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Chapitre 3 : Qu'est-ce que tu ressens... ?

Par Coemgenus

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Seuls les bruits de la nature donnaient encore un peu de vie à cette scène, un peu d'ambiance. Car aucun mot n'était en mesure de s'évader de la bouche de Yami, encore en état de choc après ce qu'elle venait de voir. En se retournant pour faire face à Saru, et constater ce qu'il comptait lui montrer, la jeune fille s'était attendue à quelque chose de moins gros. Jamais elle n'aurait pensé que son meilleur ami, Saru, était finalement lui aussi atteint par cette horreur.

Dubitative, perdue dans ces millions de pensées se frayant toutes un passage sans la moindre pitié dans son esprit, la jeune fille aux oreilles de chat, approcha simplement sa main de celles de ce garçon. En un sens, en entrant en contact avec celles-ci, elle espérait les voir disparaître, ou même découvrir qu'elles n'étaient que factices. Seulement, au contact de ces choses qu'elle possédait pourtant elle-même, Yami n'eut d'autre choix que de se rendre à l'évidence et s'avouer cette affreuse et horrible vérité.

Ces protubérances sur la tête de son ami n'étaient pas de piètres imitations, elles étaient réelles. Exactement comme les siennes, la même sensation sous son doigt, ce n'était pas une tromperie de sa part. Cette vérité, explosant dans son cœur, cet éclat se brisant dans son être tout entier eut finalement raison d'elle. Tandis qu'une première larme coula de son œil, ne tardant pas à être suivie par d'autres compagnes qui s'écoulaient à grande vitesse. Saru était conscient du désordre qui devait avoir lieu au sein de l'être de son amie, et se sentait quelque part coupable d'en être le fautif.

 

Une nouvelle fois encore, Yami n'avait pas laissé une seule note s'échapper d'entre ses lèvres, de peur de couper son meilleur ami dans son explication et ses révélations. Elle apprenait des choses à son sujet qu'elle n'aurait jamais pensé possible et réelles. Depuis tout ce temps, la demoiselle voyait Saru depuis sa petite hauteur, et lui au dessus du plus grand monument imaginable. Il était comme un modèle à suivre à ses yeux.

Et maintenant, ce dernier lui révélait qu'il n'avait rien d'exceptionnel, qu'il était exactement comme elle. Mais non, cette particularité ne changeait absolument rien à ses yeux, il était encore le même, la même personne aussi bonne, gentille et douce avec lui. Sans pour autant être encore capable d'émettre un sourire à son égard, la demoiselle se contenta seulement de poser sa tête sur son torse pour entendre son cœur battre. Son organe vitale battait vite dans sa poitrine, sûrement angoissé par sa réaction.

 

Saru était à des années de se douter de la vérité concernant le père de sa meilleure amie. Celui-ci, sans cesse en déplacement ces dernières années à cause de voyages d'affaires, n'était que très rarement à la maison avec sa petite famille. Il lui arrivait même très souvent de s'absenter encore pour se rendre à son travail, comme si au fond ses collègues ne pouvaient réellement pas se passer de sa présence à leur côtés. Yami ne voulait rien de plus que voir son père d'avantage, ne plus sans cesse éprouver ce manque. Elle en souffrait beaucoup, en pleurait même quelques soirs dans sa chambre sans alerter sa famille. Mais elle préférait ne rien dire, afin que son père ainsi que sa mère ne se fassent pas encore plus de soucis à son sujet. Après tout, ce n'était en rien la faute de son papa si ces absences répétées étaient une des causes de sa douleur.

Tandis que le duo était en ce moment même en route pour aller à la rencontre du père de Yami, ce dernier se trouvait encore et toujours devant son écran d'ordinateur, se consacrant comme tous les jours à son travail au sein de son laboratoire de recherche. Depuis toutes ces années, à l'époque où ce virus avait commencé à faire parler de lui, cet homme s'était mis en quête d'exterminer ce mal comme tous les scientifiques de ce monde. Il espérait, lui ainsi que les autres, trouver enfin le remède miracle pour soigner tout le monde. Ce traitement était maintenant appelé « Le Miracle » par les hommes et les femmes du métier, qu'ils espéraient tous un jour atteindre.

