Sans faiblesse
Papyrus n’avait pas fermé les yeux de la nuit, hanté par ce qu’il avait vu à la télévision. Il avait retourné le problème dans tous les sens, mais aucune solution ne lui paraissait la bonne. Il était inconcevable qu’il abandonne Undyne à son sort, mais comment lui venir en aide sans payer le prix de sa vie ? De celle de son frère ? De Frisk et Toriel, et des autres qui protégeaient l’enfant ? Il s’en voulait de ne pas avoir agi plus tôt, mais ce n’était pas les remords qui sortiraient Undyne de la situation catastrophique dans laquelle elle se trouvait.
Assis sur le canapé, son chat endormi depuis longtemps sur les genoux, il entendit à peine la porte de l’étage s’ouvrir. Sans descendit les marches d’un pas fatigué, avant de se figer en apercevant son frère à la même place où il l’avait laissé la veille en partant se coucher. Il soupira, mais Papyrus l’arrêta d’un geste de la main.
— Je sais ce que tu vas me dire, mais je n’ai pas le temps pour ça.
— Parce que tu crois que c’est avec dix minutes de sommeil que tu vas trouver une solution miracle pour la tirer de là ?
— Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?
— Papyrus, ouvre les yeux ! C’est pas de petits criminels dont on parle, là, c’est du roi. Si tu tentes quoi que ce soit, s’il sent que tu vas tenter quoi que ce soit, il va se débarrasser de toi d’un claquement de doigts.
— Mais je ne peux pas l’abandonner comme ça ! s’offusqua Papyrus. Elle est en danger ! Tu sais comme moi qu’il ne va pas s’arrêter à quelques bleus sur les bras !
— Elle a tout fait pour te garder à l’écart, tu crois vraiment que te faire tuer est dans ses plans ? Elle t’a écarté pour te protéger, elle savait sûrement que ça allait finir comme ça. Ne joue pas au héros, Papyrus. Elle peut survivre quelques mois, peut-être même quelques années. Elle est forte. Je ne dis pas d’abandonner, je te dis juste que foncer tête baissée, c’est la meilleure façon de te faire tuer.
Papyrus chercha quelque chose à répliquer, n’importe quoi qui lui donnerait raison, mais rien ne vint. Sans avait raison. Asgore allait sûrement chercher à le tester ces prochains jours. Le roi n’était pas aveugle, il savait qu’elle et lui étaient proches. S’il commettait une erreur maintenant, Asgore ne lui ferait aucun cadeau. Il devait être plus malin que lui.
Sans se dirigea vers la cuisine pour se préparer un petit-déjeuner. Silencieux, Papyrus le rejoignit en traînant des pieds, Doomfanger dans les bras. Il déposa le chat sur le comptoir. Le félin renifla le bol de Sans, avant de mettre la patte dans son bol. Sans grogna, les mains serrées autour de son repas. Les oreilles du chat se plaquèrent sur sa tête. Elle donna un coup de patte dans la tête du squelette, avant de rejoindre Papyrus, la queue haute. Sans tenta de lui agripper la queue en guise de vengeance, mais elle l’évita habilement, sans même lui lancer un regard.
Le cadet retint son rire. Sans et Doomfanger étaient comme chien et chat. Tantôt, ils étaient les meilleurs amis du monde et dormaient ensemble dans le canapé, et d’autres fois, ils se provoquaient mutuellement dans une guerre qu’aucun des deux ne gagnerait, puisqu’ils étaient condamnés à vivre sous le même toit.
Papyrus servit un peu de pâtée dans un bol qu’il déposa devant son museau. Doomfanger produit un petit « Mrouhou » de plaisir avant de se mettre à manger.
— Qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui ? demanda Sans.
— Je ne travaille que ce soir, je ne sais pas. Je pensais aller voir Alphys.
— Elle va t’envoyer te faire foutre.
— Elle fera un effort. Undyne est sa copine, elle doit forcément avoir une opinion sur ce qui lui est arrivé. Peut-être qu’on peut s’aider mutuellement.
— Oh, elle en a probablement une. Mais ça l’empêchera pas de t’envoyer te faire foutre.
