An 6 après l'ouverture de la Porte des Ténèbres.
La Deuxième Guerre fait rage sur Azeroth. Les Nations humaines se défendent contre la menace orque qui gagne peu à peu en territoire. Hurlevent est tombée, et la Horde des orcs poursuit son ascension en terres humaines.
Après la conquête partielle de Khaz Modan, les orcs se sont alliés aux trolls Amani et ont remonté le continent jusqu'à Quel'Thalas, la terre des elfes.
Menée par le Chef de guerre orc Orgrim Marteau-du-destin, la Horde ambitionne à présent le centre du pouvoir de l'humanité : le royaume de Lordaeron.
Orgrim Marteau-du-destin réfléchissait. Suite à l'attaque de la Horde contre le royaume elfe Quel'thalas, dont la résistance magique des défenses avait été déterminante, Orgrim dût déclarer forfait et abandonner ses positions, en laissant derrière eux les tribus trolles. Après tout, son but principal restait la prise de Lordaeron, et l'anéantissement des armées de l'Alliance. Il leur fallait donc gagner le sud au plus vite.
À l'abri sous sa tente de Chef de guerre, il observait avec grand intérêt l'une des cartes retraçant les contrées et territoires du continent. Affublé de sa célèbre armure de guerre noire, l'orc entreprit de s'asseoir sur le tonneau déposé près de la table des cartes. La prochaine destination, les montagnes d'Alterac, posait problème. Non pas que le nombre de soldats y était important, mais c'était bien le relief montagneux et ses routes impraticables qui pourraient ralentir la Horde dans sa course. D'autant que cela induirait de lourdes pertes du côté des orcs. C'est en tout cas ce que ses éclaireurs avaient rapporté.
C'est alors que son bras droit, Varok Saurcroc, entra dans sa tente.
Saurcroc tendit le minuscule parchemin à Orgrim, qu'il déroula de ses énormes doigts. La missive était écrite en langue commune, et contenait ce message :
Au Chef de guerre de la Horde, le Roi Aiden Perenolde adresse ses salutations.
Afin d'éviter une confrontation dont l'issue serait autant de pertes inutiles pour la Horde
que pour Alterac, je vous propose une rencontre au flanc de la montagne, au crépuscule.
Je serai seul et désarmé.
Un consensus vous sera proposé.
Orgrim dût lire la missive plusieurs fois afin de s'assurer du contenu. Car, outre la possibilité d'un piège, si le message était sincère, il avait alors à faire à un lâche de la pire espèce. Et les lâches n'étaient ni fiables ni honorables. Orgrim choisit néanmoins d'honorer le rendez-vous.
Orgrim observa son second, aussi jeune que lui et particulièrement massif, ossature typique des orcs Rochenoires, dont lui-même pouvait se vanter d'être le plus imposant de tous. Il se releva, et entreprit d'envisager plusieurs scénarios pour éviter d'être pris au dépourvu si toutefois le roi humain se révélait fourbe.
Orgrim se lança alors dans le col, dominé par un rempart fortifié de pierres lourdes en pic de montagne. Après plusieurs dizaines de pas, il vit une silhouette encapuchonnée sortir de l'ombre. La personne n'était guère plus large que l'orc le plus chétif, et ne semblait pas représenter une grande menace. La silhouette s'avança d'un pas maladroit, et releva sa capuche afin de se faire connaître.
L'orc releva la tête, intrigué.
Le Roi arbora un air mystérieux, mais devant le visage dubitatif de l'orc, il tomba le masque et poursuivit :
Orgrim décroisa les bras et inspecta l'humain. Vêtu d'un long manteau richement orné de fils dorés brodés, assorti à sa capuche reliée et aux ornements présents sur ses bottes, ce roi prenait de toute évidence soin de ses apparats. Toujours méfiant à son égard, Orgrim continua :
Le roi Perenolde parut hésiter. Il était vrai que rien ne lui garantissait sa loyauté. Orgrim savait cependant que la lâcheté provenait de la peur, et que la peur pouvait paralyser. Ce qu'il ignorait, c'était à quel point cet humain le craignait. Orgrim insista :
Orgrim parut déconcerté. Il pensait connaître ce mot mais n'en connaissait pas le sens. Devant cet air arrêté, Perenolde poursuivit :
L'orc comprit alors.
Devant la grimace de l'orc, le roi se hâta de s'expliquer :
Quelque peu décontenancé, Perenolde reprit :
Orgrim écarquillait les yeux. Cet humain, roi de son royaume, garant de sa sécurité, était sur le point de vendre une de ses filles, de la sacrifier, au chef des orcs, une race guerrière qui attaque les royaumes humains. Jusqu'à quel point pouvait-il lui faire confiance ? Ce marché l'intrigua.
Le roi humain ajouta :
Orgrim s'enquit alors :
Le Chef de guerre réfléchit. Le temps pressait, et il fallait prendre une décision rapide. Lordaeron se dressait derrière ces montagnes et la Horde devait reprendre la route rapidement. L'idée d'un chemin plus court était fort intéressante, bien plus que de prendre une compagne, chose dont il n'avait de toute façon pas le temps de s'occuper. De plus, les orcs ne prenaient pas femme en dehors de leur clan. Cependant, l'idée d'une descendance...
Perenolde parut soulagé, malgré la nature sauvage et dangereuse de son interlocuteur, qu'il savait capable de le décapiter en une fraction de seconde.
Devant le visage élargit de l'orc par un rictus sinistre, le roi d'Alterac réprima un hoquet.
Quel personnage pitoyable, pensa Orgrim. Pourvu que ses filles, tout du moins l'une d'elle, fasse l'affaire, bien qu'il n'en fût pas du tout convaincu. Mais il ne perdait rien à suivre ce roi lamentable jusque dans son château, ne serait-ce que pour observer sa garde et son arsenal de combat.