Un monde de glace
Alors que les troupes de l'Alliance, commandées par le roi Varian et Muradin Barbe-de-Bronze, venaient de d'embarquer à bord du Brise-ciel pour l'assaut de la Citadelle, les troupes de la Horde elles, menées par Garrosh Hurlenfer et Varok Saurcroc comptant dans ses rangs Walkryro, Turakh et son raptor Éventreuse, attendaient impatiemment le Marteau d'Orgrim depuis le terrain du tournoi d'Argent.
Ce retard était tout simplement dû au récent échec de Sylvanas et de Jaina dans les Salles Gelées, les obligeant à les éloigner le plus possible de la Couronne de Glace, ainsi par la Forêt du Chant de Cristal pour y déposer la jeune archimage et sa petite escorte qui n'avaient rien à faire sur ce navire, obligeant ces derniers à rejoindre leurs compagnons d'armes par leur propres moyens.
Ce retard faisait particulièrement bouillonner de rage l'impétueux fils de Grommash qui voyait le Brise-ciel décoller alors que ses troupes sont toujours au sol et que le Marteau d'Orgrim venait tout juste d'apparaître au loin à l'horizon.
— À ce train-là, ils auront vaincu le Roi Liche avant qu'on ne puisse les rejoindre, pesta Garrosh. S'ils y arrivent, sans nous... Auquel cas des têtes vont tomber.
Quand le navire de combat de la Horde se posa finalement sur la piste d'atterrissage prévu à cet effet, Garrosh monta à bord en trombe à peine la rampe d'accès abaissé, suivi de près par Varok et ordonna au capitaine de relancer les moteurs sans lui laisser le temps de justifier son retard ni prêter attention à la présence de Sylvanas.
Walkyro et Turakh par contre eurent tôt fait de remarquer celle de Baorekh à bord aussitôt embarqué, jetant ainsi un froid sur le groupe.
— T'es encore là, toi ! lança le chasseur troll à son frère d'un ton acerbe tandis que le navire reprenait son envol. Je parie que t'es pour quelque chose dans ce retard...
— Hé, tu veux me lâcher un peu ? rétorqua le sorcier troll. Je t'ai dis que j'ai désolé pour ce qui s'est passé au Portail du Courroux et ce qui est arrivé au grand-père de Walkyro. Que j'ignorais quelles étaient les vrais intentions de Morpsev et des Réprouvés. Quant au retard du navire, blâme plutôt Sylvanas, c'était son idée à la base...
— Toujours à te chercher des excuses et à blâmer les autres, répondit Turakh sceptique. Et c'est moi l'irresponsable de la famille ?...
— ÇA SUFFIT, VOUS DEUX ! s'impatienta Walkyro.
Les deux frères trolls furent tous deux surpris du ton ferme et autoritaire que venait de prendre le jeune tauren, d'habitude plus conciliant et soumis.
— Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez, tous les deux ? reprit le tauren. De vous avoir l'un et l'autre pour famille ? Tandis que la seule famille qui me restait, je l'ai perdu il y a peu ? Que beaucoup sur ce navire ont déjà tout perdu à cause de la Légion Ardente, du Fléau ou je ne sais quoi ? Et que notre équipe est en train de battre de l'aile depuis que Morpsev nous a trahi et que Brotar a rejoint le Fléau ? Nous sommes dans le même bateau je vous rappelle et je ne parle juste de celui où nous sommes en ce moment !
— Votre ami a raison, intervint Varok. Il y plus urgent à régler et nous avons déjà suffisamment perdu comme ça. Alors il est temps de mettre vos différends de côtés si vous voulez une chance de sortir victorieux de cette croisade.
— Attendez une petite minute, Brotar a rejoint le Fléau ? demanda Baorekh incrédule.
— Hélas, oui, répondit le tauren. On l'a tous vu dans l'arène. En chevalier de la mort.
— Et il va payer pour sa trahison, c'est moi qui vous le dit ! s'empressa d'ajouter Garrosh toujours colérique.
Le petit groupe considéra les propose du fils Hurlenfer avec appréhension tant il n'avait pas l'air de mâcher ses mots.
— Ben en voilà un comble ! commenta le sorcier troll. Lui qui vénérait le fils de Grommash comme s'il était son sauveur, il va finir par le regretter.
