Distraction chez les Oni

Chapitre 1 : Les rôles sont inversés

Chapitre final

3805 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 31/07/2026 11:15

Les rôles sont inversés


Le Soleil était déjà bien haut sur le 23e arrondissement spécial de Tokyo, noyant les résidences de sa lumière dorée. Le silence n'est interrompu que par le chant des cigales, en ce jour d'été. La chaleur était étouffante, mais n'empêchait pas les jeunes d'aller en cours. Justement, en voici qui se dirigent vers leur lycée. Leur uniforme scolaire d'été les faisait suer, même s’ils portaient des manches courtes. C'était un groupe de trois personnes, dont une lévitait au-dessus des dalles brûlantes du trottoir de Tomobiki.


La première de ces personnes était un adolescent avec un éternel sourire idiot, le genre à mettre le désordre partout où il passe. Tout chez lui était désordonné, de la façon de s'habiller jusqu'à même la façon de se coiffer en passant par ses gestes. Ataru Moroboshi marchait à grandes enjambées, scrutant les passantes dans la foule.


À côté de lui se trouvait une fille tout ce qu'il y a de plus banale, un carré court et bruns encadrant un visage assez normal. Rien à dire de plus sur Shinobu Miyake, mise à part qu'elle possédait une force herculéenne quand une de ses crises de colère pointait le bout de son nez.


Enfin, venait celle qui volait. Dotée de cheveux longs d'une couleur non naturelle pour un être humain et de petites cornes jaunes sur le côté de sa tête, tout en elle inspirait étrangeté et biologie non terrienne. Lamu restait proche de la personne qu'elle aimait éperdument, veillant à ce qu'il ne tombe pas dans ses mauvais travers. Peine perdue, Ataru s'était jeté sur une camarade de classe dont la beauté convenait parfaitement à ses standards, dans une foule assez dense.


— Salut, ma jolie, déclara-t-il. Tu m'files ton adresse ? Je sens qu'on est faits l'un pour l'autre !


— Mon chéri ! hurla Lamu, s'élançant vers lui pour lui asséner un coup de jus. Pourquoi tu vas voir ailleurs alors que je suis ta femme?


— Ataru, tu es vraiment désespérant... soupira Shinobu.


C'était une sorte de cercle vicieux, à Tomobiki : la drague, l'échec, puis la punition. À force, les voisins s'étaient habitués à ce petit manège quotidien, feignant ne pas connaître l'origine de la source. Après tout, l'extraordinaire était devenu quelque chose de banal, un évènement dont on ne devait se soucier car il était entré dans la norme.


Lorsque le coup de foudre de "sa chérie" fut enfin arrêté, Ataru tentait désespérément de se relever, mais il était difficilement envisageable après une attaque électrique d'une Oni. L'ego en vrac, Ataru cherchait la meilleure façon d'échapper à la prochaine attaque électrique... avant de croiser une autre jolie fille, ce qui lui fit oublier toutes ses précautions.


Un halo de lumière verte surgit soudainement autour du groupe, qui disparut sous les yeux de plusieurs passants. Un mardi comme un autre, si on peut le dire. Le lieu où ils réapparurent n'était pas terrien. Toute la déco semblait tirer vers un jaune profond, de multiples néons décoraient les murs froids et métalliques de cet endroit. À l'endroit où il se trouvait, un tapis jaune orangé et aux rayures noires s'étalait sur quelques mètres. Mais le plus étonnant se trouvait face à eux.


Cachée dans l'ombre, une énorme masse les attendait. La chaise sur laquelle elle était assise tremblait sous le poids immense de la créature. À mesure que le temps avançait, les traits commençaient à se dessiner. D'une taille remarquable de deux Ataru de haut et d'une largeur égale à celle d'un camion, la silhouette se démarquait par une tenue plus que familière : un ensemble jaune à rayures noires. Le visage se dévoila ensuite, laissant place à des cheveux courts verts bien gominés et deux cornes courbées et pointues se dressant fièrement sur sa tête.


— Ma fifille ! lança le Roi des Oni. Comment ça va, la vie sur Terre ?


— Papa ? Que fais-tu sur Terre ? J'aurais aimé discuter avec toi, mais on va être en retard au lycée.


— L'école ? Ce n'est pas si important face à la chose que je vais vous proposer. Mais asseyez-vous, je vous prie.


Les trois invités, ou plutôt les trois kidnappés, s'installèrent autour d'une table improvisée. Le Roi des Oni n'avait pas bougé de son siège, mais il commençait à déplacer toutes sortes de friandises, d'assortiments et de boissons extraterrestres. Seul Lamu grignotait des petits en-cas, les deux autres préférant préserver leur petit estomac terrien fragile. Après une longue gorgée de sa tisane, le Roi posa sa tasse proportionnelle à sa taille et regarda sa fille avec un regard des plus sérieux, un phénomène assez rare.


