de l’autre en silence puis, une fois que la voiture d’Embry est sur la nationale, Bella me chope la main et m’entraine à l’avant du hangar.
Elle semble très sérieuse et je comprends qu’elle veut me parler de quelque chose d’important.
Nous nous dévisageons, ma stupeur doit se lire sur ma tête et je reste sans voix. Si je m’attendais à ça ! Bella se mord les lèvres puis répète :
Elle m’entraine dans le garage et essaie de refermer la porte derrière nous sans me lâcher. Je la pousse quand même un peu pour l’aider et je vois qu’elle cherche quelque chose pour la verrouiller. Mon cœur s’accélère mais je parviens quand même à réfléchir correctement et je prends une barre pour bloquer les battants. Je lui souris, pour la rassurer sur le fait que maintenant c’est bien fermé. Alors elle m’embrasse puis murmure dans un souffle:
Ma gorge se noue, je n’arrive pas à répondre quoique ce soit. La sentir comme ça dans mes bras, complètement consentante cette fois, me fait un drôle d’effet.
Elle jette un regard circulaire et je vois qu’elle le fixe sur un tas de couvertures et de draps que j’ai pour mes voitures. Par la main, elle m’attire vers le fond du garage, derrière ma Golf, et prends un drap en passant.
Je prends alors tout le tas et elle sourit joyeusement. Avec un peu d’empressement, je pose les couvertures par terre puis les draps. Elle se met à genoux dessus aussitôt, retire sa veste et m’attire vers elle, puis contre elle avec une certaine violence. Elle m’embrasse avec fougue puis, je sens qu’elle se calme doucement et que ses baisers se font plus tendres, plus lents…plus sensuels. Puis, en m’attirant par le cou, elle s’allonge et je me retrouve sur elle, le cœur au bord de l’explosion. Cette situation est arrivée si vite que ma tête me tourne. Je reprends mon souffle, enfouis mon visage dans son cou pendant qu’elle me sert fort contre elle en gémissant. Elle respire ma peau dans le cou puis dépose des baisers tout le long. Je me redresse pour planter mon regard dans le sien et elle me chuchote :
Je prends alors pleinement conscience qu’elle compte bien passer la nuit ici, sur cette paillasse de fortune, dans mes bras et l’angoisse mélangée à l’excitation de pouvoir enfin partager avec elle ce que j’ai toujours voulu m’envahit. Ma gorge se serre d’appréhension, je sens que je commence un peu à paniquer mais ses caresses sur mes épaules et mon dos me détendent progressivement. Je sens alors ses mains froides se glisser sous mon tee-shirt et, elle remonte tellement haut que je finis par stopper mes baisers pour le retirer. Nous nous sourions et je l’embrasse à nouveau, fou amoureux. Elle soupire et j’ose passer ma main sous son chemisier pour caresser ses dessous en dentelle que j’avais trouvé magnifiques sur la plage, le soir de notre baignade. Elle se cabre, gémit, soupire et je sens que je vais devenir fou. Puis, elle se dégage et retire carrément son chemisier avant de m’embrasser à nouveau, haletante. Je commence à avoir moins peur, à prendre plus d’assurance mais je sens que le moment est proche et j’espère ne pas la décevoir. Sentir la peau de son ventre contre la mienne me donne très chaud et encore plus lorsque je sens ses mains déboutonner mon jeans. Je m’arrête car ma panique vient de me reprendre mais elle ne capte pas mon regard, trop occupée à passer ses mains dans le vêtement pour le faire glisser. D’un coup de jambe, je l’aide et d’une main tremblante, je déboutonne le sien. Elle me fixe et cette fois, j’essaie de lui transmettre mes doutes me concernant par le regard. Elle sourit tout en virant son jeans d’un coup de rein. Je reste un moment émerveillé devant sa beauté et j’ose poser ma main sur son ventre que je caresse, puis ses hanches et je la fais descendre doucement le long de ses cuisses pour remonter petit à petit jusqu’à sa nuque que j’emprisonne pour l’attirer contre moi. Sans réfléchir, je lui balance dans un chuchotement :
Je regrette aussitôt mon aveu mais elle me sourit, le regard chargé de tendresse et me répond :
Ses mains sur mes hanches, elle me presse contre elle et je la sens vibrer de partout. Puis ses mains remontent le long de mon dos et je sens qu’elle dénouemes cheveux. D’un air satisfait, elle me sourit puis plonge son visage dedans en murmurant :
Je l’embrasse à nouveau mais je sens qu’elle s’impatiente. Alors j’ose retirer ses derniers vêtements tout en la couvrant de baisers, histoire de ne pas capter son regard qui me ferait arrêter. Elle fait la même chose et lorsque je me retrouve à nouveau contre elle, sentir son corps complètement nu contre le mien me semble soudain si doux. Curieusement, ça me calme et je savoure cette sensation avec plaisir. Ses mains parcourent mon corps entièrement et je me sens soudain plus audacieux. J’ose placer mon genou entre ses jambes pour mieux me caler quand soudain un coup chaud dans le ventre me rappelle que je n’ai encore pas l’essentiel ! Encore moins dans mon garage ! Je stoppe mon étreinte et la dévisage, craignant que comme avec Leah, elle profite de ce moment pour renoncer. Mais elle comprend le message et chuchote :
Surpris mais content qu’elle ait ce qu’il faut, je tends le bras et attrape sa veste en jeans. Elle me la prend des mains, fouille deux secondes dedans et la jette. Je la regarde ouvrir ce truc dont je ne me suis jamais servi et déglutis, à nouveau envahi par la panique…mais voilà, moi qui m'était toujours demandé comment est-ce que je ferais ce jour-là ? Si j'allais assurer, mettre ça dans le bon sens...En quelques secondes, Bella me l’a mise et est déjà en train de m’embrasser de plus belle sans se rendre compte de l’effet que ses mains viennent de produire en moi. Mais soudain, elle stoppe ses baisers et me regarde avec beaucoup d’attention. Je sens ses mouvements contre moi et me laisse guider…alors, j’oublie tout et me concentre uniquement sur elle.
Je pense que ce moment sera le plus inoubliable de toute ma vie et qu’il doit l’être pour chaque homme qui vit ça la première fois…cette sensation d’être enveloppé de douceur et de chaleur…de partir dans un monde complètement inconnu où son corps atteint un niveau de sensibilité extrême. Tout disparaît autour de moi, je ne sens plus que son corps moite contre le mien, je ne sens plus que son odeur et je n’entends plus que sa respiration et ses gémissements. Je n’aurai jamais pensé vivre un truc pareil, je me sens complètement transporté dans une bulle remplie de coton, juste avec Bella.
Jamais je n’oublierai son visage, je ne me suis fixé que là-dessus lorsque je l’ai sentie s’envoler avec moi. Elle est devenue encore plus belle, ses yeux se sont mis à briller et ses lèvres sont devenues plus rouges. Elle était vraiment magnifique…
Puis, elle détache son regard du mien, encore haletante et se niche dans mon épaule. Je l'entends souffler quelque chose dans mon cou que je ne comprends pas mais je n’ose pas briser ce moment merveilleux en la faisant répéter car elle semble avoir du mal à reprendre pied. Moi-même, je commence à me rappeler que nous sommes dans mon garage et je savoure d’autant plus son corps contre le mien, bien vivant, bien réel, plus comme dans mes rêves.
Mais lorsqu’elle me regarde à nouveau, je vois des larmes couler le long de son visage, mouillant ses cheveux. J’angoisse, repensant à ce qu’à vécu Paul avec Leah et demande aussitôt, inquiet :
Elle se mord les lèvres, fixe le plafond les yeux remplis de larmes et je demande :
Elle renifle et dépose un baiser brulant sur mes lèvres. Hésite, plonge son regard dans le mien et murmure :
Elle s’arrête, cherche ses mots dans mes yeux puis ajoute :
Je ne sais pas quoi répondre à ça, c’est vrai que moi aussi, j’aurai préféré mais voilà…sans Edward, Bella n’aurait peut-être pas autant apprécié ma présence car j’avais été l’antithèse de ce qu’elle vivait avec lui et je lui avais apporté beaucoup. Comme un baume apaisant…sans lui, elle n’aurait peut-être pas eu autant besoin de moi. Alors non, je ne regrette pas !
Je me dégage un peu d’elle, me débarrasse gauchement et d’une main, ramène un des draps sur nos deux corps nus enlacés. Je me blottis contre sa poitrine et elle passe son bras autour de mon cou, en me caressant le visage et les cheveux. Je me sens soudain très fatigué et j’essaie de lutter mais j’entends la douce voix de Bella chuchoter :
Je soupire, essayant quand même de lutter car j’aimerai ne pas perdre un seul instant avec elle mais c’est plus fort que moi. Mes paupières s’alourdissent et je sombre dans un rêve merveilleux, bercé par les battements de cœur de Bella.
* * *
Envole-moi
Mon pied dérape et pendant quelques secondes, je suis balancé dans le vide mais d’une main je me rattrape à la première branche que je trouve.
- Paul ?! ça va ? Me crie Lee d’en bas.
- Ouais…, grommèle-je.
Je déteste quand je perds pied comme ça surtout que je viens de bien me râpé le genou qui me brûle sous le jeans. Je passe ma main dessus et découvre qu’il est déchiré. Je jure intérieurement puis plante ma hache dans le tronc pour mieux me replacer.
- Tu descends ?! Demande Lee.
- Non ! Je finis !
- Ok …
Lee tend à nouveau la corde et continue sa discussion avec David qui observe ce que je fais. Je grimpe à la branche suivante et termine l’élagage de ce fichu pin. Les morceaux tombent au sol et une fois que je juge que la taille est bonne, je m’arrête en soufflant. Je prends ensuite appuie sur la branche à laquelle je m’accroche et jette un regard circulaire sur la forêt. De là, je peux voir l’endroit qui a brûlé et comme à chaque fois, je revois Jacob, brisé, penché sur ce loup, les épaules secouées par les sanglots. Ce gamin me rend barjot. Je suis complètement accroché à lui et je sais que je l’agace à être toujours collé à ses basks mais il est si naïf parfois, tellement jeune et un peu tête brûlée quand même, que je me demande ce que ça va donner quand il aura mon âge ? J’espère qu’il aura un vrai métier et qu’il sera respecté. Je pense alors à sa relation avec cette Bella et comme d’habitude, je ressens une pointe d’angoisse car, même si elle a l’air sincère, elle n’a pas l’air de se rendre compte que son engagement avec la famille Cullen peut être définitif et qu’elle aura des gros ennuis si elle les quitte, surtout pour un indien de la Réserve ! L’attitude du fils Cullen m’intrigue vraiment. Je ne connais pas cette famille personnellement, je serais même peut-être incapable de les reconnaître si j’en croisais un, quoique leurs bagnoles sont uniques, et je devrais peut-être d’ailleurs me pencher un peu plus sur la question, histoire de mieux développer ma surveillance autour de Jacob. Parce que j’ai beau lui dire de faire gaffe, il n’écoute rien visiblement ! Pour ça, on peut dire qu’il me ressemble, toujours à n’en faire qu’à sa tête ! Sauf que lui, il est censé être plus intelligent que moi et faire moins de conneries mais son côté amoureux le rend trop impulsif et je déteste ça. Je reprends ma hache et me laisse glisser jusqu’en bas. En touchant le sol, je me dis que cette fois, c’est bon, j’ai mon compte ! Depuis l’incendie, je bosse tous les jours, même le dimanche comme aujourd’hui et je ne tiens plus le soir…je me couche comme les poules et ça commence à me chauffer sérieusement. Surtout que maintenant, j’aimerai vraiment avoir plus de temps à consacrer à Rachel.
Depuis ma visite à l’école, je n’ai pas encore pu passer une seule soirée avec elle, ni même une heure. On s’appelle tous les jours et je sens au ton qu’elle emploie qu’elle aimerait vraiment que je passe, ne serait-ce qu’un quart d’heure. Ce n’est pas la peine que je me mente, je sais que je retarde ce moment et j’ai beau réfléchir au problème, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive ! Comme si coucher avec elle allait me lier toute ma vie, comme prisonnier. Je me maudis de penser ça mais en fait, c’est un peu ce que j’ai toujours ressenti en sa présence : la peur qu’elle me tienne et que je ne sois plus libre de rien. Pourtant, elle est si douce, si gentille, enfin maintenant … il faudrait quand même que je me décide…
Je range mon matériel dans le pick up et m’enfile une bouteille d’eau complète avant de grimper dans ma voiture. Mon genou me brule et je regarde les dégâts. Sous le jeans déchiré, j’entrevois une bonne entaille qui saigne et des éraflures. Je grommelle en démarrant le moteur lorsque j’entends :
- Eh Paul ! Tu rentres ? Me lance David.
- Ouais ! C’est bon pour aujourd’hui. J’en ai marre !
- Ok …Si tu n’as pas besoin de fric…
- Je crois que j’ai fait assez d’heures supplémentaires depuis quinze jours. Je vais m’en remettre, t’inquiète ! Rétorque-je, agacé.
David hoche la tête et Lee me fait signe qu’on se voit plus tard. Mon patron débarque devant moi et en descendant de sa voiture, me fait signe pour ne pas que je parte tout de suite. J’ouvre la fenêtre et lâche sèchement :
- Quoi !?
- Tu pars déjà ?
- Ouais ! Je suis là depuis cinq heure…j’aimerai bien avoir une soirée pour changer !
- Ok vieux, t’énerve pas ! Répond-il en levant les mains, pas vraiment surpris par mon agressivité.
Mais là, je sature et je le sens, je ne suis plus bon à rien vu la chute que j’ai encore manqué tout à l’heure. Il m’observe, hésite puis déclare :
- Tu devrais te prendre un jour de congé…ou au moins, une matinée.
- Ouais…je vais sérieusement y penser !
Il me sourit et hoche la tête. Je passe une vitesse et démarre en trombe, soulagé de rentrer chez moi.
En passant la porte, le silence et surtout le fait de voir ma maison éclairée par la lumière du jour me fait un drôle d’effet. Ça fait combien de temps que je ne me suis pas trouvé ici en pleine journée ? Je remarque alors que le ménage est bon à faire et je soupire. Je me demande encore pourquoi j’ai pris un pavillon au lieu d’un appart. Mais en repensant à celui de Rachel où le soleil ne s’invite jamais, je me félicite quand même d’avoir sauté sur l’occasion lorsque cet endroit s’est libéré. Même si je suis un peu loin de tout le monde ici, surtout du centre de Forks, ça me permet de m’isoler tout en restant à la Réserve, en pleine nature. Avec une journée comme celle-ci, où je me sens d’humeur agressive, les muscles et les nerfs tendus à blocs, le calme est ce qu’il me faut…
Je pense à tout ça lorsque mon portable sonne dans la poche de ma veste. Je le sors tout en la retirant pour la pendre et je suis surpris de voir le numéro de Rachel.
- Oui !
- Tu es là ?
- Oui…je viens de rentrer, confirme-je.
- Ok.
Elle coupe la communication et je reste bête pendant quelques secondes à regarder mon téléphone, me demandant si nous avons été coupés ? Mais soudain, ça toque à la porte. Étonné, je reviens dans le couloir et me demande qui peut bien débarquer maintenant alors que je ne suis pas censé être là ! En ouvrant, je découvre Rachel sur le pas de la porte, l’air ennuyé mais souriante.
- Mais … ?
- Salut, dit-elle, gênée.
- Mais comment savais-tu que j’allais rentrer ?
- Hier soir, tu m’as dit que tu ne resterais sûrement pas toute la journée car tu étais fatigué. Alors pour être sûre de te voir, parce que je ne te vois plus en ce moment, me pique-t-elle, je suis venue devant chez toi.
- Tu m’attendais ?
Elle acquiesce, un peu en rougissant et je demande, interloqué :
- Et si j’avais bossé jusque dix heures du soir ?
- J’aurai attendu…
Je ne sais pas quoi répondre et ma tête doit valoir le détour car elle finit par rire nerveusement. Elle remarque alors mon jeans craqué et ses yeux s’agrandissent pendant qu’elle s’exclame :
- Tu t’es blessé ? !
- Rien de grave…, soupire-je.
Mais je vois à sa tête que pour elle, c’est un drame. Je repense alors à son aveu au restaurant, lorsqu’elle m’a dit craindre pour ma vie chaque jour. Si elle savait tout…Mais mes pensées s’arrêtent aussitôt lorsque je remarque à nouveau ses yeux brillants. Je ne comprends pas encore ce que j’ai pu dire ou faire pour la mettre dans cet état ?
- Rachel… ? Demande-je.
- Paul, je voulais savoir si tu m’évites ? Déclare-t-elle la voix brisée. Je ne suis pas comme tu le pensais ? Je suis trop collante, c’est ça ?
Mon sang ne fait qu’un tour et je l’attire par le bras contre moi en répondant, les dents serrées :
- Maintenant tu te tais ! Je ne veux plus t’entendre me dire ce genre d’imbécilités !
Surprise mais pas effrayée par mon attitude bourrue qu’elle connaît bien, elle hoche la tête et se calme aussitôt. Je soupire, relâche un peu la pression de mes doigts sur son bras puis, de ma main libre, je ferme la porte derrière elle. Elle reste inerte, à me fixer et je lui souris doucement en disant d’un air détaché pour calmer l’ambiance :
- Bonjour au fait…je suis content de te voir.
- Oui…moi aussi, répond-elle d’une voix sourde.
Je m’approche alors d’elle et glisse ma main sous ses cheveux pour l’attirer doucement contre moi. Elle se laisse faire, pas vexée par ma conduite. Alors, je dépose des baisers légers sur ses lèvres et elle soupire. Je l’embrasse avec douceur, savourant le plaisir que son contact me procure.
Après une journée pareille et de l’humeur où je me sens, rien ne peut m’apporter autant de réconfort que de l’avoir contre moi ! J’aimerais ça tous les jours …
Je me rappelle que je n’ai même pas encore pris le temps de me changer ni même de me doucher alors je me dégage doucement et lui murmure :
- Installe-toi dans le salon, j’en ai pour une minute.
- D’accord…
Lorsque je reviens près d’elle, je reste un moment à l’observer dans cet endroit où je passe le plus clair de mon temps, seul, et ça me fait un drôle d’effet de la voir contempler mon petit univers dans lequel j’ai souvent pensé à elle, sans croire une minute qu’un jour je l’y verrais. Elle déambule, lentement, regardant mes photos, mes livres, mes vidéos, mes meubles…je la vois caresser le fauteuil en bois que Jacob m’a fait, où je joue souvent de la guitare. Elle s’y arrête un moment, reconnaissant là le travail de son frère puis, recommence son exploration. Pied nus, je la suis, sans faire de bruit pendant qu’elle se dirige vers la véranda. Elle semble apprécier la pièce remplie de plantes car elle reste sur le pas de la porte, l’air un peu surpris mais satisfait. Elle y rentre alors et je suis toujours derrière elle. Pendant qu’elle regarde la vue sur la forêt, je m’adosse au chambranle de la porte et lui lance, sans même réfléchir :
- Y a de la place pour ta planche à dessins ici ... et c'est lumineux.
Elle se retourne brusquement et je la dévisage. Je remarque sa blancheur mais surtout son air stupéfait. Je me rapproche, l’enlace par la taille et elle blottit sa tête contre mon cou aussitôt. Je la berce doucement, regarde les pins face à la maison puis lui chuchote à l’oreille:
- Rachel, viens t'installer ici s'il te plait, vis avec moi.
Bizarrement, je suis soudain très sûr de ce que je veux. Elle relève la tête et semble chercher dans mon regard la sincérité de ma proposition puis répond dans un souffle :
- Paul...C'est de la folie...
- Pas tant que ça...on se connaît bien non ?
Elle continue à me dévisager et son hésitation me réchauffe le cœur. Si elle dit non maintenant, elle ne dira pas non la prochaine fois. J’en suis sur…
- Mais l’école est loin d’ici…
Je remarque qu’elle ne pense qu’au côté pratique et qu’elle ne conteste même pas le fait de vivre avec moi. Ça me motive et je réponds :
- Si ce n’est que ça, je veux bien venir vivre à Forks…mais on change d’appart’ !
Elle se dégage presque brutalement, l’air soudain très grave. Je la rattrape et la force à me regarder en demandant sur un ton assez brusque:
- Quoi ? Ne me dis pas que ça ne te plairait pas ! Je ne te croirais pas !
- Paul, tu vas trop vite…
- Ah ? Faudrait quand même savoir ! Siffle-je soudain bêtement vexé.
Je sais que je suis en train de déconner, encore une fois … mais c’est plus fort que moi. Il faudrait pourtant que je me calme mais depuis le temps qu’on se tourne autour, j’estime qu’il n’y a plus lieu d’hésiter ! Bon c’est vrai que vivre ensemble, c’est peut-être un peu fort mais nous sommes tous les deux adultes et là, j’en ai vraiment envie. Une profonde lassitude m’envahit soudain devant son visage fermé et je m’excuse :
- Je suis fatigué…je ne sais plus ce que je dis…
- Non…, murmure-t-elle, aussitôt. C’est que…je ne te comprends pas Paul. Tu ne veux pas de moi et tout à coup, tu veux qu’on vive ensemble !
Je l’agrippe par le poignet et la colle contre moi. Mâchoire contractée, je la fixe durement pendant quelques secondes mais elle ne se démonte pas, sachant parfaitement que je ne lui ferais rien, alors je murmure:
- Ne me dis plus ça je t’ai dis…
Elle me sourit faiblement puis me répond :
- Là je te retrouve…toute cette impulsivité que tu essaies toujours de contrôler devant moi…tu ne devrais pas…j’aime quand tu es comme ça, finit-elle en m’attirant par la nuque pour m’embrasser.
Sa déclaration mais surtout son attitude audacieuse me surprennent mais je me laisse emporter par son baiser. Cette fille me rend dingue mais me calme aussi. Elle est vraiment celle qu’il me faut.
Au bout de quelques minutes, elle stoppe notre étreinte et colle son front contre le mien en murmurant :
- Je peux voir ta blessure ?
- C’est bon, j’ai mis un bandage, ce n’est rien…
Elle plante son beau regard noir dans le mien et je lui souris pour la rassurer mais elle comprend que je ne cèderais pas : je refuse qu’elle commence sa paranoïa pour moi. Elle semble ne pas vouloir me lâcher alors je la serre contre moi et la berce doucement, essayant de calmer en moi cette colère que je ressens depuis des jours et que la fatigue accentue. Je l’entends soupirer alors je lui propose :
- Je t’offre un thé ?
- Oui…
Elle se dégage de mes bras et me lance un regard ennuyé. Je ne relève pas, pensant qu’elle s’inquiète toujours pour cette histoire d’écorchure et file dans ma cuisine. Elle va s’asseoir dans le salon et lorsque je reviens, je vois un pli soucieux sur son front. Je m’assoie près d’elle et lui caresse la joue, l’interrogeant du regard. Elle secoue doucement la tête en murmurant :
- Merci pour le thé…
Elle a l’air vraiment ennuyé et j’imagine qu’elle pense à ma proposition qui me parait dingue finalement avec le recul. Ouais, mon impulsivité lui plait peut-être mais en attendant elle me fait dire ou faire des conneries que je regrette souvent. Pourtant, là j’en avais vraiment envie et ça me plairait mais j’espère que je ne lui ai pas fait peur. Soudain elle relève la tête et me fixe, déterminée. Surpris, je lui demande en rigolant doucement :
- Quoi ?
- J’ai deux questions à te poser…
- Vas-y…
- Je veux savoir ce qu’il s’est passé avec Leah ! Demande-t-elle brusquement.
Je déglutis, la regarde me fixer, toujours aussi déterminée puis me décide à lui expliquer d’une voix blanche que je ne reconnais même pas :
- Elle m’a cherché…et même si j’aurai préféré te séduire toi ce soir-là, je voulais aussi te provoquer car tu m’as trop énervé à prendre tes distances, à m’imposer ta froideur…comme d’habitude.
Elle hoche la tête et ses yeux brillants m’invitent à continuer :
- J’étais tellement…en colère, avoue-je les dents serrées.
Rien qu’en pensant à ce souvenir, je sentais encore la déception puis la hargne qui avait suivi avec Leah.
- L’alcool m’a rendu violent, ajoute-je, plongé dans mon souvenir. Je ne l’ai pas ménagée, je n’avais que toi en tête…toi et ses mains à elle qui m’avaient chauffé… elle était si provocante…je n’ai même pas fait gaffe à elle, ni à son âge, ni au fait qu’elle était avec Jacob ou pas…je lui ai donné ce qu’elle attendait ! Ce que toutes les femmes attendent toujours de moi…je l’ai traitée comme je traite toujours les filles comme elle, finis-je dans un murmure, les yeux dans le vide.
- Paul…
- Laisse-moi finir ! L’arrête-je aussitôt sèchement.
Autant aller jusqu’au bout ! Qu’elle comprenne bien à qui elle avait affaire !
- Leah était encore vierge, continue-je en plantant durement mon regard dans le sien pour qu’elle fasse le lien avec notre histoire. Mais elle s’est servie de moi pour atteindre Sam ! J’ai même failli la frapper lorsque je me suis rendu-compte de son manège !
Rachel m’écoute, silencieuse et tendue, alors je finis en disant :
- Je me suis senti encore plus minable que les autres fois ce soir-là ! Non seulement j’ai eu l’impression de l’avoir violée mais en plus d’avoir été l’instrument d’une manipulation que je ne soupçonnais même pas ! Je ne comprends pas toujours les choses du premier coup et Leah s’est clairement servie de mon ignorance sur ce coup-là ! Elle savait que je ne verrais que son corps et rien d’autre puisque j’ai la réputation de n’être bon qu’à ça ! Et puis, j’ai toujours agi et réfléchis après…et en général, c’est trop tard…ça m’a valu pas mal de mauvais coups mais je les avais peut-être mérités…qui sait ?
- Paul arrête, s’il te plait, me coupe-t-elle mais je ne l’entends pas.
- Il m’a fallu quelques semaines pour comprendre les paroles de Jacob : que je n’y étais pour rien ! Que c’était Leah la mauvaise dans l’histoire mais je me sentais si mal …je me suis donc remis en question…et tu connais la suite, déclare-je en parlant de notre rencontre devant le laboratoire.
Ma voix s’est éteinte et nous restons silencieux comme ça un bon moment. Moi dans mes souvenirs sombres qui me donnent mal à la tête, elle…elle je ne sais pas. Peut-être dans les mêmes souvenirs que moi ? Elle se racle la gorge puis finit par dire, rompant le silence :
- Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ?
Elle lève un sourcil sans me quitter du regard et j’en fait autant, ne comprenant plus :
- Tu voulais une explication pour Leah, je te l’ai donnée !
- Non, je veux dire…pourquoi te dépeints-tu en plus de ton explication ? Tu crois que je ne te connais pas ? Tu crois me faire peur ?
- Je veux que tu saches qui je suis vraiment, explique-je, tendu.
- Mais je te connais depuis si longtemps Paul ! Que crois-tu ? Que je ne sais pas que tu es quelqu’un d’impulsif, d’hargneux et de violent parfois ? Que oui, parfois tu agis trop vite sans réfléchir…que oui, tu cognes avant de laisser la personne s’expliquer et que oui, tu es ce qu’on appelle un homme à femmes…ça je le sais depuis que je dois avoir douze ans ! Et ça ne m’a pas empêché de te voir comme tu es aussi au fond de toi …loyal, généreux, protecteur…
Je ne réponds rien, troublé par sa réponse et la soudaine force qui émane d’elle. Elle me fait d’un seul coup penser à Jacob…aussi sûre que lui, aussi pure, défendant ses croyances avec conviction mais surtout, qui ne juge jamais l’autre. Soudain, elle me sourit faiblement et secoue la tête, comme amusée. Aussitôt, je me mets sur la défensive :
- Quoi ?!
Elle soupire puis déclare dans un demi-sourire, les yeux plus noirs que jamais.
- Faut que je me mette à genoux ou que je te supplie pour que tu me mettes dans ton lit Paul ?
Je reste quelques secondes un peu choqué mais je réalise qu’il faut vraiment qu’elle soit à bout pour qu’elle ose me sortir ça ! C’est vrai que je ne fais que retarder les choses. En réfléchissant, je me rends compte que pendant que moi je pense maison, vie à deux et trucs sérieux, elle attendait que je la touche et que je fasse ce que je fais toujours …mon attitude me dépasse, je me demande si j’ai changé ou si c’est elle qui me rend comme ça ? Et je vois qu’elle attend toujours alors je me secoue un peu et m’approche d’elle en l’attirant contre moi d’une manière assez brutale. Son regard est trouble et je lui retire la tasse des mains en murmurant :
- Non…pas la peine d’en arriver là…excuse-moi, je voulais juste faire les choses correctement avec toi et …
- Oui j’ai compris et ça me touche énormément, je t’assure mais là…
Là, elle est à bout…ok, je me lève et lui prend la main pour l’inviter à en faire autant. Je passe alors mon bras sous le sien et la soulève pour la porter. Elle rit doucement lorsqu’elle se retrouve accrochée à mon cou mais s’arrête aussitôt quand je m’engage dans le petit couloir qui mène à ma chambre.
Une fois dans la pièce où j’ai laissé les volets clos, je la dépose à terre et nous restons l’un contre l’autre quelques minutes avant que je me décide à bouger. Alors je m’assois sur le lit et l’attire sur moi avec une douceur calculée. Mon cœur bat la chamade pendant qu’elle s’assoit sur moi sans hésiter et chuchote en me passant les mains dans mes cheveux puis sur mon visage qu’elle a tant de fois dessiner :
- Calme-toi Paul…je suis là…je suis près de toi maintenant…détends-toi, ajoute-t-elle en passant ses mains sur mes épaules puis dans mon dos.
Dès qu’elle m’embrasse, je lui chope les poignets et la fais basculer sur le lit, la dominant. Elle ne sourit plus et me fixe avec une telle intensité que je n’ose pas détourner mon regard. Je sens qu’elle se retient de me dire quelque chose, ses yeux brillent et je vois ses lèvres trembler légèrement. Alors, elle m’embrasse doucement pour se donner du courage et déclare enfin d’une voix contenue:
- J'ai détesté chaque fille que tu as tenu dans tes bras…je les ai haïs au plus haut point…si tu savais comme je les ai haïs...
- Chut…, chuchote-je en la lâchant pour caresser ses lèvres, troublé par sa déclaration et surtout par le ton qu’elle a employé.
Encore une fois, des flashs de notre adolescence et d’autres souvenirs d’elle et moi après envahissent mon esprit. Je me rends compte que nous y sommes et que tout le passé n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mes mains tremblent mais je ne fais plus marche-arrière. Je déboutonne son chemisier pour découvrir le plus beau corps du monde à mes yeux. Lorsque je me penche pour y déposer des baisers légers, puis plus insistant, je l’entends soupirer puis gémir et elle finit par me serrer contre son cœur. J’ai envie de rester comme ça car ma colère disparaît, je le sens, je suis plus calme mais ce n’est pas ce qu’elle attend…Alors, cette stupide peur de la décevoir me reprend et je sens mon palpitant s’accélérer à fond mais je parviens quand même à la déshabiller complètement et j’en fais autant pour lui éviter du stress supplémentaire. Malgré sa volonté de vouloir le faire, elle tremble de partout et je me cale sur elle pour la réchauffer et l’apaiser. J’emprisonne sa tête entre mes mains et tout en l’embrassant, je caresse ses cheveux et son visage. Elle ne me quitte pas des yeux, comme hypnotisée et une pensée me vient soudain à l’esprit, quelque chose que j’ai envie de lui dire depuis longtemps.