Papyrus croisa les bras, agacé. Il était vrai que la scientifique royale ne l’appréciait pas. La rancœur remontait à plusieurs années, lorsque le roi l’avait envoyé saisir un laboratoire de drogues à Snowdin. Il se trouvait que ce matériel appartenait à Alphys, et la scientifique n’avait pas apprécié que le squelette se mêle de ses affaires, ferme son petit business illégal et confisque la marchandise par-dessus le marché. Depuis, elle lui vouait une animosité tenace et refusait de lui adresser la parole. D’ordinaire, Papyrus envoyait Sans faire la transmission au besoin, mais le sujet lui paraissait trop important pour ne pas essayer d’en discuter en face-à-face.
— Qu’est-ce que je peux faire d’autre, Sans ? Je ne peux pas juste rester ici à ne rien faire !
Sans haussa les épaules.
— Moi, je connais un endroit où tu peux aller pour passer le temps et te changer les idées.
Papyrus se referma comme une huître, comprenant immédiatement où il voulait en venir. Sans soupira.
— Va crever l’abcès et dédramatiser la situation avec Frisk et Toriel. Je sais que tu t’inquiètes pour Undyne, mais on ne peut rien faire pour l’instant. Toi, moi, Alphys, on n’aura pas plus d’informations pour le moment. Alors, profite de ta journée pour régler tes autres problèmes. Tu ne sais pas quand tu pourras le faire une nouvelle fois.
— D’accord, grogna Papyrus. J’irai les voir ce matin.
— Merci.
Le petit squelette posa son bol vide dans l’évier, avant de se diriger vers la sortie.
— Où est-ce que tu es en poste aujourd’hui ? demanda-t-il.
— Waterfall ce matin, et Snowdin cet après-midi.
— D’accord. Sois prudent.
— Comme toujours… Et toi, ne te dégonfle pas. Si tu n’y vas pas, je te traîne par le pelvis jusqu’aux Ruines.
— Pour ça, il faudrait que tu sois plus grand que mon pelvis.
— C’est bas, ça, Papyrus. Très bas, répondit son frère en sortant, un sourire malicieux aux lèvres.
Le squelette poussa un lourd soupir et s’affaissa sur la table. Doomfanger lui lança un regard intrigué, avant de s’avancer pour frotter sa tête contre sa joue. Papyrus passa une main dans sa fourrure.
— Qu’est-ce que je dois faire, hein ?
— Mraouh.
— Tu as bien raison.
Papyrus se redressa et s’attela à la vaisselle. S’il ne s’en occupait pas, elle resterait là pendant des jours. Sans avait en horreur les tâches ménagères, et, malgré ses remontrances, Papyrus finissait toujours par s’en occuper pour garder un espace de vie potable. Après avoir vécu des années dans les rues plus jeunes, le squelette refusait de vivre une nouvelle fois dans la saleté.
Une fois la vaisselle mise à sécher dans l’égouttoir, il hésita. Devait-il continuer sur sa lancée et continuer son ménage ? Ou accepter l’idée qu’il ne faisait que retarder l’inévitable, encore et encore ?
Il valait mieux se débarrasser de ce problème une bonne fois pour toutes pour qu’il puisse se concentrer sur comment il pouvait aider Undyne par la suite.
Sa décision prise, il avança d’un pas mécanique vers son armure à l’entrée. Il n’avait pas eu le temps de la nettoyer depuis l’éboulement. Tant pis. Il se contenta de la dépoussiérer à la main, puis l’enfila, pièce par pièce. Il n’en avait techniquement pas besoin pour aller jusqu’aux Ruines, mais il se sentait plus en sécurité s’il la portait. Une tentative de meurtre pouvait surgir de n’importe où ici-bas ; ses problèmes actuels ne devaient pas lui faire oublier sa nouvelle position dans la garde royale.
Il vérifia son apparence dans le miroir de l’entrée. Il n’en restait plus grand-chose : plusieurs morceaux avaient disparu, et ce qu’il restait de la glace était fissuré en de multiples endroits. Victime collatérale de son initiation forcée, il ferait l’affaire jusqu’à ce que Papyrus puisse en négocier un nouveau à l’un des habitants de Snowdin. Une semaine de protection assurée devrait faire l’affaire.