*****
À bord du Brise-ciel, Baelbo, Ouladre, Harrina et Bartelo avait embarqué avec Varian et Muradin. Ils avaient également emmené Jakua, estimant que le Sabre-de-nuit serait le premier à vouloir secourir et retrouver sa maîtresse, bien que l'animal démontrait déjà un certain malaise en altitude. Cependant, ils n'eurent aucune nouvelle de Batël depuis le tournoi et commençaient déjà à redouter le pire.
Une chose était sûre néanmoins, ils allaient en finit avec le Roi Liche une bonne fois pour toutes. Et si celui-ci détenait Gahahli comme ils le craignaient, alors il était de leur devoir de la délivrer de ses griffes, ne fusse que pour se rattraper pour leur attitude à son égard.
Le navire fut tout juste à mi-chemin de la Citadelle qu'ils virent avec effroi une forme ailée et squelettique s'élever au dessus de la tour du Roi Liche avant de descendre en piquet, sur l'armée de la Croisade d'Argent postée devant les portes de la Citadelle, provoquant chez le Sabre-de-nuit un grognement méfiant.
Une lueur illumina le sommet de la Citadelle noire, indiquant le signal de Bathris ordonnant l'ordre d'attaquer mais ce fut trop tard. La créature ailée se redressa et gela une partie de l'armée de son souffle de glace dispersant le reste dans la terreur et le chaos, à la merci des morts-vivants qui en profitèrent pour lancer l'assaut.
— Sindragosa ! souffla Harrina en scrutant la créature ailée qu'elle reconnût entre milles. La Reine d'Azur et compagne de Malygos, autrefois. Désormais au service du Roi Liche... Encore une âme dont il profane la dépouille pour en faire un pion.
— Vous avez vu la taille de cette chose ? fit remarquer Baelbo décontenancé. Elle est dix fois plus imposante qu'Onyxia !
— Elle ne va faire qu'une bouchée de nous, c'est sûr ! commenta Bartelo défaitiste. On aura perdu la bataille avant qu'elle ne débute !
— Pas si on l'en empêche ! rétorqua Harrina qui, plus déterminée que jamais, sortit de sa bourse un appeau à griffon dans lequel elle souffla à plein poumon, tenant ainsi d'invoquer le griffon qu'elle avait loué à Dalaran pour se déplacer à travers le Norfendre.
— Je ne voudrais pas vous alarmer mais... elle est en train de nous foncer dessus ! tenta de prévenir Ouladre.
Voyant la menace approcher à grande vitesse, le roi Varian et Muradin ordonnèrent à leurs canonniers de faire feu sur la dragonne mort-vivante. Les tirs la frappèrent mais sans lui infliger de dommages, l'obligeant seulement à viver de bord d'un battement d'ailes.
— Ça ne suffira pas ! déplora la jeune magicienne. Elle est trop puissante ! On ne fera que gaspiller nos munitions contre elle !
— Vous avez une autre solution pour nous débarasser de cette chose ? l'interrogea Varian un brin impatient.
— J'y travaille ! lui répondit Harrina en soufflant de nouveau dans son appeau. Allez, faites qu'elle ait entendu !
— Elle revient à la charge ! alarma Muradin. Rechargez les canons, vite !
— Qu'elle se dépêche !...
Finalement, un majestueux griffon au plumage d'ébène s'éleva au dessus du Brise-ciel et atterrit sur son pont d'un gracieux battement d'aile.
— Le ciel soit loué, te voilà ! s'exclama la jeune magicienne soulagée qui s'empressa de monter sur cette magnifique monture. Allez, Baelbo, viens !
— Moi, venir ? demanda le gnome pris de court. Mais pour quoi faire ?
— Nous occuper de cette dragonne avant qu'elle ne nous décime, bien évidemment ! lui répondit Harrina. En unissant nos pouvoirs, on a une chance d'en venir à bout !
— Vous espérez vraiment battre cette chose là où nos canons peinent à égratigner ? l'interrogea Varian sceptique.
— Simple question de précision, lui répondit la magicienne. Pas le temps de vous expliquer. Allez, Baelbo, dépêche toi !
— Mais tu sais que j'ai le mal de l'air ! protesta le gnome qu'Ouladre, Bartelo et Muradin forçaient à monter sur le griffon et le placèrent devant la magicienne.