- Tu me rends meilleur. Merci…, murmure-je.
Elle sourit franchement, les yeux brillants et tout en me caressant le dos, elle déclare, très sûre d’elle :
- Tu m’appartiens Paul. Tu es à moi !
- Complètement…je suis à toi complètement, affirme-je en l’embrassant de plus belle.
Elle me rend mon baiser avec passion puis reprend son souffle et chuchote contre mon visage :
- Je t’aime.
Cette fille me rend si différent, j'ai mêmes des pensées que je n'ai jamais eues comme maintenant où je me dis en la regardant que je le sais, c'est la dernière femme que je touche de ma vie. Désormais, il n'y aura plus qu'elle !
* * *
50 – Etait-ce la pleine lune ?
J’ouvre les yeux et la première chose que je sens, ce sont mes membres complètement ankylosés. Je réalise que je dormais sur Bella et qu’elle dort toujours, paisiblement. Je la contemple, émerveillé et n’osant encore y croire…pourtant, elle est bien là, toujours dans mes bras et toujours sur cette paillasse que je ne suis pas prêt d’oublier. Je me rends compte que ça fait quelques secondes que je retiens ma respiration, trop bouleversé par tous ces souvenirs qui me reviennent avec une étonnante clarté. J’ai son parfum sur mes lèvres et mes doigts jouent avec ses cheveux si doux. Je n’ose pas la toucher plus, par crainte de la réveiller et donc, mon visage calé par ma main, je la détaille, centimètre par centimètre…chaque détail s’incruste dans ma mémoire : ses cils clos, sa bouche entrouverte, sa poitrine qui se soulève doucement, le grain de sa peau…parfaite. Je vis un rêve et il est merveilleux. Je n’arrive pas encore à complètement réaliser les faits, je le sens car mes yeux ont toujours besoin de se poser sur elle pour vérifier que mon esprit ne me joue pas des tours.
J’entends un moteur puis une portière qui claque juste devant mon garage. J’espère que personne ne va essayer d’y rentrer car c’est encore bien le genre de Paul quand il a besoin d’un truc. Mais la voiture redémarre quelques secondes après et je respire à nouveau correctement lorsque je l’entends s’éloigner. Bella s’éveille et je lui souris, espérant soudain qu’elle ne regrette pas notre nuit. Mais elle semble si amoureuse en me regardant que j’en oublie aussitôt mes pensées stupides pour me concentrer sur elle.
Je ris de la voir aussi détendue puis demande :
Je fais glisser mon doigt sur sa gorge puis entre sa poitrine et remonte le long de son cou pour aller lui caresser le visage. Elle frissonne et m’attire contre elle en murmurant :
Et je me laisse emporter dans le tourbillon de ses bras.
Ses baisers sont doux et passionnés à la fois et au bout d’un moment, je lui rappelle quand même en riant :
J’éclate de rire et ajoute :
Elle se redresse, réfléchit puis m’annonce gravement en fronçant les sourcils :
Elle se retourne, hésitante puis me confirme :
Son regard se vrille sur le mien et je sens à nouveau qu’elle essaie de me passer un message. J’espère que c’est bien celui que je crois et je lui souris doucement, en lui répétant :
Je la vois déglutir et mon cœur se serre devant son silence. J’espère seulement que c’est parce qu’elle n’ose pas encore, qu’elle ressent bien la même chose pour moi car si je devais la perdre, je deviendrais fou.
Elle se lève et prend ses vêtements. Je caresse son corps du regard, émerveillé par la couleur pâle de sa peau et par ses formes. Elle est telle que je me l’imaginais et j’ai l’impression que je rêve encore. Comme elle a l’air de vouloir bouger, je me lève aussi et enfile mes fringues. Je regarde une dernière fois ce lit de fortune sur lequel nous venons de passer la nuit avant de replier les draps et couvertures pour ne pas que quelqu’un tombe dessus et en conclue ce qu’il s’est passé. Je me dis que mon père doit quand même se demander où je suis mais que ce n’est pas la première fois que je dors à la belle étoile et là…je les avais touché les étoiles, par millier !
Bella me regarde faire et semble soudain un peu gênée. Elle hésite puis me dit :
Je me tourne vers elle et remarque alors que sa gêne est en fait liée au fait qu’elle doit me quitter pas qu’elle voudrait partir. Je pose la pile de couvertures sur le capot de ma Golf et m’approche d’elle. Je sens que sa respiration se fait plus rapide et je me penche pour l’embrasser, conscient alors de l’effet que je suis en train de lui faire. Ça me rassure sur mes doutes ressentis quelques minutes plus tôt et plus encore lorsqu’elle se blottit contre moi en soupirant de plaisir.
Et comme elle ne bouge pas, je pose mes mains sur ses épaules et la dévisage intensément puis chuchote :
Et après un dernier baiser, elle se décide à me lâcher et à regagner la porte qui est toujours fermée avec la barre en fer. Il faut m’y prendre à deux fois pour la retirer mais j’y parviens d’un geste brusque puis ouvre doucement le battant afin de vérifier que personne n’est là. La Chevrolet rouge me frappe l’esprit et je me dis que mon père ne doit plus avoir de doute concernant mon absence.
« Génial, pensé-je, je vais encore me prendre une réflexion… »
Bella me suit pendant que j’ouvre en grand les portes puis me presse les doigts et file jusqu’à la voiture pour monter dedans. Je la regarde partir, souriant et elle me fait un petit signe. Cette fois, je le sais, elle reviendra plus vite que les autres fois, peut-être même aujourd’hui ?
Une fois que je ne vois plus sa voiture, je me dirige donc vers la maison rouge mais je suis surpris de trouver Rachel assise là où je me mets toujours, sur la première marche du perron.
Les jambes étendues et une tasse à la main, elle contemple le paysage et je remarque aussitôt son léger sourire, ses traits détendus et surtout, cette nouvelle lueur dans ses yeux quand elle les lève sur moi.
Nous rions tous les deux, aussi rouge l’un que l’autre et je demande en m’asseyant près d’elle :
Elle rougit de plus belle en baissant la tête sur sa tasse puis la relève brusquement, le regard plus déterminé et répond :
Je hoche la tête en souriant doucement et chope un petit bâton pour jouer avec la terre à mes pieds. Je sens qu’elle m’observe et qu’elle hésite sûrement à me parler de lui. Alors je lève les yeux sur elle, afin qu’elle comprenne que je suis à l’écoute. Elle soupire puis me dit d’une petite voix :
Je me mords l’intérieur de la joue puis les lèvres et elle glousse en voyant que je tente de me retenir du mieux que je peux. Elle me donne un coup sur l’épaule et j’éclate de rire. Alors elle demande, plus sérieuse :
Elle attend ma réponse, visiblement très soucieuse de ce que je pense alors je soupire à mon tour et répond :
Je l’observe car elle semble soudain perdue dans ses souvenirs avec lui alors j’ose demander :
Je hausse les épaules mais lui souris aussitôt afin qu’elle sache que je ne lui en voudrais jamais, quoiqu’elle fasse. Elle me tend la main et je lui serre affectueusement. Alors elle demande :
Je sens que je rougis jusqu’à la racine des cheveux et me racle la gorge avant de répondre :
Ses yeux se portent à nouveau sur la forêt pendant qu’elle boit une gorgée de son thé. Je suis son regard et murmure :
Surpris, je tourne la tête vers elle et elle rit en rougissant. Alors j’éclate de rire en répondant :
Mon père choisit ce moment pour sortir sur le perron et la surprise se peint sur son visage en nous voyant tous les deux ici, à nous amuser comme avant. C’est clair que je comprends son étonnement : Rachel n’a jamais paru si heureuse et détendue. Pourtant, je remarque aussitôt son air soucieux et ça se confirme lorsqu’il me lance :
Je me lève devant l’air étonné de Rachel et rejoins mon père qui fait déjà le tour de la maison. Il s’arrête une fois que nous avons passé le premier coin et m’annonce :
Je déglutis et mon père ajoute :
Des milliers d’idées fusent dans ma tête. J’imagine déjà la scène d’ici et demande aussitôt :
Mon père m’observe, me laissant digérer la nouvelle pendant que ma tête bouillonne toujours.
Les yeux corbeaux de mon père me dévisagent puis il me demande :
Il hoche la tête et je ne sais pas trop ce qu’il pense en cet instant mais je regrette un peu d’avoir passé cette histoire par-dessus la jambe. J’aurai dû parler avec Sam…je ne me doutais pas qu’il recommencerait mais maintenant, je comprends qu’avec Leah, ce n’est pas juste une aventure ou un accident…il a vraiment une liaison !
Je soupire, un peu dépassé par tous ces chamboulements en une seule journée. J’ai déjà bien du mal à remettre ma tête dans le bon sens avec la nuit que je viens de passer… Paul et Rachel n’ont plus besoin de moi mais Sam oui…Je me décide donc à aller le voir de ce pas.
51 – Une bonne remise en question
En garant ma moto, je trouve Sam assis sur le pas de sa porte…un endroit qu’il n’a pas dû quitter depuis la veille d’après les cernes que je remarque sous ses yeux et son torse nu. J’imagine déjà que le short en jeans qu’il porte a dut être enfilé à la va-vite et je sens une profonde désolation m’envahir. Il ne me regarde même pas quand je m’approche, sachant déjà ce que je suis venu faire chez lui. Les yeux dans le vide et les lèvres pincées, il semble à des milliers de kilomètres d’ici, sûrement en train de faire dérouler son histoire avec chacune dans sa tête…cherchant où ça avait dérapé. Je m’assois près de lui. Le contraste avec ma sœur quelques minutes plus tôt me frappe et je regrette que tout le monde ne soit pas en train de vivre un conte de fées comme nous deux. Je garde le silence, n’osant pas trop l’interrompre et au bout de quelques minutes, il déclare d’une voix morte, le regard absent :
Je remarque alors la bague d’Emily qu’il fait passer nerveusement entre ses doigts. Il ne continue pas alors je suppose qu’il attend une réaction de ma part mais je ne sais absolument pas quoi lui dire. Au bout d’une longue minute, je me décide quand même à lui poser la question que je voulais depuis le jour où il m’a appris son infidélité :
Il hausse les épaules, soupire en baissant la tête et répond :
Il réfléchit encore, je suppose qu’il a dû y réfléchir toute la nuit puis il finit par m’avouer :
Sam ne me répond pas mais je sens qu’il regrette aussi de ne pas s’être confié à moi. Voilà ce qu’il arrive quand dans un groupe comme le nôtre, tout le monde sait mais personne ne parle.
Il marque une pause, regrettant peut-être cette soirée là…ou pas ? Puis continue :
Il pousse un profond soupire en fixant la bague d’Emily.
Il glousse doucement et me demande :
Je hoche la tête en souriant malgré moi. Cette histoire était vraiment un souvenir connu de tous même si ça s’était passé dans une voiture sans témoin…Leah s’en était tellement vantée !
Je remarque l’emploi du passé, indiquant que pour lui, sa relation avec Emily est bien finie pour le moment.
Il relève la tête vers le ciel.
Comme je ne réponds pas, il continue :
Il me regarde, un sourire ennuyé sur les lèvres et me demande :
Nous nous dévisageons et Sam détourne le regard le premier, cherchant réellement une réponse au fond de lui et espérant une solution. Il plisse les yeux puis me regarde à nouveau. Je sens qu’il hésite mais se lance en disant :
Il ignore ma remarque et continue :
Pendant quelques secondes, je me sens un peu mal mais je comprends à la lueur dans ses yeux, que Sam ne me juge pas, qu’il veut juste savoir comment moi je vois les choses. Je déglutis, essayant de réfléchir correctement à ma situation puis déclare :
Sam hoche la tête, satisfait que j’admette avoir agit comme Leah mais avec plus de douceur, moins d’empressement et peut-être plus subtilement qu’elle.
Je vois qu’il semble surpris par cette nouvelle mais ne m’interrompt pas.
Ses épaules s’affaissent et il baisse la tête mais je continue ma pensée :
Sam me regarde, surpris. Il réfléchit un instant puis me dit :
Je lève un sourcil, ne sachant quoi répondre sur le coup et il ajoute :
J’essaie de transposer l’histoire de Sam à celle de Bella. Pris entre deux feux, entre une personne qu’il aime et qu’il va épouser…et entre une personne qui lui fait vivre des sensations bouleversantes. Leur histoire est quasi identique sauf que dans le cas de Bella, elle n’était pas heureuse. Sur ce point-là, la « tromperie » était peut-être plus justifiée et acceptable. Evidemment, je vois ça de mon point de vue, donc je ne suis pas objectif ! Par contre, là où leur histoire est vraiment identique, c’est que la personne qui les fait hésiter, leur apporte un sentiment de bien-être. Je revois Bella trembler lorsque nous étions tous les deux, et je vois Sam à mes côtés, l’imaginant aussi bouleversé qu’elle lorsqu’il tient Leah dans ses bras…alors je lui dis :
Il hésite puis me dit :
Il sourit et me répond, pas dupe :
Je le regarde sérieusement et il secoue la tête en soupirant.
Son calme face à la situation me dépasse un peu. Sam a vraiment un caractère très opposé du mien et pourtant on s’entend bien. Quand il est comme ça, il me fait penser à Rachel…ma sœur qui trouve son bonheur avec Paul…Paul qui ressemble beaucoup à Leah…mes réflexions m’amènent à penser qu’en effet, peut-être que c’était ça le problème ? Emily est beaucoup trop calme et posée, tout comme Sam. Elle a son caractère, c’est évident mais elle reste quand même beaucoup plus respectueuse des lois naturelles…tandis que Leah est un volcan, comme dit Sam. Et avec elle, on ne peut pas s’ennuyer. Sam devait rechercher ça, sans s’en rendre compte. Tout comme ma sœur ne se doutait pas qu’elle serait heureuse avec Paul. Les opposés s’attirent, pensé-je. Et Bella et moi ? Qu’est-ce qui faisait que nous nous entendions aussi bien ? J’avais justement l’impression que c’est parce que nous nous ressemblons, que nous avons la même vision des choses, les mêmes attentes et d’un caractère plus ou moins égal. Et pourtant, tout en se ressemblant beaucoup telle deux âmes sœurs, nous ne nous sommes jamais ennuyés ensemble, au contraire ! Nous avons l’impression de mieux respirer, de mieux partager, de ne pas avoir besoin de parler pour nous comprendre.
Je hoche la tête pendant qu’il se relève. Il rentre chez lui et en ressort quelques minutes plus tard, habillé et avec les clefs de sa voiture en main. Je me mets debout et rejoins ma moto pendant qu’il grimpe dans son 4 x 4. En passant près de moi, il s’arrête et demande :
J’imagine soudain qu’ils sont peut-être revenus dans le coin et je m’en veux de n’avoir pas passé plus de temps que ça à les chercher.
Sam hoche la tête et démarre en me lançant :
Je le regarde partir puis décide alors d’aller immédiatement vérifier cette information étant donné que j’ai la journée devant moi.
52 – Résurrection
En entrant chez Charlie, je ne suis pas surprise de le trouver sur son fauteuil à m’attendre, le journal dans une main, son café dans l’autre. Je savais qu’Edward allait le prévenir et Charlie avait préféré resté ici plutôt que d’aller au Q.G. ce matin. Il n’a pas l’air inquiet et les mains dans les poches arrière de mon jeans, je le rejoins sur le canapé. Je l’observe pendant qu’il avale une gorgée brûlante de son breuvage, puis il se pince les lèvres et soupire en posant son journal à côté de lui.
Il tourne alors la tête vers moi, se retient de sourire puis me demande :
Sa dernière question est presqu’un murmure et je sais que tout l’espoir du monde se cache derrière.
Il hésite puis me prévient, rudement :
Il soupire puis déclare, presque solennellement :
Charlie rit doucement et je l’interroge du regard alors il explique :
Gênée, je baisse la tête et Charlie pose sa main sur mon genou en disant :
Mon père hoche la tête et me demande doucement :
Il se lève et étonnée, je lui demande :
Mon père remarque mon air triste et vient s’accroupir face à moi en chuchotant presque:
Je soupire, me passe la main dans les cheveux, ne sachant pas trop comment je peux lui dire ça sans paraître ridicule. L’amour dans ses yeux me donne du baume au cœur et je marmonne :
Charlie éclate de rire et je finis par rire doucement aussi.
Je l’entends aller dans la cuisine et prendre le téléphone. Il parle quelques minutes avec un de ses collègues puis revient dans le salon en m’annonçant.
Je me lève d’un bond pour le rejoindre et nous filons dans le garage pour prendre nos affaires.
Ce silence, la tranquillité extérieure de la rivière, cette paix intérieure…je me sens si bien, seule dans cet endroit magique, seule avec mon père …mon père que j’ai l’impression de retrouver après avoir traverser un long tunnel sans issue. Ces rares moments-là, avec lui, restent toujours gravés dans ma mémoire, depuis que je suis petite…mais celui-ci restera le plus particulier de tous. J’ai le sentiment d’avoir appris à nouveau à respirer, d’être devenue à nouveau maître de mon corps, de mon esprit et de mes actes. Une renaissance…une nouvelle Bella avec des nouveaux objectifs, des nouveaux projets et une nouvelle vie. Et surtout, un nouvel amour qui me consume complètement, corps et âme. Je me sens si heureuse, en harmonie avec moi-même…Jacob me manque déjà mais je ne suis pas pressée de le retrouver. J’ai envie de profiter de cet instant de plénitude, d’indépendance et de complicité avec Charlie.
Nous nous jetons régulièrement des petits coups d’œil en souriant, amusés mutuellement par notre pêche infructueuse. Je tiens juste une canne avec hameçon et ver de terre au bout, rien d’aussi passionnant ni d’aussi beau que la pêche à la mouche avec Jacob mais qui a le mérite de se pratiquer dans le calme absolu.
Charlie relève sa canne pour constater que le ver a été volé sans même qu’on voit le fil bouger. En temps normal, je suis sûre qu’il aurait juré mais là, il rit de bon cœur en marmonnant :
Je ris à mon tour pendant qu’il relance son fil à l’eau. Je profite des remous qu’il provoque pour vérifier ma ligne. Mon père jette un œil et hoche la tête comme quoi pour moi, tout va bien. Donc je remets mon hameçon et mon ver à la rivière. Et nous restons à nouveau silencieux, immobiles et tellement unis pendant de longues minutes.
La journée passe ainsi et je savoure chaque instant. Je soupire de bonheur en aidant mon père a ranger nos affaires lorsqu’il me demande :
Je relève la tête et son air mi-ennuyé, mi-fautif me fait de la peine car je comprends alors qu’il aimerait être sûr que je n’ai pas trop souffert mais qu’il ne veut pas donner l’impression de se mêler de ce qu’il ne le regarde pas. Je m’assois dans l’herbe et il en fait autant. Au bout de quelques secondes de réflexion où je cherche par où commencer, je me lance dans mon histoire avec Edward…celle qui a vraiment commencé : le jour de ma chute de cheval, celle qui n’aurait jamais du exister. Mon père m’écoute attentivement, sans m’interrompre, j’ose même lui expliquer mes souffrances les plus profondes concernant cette impression de n’avoir jamais été à ma place parmi eux, d’être toujours mise à l’écart, mal considérée et il ne bronche même pas lorsque j’évoque certains souvenirs douloureux concernant mes relations intimes. Comme il me laisse tout lui livrer, j’en profite pour lui avouer à quel point Jacob est différent sur ce point et que je n’ai jamais été aussi heureuse et comblée qu’aujourd’hui. Charlie sourit quand même en rougissant un peu, peut-être encore plus gêné que moi finalement lorsqu’il s’agit de ce sujet avec sa fille. Mais voilà, je me livre complètement et ça me fait un bien fou. Ça doit être la première fois que nous avons une conversation aussi adulte et sérieuse ! Je sens vraiment que cette journée marque un tournant dans notre relation et je ne regrette absolument plus les choix que j’ai faits depuis hier. Une fois que j’ai terminé mon récit, je vois mon père réfléchir puis il soupire et me dit :
Mon père rigole et répond :
Je réfléchis…ma première réaction est « non, je ne veux pas le revoir ! » puis je réalise que mon père à raison, que je dois de toute façon récupérer mes affaires et que je serais amenée à le revoir puisque nous habitons la même ville. Mais là, j’ai un tel besoin de souffler, de prendre mes nouvelles marques, de poser le nouveau cadre de ma vie dans lequel les Cullen n’apparaitront pas que je ne me sens pas d’attaque pour affronter Edward aussi tôt.
Je dois admettre que Charlie a encore raison. Mais pas aujourd’hui ! Je finis de ranger mes affaires en lui lançant un regard qu’il interprète aussitôt et je le vois hausser les épaules en guise de réponse. Je souffle et réponds :
Mais là, j’ai maintenant qu’une envie c’est de diner avec mon père et de rejoindre Jacob pour la soirée.
Je suis surprise de voir mon père s’arrêter devant une pizzeria sur le chemin du retour. Il me demande de l’attendre là et revient un bon quart après avec un paquet tout chaud qu’il pose sur mes genoux. Je ris et il déclare en démarrant la voiture :
Une fois à la maison, nous dévorons la délicieuse pizza, sans parler, mais en appréciant énormément ce dernier moment tous les deux.
Demain, je retourne à la fac…en bus ! Car je veux ménager ma voiture mais aussi parce qu’il faut vraiment que j’apprenne à vivre comme tout le monde, à me passer de mon confort quotidien. Rien que de m’imaginer dans ce car me remplie de joie…si la première fois j’avais su cela, j’aurai moins râlé.
Le repas terminé, je me lève et mon père demande :
Mon père soupire, hésite puis déclare :
Malgré son entêtement à vouloir que tout reste normal même si je m’installe ici comme si je n’étais jamais partie, je ne peux m’empêcher de déposer un baiser sur son front avant de le quitter en murmurant :
Il bougonne un peu, gêné que je lui montre autant d’affection et de reconnaissance puis répond :
Il hésite puis continue :
Etonnée, je l’invite du regard à m’en dire plus :
Je secoue la tête et déclare :
Charlie me sourit avec amour et répond :
53 – Je ne l’ai pas vu venir…
En atteignant la corniche nord, je reste tout de même un moment à contempler l’océan qui commence à prendre sa « couleur d’hiver » et se déchaine un peu plus contre la falaise que je surplombe. Les journées sont exceptionnellement belles pour la saison et surtout pour Forks ! Nous sommes déjà fin septembre et il n’a pas encore plu. Je jette un regard circulaire puis me décide à prendre la direction de la Flèche d’argent comme me l’a indiqué Sam. Au bout d’une centaine de mètres, je tombe sur la fameuse carcasse de biche qu’il a repérée. Mais je constate vite que sa mort est due à l’attaque d’un puma. Sam n’a pas dû s’y attarder pour voir ce détail et je soupire, déçu. Pourtant, je continue ma marche vers la grotte où ils logeaient tout en repensant, le cœur serré, à ce jour où tout à basculé. Ils pouvaient être n’importe où maintenant, peut-être même avaient-ils passé la frontière canadienne ? … jamais je ne les reverrais et jamais je ne pourrais assister au développement de la meute. J’espère seulement que tous les louveteaux sont en vie ainsi que Patamon et Bella. En m’approchant du lieu-dit, je suis surpris par le travail que Paul et son équipe ont fait pour nettoyer les dégâts de l’incendie. Tout est plat et sans arbre sur un très grand périmètre. Et surtout, il n’y a plus de vie, plus un oiseau, plus de petits animaux et plus de plante. Instinctivement, je serre le poing en repensant à celui qui est à l’origine de tout ça mais je me suis promis de ne pas faire d’erreur et surtout, de ne pas devenir un vengeur ! Bella ne me le pardonnerait jamais.
Lentement, je bifurque pour descendre dans la grotte de la Flèche d’argent. En arrivant devant l’entrée, leur image frappe mon esprit et la tristesse m’envahie. Je pense aussi à ce moment merveilleux passé avec Bella, le jour où nous avons vu les bébés loups ensemble pour la première fois. Je baisse alors la tête et m’enfonce dans l’obscurité de la grotte. J’avance de quelques pas et soudain, je butte contre quelque chose. Je m’arrête aussitôt, scrutant le sol en attendant que mes yeux s’habituent. Je distingue une forme et m’accroupis pour toucher l’animal. Mais je sursaute lorsque mes doigts rencontrent des vêtements. Aussitôt, je palpe le corps et en même temps, je commence à voir clairement l’intérieur de la grotte. Mon cœur fait un bond lorsque mon regard se pose sur une longue chevelure noire et ma respiration s’accélère lorsque je reconnais son collier.
Mais qu’est-ce qu’elle fout là ???
J’ai l’impression que mes idées s’embrouillent d’un coup ! Je cherche à comprendre ce qu’il s’est passé mais ma tête bouillonne. Je la palpe, la secoue doucement mais elle semble inerte alors, les jambes flageolantes, je parviens quand même à passer mes bras sous son corps et à la soulever pour la sortir de là. Une fois à la lumière du jour, mon palpitant se fait plus rapide lorsque je constate sa pâleur. Je la pose au sol, paniqué et la secoue à nouveau en criant plus fort :
Son corps suit mollement mes secousses mais sans aucune réaction. Je pose alors mon oreille sur son cœur et parviens à entendre ses battements faibles et sa respiration. Mais la blancheur de ses lèvres me fait très peur. Je me passe la main dans les cheveux, essayant de réfléchir correctement. Mon instinct me pousse à retourner dans la grotte à l’endroit exact où je l’ai trouvée afin de bien comprendre ce qu’il s’est passé. Je tâtonne le sol et je ne suis pas long à trouver ce qu’au fond de moi, je sais que je cherchais depuis le début : une bouteille et un objet cylindrique qui me donne un coup dans le ventre. Je cours vers l’extérieur et mes craintes se fondent lorsque je découvre un tube de médicaments que je ne connais pas. La bouteille est vide et je reconnais l’alcool du père de Paul. Aussitôt, mon esprit me hurle que le mélange n’est pas le meilleur qui soit et mon regard inquiet se pose alors à nouveau sur Leah. Je balance la bouteille et enfonce le tube vide dans ma poche de jeans. Le souffle court et la tête embrouillée par la panique, je parviens quand même à prendre mon portable pour appeler les secours mais je jure en me rappelant qu’il n’y a pas de réseau ici ! De rage, je le balance et reprends Leah dans mes bras pour commencer ma course folle vers le centre de Forks qui est à des kilomètres d’ici ! Je regrette alors d’être venu ici à pied mais voilà, je ne pouvais pas prévoir. Mais soudain, je m’arrête et tente de stopper ma respiration pour mieux écouter le bruit que je viens d’entendre. C’est le silence, ma tête me tourne, tout tourne autour de moi…je pense avoir rêvé quand j’entends à nouveau une tronçonneuse au loin. Aussitôt, je pose Leah à terre en lui murmurant bêtement :
Et je cours alors droit devant moi en essayant de mémoriser exactement l’endroit d’où je pars. Je ne crois pas avoir déjà couru aussi vite de toute ma vie ! J’ai le souffle coupé mais je continue malgré tout en essayant de réguler ma respiration pour éviter les points de côtés qui me ralentiraient. Je n’ai plus qu’une chose en tête : atteindre l’équipe de débroussailleurs qui travaillent à maximum deux kilomètres d’ici ! J’espère aussi que Paul y sera sinon je demanderais de l’aide au premier venu. Je cours, butte plusieurs fois dans des racines un peu trop hautes ou bascule en posant mon pied dans un terrier. Le vent me fouette le visage et quelques branches me griffent régulièrement au passage. Mais je ne m’arrête pas…il faut que je me dépêche ! Chaque minute compte !
Au bout d’un moment qui me parait interminable, j’entends les tronçonneuses qui se rapprochent et j’accélère encore ma course. Je vois soudain les fumées des machines et les voitures garées autour du site de travaux. Mon regard se pose soudain sur le 4 X 4 de Paul et mon cœur bondit de joie et de soulagement. J’arrive comme un fou parmi les ouvriers qui doivent me regarder comme des ahuris mais je ne m’arrête pas. Je viens de repérer Lee, un des collègues de Paul et je me jette presque sur lui en m’écriant :
Lee me regarde avec des yeux ronds puis nous levons tous les deux la tête ensemble vers la cime du haut pin. Tout au dessus, je vois Paul harnaché de ses câbles en train de tronçonner une branche. Il porte une visière et un casque mais malgré tout je hurle son prénom pour qu’il m’entende. En même temps, Lee secoue la corde qui le tient et au bout d’une interminable minute, je le vois stopper la machine, lever sa visière et regarder en bas vers Lee. Je lui fais des grands signes en criant :
Ma tête doit l’alarmer car il n’hésite même pas et se laisse glisser le long du tronc pendant que Lee le guide. Je l’attrape presque lorsqu’il arrive au-dessus de ma tête et il s’écrie :
J’ai conscience que je suis un peu incohérent car Paul fronce les sourcils en retirant son casque et demande :
Paul pose alors sa tronçonneuse et défait ses sangles pendant que Lee l’aide. Il est très rapide et je cours déjà vers sa voiture sans l’attendre pendant que je l’entends dire à son contremaitre :
En grimpant dans sa voiture, je vois que les clefs sont sur le contact et me dis que j’aurai peut-être gagné du temps en lui prenant sans demander …mais au fond de moi, j’ai besoin qu’il m’aide car je ne suis pas sûr de réfléchir correctement. Le 4 X 4 démarre en trombe dans un nuage de poussière et Paul accélère encore dans un chemin en me demandant :
A ce moment, nous nous prenons une butte et la vitesse nous fait sauter pour nous cogner ensemble la tête au plafond de la voiture.
Paul emprunte alors un raccourci très impraticable mais sa voiture semble accepter n’importe quel terrain et il appuie plus sur l’accélérateur pendant que nous sommes secoués dans tous les sens.
Nous atteignons la place en contrebas de la Flèche d’argent et je saute littéralement de la voiture de Paul pendant qu’il se gare. Je sais que je vais devoir monter rapidement la butte qui mène au plateau dévasté par les flammes et j’ignore la douleur physique dans les jambes, les chevilles et les poumons qui me brûlent. J’aimerai tellement pouvoir voler à cet instant ! Etre déjà près d’elle, être déjà à l’hôpital et la voir ouvrir les yeux…
Soudain, mon cœur bondit lorsque je vois la forme de son corps par terre et le fait de la retrouver toujours aussi inconsciente m’alarme encore plus. Je la prends dans mes bras et refais le chemin inverse en essayant de la plaquer contre mon torse pour ne pas qu’elle soit trop secouée. Je dégringole le chemin qui mène à l’endroit où Paul m’attend et lorsqu’il me voit arriver, il descend de sa voiture et m’ouvre la plaque pour atteindre le coffre du pick up. En posant ses yeux sur elle, je vois son regard se noircir d’inquiétude et de colère. Je pose délicatement Leah dans le coffre, y grimpe puis la tire contre moi en m’essayant.
Jamais Forks ne m’a parut aussi loin ! Pourtant, Paul respecte sa promesse, il fait hurler le moteur à chaque accélération.
