Les Steppes Ardentes étaient en vue. À mesure que la Horde approchait du Mont Rochenoire, la pierre s'assombrissait alentour, et l'air devenait étouffant. De la lave coulait le long des falaises qui bordaient le territoire.
Peu à peu, le Pic Rochenoire et ses fumées constituées de gaz et de cendres qui s'élevaient vers le ciel se dessinaient au loin.
Il fallut à la Horde plusieurs jours pour y parvenir depuis les terres gelées des nains, bien que les routes furent faciles à suivre.
L'ambiance était sinistre, et la faune presque inexistante. Seuls quelques scorpides s'aventuraient près des routes, et des crabes de lave jonchaient le sol sec et magmatique.
La troupe de guerre arriva au camp, et Orgrim fut heureux de voir qu'une bâtisse plus grande avait été édifiée au centre du camp. Les orcs Rochenoires qui y étaient resté stationnés avaient organisé des parcours d'entraînement sur le terrain, et l'atmosphère martiale qui y régnait donnait du courage aux troupes.
Les orcs du clan Rochenoire, en particulier, se sentaient comme chez eux. Ce panorama, ces pierres noires, ainsi que cette chaleur étouffante rappelaient leur terre natale, ainsi que leur quartier général, la Fonderie des Rochenoires.
Devant l'air désapprobateur de la princesse, il ajouta :
La jeune femme l'observait attentivement. Elle savait qu'il ne croyait plus en leur victoire depuis qu'il s'était entretenu avec le chef du clan de l'Orbite-sanglante. Il avait espéré pouvoir compter sur leur nombre pour affronter l'Alliance et gagner. Mais il ne montrait aucun signe de peur, ni même d'appréhension. Étant le chef, il se devait de faire bonne figure en public, mais même quand ils étaient seuls, Orgrim ne montrait rien. Après tout, il était fin stratège, peut-être avait-il un plan en tête.
Une fois la Horde bien arrivée devant le Pic Rochenoire, Orgrim donna des ordres pour que tous investissent la base du Pic et prennent possession des lieux. En effet, il avait été conclu avec les nains Sombrefer après la chute de Hurlevent que la Horde pouvait utiliser le Pic comme quartier général, et cela tant qu'aucun orc ne s'aventurait dans les profondeurs de Rochenoire.
À l'intérieur, de longs couloirs de pierre ancienne encerclaient une sorte de terre-plein central suspendu tenu par des chaînes. Chaque couloir menait à des quartiers où l'on pouvait se retrancher et observer l'extérieur par de fines ouvertures taillées dans la pierre. Un bassin de lave tapissait le sol, et des coulées de magma sortaient du plafond par des fissures. Des braseros éclairaient chaque pièce, et l'on pouvait apercevoir quelques restes des activités démonistes dans les parages. Des potions cassées et éparpillées au sol, des bouts de cadavres que l'on avait tenté de réanimer, ainsi que plusieurs instruments dont seul un démoniste pouvait tirer profit.
Orgrim chargea plusieurs grunts du ménage et de l'installation des tentes et emplacements qui pourraient servir aux guerriers dans l'attente de la prochaine bataille. Quelques combattants prirent du repos, tandis que d'autres décidèrent de s'entraîner aux pieds du Pic.
Les quartiers du Chef de guerre étaient installés près d'une corniche à l'étage supérieur qui pouvait servir de balcon, et donnait sur l'avant de la montagne. Un endroit parfait d'où Marteau-du-destin pourrait voir arriver l'armée humaine.
C'était Bazol, l'un des orcs de confiance de Marteau-du-destin.
Orgrim admirait une telle preuve de loyauté. Malgré les ordres clairs qu'il avait reçus, il était parvenu à cette conclusion et souhaitait sincèrement mettre Keera en lieu sûr. Cependant, Bazol ne détenait pas toutes les informations.
En effet, rien ne garantissait qu'elle serait davantage en sécurité parmi les siens. Orgrim pensait également au journal qu'elle avait laissé derrière elle, au moment d'évacuer le camp au pied des montagnes d'Alterac. Et si elle y avait noté ses amitiés avec Tula, ou même une preuve de son respect récent pour les orcs. Peut-être souhaitait-elle retourner auprès des siens, après tout, elle aimait beaucoup ses demi-sœurs. Il n'avait d'ailleurs pas encore abordé le sujet avec elle.
Non, il avait davantage confiance en les siens qui sauront la protéger.
Bazol reprit :
Keera vit Orgrim revenir d'une conversation avec Bazol l'air très sérieux et presque sombre. Avait-il reçu d'autres mauvaises nouvelles ?
Orgrim la scruta, puis l'invita à s'asseoir à ses côtés, près de leur couche de peaux. Après un long soupir, il annonça :
La princesse lui lança un regard dur, comme il s'y était attendu. Il poursuivit avant qu'elle ne conteste :
Keera ne cacha pas sa surprise. Un autre clan, alors que les orcs étaient si proches du leur. Son visage incrédule poussa Orgrim à poursuivre :
Keera resta silencieuse. Bien que tout cela était destiné à les mettre à l'abri, elle et son enfant, elle ne parvenait pas à se projeter. Pas sans lui.
Elle rassembla ses pensées, et annonça :
Son ton était ferme. Orgrim avait prévu sa réaction, mais il entendait bien ne pas céder.
L'affirmation lui était arrivée au visage comme s'il s'agissait d'une gifle. Évidemment qu'elle pensait à leur enfant, elle était juste incapable de concevoir l'avenir sans lui.
Keera baissa la tête et ferma les yeux. Il n'était pas dans sa nature de faire confiance aveuglément. Pourtant, il le fallait bien.
Elle releva la tête, et attrapa l'une des mains de son compagnon qu'elle serra fort. Orgrim la fixait.
L'orc serra également sa main, élargit son sourire, et répondit :
Cette nuit avait été passionnelle, enivrante, et si intense que tout deux crurent par moment que leur cœur allait lâcher. Aucun des deux ne put se résoudre à abandonner l'autre, et ils se serrèrent le reste de la nuit.
Le soleil ne s'était pas encore levé que l'armée de l'Alliance pointait à l'horizon. L'un des grunts stationné près des quartiers du Chef de guerre alerta Marteau-du-destin qui se leva sans un bruit pour ne pas réveiller sa compagne endormie.
Il vérifia par lui-même les faits depuis la corniche, et fit un signe de la tête au grunt qui comprit l'ordre donné.
L'heure était venue.