Tout ceci n'était autre qu'une quête, jusqu'à ce que finalement, Yami, sa fille, vienne au monde avec ces deux oreilles de chat. Lui, qui s'était battu toutes ces années pour combattre cette horreur, était devenu le père d'un enfant infecté par ce mal. Il aimait sa fille, vraiment il était un père aimant envers sa fille. Mais tout ceci résonnait dans son coeur comme une mauvaise blague, comme si son pire ennemi qu'était le Virus du chat se moquait de lui, le regardait de haut pour lui dire en quelque sorte, que jamais il ne parviendrait à en venir à bout et que la victoire serait finalement sienne.

Cet homme se prénommant Kaku avait depuis ce jour, redoublé d'effort pour combattre son nouvel ennemi. Voyant vraiment la recherche de ce traitement, non plus comme une quête épique, mais comme un véritable combat contre un être vivant. Seulement, jour après jour, suite à la naissance ainsi qu'à la croissance Yami, le père de famille se sentait désolé et triste de la voir aussi malheureuse. Évidement que son rêve le plus secret était de pouvoir pratiquer le saut à la perche. Elle était fascinée par ce sport depuis sa plus tendre enfance. Sa fille cependant ne mesurait pas l'étendue des risques, elle pouvait être exposée au mal à tout moment et finir par vraiment se tuer. Il avait tenté de lui expliquer avec sa mère à de nombreuses reprises, mais l'enfant, telle l'obstinée qu'elle est, finissait toujours par aller s'enfermer dans sa chambre.

A force de l'entendre verser des larmes de peine tous les soirs, de ne pouvoir se risquer à lui offrir le vrai bonheur et de voir ce sourire sur son visage s'effacer de plus en plus à cause de son pire ennemi, Kaku était devenu littéralement fou à lié. Il ne pouvait plus contrôler son sourire, à cause de son exposition à cet écran lumineux auquel il faisait encore et toujours face. Cela lui donnait un air assez effrayant, et à cause de cela d'ailleurs, tous ses collègues l'abandonnaient à son triste sort dans une pièce isolée et obscure.

Il était tout seul et se contentait de cette solitude, s'adonnant à son travail sans l'aide de ses associés. Tout ce dont le scientifique avait réellement besoin se trouvait ici, dans sa pièce privée. Elle était sombre, vraiment plongée dans une noirceur intense, hormis son écran jouant le rôle d'éclaireur. L'on pouvait voir au milieu de la grande pièce, un caisson bien étrange et relié à des câbles électrique. L'installation était remplie d'un liquide vert des plus suspects, et un embryon semblait flotter au centre, une vie encore endormie.

Une de ses associés, se permit timidement d'entrer dans la pièce. Sachant qu'elle aurait mieux fais de laisser Kaku dans sa pleine solitude, elle ne pouvait cependant se résigner à l'abandonner sans au moins lui offrir une petite tasse de thé avec quelques biscuits. Cette femme à lunettes ainsi qu'à la longue chevelure brune attachée en deux couettes, ainsi qu'aux brillants yeux variant entre le bleu et le vert exprimait parfaitement l'émotion de la crainte, de l'appréhension. Sans doute avait-elle déjà dû affronter la colère de son collègue, mais cela ne l'avait cependant pas empêché de revenir.

Les mains du scientifique, pianotant sur son clavier informatique, cessèrent instantanément leur espèce de danse frénétique en entendant cette porte s'ouvrir ainsi que cette personne entrer. Un silence ne tarda pas à s'installer dans toute la pièce, assez gênant d'ailleurs. Sa collègue de travail poursuivit toute fois son avancé en laissant ses pas résonner entre ces quatre murs, intensifiant encore plus sa peur de se faire renvoyer à tout moment par le maître des lieux.