Une fois devant les portes des urgences, je saute du coffre, ouvre la plaque arrière, tire Leah à moi pendant que Paul coure en boitant jusqu’à l’intérieur pour chercher les infirmiers. En la portant, je la trouve soudain si légère et si fragile…une image d’elle enfant me flashe l’esprit : je la vois me sourire et me dire au revoir, un jour où elle était partie en camp de vacance. Tout en marchant, je lui dis :
Au même moment, un groupe de deux infirmiers arrivent à moi avec un brancard et me prennent Leah des bras. Paul vient près de moi et nous regardons les urgentistes l’emporter vers l’intérieur. Je sens alors les larmes me monter aux yeux et m’accroupis en passant mes mains dans les cheveux, serrant mon crâne avec force, cherchant à comprendre pourquoi elle avait choisi cette option et comment nous en étions arrivés là…
Paul me pose la main sur l’épaule pour me soutenir alors je me relève d’un bond et entre d’un pas décidé dans le bâtiment. Au même moment, une femme nous saute dessus en demandant :
Je ne réponds pas, les yeux fixés sur le couloir qui mène aux urgences, trop obnubilé par Leah qui se bat entre la vie et la mort… alors j’entends Paul à côté qui répond :
Lorsqu’il revient près de moi, je n’ai toujours pas bougé de place alors je sens son bras passer sous le mien et il me dit :
Je me laisse guider vers les petits sièges en plastique qui longent le couloir et Paul me force à me mettre assis sur l’un d’eux.
En comprenant qu’il parle de la Flèche d’argent, je soupire et baisse la tête vers le sol, la retenant de mes mains. J’ai l’impression que mon crâne va exploser. Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas ! Pourquoi ? Pourquoi a-t-elle fait ça ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas parlé ? Pourquoi, alors que Sam l’aimait ?
Je me masse les tempes en retenant un hurlement de rage. J’ai envie de tout casser ! Je sens la main de Paul se poser sur mon épaule et je me retiens de me lever pour qu’il me lâche. Mais en même temps, je me rappelle que c’est moi qui aie voulu sa présence et que sans lui, je me sentirais encore plus perdu. Peut-être même que je serai en train de l’appeler s’il n’était pas près de moi à cet instant ?
Au bout d’une interminable attente où nous avons relevé la tête cent fois dès que les portes battantes s’ouvraient pour laisser passer infirmières, médecins et patients, je vois un homme aussi blanc que sa blouse s’approcher lentement de nous, tout en feuilletant un calepin qu’il lit en marchant. Il pose un regard sérieux sur moi puis sur Paul et demande :
Il est hors de question que je n’ai pas de nouvelle aujourd’hui pour le simple fait que nous ne sommes pas de la même famille !
Le médecin à la chevelure blonde platinée m’observe un court instant. Je vois une drôle de lueur dans ses yeux mais une seconde après, elle disparaît. Je me doute que pour lui, les indiens Quileute doivent tous se ressembler. Mon apparence doit le satisfaire car il replonge dans son calepin en hochant gravement la tête puis il me prend à part, et soupire en déclarant :
Je pousse un gros soupir de soulagement et il continue :
Paul et moi hochons la tête simultanément et le médecin referme son calepin. Il semble ennuyer et déclare :
Paul me jette un œil de travers et j’hésite. Mais le regard clair et perçant de ce médecin m’empêche de lui mentir encore alors je réponds :
Le médecin ne relève pas et ajoute :
Une boule de feu me traverse du ventre jusqu’en bas des jambes pendant que j’entends le « oh ! » étouffé de Paul à mes côtés. En même temps, je me souviens que je le savais qu’il travaillait là, et même aux urgences ! J’aurai du m’attendre à le rencontrer mais là…enfin, lui ne sait pas qui je suis et à la limite, ça n’a aucune importance ! Le principal est que Leah soit en vie !
54 – Comme un poids qui quitte ma poitrine
Paul est rentré, sûrement retrouver ma sœur, je ne sais pas…Il n’en pouvait plus de rester dans ce couloir. A le voir tourner en rond, comme un lion en cage, je lui ai demandé de dégager car il me rendait nerveux et il a fini par me laisser. En fait, pour l’instant, plus rien ne compte. Depuis mon fauteuil, j’observe Leah dans son lit qui s’est assoupis avant même que nous soyons dans sa chambre. Elle est encore sous l’effet des médicaments qu’elle a avalé. Une infirmière entre dans la chambre et va vérifier que Leah va bien puis me regarde en demandant :
Un bref sourire et elle quitte la pièce. Le silence se fait alors pesant et mon esprit divague. Je me demande encore comment on en est arrivé là ? J’essaie de faire le point et la première chose qui me vient à l’esprit est que tout à commencé à cause de moi ! Si je ne l’avais pas rejetée ce jour-là, si je n’avais pas été aussi dur, elle ne se serait pas jetée dans les bras de Paul, elle n’aurait pas provoqué ma colère, je ne lui aurais pas dit ces mots blessants, elle n’aurait jamais contacté Edward…elle ne serait jamais allée se faire pardonner aux yeux de Sam…Mais en même temps, je me dis qu’elle a toujours voulu atteindre Sam ! Qu’elle y serait arrivée par n’importe quel moyen…qu’elle avait choisi ce chemin là mais que ça aurait pu être autre chose…en la regardant, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi elle a voulu mourir ? Qu’est-ce qu’il s’était passé la veille pour qu’elle en vienne là ? Sam m’avait dit ne pas être intervenu, était-ce ça qui avait blessé Leah ? Qu’il ne prenne pas parti ? Pourtant, je me mets à sa place à lui et je ne sais pas ce que j’aurai fait ? En fait, en transposant à nouveau son histoire avec celle de Bella, je ne sais pas qu’elle aurait fait si Edward et moi nous étions rencontrés et qu’elle se serait retrouvée entre nous ? Je pense qu’elle n’aurait pas pu prendre parti non plus … moi, je crois que je l’aurais compris mais Leah…Leah est plus entière et impulsive que moi. Elle a du attendre ou espérer quelque chose de Sam qu’il n’a pas fait.
Je me rends compte que je n’ai encore prévenu personne ! Mais je me doute que Paul va faire passer le message. Je me lève et m’approche du lit où Leah dort profondément. Ses lèvres ont repris des couleurs ainsi que sa peau qui est à nouveau plus mate. Je lui caresse la main et décide de rapprocher mon fauteuil près d’elle pour ne plus la lâcher. Mon cœur se serre en regardant sa perfusion… je l’avais abandonnée depuis quelques temps…et j’avais failli la perdre aujourd’hui. Je pense que je ne m’en serais jamais remis.
La porte s’ouvre et je sursaute. Sue Clearwater entre, le visage décomposé, suivie de Charlie qui regarde Leah, inquiet. Aussitôt, je pense à Bella qui doit se demander où je suis car nous devions sûrement nous voir dans la soirée. Je me lève, soulagé que Paul ait fait passer le message. La mère de Leah prend aussitôt la main de sa fille et éclate en sanglots pendant que Charlie vient poser ses mains sur ses épaules en me demandant :
Aussitôt, Sue lève la tête sur moi, le regard chargé d’incompréhension.
Sue hoche la tête puis reporte ses yeux mouillés sur le visage de sa fille. Alors Charlie déclare :
Je le suis dans le couloir et referme la porte derrière moi. L’hôpital est plongé dans un silence étouffé et Charlie chuchote :
Illico, je me dirige vers les escaliers et Charlie ne me retient pas pour retourner près de Sue. En ouvrant les portes battantes qui donnent sur le parking, je vois aussitôt Bella contre la voiture de Charlie, le visage anxieux. Je cours vers elle et elle tourne la tête vers moi. J’ouvre les bras et elle se jette contre moi en soupirant :
Alors je lui explique brièvement les faits, en concluant que je ne sais pas encore pourquoi elle a fait ça.
Je la prends contre moi et la berce doucement, m’imprégnant de sa présence. Bella se hisse sur la pointe des pieds et se blottit dans mon cou en m’attirant contre elle de ses bras. J’enfouis mon visage dans ses cheveux et embrasse sa nuque, heureux de la voir ici pendant quelques minutes. Je me dégage un peu, elle cherche mes lèvres et je capture les siennes aussitôt. Alors je l’embrasse doucement puis plus ardemment, emporté par sa douceur. Comme à chaque fois, je perds pied et il me faut un long moment avant de me décider à stopper notre étreinte qui me redonne une énergie folle. Bella semble regretter comme moi la situation, et comme moi, elle aimerait être ailleurs. Ses yeux troubles ne croisent pas les miens et elle pose son front contre mon torse, haletante. Je serre sa tête contre mon cœur en murmurant :
L’image de Leah s’impose alors à moi et ma gorge se serre. Je prends une profonde inspiration, refoulant mes larmes. Bella se dégage un peu et m’observe, inquiète.
Mais, ma souffrance est si forte, j’ai tellement honte de moi, de l’avoir lâchée…Leah…mon amie, ma sœur…celle avec qui j’avais partagé mes premiers pas en amour. Les larmes coulent sur mes joues mais je ne les retiens plus. Ça me fait tellement de bien. Bella me dévisage, les sourcils froncés par l’inquiétude et la tristesse et je soupire en disant d’une petite voix :
Je vois que Bella devient blanche et une lueur passe dans son regard. Alors je lui souris faiblement pour la rassurer car je me doute que mon état doit l’inquiéter. Je dois d’ailleurs avoir une tête à faire peur ! Sa présence me donne de la force, je suis tellement heureux de la voir ce soir. Après cette journée, c’est un baume pour mon cœur meurtri. Pourtant, elle me regarde avec toujours autant d’inquiétude et semble hésiter puis elle passe sa main derrière ma tête pour planter son regard dans le mien. Son visage exprime une telle gravité que je m’inquiète un court instant mais elle finit par me murmurer :
Mon cœur bondit de joie et j’ai l’impression que tout ce qui est autour de nous a disparu, que nous sommes dans une bulle, juste nous deux. Je prends son visage entre mes mains et l’attire à moi pour l’embrasser. Elle enroule ses bras autour de mon cou et se pend à moi avec une force qui me surprend. Je suis tellement heureux qu’elle me l’ait enfin dit ! Même si j’aurai aimé qu’elle le fasse dans d’autres circonstances, au moins maintenant, je suis sûr de ses sentiments ! En l’embrassant, j’ai l’impression que nous ne faisons plus qu’un, qu’elle est en moi et que je suis en elle…Elle stoppe notre étreinte et colle sa joue contre la mienne en répétant avec force :
Elle se dégage et me sourit, les yeux brillants. Pourtant, je vois encore qu’elle semble ennuyée. Je m’apprête à lui demander la raison quand j’entends Charlie derrière nous dire :
Je retiens mon mouvement mais Bella me dit :
Et je fonce à l’intérieur du bâtiment.
En arrivant de sa chambre, mon soulagement est immense lorsque je la vois les yeux ouverts, le visage tourné vers sa mère qui lui parle en sanglotant. Je me colle contre le chambranle de la porte, sans la quitter des yeux et elle finit par tourner lentement son regard sur moi. Ce que j’y lis me bouleverse complètement. Nos âmes se connectent à distance mais la sienne semble éteinte, vide…comme si elle regrettait d’être là. Elle ne sourit pas pendant que Sue lui serre la main et caresse son bras. Je retiens ma respiration, accusant le choc de voir tant de résignation dans ses yeux. Leah finit par briser cette connexion en tournant lentement la tête vers sa mère qui semble inconsolable. Elle lui chuchote quelque chose et je vois Sue tourner la tête vers moi. Je comprends alors que Leah vient de lui demander de nous laisser car Sue se lève en hochant la tête et quitte la pièce en me jetant un regard rempli de tristesse. Je m’approche alors de son lit et m’assois là où sa mère était. Aussitôt, je lui prends la main que je serre avec force. Elle ne réagit pas, se contente de me regarder, insensible. Alors je lui chuchote :
Comme elle ne répond pas, j’embrasse sa main sans la quitter des yeux, essayant de lui transmettre toute ma force. Je caresse ses cheveux puis sa joue de mon autre main. Elle ferme les yeux et au bout d’une minute, j’entends sa respiration régulière. Je pose alors ma tête sur son bras et ferme aussi les yeux, espérant que demain, l’effet des médicaments ait cessé pour que je puisse lui parler et comprendre son geste insensé. Le docteur Cullen avait parlé d’un appel au secours. Ce n’était peut-être que ça ? Je m’accroche à cette idée en sombrant dans un sommeil agité.
* * *
L’oiseau fait son nid
Je n’arrive pas à croire que cette imbécile nous a fait un coup pareil ! Elle a à peine dix huit ans, la vie devant elle ! D’accord elle vit un cauchemar amoureux mais il faut toujours garder l’espoir ! Moi j’avais bien attendu des années, à me faire rembarrer à longueur de temps, à subir ses regards méprisants, à subir ses colères lorsque je l’approchais de trop prêt … à vivre cette honte du rejet parce qu’elle ne me trouvait pas fréquentable et pourtant, j’avais tenu bon ! Je n’avais jamais perdu espoir, j’y avais cru même dans les pires moments de doutes…surtout à la fin, quand elle m’avait carrément viré de chez elle ! J’y étais quand même retourné pour son anniversaire, en mettant ma fierté de côté. Et ma détermination avait payé ! Pourtant, ça m’avait fait mal plus d’une fois, j’avais souffert en silence plus d’une fois, seul chez moi, à jouer des morceaux complètement mélancoliques …je m’étais détesté, j’avais même parfois du mal à me fixer dans la glace car je me voyais comme elle me voyait : minable, moins que rien, sale type, infréquentable… pourtant, dans ces moments là, j’essayais toujours de remonter, de m’accrocher, de faire le point sur moi-même, sur ce que j’étais devenu, pas si terrible que ça finalement…je n’ai plus mis les pieds dans un commissariat depuis quatre ans, depuis le jour où j’avais été chopé à casser des bouteilles en verre sur la voiture du type qui avait brisé ma mère…j’ai un bon boulot, je suis assez respecté dans mon équipe, je gagne quand même assez bien ma vie pour pouvoir aider ma mère et j’ai quand même des amis malgré mon foutu caractère… Et voilà ! Une coupure…je balance le rasoir dans le lavabo et prends aussitôt de quoi stopper le sang qui coule déjà. Tout en taponnant la plaie, j’ose me fixer dans ce miroir que j’évite toujours. C’est toujours un moment très dur pour moi, oser faire face à mon âme. Et cette fois, je sens en moi moins de mépris. Alors tout en pressant le coton sur mon menton, je soutiens mon propre regard et ce que je vois me bouleverse un peu. Il y a une petite lueur qui n’était pas là avant. Et je me demande ce qu’elle représente ? La fierté ? Le bonheur ? L’espoir ? En fait, mes yeux sont en train de me renvoyer toutes les questions que je me pose depuis quelques temps : est-ce que j’y suis arrivé ? Est-ce que je peux me considérer comme quelqu’un de bien ? Est-ce qu’elle va rester avec moi ? Est-ce qu’elle m’aime assez pour tout me pardonner ? Mes écarts, ma réputation, mes mauvaises pensées qui ne me quitteront jamais vraiment ? Je me défie du regard et me dis tout bas :
Je jette le bout de coton à la poubelle. En voyant le sang dessus, je ne peux m’empêcher de penser que je l’ai échappé belle…j’aurai pu choper ce satané virus et je pouvais m’estimer heureux d’être encore entier et en bonne santé après tous les risques que j’avais pris.
J’entends la porte d’entrée s’ouvrir et je me souris en rangeant mes affaires. Rachel fait comme chez elle depuis hier et ça m’amuse. Je la trouve un peu différente d’ailleurs depuis quelques temps, très sûre d’elle, à la limite du sans-gêne mais ça me plait vachement car j’ai le sentiment qu’elle se libère et que je n’y suis pas pour rien. On dirait qu’elle aussi, elle a fait la paix avec elle-même. La plaie a arrêté de saigner et je range toutes mes affaires. J’ai à peine fini que Rachel entre dans la salle de bain et dans le miroir, je la vois me lancer un large sourire, les yeux brillants. Elle semble essoufflée alors je me retourne vers elle, étonné :
Je me dégage un peu et insiste, étonné :
La nouvelle me coupe un peu le souffle, je n’imaginais pas que ça pouvait coûter aussi cher ! Et le pire, que quelqu’un puisse donner autant pour un livre d’enfants publié par deux femmes encore pas vraiment connues.
Je la dévisage, elle semble contente. Pourtant moi, tout mon corps et mon esprit viennent de se mettre en alerte maximale. C'est comme si on appuyait sur un bouton qui me transforme aussitôt en chien de garde, comme si quelqu'un me criait attention ! C’est quelque chose que je n’arrive pas à contrôler et qui me rend limite parano. Ça me le fait souvent avec Jacob, encore plus depuis que j'ai compris sur cette plage qu'il était amoureux de Bella Swan. Ça se passe toujours comme ça : une parole, un geste, une attitude qui réveille mon instinct en un claquement de doigt. Et là, je m’imagine tout de suite le scénario qui ne me plait pas : un admirateur inconnu, riche à millions qui soutient Rachel dans ses travaux…bon ok, ça pourrait être pour Kate mais mon instinct me dit que non. J’imagine déjà un fanatique ou un vieux beau qui viendrait après réclamer sa part du marché si Rachel gagnait de l’argent demain avec son livre.
Son profond soupir de bonheur me coupe dans mes pensées et elle me dit, le regard brillant :
Elle m’embrasse alors et je la sens vibrer de plaisir. Puis elle se dégage et me regarde gravement. Elle hésite et demande :
Je me dégage, soudain à nouveau énervé par la stupidité de son geste.
Je me rapproche d’elle en la fixant intensément. Je me sens soudain très tendu mais ça n’a plus rien à voir avec ma colère contre Leah. La présence de Rachel attise toujours tous mes sens et depuis que j’ai goûté à elle, je sais qu’elle sera ma drogue quotidienne. Je pose mon regard sur sa gorge et caresse des yeux l’ouverture de son chemisier. Rachel a arrêté de respirer, je le vois car sa poitrine est immobile. Je la regarde et vois l’encre de ses yeux se troubler. Tout en la fixant, je fais passer mon doigt sur le premier bouton et d’un coup sec, je le retire. Rachel ne bouge toujours pas, soutenant mon regard, le visage tendu, les yeux complètement voilés. Ses lèvres s’entrouvrent et j’ai une furieuse envie d’y plonger. Je l’attrape par la nuque d’une main tout en passant ma main sous son chemiser de l’autre pour lui retirer complètement. Dans notre baiser, c’est elle qui y met plus de fureur et je suis surpris par sa fougue. Elle m’aide à dégager ses vêtements puis passe ses mains sous mon tee-shirt pour le retirer. Je l’aide également puis la serre à nouveau contre moi. Sa chaleur contre ma peau nue provoque un incendie dans mon corps et j’en ai le souffle coupé pendant quelques secondes. J’embrasse sa nuque, sa gorge, son visage et je l’entends gémir pendant qu’elle serre ma tête contre elle, ses mains enfouies dans mes cheveux. Alors, je la porte et elle enroule ses jambes autour de ma taille tout en se nichant dans mon cou. Une fois dans la chambre, je la jette presque sur le lit et la domine aussitôt. Elle m’attrape alors par les épaules et m’attire à elle avec force en m’embrassant jusqu’à ce que le souffle lui manque.
Couché sur le ventre, j’ouvre les yeux et le visage de Rachel m’apparaît, face à moi, posé sur mon oreiller, un léger sourire sur les lèvres.
Je lui souris, encore à moitié endormi. Mes heures supplémentaires plus le coup avec Leah m’ont complètement vidé. Mais Rachel est un vrai baume apaisant et une vraie source d’énergie. Je vois ses yeux briller et elle murmure :
Surpris, j’écarquille les yeux, la gorge serrée par une vive émotion qui me traverse entièrement le corps. Je n’arrive même pas à répondre quoique ce soit alors elle continue en me caressant le dos :
Elle sourit à son tour et répond :
Elle soupire et elle semble si heureuse que je grave dans ma tête chaque détail de son visage. J’aimerai revenir sur le premier point, celui où elle parlait de dessiner ici mais je n’ose pas croire que ça soit vrai. Pourtant, je n’ai pas rêvé…j’hésite puis ose demander du bout des lèvres :
Surpris qu’elle parle de son frère et de son projet aussi naturellement, je me demande quand même ce qu’il va penser de tout ça. Rachel ressent mon angoisse et me dit :
Je déglutis, ne croyant pas qu’un tel bonheur puisse m’arriver. J’aime tellement quand elle me parle comme ça, ça efface toutes ces années de frustration. Elle est si belle, les cheveux ébouriffés, les épaules nues et complètement offerte. Nous nous dévisageons pendant un moment puis elle lève sa main et me caresse la joue. Je ferme les yeux et capture ses doigts pour les embrasser un à un.
J’ouvre les yeux, à nouveau en mode alerte. Je déteste ressentir cette angoisse permanente mais là, de savoir que ça y est, la machine est en route, Bella a quitté les Cullen, Jacob est donc en danger ! Je me redresse et Rachel s’inquiète aussitôt de la mine que je dois afficher :
Je la regarde, mi-outré, mi-vexé qu’elle me claque le bec comme ça.
Elle se redresse d’un bond et me lance un regard furieux. Je regrette aussitôt ma remarque, me demandant même comment on en était venu là ?
Je ne sais pas pourquoi mais je vois soudain l’ancienne Rachel devant moi, celle qui me prenait de haut, me rejetait, me traitait de sale type et ça me fait peur. Je sors du lit, soudain très énervé et m’habille en moins de deux puis quitte la chambre en claquant la porte. Je file dehors, claque à nouveau la porte de la maison, me déchargeant de cette tension qui m’habite toujours quand je m’énerve d’un bloc comme ça. L’air frais de la nuit m’apaise un peu et pieds nus, j’avance dans l’herbe jusqu’à la forêt qui borde ma propriété pour tenter de me calmer. A l’intérieur, je vois soudain la lampe du salon s’allumer et bizarrement, ça me surprend. Moi qui vit seul depuis des années, de voir la vie comme ça, chez moi me déstabilise quelques secondes et me rappelle que j’ai enfin obtenu ce que j’ai toujours voulu…qu’il faudrait peut-être que j’arrête de me foutre en boule comme ça quand il s’agit de la vie de Jacob. Lui aussi rejette ma « protection », je sais qu’il ne me supporte pas quand je suis comme ça et maintenant Rachel qui m’interdit de faire quoique ce soit. En fait, je me sens tellement frustré ! Mais je me rends compte qu’ils ont raison tous les deux : ça ne me regarde pas, je ne suis ni son père, ni son frère et il doit assumer ses choix et leurs conséquences. Je dois attendre qu’il me demande s’il a besoin de moi et voilà tout. Je soupire, dépité d’avoir encore gâché un moment de bonheur avec Rachel. La porte s’ouvre et je la vois sortir dehors, emmitouflée dans un de mes pulls. Elle me cherche et mon cœur se serre de la voir aussi perdue. Je sais que de là, elle ne me verra pas. Malgré moi, je reviens sur mes pas et elle tourne la tête vers le bruit de mes pas étouffés dans l’herbe. En m’approchant, je vois son visage ravagé par les larmes et ça me transperce le cœur. Je la prends aussitôt dans mes bras et elle sanglote contre mon torse en disant :
Elle sanglote encore, inconsolable et je lui frotte les épaules et le dos pour la calmer et la réchauffer. Elle se blottit contre moi, niche son visage dans mon cou et mon cœur bat si fort la chamade que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine. Elle murmure alors, ses lèvres contre ma peau :
Je prends son menton entre mes doigts et la fixe intensément pour qu’elle comprenne bien à quel point je suis sérieux. Elle semble hébétée mais je ne sens pas de rejet. Comme la dernière fois, avec ma proposition de venir vivre avec moi, je me dis qu’elle doit avoir besoin de temps alors j’ajoute :
Et je capture ses lèvres pour lui donner le baiser le plus chargé d’amour que j’ai pu lui donner jusque maintenant.
* * *
55 – Je m’en fiche…ce que je veux c’est ta vie
Le bruit mat de la porte me réveille et l’infirmière entre avec une poche pour la perfusion de Leah. Aussitôt, mon regard se pose sur elle qui dort toujours. Je me sens complètement cassé. J’ai dormi assis, la tête sur son lit, pendant quelques heures et mes jambes ont gardé le souvenir de ma course d’hier. Lorsque l’infirmière quitte la pièce, Leah ouvre les yeux. Je me penche alors sur elle et lui caresse le front et les cheveux en murmurant :
Elle tourne la tête vers moi et répond faiblement :
Je lui souris avec douceur tout en continuant de caresser sa tête. Elle semble avoir retrouvée complètement ses couleurs et ses yeux sont moins vides. Au fond de moi, je ressens un profond soulagement et demande :
Elle ne répond pas alors j’ose lui dire pour la faire réagir :
Elle ferme les yeux et murmure :
Je lui souris, tentant de rendre l’atmosphère moins lourde et de relativiser mon cauchemar. Mais elle ne sourit pas et finit par me répondre :
Je la fixe et réponds durement :
Les larmes me montent aux yeux, mes mots sonnent faux et son regard ne me donne aucun espoir. Alors elle murmure faiblement :
Alors, je vois les larmes rouler le long de ses tempes et s’écraser dans ses cheveux. Elle déglutit en me dévisageant et continue :
Les mots sont sortis, un peu dans un ordre incohérent mais je ressens toute sa souffrance.
Je ne sais pas alors à qui elle s’adresse…si c’est à moi, à Sam, à Emily ? Mais je me relève et me penche sur elle pour l’embrasser sur le front en lui disant, tout en lui serrant la main :
Elle me regarde en pleurant et je dépose un nouveau baiser sur son front. Lorsque je plante à nouveau les yeux dans les siens, j’y vois du soulagement. Elle a enfin compris que tout était fini, que j’oubliais ses bêtises et qu’elle resterait ma sœur de cœur pour la vie. Soudain, je vois son regard se porter derrière moi et je me retourne pour voir Bella dans l’encadrement de la porte, et Paul derrière elle. Mon cœur bondit de joie et je lâche Leah pour aller la prendre dans mes bras. Mais elle semble si blanche que je m’inquiète aussitôt :
Pendant que Paul s’approche du lit, je l’entraine à l’extérieur de la chambre, heureux de la voir mais inquiet de l’air étrange que je lis sur son visage.
Bella hoche la tête gravement et je demande à nouveau :
Je l’embrasse mais ses lèvres sont froides. Une décharge électrique me traverse et j’espère qu’elle n’a pas changé d’avis pour nous deux.
Je ne comprends pas sa froideur ni sa retenue. Une vraie douche glacée par rapport à son « je t’aime » de la veille ! Elle a les mains dans les poches de son jeans, comme si elle ne voulait pas que je la touche. J’angoisse et ça doit se lire sur mon visage mais elle ne fait rien pour me rassurer.
Elle se hisse et dépose un baiser bref sur mes lèvres. Mon cœur s’accélère de peur et je la regarde partir la tête basse. Je ne comprends pas son changement d’attitude…j’ai envie de la rattraper mais j’entends des voix dans la chambre et réalise soudain que j’ai laissé Paul seul avec Leah ! Je retourne aussitôt dans la pièce mais m’arrête sur le pas de la porte en le voyant assit sur le lit et parler à voix basse à Leah qui l’écoute en pleurant. Je tends l’oreille et l’entends lui dire :
Je vois Leah lui tendre la main qu’il prend sans hésiter. Je pousse un léger soupir de soulagement, content qu’entre eux deux, la tension ait enfin disparu. Puis Paul se lève et s’approche de la tête de lit pour se pencher sur Leah et lui déposer un baiser sur la joue. Il lui murmure quelque chose à l’oreille et Leah ferme les yeux en hochant doucement la tête. Puis il se redresse et nos regards se croisent. Je lui souris, fier de lui et il acquiesce en comprenant le message. Il vient vers moi et demande :
J’hésite puis demande :
Je réfléchis un instant et pense qu’il a du essayer de voir Leah chez elle. Mais je n’ai plus besoin de savoir s’il est au courant ou pas car il apparaît derrière moi et entre dans la chambre, le regard grave posé sur Leah qui tourne la tête aussitôt vers la fenêtre en retenant un sanglot.
Il me fait signe et je le regarde s’éloigner dans le couloir. Mais soudain, je l’interpelle en courant vers lui. Il s’arrête, intrigué de me voir débouler sur lui.
Paul éclate de rire et répond ensuite :
Du coup, Paul arrête de rire et son visage s’assombrit aussitôt.
Bizarrement, je commence à douter. Et si ce n’était pas fini ? Et si je n’avais été que l’aventure d’un soir ? Mon cœur me crie que je me trompe complètement, que je suis un idiot de penser ça mais l’idée vient quand même de mûrir au fond de moi et je sens que la journée va être longue…
Je salue Paul brièvement et le plante dans le couloir pour rejoindre Sam et Leah.
Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit. J’ai préféré les laisser seuls. Mais lorsque je suis revenu au bout d’une heure de promenade autour de l’hôpital, Sam était toujours couché près de Leah sur le lit, leurs mains enlacées et leurs fronts collés l’un contre l’autre.
Assis et la tête baissée sur le sol, je vois soudain des chaussures noires impeccablement cirées dans mon champ de vision. Je relève la tête et me retrouve face au docteur Cullen qui me sourit poliment.
Je me lève d’un bond, encore un peu gêné par mon mensonge et bredouille :
Le docteur ne me laisse pas le temps de les prévenir et entre dans la chambre. Aussitôt, Sam se relève, gêné. Mais le docteur Cullen ne fait aucune remarque et son visage n’exprime absolument rien à part un sourire à l’intention de Leah qui se redresse sur son oreiller. Sam me fait signe de sortir de la chambre et me suit dans le couloir pendant que le docteur se penche sur Leah avec une petite lampe qu’il a sorti de sa poche.
Sam et moi nous dévisageons puis j’ose demander :
Au lieu de me répondre, il se tourne vers la chambre où je vois le père d’Edward parler à voix basse avec Leah, sûrement pour lui donner des recommandations.
Sam me regarde à nouveau et je demande :
Je hoche la tête, comprenant par là que ça avait sûrement été un moment douloureux.
Sam a dû partir et moi je suis resté. Sue est venue passer la journée près de Leah également. Nous ne nous sommes pas beaucoup parlé mais nous avons veillé ensemble sur Leah pendant qu’elle se reposait. Le docteur Cullen m’a dit en passant qu’il reviendrait le soir et qu’un psychologue viendrait dans la journée.
Moi, ça fait deux jours que je loupe les cours et en regardant Leah sourire à sa mère, je me dis que j’y retournerais demain ! Maintenant, elle a Sam. Il viendra la chercher à la sortie de l’hôpital et ils seront ensemble officiellement. Ça me fait bizarre d’imaginer qu’ils vont former un couple. Depuis le temps que leur histoire a commencé ! J’aurai quand même préféré que les choses se passent autrement mais voilà, Leah n’avait encore une fois pas réfléchit ! Comme Paul, elle agissait d’abord et pensait aux conséquences après…ce qu’elle lui avait dit lors de sa visite résonne encore dans ma tête et je suis surtout étonné qu’elle l’ait cerné mieux que moi. Jamais je n’avais pensé à ça…à ce que Paul puisse un jour disparaître par folie…mais en y réfléchissant, je pense que sans Rachel, il ne serait pas aussi équilibré et qu’il pourrait accomplir un tel acte oui…peut-être qu’il avait choisi son métier pour pouvoir défier la vie à chaque instant et commettre l’irréparable quand il le voulait ! Sans que personne ne soupçonne qu’il l’aurait fait exprès… un frisson me parcourt le corps et j’essaie d’oublier mes pensées morbides.