— Lamu, ma petite. Tu sais à quelle période nous sommes ?


— Quelle période ? réfléchissait-elle. Nous sommes en juillet... mince, j'avais complètement oublié.


— Il se passe quoi ? dit Shinobu en se massant les tempes. Je ne comprends absolument rien !


— C'est un évènement qui se passe tous les dix ans. La planète Oni sélectionne une autre planète habitée totalement au pif et celle-ci doit participer à un petit jeu.


— Encore ? vociféra Ataru. On a déjà fait un de vos jeux pourris il y a deux semaines, et la Terre a failli être recouverte de champignons géants.


— Et c'est quoi encore, l'enjeu ? demanda Shinobu.


— Il n'y en a pas.


— Hein ?


Ataru, qui s'était tenté d'une petite tisane aux couleurs inhabituelles Oni, s'étouffa avec le contenu. Son teint venait de prendre la même apparence que le liquide qu'il avait recraché, ce qui ne manquait pas d'inquiéter Lamu. Ils allaient organiser un jeu impliquant des aliens et la présence de l'État tout entier pour aucun enjeu ? Soit il y avait anguille sous roche, soit c'est le roi qui méritait quelques vacances au bord de la mer.


— En vérité, le peuple Oni s'ennuie beaucoup. Donc, tous les dix ans, on organise un petit jeu pour se détendre.


— Et qu'est-ce que vous proposez ?


— Une chasse à l'Oni... ou plutôt, une chasse à l'humain. Un Oni doit pouvoir attraper un humain choisi au hasard, qui doit lui échapper.


— Mais c'est de la triche ! scandalisa Ataru. Vous savez voler, vous lancez des éclairs ! Le jeu sera plié en dix secondes.


— Pas d'inquiétude, mon petit. Pour rendre le jeu plus équitable, l'humain en question pourra posséder les pouvoirs Oni pendant toute la durée de l'événement. Bien sûr, ils ne feront plus effet après dix jours, ou quand il se fera attraper. Quant à l'Oni, il se retrouvera à vivre comme un humain, sans ses fameux pouvoirs. Qu'en pensez-vous ?


— J'en dis que c'est complètement débile, assura Shinobu. Vous vous servez de nous seulement pour combler votre ennui. Avouez que vous n'allez pas nous laisser le choix.


— Oui, c'est ça, éclata de rire le roi des Oni. D'ailleurs, l'ordinateur a déjà choisi le participant des deux clans.


Lorsqu'il se fut retiré, le groupe pouvait apercevoir un ordinateur géant. Pas assez grand pour ne pas être caché par le colosse, apparemment. Pendant que la machine démarrait lentement, Ataru en profita pour vider son verre dans une petite plante verte, l'odeur commençait à devenir vraiment infecte à force d'avoir macéré. Le résultat s'afficha après trois redémarrages forcés, montrant la photo de deux individus que le monde connaissait que trop bien.


— Tiens, comme c'est étonnant, ironisa Ataru. Comme par hasard, je me retrouve avec Lamu.


— Je n'ai pas le droit de relancer la roue, expliqua le Roi. Les règles sont les règles.


— Mon chéri, c'est une bonne nouvelle ! On va pouvoir rester ensemble !


— Et comment comptez-vous me donner le pouvoir des Onis ? Par perfusion ?


— Par un échange de données des âmes, s'exclama une voix trop bien connue.


La tête du vieillard était apparue comme un spectre au beau milieu de la conversation. Son crâne, totalement démuni de pilosité capillaire, et son regard continuellement absent le rendaient tout bonnement inutile et idiot. Même le chapelet autour de son cou ne parvenait pas à le rendre plus sérieux. Non, ce type était une blague doublée d'un parasite et d'un sans-gêne monstrueux. Cherry, le moine bouddhiste que toute la ville semblait détester, se tenait droit dans le vaisseau, sans que personne ne puisse savoir comment il était entré.


— Pardonnez mon intrusion, s'excusa platement Cherry. L'odeur de votre cuisine m'avait mis l'eau à la bouche.


— Ah ! Monsieur Cherry ! Que diriez-vous de faire le commentateur de notre jeu ? Je suis sûr que vous allez assurer dans ce rôle.


— Après tout, pourquoi pas ? J'en profiterai pour y rajouter aussi ma petite touche personnelle.