— Je te tiendrais, pas de soucis ! tenta de la rassurer Harrina. Vous autres, protégez le navire du mieux que vous pouvez !
Le draeneï et le paladin humain lui répondit d'un hochement de la tête.
— Assez perdu de temps ! déclara finalement la magicienne qui donna un coup de talon dans les flanc du griffon. Allons-y, Alonso !
Le griffon se jeta alors du Brise-ciel et s'envola en direction de Sindragosa en train de charger à nouveau sur le navire.
Alors qu'Harrina maintenait fermement les rênes et tirait de manière à courber sa trajectoire, Baelbo s'accrocha tant bien que mal à la selle de la monture et fit de sans mieux pour ne regarder ni en l'air ni en bas.
— C'est de la folie ! protesta à nouveau le gnome. On n'en viendra jamais à bout !
— Commençons déjà par détourner son attention, histoire de gagner du temps à nos compagnons, lui souffla la magicienne toujours aussi déterminée.
— Et comment tu comptes t'y prendre... ?
— Prépare plutôt une boule de feu. Quand je te le dirai, tu lui tire dans l'orbite.
Le gnome voulut protester de nouveau mais finit par s'exécuter, voyant qu'ils approchaient par le côté Sindragosa toujours concentrée sur le navire volant. Il libéra alors une une main et y chargea une boule de feu, attendant le signal d'Harrina. La dragonne ouvrait la gueule, préparant un nouveau souffle de glace qu'elle s'apprêtait à projeter sur le navire de guerre flottant de l'Alliance.
— J'espère que tu sais ce que tu fais, souffla-t-il la peur au ventre.
— MAINTENANT ! lui hurla Harrina.
Baelbo ne se le fit pas dire deux fois et tira sans réfléchir sa boule de feu sur ce qui servait d'yeux à la dragonne mort-vivante dans l'orbite supposément vide.
Le tir fit mouche, à en juger par le rugissement de douleur de Sindragosa et sa trajectoire déviée, avant même que le Brise-ciel n'ouvrit à nouveau le feu sur elle.
La dragonne finit alors son vol sur la montagne au centre de la Couronne de Glace, servant de refuge à un village de vrykuls alliés au Fléau, écrasant ainsi ledit village et les vrykuls de glace qui y résidaient.
Depuis le Brise-ciel, on pouvant entendre les acclamations des troupes de l'Alliance.
— C'est bon, on l'a eu ? demanda Baelbo qui n'osa regarder en arrière de peur d'être pris de vertige.
Harrina risqua alors un regard par dessus son épaule et vit la dragonne, visiblement furax, se relever et reprendre son envol, fonçant droit sur eux et ignorant le Brise-ciel.
— Mieux que ça, on a attiré son attention ! répondit alors la magicienne.
— Génial ! ironisa le gnome.
— Maintenant, il va falloir prendre de l'altitude ! ajouta Harrina en tirant drastiquement sur les rênes, redressant le griffon à 90°.
— De quoooooiiiiiiiii ???????!!!!!!!
Ils venaient de monter en piquet, droit vers les nuages noirs qui couvraient le ciel du Norfendre avec Sindragosa à leur trousse.
La dragonne leur lança un nouveau souffle de glace que le griffon esquiva avec une vrille avant de disparaître dans les nuages.
À bord du Brise-ciel, tout le monde y compris Varian et Muradin fut ébahi par les prouesses acrobatiques des deux mages qui, en éloignant la dragonne mort-vivante et l'attirant dans les nuages, venaient de leur gagner du temps, aussi bien aux troupes de l'Alliance qu'à celle de la Croisade d'Argent au sol et en mains avec le Fléau, ainsi qu'à la Horde dont le vaisseau tardait à venir. Tellement ébahi que personne ne prêta attention aux trois griffons et à leurs cavaliers qui cherchaient désespérément à atteindre le navire. Personne à l'exception de Jakua qui émit un ronronnement de satisfaction en reconnaissant un des trois cavaliers.
— C'est l'occasion ! ordonna Varian. Droit sur la Citadelle ! Braquez les canons sur la grande porte...
— Attendez, Varian ! intervint soudain Jaina qui descendit de son griffon à peine eut-il atterri sur le pont. Je dois vous informer à propos du Roi Liche...