Il prit une grande inspiration, puis sortit d’une démarche assurée. Maintenir les apparences, jusqu’au bout. Il tourna à droite et s’engagea dans l’allée principale de la ville, calme en ce début de matinée. Outre les quelques criminels de bas étage qu’il fit mine de ne pas voir déguerpir à son approche, il remarqua quelques enfants en train de s’amuser dans la neige, surveillés de près par leurs parents, armes à la main.
Il ralentit le pas quelques instants, autant par curiosité que pour s’assurer qu’aucun autre monstre ne les épiait dans les parages. Les enfants étaient des cibles faciles pour les chasseurs d’expérience. Sur les cinq qui jouaient innocemment, seuls un ou deux atteindraient l’âge adulte dans le meilleur des cas. C’était toujours comme ça ; même surveillés ou protégés, quelque chose de mal finissait toujours par se produire, ce qui expliquait la baisse dramatique de la natalité dans les Souterrains. À quoi bon faire des enfants s’il fallait disperser leurs cendres avant leur cinquième année ?
Une fois assuré de leur sécurité, il s’enfonça dans la forêt, direction les Ruines. Les soldats en poste le saluèrent d’un signe de tête. Une des sentinelles, endormie à son poste, reçut un réveil en fanfare, une boule de neige en pleine face. Papyrus n’irait pas le dénoncer, mais même loin de la ville, mieux valait garder la tête froide.
Une dizaine de minutes plus tard, il approcha de sa destination. Il lança un regard à la caméra dans les buissons, et fit un signe. Le voyant rouge clignota deux fois, signe qu’Alphys avait reçu le message. Il envoya des signaux magiques à plusieurs endroits stratégiques de la porte, puis la poussa. Il la referma immédiatement derrière lui et se retrouva dans l’obscurité.
— Ah tiens, ça faisait longtemps.
Papyrus sursauta, avant de se tourner vers la petite fleur jaune qui venait de sortir de terre, près de ses pieds. Dos à lui, la fleur pendait tristement en avant. Papyrus hésita. Bien qu’il se prétendait l’ami de Frisk, Papyrus peinait à avoir confiance en Flowey. Il ne saurait trop expliquer pourquoi, mais il sentait que quelque chose clochait avec cette créature, qui n’avait de monstre que le nom. Certes, il n’avait pas d’âme, ce qui en soit était déjà une hérésie, mais il ne pouvait s’empêcher de se demander ce qu’il cachait d’autre.
Il était évident que Flowey n’était pas sa vraie identité. On n’apprenait pas au vieux capitaine à faire des grimaces. Papyrus était spécialisé dans la détection de mensonges chez de petits criminels, il sentait ces choses-là. Malgré son aspect chétif et faible, il savait que cette chose n’était pas ce qu’elle prétendait être.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Papyrus, plus par cordialité que réel intérêt.
— J’avais besoin d’être seul. Tu as vu les informations ?
— Comme tout le monde. Pourquoi ?
— C’est… Non, rien.
Flowey soupira et disparut sous ses yeux, laissant le squelette avec plus de questions encore. Pourquoi Flowey serait-il impacté par ce qui arrivait à Undyne ? Il ne se souvenait pas avoir vu la femme poisson et la fleur interagir, ou du moins pas plus de quelques minutes. Avec Asgore alors, peut-être ? Se pouvait-il qu’il ait un lien quelconque avec la couronne ?
Il secoua la tête. Il n’avait pas de temps à consacrer à d’autres problèmes. Pas pour le moment.
Papyrus poursuivit son chemin dans le dédale de couloirs qu’il commençait à connaître par cœur à force de les arpenter. Se trouver dans ces lieux lui était toujours étrange. Depuis tout petit, il entendait toutes sortes d’histoires sur les Ruines. La plupart parlaient d’enfants qui s’y étaient perdus et avaient été dévorés par le démon qui habitait les lieux.
La première fois qu’il y avait mis les pieds avec Sans, il n’avait pas fait le fier. S’il y avait bien une chose qu’il détestait, c’était de s’engager en terre inconnue sans savoir ce qui l’attendait au bout de la route. Fort heureusement, dans ce cas-ci, nul démon ; seulement une modeste maison, toujours bien plus grande que la sienne, et qu’il fallait retaper tous les deux mois pour réparer les briques tombées, les fissures dans les murs ou la plomberie qui datait d’un siècle où il n’était pas encore né.
