Le vent glacial des montagnes d'Alterac claquait contre le corps recouvert de plaque de l'orc. Depuis ces collines recouvertes de neige, il était difficile de trouver du gibier. À croire que la faune animale avait disparu. Il était temps de trouver les Loup-de-givre.
Caché dans une petite caverne, à l'abri du déluge, Orgrim tenta d'allumer un feu. Le tissu trouvé qui lui servait de cape n'était pas très épais, et, bien que sa peau, elle, l'était, il n'était pas habitué à une température aussi basse au long terme. Son loup géant, Griffenoire, lui manquait. Il l'avait vu se faire transpercer le cœur par un humain qui avait ensuite subi son courroux, lors de la dernière bataille au Mont Rochenoire. Il se souvint lui avoir écrasé les deux jambes à coup de marteau pour venger son loup.
Peu à peu, perdu dans ses pensées, Orgrim s'assoupit. À son réveil, quelques heures plus tard, une épaisse fourrure lui tenait chaud. Était-il en train de rêver ?
Soudain, il écarquilla les yeux. Un loup géant, au pelage aussi blanc que la neige, leva la tête et le fixa. Un loup de givre apprivoisé.
Le loup ne réagit pas, et Orgrim sut pourquoi : le déluge n'avait cessé depuis des heures, et la neige était trop épaisse pour que l'on s'y aventure. Il leur fallait attendre. Au moins ici, les humains ne le retrouveraient pas.
Quelques heures plus tard, ils étaient en route. Orgrim suivit le loup en toute confiance et reprit espoir lorsqu'il aperçut une énorme caverne recouverte de neige que le blizzard pouvait camoufler facilement.
Invité à suivre le loup géant, Orgrim pénétra dans la grotte et observa l'intérieur. Quelques orcs vêtus de peaux longeaient la grotte, et Orgrim regarda le loup rejoindre l'un d'eux, un orc voûté doté d'un bandeau sur les yeux.
Il défit sa capuche, posa son marteau que chacun reconnut, et passa en revue l'intérieure de la caverne. Il comptabilisa environ trente orcs.
Drek'Thar l'invita à s'asseoir à ses côtés, prêt du feu.
Sentant la mine dépitée de Marteau-du-destin, Drek'Thar posa une main sur son épaule.
Il commença alors à raconter chaque événement qui s'était produit depuis leur exil dans les terres gelées.
Chacun écoutait attentivement le récit du Chef de guerre. Bien loin de s'imaginer tout ce qui était arrivé, ils approuvaient néanmoins le choix d'Orgrim de vouloir rétablir l'honneur des orcs, après tant d'actes honteux et déshonorables dont les orcs s'étaient couverts ces dernières années.
À son tour, Drek'Thar raconta leur périple pour arriver jusqu'au pic montagneux où ils avaient élu domicile.
Tous s'agglutinèrent auprès du Chef de guerre, partagèrent leurs mets, et burent de bon cœur.
Surpris par toute cette victuaille, Orgrim questionna le chaman :
Loués soient les Ancêtres d'entendre encore la voix d'un peuple qui a tant fait souffrir sa propre terre.
Il était bon de retrouver des orcs, même s'ils n'étaient pas de son clan. Il avait toujours considéré les Loup-de-givre comme des frères.
La plupart des Loup-de-givre s'étaient déjà assoupis, tandis que leurs loups se pelotaient contre leur maître. Orgrim et Drek'Thar poursuivirent leur conversation :
Orgrim appuya son dos contre la paroi de la caverne. Il pensait à son vieil ami.
Cette nouvelle semblait encore peser sur les épaules du chaman, qui se voûta encore davantage.
Au petit matin, Orgrim quitta les Loup-de-givre en direction du sud. Guidé par Oreille-sage jusqu'aux frontières du royaume d'Alterac, une besace chargée de vivres offerte par les Loup-de-givre, il atteint le Mur de Thoradin aussi discrètement que possible. Arrivée dans les Hautes-terres Arathi, le temps devenait plus clément. Orgrim put donc chasser et faire sécher la viande pour se constituer plus de vivres.
À mesure de son voyage, il trouva une sacoche dans une ferme abandonnée, une outre, et quelques couteaux. Après un état des lieux, il décréta qu'il pouvait s'y arrêter pour la nuit. Les gens semblaient avoir déserté la zone, et il n'avait croisé aucune troupe de surveillance depuis des jours.