Bella me manque énormément. Sa visite de ce matin me laisse un goût amer, comme si j’avais loupé quelque chose. J’espère qu’elle viendra ce soir et je compte bien repartir avec elle ! Les minutes me semblent soudain plus longues et mes yeux se posent régulièrement sur ma montre…
Soudain, je vois son visage dans l’encadrement de la porte et je me lève aussitôt pour l’accueillir. Mais comme ce matin, son attitude est distante, froide et gênée. J’ai envie de hurler mais je me calme en lui demandant :
Je hausse les épaules et l’entraine dans le couloir.
Elle se mord les lèvres sans me quitter des yeux et je vois soudain des larmes briller. Je m’inquiète et lui attrape les mains. Elle inspire et s’apprête à me parler quand elle stoppe aussitôt son intention et blanchit en regardant derrière moi. Je me retourne pour voir le docteur Cullen arriver, un léger sourire aux lèvres, les yeux vrillés sur Bella.
Le docteur hoche gravement la tête. Je n’ose pas parler et lui m’ignore complètement. Il observe Bella sans laisser quoique ce soit transparaitre mais pourtant, je ne sens aucune animosité dans son comportement. Peut-être sait-il parfaitement se maitriser ? Surtout devant des inconnus comme moi. Bella, par contre, semble très craintive, redoutant sûrement des reproches. Au lieu de ça, il déclare avec douceur :
Le regard de Bella se trouble, je vois même ses lèvres trembler et je réalise que je ne sais toujours pas comment s’est passée cette séparation ? Je la vois hésiter puis elle déclare :
Et je la regarde entrer dans la chambre, sans se retourner, sans même m’attendre ! Me laissant seul dans le couloir avec le docteur ! Je m’apprête à la rejoindre quand il me sort :
Le souffle coupé, je me retourne à nouveau vers lui et réussis à répondre :
Les yeux plissés, je le défie du regard et il baisse la tête sur ses feuilles dans un demi-sourire. Puis, il répond d’une voix légère, visiblement content de l’effet qu’il vient de produire sur moi :
Il connait même mon prénom ! Mes yeux doivent s’agrandirent de stupeur. Je reste sans voix quelques secondes, à le dévisager pendant qu’il soutient mon regard sérieusement. J’ai soudain l’impression qu’il regrette sa déclaration. Mais le plus troublant est la tristesse dans sa voix.
Je remarque alors que son visage se crispe sensiblement et il finit par dire :
Je réfléchis, cherchant au plus loin si j’avais déjà entendu parler de cette relation ? Ma mère avait été suivie par un médecin spécialisé de Seattle et notre médecin de la Réserve avait repris le dossier sur la fin. Mais je me souviens maintenant que ma mère était un jour tombée dans la cuisine, alors qu’elle venait d’apprendre sa maladie et mon père, paniqué, l’avait envoyée aux urgences. Sam l’avait emmenée. Je ne me souviens pas du séjour en lui-même mais je me souviens d’une dispute entre elle et mon père à son retour car elle avait plaisanté sur le médecin qui l’avait soignée : elle l’avait trouvé « très charmant ». Je n’avais pas compris la colère de mon père mais maintenant je savais pourquoi il n’avait pas apprécié cette remarque et je sais aussi pourquoi il avait reconnu Edward. Il connaissait personnellement les Cullen.
Je constate que ça fait quelques longues secondes que nous ne parlons pas lui et moi, et en l’observant, je comprends qu’il est aussi perdu que moi dans ses pensées. Je n’arrive encore pas à croire qu’il me connaît ainsi que ma sœur ! Il lève enfin les yeux sur moi et déclare avec cette profonde tristesse dans la voix qui ne m’échappe pas :
Il acquiesce malgré lui puis me regarde à nouveau en souriant doucement. Je ne sais pas si c’est moi mais je vois une sorte de fierté dans ses yeux et ça m’angoisse. Jamais je n’aurai pensé vivre un moment pareil avec un parfait inconnu qui plus est se trouve être le père de l’ex-ami de ma copine ! Quelqu’un que je devrais craindre ou à qui je ne devrais même pas parler ! Et pourtant, je l’entends soudain me dire :
A ce moment, Bella ressort de la chambre et me lance un regard mi-ennuyé, mi-étonné de me voir encore avec son ex-beau-père. Ce dernier juge sûrement qu’il a assez discuté avec moi. Il me contourne en me saluant brièvement mais me lance avant d’entrer à son tour dans la chambre de Leah :
Je ne parviens même pas à lui répondre tellement je suis bouleversé. Bella s’approche de moi et demande, inquiète :
Je baisse les yeux sur elle et nous nous dévisageons quelques secondes avant que j’ose riposter, soudain jaloux de l’intérêt qu’elle porte encore à cette famille :
Elle hésite puis avoue timidement :
Les yeux de Bella me renvoient alors une profonde tristesse qui me déstabilise aussitôt. Je regrette alors ma stupide question et déclare :
Mon palpitant s’accélère alors avec violence.
56 – Je déteste les quiproquos …
Nous atteignons le parking sans prononcer un mot et j’ai le sentiment que je vais vivre la vraie douleur de la rupture. Je m’y prépare déjà lorsque je m’arrête près d’une fontaine et m’assois sur le bord en retenant ma respiration. Bella reste debout face à moi mais je n’ose pas croiser son regard. Je me contente de lui dire assez amèrement :
Je lève alors les yeux sur elle et répète sèchement:
Je me mets alors debout si vite qu’elle sursaute. Les dents serrées, je tente de me calmer, dégoûté, mais ses yeux tristes me déstabilisent. Alors je demande en soupirant doucement :
Je la sens soudain très peinée et elle s’assoit sur le bord de la fontaine. J’hésite puis l’imite. Je n’ose pas passer mon bras autour de ses épaules, craignant un rejet physique. Elle se met alors à sangloter et ma réserve s’évapore aussitôt. Je me rapproche et l’entoure de mes bras. Alors, elle se blottit contre moi et murmure :
Je la force à me regarder en chuchotant :
Son ton est soudain plus dur, plus amer. Je lui caresse la joue sans la quitter des yeux, essuyant ses larmes au passage, attendant qu’elle continue sa confession.
Elle lève alors ses yeux mouillés sur moi et se mord les lèvres. Puis, elle murmure, honteuse :
Je la dévisage et je vois qu’elle se détend un peu, regrettant soudain ce malentendu. Je lui souris et déclare doucement :
Je la prends alors brutalement contre moi mais lui caresse aussitôt la nuque pour m’excuser de ma brusquerie. Elle soupire et me dit à nouveau :
Elle relève la tête et attend une explication.
Je regrette aussitôt mon embrouillement. Je regrette surtout d’avoir encore été influencé par les suppositions de Paul ! Sa légère paranoïa et son pessimisme déteignent beaucoup trop sur moi.
Elle me caresse alors la joue puis plonge ses deux mains dans mes cheveux en me serrant la tête avec force et déclare en venant coller son front au mien :
Je dois être complètement rouge car la chaleur a envahi mon corps en entier. J’ai même l’impression qu’à cet instant, il s’embrase. Nous nous dévisageons et j’ai l’impression que malgré la nuit, tout est illuminé autour de nous. J’ai envie soudain d’être ailleurs ! ça fait presque deux jours que je suis dans cet hôpital et Leah va mieux maintenant…
Alors je lui dis :
Et je la laisse pour foncer jusqu’à la chambre de Leah. Sue est près d’elle et je m’approche pour lui annoncer :
Elle doit capter mon impatience car elle me dit :
Emu, je la prends contre moi et chuchote dans ses cheveux :
Je sors discrètement le tube vide de valium de ma poche et lui montre de façon à ce que Sue ne le voit pas.
Leah fixe le tube en fronçant les sourcils, hésite puis ose me regarder dans les yeux en murmurant :
Je l’avais laissée seule chez moi, j’étais parti en claquant la porte et elle avait déraillé. En rentrant à la maison, je virerais tous les médicaments qui appartenaient à ma mère, comme ça, il n’y aurait plus d’accident de ce genre !
Après un baiser sur sa joue, je me dégage et sors de la chambre en adressant un bref sourire à Sue.
Bella m’attend toujours sur le parking, les bras croisés. Je la chope en passant et elle rit lorsque je la fais presque voler dans mes bras. Je décide de l’emmener chez moi mais pas dans le garage cette fois. Tant pis, on verra bien ce que Billy dira demain mais pour le moment, rien d’autre ne compte que ce moment retrouvé avec Bella.
Nous entrons dans la petite maison sur la pointe des pieds. Mon père est déjà couché et je guide Bella jusqu’à ma chambre au fond du couloir. En entrant, je remarque que mon lit n’est pas fait et que c’est un peu le désordre alors je m’excuse aussitôt, gêné :
Cette chambre est minuscule et pour un peu que tu ne fais pas le ménage, ça fait tout de suite placard à balais. J’attrape tout ce que je trouve et mets ça en tas sur le bureau. Bella me regarde faire, les bras croisés, un léger sourire aux lèvres. Je soupire et lui dis :
Je la vois taper un message et lui demande bêtement :
Elle lève les yeux sur moi, un sourcil relevé et je regrette aussitôt ma question stupide. Je ne devrais pas être jaloux ou suspicieux ! Faut vraiment que je retire cette idée de ma tête ! Et heureusement pour moi, Bella me pardonne beaucoup en ce moment et elle me répond, amusée par ma jalousie :
Cette eau qui m’asperge le visage me fait un bien fou et au bout de quelques secondes, je plonge la tête complètement sous le jet, laissant l’eau dégouliner le long de mon corps, me lavant de ces deux jours de cauchemar en même temps. J’essaie de me concentrer uniquement sur l’eau et de ne plus penser à rien d’autre qu’au plaisir que ça me procure. J’ai l’impression que ma tête se vide petit à petit, ne me laissant plus qu’une seule idée en tête : Bella qui m’attend dans ma chambre. Une violente chaleur me brûle alors le ventre tout entier et mon cœur s’accélère. Je l’aime tellement, j’ai encore parfois du mal à réaliser que nous sommes ensemble et cette dernière journée m’a vraiment fait prendre conscience de deux choses : quand on veut quelque chose, il faut se battre pour l’avoir mais rien n’est jamais définitivement acquis !
Je passe mes mains dans les cheveux pour faire glisser l’eau et ferme les yeux, l’esprit soudain complètement vide. Je me laisse aller contre la paroi en bois, colle mon front et laisse encore l’eau couler sur ma tête et le long de mon dos. Mais soudain, je sens une main caresser mes épaules et me retourne, pas vraiment surpris mais heureux de la voir devant moi, si blanche et si désirable. Elle ne me quitte pas des yeux et entre doucement dans la douche, ses bras m’enlaçant par la taille en même temps. Collés l’un contre l’autre, l’eau nous asperge ensemble et Bella ferme les yeux pour laisser les gouttes dégouliner sur son visage. Elle est si belle…je passe mes mains sur ses cheveux et les lisse jusqu’en bas de ses reins. Je la caresse comme ça plusieurs fois, essayant de lui donner la sensation que les soucis de ces derniers jours coulent avec mes doigts le long de son corps jusqu’à disparaître à nos pieds. Elle soupire et pose son front sur mon torse. J’enroule mes bras autour d’elle et nous restons un moment comme ça, enlacés sous l’eau chaude. Elle est si petite, ça me fait rire mais ça me rappelle aussi qu’elle est fragile et j’ai beaucoup de mal à imaginer qu’on puisse lui faire du mal. Je la serre encore plus fort contre mon cœur pendant qu’elle me caresse le dos en mouvements lents, puis je lui chuchote contre son front :
Elle lève la tête et me tend ses lèvres que je capture aussitôt. Notre baiser est chargé de promesses et ça ne vient pas que de moi, des mots que je viens de lui dire, je le sens aussi en elle. Elle se donne complètement à moi, elle semble si amoureuse à cet instant que je regrette vraiment d’avoir douté d’elle, même une seconde ! Je passe ma main dans le dos et ferme le robinet. Puis, je tors mes cheveux avec ma main pour me débarrasser de toute l’eau et la prends dans mes bras pour l’emporter jusqu’à ma chambre sans bruit. Bella glousse lorsque je la dépose sur le lit (qu’elle a refait) et que nous sommes tous les deux trempés. Mais je m’en fiche. Lentement, je viens me poser sur elle et l’embrasse pendant qu’elle me sert fort contre elle, nos corps glissant un peu l’un contre l’autre à cause de l’eau. Soudain, je réalise encore que je n’ai rien et m’arrête, ennuyé. Bella me fait un grand sourire et pointe son doigt vers sa veste en me disant :
Je me dégage et attrape sa veste. Je trouve la boite dans sa poche et soupire. Ce truc est un vrai tue l’amour mais bon…pas le choix ! Bella rit en voyant ma tête et déclare :
Mais au bout de quelques minutes, elle s’arrête et me regarde l’air grave. Je m’inquiète et elle le voit alors explique tristement :
Je reste un moment à lire dans son âme au travers de ses yeux qui ne se détachent pas des miens. Je mesure alors tout ce qui doit lui passer par la tête depuis cette rupture : la honte, le dégoût, l’angoisse, la colère…
Mais elle me sourit avec douceur et m’embrasse à nouveau. Et pour la deuxième fois, je me laisse emporter dans le tourbillon merveilleux de ses bras.
57 – Promesses
Je me suis installée au pied de son lit pour mieux le contempler. Il est si magnifique. Jamais je ne me lasserais de le regarder et l’image qu’il me donne depuis mon réveil restera à jamais gravée dans ma mémoire. A travers les interstices de ses volets en bois, le soleil d’hiver vient caresser la peau cuivrée de son dos, faisant ressortir le dessin si parfait de ses muscles et la noirceur si particulière de ses longs cheveux, typique à la race indienne que j’aime tant à présent. Je me rends compte que je l’observe en retenant mon souffle et j’expire doucement, craignant de le réveiller et que la magie se brise. Ce que je ressens pour lui est si fort que ça en est douloureux. Le contraste qu’il m’offre avec Edward est si violent que j’ai parfois l’impression de rêver, qu’il n’existe que dans ma tête tellement je le trouve parfait. Je vois ses lèvres bouger et son front sourciller. Je souris, essayant de m’imaginer à quoi il peut bien rêver ? Je l’aime tant, je le trouve si beau, si merveilleux que je me surprends à m’imaginer toute ma vie à ses côtés. Mais je ne veux pas lui gâcher sa jeunesse comme moi je l’ai gâchée ! Il n’est même pas encore majeur, je ne vais pas commencer à lui faire peur avec ça ! Pourtant, hier soir, dans la douche, il m’avait fait comprendre qu’il voulait de moi pour tout la vie…ses mots resteront à jamais gravés dans mon cœur car ils étaient si sincères, si emprunt d’amour que je ne pourrais jamais oublier ce que j’ai ressenti à cet instant. Comme si l’avenir s’ouvrait clairement devant moi, tout tracé mais si merveilleux. Je ne ressens pas cette angoisse comme avec Edward où je me trouvais trop jeune, pas très sûre de ce que je voulais, pas sûre de ce que j’allais devenir…là, si Jacob veut bien de moi pour la vie, je sais déjà qui je serais, ce que je ferais et surtout, je sais que je serais parfaitement heureuse. Depuis le premier jour, je l’avais voulu pour moi, l’espoir était d’abord resté tapis au fond de mon cœur puis avait grandi au fur et à mesure que nous nous voyions. Lorsque j’avais appris sa séparation avec Leah, l’espoir était devenu une obsession. Je l’avais désiré, de toutes mes forces et maintenant, il était à moi.
Jacob bouge son bras et relève la tête, encore un peu endormi. Il me cherche et je souris de le voir paniquer légèrement jusqu’à ce que nos regards se croisent.
Alors il me sourit à son tour, soulagé de me voir là, coller contre le mur, à ses pieds. Je rampe jusqu’à lui et il m’accueille dans ses bras en soupirant :
Je l’embrasse avec douceur, savourant le délice de ses lèvres. Puis, je me retire à regret en lui rappelant :
Il se dégage et se lève. Une fois de plus j’admire sa grâce naturelle et la perfection de son corps. Même ses mollets je les trouve parfait ! Je ne fais que ça, m’émerveiller devant sa beauté et je dois avoir l’air clairement d’une abrutie car il rit en disant :
Il se rapproche et continue :
Il me caresse les cheveux puis le visage et dépose un baiser sur mes lèvres. Je soupire de plaisir et il me sourit.
Nous nous dévisageons gravement quelques secondes puis il déclare, rompant l’intensité du moment :
C’est la première fois que j’ose venir à la faculté avec ma voiture. En la garant près des autres, j’en vois beaucoup qui me regardent avec des yeux ronds. C’est clair que ça change de la Volvo d’Edward ! Mais je m’en fiche ! Je suis très fière de ma voiture et je vais même la ménager. Je ne la prendrais que deux fois par semaine. Le lundi, car je dormirais sûrement les dimanches soirs chez Jacob et pour prendre le bus, ça serait difficile …et le vendredi soir, pour rejoindre Jacob au plus vite à la Réserve. Les autres jours de la semaine, je prendrais le bus et resterais chez Charlie. Je descends de la Chevrolet en manquant encore de me tordre la cheville. Ça faisait longtemps ! En même temps, je constate que, en effet, ça fait longtemps que je ne manque plus de me casser quelque chose ou de tomber ou pire encore…Jacob me rend-il vraiment plus sûre de moi ? Je sens un changement en moi depuis que je le connais, comme si il m’aidait à m’élever, à être plus adulte alors que c’est un comble, puisqu’il est plus jeune que moi ! Mais, malgré tout, je me sens vraiment différente, libérée et sereine. Je claque la portière puis ferme à clef mais sursaute violemment en me retournant, découvrant Edward face à moi, les mains dans les poches de son blouson.
Nous nous dévisageons, tendus et je finis par demander :
Son petit coup de tête me fait alors remarquer une voiture derrière lui dans laquelle attendent patiemment Rosalie et Alice à l’arrière. Cette dernière me lance des regards d’envie. J’imagine qu’Edward a du interdire à l’une comme à l’autre de descendre et je lui souris de loin, me promettant de la contacter rapidement pour qu’on puisse parler un peu, juste elle et moi.
Une profonde tristesse se peint sur son visage et je vois qu’il se crispe puis il continue :
Je ne demanderais pas sa permission, ça non, ce temps-là est fini ! Mais je ne veux pas non plus le faire souffrir surtout pour quelqu’un qui n’en valait pas la peine ! Je me sens très sûre de moi devant lui, ce qui est très nouveau… l’effet Jacob sûrement. Je le défie du regard puis répond :
Il me regarde une dernière fois puis rejoint sa voiture. Pendant qu’il s’installe, je vois ses lèvres bouger et aussitôt, la porte arrière s’ouvre pour laisser Alice dégringoler de la voiture et courir vers moi. Je ne peux pas m’en empêcher, j’ouvre les bras pour l’accueillir et elle se jette dedans. Elle me serre fort contre elle et son parfum remplit mes narines avec nostalgie.
Elle se dégage et la tristesse dans ses yeux me brise le cœur. Elle me manquera vraiment ! Je l’aimais comme une sœur.
Elle voit aussitôt mon trouble et ajoute précipitamment :
Ça en faisait des choses pour lesquelles je devais donner une réponse aux Cullen ! Moi qui voulais les rayer de ma vie, c’était déjà mal parti ! Pourtant, je me suis promis de continuer à voir Alice. Reste à savoir si Jacob aime la musique de Jasper ? Je souris à cette idée.
Et elle se dégage pour rejoindre la voiture où Edward reste prostré sur la route devant lui mais dans laquelle Rosalie me fixe avec une intensité si forte que je sens sa haine m’atteindre de plein fouet. Mon amitié avec Alice et le fait qu’Edward me parle encore doit la rendre folle.
La Volvo démarre et je vois alors mes « amis » sur le trottoir d’en face, en pleine discussion animée déguisée en attente incognito devant l’entrée du bâtiment. Je soupire et avance droit sur eux, me fixant dans la tête l’endroit où se trouve Angela car c’est la seule qui ne me juge pas. Mais au lieu d’un accueil critique sur le fait que je ne suis pas venue avec Edward, j’entends Mike s’écrier :
Je relève la tête et je vois dans leurs yeux qu’ils sont vraiment sincères. Je leur souris, amusée par leur enthousiasme pendant qu’Angela me dit :
58 – J’aurai du l’écouter…
Je balance mon sac à dos dans l’entrée et crie à mon père que je suis rentré. Quelques secondes après, j’entends son fauteuil rouler dans le couloir et il apparaît devant moi.
Je reviens avec les trois dernières boites de Valium qu’il restait et les lance sur la table en expliquant :
Mon père regarde les médicaments avec des yeux ronds dans lesquels je vois passer une lueur de tristesse. Ses pensées doivent être avec ma mère à cet instant.
Sa mélancolie me rappelle alors celle d’un autre et je déclare sans détour :
Aussitôt, mon père lève ses yeux noirs sur moi et la tristesse fait place à la fureur en un éclair. Je le fixe les bras croisés, l’air d’un mec qui attend des explications et il finit par soupirer :
D’un geste rageur, il fait avancer son fauteuil vers la fenêtre et se borne à regarder au travers en silence. Je le laisse mariner deux minutes puis je demande avec une pointe d’impatience :
Mais au moins, je vois mon père s’agiter et je pense que ça a eu le mérite de le faire réagir.
Il laisse passer un temps de réflexion puis continue :
Surpris par cette description du docteur qui ne correspond pas du tout avec l’image que j’ai de lui, je secoue légèrement la tête et réponds en m’approchant de mon père :
Honteux mon père baisse la tête et répond :
Je suis tellement abasourdi que je dois m’asseoir sur le rebord de la fenêtre pour digérer toute cette histoire. J’observe mon père qui semble à des milliers de kilomètres de moi, revivant sûrement des souvenirs qui ne devaient pas être heureux pour lui. Je revois encore la tristesse dans les yeux du docteur Cullen et me dis que, décidemment, la vie amoureuse à Forks est un vrai sac de nœuds ! J’imagine ma mère, revoir ce type en cachette…avec Rachel, puisqu’il semble l’avoir connue…et peut-être avec moi ? J’essaie de me rappeler si je n’ai pas un souvenir où il y serait mais ça ne me dit rien. Il faudrait que je parle à Rachel !
Mon père lève soudain les yeux sur moi et demande, un demi-sourire aux lèvres :
Je lui souris, un peu soulagé bien qu’il ne m’avait jamais montré d’animosité.
Le repas terminé, je débarrasse la table et file dans ma chambre pour attendre l’appel de Bella. A l’heure qu’elle m’avait donnée, le téléphone fixe sonne et je décroche aussitôt :
Je sens une légère hésitation dans sa voix, comme si elle était ennuyée alors je demande aussitôt :
Je sens une vague de colère déferler dans mon corps avec une force qui me surprend moi-même. Ma main tremble et je sers plus fort mon téléphone en demandant, les dents serrées :
Furieux, je ne réponds pas et elle continue :
Et sans me contrôler, je raccroche le téléphone en le serrant si fort que j’ai l’impression que je vais l’éclater entre mes doigts. Je crois que jamais de ma vie je n’ai ressenti une telle fureur ! Même à la mort de ma mère, même à la mort de Anoki, même après la tentative de Leah…je me sens si…jaloux, si frustré, si trahi ! Une toute petite voix me crie qu’il faut que j’arrête ! Qu’elle ne m’aurait pas appelé si elle voulait me tromper mais la savoir avec lui ! Elle qui pleurait encore dans mes bras la veille en disant se sentir honteuse d’avoir été trompée ! Et elle était encore avec lui ! Pourquoi ? Une explication ? Mais qu’avait-il donc à dire de si important qu’elle décide de retourner à la villa ??? Il espérait quoi ? Qu’elle tombe dans le panneau ? Il voulait la récupérer ? C’était ça ! Il voulait la faire changer d’avis ! Mais elle m’aime…il ne peut plus la récupérer ! Son image dans mes bras pendant la nuit me flashe l’esprit et ma fureur se calme quelques secondes. Oui, elle m’aime…elle me l’avait dit des dizaines de fois contre mon visage, je sens encore ses caresses, j’entends encore ses soupirs, je vois encore ses yeux troublés, briller par cet amour qu’elle ressent pour moi.
Mais j’ai beau me le répéter, je crève de peur. Je m’assois sur le lit, celui où nous étions encore il y a quelques heures. Je fixe l’oreiller, sentant petit à petit la colère diminuer et laisser place à la torpeur. Son sourire me manque déjà, son parfum encore plus…je ne vais pas pouvoir rester dans cette pièce ! Pas sans elle, pas en la sachant là-bas ! Il faut que je m’occupe l’esprit !
Je me lève d’un bond et sors de la maison pour atteindre mon garage. Il fait déjà nuit, je ne sais même pas quelle heure il est mais tant pis ! Je préfère bosser sur mes voitures plutôt que de rester prostré seul dans cette chambre !
Je dois travailler depuis une bonne demi-heure quand j’entends des pneus faire craquer les graviers à l’extérieur. Une portière qui claque : ça doit être Sam et Leah…ou peut-être Paul ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pas envie de discuter, pas ce soir ! Je serais de très mauvaise compagnie, ce n’est pas la peine. Je reste donc sous ma voiture, à resserrer un boulon du moteur quand je vois trois paires de rangers s’approcher. Etonné, je me fais glisser pour me relever et les types qui me font face ne me saluent pas, ce qui me met aussitôt en alerte. Surtout que j’en vois un quatrième qui est resté près des portes et qui semble faire le guet. Leur style est celui des mecs qui se prennent pour des soldats mais ils ne doivent pas en être, vu les tatouages sur la gorge de l’un d’eux et les boucles d’oreille d’un autre. Ils ne doivent pas avoir plus de vingt ans mais ils sont assez balaises. Tendu, je demande sèchement :
Blond, cheveux ras, une profonde cicatrice sur la joue droite, le type me défie méchamment du regard et sors doucement une matraque de sa veste. Le cœur qui cogne à fond, je déglutis doucement, histoire qu’ils ne captent pas ma peur. J’ai l’impression de jouer dans un mauvais film et eux seraient de très mauvais acteurs ! Pourtant, ils sont bien réels et tout mon corps est en alerte maximale. Alors, je pense à Paul et à un des principes fondamentaux de la capoeira qu’il m’a fait réciter des milliers de fois mais que je n’ai jamais vraiment pu appliquer : « Imaginez-vous dans une situation difficile et essayez de trouver le meilleur moyen de vous en tirer. Quand vous rencontrerez cette situation dans la réalité, vous aurez plus de chances de vous en sortir. »
Et voilà ! J’y suis !Pensé-je pendant que les trois types m’encerclent. Et il avait raison, je ne suis pas prêt ! Je le sens, je panique alors que je ne devrais pas !
Paul serait là, il m’engueulerait ou me hurlerait dessus les principes trente huit et trente neuf : Ne vous battez que si vous avez à 100% raison ! …Si vous ne pouvez pas … cherchez à vous défendre !… Restez calme…reste calme Jacob…faut pas être pressé de donner un coup !… Donne-le que lorsque tes probabilités de faille sont quasi-nulles !…. Profites de tout ce que l’ambiance et ton environnement peuvent te procurer…
Je me rends compte que je suis en train de réciter à voix basse ces principes qui sont incrustés dans mon esprit au fer blanc, comme si Paul était là, près de moi, à me les faire répéter et répéter encore… Les gars autour de moi ont l’air de tout sauf de mecs cool et je me mets en position d’attaque. L’un d’eux ricane, se disant sûrement que je n’avais aucune chance contre eux mais je compte bien me défendre ! Mes cours de karaté et de capoeira allaient m’aider ! Même si j’étais loin d’être au top, ils ne doivent pas s’attendre à ce que je sache tout ça. Ils me tournent autour, lentement et je me demande ce qu’ils attendent alors je leur lance :
Je réfléchis, mais mon esprit est un peu embrouillé. Je pense alors au jeune que j’ai dénoncé à Charlie pour le feu de forêt et en les regardant mieux, je me dis que ça doit être ça, qu’ils ont le même style ! Celui sur ma gauche profite de ma réflexion pour attaquer le premier et je prends un coup de botte dans les reins. La douleur est immédiate mais j’en ai pris d’autre ! Paul et Sam n’ont jamais été tendres avec moi, Paul plus encore ! Alors d’un coup de jambe rapide, j’atteins celui face à moi au visage qui surpris, recule de deux pas. Mais il est costaud et se lance sur moi, poing tendu. Au début, je réussis à donner un coup à chacun, mes mouvements de ginga me permettent d’être très rapide et ma souplesse les surprend plus d’une fois mais ils sont très forts et surtout ils sont trois ! Après quelques coups de pieds reçus alors qu’ils ne s’y attendaient pas, ils décident de se mettre tous sur moi mais j’arrive à me dégager. Je leur rends encore deux ou trois attaques, j’en fauche un qui tombe lourdement sur le sol poussiéreux mais lorsque je pense avoir le dessus, un que je n’avais pas vu, et plus grand que moi, m’attrape par l’arrière en encerclant ma gorge et la puissance de ses bras me coupe le souffle. De mes deux mains, j’essaie de le faire dégager, je donne des coups de reins, des coups de jambes mais les autres semblent plus s’amuser qu’autre chose, ce qui me confirme que celui-ci, que je ne vois pas, est plus fort encore et était leur carte atout ! Il serre de plus en plus fort, l’air me manque et mes oreilles bourdonnent. J’entends alors l’un d’eux dire :
Aussitôt, le géant desserre son étreinte et je me dégage en me tenant la gorge qui me brûle. Je donne encore deux coups qu’ils accusent, surpris que je sois encore aussi alerte. Mais cette fois, je suis complètement encerclé et je vois le visage de celui qui me tenait. C’est un Quileute, ce qui me confirme qu’ils sont amis avec le jeune de mon lycée qui a mis le feu à ma forêt. La rage m’envahit et je me jette sur lui, bien décidé à ne pas me laisser faire ! Aussitôt, les trois autres m’attrapent et au lieu de me frapper, ils me maintiennent les bras dans le dos en me forçant à me plier. Je pose un genou à terre, essayant de me servir du sol pour développer ma force mais avec terreur, je vois quelque chose briller dans mon champ de vision. Je tourne la tête pour revoir cette lame mais l’un d’eux me chope par les cheveux et me force à garder la tête baissée. Mon cœur s’accélère violemment pendant que celui qui a parlé tout à l’heure répète :
Et là, je le sais…je suis foutu !