 

A ce hurlement agressif émanent du grand scientifique, et juste à la vue de son visage souriant et quelque peu effrayant pour quiconque le verrait, la demoiselle ne conserva pas son équilibre bien longtemps et laissa tomber son plateau au sol avec cette tasse et ces biscuits. Le contenant en porcelaine se brisa totalement en tombant au sol en quelques éclats. Les sucreries finirent par subir le même sort tragique, privant ainsi Kaku de ce goûter qui aurait pu le contenter pendant quelques minutes.

Comme tout scientifique imposant le respect à son prochain, Professeur Mushine portait cette caractéristique blouse blanche comme tous les jours. Il détestait d'ailleurs ne pas l'avoir à porté de main. Celle-ci à force de toujours travailler, était devenue sa meilleure alliée, bien plus que tous ses collègues. Il avait d'ailleurs finis par tous les qualifier de parfait incompétents. Mais lui au fond n'était pas mieux, à ne pas avoir trouvé après toutes ces années, la moindre piste pour espérer guérir tout ce monde, et surtout sa fille. Kaku était un homme de 45 ans, dont le visage exprimait le poids des années ainsi que des échecs.

Son air pâle à cause de son manque cruel d'une bonne alimentation depuis quelques mois, lui donnait d'ailleurs un air semblable à celui d'un zombie. Cela n'alimentait qu'encore plus son côté effrayant, et le savoir l'en amusait énormément. Ses yeux, autrefois d'un jaune aussi pur que la lumière du soleil, n'étaient plus aujourd'hui qu'une pâle copie d'une étincelance. Ils n'étaient plus que le vestige d'une heure de gloire, d'une beauté transcendante perdue à tout jamais et dans leur sein, ne restait plus qu'une folie sans pareille quand il les laissait s'ouvrir entièrement, comme d'ailleurs en cet instant. Ses cheveux courts et en bataille, montraient eux aussi, un manque cruel d'attention à l'égard de sa propre personne. Ceux-ci, teintés entre le gris ainsi que le blanc, avaient perdus également toute vie et tout éclat. Mais cela ne semblait poser aucun problème au grand scientifique, dont ce n'était clairement pas la première priorité. Peu importe si son corps encaissait ainsi le poids de ses efforts, pourvu qu'ils payent un beau jour et lui rapporte « Le Miracle » tant attendu par l'ensemble de sa confrérie.

 

Ses mots avaient fais s'immobiliser son interlocutrice. Elle était maintenant comme un piquet, prise d'une panique qu'on n'aurait su nommer proprement. Kaku aimait prendre tout son temps, adorant lire cette peur sur le visage des autres. Il était devenu légèrement cruel avec le temps, même si ce trait de sa personnalité avait toujours été inscrit au fond de lui. Se levant tout doucement de son fauteuil en le décalant lentement, très lentement de manière à ce que cette femme puisse entendre le moindre glissement résonner entre ces quatre murs. C'était un peu sa façon de lui faire payer son intrusion, et aussi un petit plaisir personnel que Kaku se permettait de temps à autre.

Rabattant sa chaise à roulette contre son bureau, l'étrange homme aux cheveux grisonnant, s'approcha calmement de cette femme en gardant ses mains dans ses poches. Un silence si intense dans cette pièce, que l'on aurait presque pu entendre résonner, les battements de cœur de sa pauvre interlocutrice, qui appréhendait l'instant fatidique. Elle entendait ses pas se rapprocher de plus en plus, avec toujours cette même lenteur dans le geste. Plus le temps avançait, et plus cette femme regrettait amèrement d'avoir eu cette idée de lui apporter ces petites choses.

 

Il était tellement rare de voir un sourire se dessiner sur les lèvres de Kaku, un véritable, et non pas un de ces nombreux spasmes de sadisme qui s'emparaient de son être à chaque fois que cet élan de folie l'étreignait. Il avait trouvé au sein de cet institut, une personne qui se battait dans le même objectif que lui, dans le but de sauver une personne précieuse. Le sourire, le bonheur et la guérison étaient leur véritables motivations au fond et cela encourageait grandement l'homme aux cheveux blancs.