— Dame Jaina ! s'exclama le roi du Hurlevent. Mais où diable étiez vous passée ?
— Pas le temps de vous expliquer, lui répondit la jeune archimage. Ce que j'ai à vous dire est capital...
— Vous savez comment vaincre le Roi Liche une bonne fois pour toute ? lui demanda Muradin.
— En effet, répondit Jaina. Mais ce ne sera pas sans risque. Que je vous explique...
Tandis que Jaina expliqua la situation à Varian et Muradin, Bartelo et Ouladre s'empressèrent de retrouver Batël qui venait à son tour d'atterrir sur le pont.
— Où est-ce que vous étiez, par les naarus ? lui demanda le draeneï.
— Qu'est ce qui vous a pris autant de temps ? interrogea également le jeune paladin
— Vous vous rappelez de la mission que je vous avais proposé mais que vous avez décliné pour ce stupide tournoi ? lui répondit le vieux nain. Et bien pour faire cour, c'est ce qui nous a causé un léger contretemps. Jaina a bien tenté de nous re-téléporter au campement pour qu'on vous rejoigne au plus vite mais vous aviez déjà tous embarqués à bord de cet engin de malheur. Et d'après l'archimage, ça aurait trop risqué de nous téléporter sur une cible mobile, comme quoi un mauvais calcul nous ferait atterrir dans le vide ou pire... Du coup, il a fallu qu'on trouve un maître des griffons et qu'il accepte de nous louer ses montures... Sans parler de la condition de Lili qui l'a rend visiblement plus sensible aux altitudes.
Bartelo et Ouladre eurent alors un choc quand ils remarquèrent la présence de Gahahli, venant tout juste d'atterrir à son tour et se tenant au bastingage du Brise-ciel, tenant de reprendre son souffle tandis que Jakua, plus qu'heureux de la retrouver, se frottait contre elle.
— L-L-Lili ? demanda Bartelo en balbutiant. C'est bien toi ?
— Qui veux tu que je sois d'autre ? lui rétorqua l'elfe de la nuit tandis qu'elle caressait en retour son fidèle Sabre-de-nuit.
— Mais... Comment avez vous échappé au Roi Liche ? demanda à son tour Ouladre interloqué.
— De justesse, répondit l'elfe de la nuit à qui le Sabre-de-nuit léchouillait le visage. Attendez, comment vous savez qu'on lui a échappé ?
— C'est vrai, j'en ai jamais fait mention, fit remarquer le nain.
— Mais durant le tournoi... Troustan a dit... Oui, il était là et il a dit... Il a dit que le Roi Liche t'avait faite prisonnière, balbutia le jeune paladin.
— Afin d'attirer l'elfe de sang dans son antre, ajoute le draeneï.
— De quoi ??? réagit Gahahli prise de court. Mais de quoi vous parlez ? Qu'est-ce qui se passe par Élune ?
*****
Au dessus de la Couronne de Glace, Sindragosa chercha du regard le duo de mages chevauchant le griffons dont elle avait perdu la trace dans les nuages.
Harrina avait décidément bien choisi son griffon au plumage d'ébène pour se fondre dans les nuages noirs du Norfendre.
Avec Baelbo qui tremblait autant de peur que de froid à une telle altitude, elle survolait la dragonne avec assez de distance pour ne pas être remarquée, attendant le bon moment pour frapper. Moment qui ne saurait tarder.
— Tiens toi prêt ! chuchota-t-elle au gnome avec non moins de détermination.
— J-j-je f-f-fer-r-rais d-de m-m-mon m-mieux, lui répondit Baelbo claquant des dents.
Alors que la dragonne leur tournait le dos, la magicienne tira à nouveau les rênes et donna un coup de talon dans les flancs de sa monture, ordonnant ainsi au griffon de foncer sur Sindragosa, tandis que Baelbo, reprenant son courage à deux mains, fit apparaître ne boule de feu dans chacune de ses mains, prêt à tirer.
— Au moins, l'avantage, c'est que ça réchauffe les mains, commenta le gnome.
Puis, sans lui laisser à la dragonne mort-vivante de remarquer leur présence, il lui tira à la base des ailes déjà en lambeaux, généralement une zone sensible chez les dragons mêmes vivants et aux ailes intactes.