59 – Éclaircissements
Je claque la portière de ma voiture et pousse un gros et profond soupir en levant les yeux sur la villa. J’avais quand même espérer ne pas revenir si vite mais Charlie avait raison : plus vite réglé, plus vite tranquille ! Et depuis ce matin, le visage d’Edward ne me quitte plus : sa tristesse, son besoin de se justifier et surtout, j’avais le sentiment qu’il allait bientôt partir d’ici, que si je voulais des explications, c’est maintenant ou jamais. Bizarrement, je ne me sens pas en colère. Déçue, dégoutée mais pas en colère. Et j’ai hâte d’en finir et de retrouver Jacob ! Je frappe à la porte en bois et quelques secondes après, Alice m’ouvre, un large sourire aux lèvres mais le regard triste.
Edward apparaît aussitôt derrière. Le soulagement se lit sur son visage et je comprends qu’il ne pensait pas que je viendrais et qu’il était content de pouvoir avoir ce moment avec moi. Alice se pousse pour me laisser entrer. J’entends Esmée parler dans la cuisine au fond et je tends le dos à l’idée de revoir Rosalie. Mais Edward pose sa main sur mon épaule pour m’entrainer à l’étage en me disant :
Une fois dans sa chambre, je me sens un peu bizarre de me retrouver là, comme si ce n’était plus du tout ma place. Je jette un regard circulaire à la pièce, mais rien n’a changé depuis mon départ. Je ne sais pas à quoi je m’attendais, je ne suis partie que depuis deux jours…peut-être à voir des affaires d’Eli ?
Il hoche la tête, comprenant ma froideur et un petit sourire crispé se dessine sur ses lèvres…du regret ? Il baisse les yeux et je m’installe, les mains toujours dans les poches de ma veste. Je l’observe et mon cœur se serre car un souvenir vient de me revenir. Celui du jour où, pour la première fois, j’ai posé mes yeux sur lui. Je l’avais trouvé si beau et si sûr de lui. Il avait vraiment quelque chose en plus de tous les garçons que j’avais pu rencontrer jusque là et surtout, j’avais lu dans ses yeux un intérêt que je n’avais jamais vu avant. Je m’étais sentie soudain jolie et intéressante…et une semaine après, Edward m’embrassait à l’arrière du bâtiment du lycée, alors que tout le monde rentrait pour aller en cours, lui il m’avait attiré à l’écart et m’avait embrassé. Je me souviens avoir ressenti quelque chose de très fort, me disant que celui-ci, il était différent ! Que notre histoire allait me marquer car sa personnalité était hors du commun, que j’étais déjà complètement amoureuse, que je ne pensais qu’à lui et que j’étais très fière qu’un gars comme lui puisse s’intéresser à moi. Edward Cullen…le mec le plus sexy et le plus désiré du lycée. Et c’était moi, la quelconque Bella Swan qu’il embrassait !
Edward lève ses beaux yeux miel sur moi et je le sens, je suis moins réticente. Il me sourit et je lui rends. Cet étrange sentiment de complicité s’installe à nouveau, comme le jour où ses parents parlaient de la voiture à table. Pourquoi je ne ressens pas plus de haine ? Edward me contemple quelques secondes puis déclare timidement :
Il se racle la gorge, baisse la tête et les yeux dans le vide, commence à parler d’une voix triste :
Il marque une pause, ses yeux se posent sur ses mains que je vois se crisper. Ce souvenir semble être très douloureux pour lui. Il soupire puis continue :
Il me regarde, cherchant sur mon visage si j’ai bien tout compris à son histoire et je hoche doucement la tête pour qu’il continue. Alors il sourit faiblement et murmure :
A nouveau, son regard se perd dans ce souvenir. Je n’ose pas l’interrompre mais le pli sur son front me confirme qu’Edward souffre vraiment de toute cette histoire. Au bout d’une minute, il reprend :
Je revois Edward dans ma cuisine, chez mon père, lorsqu’il m’avait annoncé qu’il était rentré avant sa famille. Je m’apprête à lui demander si ses parents étaient au courant mais il m’interrompt :
Je lève un sourcil, septique mais ne le contredis pas. Ma gorge me serre de trop, je suis en train de retenir mes larmes et je veux le fin mot de cette histoire. Alors en voyant mes yeux briller, il hésite puis continue, malgré tout :
Cette fois, les larmes coulent chaudement sur mes joues et je n’arrive plus à le regarder. Je ne sais même pas ce que je ressens à cet instant à part une profonde douleur. Je l’entends pousser un soupir étouffé. Lui aussi semble affecté et il continue d’une voix rauque :
Nous nous dévisageons, je lis sur son visage toute sa désolation et son impuissance face à ce qu’il s’est passé. Quelque part, je le comprends. Moi non plus, je n’avais pas su résister à Jacob. Pourtant j’avais lutté…
Etonnée, je l’invite du regard à continuer :
Il me regarde tristement et je baisse la tête, le rouge aux joues. Non, je ne l’aimais déjà plus à cet instant…
Malgré moi, je souris à mon tour, étonnée par l’ironie de la situation. Mais, je repense aussi à cette fameuse Elisa, à notre rencontre au restaurant, puis au ranch.
Je n’ai même pas envie de crier, d’aller plus loin…je pense juste à toutes ces années perdues, autant pour lui que pour moi ! Alors je lui pose la question :
Je hausse les épaules, mes larmes coulent de plus belle et il continue :
Mon cœur se serre, une vague de profonde tristesse m’envahit à nouveau et je réponds :
Mais la douleur qui traverse son visage me calme aussitôt et c’est d’une voix plus calme que je lui demande :
Cette nouvelle me surprend et je ne sais pas pourquoi mais, aussitôt, je pense à Leah.
60 – A vif
Je suis un peu bouleversée, même complètement bouleversée ! Je ne sais plus si je ressens de la tristesse ou de la joie, de la frustration ou du soulagement, de la haine ou de l’amitié…tout est confus et Edward le voit car il se penche vers moi en me tendant la main doucement. J’hésite puis lui prends et il me sourit tendrement. Nos regards se croisent et je sens soudain une drôle de sensation, comme si on venait d’écrire le mot FIN. Je comprends alors le message dans ses yeux :
Ça me fait bizarre de parler d’elle aussi facilement mais pourtant, c’est le cas. Je ne ressens rien. Est-ce que j’aimais encore autant Edward que je le pensais ou notre relation était-elle déjà devenue de l’amitié depuis longtemps ?
Je ne réponds pas, incapable de me projeter pour l’instant aussi loin et surtout, incapable d’imaginer cette possibilité avec Jacob. Il faudrait que je lui explique tout, tout ce que je ressens, toutes mes contradictions…j’avais besoin de prendre du recul par rapport à cette histoire et j’avais surtout envie, pour l’instant, de vivre pleinement ma relation avec Jacob. De penser à lui aussi fort me donne envie d’entendre sa voix. Je lâche la main d’Edward et me lève sous son regard surpris.
Je sors mon portable de mon blouson et m’éloigne vers la fenêtre en composant le numéro de chez Billy Black puisque Jacob n’a plus de téléphone sur lui. Sa chaude voix provoque en moi une vague de bonheur :
Je ferme les yeux…évidemment, Jacob a capté la tension dans ma voix. Alors je décide de lui dire la vérité :
Même de là, je sens sa colère et regrette aussitôt mon appel. J’aurai du lui expliquer ma visite de ce soir en face !
Il est furieux, je le sens alors j’insiste:
Je mets quelques secondes à comprendre qu’il m’a raccroché au nez…aussitôt, un spasme de tristesse me secoue et les larmes me montent aux yeux. Il faut que je quitte cette villa ! Je ne veux pas blesser Jacob ! Je me retourne et Edward s’approche vivement en voyant mon visage.
Je me sens troublée, déboussolée, avec une furieuse envie d’être près de Jacob maintenant. Je me fiche de mes affaires mais je ne peux pas les imposer aux Cullen alors je fonce vers les armoires et sors tout ce que je trouve qui m’appartient. Edward m’aide et me sors une valise dans laquelle il dispose tout. Une fois les vêtements triés, je file dans la salle de bain et d’une main tremblante, fourre dans un sachet tout ce qui doit être à moi. Je sens une présence derrière moi et pensant que c’est Edward, je ne me retourne pas mais soudain, je sens une main sur mon épaule et j’entends renifler. Alors mon cœur se serre et je stoppe ce que je fais pour prendre Alice dans mes bras.
Je la suis, remarquant en passant par la chambre qu’Edward a bouclé ma valise. En arrivant dans la chambre d’Alice, je la vois sautiller jusqu’à son bureau. Elle prend dans ses mains un petit livre et va s’asseoir sur son lit. Je la rejoins et elle me fait un large sourire en me le tendant.
Emue, j’ouvre le carnet pour y trouver des photos commentées par elle-même, retraçant un peu toutes les vacances que nous avons passé ensemble, toutes nos sorties…des moments importants, des fêtes, des soirées…elle n’avait pas mis beaucoup de photos de moi avec Edward mais plutôt des photos d’elle et moi, ou de moi seule, parfois souriante, parfois moins et je me souvenais de ces instants où j’avais l’impression de ne pas être à ma place. Mais Alice n’avait pas dû capter ce sentiment car elle regarde les photos près de moi avec ravissement. Alors, je décide de rester un petit moment avec elle pour parler de tout ça et je me plonge avec elle dans ses souvenirs qui resteront joyeux à ses yeux.
Au bout d’une bonne demi-heure, Edward vient nous rejoindre discrètement. Il reste en retrait mais je le vois sourire à l’évocation de certains moments relatés par sa sœur. Soudain, nous sursautons tous en entendant hurler :
Je me lève d’un bond et suis Edward dans le couloir qui mène aux escaliers, Alice sur nos talons. En atteignant la balustrade, j’entends encore crier :
Je me penche et en bas dans l’entrée, je vois Paul menaçant et cherchant autour de lui. A mes côtés, Edward se tend comme un arc et je le vois descendre la première marche avec lenteur. J’ai l’impression que tout tourne au ralenti. Je vois Carlisle sortir de son bureau et s’approcher en demandant à Paul de se calmer. Mais ce dernier n’hésite même pas et lui donne un violent coup de poing.
Esmée pousse un cri pendant que je dégringole les escaliers.
Mais il m’ignore complètement et jette un regard circulaire. Quand il se pose sur Edward qui se tient sur la dernière marche des escaliers, immobile, il siffle, menaçant :
Je me jette sur lui en lui disant :
Mon sang se glace et je marmonne :
Tout le monde se retourne vers celle qui vient de prononcer son nom dans un murmure.
Etonnée, je regarde Paul et le vois hésiter puis plisser les yeux, cherchant dans sa mémoire d’où il la connaissait. Rosalie a une tête d’ahurie, les lèvres tremblantes, elle avance vers nous comme un fantôme. Je comprends alors avec stupeur ce qu’il se passe en elle.
Ce dernier réagit et s’esclaffe en disant :
Rosalie vient se planter face à Paul qui la toise, ne semblant pas encore croire à ce qu’il voit. Moi j’ai le cœur qui va exploser et je le secoue en disant, désespérée :
Il baisse alors les yeux sur moi et répond, les dents serrées :
Mais Paul se fout des ordres de Carlisle et fixe méchamment Edward. Je suis entre eux d’eux et je pose ma main sur le torse de Paul en le suppliant :
Mais ma tête bourdonne, je fixe le visage de Paul qui ne semble plus vouloir bouger. Je sais qu’il hésite à s’attaquer à Edward mais la panique m’envahit. Je le frappe alors en hurlant :
Il me traine vers la sortie mais Rosalie se plante devant nous comme une furie et lui dit, complètement bouleversée:
Pendant une seconde, je vois le moment où il va la frapper et paniquée, je me retourne vers Carlisle. Mais je suis surprise de le voirse passer la main sur le visage, comme dépité tout en retenant un sourire. A ses côtés, Esmée semble pétrifiée et regarde sa fille comme si elle voyait quelqu’un d’autre. Edward me fixe et n’a pas bougé. Derrière lui, Alice semble aussi stupéfiée que sa mère. Cependant, cette dernière réagit et crie à Rosalie :
Alors Paul me lâche et va se coller tout contre Rosalie qui le toise mais ne bouge pas. Ses yeux lui lancent des éclairs pendant qu’elle lui dit d’une voix rauque :
Je sens alors Paul frémir puis je l’entends lui dire à voix basse mais fermement :
Je vois les yeux de Rosalie s’agrandirent de frayeur. Paul continue de la fixer méchamment et tremblante, elle finit par se bouger. D’un geste vif, il m’attrape à nouveau par le bras et m’entraine dehors. Je vois alors la moto de Jacob et ma panique s’amplifie.
Sans me répondre, il enfourche la moto. Son visage est tendu et ses yeux sont noirs de colère. Je comprends qu’il ne me répondra pas, que je le verrais par moi-même. Le souffle court, je grimpe derrière lui et m’accroche à sa taille pendant qu’il démarre en trombe. Je jette un dernier regard noir à Edward qui est sur le perron. Mais la tristesse dans ses yeux me fait soudain douter. Cependant, je n’ai pas le temps de chercher plus d’explications car Paul m’emporte déjà loin de la villa à toute vitesse.
61 – Choc
Son mutisme m’a rendue folle et je lui ai tellement crié dessus lorsqu’il m’a laissé devant chez moi qu’il a fini par réagir et m’a secoué un peu pour que je me calme. Lorsque j’ai réussi à me concentrer sur lui, il m’a expliqué, retrouvant enfin pied avec la réalité qu’il avait perdue en entrant chez les Cullen :
J’avais l’impression d’exploser de partout.
Mon cœur ne battait plus normalement, j’avais eu du mal à reprendre ma respiration. Mais je voulais savoir !
Et depuis, j’attends devant ma fenêtre en faisant tourner ma plume d’aigle entre mes doigts. Je me suis imaginée toutes sortes de choses, angoissant plus à chacune de mes idées. Je déteste Paul ! Pourquoi faut-il qu’il soit aussi à cheval sur les paroles ! Je n’en peux plus de ne rien savoir ! Même mon père est de mèche avec eux, il m’a interdit d’y aller mais ne semble pas avoir plus d’information. J’ai un énorme trou dans la poitrine, mon cœur bat une fois sur deux et j’ai ma tête qui me serre, prête à exploser.
Je perds patience quand soudain je vois le 4 X 4 gris métallisé se garer devant chez Charlie. Aussitôt, je quitte ma fenêtre et cours dans les escaliers pour quitter mon enfer. Paul ne descend même pas de la voiture et je grimpe dedans comme une furie.
Mon cœur s’accélère. Que s’était-il passé pour que Jacob refuse de me voir ?
Plus nous approchons de chez les Black, moins j’arrive à respirer. Je le sens, il s’est passé quelque chose de grave, quelque chose qui va changer notre relation ou changer Jacob. Depuis que nous avons quitté ma maison, je n’arrête pas de voir son image : le jour où nous avons pêché ensemble, lorsque le soleil faisant ressortir la couleur si particulière de sa peau puis sur la plage, lorsque je m’étais assoupie, hypnotisée par ses cheveux noirs que le vent fouettait et qui le rendait si beau. Son sourire, si radieux pendant tous ces moments heureux jusqu’au dernier (était-ce le dernier ?), le soir où j’avais dormi dans son lit et que je l’avais contemplé pendant des heures. Paul tourne dans la propriété et je retiens mon souffle. Lui, son visage est grave et tendu. Sombre aussi… Il semble hésiter mais descend de la voiture et du coup, je n’ose pas le suivre. Il fait le tour, m’ouvre la porte et me dit d’une voix que je ne lui connais pas, pleine de douceur et de tristesse :
Je me laisse glisser et il me rattrape. Puis, sentant que je suis incapable de marcher correctement, il me soutient par le bras mais, au lieu de m’emmener vers la maison, il me dirige vers le garage alors surprise, je demande :
Paul ne répond pas mais ses mâchoires se crispent. Il continue d’avancer et soudain, je reprends espoir. Mais malgré tout, une boule d’angoisse me plombe l’estomac et je le suis, les jambes flageolantes. Une fois devant les portes, il me retient et me dit doucement :
Alors il me lâche et je le regarde s’éloigner avec une furieuse envie de lui crier de revenir. J’ai peur, peur de ce qui m’attend. Peur d’avoir perdu Jacob…
Je souffle un grand coup et me décide à avancer dans le garage où il fait sombre. Au bout de quelques pas, je stoppe net ma marche au niveau de l’entrée, sentant aussitôt le sang quitter mon corps.
Il est assis, dans la pénombre…le soleil éclaire son dos. Ce sont ses vêtements, ce sont ses mains mais ce n'est pas lui. Je me sens descendre et je m'accroche à la porte que j’attrape pour ne pas tomber. Nos regards se croisent et Jacob doit comprendre que je ne pourrais pas faire un pas de plus car il se lève et avance lentement vers moi. Son visage est si grave, je ne le reconnais pas et pourtant, une voix au fond de moi me crie que c'est lui, que c'est toujours mon Jacob. J'entends un bruit claquant à mes oreilles et lorsqu’il pose ses mains si calmes sur les miennes, je comprends alors que c’est moi qui, en tremblant tellement, fait vibrer la porte.
La douleur est si forte. Comment a-t-on pu lui faire du mal ? Qui a osé le touché ? Lui qui est si pur et si doux. J’ose lever les yeux sur lui, cherchant à retrouver le visage de celui que j’aime tant. Ses cheveux courts un peu en bataille, sa profonde entaille sur la joue, son arcade sourcilière recousue…son visage est si dur à présent, ses yeux si noirs. Quelqu’un l’avait frappé et l’avait humilié en lui retirant ce que j’aimais le plus chez lui. Comme si on l’avait amputé d’une partie de lui-même. Je ferme les yeux, éclate en pleurs et il me prend contre lui en chuchotant :
Je n’arrive pas à répondre, ma gorge est trop serrée.
Il me berce quelques secondes puis m’oblige à le regarder. J’ai beaucoup de mal, je ne le reconnais pas, le choc est trop violent, Paul aurait du me prévenir ! Et comme si Jacob lisait dans mes pensées, il me dit :
Il ne finit pas sa phrase et je lève la tête vers lui. Alors, je le vois enfin…mise ainsi, contre lui, je retrouve ses traits et je reprends ma respiration. Mais je vois une larme couler sur sa joue et son front se plisser, le regard porté vers la forêt. Il serre les lèvres et je demande dans un murmure :
Ainsi, on ne lui avait laissé aucune chance. Je repense à l’attitude de Paul, au fait que Jacob lui avait demandé de venir immédiatement me chercher chez les Cullen et j’ose demander, le cœur battant :
Il hésite et plante son regard noir dans le mien. Je capte aussitôt le message qu’il me transmet et ma tête se met à bourdonner violemment. Ma poitrine me serre et les larmes coulent à nouveau. Alors je l’entends me dire :
Mais je ne peux pas y croire ! Et même lorsque Jacob hoche la tête, je ne le crois pas. C’est impossible.
Je m’accroche furieusement à cette idée ! Edward m’a peut-être trompée mais je sais qu’il n’est pas mauvais ! Cette fille est pour moi la seule preuve qu’il est innocent, son amour pour elle m’apparaît soudain comme quelque chose de bien ! Je sens à nouveau cette complicité entre lui et moi m’envahir, ce besoin de le protéger contre sa famille et maintenant contre ces folles accusations !
Jacob me dévisage et je vois dans ses yeux un éclair.
Bon sang ! Il a l’air si amer et je comprends alors qu’il se retenait jusque maintenant d’exploser pour ne pas me bouleverser d’avantage. Son visage s’est tellement assombri. Mon soleil s’est éteint et moi, j’ai le cœur en miette. Il me regarde à nouveau et ajoute :
Mais sans m’écouter, il me laisse en plan et s’éloigne rageusement vers le chemin qui mène à la plage…je le regarde partir, poings serrés, les muscles de ses bras tendus le long de son corps et je comprends alors quand il me disait souffrir mentalement : il avait été battu et il n’acceptait pas cette idée.
Les jambes flageolantes, complètement déboussolée, j’avance droit devant moi sans vraiment voir où je vais…mes larmes brouillent ma vue et je butte dans une pierre mais aussitôt, je sens qu’on m’enveloppe et je m'écroule dans les bras de Paul, anéantie, brisée.
Il inspire profondément et mon corps suit le mouvement du sien. Bizarrement, je me sens plus apaisée, comme s’il venait de me communiquer son calme et son optimisme.
Je me dégage en reniflant pour faire face à la sœur de Jacob. Paul me tient toujours dans ses bras et Rachel pose sa main sur mes cheveux puis les caresse, le regard triste.
Rachel tourne vivement la tête vers lui et répond :
Paul me lâche et Rachel en profite pour passer son bras autour de mes épaules et m’attire contre elle, comme pour me protéger. Je me sens soudain enveloppée par une amitié que je ne soupçonnais même pas. Par ce geste, je sens tout de suite qu’elle m’apprécie beaucoup et qu’elle veut me communiquer tout son soutien. Je lève les yeux vers elle et j’ai à nouveau l’impression d’être minuscule car elle est presque de la même taille que Jacob. Je remarque alors que Paul croise les bras et la défie du regard en répondant :
Je déglutis et Paul lit la peur sur mon visage.
Et sur ces paroles, il nous laisse et se dirige vers le chemin que Jacob a emprunté quelques minutes plus tôt. Rachel le regarde partir en soupirant et m’enveloppe de son deuxième bras en déposant un baiser sur mes cheveux. Je me serre contre elle, l’entoure par la taille et me laisse aller, pleurant à nouveau toutes les larmes de mon corps. Elle me berce doucement en me chuchotant des « ça va aller », « Jacob est fort », et lorsqu’elle sent que je me calme, elle se dégage, me regarde en souriant avec douceur puis m’essuie mes larmes sur mon visage comme une mère. J’ai l’impression de la voir pour la première fois, je vois en elle la mère de Jacob que je n’ai pas connue, je vois dans ses yeux brillants un amour infini pour lui, pour Paul, et peut-être un peu pour moi ? Je vois en elle une alliée, une sœur, quelqu’un sur qui je pourrais toujours compter et je lui souris franchement au travers de mes larmes pour la remercier de tout ça. Elle me prend par les épaules et me dirige vers la maison rouge.
J’espère que Jacob va vite redevenir celui que j’ai connu, même si physiquement et mentalement, il semble diminué. Mon cœur a l’air d’avoir repris un rythme normal maintenant que la tempête est passée. Je pense à Edward et je n’arrive pas à imaginer une seule seconde qu’il puisse être derrière cette attaque mais je préfère écouter Jacob et rester à distance des Cullen pour l’instant. Je me rends compte que je n’ai pas de voiture, que ma camionnette est restée à la villa. Alors, je me laisse guider par Rachel vers la maison de Billy.
62 – Je me suis pris une belle leçon !
J’entends ses pas sur le sable derrière moi mais je ne veux pas me retourner pour croiser son regard. Il sait parfaitement pourquoi je suis là sinon il ne m’aurait pas rejoins et depuis hier, lui seul peut canaliser mon envie de tout casser.
Quand j’ai ouvert les yeux sur lui hier soir, j’étais soulagé, pensant que j’étais sauvé mais en voyant son expression de visage, j’ai tout de suite compris que j’étais encore plus mal que je ne le pensais. Je me souviens mettre accroché à ses épaules, complètement désorienté. Ma tête était atrocement douloureuse, mon visage me brulait et ainsi que mon dos. Ce qui m’avait le plus choqué et que je n’oublierais jamais, c’était que lorsque Paul m’avait aidé à me redresser, j’avais vu des larmes couler sur ses joues. Le visage fermé, secoué de brefs spasmes, il n’osait pas me regarder en face et j’ai vite compris pourquoi lorsque j’ai vu une mèche de mes cheveux tomber de mon épaule sur le sol. Mon sang s’était glacé d’un coup et j’avais passé ma main dans mon cou en tremblant. Puis, j’avais soupiré, m’en doutant un peu quelque part, lorsque j’avais vu la lame contre ma joue. En passant machinalement ma main sur mon visage, du sang avait recouvert mes doigts et en touchant, j’avais découvert une entaille à la joue. Mon œil droit était un peu collé et j’avais vite que compris que c’était du sang qui me le fermait. Paul n’avait toujours pas posé les yeux sur moi, le poing fermé contre sa bouche, ses yeux fixant le sol avec intensité, il était tendu à l’extrême. Rachel était entrée et avait aussitôt couru vers moi en poussant un cri de stupeur. Elle m’avait pris dans ses bras et avait passé ses mains dans les cheveux qu’il me restait. Son visage contre le mien, elle avait pleuré et m’avait demandé qui m’avait fait ça plusieurs fois mais je ne voulais pas répondre…pas à cet instant ! Je m’étais senti un peu en état de choc, me repassant la scène en boucle dans mon esprit et surtout, entendant leur dernière phrase comme un écho dans ma tête. Rachel avait supplié Paul de m’emmener à l’hôpital mais avant qu’il réponde, j’avais dit non. Alors, il était allé chercher des pansements et de l’alcool. J’avais sursauté lorsque j’avais reconnu la sacoche qui contient sa tondeuse qu’il a toujours dans le vide poche de son 4 x 4. Il avait tendu la trousse de soin à Rachel et était venu se placer derrière moi pour me soutenir, pendant qu’elle me nettoyait le visage avec d’infinies précautions en disant :
Et Rachel avait hoché la tête, n’insistant plus face à deux refus, puis avait planté ses beaux yeux noirs pleins de larmes dans les miens en chuchotant :
Une fois terminé, Paul s’était lever pour prendre sa sacoche et j’avais fermé les yeux pendant qu’il mettait la tondeuse en marche et qu’il l’avait passée une première fois sur ma tête d’une main ferme.
Je me souviens que je lui avais même souris car elle semblait si bouleversée que je voulais la rassurer sur mon état physique. Puis la colère avait commencé à gronder en moi pendant que je sentais la machine passer sur mon crâne. J’imaginais Bella face à moi, j’imaginais sa déception, sa peine et le choc qu’elle allait ressentir…peut-être que je lui plairais moins qu’avant ? Peut-être était-elle retournée avec lui ?! Elle qui était encore chez les Cullen ! Ma main avait stoppé le geste de Paul et d’une voix blanche que je n’avais même pas reconnue, je lui avais ordonné :
Sans répondre, il avait quand même remis la machine en marche, avait passé encore deux coups dans mes cheveux puis l’avait éteint définitivement. Pendant que Rachel finissait de me nettoyer, Paul avait cherché mes clefs de moto puis avait pris mon engin mais avant qu’il ne passe la porte, je l’avais interpellé :
Il s’était retourné avec patience.
Je me souviens avoir ressenti un profond déchirement en me rappelant un moment avec elle, sur la plage, lorsqu’elle avait passé sa main dans mes cheveux, puis encore sur la moto, quand j’avais senti ses doigts jouer avec ma queue de cheval …mais le souvenir qui m’avait littéralement détruit était lorsqu’elle m’avait avoué à la rivière qu’elle me trouvait beau. J’avais hésité devant le regard patient de Paul qui sentait que j’avais un truc à ajouté. Alors je lui avais murmuré :
Il avait fini par me regarder droit dans les yeux et m’avait répondu, sèchement :
Rachel l’avait regardé partir, un peu anxieuse.
A son retour, elle avait poussé un soupir de soulagement et s’était jetée sur lui. Ça m’avait fait bizarre de les voir comme ça, ensemble, la voir l’embrasser avec autant d’amour et lui, la regarder avec autant d’adoration. Malgré mon état, j’avais pensé que leur couple était maintenant un roc que plus personne ne pourrait briser, même pas eux.
Paul m’avait vaguement raconté son escapade et j’avais soupiré à son histoire avec le docteur Cullen mais voilà, c’était fait. Bella était maintenant en sécurité chez Charlie, c’est tout ce qui comptait ! Puis, Paul avait demandé à Rachel de nous laisser et seuls tous les deux, je lui avais expliqué en détails mon agression, évitant de le regarder dans les yeux pour éviter son jugement sur la façon dont j’avais géré le combat. Il ne m’avait rien dit, il m’avait juste écouté sans broncher, les deux mains jointes en poing sur ses lèvres. Puis Sam et Leah étaient arrivés et ils avaient été bouleversés par mon état. Physiquement, je savais que ça devait être choquant et Paul avait profité de leur arrivée pour me recoudre avec l’aide de Leah, parfaitement remise maintenant et qui m’avait regardé avec beaucoup de tristesse. Puis, je leur avais tous demandés de me laisser. J’avais besoin d’être seul, seul avec ma conscience, seul avec ma colère.
Bella n’était pas triste ou furieuse…elle était détruite. Jamais je n’oublierais ses yeux, s’agrandirent de stupeur puis se remplirent de larmes…je la voyais encore s’accrocher à ma porte, ses jambes ne la portant plus. Mon état l’avait anéantie. Elle n’avait pas supporté qu’on me fasse du mal mais il valait mieux qu’elle sache la vérité et je n’avais pas pu me taire. Surtout que je craignais d’autant plus pour elle ! Et elle l’avait encore défendu ! Malgré ce que je venais de lui dire et dans l’état où j’étais…
Je n’avais plus supporté d’être près d’elle, à cet instant, je me sentais si honteux et si en colère contre les Cullen (et peut-être même contre elle) que j’avais préféré la laisser.
Maintenant, il fallait que je fasse le point sur tout ça, sur moi-même, sur ce que je comptais faire…j’entends les pas se rapprocher. Il se place à mes côtés et fixe l’océan en silence. Je tourne alors la tête vers lui et il ose me regarder. Après quelques secondes où nous nous dévisageons sans parler, je vois un léger sourire se dessiner sur ses lèvres puis il me dit :
Il sourit plus franchement et tourne à nouveau son regard vers l’océan. Je l’imite, inspirant puis expirant un grand coup. Paul ferme et détend ses doigts, comme il fait toujours avant l’échauffement et par reflex, je retire l’élastique de mon poignet et passe ma main dans mon cou mais la laisse retomber aussitôt, dépité. Alors, de rage, je tends l’élastique vers le ciel et le lâche pour le regarder filer dans l’eau. Paul me regarde faire et finit par sourire en disant :
Il essaie de détendre l’atmosphère mais moi je suis au bord de l’explosion. Je ne réponds pas et me dirige vers le milieu de la plage, là où nous nous entrainons toujours. Il me rejoint et sans même que je m’y attende, il me met un grand coup entre les épaules. Surpris, je reprends mon équilibre et me retourne alors qu’il se place en position de défense sans me quitter des yeux.
Il se rapproche de moi, dents serrées, menaçant, et me dit d’une voix sifflante :
Il se recule et hoche la tête, satisfait de m’avoir fait craquer, d’avoir dit ce qu’il attendait depuis le départ. Soudain, je sens une présence derrière moi et me retourne pour découvrir Sam qui, les mains dans les poches arrières de son jeans, me fixe calmement. Je suis vraiment surpris de le voir et ça doit se lire sur mon visage car il me dit sur un ton léger :
Honteux, je baisse la tête face à mes deux mentors. Toutes ces années d’entrainement avec eux me reviennent à l’esprit comme un flash et je réalise alors que par rapport au début, j’avais pris leurs conseils moins au sérieux, que j’avais mis moins de volonté dans mes combats, que j’avais baissé ma garde et que si je les avais plus écouté, hier soir, j’aurai peut-être pu m’en sortir avec honneur.