Comme tout le monde ici-bas, il avait entendu beaucoup de choses sur la mystérieuse reine qui avait fui le trône. Le roi lui-même lui avait déjà parlé d’elle, pas en bien, mais Asgore aimait-il seulement quelqu’un d’autre que lui-même ? La première rencontre ne s’était pas forcément bien passée. Elle avait surgi de nulle part derrière son dos, et Papyrus, par réflexe, avait poussé Frisk derrière lui pour protéger l’enfant. Toriel n’avait pas apprécié, du tout, et le lui avait signifié d’une boule de feu envoyée à son visage, auquel le squelette s’était défendu.
Depuis… Leurs relations n’étaient pas plus apaisées. Toriel ne cessait de lui faire des remontrances sur la manière dont il interagissait avec Frisk ou se tenait, ou parlait en général… Peu importe ce qu’il faisait, elle trouvait toujours quelque chose à dire pour le déprécier. Sans lui avait déjà dit de ne pas le prendre pour lui, qu’elle était comme ça parce qu’elle ne le connaissait pas et n’avait pas confiance en lui, mais cela faisait des mois maintenant, et elle était toujours aussi hostile à sa présence.
Papyrus se doutait bien qu’avec ce qui s’était passé avec Frisk, elle ne l’accueillerait pas sous les meilleurs hospices, mais il valait mieux briser la glace avant que la situation ne s’envenime. Il sentit une boule naître dans sa gorge à l’approche des escaliers qui menaient directement chez elle.
Contre toute attente, elle ne l’attendait pas en haut des marches comme elle le faisait à chaque fois. Papyrus trouva ça étrange. L’ouverture de la porte faisait pourtant un boucan d’enfer, il était impossible qu’elle ne l’ait pas entendu. Peut-être était-elle sortie ?
Mal à l’aise, Papyrus trépigna d’un pied sur l’autre. S’il s’invitait en son absence, elle le lui reprocherait. Devait-il faire demi-tour ?
Des pas dans le couloir à sa droite lui firent relever la tête.
— Papy ! cria la voix familière de Frisk.
L’enfant vint s’écraser contre ses jambes et les enlaça avec force. Papyrus hésita. Comme Sans l’avait dit, Frisk ne semblait pas avoir peur de lui, et cet accueil était relativement similaire aux précédents. Le squelette s’accroupit, et posa une main sur son épaule. Frisk lui lança un regard interrogatif.
— Je suis désolé pour la dernière fois, balbutia-t-il, pour retirer cette grosse épine de son pied. J’aurais dû te ramener ici au lieu de te cacher dans ce placard. Je suis désolé que tu aies eu à voir ça. Je ne voulais pas te faire peur, juste… Je ne pouvais pas faire autrement.
— Frisk désolé… répondit-il d’une petite voix. Je voulais pas rendre Papy triste…
— Tu ne m’as pas rendu triste. Ce qui est arrivé n’est pas de ta faute. Ce sont des choses de grand.
— Pourquoi les autres monstres méchants ? Pourquoi ils attaquaient Papy ?
Papyrus détourna le regard. Comment expliquer à un enfant que ce monde était pourri jusqu’à la moelle et que rien ne pourrait changer tant qu’Asgore serait à la tête du royaume ? Frisk se fichait bien de la situation politique des Souterrains. Ce n’était qu’un enfant.
— Je ne sais pas. Tout le monde ne veut pas que les choses changent ici-bas et préfèrent obtenir un peu de pouvoir pour combler le vide de leurs existences.
— Hein ?
— Ils sont juste comme ça.
— Ah, d’accord.
Il ébouriffa les cheveux de l’enfant, qui poussa un grognement de mécontentement.
— Où est Toriel ? finit-il par demander.
Si l’enfant était là, elle devait y être. Elle ne laissait jamais Frisk seul plus de quelques minutes si personne d’autre n’était là pour le surveiller. Les épaules de Frisk s’affaissèrent et il joua avec ses mains, nerveux.
— Maman triste… Elle est dans le salon, mais elle ne veut pas parler à Frisk…
Papyrus se demanda immédiatement ce qui avait pu la mettre dans un tel état, et se laissa guider par Frisk, qui lui prit la main et l’entraîna vers la pièce de vie. Comme Frisk l’avait dit, Toriel était assise dans son fauteuil, le regard dans le vide. Dans la main, elle tenait une vieille photographie, celle qui trônait d’ordinaire à l’entrée et qui la représentait avec ses enfants et Asgore.