Il s'installa donc près de ce qui avait été une cheminée, dos au mur et face à la porte d'entrée défoncée. D'ici, il pourrait voir venir un intrus si quelqu'un s'aventurait près de la ferme.
Éreinté par son périple, Orgrim s'adossa au mur, et se détendit. Les paupières lourdes, il ne chercha pas à lutter contre la fatigue, et s'assoupit.
À son réveil, un objet contondant lui grattait le cou. Les yeux mi-clos, il donna une pichenette à l'objet qui piqua un peu plus profondément. Orgrim ne bougea pas. Il comprit. Refermant les yeux, il entreprit d'attraper son marteau lorsqu'une botte vint écraser sa main pour l'en empêcher. Voulant se dégager, Orgrim ouvrit les yeux, et vit rois épées tendues autour de son cou.
Cerné par les lames affûtées, Orgrim laissa deux d'entre eux l'enchaîner, tandis que l'autre le reconnu :
Les soldats de Stromgarde emmenèrent l'orc enchaîné à leur lieutenant, qui les attendait à un avant-poste plus loin dans la plaine. Celui-ci décida de l'envoyer au camp le plus proche en attendant de prévenir Lordaeron qui souhaitera sûrement le rapatrier à Fossoyeuse.
La troupe se dirigea alors au nord d'Arathi, après avoir installé l'orc dans une charrette. Orgrim prit l'air abattu afin qu'ils ne se méfient pas davantage.
Le camp était entouré par un mur boisé à peine retenu par des cordes solidement attachées. Deux tours de guet trônaient de chaque côté de l'entrée, et Orgrim vit deux gardes aux portes. Dès son arrivée dans le camp, quelque chose le frappa : les orcs, pour la plupart, étaient avachis à même le sol, l'air perdu. Quelques-uns étaient assis et discutaient, mais très peu montraient une réelle volonté de faire plus que marcher. Trois baraquements composaient l'intérieur du camp, qui pouvaient servir d'abri pour les orcs.
Les trois soldats qui l'avaient accompagné partirent rapidement, expliquant que l'orc devait être étroitement surveillé.
Examinant le panorama, Marteau-du-destin choisit de s'asseoir près d'un des orcs qu'il ne reconnut pas. L'orc en question se frotta l'arrière du cou et le regarda sans grand intérêt. Soudain, il le fixa à nouveau :
Orgrim baissa la tête pour ne pas être entendu par un garde qui passait à côté.
Orgrim était abasourdi. Et la liberté alors, ne valait-elle pas que l'on se batte pour elle ?
Abandonnant l'idée de convaincre celui-ci, Orgrim le laissa, et se rapprocha d'un groupe d'orcs qui s'étaient installés en cercle mais ne disaient rien. Il s'assit près d'eux, et demanda :
Deux d'entre eux tournèrent la tête vers lui, et reprirent leur position.
Aucun d'entre eux ne répondit. Ils n'en voyaient pas l'intérêt. Cela leur aurait coûté le peu d'énergie que leur corps massif contenait à présent.
Orgrim continua son tour d'horizon, et aperçut au loin un pilori et trois orcs qui attendaient leur tour pour y être enfermés, debout dans la boue. Un gibet dominait le camp, mais ne semblait pas avoir servi.
Cette vision pathétique de ce qu'était devenu son peuple le fit bouillonner au point qu'il dût se reprendre alors qu'il serrait compulsivement les poings, comme à son habitude. Lui aussi avait été enfermé, battu, humilié, et il ne ressentait pas un tel vide.
Cet abattement était pourtant bien lié à quelque chose !
S'il ne pouvait convaincre aucun de ses frères de lever le petit doigt, il attendrait la nuit pour observer le tour de garde, et s'enfuir. Il ne pouvait pas rester dans ce camp de la honte plus d'une journée. D'autant que les soldats qui l'avaient trouvé allaient alerter le roi humain de Lordaeron, et il était hors de question de retourner en captivité.
C'est donc au milieu de la nuit qu'Orgrim put se faufiler entre deux rondins de bois fissurés sans même alerter le garde qui faisait sa ronde. Heureusement pour lui, les soldats de Stromgarde n'avaient pas eu l'intelligence de signaler qui il était, sinon la surveillance aurait été accrue. Il put prendre de la distance et courir un jour et une nuit entière toujours plus au sud, et, il se l'était juré sur les Ancêtres, jamais plus il ne se laisserait attraper.