La Horde avançait à allure soutenue. Une partie des forces de l'Alliance les talonnait, mais à bonne distance, et ils atteindraient Khaz Modan avec assez d'avance pour pouvoir prendre du repos.
En chemin, les orcs dressèrent le campement à Dun Morog, encore sous domination orque.
Suite à leur retraite, Orgrim n'eut pas le temps d'évaluer les pertes de soldats sur place. Il avait donc chargé son bras droit de s'informer auprès des clans du nombre de morts.
Keera parcourait le campement à la recherche de Tula. Ses enfants étaient sauvés, mais elle ne la vit pas durant la chevauchée. Elle n'avait pas non plus aperçu le jeune Mannar. Peut-être se trouvaient-ils avec les blessés.
Elle chercha la tente qui leur été réservée, puis interrogea l'un des soigneurs :
La princesse hocha la tête et entra sous la tente, rassurée. En effet, son amie était allongée sur une paillasse, l'air maussade et un œil bandé. Keera s'approcha d'elle, et s'agenouilla.
Tula eu un léger sourire.
Elle poursuivit :
C'est alors que Tula lui tendit une sorte de corde fine ornée de dents. Des crocs. Le collier de Mannar.
Keera tendit une main tremblante, et prit le collier ensanglanté. Elle le fixait en silence, les yeux écarquillés.
Devant sa mine bouleversée, Tula attrapa l'autre main de la princesse.
Keera ne dit rien. Les yeux toujours rivés sur le collier, elle écoutait son récit :
De l'huile bouillante. Une stratégie de siège classique.
Ne pouvant en entendre davantage, Keera se leva, et demanda :
Tula la regarda s'éloigner.
Orgrim parcourait la carte de la région sur un tonneau de bois, sous sa tente. Il décida du chemin à prendre à l'aube, lorsque tous auront pris un peu de repos.
Soudain, Keera entra sous la tente, silencieusement. Orgrim jeta un œil dans sa direction. Elle semblait tenir quelque chose dans sa main droite. Intrigué par son silence, Orgrim vérifia :
Keera ne se retourna pas. Après quelques secondes de silence, elle dit :
Elle tendit le bras droit dans sa direction. Un collier d'os pendant au bout de sa main.
Orgrim eut peur de comprendre. Il se redressa, et marcha vers elle.
Ravalant un sanglot, Keera continua :
Elle cracha littéralement ses derniers mots et se retourna, des larmes coulant le long de son visage ovale.
Elle lui faisait face, attrapa son plastron de cuir, et l'invectiva autant qu'elle le put.
Autant qu'elle en avait besoin, se dit Orgrim qui soutenait son regard malgré le déchirement. Il la laissa se défouler, puis saisit ses bras pour la soutenir. Elle laissa tomber sa tête contre le torse de l'orc, fatiguée, abattue, meurtrie.
Ne pouvant se résoudre à la réprimander, car elle avait raison, Orgrim l'enlaça de ses larges bras, instinctivement. Ils restèrent comme cela un moment, silencieux, comme pour honorer la mort du jeune orc qui s'était sacrifié pour la conquête du monde. Pour son peuple.
Après un long moment, Orgrim passa sa main dans les cheveux de la princesse. De son autre main, il essuya ses larmes d'un doigt et déposa un baiser sur son front. Keera renifla, et leva la tête, ce qui surpris l'orc, car elle semblait vouloir atteindre ses lèvres. Elle le regarda droit dans les yeux de son regard doré empli de larmes. Touché en plein cœur, Orgrim pressa spontanément ses lèvres contre les siennes. Une pratique peu répandues chez les orcs, qui préféraient généralement les étreintes plus brusques que tendres.
Ce long baiser s'acheva lorsque l'orc étreignit la jeune femme. Dans ses bras, elle se sentait étrangement apaisée. Elle écoutait battre son cœur, et y enfouit son visage. Orgrim pensa alors qu'elle en avait besoin, et trouva ce moment attendrissant.
À des lieux de s'imaginer en sécurité avec un orc, Keera sentit son cœur battre si fort qu'elle crut qu'il allait percer sa poitrine et en sortir.
Doucement, Orgrim ôta sa cotte,ainsi que son gilet de cuir, tout en caressant ses bras. Il la regarda ensuite retirer son plastron, et toucher son torse musclé qu'elle examinait. Elle le dévisagea, et entoura son cou de ses mains pour l'embrasser de nouveau. Il la souleva ensuite pour la transporter jusqu'à leur couche.