Papyrus ne tarda pas à faire le lien. Il n’y avait pas la télévision ici, mais Sans et elle étaient proches. Son grand frère avait déjà dû lui annoncer la nouvelle. Il imaginait bien que la situation ne devait pas être simple pour elle. Après tout, elle voyait impuissante l’homme qu’elle avait aimé épouser une autre, même si, pour Papyrus, le concept de voir Asgore aimer qui que ce soit lui paraissait saugrenu.
— Il y a du thé sur la table, dit-elle d’une voix fatiguée.
Papyrus hocha la tête. Il posa deux tasses sur le plateau laissé sur la table et servit le thé. Il lança un regard à Frisk, qui, serviable, alla lui chercher une bouteille de jus de fruits dans le réfrigérateur. Papyrus servit un verre à l’enfant, puis rapporta le plateau sur la table basse en face d’elle. Le squelette évita soigneusement son regard et s’installa dans le fauteuil en face d’elle. Frisk le rejoignit bientôt et réclama de monter sur ses genoux. Le squelette le laissa faire, un peu nerveux par le silence pesant qui s’étirait dans la pièce.
— Je suppose que vous avez vu pour Undyne, commença Papyrus. Je… Je suis désolé. Je sais que la situation est complexe à cause des sentiments que vous aviez pour lui et…
— Oh, Papyrus, ça fait bien longtemps que je n’ai plus de sentiments pour lui. Ce n’est pas quelqu’un de bien.
— Je sais bien.
— Ton amie, Undyne, est-ce que tu as pu lui parler ?
Papyrus baissa la tête. Elle venait de confirmer qu’elle savait pour Undyne.
— Non. Des rares informations que j’ai réussi à obtenir, elle est enfermée dans le palais. Je ne crois pas qu’elle y est de son plein gré.
— Personne n’épouse cet homme de son plein gré, assena-t-elle durement.
Papyrus releva la tête vers elle, surprise.
— Vous non plus ?
— On ne m’a pas donné le choix. C’était une autre époque, dit-elle. Il y a un peu plus de deux mille ans, tout ce qui importait à mon père et au sien était de préserver la pureté de notre magie, de garder la lignée intacte pour garder le pouvoir sur les Souterrains. Nous étions les seuls descendants possibles. J’étais déjà promise à lui à l’âge de trois ans.
Papyrus ignorait cette partie de l’histoire. Asgore mentionnait souvent sa vie conjugale avec Toriel, mais jamais ce qui s’était produit avant. Il hésita. Il mourait d’envie de poser des questions, mais cela risquait de remuer un passé dont elle n’avait peut-être pas envie de parler. Et pourtant, elle était sa seule piste.
— Est-ce qu’Asgore était violent avec vous ? finit-il par demander, direct.
— Oui. Sans m’a dit qu’il a recommencé avec votre amie, et j’en suis désolée.
— Est-ce que vous pouvez… M’en parler ? J’essaie de la sortir de là, mais… Je ne sais pas si j’ai toutes les clés pour savoir dans quoi je m’engage.
Toriel le dévisagea un long moment, puis baissa les yeux sur Frisk, qui observait les adultes parler avec attention. Elle lui sourit, puis lui demanda s’il pouvait rester dans sa chambre quelques minutes. Frisk protesta vivement, mais Papyrus réussit à le convaincre en lui promettant qu’il pourrait cuisiner des lasagnes avec lui pour le dîner, ce qui sembla le satisfaire. L’enfant s’éloigna, non sans un regard inquiet vers eux, avant de disparaître dans le couloir.
Toriel soupira.
— Connais-tu l’histoire d’Asriel et de Chara ?
— Je connais ce que les livres disent. Le jeune prince a voulu rendre hommage à son adelphe en utilisant son âme et s’est fait tuer par les humains.
— Ce n’est pas ce qui s’est passé. C’est l’histoire qu’il a inventée pour justifier sa politique tyrannique. La vérité est bien moins romantique. Laisse-moi te raconter ce qui s’est véritablement passé. Laisse-moi te raconter comment Asgore a fait tuer mes enfants.