En voyant cela, ce changement brutal de comportement à son égard de la part de Kaku, la demoiselle se laissa aller à lui répondre par un fin sourire d'une rare tendresse. Elle était agréablement surprise de le voir lui montrer finalement du respect ainsi que de l'estime. Elle ignorait si ses paroles, ainsi que sa sincérité en étaient la raison. Toute fois, il était hors de question qu'elle laisse passer cette chance de se rapprocher de cet homme. Lui qui était au sein de l'ensemble de ce bâtiment, un véritable mystère pour tout le monde.

 

La tirant encore et toujours comme un jouet, vers le centre de la pièce où ils se trouvaient tous les deux, Kaku relâcha finalement sa main en pressant un espèce bouton situé au pied de cette installation de verre. Grâce à cela, deux projecteurs situés à droite et à gauche dans le fond de la chambre, vinrent éclairer de plein feu, cet élément central baignant dans ce liquide vert. En voyant cela, Xia manifesta sans retenue toute cette surprise qu'elle ressentait, ainsi que cette admiration sans borne pour cet homme. Au sein de ce liquide, les yeux de la de la jeune femme se posait véritablement sur cet embryon, encore sans vie. Raccordé encore pour l'instant à un cordon ombilicale, cette chose semblait être sur le point de naître à tout moment.

Ne laissant parler que son obsession pour cette parcelle de future existence, la nouvelle collègue de Kaku, se rapprocha de ce caisson tout doucement. Le maître des lieux, l'observa cependant avec une certaine méfiance et vigilance. Elle était la bienvenue à ses côtés pour lui offrir son aide, mais ce n'était pas un prétexte pour fourrer son nez avec trop d'inscression dans son travail. Cependant, Xia semblait voir en cette chose, un tout nouvel espoir pour leur découverte du « Miracle » dont ils aimaient tous tant parler, comme si cela s'agissait d'une sombre légende inaccessible. Sa main vint alors se poser sur la vitre de verre, n'observant qu'encore plus cet embryon, sur lequel était en train de pousser des oreilles de chat, comme toutes ces personnes en ce monde, infectées par ce virus. La demoiselle tourna alors son regard vers son associé, intriguée de voir ici et sur ce nouvel être, ces protubérances.

 

Finalement, cette discussion autour de cet embryon que l'on pouvait qualifier de vraiment magique pour la possible avancée de la science, avait redonné espoir à Kaku. Lui-même s'était avoué ne pas vraiment croire en ce projet loufoque, un de plus qui échouerait, comme tous les autres. Mais l'emballement de cette femme devant sa découverte, avait éclairé son cœur d'une lumière nouvelle. Son visage était lui-même illuminé par un magnifique sourire, regardant cette collègue juste en face de lui.

Cependant, un bruit sourd vint de nouveau interrompre ses occupations. Encore cette porte, s'ouvrant cette fois avec force et sans la moindre délicatesse. Intrigué et quelque peu énervé qu'on vienne encore le déranger aujourd'hui, Kaku jeta un coup d'oeil vers l'entrée de sa chambre. Xiao se contenta de suivre son regard en cette direction, pour voir qu'une jeune fille aux cheveux bleu foncés, tenant par le bras, un grand homme aux cheveux bleu clair, venait de rentrer dans cette pièce. La jeune fille regardait visiblement en direction de Kaku, manifestant toute sa panique ainsi que son inquiétude.

 

NOTE DE L'AUTEUR : Voici ici une autre facette de ce monde, l'avancé de la science. Ses échecs et ses espoirs, mais aussi et surtout le père de Yami. J'espère vraiment que aurez apprécié ces deux nouveaux personnages qui entrent en scène ! Un petit commentaire peut-être ?




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