Les mains légèrement tremblotantes, Orgrim parcourut le corps de la jeune femme, en l’effleurant d'abord, puis avec plus de fougue. Il laissa ses lèvres s'attarder sur sa poitrine, si douce, qu'il entoura ensuite de ses mains. Ce geste accrut son désir pour elle, et il commença à soupirer d'excitation.
Il ôta donc le pantalon de la jeune femme, et, dans un accord tacite, il écarta ses hanches et s'introduisit. Se mouvant d'abord lentement, Orgrim vérifia que sa compagne tolérait les va-et-vient, et accéléra.
Il était de coutume pour les orcs de procéder autrement, à la manière des loups et sans face à face. Mais Orgrim se laissa plus ou moins guider, et préféra même se trouver proche du visage de sa compagne, qu'il pouvait embrasser tout en attrapant ses hanches.
À mesure des ébats, Keera soupirait et agrippait son partenaire comme pour se retenir. Et une fois en phase, ils harmonisèrent leur respiration et s'embrassèrent langoureusement. Enivré par ce bien-être jusqu'alors inconnu, Orgrim se laissa aller, et tout deux fusionnèrent tel un seul être.
Pendant un moment, ils avaient tout oublié. Le monde qu'ils avaient créé dans le mépris et l'amertume était la preuve que quelle que soit l'ampleur de l'obscurité, la lumière toujours jaillit d'une façon ou d'une autre.
Au petit matin, la Horde reprenait la route. Le camp était levé.
Les blessés montaient malgré tout sur leurs loups et s'harnachaient correctement afin de ne pas tomber de monture. Chacun se préparait au départ.
Keera poussa un cri étouffé lorsqu'elle se mit en selle. Elle ne s'était pas attendue à souffrir au niveau de l'entre-jambe. Bien que consciente de la différence physique entre un humain et un orc, elle venait de réaliser que la différence devait aussi avoir lieu à cet endroit précis du corps. Il était vrai que tous deux avaient renouvelé l'expérience plusieurs fois durant la nuit, mais elle devait bien admettre n'avoir jamais remarqué une orque monter en selle en grimaçant.
Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas remarqué que Tula s'était approchée d'elle pour ... la renifler.
Keera rectifia :
Tula se baissa alors et se mit à renifler le bas-ventre de la princesse qui se mit à rougir.
Puis elle s'éloigna de la princesse.
Encore renfrognée par l'attitude de son amie, Keera n'avait pas remarqué qu'Orgrim l'avait rejoint, lui aussi à dos de monture.
Elle lui lança un regard boudeur. Orgrim haussa les sourcils, se demandant encore ce qu'il avait bien pu faire pour la contrarier.
Après qu'elle eût tourné son nez, il remarqua le collier du jeune Mannar enroulé autour de son poignet.
Dun Morog présentait un paysage aussi enneigé qu'Alterac. Naturellement accidentée, l'immense vallée recouverte de neige dévoilait une flore étrangement luxuriante dont les nombreux pics montagneux formaient une défense naturelle.
Après des semaines de chevauchée, la Horde atteignit la base orque tenue par le clan de l'Orbite-sanglante et mené par Kilrogg Oeil-Mort.
Le chef de clan avait été averti de leur arrivée par un éclaireur. Il avait donc donné des ordres pour les préparatifs, de façon à ce que des vivres stockées soient amenées, et des tentes supplémentaires dressées, vu le nombre d'orcs qui arrivait.
La Horde arriva bientôt, précédée par son Chef de guerre, reconnaissable à sa célèbre armure de guerre noire.
Kilrogg s'avança alors, et étreignit Marteau-du-destin quand il fut descendu de sa monture, ce qui le surpris, car Kilrogg avait prêté allégeance à Main-noire, et Orgrim le croyait totalement loyal envers l'ancien Chef de guerre. Cependant, il se souvint que c'était par l'accolade que chaque chef de clan se saluait.
Orgrim nota que Kilrogg ne l'appelait pas par son titre. Loin de représenter un manque de respect, il considéra que cela annonçait des échanges de chef de clan à chef de clan.
Orgrim continua :
Le Chef de guerre s'avança vers une silhouette encapuchonnée qui descendait de cheval. Kilrogg s'aperçut qu'elle était très petite comparé à l'orc, et tellement fine qu'une bourrasque aurait pu l'emporter. Il devait s'agir de la femelle dont il avait hérité pour compagne.