Sindragosa réagit dans une rugissement de douleur et de colère mais eut à peine le temps de se retourner qu'Harrina tira de nouveau sur les rênes pour effectuer une vrille pour esquiver la dragonne avant de revenir à la charge, laissant à son co-pilote le soin de tirer de nouvelles boules de feu dans les ailes de leur adversaire. Ils répétèrent l'opération une dizaine de fois, le but étant de destabiliser la dragonne en lui fragilisant les ailes.
Excédée, la dragonne finit par lâcher son souffle de glace à l'aveugle, aspergeant le ciel de givre, manquant de peu de geler le duo de mages et leur griffons.
— Je crois qu'on l'a assez énervé, commenta Baelbo qui commençait à perdre contenance.
— Courage ! le rassura Harrina. Il est temps de lui infliger le coup de grâce.
— Le coup de grâce ?
La magicienne ne prit pas le temps de s'expliquer qu'elle fit signe à son griffon de descendre en piqué.
Sindragosa les remarqua et se relança à leur poursuite, descendant à son tour en piqué.
Une descente vertigineuse pour le gnome qui se voyait s'approchait dangereusement du sol glacé de la Couronne de Glace, plus précisément la Vallée des Héros Déchus, entre les portails de la Désolation et de l'Horreur, où des masses de mort-vivants et de nécromanciens se réunissait pour prendre la Croisade d'Argent en tenaille.
— Prends les rênes ! ordonna soudain Harrina. Quand je te dirais, tu redresses !
— Pourquoi pas maintenant ? demanda Baelbo pas très rassuré.
— Uniquement quand je te le dirais, rétorqua la magicienne qui se retourna et fit face à Sindragosa.
Cette dernière ouvrit lentement la gueule, préparant un nouveau souffle de glace supposé achever le duo de mages.
Tenant fermement les rênes, Baelbo fixa avec beaucoup d'appréhension le sol vers lequel ils s'approchaient dangereusement, attendant impatiemment que sa co-pilote lui donnât l'ordre de redresser.
— Ce tir est pour toi, Fyrvas, souffla Harrina quand elle lança un trait de givre dans la gueule de la dragonne avant qu'elle n'eût le temps de cracher son souffle.
Ceci eut pour effet de provoquer une explosion de givre dans la gueule de la dragonne et se répandit jusqu'à son thorax, brisant ainsi une partie de ses os fragilisés et gelant le reste. Sindragosa perdit alors sa mâchoire supérieure, une partie de son crâne et de sa cage thoracique, la colonne vertébrale ainsi que les articulations de ses ailes et de ses membres antérieurs engourdies. Et elle était dès lors en trop mauvais état pour voler convenablement et surtout pour effectuer un virage serré.
— REDRESSE ! ordonna finalement Harrina. MAINTENANT !
Baelbo ne se le fit pas dire deux fois et tira de toutes ses forces sur les rênes, redressant à temps le griffon qui frôla les légions mort-vivantes au sol et remonta de nouveau en pente raide, laissant ainsi Sindragosa s'écraser et écrasant par la même occasion tout un contingent de mort-vivants dans une explosion d'os et de givre.
Sindragosa n'était plus.
Harrina remarqua par ailleurs qu'au moment de s'écraser, la dragonne n'avait pas tenté de se redresser ou même de freiner sa chute en se servant de ses ailes comme d'aérofrein. Elle avait plutôt l'air résignée dans ses derniers instants, comme si elle avait d'ores et déjà compris qu'il était vain pour d'essayer de se tirer d'un tel mauvais pas, que ses ailes étaient en train mauvais état pour la sauver... ou bien comme si c'était l'occasion pour elle de se "libérer".
— On l'a eue ! s'écria Baelbo au bord de l'excitation. Ah putain, on l'a eue ! J'arrive pas à le croire qu'on l'a eue ! Je crois que je vais vomir !
— Oui, on l'a eue ! confirma Harrina soudain prise de pitié pour leur adversaire dont elle observait la dépouille depuis le ciel. Et je pense qu'on vient de lui rendre un grand service ! Plus jamais elle ne servira le Roi Liche !
— Et ben, tu la pleureras plus tard ! rétorqua le gnome qui ne pouvait plus contenir son excitation. Parce qu'il temps de lui botter les fesses à ce salaud !