Paul lève un œil vers moi mais ne parle pas, attendant la suite. J’hésite puis avoue ce que je ressens :
Nous marchons côte à côte vers la maison et je me sens vidé. Je suis trempé de sueur, Paul et Sam aussi. Nous n’échangeons pas une parole mais eux comme moi savons que cette lutte sans merci que nous avons livré m’a redonné des forces et que je me sens moins diminué. En entrant dans la maison, mon père me regarde en fronçant les sourcils, inquiet et surpris à la fois face à mon nouveau look. Bien sûr, il sait ce qu’il s’est passé mais je ne voulais pas qu’il vienne me voir hier soir ni cette nuit donc je me rends compte que j’apparais pour la première fois devant ses yeux seulement maintenant. Je le dévisage et capte de la peur en plus de l’inquiétude dans son regard alors je lui dis :
Il pousse un profond soupir puis déclare :
Mon père ricane en regardant Paul et répète :
Je me calle contre le meuble et soupire, soudain très las de tout ça. Il faudrait que j’ai une sérieuse conversation avec Bella, histoire de savoir où elle en est. Je m’éclipse de la cuisine et file en douce vers ma chambre pour m’isoler un peu. En ouvrant la porte, mon cœur fait un bond puissant lorsque je la trouve assise sur mon lit et qu’elle lève ses beaux yeux chocolat sur moi, remplis de tristesse.
J’hésite puis m’approche d’elle doucement. Elle ne me quitte pas des yeux et je finis par m’asseoir à ses côtés. Elle me dévisage encore quelques secondes puis baisse la tête vers le sol. Je vois à son cou qu’elle déglutit puis elle me dit d’une voix rauque :
Je pose ma main tremblante sur son épaule, comprenant malgré moi son désarroi et espérant qu’elle voit enfin clair sur lui ! Bella tourne la tête vers moi et ose lever les yeux sur les miens. Elle m’observe plus attentivement, regarde ma nouvelle coupe. Je soupire et baisse la tête vers le sol. Alors elle se lève du lit et vient se mettre face à moi. Ainsi, elle me domine et je vois ses mains se lever et tremblante, elle les pose sur ma tête. Je me laisse faire, ferme les yeux et sens ses doigts passer doucement dans mes cheveux courts. Puis elle me les agrippe et attire ma tête contre sa poitrine. Je me laisse aller en poussant un profond soupir et elle me chuchote à l’oreille.
Je relève la tête et elle ajoute aussitôt dans un petit sourire crispé:
Je sais que je n’ai aucun ordre à lui donner mais je ne sais pas comment lui faire comprendre que je ne veux plus la voir avec lui, que j’ai peur pour elle, que j’ai peur pour nous.
J’ai crié et je vois son regard peiné. Au même moment, la porte de la chambre s’ouvre et j’entends la voix de Paul demander :
Paul passe la tête derrière la porte pour me regarder sévèrement puis il me dit :
Il hoche la tête, lance un regard inquiet à Bella puis referme la porte. Nous nous dévisageons elle et moi, en silence. La tristesse dans ses yeux est une torture mais je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas à faire un pas pour la prendre dans mes bras. Elle doit lire dans mon âme ce qu’il s’y passe car elle demande d’une petite voix :
Et c’est vrai, je ne sais plus ce que je ressens…De la colère ? De la déception ? Un dégoût de moi-même face à cette humiliation ? De la jalousie ? De la tristesse ? De la peur ? Je ne sais pas ce que je ressens…Elle baisse la tête, se tortille les doigts et se mord la lèvre inférieur, retenant ses larmes. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à la prendre dans mes bras ? Furieux contre moi-même, j’avance rapidement vers la porte, passe près d’elle sans m’arrêter et lorsqu’elle me voit tourner la poignée, elle relève brusquement la tête, surprise et bouleversée par mon attitude revêche. Malgré moi, je sors de la chambre en la laissant en plan et traverse le couloir jusqu’à la cuisine où ma sœur m’attend. Sam me regarde entrer dans la pièce et mon visage doit exprimer à nouveau cette colère qui ne me quitte pas car il fronce les sourcils. Agacé qu’il capte aussi facilement mon état d’âme, je lance à ma sœur :
63 – L’ami de mon ami est mon ami
Son départ me laisse vide. Les jambes tremblantes, je m’assois sur son lit où j’aimerais m’enfoncer pour réapparaitre que lorsque la tempête serait calmée. Je n’ose plus faire un geste, même plus respirer tellement je me sens mal. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de mauvais, d’avoir loupé un train, d’avoir perdu mes repères…d’avoir perdu Jacob. Mon dieu, ce qu’il a changé…pas seulement physiquement…je ne le reconnais plus et je ne sais même plus comment le prendre pour qu’il me regarde autrement qu’avec cette colère dans les yeux. Les larmes coulent silencieusement sur mes joues et viennent s’écraser sur mon jeans sans que je ne cherche à les arrêter. Edward m’aurait-il trahi à ce point ? Aurais-je tout faux depuis le début ? Est-il quelqu’un de mauvais, de calculateur ? Non…non…non, je me refuse à le croire ! C’est impossible que je me sois trompée à ce point depuis toutes ces années. Son amour pour Elisa était une chose mais il ne m’avait montré aucune haine contre Jacob, au contraire ! M’avait-il trompé pour que je ne le soupçonne pas ? Avait-il essayé de me séduire, de paraître gentil et compréhensif pour que je le défende ? Jacob avait-il raison ou était-ce moi ? En tous cas, ça nous sépare. Je le sens…et je ne sais pas comment rattraper ça…La porte s’ouvre doucement et je n’ose relever la tête pour ne pas qu’il voit mes larmes. Je ferme les yeux et, libérées de mes cils, elles coulent chaudement sur mes joues. Je sens alors quelque chose être posé sur mon genou et en ouvrant les yeux, je découvre un mouchoir blanc plié. Je tourne la tête et suis surprise de trouver Paul assis à mes côtés. Il fixe le sol et je prends donc le mouchoir pour m’essuyer le visage sans le quitter des yeux, me demandant ce qu’il veut. Il soupire alors et me dit :
J’aurai préféré qu’il me démente cette affirmation mais ce n’est pas le cas et mon cœur se déchire encore plus.
Je retiens alors mes sanglots, essayant de paraître moins capricieuse mais je suis en train de devenir folle et j’ai l’impression que lui seul peut m’aider !
Je baisse la tête, ne sachant plus quoi répondre car les faits étaient là : Jacob avait été attaqué au nom d’Edward Cullen. C’était pour l’instant la seule vérité que nous avions. Je l’observe attentivement, repensant soudain à notre première rencontre et à son accueil plus que froid. Puis à l’aide qu’il m’avait offerte pour me ramener près de Jacob, s’opposant complètement à ses paroles de l’époque à mon intention. Il fixe toujours le sol, les épaules basses et je lui demande :
Il tourne brusquement la tête vers moi, me regarde bizarrement puis détourne son regard sur la porte, se disant sûrement qu’il serait temps qu’il parte. Alors j’insiste:
Je me lève du lit et me plante face à lui en croisant les bras. Soudain, quelque chose que j’ai remarqué depuis quelques temps me vient en tête et je me sens d’attaque pour lui mettre dans le nez :
Nos regards se croisent et je vois une lueur dans ses yeux. Mon attitude revêche doit sûrement l’amuser mais je ne me démonte pas et continue :
A mes mots, il baisse la tête et je vois qu’il se mord l’intérieur de la joue.
Surpris, il redresse la tête et ses yeux ronds me font sourire alors j’affirme :
Après un moment où nous nous dévisageons, nous défiant mutuellement du regard, je finis par conclure :
Un petit silence s’installe pendant que je l’observe toujours.
Comme il ne répond pas, je continue :
Sa voix se brise et il ferme les yeux. Instinctivement, je me rapproche, les larmes me brulant les paupières, et je passe mon bras en-dessous du sien en collant ma tête contre son épaule. Il me laisse faire et ne se dégage pas. Il passe sa main sur son visage, expire fortement puis attrape la mienne en la serrant avec force. Moi, je me laisse aller et mes larmes coulent de mes joues vers le long de son bras sans s’arrêter. Nous restons un petit moment comme ça, nos doigts emmêlés, chacun fixant le sol sans parler. Puis, je sens que je me calme. Mes larmes ont cessé de couler. Je redresse la tête, essuie le bras de Paul avec ma main libre ainsi que son épaule où ma tête était posée. Il tourne son visage vers moi pour voir ce que je fabrique et finit par rire doucement en voyant l’auréole que j’ai laissée sur la manche de son tee-shirt. Nos regards se croisent et il me sourit, comme pour me rassurer sur l’avenir. J’éclate nerveusement de rire car c’est bien la première fois qu’il me sourit et en s’en rendant compte, il semble soudain gêné d’avoir baissé sa garde et de m’offrir moins de froideur.
Je le dévisage, ayant soudain confiance en lui, remarquant pour la première fois une douceur infinie dans ses yeux, appuyant sa dévotion sans limite pour les gens qu’il aime et son attitude de la veille me revient en tête alors je demande en me moquant nerveusement:
Il me lâche en soupirant mais je vois à ses yeux que cette question l’amuse :
Il fronce les sourcils et semble soudain très ennuyé.
Il fait une petite moue à ce dernier mot, reprenant le terme employé par Esmée. Je le laisse dans ses pensées pendant quelques secondes puis lui affirme :
Paul me sourit, amusé par mes propos puis il demande, étonné :
Nous nous dévisageons quelques secondes, nous disant mutuellement qu’on s’était peut-être trompés l’un sur l’autre : moi pour l’avoir mal jugé dès le départ, lui pour m’avoir mis dans le même sac que ceux qu’il déteste. Nous sommes interrompus par Rachel qui entre dans la chambre avec une tasse à la main. Elle me sourit et me la tend. Je la prends en la remerciant, appréciant infiniment la chaleur qu’elle m’offre depuis ce matin, comme un baume apaisant. Puis elle tend la main à Paul qui se lève et la suit dans le couloir lorsqu’elle retourne à la cuisine. Je décide de me lever du lit et de les rejoindre pour m’imprégner de l’ambiance familiale de cette maison.
Billy est seul dans la cuisine lorsque nous arrivons. Comme Rachel est là, je me demande où est Jacob et elle capte aussitôt mon regard inquiet alors elle me dit :
Je baisse la tête, soudain envahi par une profonde tristesse, m’imaginant mon Jacob si doux et si calme se battre et se battre encore, rageusement, indéfiniment, jusqu’à ce que sa colère s’apaise.
La journée passe et je me sens très seule. Il y a beaucoup de monde dans la petite maison rouge mais j’ai pourtant l’impression d’être complètement seule. En fait, je n’ai envie de parler à personne. Seule la voix de Jacob me manque. Il n’est pourtant pas loin, j’ai juste à traverser le champ, la forêt et la plage…et je peux le retrouver en quelques minutes mais je sais au fond de moi que pour l’instant, il ne veut pas me voir. De temps en temps, je vois Paul ou Rachel m’observer mais ils ont la délicatesse de me laisser tranquille, sachant l’un comme l’autre que pour l’instant, il n’y a rien à faire. Il faut attendre que l’orage passe. Sam est avec Jacob, à présent, tous mes espoirs reposent sur lui et plus rien d’autre ne compte.
Soudain, un bruit de moteur me fait relever la tête car je le reconnaitrais entre milles. C’est celui d’une sportive que je connais bien : la voiture de Rosalie. Mon cœur s’accélère à fond et mes jambes flageolent pendant que je me lève de ma chaise à bascule et qu’elle se gare devant le garage de Jacob. Je n’arrive pas à croire qu’elle ose venir ici ! Car je ne doute pas une seule seconde que si c’est bien Edward qui a organisé cette attaque, Rosalie doit être au courant. Aussitôt, mon regard se porte sur Paul qui l’observe tout comme moi, les sourcils froncés. Rachel vient de rentrer à l’intérieur avec Billy et Leah. Nous sommes donc tous les deux pour l’accueillir. Il avance vers elle avant moi et instinctivement, je ralentis ma marche, comprenant soudain qu’elle est venue pour lui en voyant son regard lorsqu’elle sort de la voiture, ainsi que son petit sourire en coin. Lorsqu’il se trouve face à elle, je m’arrête à quelques mètres, aussi tendue que lui. Elle ne me regarde même pas, comme hypnotisée par la présence de Paul. Je l’entends lui dire :
Curieusement, je ne reconnais pas la Rosalie avec qui j’ai vécu pendant toutes ses années. Comme la veille, je vois devant moi une fille au regard un peu fou, les lèvres tremblantes et surtout, d’une pâleur excessive comme si elle allait tomber là. Elle ne cache pas son trouble, elle en serait incapable je pense et je me rends compte alors que pour elle, Paul n’était pas un homme de passage dans sa vie…je me demande même comment elle gère sa relation avec Emmett et si elle l’aime vraiment ? Je reste clouée derrière eux, prête à intervenir mais surtout, curieuse de la tournure de cette conversation et scotchée par ce couple complètement improbable.
Malgré moi, je souris, me disant que Paul avait dû avoir une faiblesse pour elle pour que cette relation dure plus d’une nuit.
Je me demande alors de quand date cette relation car au plus loin que je me souvienne, Rosalie a toujours été avec Emmett.
Rosalie se mord les lèvres, hésitante puis murmure quelque chose que je ne comprends pas en s’approchant de lui pour le toucher. Paul recule d’un pas et la main de Rosalie retombe mollement dans un soupir. Puis elle dit :
Surprise, elle lève ses yeux fous sur lui et les larmes coulent subitement sur ses belles joues fardées.
Même si je ne suis pas concernée, même si je déteste Rosalie, je me sens soudain très mal pour elle. Paul n’a aucun tact et est très dur avec elle. Je vois alors devant moi la raison de sa mauvaise réputation. Je me demande aussi ce qui l’a rendu à ce point aussi amer envers les femmes ? Lui qui a l’air pourtant si bien avec Rachel…
Les larmes de Rosalie se calment et je la vois blanchir à nouveau mais cette fois, de colère. Elle lui lance en regard mauvais, sa fureur m’atteint au passage lorsque nos regards se croisent et rageusement, elle fait demi –tour et retourne dans sa voiture en claquant la portière. Je déglutis, connaissant le caractère bien trempé de cette dernière et me demandant de quoi elle pouvait être capable face à une telle humiliation. Elle démarre en trombe sa voiture et fait marche arrière pendant que Paul la regarde partir, comme pour s’assurer qu’elle quitte bien les lieux. Puis, il revient vers la maison, droit sur moi et au moment où il arrive à ma hauteur, j’entends la voix de Rachel à mes côtés qui lui dit :
La sœur de Jacob me regarde bizarrement et semble soudain à milles lieux de moi. J’ai l’impression même qu’elle ne me voit plus puis soudain elle murmure :
Autant qu’elle sache la vérité, qu’elle sache aussi que c’était terminé. Car Rosalie est très belle et je ne doutais pas qu’elle ait remarqué.
Elle baisse la tête et son expression me fait soudain penser à Jacob lorsqu’il avait de la peine quand je repartais chez Edward. Mon cœur se serre à nouveau…Il me manque tant, j’aimerai tellement le prendre dans mes bras mais il n’est pas là…et pour cause. Le visage souriant d’Edward frappe à nouveau mon esprit et je me retiens de ne pas partir sur le champ pour lui demander des comptes ! Mais je me suis promis d’écouter Jacob et de rester ici. Je ne veux pas attiser plus sa colère…j’aimerai seulement le retrouver près de moi.
Rachel me laisse et rentre dans la maison sans ajouter un mot, la tête basse. J’espère qu’elle ne va en vouloir à Paul pour la venue plus que déplacée de Rosalie étant donné les circonstances ! Le vent agite mes cheveux brusquement et je lève la tête vers le ciel qui s’est assombrit. De lourds nuages approchent, un orage se prépare et je sens déjà l’odeur de la pluie qui doit tomber quelque part. Une bourrasque balaye à nouveau mes cheveux qui s’enroulent autour de mon cou et fouettent mon visage. Je n’arrive pas à détacher mon regard des nuages qui avancent très vite. Puis, un grondement se fait entendre au loin, me faisant sursauter. Paul sort sur la terrasse et me crie :
64 – Retrouvailles et séparations
J’ouvre brusquement les yeux, le cœur battant et soudain, la petite chambre est éclairée par une vive lumière blanche. Je comprends alors que le tonnerre vient de gronder et que c’est ça qui m’a réveillée. Puis, un bruit éclatant fait trembler les vitres et je ferme les yeux, priant pour que la foudre ne soit pas tombée dans la forêt et cause de nouveaux dégâts. Je me mets sur le dos, fixe le plafond qui de temps en temps s’éclaire, comme dans une discothèque et soupire. En regardant ma montre, je vois qu’il est une heure du matin et que Jacob n’est toujours pas revenu. J’espère qu’il va bien…une profonde tristesse m’envahit à nouveau et je me pelotonne contre la couverture, en chien de fusil, serrant l’oreiller contre mon visage pour ne pas pleurer à nouveau. Au bout de quelques minutes, l’orage s’éloigne un peu, il tourne et je sais qu’il me réveillera à nouveau pendant la nuit. J’inspire profondément, essayant de retrouver l’odeur de Jacob dans ses draps puis m’assoupis, un peu calmée.
Une goutte d’eau mouille ma joue et j’ouvre subitement les yeux, surprise. Dehors, l’orage est à nouveau là car j’entends un grondement sourd. Je tourne vivement la tête et mon cœur bondit de joie lorsque je me trouve face au visage de Jacob, penché sur moi. Je comprends alors ce qui m’a mouillé. Son visage est trempé, de l’eau de pluie dégouline de ses cheveux ras et, son corps calé derrière le mien, il me regarde, les yeux noirs…un éclair illumine son visage, il ne sourit pas, il me fixe intensément et je plonge mon regard dans le sien, cherchant une lueur d’espoir, cherchant à retrouver mon Jacob. Heureuse de le voir près de moi, je m’apprête à lui demander si ça va lorsqu’il capture mes lèvres brusquement. Son baiser me surprend par sa dureté mais son contact me remplit de bonheur. Il force mes lèvres et m’embrasse d’une façon qu’il n’a encore jamais faite, presque avec violence. J’agrippe sa nuque, lui caresse…par la douceur, j’essaie de le calmer car je sens encore la rage en lui. Mais mes caresses lui font l’effet inverse car il me retourne contre lui et se cale sur moi, m’écrasant de tout son poids. Il continue son baiser, sauvage, mordant, passionné et je le laisse faire, sachant parfaitement dans quel état d’esprit il se trouve. Ainsi, il prend le dessus… sur moi, sur Edward, me rappelant que nous sommes ensemble, que je l’ai choisi lui et je lui rends son baiser avec autant de passion que lui. Soudain, il s’arrête et se redresse, me dominant de toute sa taille. Il retire son tee-shirt mouillé et vient se placer à nouveau au-dessus de moi, permettant ainsi aux dernières gouttes d’eau retenues par ses cheveux de venir s’écraser sur mon visage. Je ris doucement, lui caresse les épaules et les bras sans le quitter des yeux. Il reste grave, me fixant toujours avec intensité puis passe sa main sous mon tee-shirt pour le retirer. Je l’aide et me déshabille même complètement car j’étais restée avec mes vêtements de la veille. Il me contemple, toujours silencieux puis m’attrape la nuque et m’attire contre ses lèvres pour m’embrasser à nouveau. Je me laisse complètement griser par ses caresses brusques, appréciant bizarrement ce côté sauvage de lui que je ne connaissais pas. Je prends ça comme un jeu car je sais qu’il ne me ferait aucun mal. Il a juste envie de me secouer un peu, une douce punition pour l’avoir laisser seul hier soir au bénéfice d’Edward. Je passe mes mains dans ses cheveux, comme à chaque fois, ce contact me trouble, sa nouvelle apparence me donne par furtifs moments l’impression de faire l’amour avec un autre mais ses lèvres ne me trompent pas, ni son parfum qui me rend si folle. Ça au moins, il ne l’a pas perdu et je m’enivre au contact de sa peau.
* * *
Le soleil filtre à travers les interstices et un rayon m’éblouie doucement. J’ouvre les paupières et je sens tout de suite mon corps endolori, me rappelant aussitôt la nuit merveilleuse que je venais de passer dans ses bras. Je sens aussi le lourd bras de Jacob sur ma taille et je souris, heureuse de le trouver contre moi à mon réveil. Je tourne doucement la tête vers lui et le découvre encore endormi, les traits de son visage apaisés. Je le trouve si beau à cet instant que ça me fait mal dans toute la poitrine. Du bout des doigts, je caresse le contour de sa mâchoire puis descend dans son cou, là où je vois son pouls palpiter. Puis je remonte et ose toucher la cicatrice de son arcade sourcilière qui commence à dégonfler. Il fronce les sourcils dans son sommeil et je n’ose plus bouger de peur de le réveiller mais c’est trop tard, il ouvre les yeux en grand et plonge aussitôt son regard dans le mien. Je m’excuse d’une petite moue de l’avoir réveillé et à ma grande surprise, ses lèvres se fendent dans un large sourire qui semble venir de si loin qu’il me parait irréel. Je le contemple, émerveillée par sa beauté et son sourire s’évanouît un peu mais ses traits restent paisibles. Je m’approche doucement et dépose un léger baiser sur sa bouche. Il me le rend et me sourit à nouveau. Cette fois, mon cœur s’emballe de bonheur. Je n’ose pas lui parler, craignant de rompre cette si belle accalmie mais Jacob finit quand même par dire, d’une voix légère, comme avant :
Il rit et je l’imite, trop heureuse de le retrouver. Car il a l’air vraiment d’être redevenu lui-même, la colère dans ses yeux a complètement disparu, il me regarde à nouveau avec cette petite étincelle et son sourire est franc, naturel…Je ne sais pas ce que Sam a fait mais ça a marché ! Son expérience, son calme et son autorité naturelle sur Jacob ont eu raison de sa rage. Je me redresse pour mieux le contempler, il me caresse le bras et soupire en demandant :
Et nous nous sommes levés, avons pris de quoi manger et nous sommes sauvés main dans la main dans les bois avant même que Billy se réveille. Nous avons écouté les chants des oiseaux qui saluent la fin de l’orage, respiré à plein poumon l’odeur des feuilles mouillées et surtout, apprécié tous les deux une intimité retrouvée.
A présent, nous atteignons la Flèche d’argent et le décor change brusquement. Ça me fait vraiment mal de voir ce petit paradis ressembler maintenant à un enfer. Ici, plus un chant d’oiseau, plus un bruit de feuillage, juste l’odeur encore forte du brûlé, accentué par la pluie qui a lavé les terres cette nuit. Jacob sert plus fort ma main mais ne dit rien. Il me conduit jusqu’à la grotte, regarde à l’intérieur rapidement puis ressort en soupirant :
D’un mouvement de ma main, je le force à s’arrêter et me place face à lui. Les yeux dans les siens, je lui déclare lentement, pour que les mots pénètrent bien son esprit :
Il me sourit et j’ai peur qu’il ne comprenne pas à quel point je suis sérieuse alors, je m’approche plus près et répète :
Son visage se fait plus grave, une forte intensité émane de ses yeux pendant que nous nous dévisageons et il finit par me répondre :
Il inspire et baisse les yeux vers le sol, je sens qu’il hésite, il sert plus fort mes doigts et avant même qu’il ne parle, je sais déjà ce qu’il va me dire :
Il inspire à nouveau, lève les yeux sur un arbre derrière moi, il hésite puis continue malgré lui :
Je l’invite du regard à continuer, souhaitant savoir l’origine de cette colère. Jacob comprend ma question muette et répond, tout en jouant avec le bracelet qu’il m’a offert:
Jacob soupire et sourit en répondant :
Il me dévisage, me caresse les cheveux avec tendresse puis me sourit doucement. Je ferme les yeux et enlace sa taille pour venir poser mon front contre son torse.
Je relève la tête vers lui et je me lance :
Je sens les larmes me monter aux yeux et je regrette aussitôt mes paroles car je sais que je vais gâcher ce moment de bonheur que nous vivions depuis ce matin. Je vois les mâchoires de Jacob se contracter pendant que ses yeux caressent mes lèvres tremblantes. Il les frôle avec son pouce, comme pour leur ordonner de se calmer.
Mon cœur me cogne les tempes avec force et m’oppresse la poitrine, prêt à exploser. Je me blottis contre lui, heureuse qu’il soit enfin redevenu lui-même et qu’il ait compris l’amour que j’avais pour lui.
Nous reprenons notre marche après quelques minutes, main dans la main et avançons sans but précis pendant plusieurs kilomètres. Le soleil est déjà haut quand nous atteignons la nationale qui longe la propriété des Black et lorsque nous arrivons à la petite maison rouge, nous retrouvons toute la bande presqu’au complet en train de préparer le dernier barbecue de l’automne. En nous voyant arriver, Embry nous crie :
Jacob éclate de rire et je l’imite, trop heureuse de le retrouver ainsi. Nous rejoignons Quil et Jared qui s’occupe de faire cuire la viande. Pendant que Jacob dévore une cuisse de dinde avec ses doigts, je jette un regard circulaire à toute cette équipe que je considère maintenant comme des amis proches, voir comme des gens de ma famille. Je comprends alors pourquoi mon père se sent aussi bien avec eux, pourquoi il me parlait d’eux comme des frères et maintenant que mes relations avec Paul ont changé, je me sens complètement acceptée par eux. J’observe discrètement Leah et Sam qui, enlacés, se mettent des morceaux de pommes de terre à tour de rôle dans leurs bouches. Kim et Jared se chuchotent des mots tendres pendant que Quil et Jacob rient de bon cœur avec Embry. Un peu à l’écart, Paul tient Rachel par la taille et picore dans son assiette qu’elle tient en équilibre sur une main, pour eux deux. Paul capte mon regard et me fait un clin d’œil. Je souris et soupire de plaisir, savourant ce repas imprévu chargé de bonheur partagé.
Je prends l’assiette que Billy me tend et, en le voyant dans son fauteuil, je pense soudain à ce que m’a raconté Jacob à propos de la perte de ses jambes. J’imagine alors que ça n’a pas dû être facile et lui souris plus chaleureusement que d’habitude pour le remercier de son geste.
La voiture de police de mon père entre dans la propriété et je suis heureuse de le voir arriver pour partager avec moi ce moment. Billy lance alors :
Les garçons éclatent de rire pendant que mon père se gare à quelques mètres de notre barbecue improvisé. Il sort de sa voiture, ainsi qu’un de ses collègues.
Je ris mais m’arrête aussitôt en voyant la mine sérieuse de mon père, une expression que je lui connais bien et qui n’annonce jamais rien de bon.
Billy va à sa rencontre et Charlie lui murmure quelque chose. Je vois Billy pâlir et tourner la tête vers notre groupe…je remarque alors que son regard s’arrête sur Rachel, inquiet. Aussitôt mon cœur s’accélère car je sais déjà pourquoi mon père est là. Paul, qui riait, s’arrête aussitôt, l’instinct en éveil. Il se redresse et fixe gravement mon père qui s’avance vers lui. Tout le monde s’est arrêté de parler et sans réfléchir, je vais à sa rencontre en criant :
Il est maintenant face à Paul qui s’apprête déjà à le suivre. Rachel, près de lui, semble ne pas comprendre mon intervention et me fixe, bouche bée. J’attrape mon père par le bras et répète :
Je sens le bras de Jacob passer sur ma taille et m’attirer contre lui. Avec horreur, je vois Paul se retourner et laisser mon père lui mettre des menottes sans opposer de résistance.
Ils encerclent mon père et je me surprends à espérer qu’ils interviennent, même par la force.
Les garçons grondent et mon père répète :
Rachel n’a toujours pas bougé et regarde la scène comme moi, anéantie. Paul se penche sur elle et dépose un léger baiser sur ses lèvres avant que mon père l’entraine vers la voiture par le bras. Jacob me serre plus fort, sentant sûrement que j’étais prête à exploser.
C’est alors que Rachel réagit et le rattrape en criant un « non ! » déchirant. Elle s’accroche à son cou en pleurant :
Jacob me lâche et va la prendre par la taille pour la retenir.
Elle murmure quelque chose en Quileute. Mon cœur se serre de tristesse et les larmes me montent aussitôt aux yeux. Jacob la tient toujours pendant qu’elle se débat mais moins fort et Paul finit par ordonner :
Charlie approuve de la tête, le visage décomposé. Jacob ose la lâcher et je vois Rachel bondir sur Paul et l’enlacer par la nuque, le serrant de toutes ses forces. Il lui murmure quelque chose et je vois à sa respiration qu’elle se calme puis je l’entends lui dire en pleurant dans son cou:
Paul ferme les yeux, le visage crispé puis la pousse doucement avec son épaule en faisant un signe à Jacob qui vient la reprendre par les bras pour la forcer à se dégager. Impuissante, elle se laisse faire puis se laisse entrainer par son frère vers notre groupe pendant que je vois mon père installer Paul sur le siège arrière, aidé par son collègue.
J’avance alors vers eux en criant :
A l’intérieur de la voiture, Paul me sourit doucement mais son regard est noir et il me répond :
Je déglutis, les larmes aux yeux…nous nous dévisageons quelques secondes avant que mon père claque la portière. Je retourne alors lentement près de Jacob et Rachel.
Avant d’entrer dans sa voiture, mon père lance à Billy :
Billy hoche la tête et nous regardons tous Charlie démarrer et faire sa manœuvre. Je vois Paul à travers la vitre, la tête tournée vers Rachel, comme pour s’imprégner de son image. Elle reste dans les bras de Jacob, les yeux remplis de larmes, la douleur défigurant son beau visage.
Je n’arrive pas à y croire ! Je n’arrive pas à comprendre jusqu’où nous sommes allés ! Jacob, maintenant Paul ! Les Cullen allaient trop loin ! Je ne pouvais pas les laisser continuer à détruire la vie des gens que j’aimais ! C’était décidé : je retournerais les voir et j’aurai une franche explication avec Edward ! Et je ne partirais pas de là sans avoir la vérité !
65 –Meilleur ennemi
J’ai bien cru pendant un instant que ma sœur allait devenir folle. Je ne l’avais jamais vu dans cet état, même pas à la mort de notre mère. Je ne l’avais jamais vu autant pleurer ni autant crier de douleur. Je n’imagine même pas ce qu’elle deviendrait s’il venait à lui arriver quelque chose. J’avais eu beaucoup de mal à la maîtriser et heureusement que Paul avait gardé son sang-froid et lui avait ordonné de se calmer. Après avoir explosé, elle était maintenant dans un état atonique qui me faisait peur. Je sais qu’elle m’entend mais c’est comme si on avait retiré la prise. Je lui caresse les cheveux pendant qu’elle fixe son mouchoir. Bella vient près de nous avec une tasse de thé et la pose près d’elle. Je soupire et me lève, les laissant seules et va rejoindre Billy, Sam et les autres qui sont en grande discussion.
Tout le monde baisse la tête, sauf Sam qui me regarde en réfléchissant.
