Cela faisait à présent des semaines que Marteau-du-destin s'était échappé de Fossoyeuse.
Après avoir traversé Lordaeron en longeant les côtes par le sud, il venait d'atteindre Khaz Modan. Peu à peu, il s'éloignait de sa prison et des chances d'être retrouvé.
Après de longs jours à nager, escalader, et courir, Orgrim conservait l'espoir de revoir Keera vivante à mesure qu'il se dirigeait vers le sud. Il avait appris, en croisant un groupe d'orcs fugitifs, que les Gueule-de-dragon avaient pris possession de Grim Batol, et que quelques orcs Rochenoire demeuraient encore au Pic Rochenoire.
Il n'avait en revanche pas entendu parler d'une femme accompagnée d'un orc et, potentiellement, d'un petit.
Dans son errance, il croisa un groupe de chasseurs qu'il approcha avec prudence. Soudain, l'un d'eux l'identifia :
Marteau-du-destin considéra cela comme une chance. En effet, les orcs encore libres devaient s'être constitué d'impressionnantes cachettes pour échapper ainsi aux humains. À tel point que, même pour lui, il était difficile de tomber sur eux. De plus, ces orcs Chanteguerre l'avaient vite reconnu, ce qui facilitait les choses et lui faisait gagner un temps précieux.
Ils prirent la route en direction d'une forêt assez dense bordée de petits lacs, au beau milieu des Paluns. Le coin était désert.
Cependant, Orgrim se retourna lorsqu'il surprit deux orcs chuchoter et regarder dans sa direction. Il resta sur ses gardes, bien qu'il serait très étonnant qu'ils lui tendent un piège.
Après un moment, ils arrivèrent vers un tas de branches agrémenté de feuilles et les longues tiges d'une plante locale quelconque. Ils la déplacèrent, et pénétrèrent dans le trou qui menait à un souterrain. De longues galeries avaient été creusées, et les quelques orcs qu'ils croisèrent frappèrent leur poing contre leur torse à mesure qu'Orgrim avançait dans les profondeurs de la terre.
Voilà comment ils avaient réussi à se dissimuler aux yeux des humains. Mais les humains n'étaient pas invincibles, et un jour, les orcs recouvriraient leur liberté.
Après une longue marche dans la pénombre, un hurlement sorti tout droit des enfers retentit, et Orgrim crut devenir sourd. Le cri était effroyable, aussi effrayant que celui qui en était l'auteur.
L'orc qui sortait des profondeurs, comme un démon sortant des abîmes, avait relevé sa longue crinière noire au-dessus de sa tête, et levait une hache bien plus élaborée que la plupart.
Grommash raconta leur mésaventure sur Draenor, la trahison de Ner'zul, et le monde implosant qu'il avait fallu quitter au plus vite.
Orgrim savait que Grommash avait un fils. Et s'il n'était pas là, cela signifiait qu'il était resté sur Draenor. Ce qui expliquait le ftont plissé d'inquiétude du chef des Chanteguerre.
L'orc apparut tout à coup derrière Grom. Reconnaissant son chef, Bazol releva la tête et accéléra le pas pour le rattraper.
Cette voix derrière lui le fit trembler, et son cœur s'accéléra. Il reconnut sa voix douce, bien que surprise, et se retourna lentement, comme s'il n'y croyait pas, et que la vue de ce mirage pouvait le faire disparaître.
Elle se tenait bien droite, portant un lapin pris à la chasse, qu'elle laissa tomber au sol. Des larmes perlaient dans ses yeux, et elle s'avança, tout comme lui. Il attrapa ses bras, et entoura son visage de ses énormes mains. Elle posa les siennes par-dessus, et ils s'étreignirent longuement.
Après quelques minutes à s'étreindre, Orgrim recula, tout en tenant Keera par les bras.
Pour toute réponse, la princesse baissa la tête, les yeux embués de larmes. Désespéré, Orgrim se tourna vers Bazol, qui fit non de la tête, le regard triste, comme pour confirmer.
Orgrim entoura Keera de ses larges bras et l'enlaça vigoureusement.
Ces retrouvailles touchèrent tellement Grom qu'il décréta qu'ils allaient festoyer toute la nuit.
Les Chanteguerre préparaient le gibier avec un certain entrain, bien qu'Orgrim les trouvait plus las que d'ordinaire.
Après un festin digne d'une célébration, Orgrim, Keera et Grom s'étaient réunis autour d'un brasero.