Le moine se dirigeait vers la sortie dont on ne connaissait toujours pas l'origine, tout en lançant des "vous n'êtes pas prêts pour le spectacle que je vais vous offrir" à une foule imaginaire. Enfin débarrassé de ce type dont l'horloge biologique se résumait à manger en piquant dans l'assiette des autres. Seulement, le Roi des Oni n'en avait pas fini.


— Vous deux, venez avec moi, déclara le Roi. Le match commence officiellement à 10 heures.


— Mais c'est dans 10 minutes ! paniqua Lamu.


— Raison de plus pour se dépêcher.


----------------------------------------------------------------------------------------------------------------


9h58. Le stade dans lequel se déroule le début du jeu était tout bonnement plein à craquer de personnes. À première vue, on se demandait quelle équipe allait affronter le Japon pour la finale de la Coupe du monde, mais l'explication était toute autre. Des milliers d'Onis occupaient les sièges des gradins, acclamant leur équipe favorite : la leur, cela va de soi. Les couleurs rouges et bleues de leurs tenues se mélangeaient et s'harmonisaient, contrastant avec la multitude de couleurs des habits des êtres humains.


Sur le stade, les deux participants se préparaient. D'un côté, Lamu s'étirait les jambes et faisait quelques squats pour se mettre dans le bain. Sa tenue habituelle avait été remplacée par une qui se rapprochait de ce que portent habituellement les Terriens. Après des chaussures de sport turquoises, un short aux motifs des Oni, elle portait un T-shirt blanc avec la tête d'Ataru imprimée dessus, à l'intérieur d'un petit cœur rouge intense. Enfin, ses cheveux étaient relevés en une queue de cheval, attachés par un joli nœud que son père lui avait fait cadeau.


À l'autre bout du terrain, Ataru n'avait eu d'autre choix que de porter une tenue Oni. À bien le regarder, il ressemblait plus à un tigre avec des cheveux qu'à un véritable Oni, le vêtement flottant un peu en raison de sa maigreur et de sa musculature inexistante. Seul un détail le différenciait : dans ses cheveux se trouvait un ruban jaune pâle, bien serré sur sa tête. La douleur était grande mais, l'utilité de celle-ci lui permit de tenir bon.


Du haut de son grand perchoir, Cherry faisait les quelques tests micros de la pire des façons. À côté de lui se trouvait une femme majeure, regardant l'horizon d'un air vide et dénué d'émotions. Ses longs cheveux tombaient sur ses épaules, bougeant faiblement au rythme de ses soupirs. Sa main remplissait le rôle de tenir en équilibre sa tête, le coude appuyé contre le bois de la table. Finalement, après avoir inséré le micro dans sa bouche pour savoir si son ventre faisait un quelconque bruit, il le tapota deux fois avant de commencer son petit discours.


— Bonsoir à tous et à toutes, chers Onis. Je suis Cherry et je serai votre commentateur pour ce match épique. Je serai pour cela accompagné de ma nièce, Sakura.


— Bonjour.


— Petit rappel des règles : tout est permis. Cependant, Moroboshi n'a pas le droit de voler plus haut que 10 mètres par rapport au sol et Lamu ne peut utiliser de gadgets Oni, seulement ce que la Terre peut lui fournir. Est-ce bien clair ?


— Et comment peut-on qualifier qu'une personne est éliminée ?


— Seulement si l'adversaire parvient à attraper le ruban qui permet à Ataru d'obtenir ses pouvoirs.


Des invectives fusèrent de tous les côtés à l'encontre de Cherry, qui ne comprenait pas pourquoi. Après une rapide fouille dans un sac plus que bordélique, il sortit un pistolet de course et visa vers le ciel. Bien évidemment, les balles étaient à blanc et ne pouvaient en aucun cas blesser quelqu'un. Après avoir imposé le silence à l'ensemble de la foule, Cherry se lança.


— Vous êtes prêt ? Partez !


Le coup partit instantanément, projetant Cherry à l'opposé de la trajectoire de la balle. Le départ était lancé et Lamu s'élança vers Ataru. La distance, autrefois celle d'un bus scolaire, se réduisait entre la cible immobile et la sprinteuse. Le ruban était à portée de main, elle pouvait le faire... mais elle ne rencontra que du vide. Lorsqu'elle tourna la tête, son chéri marchait dans les airs, prenant de la hauteur avec une joie non dissimulée. Ce sentiment de puissance, cette aura qui émanait soudainement de lui pouvait lui faire accomplir de grandes choses. Profitant que Lamu sautillait comme une puce en-dessous de lui, il prit sa décision.


— Je pars à la conquête de jolies jeunes femmes. Salut !