Je me retourne d’un bloc et fixe Bella durement. S’il y a bien une chose que je refuse, c’est ça ! Elle le voit dans mes yeux mais me toise, provocante. Alors je lui dis :
Cette fois, je me tourne brusquement vers mon père, les yeux ronds et il continue :
Ses yeux noirs corbeaux et sa bouche au pli amer m’empêchent d’objecter plus longtemps. En soupirant, je prends les clefs de ma voiture et sors dehors, suivi de Bella qui me lance :
Je la regarde et aussitôt, je réalise à quel point je vais trop loin. Penaud, je baisse la tête puis lui réponds :
Je soupire profondément, histoire qu’elle comprenne bien à quel point cette idée me pèse puis ajoute :
Billy est déjà sur le perron et Sam le fait descendre avec douceur sur la pelouse. Son expression me fait peur car moi je sais ce qui l’anime à cet instant. Des années et des années de rancœur envers cette famille qu’il déteste tant pour avoir partagé ma mère avec celui qu’il s’apprête à affronter. Je prends le relais et le conduis jusqu’à notre voiture où Bella m’attend. Une fois qu’il est confortablement installé près d’elle, je plie son fauteuil et prends le volant en soupirant à nouveau un grand coup.
Comme je m’en doutais, la grille de la propriété est fermée et je m’apprête à appuyer sur l’interphone lorsque je vois Bella sortir de la voiture et se placer devant un muret. Je mets quelques secondes à comprendre qu’elle fait signe à une caméra et aussitôt, la grille s’ouvre lentement. J’attends qu’elle remonte dans la voiture et démarre pour pénétrer dans le domaine de cette famille si respectée de Forks, et si détestée de notre famille.
Je l’écoute et mets le 4 X 4 sous un arbre de la cour. Je sens mon père extrêmement tendu, il n’a pas prononcé un mot durant tout le voyage et j’appréhende vraiment cette rencontre. Bella sort de la voiture à nouveau et je la suis. Je prépare le fauteuil de mon père quand j’entends une voix féminine s’écrier :
Je lève la tête tout en installant Billy et vois une gamine aux cheveux noirs en bataille sauter littéralement au cou de Bella. Cette dernière a l’air heureux de cet accueil et j’en conclue que c’est Alice, la petite sœur d’Edward que Bella apprécie.
Malgré moi, je souris devant l’enthousiasme de cette fille qui doit avoir mon âge mais il s’efface aussitôt lorsque, derrière elle, j’aperçois le docteur Cullen sur le perron qui nous observent gravement, les mains dans les poches. Aussitôt, je regarde mon père dont les yeux sont si noirs que sa peau semble presque transparente. Il donne un coup à la roue de son fauteuil et je l’aide à avancer. Je suis surpris de voir le docteur descendre lentement les marches de ses escaliers, prêt à nous accueillir. Mon père et lui ne se quittent pas du regard. La tension est palpable et je parviens même à ressentir toute la rancœur à travers les poignées du fauteuil, tellement mon père est tendu. Pourtant, Carlisle Cullen avance toujours et vient se poster devant nous, aussi blanc qu’un mort, ce qui fait ressortir le bleu qu’il a sur la joue…le souvenir cuisant de Paul.
Bella répond d’un coup de menton en silence.
Je vois Bella lancer un regard étonné à Billy puis à celui qu’elle croyait connaître, se demandant comment ils en étaient passés au « tu ».
Pendant une seconde, j’ai l’impression qu’il regrette son geste. Mais il reprend, plus dur :
Son regard se porte sur ses jambes et la colère me monte.
Le docteur lève un sourcil étonné à ma remarque.
Une petite morsure se fait sentir à nouveau dans ma poitrine quand je vois l’air triste sur son visage. Mais je me ressaisis, comprenant qu’elle comptait sur lui pour avoir des explications me concernant …
A ces mots, je vois les yeux de mon père papillonner. La remarque de Carlisle doit lui en rappeler une autre et je crois comprendre laquelle : Carlisle avait aimé ma mère et notre peuple restait un point sensible de sa vie. Il lui en faudrait plus pour en vouloir à un Quileute…alors que s’était-il passé ? Je commence à angoisser…
Mon père hoche la tête et je vois Carlisle se diriger derrière le fauteuil et le faire avancer. Je reste un moment à le regarder faire, soufflé, quand je vois Bella le suivre et lui dire :
Il s’arrête et se retourne vers moi, les sourcils froncés. Nous nous dévisageons quelques secondes, je vois ses yeux s’arrêter sur ma nouvelle coupe, mon arcade, puis ma joue et encore une fois, j’ai le sentiment qu’il semble ennuyé…puis il regarde à nouveau Bella et déclare :
Sans vraiment tout comprendre, Bella revient vers moi, impuissante. La petite Alice lui prend le bras et lui caresse pendant que je regarde le dos de Carlisle Cullen emporter mon père vers une porte de la villa.
Bella lève la tête vers moi et me dit :
Nous sommes restés dehors au moins une heure avant que je vois mon père réapparaitre dans la cour, poussé par Carlisle, l’air toujours aussi grave. A leur arrivée, Alice, qui n’avait pas quittée Bella d’une semelle, s’est levée du trottoir où elles s’étaient assises et est allée à leur rencontre, comme si elle rejoignait « son camp ». Bella est venue se blottir à nouveau contre moi et nous avons attendu que Billy et Carlisle soient près de nous pour reprendre chacun notre respiration. Le docteur a placé le fauteuil près de moi et l’a tourné pour faire face à mon père. Ils se sont toisés quelques secondes puis Carlisle a soupiré doucement en disant :
Je comprends alors que cette heure a dû être riche en émotion, que chacun a réussi à mettre à plat ce qu’ils avaient à se dire et qu’apparemment, leur colère est apaisée…pour l’instant.
Mon père ne me répond pas et je vois la gêne sur le visage du docteur Cullen. Je vois Billy baisser la tête, comme résigné et mon cœur s’accélère.
Je me retourne vers mon père d’un bloc.
J’ai l’impression de vivre un mauvais cauchemar alors j’explose :
Un peu déstabilisé, je le regarde puis Carlisle, qui hoche imperceptiblement la tête comme pour me confirmer qu’il a bien tous les éléments en sa possession. Du coup, je ne me sens plus le cœur à ajouter quoique ce soit, comprenant que je suis complètement impuissant face à la situation, que je ne dois plus que compter sur lui, son jugement et ses relations. Paul avait bien raison ! Ses gens-là dirigent le monde et peuvent faire de toi ce qu’ils veulent ! Et aujourd’hui, il subissait ce qu’il avait toujours craint : la destruction de sa vie.
* * *
La Cage
Je ne pensais pas revoir un jour ce béton et ces barreaux. Je pensais qu’en faisant tout ce qu’il fallait pour être bien, mon passé resterait derrière moi mais s’il y a bien une chose que j’ai compris aujourd’hui c‘est que le passé vous rattrape toujours, quoique vous fassiez. Et surtout, une fois qu’on t’a collé une étiquette, tu as beau la gratter, la passer à l’eau de javel ou la brûler, elle est toujours là, bien incrustée dans ta peau. Ma peau…bien différente de tous ces lascars qui me surveillent d’un œil en faisant semblant de travailler et qui n’ont jamais oublié leur racisme vis à vis des indigènes qui vivaient ici depuis la nuit des temps. Une plainte et le Quileute est forcément coupable ! Surtout un qui a déjà un casier et une réputation de mec à femme ! Je n’ai aucune chance face à ses salopards, aucun moyen de prouver le contraire et encore pire après avoir frappé le père de celle qui m’accuse. Je me demande quand même comment elle a pu convaincre les flics que je l’avais frappée…la porte en fer de ma cellule s’ouvre et Charlie entre dans la pièce en gardant les yeux plantés vers le sol. Je me redresse pour l’accueillir, bien décidé à garder la tête haute si je ne peux pas me battre !
Il ose enfin me regarder droit dans les yeux et je croise les bras, attendant qu’il m’annonce ce qu’il a à me dire. Il fronce les sourcils en jetant un coup d’œil à ses feuilles puis me propose :
Je ne réponds pas mais ma gorge se serre en entendant le ton qu’il vient d’employer : professionnel, grave, trop calme…triste…je me racle la gorge et m’assois près de lui sur le matelas. Il passe ses feuilles l’une derrière l’autre, l’air très concentré sur elles mais je sais qu’il ne les voit pas. Il cherche juste ses mots, il cherche à gagner du temps…
En guise de réponse, Charlie me tend une photo sur laquelle je découvre le visage de la fille Cullen, légèrement tuméfié au niveau de la joue. Je hausse les épaules et lui rends mais en me la reprenant, il me tend une nouvelle photo en serrant les dents et là je vois son dos, un bleu au niveau de l’omoplate puis une autre où l’on voit des marques de doigts sur son bras. Bref…je suis cuit. Je soupire et lui rends les deux photos sans rien dire, soudain très las de tout ça. Je sens que Charlie m’observe et je lui murmure :
Mon cœur s’arrête de battre quelques secondes puis reprend lentement alors que ma tête bourdonne fortement.
Cette fois, ma colère me submerge complètement. Je sens que je suis en train de me tendre de partout et de perdre le contrôle. Je me lève d’un bond et fonce droit sur le mur que je retiens de frapper. Je pose lentement mon poing sur le béton et colle ma tête doucement en fermant les yeux. J’avais fait tout ça pour rien, tous ces efforts, tous ces compromis avec moi-même pour rien ! Je revenais à la case départ et là, je vais tout perdre ! Mon boulot, ma crédibilité et Rachel…il ne me reste plus que ma fierté, un peu, et la volonté de prouver qu’ils ont tort ! Mais je me connais, je ne lutterai pas longtemps dans le vide…je sais déjà que contre ce genre d’oiseaux c’est perdu d’avance…mais j’allais quand même essayer, histoire de ne pas sortir de là complètement détruit avec des regrets.
J’entends Charlie se lever du lit et ouvrir la porte de ma cellule.
Je ne réponds même pas et attends le déclic de la porte qui se ferme pour pousser un profond soupir de lassitude en murmurant, seul dans cette pièce froide :
En regardant à travers la minuscule fenêtre, je vois que le ciel s’assombrit et je souris en pensant aux dernières paroles de Bella : « Je ne te laisserais pas passer une nuit en prison ! » Pauvre gamine…parfois je ne sais pas si elle se rend bien compte du monde dans lequel elle vit ! Son arrivée parmi nous a fait des dégâts encore plus considérables que je le pressentais. Jacob n’avait pas voulu m’écouter, Bella non plus…Rachel encore moins ! Et voilà où nous en étions ! Jacob avait subi une profonde humiliation qui m’avait fait craindre le pire au niveau de son moral, j’avais frappé le médecin le plus réputé de Forks et avait retrouvé le Diable. Voilà à quoi m’avait mené mon existence libérale…ma punition avait mis du temps à arriver mais elle était bien là maintenant ! Je n’ai que ce que je mérite ! J’aurai dû être plus respectueux, moins révolté, plus sérieux et moins volage. Je pousse un profond soupir et ferme à nouveau les yeux pour ne voir que le doux visage de Rachel lorsqu’elle me sourit au réveil. Ses derniers mots sont une douce musique dans ma tête mais me martèlent le cœur, sachant que ça ne restera peut-être que des mots. J’ai hâte de la revoir, de savoir ce qu’elle pense de tout ça, si elle a confiance en moi ! Car c’est tout ce qui compte pour moi, qu’elle ait confiance en moi !
La porte s’ouvre et je me lève aussitôt, prêt à accueillir Charlie mais à sa place, je découvre avec stupeur quelqu’un auquel je ne m’attendais pas mais qui me devait finalement cette visite : Carlisle Cullen. Nous nous dévisageons une fraction de seconde puis il baisse les yeux en avançant vers moi, les mains dans les poches, les lèvres pincées…l’air ennuyé ou peut-être réfléchi ? Je ne sais pas trop…
Sa voix résonne comme dans un tombeau. Je ne réponds pas et croise les bras en me calant contre le mur froid.
Je desserre les dents, c’est plus fort que moi :
Il se racle la gorge et je vois un bref sourire amusé sur ses lèvres ce qui a le don de me foutre en rogne. Je me redresse brusquement et avance d’un pas vif vers lui. Nous sommes maintenant face à face et je le toise d’un air mauvais mais il soutient mon regard et cette fois, ne retient plus son sourire…révolté je lui crache au visage :
Il tourne la tête, jette un regard circulaire à ma cellule et déclare sur un ton léger :
Je le fixe, le souffle coupé parce qu’il vient de me dire. On dirait qu’il me connaît et ça me perturbe. Un mec comme lui peut payer n’importe qui pour se renseigner sur les gens, les faire suivre, entrer dans leur vie, leur intimité et je me demande soudain si c’est ce qu’il a fait avec moi, avec Rachel, avec nous tous !
Le docteur lit la surprise sur mon visage et aussi les questions que je me pose. Je le vois dans ses yeux. Alors il me contourne pour aller se planter face à la minuscule fenêtre, dos à moi. Je l’observe en silence, son dos droit, ses larges épaules sous sa chemise impeccable, la classe qu’il dégage, le raffinement et l’intelligence…lui et moi sommes complètement à l’opposé autant physique que mental et je me sens soudain très petit. Mais sa voix calme envahit à nouveau la pièce silencieuse :
Tisha ? La mère de Jacob ? Je fronce les sourcils et il se retourne vers moi, captant mon incompréhension.
J’ai l’impression de rêver…ses paroles ont du mal à m’atteindre car je les trouve complètement irréalistes. Carlisle Cullen et la mère de Jacob ! Tisha, une Quileute !
Je reste sans voix, toujours à le fixer, me demandant si je rêve vraiment ou pas ?
Cette fois, je réagis :
Je baisse la tête, essayant de réfléchir à cette explication, savoir si elle est plausible…
Je lève la tête vers lui et il continue :
Je revois les yeux fous de Rosalie lorsque je suis venu chez eux puis lorsqu’elle est venue à la Réserve : oui, sa fille avait comme lui craqué pour un indigène ! Sauf qu’elle, au lieu de me protéger et de me respecter, essayait de me détruire. Comme je ne réponds pas, il continue :
Nous nous dévisageons et je me sens soudain moins minable car dans ses yeux, j’entrevois des excuses et de la honte pour celle qui a osé salir le nom des Cullen mais je vois aussi quelque chose que je n’avais pas remarqué : une souffrance infinie, celle d’un homme dont le cœur s’est un jour brisé et qui a survécu après ça.
La joie que je viens de ressentir à cette nouvelle se ternie aussitôt. Je me rends compte alors que mon ressentiment pour lui, sa famille, sa condition est si fort que ça parvient même à me gâcher le ciel bleu qui venait de se profiler à mon horizon. Je lui pose quand même bêtement la question :
Mais je ne veux pas être pote avec ce type ! Même si c’est lui qui a tout fait pour me sortir de là ! Alors je reste de marbre et il insiste :
Ses mots me font sourire malgré moi et il continue, soudain plus à l’aise :
Mon regard noir le coupe et il n’insiste pas. Il baisse la tête, les mains toujours dans les poches puis, après une courte hésitation, avance vers la porte sans un mot. Soudain, une pensée furtive me traverse l’esprit et je saisis pleinement toutes ses paroles concernant Tisha, sa famille, ses enfants….Rachel et moi, comprenant alors la vraie raison qui l’a poussé à me sortir de là… Alors, je demande, stoppant sa marche :
Il se tourne lentement vers moi, les yeux soudain brillants puis, déclare d’une voix faible mais sûre :
Ses derniers mots sont prononcés plus fortement et je sens alors ce qu’il a pu vivre pendant toutes ses années.
J’ai une soudaine envie d’en savoir un peu plus sur sa relation avec Rachel alors je demande :
Il hoche la tête gravement, comprenant que j’ai baissé ma garde et je continue :
Sa Mercédès est nickel, intérieur comme extérieur et j’ai même un mouvement d’hésitation avant de m’asseoir à ses côtés sur le siège passager, de peur de la salir. Le docteur ne me lance même pas un regard, il semble détendu et tendu à la fois. Détendu dans le sens où il est comme ça naturellement : calme, posé, réfléchi et peut-être assez à l’aise avec moi…tendu car il sait que je ne le ménagerais pas et qu’il va devoir plonger dans son passé pour satisfaire ma curiosité mais qu’après tout, il me doit bien une explication ! J’ai pu récupérer toutes mes affaires sans avoir eu le temps de dire au revoir à Charlie qui était déjà retourné chez lui pour la soirée et je soupire de satisfaction lorsque la voiture quitte le parking de ce maudit commissariat !
Pendant que Carlisle roule droit devant lui en direction de la Réserve, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant que, s’il y a bien un endroit sur terre dans lequel je n’aurai jamais pensé me retrouver un jour, c’est bien dans cette voiture ! Et en plus, à côté d’un membre d’une espèce que je haïs au plus haut point ! Mais pourtant, je ne dis rien, je ne fais que regarder les pins défiler par la fenêtre sans prononcer un mot. Je sens que lui par contre, rumine grave à côté de moi et je souris à nouveau doucement, imaginant le tumulte qui doit habiter son esprit. A ma grande surprise, il tourne sur un chemin de terre quelques kilomètres avant d’atteindre la Réserve et c’est toujours sans un mot que nous parcourons une centaine de mètres chaotiques jusqu’à une vieille bicoque que j’avais déjà vu petit en me baladant en vélo dans ce coin là. Le docteur stoppe sa voiture, se penche à l’arrière pour prendre un sachet blanc et me dit avant de sortir du véhicule :
Après une brève hésitation, je secoue la tête et il acquiesce puis sort en claquant la portière. Je le regarde se diriger jusqu’à l’entrée de la maisonnette et comprends alors que le fameux sachet est un sachet pleins de médicaments. Surpris par cette révélation et soudain curieux, je sors de la voiture et le rejoins alors qu’il entre dans la maison composée d’une seule pièce, dans laquelle vit un vieillard à la réputation pas commode mais sans histoire. En me voyant débouler derrière lui, Carlisle sourit légèrement tout en disant à l’hôte de la maison :
De plus en plus intrigué, j’observe cet échange sans parler jusqu’à ce que le vieux me coupe dans mes pensées en disant :
J’hoche la tête sans vraiment réagir et suis le docteur jusqu’à l’intérieur qui se compose d’un lit, une table, une gazinière et quelques fauteuils et chaises. Le vieil indien me regarde, amusé et déclare d’une voix chevrotante :
Je vois Carlisle hocher la tête gravement, satisfait de ma réponse…et je comprends qu’il est complètement en osmose avec Rachel, qu’il doit même connaître ses craintes à mon sujet et là, maintenant, j’ai l’impression de voir un autre père, comme si même Billy n’existait pas ! Une sensation très étrange…comme si Rachel vivait en lui…qu’il doit y penser tous les jours, à chaque instant et tout ça, sans qu’elle ne le sache… et moi, je représente celui qu’elle a choisi et je me sens soudain jugé, accepté et redevable…je secoue la tête, me disant que je perds la boule ! Carlisle Cullen n’a rien à voir avec Rachel et je ne lui dois rien ! Sauf peut-être le fait qu’il l’aide financièrement dans ses projets mais même ça, ça ne me plait pas ! Je pourrais très bien l’aider aussi…il faudrait juste que j’arrête de tout donner à mes parents et penser à économiser pour moi…pour nous.
Et surtout la Réserve Quileute, pense-je en moi-même. Bizarrement, je me surprends à espérer qu’il ne faudrait pas qu’il parte d’ici un jour en effet ! Car non seulement, c’est un médecin réputé et compétent, mais en plus, je constate qu’il aide secrètement mon peuple sans rien en échange. Faisait-il ça en mémoire de Tisha ou vraiment par dévouement ? La douceur dans son regard posé sur le vieil indien me donne la réponse et je soupire, dépité.
J’hallucine encore lorsque je vois le docteur ausculter le vieillard puis prendre des notes dans un carnet qu’il planque dans sa veste. Je me demande alors combien il en « suit » comme ça, en cachette. Est-ce que notre médecin Quileute le sait ? Est-ce qu’ils travaillent ensemble ? Jusqu’où va le dévouement de Carlisle Cullen ? Va-t-il jusqu’à rendre les soins hospitaliers gratuits ? Donne-t-il de l’argent à tout le monde ? Sa famille est-elle au courant de tout ça ? Je baisse la tête, l’esprit complètement chamboulé avec une soudaine hâte de revoir Rachel qui me croit encore en prison ! Nos regards se croisent et je vois qu’il saisit le message. Il abrège la conversation et nous nous retrouvons dans sa voiture en moins de deux. Pendant qu’il fait marche arrière jusqu’au bout du chemin, je l’observe en silence puis lorsqu’il s’élance sur la nationale, je lui demande sans ménagement :
Il sourit brièvement, amusé par ma question directe mais aussi par le fait que nous y étions…que l’heure des explications avaient sonné. Il inspire puis répond :
Jamais je n’accepterais de partager Rachel avec un autre homme ! Même par pure amitié ! Mais Billy Black était un grand seigneur et il avait laissé faire pour ne pas brusquer sa femme qui visiblement avait eu du mal à faire une croix sur le passé. Il tourne la tête vers moi, je vois dans ses yeux qu’il sait parfaitement ce que je pense de tout ça puis il se concentre à nouveau sur la route et déclare :
Il sourit en tournant la tête vers la vitre extérieure. Puis il regarde devant lui et déclare :
Pour une fois, mon esprit a l’air de fonctionner à la vitesse supérieure et tout me semble limpide. Alors je lui sors :
Il laisse passer une minute et me répond :
Bizarrement, je me dis qu’il a raison et je me demande aussi si je ne me ramollis pas depuis quelques temps … à me laisser souvent influencer. L’effet Rachel sûrement…car mon amour pour elle avait littéralement explosé et j’avais souvent la sensation de vivre avec elle en moi, plus fort qu’avant maintenant que notre relation était plus intense. Nous arrivons devant chez moi et je ne me demande même plus comment il sait où je vis…Je remarque aussitôt la lumière dans mon salon et ma véranda. La Mercédès de Carlisle se gare discrètement dans mon allée et je lui pose une dernière question :
Il marque une courte pause puis ajoute :
Je ne trouve rien à ajouter à ça, et satisfait des réponses que j’ai eu ce soir, j’ouvre la portière mais au lieu de filer, je me penche à l’intérieur de la voiture et demande :
Je le sens hésiter puis tout à coup se tendre. Instinctivement, je tourne la tête vers la maison et vois Rachel sur le pas de ma porte, les bras autour de son ventre, le visage exprimant une joie et une stupéfaction non dissimulées. Je me retiens de courir vers elle et répète à l’attention du docteur :
Il soupire sans la quitter des yeux et déclare :
Mais il se tend à nouveau, les mains crispées sur son volant et sans tourner la tête, je sais déjà que Rachel approche.
Sa voix pleine d’espoir et d’amour m’atteint le cœur comme une balle. Je ferme la portière et ouvre les bras au moment où elle se laisse aller contre moi en soupirant.
Au même moment, j’entends une portière et la chevelure blonde de Carlisle apparaît dans mon champ de vision. Je tourne la tête en même temps que Rachel pour le voir près de sa voiture, tendu, nous fixant sans parler. Je me dégage de Rachel qui semble surprise de voir le médecin de l’hôpital ici et elle demande :
Il ne s’était sûrement pas retrouvé aussi près d’elle depuis très longtemps. Je la vois tourner lentement la tête vers lui puis plisser les yeux. Elle me lâche et s’avance vers lui en contournant la voiture. D’ici, je peux entendre son cœur à lui battre avec force et même sa respiration s’arrêter lorsqu’elle demande :
Elle hésite en fixant le sol, je vois à ses yeux qu’elle cherche dans sa mémoire à être la plus précise possible. Je lui caresse le dos tout en levant les yeux vers Carlisle qui la fixe, les yeux brillants.
J’observe le docteur Cullen qui sourit doucement et dont la joie doit exploser un l’intérieur mais comme à son habitude, il se retient.
Rachel semble ne pas comprendre et je vois à sa bouche entrouverte et à son regard perdu qu’elle est partie dans ses souvenirs les plus lointains. Puis elle finit par dire alors que je commençais à m’inquiéter de son silence :
Je souris au surnom que Rachel avait du lui donner enfant : « cheveux jaune ».
Je vois aussitôt Carlisle se passer une main sur le visage, comme s’il n’y croyait pas. Il serre ensuite le poing contre sa bouche, retenant son émotion qui, je me doute, doit être très forte. Rachel se dégage complètement de moi pour avancer vers lui. Aussitôt, il baisse les yeux vers le sol, trop ému pour supporter cette rencontre. Malgré moi, malgré que ça ne soit pas son père, malgré tout ce que je peux ressentir pour sa famille, malgré tout ce que je pense, je souris, heureux pour la femme que j’aime et un peu pour ce médecin décidemment étonnant.
Et là, je vois Rachel passer sa main dans les cheveux du docteur Cullen, tremblante et émue de retrouver quelqu’un qu’elle avait du aimer enfant. Carlisle ne se retient plus et la prend contre lui en fermant les yeux dans son cou. Puis, il les braque sur moi et je peux y lire toute la joie qui l’habite à cet instant. J’entends ensuite Rachel dire d’une voix étouffée :
Je souris, voyant bien de quel petit personnage de ses livres elle parle. Un de mes préférés car il était l’ami de tout le monde, il voyait le bien même chez les personnages les moins gentils, c’était le soleil de ses histoires, le personnage le plus coloré. Si j’avais su qui l’avait inspirée…
Elle se blottit à nouveau dans son cou et je déglutis, réalisant que Rachel est en train de déverser sa peine avec du retard sur celui qui avait apparemment beaucoup compté pour elle.
Je comprends qu’ils parlent de l’enterrement et en réfléchissant, je me souviens l’avoir vu près d’un arbre, à quelques mètres de nous. Mais j’avais seulement pensé qu’il venait en tant que médecin de Forks, car j’avais appris qu’il avait soigné Tisha pendant une semaine avant sa mort. Personne ne l’avait vu, je pense avoir été le seul. Peut-être Sam ? Mais Rachel non, ça j’en étais sûr car ce jour-là, je l’avais à peine quittée des yeux, ennuyé et attristé par ce masque froid qu’elle affichait depuis la mort de sa mère.
Je décide de les laisser seuls, imaginant qu’ils avaient des tonnes de choses à se dire. Mais au moment où j’avance vers la maison, Carlisle m’interpelle :
Il avance vers moi, Rachel le tenant par la taille, les yeux vers le sol, se remettant de ses émotions.
Il me tend la main et j’hésite une fraction de seconde avant de lui rendre son geste. Sans nous quitter des yeux, nous nous saluons et je finis par sourire légèrement en disant :
Surpris, je me retiens toutefois d’intervenir, sachant que Carlisle compte désormais beaucoup pour elle.
Elle le regarde, surprise que sa révélation ne soit pas un secret pour lui. Alors il ajoute :
A regret, il se dégage de Rachel qui vient aussitôt se blottir contre moi.
Là, pour sûr, je me ramollis mais en voyant le visage rayonnant de Rachel levé vers moi, je ne regrette pas ma soudaine impulsivité positive.
* * *
66 - Les inséparables
Lorsque je me gare devant la maison des Black, la première chose que je remarque est les fleurs accrochées après les essuie-glaces de la Golf de Jacob. Je souris tout en prenant la carte postale au timbre français que j’ai lancé sur mon siège passager après avoir croisé le facteur. Malgré les circonstances, malgré tout ça, le petit mot d’Edward me fait vraiment plaisir ! Je me sens même très heureuse pour lui. Enfin, il est en paix avec lui-même, avec ses convictions, avec sa destinée et avec son cœur. Sa souffrance est terminée, la mienne aussi. Je souris à nouveau à la carte, comme si Edward pouvait me voir ! Puis, je sors de ma voiture en claquant ma portière. Je m’approche de la voiture de Jacob, toujours aussi nickel mais habillée pour l’occasion. Au moment où je me penche pour admirer les petits bouquets, je sens ses bras m’enlacer et son souffle dans ma nuque pendant qu’il y dépose un baiser :
Je tourne la tête, souriante, et le découvre, ses cheveux courts sculptés par le gel et parsemés de petits épis qui lui donnent un air coiffé-décoiffé qui lui va finalement très bien. Je découvre alors son costume trois pièces noir et sa classe me surprend. Je me retourne complètement vers lui, le détaille en lui tenant les mains tout en m’écriant :
En réponse, Jacob m’enlace contre lui et me répond :
Je baisse les yeux sur ma robe lavande, spécialement achetée pour l’occasion, un petit cadeau d’Alice avec qui j’avais fait les boutiques pendant le week-end.
Le regard insistant de Jacob me fait rougir et je lui tends mes lèvres qu’il capture aussitôt en soupirant. Puis il murmure contre ma bouche :
Soudain, mon cœur s’emballe de joie et j’ai hâte d’être au lendemain. Du coin de l’œil, je vois Billy sortir de la petite maison rouge, suivi de Sue Clearwater et de Rachel, belle à couper le souffle. Jacob suit mon regard et se retourne sur sa famille. Un large sourire éclaire son visage comme un soleil et il m’attire par la main vers le perron pour accueillir sa sœur. Lorsqu’elle nous voit arriver, Rachel sourit, les yeux brillants et aussitôt, Jacob me lâche pour la prendre dans ses bras en lui murmurant :
Personne ne rajoute un mot mais je sens soudain une présence, comme si l’âme de la mère de Jacob venait de se glisser entre nous. J’avais même l’étrange impression de la voir sourire en contemplant sa fille et son fils, si beaux et si heureux…oui Rachel devait beaucoup lui ressembler, j’en suis sûre.
L’amie de mon père s’éloigne en me faisant un clin d’œil puis, Rachel pousse un profond soupir et déclare :
Sur ses mots, Jacob empoigne le fauteuil de Billy et le dirige vers la voiture. Rachel reste sur le perron et je m’approche en disant :
Elle éclate de rire et répond :
Son air triomphant me fait aussitôt penser à Jacob et j’éclate de rire puis je la contemple et ses yeux noirs de velours semblent se porter au loin…je la sens déjà près de lui et je lui dis :
Comme je la regarde surprise, elle continue :
J’observe Jacob, si sûr de lui, si heureux, si beau et je pense pendant un instant que j’ai failli passer à côté de lui…cette pensée me parait si intolérable que je secoue la tête et Rachel me demande alors :
Nous nous dévisageons alors et ma gêne doit être visible car Rachel rajoute :
Je pense soudain à Edward, à son amour qu’il lui semblait impossible avec Lisa…je pense à Emilie, Sam et Leah, je pense à nous et je me dis alors que toutes les pièces du puzzle semblent s’être bien emboitées et que le résultat du tableau final semble parfait. Je regarde Rachel qui sourit doucement en regardant vers le ciel et lui dis :
Rachel rit et répond :
Je souris car Rachel se trompe. Je ne compte pas ennuyer Jacob avec ça, sachant à quel point la capoeira avec Paul est important pour lui. Dans un petit hochement de tête, elle me quitte pour rejoindre son frère qui vient d’ouvrir la portière du 4 x 4 de Billy en grand afin que Rachel s’installe. Je m’approche d’eux et demande pendant qu’il claque la porte :
Seul Billy m’a jeté un regard septique lorsqu’il m’a vu m’installer au volant.
