La voix de l'ombre - Livre I : Les murmures du passé

Chapitre 8 : Honneur et trahison

Par petiflocon2neige

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Chapitre 8 : Honneur et trahison.



Tout indiquait la victoire. Depuis la veille, les orcs ne cessaient de marteler la porte de Lordaeron au moyen de troncs d'arbres transformés en béliers, et celle-ci montrait enfin les premiers signes de faiblesse.

Tandis qu'elle cédait peu à peu, d'autres guerriers escaladaient les murs sud, est et ouest du château à l'aide de grappins. Et, bien que les humains y déversaient une huile bouillante qui fit de gros dégâts, d'autres guerriers orcs apparaissaient et prenaient le relais.


Tout se passait comme prévu, se dit Marteau-du-destin, et, avec un peu de chance, les orcs allaient festoyer au cœur de la ville au coucher du soleil.

C'est alors qu'un dragon rouge survola le siège. Le clan Gueule-de-dragon, enfin, crièrent plusieurs guerriers. Il ne manquait plus qu'une attaque aérienne pour achever ces satanés humains qui résistaient farouchement.


Un seul dragon, cependant, et non le clan entier. Le dragon en question se posa près du camp de commandement. Le cavalier-dragon qui le chevauchait bondit précipitamment de sa monture et demanda :



Se hâtant de le rejoindre, l'un des grunts lui indiqua la tente du chef. Sans préavis, il entra sous la tente et surprit Orgrim qui se redressa brusquement. Il le reconnu : il s'agissait de Torgus, un guerrier très proche de Zuluheb, son chef de clan, qui avait tout son respect.



Torgus répondit, dégoûté :


Quelle horreur. Et tout cela était entièrement sa faute. Pourquoi avait-il laissé le démoniste sans plus de surveillance ? Il était écœuré, et en colère contre lui-même.


Un autre orc entra précipitamment sous la tente.


Haletant, Shakhol poursuivit :


Comment la situation avait-elle pu se dégrader à ce point aussi vite, alors que la porte de la capitale était sur le point de céder ? Abattu, Marteau-du-destin s'affaissa légèrement.


Non. Orgrim en doutait sérieusement. Le roi humain devait craindre davantage la Horde que ceux de sa race. Les autres royaumes humains devaient avoir eu vent de leur position prolongée à la base de la montagne. Il savait que c'était un risque de patienter, mais il avait dû attendre l'arrivée des renforts pour garantir leur victoire. Hélas, il avait attendu pour rien, et la Horde allait en payer le prix.


Orgrim se reprit :


Les deux orcs s’exécutèrent et quittèrent la tente.


Rend et Maim Main-noire pénétrèrent sous la tente. Inquiets en voyant leur chef serrer les poings compulsivement, ils attendirent.


Les frères orcs se dévisagèrent, l'air hagard. Orgrim poursuivit :


Orgrim s'approcha dangereusement de l'orc et le couvrit de son ombre.


Sur ces ordres, les deux frères filèrent et hurlèrent des ordres aux membres de leur clan.


À présent seul, Orgrim prit quelques minutes pour réfléchir. En fait, il avait instinctivement choisi de sauver l'honneur de la Horde plutôt que la victoire. Il savait que beaucoup ne comprendraient pas ses décisions, comme l'avaient démontré les frères Main-noire à l'instant. Mais il était persuadé qu'avec le temps, les siens finiraient par respecter son choix. Dans tous les cas, cette trahison ne restera pas impunie.

Il se retrouvait à présent avec moins de la moitié de ses forces, et, considérant que le reste des troupes qui traversait les montagnes avaient été tué, il était contraint de battre en retraite.

Il devait donc donner ses ordres de repli, et envoyer un messager quérir le reste des troupes restées en arrière au campement.



Effaré, Orgrim sentit son sang lui monter à la tête. La troupe encore au camp comportait des enfants, des blessés, … Keera !


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En pleine écriture de son journal, sous la tente du chef, Keera réfléchissait. Perdue dans ses pensées, elle repensait au siège de la capitale, et se demanda si son époux reviendrait vivant. C'est alors qu'elle entendit des bruits inhabituels agiter le campement. Elle reposa son journal et sortit de la tente.

