L'heure de Saint Marc

Chapitre 7 : Les Volturi

Par RoseRebelle

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ONE-SHOT | Les Volturi

POV Edward


J'avais demandé.

Il faut bien que je raconte les évènements dans l'ordre, même si l'ordre, désormais, ne signifie plus grand-chose.

Il faut descendre pour les trouver. Sous la ville, sous la tour, il y avait un autre monde, plus ancien que celui d'en haut, où la pierre suintait et où le temps n'avait pas cours.

Une jeune femme m'avait accueilli au seuil, humaine, celle-là, parfumée, soigneusement aveugle à ce qui l'entourait, et qui servait ces créatures avec l'espoir patient et terrible d'être un jour admise à devenir l'une d'elles. Elle ne savait pas ce qui l'attendait.

Ses pensées étaient pleines d'une ambition tranquille qui me donna l'envie de la secouer : je n'en fis rien.

Ce n'était pas mon affaire. Je n'avais qu'une affaire.

La salle était ronde, ancienne, haute, éclairée d'une lumière douce qui tombait d'on ne sait où, et qui lui donnait, malgré la pierre, quelque chose d'une église. Il y avait trois sièges pour trois figures.

Aro, au centre, s'avança vers moi avec une joie d'enfant le matin de sa fête. Sa peau avait la translucidité du papier resté trop longtemps dans le noir, fine au point qu'on l'eût crue prête à se rompre, et ses yeux, sous cette pellicule laiteuse, étaient d'un rouge éteint, voilé, qui regardait le monde comme on regarde une collection. Car c'était cela qu'il était : un collectionneur. Il rassemblait les dons comme d'autres les médailles ou les papillons, il les épinglait autour de lui dans cette garde dont chaque membre était un talent rare, et il avait flairé le mien avant même que j'eusse passé la porte. Il me tendit les deux mains, et je compris ce qu'il voulait, je le laissai faire, parce que je n'avais rien à cacher et rien à perdre.

Il prit ma main dans les siennes.

Son don était l'envers du mien, là où j'entends la pensée du moment, lui touchait la vie entière, chaque pensée jamais pensée, à même la peau, il fouilla tout ce que j'avais été. Il retourna chaque souvenir, palpa chaque heure, remonta le cours de mon siècle jusqu'à l'enfant fiévreux de 1918 que Carlisle avait tiré de la mort : et tout au fond, sous le reste, ce qu'il cherchait vraiment : un visage aux yeux bruns, une voix sans pensée, une falaise, et la raison qui me faisait, moi, venir réclamer ma propre fin.

Il relâcha ma main. Il y eut, sur son visage de papier, un instant de tendresse parfaitement sincère, c'est ce qu'il y a de plus monstrueux chez lui, cette tendresse vraie qui ne l'empêche de rien.

Quel gâchis, pensa-t-il, et il le pensait. Un talent pareil. Quel dommage.

Il refusa.

Avec une douceur navrée, comme on refuse un service déraisonnable à un ami qu'on aime.

Mourir ? Moi ? Quand je pourrais vivre auprès d'eux mille ans, lui offrir mon oreille, entendre pour lui ce que les autres taisent ?

Il offrit, à la place de la mort que j'étais venu quérir, une éternité de service. Une place dans la garde. Une faveur insigne. Comme on offrirait un trône à l'homme venu réclamer la corde.

À sa gauche, l'un des deux autres avait écouté cet échange avec un agacement croissant, celui-là, le visage dur, les cheveux pâles, n'aimait ni les requêtes ni les exceptions, et l'idée qu'on pût refuser un don à Aro le mettait hors de lui.

À droite, le troisième n'avait pas levé les yeux. Il y avait, en lui, un épuisement si ancien, si total, que le monde avait cessé depuis longtemps de l'atteindre : il avait perdu jadis quelque chose qu'aucune éternité ne lui rendrait, et il portait ce vide avec la patience morne de qui a renoncé même à souffrir. C'était le seul, dans cette salle, dont je sentis que je comprenais ce qu'il portait.

J'allais, moi aussi, devenir ce qu'il était, sauf que je n'avais pas l'intention de le devenir pour l'éternité.

D'autres présences se tenaient dans l'ombre, contre les murs.

Une silhouette menue, presque enfantine, dont l'esprit était une lame froide, et dont le seul nom, dans les pensées des autres, suffisait à faire passer un frisson : celle-là pouvait, d'un regard, plonger un corps dans une douleur sans cause et sans fin. Un colosse, immobile, à qui l'on confiait les besognes de force, et qui espérait presque, je le sentis, qu'on me confiât à lui.

Un autre encore, à l'odeur de chasseur, dont le don était de trouver : où que l'on fuie sur la terre, il suivait la trace de l'esprit comme un limier suit l'odeur, et nul ne lui échappait. Je notai leur position, leurs forces, par vieille habitude, comme on compte les issues d'une pièce. Puis je compris que cela n'avait plus d'importance, et je cessai.

Je déclinai l'offre d'Aro à mon tour, poliment : il sut respecter la forme. Nous nous quittâmes sur des manières exquises, lui sincèrement désolé, moi parfaitement résolu, l'un et l'autre sachant que ce n'était pas fini, car il avait lu, dans ma main, plus que mon chagrin. Il avait lu mon plan de secours.

Il savait ce que je ferais s'il refusait. Et il savait qu'alors, il n'aurait plus le choix.




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