Orgrim la fixa, médusé. Il ne s'était pas attendu à une telle présentation. Kilrogg s'aperçut de sa surprise, et s'en amusa :
Kilrogg se tourna vers Marteau-du-destin qui semblait fier de sa compagne.
Il reprit :
Puis, Orgrim ajouta :
Tandis que la Horde prenait ses quartiers, Kilrogg emmena Orgrim sous sa tente. Pressé de connaître les détails des événements, le Chef de guerre questionna Kilrogg sans détour :
Orgrim parut dubitatif. Les nains étaient en effet de farouches combattants, mais face à un clan tel que l'Orbite-sanglante, ils auraient dû plier à l'usure.
Il fut abattu de voir le visage du Chef de guerre se fermer, mais Orgrim devait avoir une vision pragmatique afin de conduire la Horde au mieux. Lui mentir, ou pire, lui donner de faux espoirs ne résoudrait rien. Et Orgrim était capable de supporter la vérité.
Kilrogg venait de lui ôter un poids considérable. Il n'aurait jamais cru que ce vétéran, bien plus âgé et connu pour son impulsivité, puisse faire la preuve d'une telle sagesse.
Orgrim se sentait si reconnaissant. Il avait cru que le vieil orc était davantage attaché au Chef de guerre Main-noire qu'à la Horde. Il s'était admirablement trompé.
Assise dans un coin de la tente, elle admirait le marteau-du-destin posé sur le sol. Des lanières de cuir entouraient la tête noire du marteau sur laquelle elles étaient cloutées. Une lame bien aiguisée sortait de la tête, et semblait avoir été nettoyée. Un motif avait été gravé, une sorte de rocher surplombé d'un cercle. Elle ignorait quand et avec quel minerai il avait été forgé, mais il semblait avoir traversé les âges et être à la fois sorti de la forge la veille. Le manche, en revanche, avait dû être changé, car il était fait de bois, et avec l'usage et l'usure, il avait dû être abîmé.
En y regardant de plus près, Keera réalisa combien il était énorme. Les orcs Rochenoire étaient plus grands et imposants que les autres, elle s'en était rendu compte. Mais elle n'imaginait pas que l'on puisse le brandir bien haut.
Orgrim avait parlé haut et fort, et avec solennité. Entrant sous la tente, il s'agenouilla devant le marteau, et invita Keera à s'en approcher.
À présent curieuse, la princesse fixa son compagnon, et attendit la suite.
Intriguée, car elle n'avait jamais vu un tel marteau, Keera demanda :
Stupéfaite, Keera écarquillait les yeux. Orgrim la regarda, un sourire aux lèvres. Puis, il poursuivit :
La princesse était loin de s'imaginer que le peuple orc pouvait détenir des prophéties. Elle avait entendu dire qu'avant, ils constituaient un peuple spirituel lié aux éléments sauvages que leurs chamanes domptaient. Mais il est vrai qu'elle connaissait mal leur histoire.
Prenant une grande inspiration, Keera grimaça, puis sourit :
Sous le choc, Orgrim resta quelques secondes à la fixer, la gueule ouverte.
Il finit par bredouiller :
Keera prit appui sur son autre bras et bascula son poids du corps de l'autre côté. L'air pincé, elle dit :
Devant le visage toujours éberlué de son époux, elle expliqua :
La gorge nouée, Orgrim saisit sa femelle par le bras, et l'enlaça tendrement. Puis, il posa une main sur le ventre à l'intérieur duquel grandissait leur enfant.
Il se souvint de ce que Main-noire disait de son ami Durotan. À ses yeux, le chef du clan Loup-de-givre, qui manifestait un amour débordant pour sa femelle, faisait preuve de faiblesse. En effet, trop affectueux avec sa compagne, Durotan passait pour un orc sensible. Orgrim n'était pas tout à fait d'accord, ni tout à fait en désaccord. Selon lui, qui connaissait bien son ami, Durotan était un orc authentique, qui assumait pleinement ses émotions. De plus, lui-même n'ayant jamais connu de femelle orque qui trouvât grâce à ses yeux, il ne pouvait réellement comprendre ce que son ami ressentait pour sa compagne.
À présent, il savait ce que son ami avait dû ressentir.