Je n’imaginais pas du tout la maison de Paul comme ça. Un petit pavillon de plein pied, à la sortie de la réserve, bordé d’une pelouse aussi brillante que la forêt qui l’entoure. Un vrai petit nid de verdure où il devait y prendre son souffle après chaque journée de travail. Un peu comme la maison des Black mais en plus lumineux, plus moderne…et je souris en repensant à notre conversation dans la chambre de Jacob. J’avais vu juste le concernant : Paul était le petit bourgeois des Quileute et se gardait bien d’en faire cas ! Il y a déjà beaucoup de voitures garées le long de la route lorsque je gare la Golf dans l’allée, derrière le gros 4 x 4 de Paul, aussi décoré que celui des Black pour l’occasion. J’entends Billy soupirer à côté de moi et je lui dis :
Je réfléchis, pensant à nouveau à toute cette histoire que Jacob m’avait raconté après le retour de prison de Paul, un retour dû à Carlisle (à ma grande surprise), puis ajoute :
A cet instant, ma portière s’ouvre et la tête de Jacob apparait devant mes yeux pendant qu’il dit :
Je sors alors de la voiture, pendant que Jacob fait le tour pour sortir Billy. Je vois que Rachel nous attend en lissant sa robe fluide de couleur crème nacrée, faisant ressortir la couleur de sa peau et le noir de ses cheveux. Ainsi elle ressemble à une naïade et je m’approche d’elle, captant soudain toute sa nervosité. Elle regarde son beau bouquet de lys orange et me demande :
J’entends une porte s’ouvrir derrière nous et je vois Rachel déglutir, le regard soudain troublé. Je me retourne et découvre Paul qui sort de chez lui, son regard noir braqué sur elle. Son allure me laisse bouche bée pendant une seconde car il est méconnaissable. Il avance vers nous et je détaille son costume gris trois pièces, sa cravate en soie gris-perle et le petit lys orange attaché à sa veste, identique au bouquet de Rachel. Même Jacob siffle à son arrivée et j’éclate de rire en voyant Paul rougir légèrement tout en grognant:
Mais Paul ne l’entend déjà plus et se dirige droit sur Rachel qui semble clouée sur place, ne le quittant pas des yeux, rouge de plaisir. Je me dégage d’eux car je sens soudain un cercle d’amour si puissant qui les entoure et me projette à la fois que ça me déstabilise un instant. J’entends seulement Paul lui murmurer d’une voix rauque, pendant que je rejoins Jacob :
Jacob passe son bras autour de mes épaules et m’accueille en disant :
Bizarrement, ses paroles me touchent et je saisis soudain toute la magie de l’instant. Je jette un regard en arrière pour m’imprégner de l’image que me renvoient Paul et Rachel. Lui, la fixant intensément les yeux mi-clos, sa main brune posée sur sa joue, ses doigts sous sa chevelure pour mieux attirer son visage contre lui. Elle, hypnotisée, le corps arqué contre lui, ses longs cheveux noirs descendant le long de son dos nu où l’autre main de Paul est posée…possessive mais tellement à sa place. Rachel lui appartient et il lui appartient. Leur couple me donne un sentiment d’amour infini, indestructible et indiscutable comme le disait Rachel quelques minutes plus tôt. Je me tourne alors vers Jacob et j’ai ce même sentiment d’appartenance, comme si moi aussi j’étais possessive mais à ma place, faite pour lui et vivant un amour infini, indestructible et indiscutable. Je resserre ma main dans la sienne et le suit, légère.
Derrière la maison, il y a beaucoup de monde et je me rends compte que contrairement au jour de l’anniversaire de Leah, aujourd’hui, j’en connais les trois-quarts. Le quart restant étant ce que je devine être les collègues de Paul. Mon père me voit et me lance un petit coup de tête entendu. Je découvre Sue à ses côtés qui a eu le temps de se préparer mais aussi Leah et Sam, en pleine discussion avec elle. Je remarque que Leah s’est coupée les cheveux jusqu’aux épaules et que son visage respire un bonheur absolu. A ses côtés, Sam semble très sûr de lui, très à l’aise et j’en conclue que leur couple aussi est indiscutable. Enlacés ainsi, ils sont si beaux que j’entrevois déjà leur avenir. Au même moment, Leah tourne la tête vers moi et me sourit franchement. Je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec la première fois où je l’ai vue et ce jour là me semble si loin ! Jacob m’attire vers ce groupe et bêtement, je l’enlace par la taille de mes deux bras, comme Leah l’avait fait cette fois-là. Je ne sais pas pourquoi je veux montrer cette possession ? Surtout que Leah et lui ne sont plus du tout ensemble et que je ne risque pas de la rendre jalouse. Pourtant, je ne le lâche pas, fière de l’avoir contre moi et pleinement heureuse. C’est peut-être tout simplement pour ça ? Pour afficher mon bonheur aux yeux de tous ! Et je comprends que Leah est touchée par notre couple car elle sourit tendrement à Jacob. Une fois devant eux, je finis alors par le lâcher mais il rattrape mon bras et le replace sur sa taille tout en disant au groupe :
Tous éclatent de rire et Sam plaisante :
Sam et Leah rient également, repensant sûrement à des tas de situations où Paul et Rachel avaient dû alimenter les conversations.
Mais comme l’avait dit Rachel, si ici certains couples s’étaient formés de manière discutable, je crois que nous étions tous maintenant très sûrs de nous et ce genre de remarque ne nous touchait pas vraiment finalement. Alors, je coupe le silence en déclarant :
Mais soudain, les conversations autour de nous se coupent et j’entends même un murmure d’admiration en provenance du groupe des garçons qui se tiennent derrière nous. Jacob se retourne et je suis son mouvement pour voir Paul et Rachel main dans la main, les yeux baissés vers le sol, souriant et marchant ensemble d’un pas assuré au travers les invités puis vers le fond du jardin où se trouve un autel fleuri. Alors, nous les suivons tous en groupe, ma main dans celle de Jacob. Ce dernier m’installe devant toute l’assemblée, près de lui et juste derrière Rachel qui se tient devant l‘autel en bois. Je vois Sam et Leah se placer de l’autre côté de l’allée, à la même position que nous mais derrière Paul. Je comprends alors que Sam est le témoin, tout comme Jacob et je me dis alors que leur amitié à tous les trois est vraiment exceptionnelle.
Derrière eux se tient un couple qui ne peut être que les parents de Paul vu la fierté qu’ils affichent. Le vieux Quil vient se mettre devant les futurs mariés et commence un discours en Quileute qui me laisse perplexe pendant quelques secondes. En effet, je n’avais pas prévu que la cérémonie se ferait dans une langue que je ne comprends pas mais peu importe, ça rajoute de la magie à ce moment déjà fabuleux à mes yeux. Et puis, je pense qu’une déclaration d’amour éternelle doit être universelle et qu’il n’y a pas vraiment besoin de mots pour être comprise par tous. Les regards de Paul et Rachel à cet instant me confirment ma pensée.
La cérémonie se déroule comme une douce musique, sous un soleil encore bien présent pour ce début de mois d’Octobre. J’écoute chaque parole que je ne comprends pas, je mémorise chaque geste de cette tradition inconnue pour moi, m’imaginant tout naturellement à cette même place dans quelques années mais avec le Soleil de ma vie qui se tient à mes côtés. Le vieux Quil semble demander quelque chose à l’assemblée et je vois Jacob s’avancer vers sa sœur, en sortant un étui de sa poche. A ma grande surprise, je vois Leah effectuer le même mouvement que lui et tendre un anneau à Paul qui lui prend et dépose un baiser sur sa main avant qu‘elle ne retourne à sa place. Son choix de prendre Leah comme témoin me confirme que malgré son côté bourru et sa mauvaise réputation, Paul est un homme de cœur et d’une sensibilité extrême qu’il s’efforce de cacher mais qui transpire à chacun de ses gestes. Leah est maintenant près de Sam et Jacob me rejoint, souriant et fier. Je lui rends son sourire, aussi heureuse que lui. Rachel et Paul s’échangent leurs anneaux en murmurant ensemble une litanie qui ressemble à une prière indienne. Leur voix semble n’en faire qu’une seule et leurs mains enlacées se caressent avec une douceur infinie. Ils semblent tous les deux si heureux que je sens les larmes me monter aux yeux.
Je vois soudain le regard de Rachel se porter vers le fond de l’assemblée, brillant et plein de reconnaissance. Par curiosité, je me retourne et remarque que tout le monde en fait de même, aussi intrigué que moi. Je vois alors le docteur Cullen, debout près de mon père, son regard rempli de fierté accroché à celui de Rachel, ignorant les questions muettes des invités quand au message invisible que la mariée et lui viennent de se transmettre. Je constate aussi qu’il n’est pas venu seul. Esmée se tient près de lui, un léger sourire poli sur les lèvres mais elle est là, accompagnant son mari au mariage de la fille de ce qui fut sûrement sa pire ennemie. Mais cette décision ne me surprend pas. Esmée est quelqu’un de doux et de compréhensif, de tolérant et surtout, elle est très intelligente. Je sais qu’elle a sûrement tout pardonné à Carlisle et qu’elle a dû accepter sa « double vie » sinon elle ne serait pas là aujourd’hui. Je sais aussi qu’Esmée et lui s’aiment infiniment et que leur couple est aussi solide que de la pierre. A côté d’elle, je remarque une petite blonde dont les boucles en tire-bouchon ne passent pas inaperçues. Je ne la connais pas mais je la vois faire un clin d’œil à Jacob qui lui répond par un petit coup de tête amical.
Puis, le vieux Quil continue son discours et au bout de quelques minutes, je vois à nouveau Jacob et Leah avancer vers les mariés mais cette fois, Rachel prend la main de Jacob pour le garder près de lui et je vois que Paul en fait autant avec Leah. Main dans la main, Paul tenant fermement Rachel à sa gauche, ils sont maintenant tous « reliés » et face au vieux Quil qui leur demande de répéter des phrases en Quileute qui sonnent à mes oreilles comme un serment éternel d’amour et d’amitié. Encore une fois, leur voix n’en font qu’une et je trouve cette mélodie merveilleuse. A la fin du discours, ils se mettent tous sur un genou, baissent tous la tête et un long silence suit pendant lequel j’en profite pour mieux observer l’assemblée. Je souris en captant un clin d’œil simultané de Quil et Embry. Jared semble complètement absorbé par l’ambiance solennelle du moment. Je me tourne encore vers mon père qui me sourit puis vers Carlisle qui croise mon regard et hoche doucement la tête. Nous nous dévisageons quelques secondes et j’ai soudain l’impression de le voir tel qu’il est vraiment. Je vois son passé, je vois ses amours, je vois en lui le deuxième père de Rachel, je me rends compte que j’ai oublié ma vie d’avant, celle où lui et moi étions des Cullen. Car c’était ma destinée. Mais aujourd’hui, je suis juste Bella et je suis avec Jacob. Carlisle n’est plus le père d’Edward, le médecin réputé de Forks et l’homme le plus riche de la ville. Il est celui qui a aimé Tisha et aime Rachel plus que sa propre fille, il est celui qui a brisé toutes les barrières entre le monde bourgeois et celui des indiens, il est redevenu le Paha-Zi de Rachel et est le plus heureux des hommes après Billy dont le regard fier ne quitte pas sa fille.
Le vieux Quil reprend son discours et je vois Jacob et Leah lâcher les mariés, les embrasser puis retourner à leur place. Jacob me prend aussitôt la main lorsqu’il se retrouve près de moi et sa chaleur me fait un bien fou. Enfin, la cérémonie semble se terminer car tout le monde se met à applaudir au moment où Paul et Rachel se retournent vers l’assemblée, leur visage rayonnant de bonheur. J’applaudis très fort car cette union est pour moi la plus belle de toutes, connaissant leur histoire qui me touche beaucoup. Après un baiser passionné, ils traversent ensemble la pelouse au milieu de toutes les personnes présentes et sous les sifflements des garçons qui font un bruit assourdissant. Je ris de les voir si motivés à exprimer leur joie.
Je pense que cette journée restera une des plus belles que je vivrais à Forks. Comme toutes les fois où je me plonge dans l’univers des Quileute, je me sens complètement emportée dans ce monde merveilleux, chaleureux et fascinant. J’aime cette culture, j’aime ce peuple et j’aime Jacob. A partir de ce jour, je me fais une promesse : celle de tout apprendre des indiens Quileute, jusqu’à leur langue. Je ne sais pas si j’y parviendrais mais je compte bien sur Jacob pour m’aider. Et ce dont je suis sûre aujourd’hui, c’est que je suis faite pour vivre ici, à la Réserve, parmi eux et avec Jacob ! Je n’ai aucun regret, sauf peut-être celui de n’avoir pas assez prêté attention à lui avant. Parfois, j’ai l’impression d’avoir perdu du temps et j’ai du mal à respirer lorsque je me dis que j’ai failli passer à côté de lui. Mais heureusement, il n’en est rien. J’ai saisi ma chance et je compte bien en profiter toute ma vie.
Je sens une présence derrière moi et me retourne pour découvrir Paul, un léger sourire sur les lèvres. A ma grande surprise, il me prend dans ses bras et après une seconde d’hésitation, ressaisie, je l’enlace à mon tour puis le serre très fort afin de lui transmettre toute mon amitié. Il se dégage, les yeux baissé vers le sol, ému et peut-être surpris lui-même de son attitude alors je lui dis :
Malgré moi, je baisse les yeux, à nouveau intimidée par son regard franc et noir. Il a l’air si sérieux que j’ai peur qu’il ne me fasse pas confiance et ça m’ennuie. Il doit sentir mon malaise car il ajoute, plus léger :
Il fronce les sourcils puis enchaîne :
Je réalise alors qu’il parle de la famille Cullen et je souris de plaisir, heureuse que finalement, il avait admis cela ! Puis, il plante son regard noir dans le mien et ajoute :
Comme il hésite à finir sa pensée, je le coupe en disant :
Il hoche la tête gravement, septique malgré tout, retenant des mots qu’il allait surement regretter et un sourire…qu’il allait regretter aussi. Au même moment, Jacob nous rejoint et Paul lui lance :
Je vois alors qu’il me jette un coup d’œil ennuyé et je fais semblant de ne pas l’avoir capté en disant :
Jacob sourit, soulagé et Paul ajoute :
J’éclate de rire devant leur soudaine impatience. Je les imagine déjà, aussi beaux l’un que l’autre, dansant et virevoltant parmi les autres capoeristes. Au fond de moi, je sais déjà qu’ils vont gagner, cela ne fait aucun doute ! Jacob fera toute la fierté de Paul et reprendra ainsi pleinement confiance en lui. Car, même si aujourd’hui sa colère a disparu, même si tout va bien, je sais que cet échec restera cuisant pendant encore longtemps au fond de son cœur et qu’il ne se sentira fort que lorsqu’il aura prouvé à Paul qu’il a atteint le niveau escompté. Sam approche par l’arrière et attrape Jacob par le cou en lui disant à l‘oreille, joueur:
Jacob éclate de rire en se dégageant puis répond, très sérieux, sans quitter Paul du regard :
Tous les trois se regardent et je me sens alors de trop. Leur amitié est si forte qu’on pourrait voir le fil d’acier qui les unit si on observait bien. Je recule d’un pas et les laisse se chahuter pour rejoindre mon père. En me voyant approcher, je vois un petit sourire se dessiner sur ses lèvres et il m’accueille en disant :
Je réfléchis un moment puis répond en fixant Jacob au loin que je vois éclater de rire avec Sam et Paul :
Je vois du coin de l’œil Charlie hausser les épaules, dépité mais amusé. Mais moi, je ne vois que Jacob, mon amour, mon ami…mon Soleil.
* Les Inséparables sont aussi des oiseaux, petit clin d'oeil à l'histoire de Paul et Rachel pour laquelle j'ai toujours mis des titres en référence aux oiseaux
EPILOGUE
Nous marchons depuis plus de deux heures quand je sens derrière moi Bella pousser un soupir de fatigue. Je m’arrête aussitôt, me disant que nous devrions peut-être stopper pour aujourd’hui car son genou l’a fait énormément souffrir.
Je me cale contre un arbre et me laisse glisser jusqu’au sol. Bella vient se mettre près de moi et une fois assise, pose sa tête sur mon épaule dans un mouvement las. Je ris doucement en répétant :
En réponse, elle me jette un regard noir.
Nous restons un moment ainsi, moi le regard porté sur l’arbre d’en face, Bella les yeux dans le vide, tentant de reprendre son souffle et des forces. Puis, je sens une odeur humide et déclare :
Je frotte mon visage contre le sommet de ses cheveux. J’aime sentir son parfum, j’aime la douceur sur ma joue, j’aime son contact tout entier…
Surpris, je me dégage et plante mon regard dans le sien, cherchant si elle est sérieuse ou pas. Et elle a l’air d’y être ! Alors je réponds :
Je vois à son petit sourire en coin qu’elle me fait marcher. Mon départ pour le tournoi ne l’ennuie absolument pas et c’est une bonne chose. A une autre époque, Leah m’aurait fait une crise. Bella, elle était plutôt compréhensive et aimait sa liberté autant que moi. Pour ça, on se complétait bien ! Un cri d’oiseau déchire le ciel assombrit et je lève les yeux vers l’aigle qui tournoie lentement au-dessus de nous. Bella suit mon regard et me dit :
Elle se mord les lèvres en fixant le sol, le visage grave et je n’insiste pas, comprenant à quel point cette histoire est importante à ses yeux. Cette plume perdue et retrouvée représentait un peu notre histoire, quand elle m’avait ignoré puis quand moi seul comptait à ses yeux. Elle accordait à cette plume une importance démesurée mais tout simplement parce qu’elle la liait à notre passé, à l’amour que j’éprouvais pour elle, à ma patience, à ma volonté et à toutes ses erreurs. J’aimerai que ce sentiment d’avoir loupé quelque chose lui passe mais je me doute qu’il va falloir du temps. Elle venait à peine de sortir de sa cage dorée, il fallait qu’elle se réconcilie avec elle-même, avec sa vie d’avant et celle qui se profilait…avec moi. L’aigle tournoie encore puis plonge. Il a trouvé ce qu’il cherchait : un morceau de chair avec encore un peu de fourrure. Je m’imagine soudain que les restes de charogne qu’il vient de trouver proviennent d’un animal tué par mes loups. Cette idée fixe soudain mon esprit avec une telle force que je me lève d’un bond.
Bella suit le chemin indiqué par mon doigt, vers là où l’aigle avait plongé. Elle se relève avec difficulté et je lui tiens le bras pour qu’elle s’appuie. En voyant une petite grimace sur le coin de ses lèvres, je lui dis :
Je hoche la tête et avance, Bella toujours accrochée à mon bras. Puis elle me lâche et nous descendons vers l’endroit où l’aigle a trouvé sa proie.
Au bout de quelques minutes, je ralentis un peu, cherchant au sol les restes de l’animal mort sur lequel l’aigle se serait servi. Soudain, mon regard se porte sur un cerf dont il ne reste presque plus rien. Mon cœur s’accélère car c’est comme ça que mes loups procèdent. Ils attaquent en meute : une fois la proie repérée, ils s'élancent et utilisent la technique de l'encerclement dite "catapulte",puismangent ensemble et laissent la carcasse sur place en emportant ce qu’il faut pour les petits. C’est pour cette raison que Sam avait cru que c’était eux le jour de l’accident de Leah. Je fais le tour du cadavre, sous le regard inquiet et impatient de Bella. Je jette un coup d’œil aux alentours, pas un bruit.
Bella fronce les sourcils et regarde autour d’elle.
Car je le sens au fond de mes tripes, ici, il y a des loups ! Peut-être pas MES loups, mais nous sommes près d’un territoire.
Son cri étouffé et ses yeux agrandit me font me retourner d’un bloc dans la direction qu’elle regarde. Je vois alors Patamon, là, devant nous, sur une butte entre deux pins, nous fixant avec méfiance, les oreilles droites et le regard noir. Un coup de vent balaye sa fourrure rousse que je ne pensais jamais revoir et j’avance d’un pas décidé vers lui, heureux. Mais il se met en alerte et son regard se noirci encore plus, ce qui stoppe aussitôt ma démarche.
Mais c’est trop tard, il a filé. Alors, sans réfléchir, le cœur battant, je m’élance dans la direction qu’il a prise, derrière la butte. Une fois sur la hauteur, j’ai beau scruter la forêt, je ne vois rien. Je commence même à me demander si je n’ai pas rêver, à vouloir tant le revoir. Derrière moi, Bella me rejoint, essoufflée. Je constate alors qu’elle boite et demande :
J’hésite puis ose demander :
J’hésite, Bella semble vraiment mal en point. Je la regarde s’agripper après un pin et se masser le genou. Cette fois, ma décision est prise :
Elle hésite, soupire puis répond :
Je m’approche vivement d’elle et déclare, durement :
Nous nous dévisageons pendant quelques secondes puis elle finit par baisser la tête en disant :
Je vois que cette décision la pèse mais je pense que nous sommes quittes !
Alors nous reprenons notre marche, lentement, droit devant nous. Au bout de quelques pas, Bella me prend la main et la serre fort. Son soutien me touche énormément. Je n’aurai jamais pensé vivre un tel bonheur.
Tout en marchant, je ne cesse de jeter des regards circulaires afin de retrouver la piste de Patamon. Je ne comprends pas pourquoi il s’est sauvé. J’espère qu’ils ne sont pas devenus à nouveau sauvages suite aux évènements passés. Mais soudain, je sens que nous ne sommes plus seuls. Je stoppe Bella qui reste aux aguets, le souffle coupé. Moi-même je retiens ma respiration tout en regardant aux alentours quand soudain, à nouveau, nos regards se croisent. Truffe au vent, Patamon nous fixe, les oreilles droites, tout son corps est tendu. Une bourrasque nous balaye et les cheveux de Bella me fouettent le visage. Si bien que lorsque ma vision est à nouveau claire, Patamon a disparu.
Une chose que je me refuse de croire mais qui n’est pas à exclure, malheureusement. En réponse, je hausse les épaules, dépité. Je lâche la main de Bella et cours vers le dernier endroit où je l’ai vu. Je m’arrête, Bella derrière moi quand soudain, elle chuchote, retenant un cri :
Et mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Devant nous, en hauteur : Patamon, Bella et un autre loup de couleur sable qui semble avoir rejoint la meute. Je suis pétrifié. Premièrement parce que ça me fait un choc de les revoir, mais aussi parce que leurs regards et leurs attitudes ne sont pas du tout amicaux. Le loup sable hausse les babines et je sens la main de Bella se crisper sur mon avant-bras. Je réalise alors que nous sommes seuls…seuls face à trois loups et que je ne suis même pas armé ! Mais comment une telle pensée peut-elle me traverser l’esprit ?! Pourtant, je constate que je suis aussi tendu que Bella et peut-être que mon cœur cogne ma poitrine plus par peur maintenant que par joie ? Pourtant, je lève doucement ma main dans leur direction et avance d’un pas. Ils ne bougent pas et le vent est très fort, ce qui m’empêche d’entendre leurs éventuels grognements. Les oreilles de Bella pivotent face à moi. Elle semble étonnée de mon audace. Alors je murmure en Quileute :
A nouveau, ses oreilles pivotent et elle vient même de les abaisser vers l’arrière une seconde. Je ne comprends pas qu’ils n’avancent pas, qu’ils ne m’accueillent pas…Bella aurait-elle raison ? Est-ce qu’ils m’en veulent pour la mort d’Anoki ? Pour le feu ? Me mettent-ils dans le même panier que les jeunes imbéciles qui ont causé toute leurs pertes ? Sont-ils redevenus sauvages ? Je me mets accroupis, toujours paume tendue vers eux et appelle à nouveau Bella. Mon cœur se brise quand je vois Patamon baisser sa nuque et me fixer d’un regard noir. Intimidé et bouleversé, je baisse la tête en signe de soumission. Les larmes me montent aux yeux mais je les retiens, me jurant mentalement que j’allais tout faire pour récupérer leur confiance ! A côté de moi, je vois les chaussures de Bella et relève la tête vers elle, m’imaginant soudain qu’elle allait avancer trop vite vers eux et les faire fuir. Mais elle les fixe, les sourcils froncés puis baisse la tête vers moi, une étrange lueur dans les yeux. Elle me sourit alors et déclare en chuchotant :
Je me redresse doucement, essayant de réfléchir à ce qu’elle venait de me dire. Un coup de vent très fort secoue les pins et je murmure :
Mais à peine ais-je fini ma phrase que je vois Bella descendre la butte sur laquelle elle se tenait et avancer d’un pas déterminé vers nous. Elle se trouve maintenant à un mètre à peine de moi. Je m’accroupis et tends lentement ma main vers elle. Une légère hésitation et elle avance sa gueule. Quand je sens l’humidité de sa truffe sur mes doigts, je souris de bonheur et mon cœur s’accélère quand la louve me les lèche affectueusement. Alors, j’ose caresser son museau pendant qu’elle me donne un coup de langue sur ma paume. D’un coup d’œil, je vois que les autres n’ont pas bougé mais qu’ils semblent moins méfiants…plutôt étonnés. Je plonge mon regard dans celui de Bella et l’amour que j’y lis me transporte de joie. Cette fois, je le sais, elle m’a reconnu et je passe ma main dans les poils de son encolure puis les deux pour mieux la caresser. Elle s’avance brusquement et me lèche le visage, provoquant un éclat de rire de Bella, à présent accroupie à mes côtés et qui ose lui caresser le flanc. Amusé par l’attitude de la louve, je ne remarque pas que Patamon s’est approché de nous, qu’il se trouve même près de moi. Alors je me dégage un peu de Bella et tend ma main vers lui, confiant. Il avance aussi sa tête, comme l’avait fait sa compagne quelques minutes plus tôt et sent mes doigts. Un léger coup de langue me fait frissonner mais contrairement à ce que je m’attendais, il se met assis et pivote la tête vers l’autre loup sans plus de démonstration. Un peu déçu, je me dis que ce n’est rien, que ça sera pour plus tard…que nos relations vont devoir se reconstruire petit à petit, la confiance se rétablir à nouveau … je reste optimiste ! Il est là, près de moi et ne se sauve plus.
Nous nous relevons et la louve continue de nous fixer, attendant ce que nous allions faire. Alors je chope la main de Bella et décide d’avancer lentement, sans réel but, me disant que nous allions quand même jeter un coup d’œil aux alentours. Je me doute que leur terrier ne doit pas être loin mais introuvable pour le moment. Au fond de mon cœur, j’espère qu’ils me feront à nouveau pleinement confiance pour me le montrer.
Entourés des loups qui avancent à notre rythme, Bella et moi marchons en gardant le silence, réalisant notre chance et craignant aussi qu’ils s’enfuient à nouveau. Nous marchons ainsi depuis plus d’une demi-heure quand soudain, je vois Bella et Patamon changer d’attitude. Ils semblent se diriger vers l’Est d’un pas plus déterminé. Toujours sans parler, Bella et moi les suivons à distance, en essayant de se faire oublier. Je ne les quitte pas des yeux quand je vois alors Bella s’engouffrer sous une racine et disparaître.
Nous stoppons notre marche, le cœur battant. Patamon me jette un coup d’œil et semble attendre. L’autre loup s’engouffre à son tour dans le trou. Je n’ose plus bouger, serrant avec force la main de Bella quand soudain, la louve réapparait. Je retiens un cri de joie quand je constate qu’elle n’est pas seule. Deux louveteaux gris et un blanc la suivent ! Cette vision me bouleverse et je me mets accroupis, les mains sur mon visage, retenant mon souffle. Bella m’a imité et nous restons ainsi pendant quelques secondes lorsque je vois la louve s’approcher vivement vers nous, les louveteaux à son train. Du coin de l’œil, je vois Patamon s’asseoir et en conclu qu’il approuve cette rencontre. Alors j’arrive à me mettre debout, les jambes encore flageolantes car la petite meute se trouve devant moi.
La louve lèche la main de Bella et j’ose tendre la mienne vers les bébés mais ils sont très méfiants. Alors je les observe avec bonheur, constatant qu’ils semblent en pleine santé. Un mouvement attire mon attention et je vois les trois autres louveteaux manquants sortirent du terrier, étonnés de toute cette agitation. Je vois le petit brun, un autre gris et un blanc et noir comme sa mère. Soudain, quelque chose de doux soulève ma main et je baisse la tête pour découvrir Patamon à mes côtés. Je lui caresse alors le col lentement et le contact de ses poils entre mes doigts me procure un sentiment profond de plaisir et d’amour pour cet animal que j’ai sauvé. Je m’assois par terre, rejoignant Bella qui caresse toujours la louve et déclare :
Le visage de Bella se crispe et je continue, tout en caressant Patamon :
Je marque une pause, me rappelant cet épisode où j’avais voulu les venger moi-même mais Charlie m’avait assuré que la loi ferait son travail. Bella n’interrompt pas mon silence alors je déclare :
Bella et moi portons nos regards sur la petite meute. Un violent coup de vent surprend un des bébés qui sursaute et file vers ses frères et sœurs. La pluie commence à tomber et nous levons nos visages au ciel. La louve nous quitte brusquement et rejoins les petits.
Je me lève tout en aidant Bella à se mettre debout. Patamon se dirige lentement vers le terrier et je réalise alors qu’ils m’ont accordé leur confiance, que c’est comme avant, malgré la perte de leur territoire, malgré la mort d’Anoki. Après un bref regard, il disparaît dans le terrier et nous nous retrouvons seuls sous la pluie. Alors, sans hésiter, je soulève Bella et la porte dans mes bras. Amusée, elle se laisse faire et entoure ma nuque puis se blottit dans mon cou.
Surpris, je baisse la tête vers elle et elle lève les yeux vers moi, des yeux remplis d’un amour sans limite. Je réalise alors le chemin que nous avons parcouru et qu’aujourd’hui, Bella m’appartient complètement, qu’elle envisage même le mariage ! Cette idée, même si je sais que ce n’est pas pour tout de suite, me rend fou de joie ! Je me sens si proche d’elle, si bien et si aimé. Mon amour pour elle s’agrandit de jour en jour, même si je pensais cela impossible, de l’aimer encore plus fort que ce que je l’aimais déjà…mais c’est pourtant le cas. Bella est toute ma vie et je suis heureux que ça soit réciproque.
Tout en marchant lentement, nous nous dévisageons et soudain, elle se hisse et lorsque nos lèvres se touchent, un frisson parcourt mon corps comme si c’était la première fois. Notre baiser doit être le plus passionné que nous ayons eu et lorsqu’elle stoppe notre étreinte, elle me chuchote, ses lèvres encore contre les miennes :
Et je me décide à quitter cet endroit magique pour passer un moment de rêve avec la femme de ma vie, tout en me promettant d’y revenir vite car ces loups font partis de moi et qu’ils me manquent déjà.
Sans la quitter des yeux, j’avance sous la pluie pour la ramener chez nous, dans cet endroit qu’elle aime tant, dans lequel elle se sent si libre et heureuse…et tout ça, avec moi. Soudain, j’entends un jappement et me retourne. Derrière nous, Patamon nous regarde partir. Je souris, hypnotisé par sa beauté. Il est si majestueux comme ça, immobile, entouré par la brume que provoque la pluie dans cette forêt. Je mesure alors la chance que j’ai d’avoir des rapports aussi privilégiés avec ces animaux sauvages. J’ai l’impression que ses yeux transpercent mon âme et j’essaie de lui transmettre tout ce que je me suis promis : les sauver, les protéger et faire en sorte que tout ça n’arrive plus jamais ! D’un coup de tête, je dis « à plus tard » à mon ami et m’enfonce dans la forêt jusqu’à la Push, Bella contre mon cœur.
* Convention de Berne du 19 septembre 1979 :