Prologus α

Chapitre 8 : Prologus α-8

1857 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/09/2026 09:46

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+ Nous approchons de Tutela Absentia. Mise en orbite basse dans 521. +


Cawl observait la surface morte de la planète : c’était un amas informe d’armatures et de restes de bâtiments abandonnés et oubliés. Il ne restait rien du sol naturel, remplacé par des plaques de lithobéton et de plastacier. Des portions entières de cette croûte artificielle, vastes comme des continents, s’étaient effondrées, laissant apparaître un cœur de magma visqueux flottant à plusieurs centaines de kilomètres en contrebas. En réalité ce qui subsistait de la superstructure orbitait autour de ce noyau incandescent. Le Mechanicum avait méthodiquement pillé toutes les ressources utilisables de ce monde et il n’en restait qu’une carcasse creuse, inhabitable, privée de toute atmosphère, totalement inhospitalière et même particulièrement mortelle. À mesure que l’Atropos Fulmen s’en approchait, les détails navrants de ce reste de monde apparaissaient : les débris de bâtiments étaient pratiquement tous dans un état de délabrement avancé, voire en ruine. Les structures étaient dans un état d’oxydation désastreux. La croûte de la planète semblait par endroits tellement fragile que tout atterrissage y était difficilement envisageable.


+ Agrippina Behn Θ23, pouvez-vous me donner une zone qui serait propice à une arrivée en douceur sur ce monde en ruine ? +

+ Patience, Magos Explorator, je lance des calculs... La surface de ce qui reste de cette planète est dans un état que ne laissaient pas envisager mes précédentes théories. +

+ Compris, dès que vous aurez un résultat, merci de le transmettre à la navigation pour mise en œuvre immédiate. +

+ Bien reçu. +


Le Magos Explorator soupira en s’enfonçant dans le riche velours de son trône. « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ce tas de débris qu’on ose appeler une planète ? Comment y réparer au moins le Clipper ? » Cawl avait encore du mal à appeler ce fleuron des forges martiennes par son nom de baptême qu’il lui avait pourtant lui-même donné. Tandis que ses augmentiques oculaires scrutaient automatiquement la surface de la planète, un détail l’interpella sans qu’il ne sût dire quoi exactement. Il concentra toute son attention sur les bâtiments en contrebas et se rendit compte d’une anomalie dans la disposition des quartiers sur une zone triangulaire grande comme un village, avec des dimensions de huit kilomètres par deux kilomètres environ. À proximité d’une extrémité il y avait un édifice de forme étrange et un manque dans son espace environnant.

Le Magos Explorator Cawl sentit un courant électrostatique le parcourir dans tous ses membres et augmentiques : un fil d’or de données s’échappait de la structure et vint le frapper :

+ C’est là ! Ce lieu que tu recherches sans le savoir... Ne laisse personne s’en approcher et va l’explorer. + Le flux de données brillait nettement autour de lui, comme un serpent qui enserre sa proie, personne ne semblait remarquer quoi que ce fut.


+ Des coordonnées à nous communiquer ? + lança-t-il en direction de la cartographe pour détourner le fil de ses pensées.

+ Il semble que les données reçues des auspex soient partiellement brouillées. Je préconise d’envoyer les barges qui seront plus légères et maniables. Le brouillage des signaux semble indiquer qu’il existe encore une forme d’activité sur ce monde. +

+ Bien reçu, cartographe. Envoyez les résultats de vos calculs parcellaires à la navigation. + puis vers les Magos Navigateurs + La Magos Cartographe Agrippina Behn Θ23 va vous communiquer des coordonnées pour envoyer des barges afin d’effectuer la collecte de matériaux dont nous aurons besoin. Ceux-ci seront directement envoyés à la forge de proue pour effectuer les réparations sur l’Atropos Fulmen. Pour l’instant nous resterons en orbite basse avec Ekdikos en remorque. Chaque barge devra être armée et chargera un équipage de Skitarii (un alpha, neuf skitarii) avec une escouade de Cybernetica (un compilateur, deux Kastelans, un Castellax-Achea et un Vorax). Préparez-moi une barge armée, j’embarquerai quinze servitors : six Secutors, quatre Praetorians, deux servitors d’excavation et trois de transport. Le compilateur cybernétique TO-Dulus N-Diaye 9498 avec deux Castellax-Achea, deux Vorax et un Domitar-Ferrum tous armés pour une mission type ’urbex’. Tez-Lar et le Princeps Gaïus LaBath Ωσσ117 m’accompagneront également. Je veux que tout soit prêt pour h + 122. +

+ Bien reçu Magos Explorator. +


+ Tu touches au but, ta récompense sera grande, aie foi ! +


« Encore ce fil d’Ariane, se dit-il. Vers quel but m’attire-t-il ? Est-ce que je fais bien de le suivre ? Ai-je d’autre choix ? » Le temps était à l’action pas à l’introspection. Il laissa donc ses interrogations en arrière-plan et se prépara pour sa mission sacrée d’exploration. Il troqua sa robe d’apparat contre un lourd backpack, une lorica segmentée en plastacier avec des plaques de céramite et d’adamantium décorée d’un engrenage d’or avec un crâne de céramite au milieu du torse. Il changea ses jambes contre d’autres, plus robustes, en céramite. Il plaça son respirateur sur son visage et enfila une robe rouge sombre dont la trame était mêlée de fils d’adamantium.