Marteau-du-destin avait évoqué la léthargie des orcs qu'il avait rencontrés dans le camp d'internement après sa fuite. Leur apathie l'avait profondément bouleversé, comme s'ils avaient contracté une maladie qui les avait rendus passifs, voire abrutis. Keera, serrée contre lui, écoutait. Elle avait l'air épuisé.
Tous trois se levèrent, tandis que Keera emmena Orgrim vers sa couche. L'endroit était isolé, dans une galerie un peu plus loin. La majorité des Chanteguerre s'était creusé une galerie qu'ils partageaient parfois à plusieurs. Ils avaient cependant respecté l'intimité de la princesse, qu'ils avaient accueillie comme l'une des leurs. Bazol, qui l'avait amenée jusqu'ici, s'était installé non loin, afin de continuer de veiller sur elle en l'absence de son chef.
Un petit récipient d'eau était posé au sol, près de la couche composée de peaux d'animaux dépecés. Keera se débarbouilla le visage, et offrit à son compagnon de se rafraîchir également.
Une fois installés sur la couche, ils se serrèrent à nouveau.
Il remarqua d'importantes marques au niveau du poignet.
Orgrim savourait ce moment qu'il attendait depuis si longtemps. Il mourait d'envie de la questionner au sujet de l'enfant, mais cela attendrait. Ces instants étaient si précieux qu'il souhaitait les déguster. Si elle ne lui en parlait pas d'elle-même, cela pouvait attendre le lendemain.
Keera passa sa main sur le torse de l'orc.
Ces cicatrices avaient néanmoins été soigneusement entretenues. Le bourreau auquel il avait eu affaire savait ce qu'il faisait.
C'était vrai, Tula avait deux petits. Elle espérait qu'ils s'en étaient tous sortis sains et saufs.
Elle resserra son étreinte un peu plus, comme pour confirmer ses dires. Orgrim caressa sa longue chevelure, et remarqua qu'il manquait une longueur.
Elle le fixa un moment, caressa son visage, et tous deux s'embrassèrent longuement. Cette nuit ne serait qu'une longue étreinte emplie de douceur jusqu'à ce qu'ils s'assoupissent et sombrent dans le sommeil.
Le couple s'était levé bien tard. Le petit jour était déjà loin, et la vie au souterrain avait repris depuis des heures. Keera participait souvent aux chasses quotidiennes. Elle avait ainsi l'impression de faire sa part, comme tout le monde. Un des groupes de chasseur l'avait attendu ce matin-là, si bien qu'elle dût laisser Orgrim aux mains de Hurlenfer qui trépignait d'impatience d'entendre ses récits de guerre.
Après de longues heures à narrer la progression de la Horde sur les territoires humains, ainsi que les hauts-faits qu'il leur attribuait, Orgrim croisa Bazol qui le cherchait.
Grom commença à se lever :
Le chef des Chanteguerres s'éloigna, satisfait du récit de guerre dont il s'était abreuvé pendant des heures.
Bazol avait l'air mal à son aise. Il évitait de croiser le regard de Marteau-du-destin.
Orgrim avait bien compris, au silence de sa femme et au comportement de Bazol, que quelque chose n'allait pas.
Orgrim écoutait avec une grande attention.
Devant les yeux bouillonnants du Chef de guerre, Bazol développa :
Bazol reprit son souffle. Orgrim voyait bien que l'orc avait tenté d'oublier ce qu'il s'était passé, mais il devait savoir.
Choqué, le regard d'Orgrim se durcit.
Bazol retenait ses larmes. Orgrim ne le regardait plus, il serrait la mâchoire et écarquillait les yeux de rage, ses mains entrelacées devant son visage.
Orgrim fermait les yeux. Il inspirait et expirait si bruyamment que Bazol crut qu'il allait se faire étriper.
Après quelques secondes d'hésitation, Bazol répondit :
Orgrim serrait les poings irrépressiblement. Ça, ça allait leur coûter cher.
Bazol voulut laisser son chef seul, mais il devait lui dire tout ce qu'il s'était passé :
Orgrim ne releva pas la tête, mais ouvrit les yeux. Bazol poursuivit :
Encore sous le choc des précédentes révélations, Orgrim continuait d'écouter avec attention.
Bazol pleurait à présent. Sa voix se brisa lorsqu'il termina son récit :
Bazol renifla bruyamment, se leva, et dit :
Puis, il laissa Orgrim seul.
Il resta un long moment sans bouger, regardant le vide devant lui, comme un aveugle perdu dans les ténèbres. Puis, pris d'un violent hoquet, il laissa tomber son visage dans ses mains, et après quelques secondes, des larmes traversèrent ses doigts, et le sol s'humidifia de quelques gouttes de rage et de tristesse.