Plusieurs orcs couraient vers elle pour la prévenir :



Keera regarda alors vers les cols et comprit : un tabard rouge, surmonté d'un oiseau blanc : l'armée de Stromgarde ! Ils avaient dû apprendre que des orcs traversaient les montagnes et avaient interrompu le flux. Ils allaient rapidement déborder le col et arriver sur eux.

Keera regarda autour d'elle : des enfants, des blessés de guerre, des femelles allaitant leur bébé. Elle ne pouvait se résigner à les laisser se faire massacrer. Car, c'est ce qu'il se passerait si le roi Thoras Trollemort et ses soldats les atteignaient.


Keera avait rencontré le roi de Stromgarde plusieurs fois au cours des années passées. Et, bien que très hostile à l'égard de son père adoptif (elle ne pouvait l'en blâmer), il s'était montré plutôt intrigué par la jeune princesse aux allures d'elfe. De plus, ses compétences martiales avaient forcé son respect, tout comme son sens de l'honneur qu'elle semblait partager avec Hath. Mais Trollemort aussi avait de l'honneur. Et s'il avait appris ce que son père adoptif avait fait, étant le royaume limitrophe, nul doute qu'il était intervenu.


Elle attrapa un orc par le bras qui se tenait près de la tente et ordonna :


Acquiesçant sans broncher, l'orc partit dans le sens opposé. Keera avait choisi des mots simples pour être sûre de se faire comprendre. Elle saisit ensuite une jeune orque par l'épaule et lui demanda de l'aider à réunir le reste des enfants à l'entrée du camp.

Très vite, la troupe attendait près des quelques loups qui restaient, et les enfants avaient été déposés dans une sorte de charrette employée à charger du minerai. Ils tenaient fermement leurs branches en bois, comme pour se défendre en cas d'attaque.


Un orc trapu aux longues tresses blanches tenait les rênes de Tempête, le cheval de la princesse, qu'elle attrapa en hochant la tête pour remercier l'orc.

Les loups géants l'observaient. Les orcs avaient remarqué qu'aucun d'eux ne montrait jamais les crocs à la princesse, se laissant même approcher.

Jetant un dernier coup d’œil en arrière, puis en direction des cols, d'où les humains émergeaient,

Keera ordonna :



Tous la suivirent alors à grand galop.


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De retour au campement de guerre, Torgus informa Marteau-du-destin du mouvement des troupes humaines qui descendaient les montagnes en direction de la capitale.


Orgrim aperçut le messager envoyé au camp pour ramener la troupe restée en arrière qui revenait. Il comprit lorsqu'il distingua au loin un groupe d'orcs chevauchant des loups et conduisant une sorte de carriole. Le groupe dévalait la clairière à vive allure. Il ne pouvait cependant percevoir plus de détails à cette distance.



Orgrim plissa alors les yeux et vit : le groupe était bel et bien mené par la princesse qui galopait vivement vers eux.

Rasséréné par cette preuve de loyauté, en tout cas il l'espérait, le chef orc attrapa le harnais de sa monture et la chevaucha. Ses guerriers aussi se préparèrent au départ.


Le groupe que Keera menait arrivait à leur hauteur. Orgrim talonna son loup pour rejoindre la princesse qui haletait, et vérifiait si la charrette d'enfants était bien arrivée. Une fois à son niveau, l'orc dit :



Keera lui lança un regard désabusé. Puis, comprenant combien cela nécessitait une explication, elle répondit :


Cette femelle lui rappelait malgré elle son ami d'enfance. Il se souvint alors de Durotan, enragé après avoir vu Gul'dan sacrifier un enfant draeneï pour ouvrir le portail vers Azeroth. Il la regarda alors avec tendresse.



Il éperonna son loup qui prit de l'élan, et trotta en direction du sud.


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Plus haut, vers la montagne, le roi Trollemort et ses soldats atteignirent le campement orc déserté. Ils fouillèrent chaque tente à la recherche d'orcs cachés, voire d'une preuve de la traîtrise de Perenolde. Plus tôt, en effet, le roi de Stromgarde s'était entretenu avec le général Hath qu'il croisa sur l'un des cols qu'il reprenait aux orcs. Très vite, Hath avait accepté de parler et mit en cause son maître, dont la couardise n'était plus à prouver. Cependant, il était loin d'imaginer que Perenolde en était venu à vendre une de ses filles au chef des orcs. Quelle honte, pensa-t-il. Tomber aussi bas dans la vilenie était indigne du pire monstre, même du roi d'Alterac.






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