— Et voici la première technique de Moroboshi : la fuite. Il tente de mettre de la Dix-tance entre eux pour gagner du temps. Que compte-t-elle faire ?


Lamu partit directement du stade pour se lancer à sa poursuite. Son but n'était plus de gagner pour le divertissement de son peuple, mais surtout pour empêcher Ataru d'aller chercher ailleurs. Elle traversa le quartier qu'elle connaissait pourtant si bien... et réussissait quand même à s'y perdre. Pourtant, cela ne semblait pas la déranger, voir le quartier sous un autre angle provoquait en elle une étrange sensation dans sa poitrine. C'était quelque chose de profond, une approche plus humaine de cet endroit. Privée de ses pouvoirs, elle pouvait observer ce quartier qu'elle a traversé des dizaines de fois du même regard qu'un humain, du même que celui d'Ataru.


La dure réalité revint en force lorsqu'un cri se fit entendre dans la rue adjacente. Alors qu'elle franchissait le pas, elle découvrit Ataru dans une position absolument ridicule. Il serrait dans ses bras une jeune fille de son âge, dont le teint rouge exprimait un mélange de gêne, de colère et d'effort.


— S'vous plaît, juste un petit rencard. Z'êtes si jolie.


— Mais lâche-moi, pervers. Je ne t'ai rien demandé !


— Mon chéri ! Je vais te calmer, tu vas voir !


La collision entre la jalousie et la perversion permettait à la jeune fille de se libérer de l'étreinte d'Ataru et de s'enfuir, remerciant le ciel que la petite amie de ce crétin soit une possessive. Lamu concentra tout son être intérieur pour une décharge dont Ataru se souviendrait toute sa vie, ses cheveux crépitant sous l'effet de la colère. Pris de peur, Ataru lança une décharge massive incontrôlée directement sur elle, ce qui la fit lâcher prise.


— Incroyable ! Lamu a été Dix-traite, et ce fut fatal ! Le courant était pourtant bien passé entre eux.


— C'est un coup dur pour Lamu, déclara Sakura en gardant un œil sur son grand-père. Que compte faire Moroboshi ?


Ataru était figé sur place, observant le corps de sa fiancée immobile, les genoux à terre. Lentement, il s'approcha et il commença à faire un diagnostic éclair, non sans se répéter qu'il l'examine seulement pour que les représailles soient moins grandes. Elle releva la tête, le visage totalement chamboulé par l'acte de son chéri. Comment pouvait-il faire une chose pareille, à elle qui plus est ? Pourtant, ce comportement n'est pas celui de quelqu'un qui est fier d'avoir mis au tapis son adversaire mais autre chose. Sur sa tête trônait toujours le fameux ruban, objectif ultime pour stopper ce jeu.


Sans prévenir, elle se releva et se jeta sur lui, dans l'espoir de l'attraper. Peine perdue, Ataru sentait que quelque chose clochait dans son regard et il partit instantanément, dans l'espoir de la semer. Elle émergea de la poubelle d'où elle avait atterri et s’épousseta le short. Elle l'avait encore perdu.


— Où est-ce que j'irai pour trouver de jolies filles si j'étais lui ? se demanda Lamu.


Après un court instant de réflexion, elle décida de se mettre en route vers la prochaine destination. Une fois arrivée sur place, son instinct lui cria qu'elle avait touché juste. Le panneau sur la devanture du bâtiment annonçait aux passants qu'il s'agissait d'un bain public non mixte. Sur le toit, Ataru était la tête en bas, regardant par la fenêtre qu'il avait entrouverte, avec un visage qui se tordait en une grimace comique. Étrangement serein, il n'entendit pas le pas lourd et ravageur de Lamu, qui s'approchait de lui.


— Mon chéri ! Descends de là tout de suite ! J'en ai marre de te voir courir les jupons des autres filles !


— Et tu vas faire quoi ? lança-t-il d'un ton ironique. Attrape-moi si tu le peux. J'ai de la miss à trouver et il n'y a que des canons, là-dedans.


— Oh, c'est vrai ? C'est gentil de ta part.


Les deux se tournèrent vers la fameuse voix qui lui parlait. C'était une assez belle fille de l'âge des deux adolescents, possédant des cheveux noirs à reflets parfois bleutés sous l'effet du Soleil. Ses grands yeux marrons étaient pourtant en contradiction avec ses paroles, semblant retenir quelque chose de profond en elle. Elle parlait de la fameuse fenêtre, tenant d'une main la serviette qui servait à cacher sa poitrine. Ataru ne se fit pas prier deux fois, il descendit du toit et vola pour finir à son niveau.


— Oui, je mens pas, vous êtes très jolie. Un rencard ?