Dans l’étui en cuir précieux de sa ceinture il rangea un pistolet inferno (il l’avait troqué contre un Servitor de son cru avec des capacités très hors normes à un Centurio sur Mars : celui-ci avait été réalisé à partir d’une danseuse du monde-paradis de Manzipor qui avait trahi son maître et avait été livrée au Mechanicum. Les capacités de cette danseuse avaient été augmentées pour satisfaire les désirs inavouables de ce Centurio à la limite de l’hérésie). De l’autre côté, il plaça un découpeur-laser. Dans les cartouchières de hanche, il mit des cellules d’énergie. Il compléta par quelques grenades à plasma dans les emplacements magnétiques prévus sur sa lorica. Sa dernière touche fut de placer son augmentique renforcée à optiques multiples (il ne l’aimait pas beaucoup car cela déshumanisait son visage). Il se sentait maintenant prêt à affronter n’importe quel ennemi.


Tez-Lar de son côté avait revêtu son armure Void renforcée. Dans le dos, il avait son tromblon Phospho-Exterminator, une arme expérimentale inventée par le jeune Magos, capable d’envoyer des boules de phosphore chauffées à blanc qui rebondissaient sur les parois trois fois avant de se coller définitivement sur sa cible et de fondre même la toute dernière armure Mark VII... avec son occupant. Sur la poitrine il portait son Bolter d’assaut BC-510 (510ème concept de Belisarius Cawl), ses cartouchières de ceinture remplies de bolts et de recharges d’énergie. Il portait évidemment aussi son épée tronçonneuse qui frôlait le sol à chacun de ses pas lourdauds.


Belisarius s’avança vers la porte de sa chambre, Tez-Lar l’ouvrit. Sur le palier, sa garde rapprochée était déjà présente : le compilateur cybernétique TO-Dulus N-Diaye 9498 avec un Vorax et le Princeps Gaïus LaBath Ωσσ117, tous armés de leurs plus efficaces et terribles armes. Au passage, Cawl remarqua que le Princeps portait un pistolet Exitus qu’il avait vu pour la dernière fois à la ceinture du capitaine John Longhorn. À eux cinq ils auraient pu tenir une position pendant plusieurs jours : ils étaient l’élite de la crème du gratin des forces armées de Mars. La petite troupe prit le chemin du hangar principal d’un pas lourd mais presque guilleret. Les armes et munitions ajoutaient un joyeux cliquetis à chacun de leurs pas. On aurait presque dit une procession de jours de fête, n’eût été l’air martial de leur compagnie. Même le Vorax semblait gambader d’un air joyeux en dansant avec légèreté sur ses deux pattes.


À leur arrivée dans le hangar, un pilote skitarii les accueillit et les fit monter dans une barge déjà occupée par trois mitrailleurs skitarii chacun derrière son affût. La barge prit son envol à travers une déchirure de la coque. Cawl regarda l’épave d’Ekdikos dans la clarté relative du soleil mourant et ressentit une émotion troublante : pourquoi n’avait-il pas tout simplement abandonné cette vieille carcasse ? Il se tourna vers le pilote et, le renvoyant à l’arrière du véhicule, il prit les commandes. Assis aux commandes il planta ses mécadendrites dans les connexions et valida les coordonnées du site archéologique. La barge calcula la meilleure approche et s’enfonça dans la noirceur du vide spatial. Quelques minutes plus tard, ils atterrirent sur une grande plate-forme, au pied de la structure étrange.


« C’est bizarre, dit Gaïus, on dirait une espèce de tour de contrôle. Mais il n’y a aucune piste ni aucun astroport dans les environs. » Cawl nota cette réflexion en lui-même et s’étonna de la disposition des bâtiments aux alentours.

- Restez sur vos gardes, l’absence d’atmosphère n’est pas un problème pour nombre de créatures. Ce monde pourrait receler bien des pièges.

- Maître, mes auspex détectent des sources d’énergie en cours d’utilisation dans les environs, lança Tez-Lar par le vox.

- Raison de plus de nous garder sur la défensive. Envoie quelques nano-drones de reconnaissance qu’on voit un peu où on va. »


Un essaim de machines volantes aussi fines comme des moustiques s’échappa des flancs de Tez-Lar, et une image mouvante en trois dimensions se forma dans l’un des optiques de Cawl. De sa main il les guidait, toutefois l’essaim était capable de se diriger par lui-même si besoin. Chacun était équipé d’un dard dont une seule piqûre aurait mis un Grox à terre. L’essaim prit de l’altitude et commença à cartographier la structure en face d’eux : elle mesurait plus de mille trois cent quarante-quatre mètres du sol à la partie supérieure des antennes et mille cent quarante-deux mètres dans sa plus grande largeur.

Deux mots s’affichèrent lorsque les drones commencèrent l’interprétation de leur scan : ’Pont principal’. Les yeux de Cawl s’agrandirent : la passerelle d’un vaisseau ? Pourquoi avoir posé une passerelle en plein milieu d’une cité minière ?


C’est alors qu’il comprit l’étrangeté des structures qui l’entouraient. À aucun moment il n’avait pu imaginer ce qu’il voyait à présent : ce n’étaient pas des bâtiments mais le pont supérieur d’un vaisseau ! Par ses dimensions, sa forme générale, sa passerelle principale, devant laquelle il se tenait, il identifia ce navire à un Cuirassé de Classe Desolator.


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