— Tu vas changer de Dix-que ? cria la jeune fille, finalement hors d'elle. Dégage, le pervers !


— Magnifique jeu de mots de la part de cette jeune fille. Moroboshi a manqué de Dix-crétion pour se faire voir aussi rapidement.


— Bon sang, mais arrête tes jeux de mots pourris ! se leva-t-elle, à bout de nerfs.


— Je trouve tes réactions Dix-proportionnées, ma petite Sakura. Tu es sûre que ça va ?


Elle se rassit lourdement sur sa chaise, priant intérieurement pour avoir la force de résister à la tentation de lui refaire le portrait. C'est officiel, elle souhaitait rentrer chez elle. Du côté des participants, la bataille venait de prendre une toute autre dimension. Une bassine vola en direction d'Ataru, qui ne parvint pas à l'esquiver à temps, avant que la fenêtre ne claque d'un bruit sonore. Le choc fit chanceler Ataru, qui descendit de quelques centimètres, avant de retrouver ses esprits et de reprendre le dessus. Voyant que la bassine devenait une aide précieuse, elle lançait des objets qu'elle trouvait. Tout ça se trouvait dans une boîte en carton près du distributeur à boissons, à l'insu du pauvre technicien.


— Mais t'es folle ! paniqua Ataru en évitant de justesse chaque projectile. Tu veux me tuer ?


— Je n'ai pas le choix, tu ne veux pas te mettre à ma hauteur. Je vais t'y obliger !


— Les canettes, c'était obligé ?


— C'est tout ce que j'avais de Dix-ponible. Maintenant, tais-toi.


Pendant qu'ils s'amusaient à jouer à la cannette au prisonnier, l'ambiance côté présentateur était plus que tendue. Cherry, à fond dans son rôle, allait balancer une nouvelle blague quand quelque chose l'en empêcha.


— Encore une seule blague, et je t'exorcise sur-le-champ. C'est clair ?


— Euh...


Les détritus et les cadavres de canettes jonchaient la route, près des bains publics. Des gouttes de sueur perlaient sur le front de Lamu, qui manquait évidemment de munitions. Quant à Ataru, il avait le souffle court et sa vue se brouillait à mesure que le temps défilait. Le seul moyen pour lui de s'en sortir était de partir loin et de se reposer le temps que Lamu le cherche. Il commença à monter pour lui échapper, et peut-être même un peu trop rapidement.


Au coin de la rue, Ataru aperçut subitement une magnifique demoiselle qui n'attendait plus que lui pour aller faire sa déclaration. Manquant de vigilance, il se prit le haut du lampadaire en pleine face et tomba tête la première sur le béton chaud d'un mois de juillet. Lamu, surprise par la simplicité de la tâche, se hâta de venir arracher le ruban de la tête de son chéri, pouvant ainsi le priver de ses pouvoirs. Une horde de confettis fut jetée dans les rues par les Oni.


— Moroboshi a perdu le ruban ! Il est Dix-qualifié !


— J'en ai assez ! hurla Sakura, au bord de la crise de nerfs. Hors de ma vue, et ne Dix-cute pas !


— Je te trouve bien Dix-tante, ma petite Saku...


C'en était trop. Sa jambe décrivit un arc de cercle de l'arrière de son corps vers l'avant pour provoquer un impact du pied dans la figure et l'expédier vers d'autres cieux. Elle termina la présentation en déclarant le peuple Oni vainqueur du jeu intergalactique avant de se retirer, le sourire aux lèvres.


Le visage en feu, Ataru se releva péniblement, les articulations ne voulant plus lui obéir et retomba plusieurs fois sur le béton brûlant. Il avait perdu, et cela lui avait coûté ses avantages pour une drague de rue efficace et productive. Il s'en voulait, gueulant sa frustration au monde entier. Il se stoppa net, causé par un petit frisson dans le dos. Sa crainte se confirma lorsqu'il se retourna lentement et aperçut que Lamu l'attendait, pas aussi positive qu'au début de l'événement. De petites étincelles crépitaient au niveau de ses cornes, doublées d'un large sourire qui tentait de se faire bienveillant, mais qui portait un tout autre message.


— Mon chéri ? Je crois que nous aurons une petite discussion, toi et moi.


— Oh non !


La fuite n'était plus possible et il finit au sol, se faisant électrocuter par Lamu devant une dizaine de témoins qui soupiraient de lassitude.


— Ma vie est une véritable Dix-topie !



[Fin]


Je tenais à remercier Gweltas pour la relecture et sa connaissance dans l'univers d'Urusei Yatsura.

Laisser un commentaire ?